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9 février 2012 - Russie
L'ÉGLISE PREND QUELQUES DISTANCES AVEC LE GOUVERNEMENT
Dans les sites en ligne et en lien avec la communauté orthodoxe russe, on peut trouver désormais des commentaires qui mettent en évidence la distance prise par le Patriarcat de Moscou, vis-à-vis du gouvernement actuel.
Ce dernier, depuis le début des manifestations en décembre anti-Poutine, ne s'est pas éloigné de la population, exhortant le gouvernement à un dialogue " avec la rue", souhaitant le changement dans divers domaines.
D'ailleurs, pour sa part
au cours de ses dernières interventions publiques concernant sa plate-forme électorale, le Premier ministre et candidat à la présidentielle n'a jamais fait explicitement référence à la foi orthodoxe, comme il en avait l'habitude dans le passé, l'invoquant comme un ciment pour garder l'unité d'une Russie multi-ethnique.
Un autre signal qui a alerté les observateurs a été l'absence, pour la première fois depuis 20 ans, de personnalités institutionnelles importantes à l'inauguration, le 23 Janvier, des traditionnelles " Lectures de Noël" qui rassemblent à Moscou le monde orthodoxe, sous la juridiction du Patriarcat pour une série de réunions et de conférences sur des sujets liés à l'Eglise et la société.
"Poutine, et son parti "Russie unie", ne misent plus sur le patriarcat", constate dans le quotidien "Izvestja", Stanislav Govoroukhine, directeur et chef de la campagne électorale du Premier ministre.
Ces constatations conduisent Alexander Lapin, responsable de l'organisme orthodoxe moscovite, " Le Conseil du Peuple", à penser que le patriarche Kirill est incité à jouer en toute indépendance son rôle dans la société russe.
Pour Alexeï Malachenko, analyste au Centre Carnegie de Moscou et expert sur la religion et la société russe, "Poutine n'a pris aucune distance avec l'Eglise." L'auteur du livre «L'Eglise orthodoxe russe et le nouveau Patriarche", a déclaré à AsiaNews que le Patriarcat "continuera à soutenir Poutine, mais désormais d'une manière moins directe et plus discrète."
"L'Eglise, écrit-il, a intérêt à se dissocier du régime et du parti 'Russie unie' qui sont devenus un repaire de la corruption. Mais elle entend continuer de soutenir Poutine comme homme et comme leader national. Il veut améliorer le pays, et doit faire face à de nombreux obstacles."
C'est une vision ancrée dans la mentalité russe que de dire : " Le tsar est toujours bien, mais c'est son entourage qui est mauvais, (la noblesse)."
"
L'Église veut montrer aux fidèles qu'elle est au-dessus des partis, mais dans le même temps sa hiérarchie ecclésiastique reste attachée au président Poutine, car la réalisation des grands projets du Patriarche comme celui de l'impulsion à donner à la mission ou celui d'une participation plus active dans la vie sociale ne sont pas possibles sans la coopération entre l'Eglise et l'Etat. De leur côté, les autorités ont tout intérêt à être légitimé par le soutien du Patriarcat. " (source : Asia News)
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