- 28 août 2016 - Philippines
DES CONDAMNATIONS EXTRA-JUDICIAIRES
L’Eglise catholique appelle à un sursaut civique et moral devant la multiplication des exécutions extrajudiciaires qui ensanglantent le pays depuis la récente arrivée au pouvoir du président Rodrigo Duterte, le 30 juin dernier..
Selon des statistiques officielles, près de 1.800 personnes ont ainsi trouvé la mort, c'est pourquoi dans un communiqué du 23 août, la Conférence des Supérieurs Majeurs des Philippines s’est dite « très préoccupée par le silence du gouvernement, du monde politique et des Philippins, face à la recrudescence de ces assassinats extrajudiciaires ».
« Ce manque général d’indignation est-il un acquiescement tacite à ces nouvelles méthodes, ou est-ce par peur que les gens ne réagissent pas ? », s’interrogent les responsables religieux. « Si ces actions ne sont pas contestées, elles créeront et favoriseront un climat d’impunité », ont-ils averti, précisant que s’ils soutenaient la « croisade du gouvernement contre le trafic de stupéfiants », ils s’alarmaient de la recrudescence de ces assassinats qui ne sont suivis d’aucune enquête, ni de poursuites judiciaires.
Selon le chef de la police nationale philippine (PNP), Ronald de la Rosa, près de 1 800 personnes ont été tuées depuis l’arrivée du nouveau président. En déclarant la guerre ouverte aux narcotrafiquants, Rodrigo Duterte a affirmé donner à la police le droit de « tirer pour tuer » lors des opérations commandos et contre ceux qui résisteraient par la violence aux arrestations. « Si vous résistez, si vous faites preuve de résistance violente, mes ordres à la police seront de tirer pour tuer », avait-t-il averti.
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Nous appelons les autorités à lutter contre la corruption qui gangrène nos forces de sécurité tout comme notre système judiciaire », ont-ajouté les Supérieurs majeurs, précisant que les responsables religieux « encourageront les initiatives visant à réformer le système judiciaire tout comme les propositions de développement des centres d’accueil pour toxicomanes.
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Nous ferons également dire des messes et organiseront des veillées de prière pour que paix et justice prévalent dans les communautés touchées par ses assassinats », ont-ils précisé.
Pour l’opposition et certains adversaires de Rodrigo Duterte, qui ont ouvert une enquête parlementaire, ces méthodes affectent avant tout les petits dealers de rue et les toxicomanes, mais ne touchent pas les riches et grands barons de la drogue qui, eux, disposent de moyens pour se payer des milices privées et peuvent négocier avec les forces de police.
Certains évêques catholiques philippins ont appelé les diocèses et les paroisses à ouvrir les portes de leurs églises aux toxicomanes et à créer des centres d’accueil pour leur venir en aide. « En tant qu’Eglise, nous ne pouvons rester indifférents à cette réalité.
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La drogue prend racine dans la pauvreté, la misère, la cupidité et l’abus de pouvoir. C’est devenu un véritable fléau qui gangrène notre société entière », a affirmé Mgr Antonio Ledesma, archevêque de Cagayan de Oro, sur l’île de Mindanao. (source : Mepasie)
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