- 27 janvier 2016- Irak
LES DÉPLACEMENTS DE POPULATION
Les déplacements forcés en Irak modifient le visage du pays, la violence et les exodes qu’elle génère, reconfigurent la géographie humaine du pays, favorisant le regroupement de la population par communautés ethniques et confessionnelles.
Avec la désintégration des structures étatiques du pays, la violence apparaît aussi comme un élément de domination d’un groupe sur un autre. L’édification d’une citoyenneté irakienne demeure plus qu’hypothétique car elle aboutit à l’affirmation franche de trois grands cercles communautaires :
ethnique kurde dans la région du Kurdistan ;
ethno-confessionnel arabe sunnite dans le centre de l’Irak ;
ethno-confessionnel arabe chiite dans le sud irakien.
Chaque cercle dispose d’un système administratif, social et de valeurs qui le distingue. Chaque cercle a son propre regard sur l’histoire et sa représentation du temps. Le sud chiite croit au retour du Mahdi, le centre sunnite est travaillé par des courants salafistes, tandis que le Kurdistan s’engage dans la construction d’une société consumériste.
Cette géographie n’offre pas de mémoire commune qui permette à la société d’atténuer la sévérité des contradictions, exploitées dès lors pour des règlements de compte identitaires réciproques, tandis que l’esprit de représailles sous-tend l’ensemble des discours politiques.
Le dernier cycle d’exode irakien remonte à la fin de l’année 2013. Trois millions de personnes, selon les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), auraient déserté les gouvernorats sunnites, dont 32 % viennent du gouvernorat des Anbar, 29 % de Ninawa et 21 % de Salah Eddine.
Cet
exode massif est survenu après la conquête de la ville de Mossoul par l’OEI et l’avancée progressive des milices islamistes dans les gouvernorats sunnites. Des populations en quête de sécurité s’enfuient alors en direction de la capitale Bagdad ou d’Erbil au Kurdistan.
L’explication directe de l’exode est à trouver dans la peur de représailles à l’encontre de tous ceux qui travaillent dans l’armée ou le service public. Des représailles pouvant aller jusqu’au massacre, comme celui de Speicher, commis le 12 juin 2014 dans la ville de Tikrit, qui a fait 2 000 victimes.
Pour avoir suivi la situation dans la ville de Fallouja, la population savait pertinemment qu’elle subirait, si elle restait, les raids et les bombardements des forces gouvernementales qui voudraient à tout prix reconquérir ces régions.
Un autre facteur aide à comprendre l’ampleur de l’exode et ses conséquences : la confessionnalisation du combat contre l’OEI. Des éléments vont permettre la matérialisation de cette confessionnalisation annoncée : la prise de Mossoul et du gouvernorat de Salah Eddine en moins de 72 heures, la saisie d’armes par les milices du « calife » Abou Bakr Al-Baghdadi, l’échec flagrant de Nouri Al-Maliki à freiner la chute en cascade des villes sunnites.
Ce faisant, la création des forces d’Al-hachd al-chaabi (« unités de mobilisation populaire ») a donné à l’OEI une légitimité confessionnelle, dans un jeu de miroirs entre deux organisations perçues comme également responsables de leur exode par les populations sunnites et chrétiennes des gouvernorats du centre et même de Bagdad.
Aussi, plutôt que d’inciter ces populations à retourner chez elles, la reconquête par l’armée irakienne des régions contrôlées par l’organisation a décuplé l’exode et en a même compliqué les causes. (source : Chrétiens orientaux)
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