Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


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Dimanche 24 juillet : Dix-septième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 31 juillet : Dix-huitième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 7 août : Dix-neuvième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 14 août : Vingtième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 21 août : Vingt-et-unième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 28 août : Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 4 septembre : Vingt-troisième dmanche du temps ordinaire
Dimanche 11 septembre : Vingt-quatrième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 18 septembre : Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire




 

DIMANCHE 17 JUILLET 2016
SEIZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 


Références bibliques :

Lecture du livre de la Genèse. 18. 1 à 10 : "Je reviendrai chez toi dans un an.."
Psaume 14 : "Seigneur, qui séjournera sous ta tente ?"
Lettre de saint Paul aux Colossiens : 1. 24 à 28 : "Afin d’amener tout homme à sa perfection dans le Christ."
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 10. 38 à 42 : "Une seule chose est nécessaire."

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Déjà dimanche dernier, un passage de la lettre de saint Paul aux Colossiens parlait de l’Eglise comme étant le Corps dont le Christ ressuscité est la tête.

Mais l’histoire, notre histoire, ne s’est pas arrêtée avec le Christ. Il est dit qu’il manque quelque chose aux souffrances du Christ. Parler ainsi n’est pas un manque de foi dans la plénitude du salut dont le Christ est l’auteur. Paul ne le minimise pas puisque nous lisions, en effet, dimanche dernier que "en faisant la paix par le sang de sa croix" tout était réconcilié sur la terre et dans les cieux.

POUR ET PAR SON CORPS QUI EST L’EGLISE

Mais en parlant de ce qui manque aux souffrances du Christ, saint Paul signifie que c'est nous qui devons nous associer à l’œuvre de salut du Christ, en y participant par l’offrande de nous-mêmes.
" Ce qui manque à la Passion du Chtist..."

En effet, le Christ n’est pas seul. Il est l'homme-Dieu, le premier-né de toute créature et tout chrétien qui, pour être associé à l’acte rédempteur, doit prendre sur lui la croix du Christ, pour participer, non dans une souffrance physique ou morale pour elle-même, mais dans une identification à l’offrande totale que le Christ a réalisée en offrant sa vie pour tous les hommes, fut-ce au prix de la croix.

Le Christ associe les hommes au salut du Corps mystique. C’est là le sens de "qu’il prenne sa croix et me suive". Là où il est, le serviteur doit y être aussi : le serviteur n’est pas au-dessus du Maître. (Jean 15. 18 à 20)

Les textes évangéliques sont donc clairs sur ce point. Jésus, à la veille de sa Passion les résume en disant :"Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartient...

Et s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre." (Jean 15. 18 à 20)

Lorsque saint Jean écrit cela, la persécution de Néron a déjà frappé l’Eglise. Saint Pierre et saint Paul en ont été les martyrs avec de nombreux chrétiens dans tout l’empire. Et d’autres persécutions marqueront tout autant saint Jean à Patmos.

QUE MANQUE-T-IL A LA PASSION DU CHRIST ?

La nôtre….

Paul a vérifié cette promesse du Seigneur, non seulement dans son martyre final, mais tout au long de son ministère. Pour lui, il s’agit bien d’une promesse, car être associé à la Passion du Sauveur n’est pas seulement un honneur, mais une condition d’efficacité de sa prédication. Nul ne peut annoncer le salut par la Croix sans porter la Croix. Sinon, les mots ne sont que vides de sens.

Ce qui manque à la Passion du Christ, ce n’est pas quoi que ce soit de grâce salvatrice. C’est son actualisation quotidienne par nous-mêmes, dans notre vie personnelle, dans la société qui nous entoure, dans la vie des hommes nos frères et vis-à-vis des hommes nos frères.

Cette actualisation rend ainsi présentes la mort et la résurrection du Christ qui ne sont pas des souvenirs, mais des réalités actives encore aujourd’hui par la réalité de la grâce donnée en permanence par Dieu et qu’il nous faut, à notre mesure et par notre offrande, insérer dans le vécu de notre monde.

LE MYSTERE SANS PRIX.

La perspective de saint Paul est lumineuse et infiniment ouverte dans ses épîtres de la captivité : Colossiens, Philémon, Ephésiens et Philippiens.

Nous avions déjà trouvé dans la lecture de dimanche dernier une série de mots pléniers :"primauté", "paix", "accomplissement", "réconciliation", et ce "tout" qui revient sans cesse.

Aujourd’hui le mot-clé est "mystère". Il risque de nous induire en erreur, si nous nous orientons vers quelque obscure tractation, quelque énigme retorse ou quelque machinerie. Le "mystère" de Paul est tout le contraire. C’est le plan de Dieu embrassant tout l’univers.

Dans la sagesse de Dieu, ce plan ne peut se réaliser que par étapes. C’est pourquoi il fut caché jusqu’au jour du Christ, même s’il était déjà esquissé, au travers des prophètes.

Maintenant, il est manifesté. Le terme qu’utilise l’apôtre Paul, est de la même racine que l’Epiphanie, la "manifestation de Dieu". La présence de Dieu au milieu des hommes s’est manifestée dans le Christ et par lui. Aujourd’hui, la présence de Dieu doit être manifestée en nous et par nous.

C’est nous qui, d’une certaine manière, sommes présence du Christ au milieu des hommes, ne serait-ce que par notre offrande, mais tout autant par notre manière d’agir.

Là encore nous pouvons nous référer à la parabole du Bon Samaritain. La manifestation de ce mystère est donnée, non seulement au "peuple saint", les juifs, mais aussi aux baptisés venus "des nations païennes" . Ce Samaritain en effet n’était pas reconnu être un juif authentique.

L’ESPERANCE

Cependant, que les Colossiens ne s’illusionnent pas. Ce qui est donné - et qui déjà n’a pas de prix - n’est pas la perfection, mais seulement l’espérance.

La gloire n’est pas encore de ce temps. L’espérance cependant n’est pas un rêve. C’est une réalité encore inaccessible dans sa plénitude, mais à laquelle nous avons déjà part dans ce mystère.

Pour autant que l’on puisse retracer l’itinéraire spirituel de saint Paul d’après ses épîtres qui s’échelonnent entre 51 (lettre aux Thessaloniciens) et 67 (seconde lettre à Timothée), date probable de son martyre, saint Paul insiste, chaque fois davantage sur ce qui est déjà accompli dans le Christ, par rapport à ce qui reste inaccompli.

C’est ainsi que le baptême est vu par lui, de plus en plus, comme une participation à la résurrection du Christ et non seulement à sa mort. Ce sera le thème du passage de dimanche prochain (Colossiens 2. 12 à 14). Paul sait bien qu’il n’a pas atteint la perfection. Alors "oubliant le chemin parcouru et tout tendu en avant, je m’élance vers le but." (Philippiens 3. 12 à 14)

L’homme parfait, c’est le Christ dans sa plénitude. La tâche de l’apôtre est d’oeuvrer pour que "se constitue cet homme parfait, dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ." (Ephésiens 4. 13)

MARTHE, N’OUBLIE PAS L’ESSENTIEL

Jésus ne demande pas à Marthe d’arrêter ce qu’elle fait. Il lui demande d’intégrer son activité dans ce que nous appelons aujourd’hui, une échelle des valeurs. Il connaît la valeur de l’accueil et de la délicatesse familiale, fraternelle ou amicale qu’exprime le repas. Il l’a vécu avec Marie et Joseph à Nazareth. Il en parle dans la parabole de l’enfant prodigue quand le père commande un repas pour se réjouir avec l’enfant retrouvé.

Et Jésus sait aussi que chacun a sa propre manière d’exprimer cet accueil et cette joie. Il en a connu les différents caractères avec Zachée, avec Marie-Madeleine comme dans le groupe de ses disciples. Il laisse à chacun le soin et la liberté de parler avec des gestes, des attitudes, des activités qui expriment ce qui vient du plus profond de leur cœur.

Il y a l’actif, il y a le contemplatif. Marthe s’exprime mieux dans la préparation d’un bon repas. Ce qu’il demande à Marthe, c’est de mesurer le sens de son activisme pour qu’il ne devienne ni une attitude contraire à l’amour envers sa sœur, ni un obstacle fondamental à ce qui est la découverte de l’autre. Cette découverte ne peut être que dans l’attention et l’écoute paisibles et accueillante. Que le bruit des casseroles ne couvre pas la parole de Dieu.

Jésus semble lui dire Marthe, calme-toi, tu t’inquiètes de ce qui n’est pas l’essentiel… élance-toi vers le but, vers la gloire sans prix qu’évoque saint Paul aux Colossiens (1. 27) Et ce que le Seigneur dit à Marthe, il le dit à nous aussi qui sommes dans un monde enfiévré au point de ne plus savoir parfois où est l’essentiel.

Mais c'est bien aussi l'active Marthe parle de la mort de son frère Lazare ... avec le ton d'un certain reproche à Jésus.

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La prière après la communion nous incite à rester unis au Christ, nous qui sommes en chemin vers la perfection de la vie en Christ :"Dieu très bon, reste auprès de ton peuple, car sans toi notre vie tombe en ruine. Fais passer à une vie nouvelle ceux que tu as initiés aux sacrements de ton Royaume."

Initiés, c’est-à-dire que nous avons commencé ce chemin du Royaume. La vie nouvelle ainsi commencée ne doit pas tomber en ruine. "Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice et dit la vérité selon son coeur." (psaume 14)


 

DIMANCHE 24 JUILLET 2016
DIX-SEPTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 


Références bibliques :

Lecture du livre de la Genèse. 18. 20 à 32 : Pour dix, je ne détruirai pas Sodome."
Psaume 137 : " Seigneur, éternel est ton amour. N’arrête pas l’oeuvre de tes mains."
Lecture de la lettre de saint Paul aux Colossiens : 2. 12 à 14 : "Avec Lui, vous avez été ressuscités parce que vous avez cru en la force de Dieu."
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 11. 1 à 13 :"Combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent."

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La première lecture de ce dimanche est choisie, comme souvent, pour préparer à entendre dans l’Evangile la Parole du Seigneur.i :"Demandez et vous obtiendrez; cherchez et vous trouverez; frappez et la porte vous sera ouverte."

Abraham nous est présenté, dans cette liturgie, comme un exemple d’intercesseur, même si sa manière d’agir est discutable. Elle l’est parce que sa connaissance de Dieu est imparfaite. Nous ne sommes qu’au seuil de la révélation.

LES PROTAGONISTES.

Il est encore avec ses trois visiteurs que nous connaissons par la première lecture de dimanche dernier (Genèse 18. 1 à 10). Ce sont trois hommes ou trois anges (l’ange biblique étant défini par la mission reçue de Dieu, comme cela nous est dit par leur nom personnel).

Passant à côté du campement d’Abraham, ils ont été invités par lui selon le devoir de l’hospitalité. Ils ont réitérés à Abraham et à Sara la promesse d’une descendance.

Ils sont au nombre de trois, mais il n’empêche que, dans la scène lue dimanche dernier, ils parlent ou plutôt Abraham s’adresse à eux comme s’ils n’étaient qu’un seul : comme anges du Seigneur, ils sont à la fois multiples et un.

Nous sommes aujourd’hui dans la continuité de cet événement au moment où deux d’entre eux se décident à partir pour Sodome tandis qu’Abraham reste en présence du troisième, le Seigneur. Cette unité et cette "trinité" est une particularité de ce texte dont les exégètes ne peuvent nous donner des explications rationnelles; par exemple, il y aurait là l’imbrication de plusieurs rédactions différentes. Quoi qu’il en soit, celui qui a composé le texte en son état actuel a accepté d’apparentes contradictions au nom de sa conception du "messager" de Dieu.

La discussion entre lui et Abraham concerne les habitants de Sodome, dont Lot son neveu et sa famille. "Or les gens de Sodome étaient de grands scélérats et pécheurs contre le Seigneur." (Genèse 13. 13) Leur violence "crie" vers Dieu et Dieu regarde le coeur des hommes, à la différence de ceux-ci qui voient surtout l’apparence. C’est, pour chacun d’entre nous, source de confiance, car le Seigneur est tendresse et miséricorde.

DIEU EST-IL EN ACCUSATION ?

Abraham, dans cette discussion, se met, dans la position du juste et Dieu est critiquable : "Celui qui juge toute la terre va-t-il rendre une sentence contraire à la justice ?" (Gen. 18. 25). Dieu doit se défendre d’une attitude qu’Abraham juge injuste.

Nous sommes dans un récit « vivant » où Dieu est proche des hommes, même dans sa manière familière d’agir et de réagir. Son regard n’est pas omniscience impassible. Dieu "descend pour voir". Ce qui arrive sur terre importe à Dieu et il vient se rendre compte par lui-même. L’homme peut juger sur des on-dit, voire des accusations qu’il sait mensongères, Dieu ne peut agir ainsi, il se doit de connaître pour juger avec équité.

Et c’est bien là que réside l’imperfection d’Abraham. Comme si Dieu pouvait se laisser aller à cette injustice que constitue le meurtre d’un innocent, une injustice plus grave que l’amnistie du coupable.

ET POURTANT SODOME SERA DETRUITE

Le manque de foi d’Abraham se caractérise par le fait qu’il s’arrête à dix justes. Comme si Dieu pouvait se résoudre à condamner neuf innocents, neuf justes parmi les habitants de Sodome.... La Bible répondra plus tard par la bouche des prophètes : non, Dieu n’agit pas ainsi. "Parcourez les rues de Jérusalem, proclamait le prophète Jérémie. Cherchez sur ses places si vous découvrez un homme, un qui pratique le droit, qui recherche la vérité. Alors je pardonnerai à cette ville, dit le Seigneur." (Jérémie 5. 1)

Or il y avait bien un juste à Sodome : c’était Lot. Mais sa présence n’empêchera pas la condamnation de la ville. Même si Dieu le sauve personnellement, lui et toute sa famille qui fait corps avec lui, ce juste ne peut sauver la ville dont il n’est pas citoyen. Il n’est qu’un étranger.

On voit ainsi le chemin parcouru entre ce moment de la révélation à Abraham et le Nouveau Testament où Dieu ne vient pas seulement pour "voir", mais pour sauver.

Ce salut se réalise dans le Christ, homme parmi les hommes de la cité pécheresse, en tout semblable à eux hormis le péché. Il est le seul juste parmi la totalité des pécheurs. "Dieu vous a donné la vie avec le Christ. Il nous a pardonné tous nos péchés.... en le clouant sur le bois de la croix." (Colossiens 2. 14)

Désormais Dieu trouve parmi nous un répondant, le salut est possible car le Christ n’est pas un étranger. Il est l’un de nous. Un seul est devenu cause de salut pour tous.

Abraham ne pouvait imaginer une telle réalité. Il ignorait encore ce "combien plus" dont nous parle le Christ dans l’Evangile . (Luc 11. 13).

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La prière d’action de grâce du psaume prend alors une toute autre résonance :"De tout mon coeur, Seigneur, je te rends grâce. Tu as entendu les paroles de ma bouche... tu élèves au-dessus de tout, ton nom et ta parole." "Que ton nom soit sanctifié !"

" Tu protèges, Seigneur, ceux qui comptent sur toi. Sans toi rien n’est fort et rien n’est saint. Multiplie pour nous tes gestes de miséricorde afin que, sous ta conduite, en faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent." (Prière du début de la liturgie de la parole.)

 

DIMANCHE 31 JUILLET 2016
DIX-HUITIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 


Références bibliques :

Lecture du livre de l’Ecclésiaste. 1. 2 et 2. 21 à 23 : "Même la nuit son coeur n’a pas de repos."
Psaume 89 : "Apprends-nous la vraie mesure de nos jours."
Lettre de saint Paul aux Colossiens : 3. 1 à 11 : Tendez vers les réalités d’en haut et non pas celles de la terre."
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 12. 13 à 21 : "Etre riche en vue de Dieu."

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Les lectures de ce dimanche nous replacent dans ce qui est l’essentiel de notre vie et de notre être : rejoindre la vie de Dieu parce que nous participons, par sa grâce, à la Vie divine. La question qui nous est posée avait déjà reçu des réponses dans les attitudes et les paroles du Christ, notre Sauveur.

Au désert, il avait répondu au tentateur :" L’homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi de toute parole de Dieu." A ses auditeurs, il avait donné un critère d’évaluation de leur comportement :"Là où est ton coeur, là est ton trésor." Regarde, observe ce qui t’attire, ce que tu aimes, car cela t’indique ce qui pour toi vaut plus que tout.

DESABUSE ?

La première lecture de ce dimanche est tirée du livre que nous appelons communément "l’Ecclésiaste", traduction littérale du nom grec qui signifie "assemblée", car ces textes sont destinés à toute l’assemblée du Peuple de Dieu. Mais ce titre n’exprime en rien la teneur des sentences qu’il contient. On le nomme aussi "Qohélet", par son équivalence dans la langue hébraïque.

A première vue, l’auteur semble désabusé, mélancolique devant la condition humaine où les plaisirs terrestres ne sont que passagers, trompeurs et souvent porteurs de déception, voire de souffrances.

Disons plutôt qu’il est réaliste. Mais pour dire cela, il ne faut pas se contenter de quelques passages, il faut lire l’ensemble du livre de l’Ecclésiaste. Où la Sagesse est un ami de l’existence : "Douce est la lumière et il plaît aux yeux de voir le soleil... Réjouis-toi, jeune homme, de ta jeunesse, sois heureux aux jours de ton adolescence...Eloigne de ton coeur le chagrin." (Eccl. 11. 7 à 10 )

"Le souffle retourne à Dieu qui l’a donné... Qohélet s’est efforcé de trouver beaucoup de paroles plaisantes et d’écrire des paroles de vérité." (Eccle. 12. 7 et suivants) En fait, il rejoint saint Paul dans sa lettre aux Colossiens lorsque celui-ci nous invite à dépasser l’immédiat de notre vie : "Recherchez les réalités d’en haut, c’est là qu’est le Christ. Tendez vers les réalités d’en haut et non pas vers celles de la terre." (Colossiens. 3. 1) "En vue de Dieu", nous dit le Christ lui-même (Luc 12. 21)

LA VRAIE MESURE

Le psaume ne dit rien d’autre, quand il nous tourne vers le Seigneur dans sa prière de demande :"Apprends-nous la vraie mesure de nos jours." (Psaume 89)

La vraie mesure qui est celle de la plénitude de l’homme, c’est d’être image de Dieu, à sa ressemblance. Mais cette plénitude de l’être humain se voile sans cesse quand se produit comme un lien de possession réciproque entre l’homme et le monde auquel il appartient.

Nous devenons notre propre idole. La nature de l’homme est alors dédoublée. L’image de Dieu n’est pas supprimée en nous, mais son dynamisme en est dévié. Ce sont d’autres passions qui nous meuvent. L’obscur désir de Dieu que nous portons en nous se brise sur ce mur des réalités terrestres, si relatives.

Alors que nous voudrions leur trouver un caractère absolu, elles se révèlent fragiles : "C’est une herbe changeante, elle fleurit le matin, elle change; le soir, elle est fanée, desséchée." (Psaume 89) "Que reste-t-il à l’homme ?" dans cette existence qui, d’une certaine manière, est vécue "contre nature", la nature de notre identité d’homme créé à l’image de Dieu, à l’image pour la ressemblance. Rien, sinon la vacuité, la vanité des choses, car il n’est vraiment homme que s’il assume librement sa condition d’image.

REVETEZ L’HOMME NOUVEAU

L’avidité engendre la perversion du désir jusqu’à la débauche (Colossiens 3. 5), car tout y est pensé en termes d’avoir et de possession. Et c’est ainsi que naissent l’envie, le ressentiment et la tristesse, la tristesse de ne pas tout avoir.

L’orgueil, l’autre passion-mère comme disaient les moines d’Orient, provoque la vaine gloire, la parade narcissique des séductions, la colère jusqu’à la haine quand on n’obtient pas l’adoration des autres. Lorsqu’on s’aperçoit que cette exaltation démesurée de la possession et de nous-même n’est qu’une boursouflure, lorsque s’éteignent une à une nos illusions, l’on aboutit à une impasse, au bord du désespoir.

En fait, il n’y a, selon la Parole de Dieu, qu’une issue, celle de l’humilité et de la confiance qui est celle de l’attitude de l’enfant lorsqu’il balbutie et se réfugie, dans la chaleur aimante des bras maternels. Ce n’est pas une dépossession, c’est la transformation de notre approche du réel. "Débarrassez-vous des agissements de l’homme ancien qui est en vous et revêtez l’homme nouveau se renouvelant en vue de la connaissance de celui qui nous a créés à son image." (Colossiens 3. 9 et 10)

TENDRE VERS LES REALITES D’EN-HAUT

Ce renouvellement demande, sans aucun doute, une véritable ascèse. Mais l’harmonie intérieure qui en jaillit, provoque d’abord une sorte d’étonnement devant l’être que nous sommes et que nous découvrons ainsi. Nous nous sentons comme restaurés. Car il ne nous est pas demandé d’arracher ou d’anéantir les activités naturelles, il nous est demandé de les purifier.

Cette purification les métamorphose. "Dieu est ici, ce lieu est saint et je ne le savais pas" disait Jacob après sa vision (Genèse 28. 16). Or, depuis l’Incarnation, c’est tout l’homme qui est sacré. La séparation ne passe pas entre le profane et le sacré, mais entre l’ancien et le nouveau. Cette métamorphose ne se réalise pas hors de l’Incarnation rédemptrice. Elle se réalise par l’intégration de l’homme à l’humanité crucifiée, ressuscitée et glorifiée du Christ. "Vous êtes morts avec le Christ. Vous êtes ressuscités avec le Christ." (Colossiens 3. 1 et 2)

La désappropriation totale de la croix nous conduit à la liberté parce qu’elle nous conduit à l’amour, à Dieu qui est amour. « Puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité," disons-nous au moment de l’offertoire de chaque eucharistie.

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Le dernier passage du texte de saint Paul prend alors une toute autre dimension : "Il n’y a plus ni grec ni juif, ni homme libre ni esclave... il n’y a que le Christ." L’Apôtre ne nous parle pas seulement de l’égalité de tous les enfants de Dieu. Il donne une autre vision, une autre dimension au grec, au juif, au scythe, à l’esclave, à l’homme libre. C’est un appel à dépasser ce que nous sommes. Tu es grec, ce ne n’est rien, il n’y a que le Christ. Tu es juif, ce n’est rien, il n’y a que le Christ.

Dépasse tes origines humaines, tes situations humaines. Il n’y a que le Christ, il est tout, que nous soyons grec, juif, barbare, scythe, esclave ou homme libre. Il est le tout de chacun de nous, en chacun de nous. Il est notre véritable richesse. C’est cela :"être riche en vue de Dieu. (Luc 12. 21) "Vous êtes ressuscités avec le Christ... le Christ votre vie ... le Christ votre gloire ... revêtez l’homme nouveau."

"Assiste tes enfants, Seigneur, et montre à ceux qui t’implorent ton inépuisable bonté. C’est leur fierté de t’avoir pour Créateur et Providence. Restaure pour eux ta création, et l’ayant renouvelée, protège-là." (Prière d’ouverture de la messe).

 

DIMANCHE 07 AOUT 2016
DIX-NEUVIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 


Références bibliques :

Lecture du livre de la Sagesse : "Assurés des promesses auxquelles ils avaient cru.."
Psaume 32 : "Dieu veille sur ceux qui mettent leur espoir en son amour."
Lecture de la lettre de saint Paul aux Hébreux :" La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère et de connaître des réalités qu’on ne voit pas."
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 12. 32 à 48 :"Là où est votre trésor, là aussi sera votre coeur."

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Pour quatre dimanches, la liturgie nous propose, comme deuxième lecture un passage de l’épître aux Hébreux. Le développement principal de cette lettre est consacré au sacrifice du Christ : en quoi accomplit-il tous les sacrifices de l’Ancienne Loi en son unique sacrifice ? En quoi, bien qu’unique, a-t-il une portée éternelle ?

Ce que nous lirons ces quatre dimanches semble assez éloigné de ces perspectives car il s’agit plutôt d’exhortations à tenir fermes dans la foi. Le tournant a été pris au chapitre 10, les versets 19 à 22 :" Ayant donc, frères, l’assurance voulue pour l’accès au sanctuaire par le sang de Jésus ...et un prêtre souverain à la tête de la maison de Dieu, approchons-nous avec un coeur sincère, dans la plénitude la foi."

En fait, les Hébreux sont invités, exhortés, à vivre, comme leurs pères dans la foi, la foi d’Abel, d’Hénoch, de Noé et d’Abraham.

LA FOI D’ABRAHAM.

La foi fait coïncider ces patriarches avec l’Esprit de Dieu, les met en harmonie avec lui, et, par là, à être juste. La foi a toujours un rapport à la vie même si, dans le cas d’Abel, c’est la mort qui semble l’emporter, et pour Abraham, si le sacrifice d’Isaac peut conduire à l’extinction de la Promesse. Enfin la foi permet de voir le réel, au lieu d’être séduit par l’apparence.

La foi d’Abraham est aussi une réponse personnelle à un appel personnel :"Il partit sans savoir où il allait." (Héb.11. 8) mais il était sûr de celui qui l’avait appelé, et cela au moment même de l’épreuve. A quoi, pour lui, s’ajoute le fait qu’il ne s’agit plus de sa seule personne, si typique soit-elle, mais d’un Peuple dépositaire d’une promesse qui commence de se réaliser, même si elle n’a pas encore atteint son plein accomplissement.

Le débouché de la foi d’Abraham en cette page de l’épître aux Hébreux, c’est l’Apocalypse de saint Jean :"Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle. Je vis la cité sainte, Jérusalem nouvelle. De mort, il n’y en aura plus car l’ancien monde s’en est allé." (Apoc. 21. 1 à 4)

TENEZ-VOUS PRETS.

La lecture continue de saint Luc place, auprès de cette foi d’Abraham, la parabole du serviteur qui attend son maître. Elle peut nous servir à méditer l’attitude que Jésus attend de ses fidèles. Le serviteur sait, il en est assuré, que son maître reviendra. Mais il ne connaît pas à quelle heure cela se fera. Il se tient disponible.

Les disciples du Christ doivent se souvenir de ce qu’est leur avenir et, comme tels doivent se comporter dès maintenant avec les exigences de ce royaume qu’ils connaissent dans la foi. C’est là qu’est leur trésor, c’est là que doit être leur coeur. Et la tenue de service, c’est de quitter ce que nous considérons comme un trésor, pour nous tourner vers celui qui ne s’use pas.

Nous retrouvons le thème de dimanche dernier, que nous avons médité et prié :"Seigneur, libère-moi de cette envie sournoise et masquée de ces choses qui pourtant n’arrivent pas à me satisfaire et qui font qu’envenimer mes désirs insensés, de cette cupidité et de cette suffisance qui défigurent mon visage qui est à ton image."

UNE ECOUTE D’AMOUR.

La foi n’est pas au terme d’une logique rationnelle. Elle ne vit que d’amour intense et partagé. Si elle devient obéissance, elle n’est pas servile soumission. D’ailleurs le mot même d’obéissance a une étymologie significative. En elle, il y a le verbe latin :"Audire", entendre, écouter, être attentif. Ce que l’on a entendu et reçu devient notre ligne de conduite.

Les paroles du Christ au soir du Jeudi-Saint prennent ainsi toute leur dimension :"Ce que j’ai entendu de mon Père..." (Jean 15. 16) et que nous entendons au jour du Baptême et de la Transfiguration : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le." (Matthieu 17)

Le trait caractéristique de toute foi, c’est de se référer à l’invisible auquel nous nous sentons reliés, devenant ainsi attentifs au plus profond de la vie, dans le langage indicible de l’amour. L’amour ne peut être plénitude que par l’échange le plus intime. Croire, c’est vivre cette relation qui s’impose à nous sans que nous sachions jusqu’où cela nous entraînera. Mais nous avons foi en celui qu’ainsi nous découvrons. C’est ainsi que nous pouvons aussi relire l’évangile de Jean 14. 17 et le relier à Jean 16. 24 : la paix, la joie !

LE DEPASSEMENT PAR LA FOI.

Croire dépasse l’impression superficielle. L’invisible devient une évidence par la présence, le rayonnement de cette personne rencontrée. Et cette évidence nous entraîne dans un dynamisme de vie qui nous pousse à mieux connaître la réalité entrevue et à mieux nous connaître, à mieux comprendre cette réalité et à mieux nous comprendre.

Les disciples d’Emmaüs avaient perdu toutes leurs illusions. Ils n’avaient pas la foi. Ils rencontrent l’inconnu du chemin et tout change. Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent : "Notre coeur n’était-il pas brûlant au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin ?" (Luc 24. 31 et 32) Le croyant n’en sera pas meilleur pour autant. Il garde son tempérament, son hérédité, ses problèmes, ses limites. On croit avec ce que l’on est, mais l’horizon s’élargit et le mystère n’est plus un obstacle.

Voyant les choses et les êtres autrement, on ne peut plus vivre comme avant. "Dieu est là, et je ne le savais pas", répétons-nous comme dimanche dernier avec Jacob. L’avenir est à celui à qui l’on a donné sa vie :"Que tout se passe comme tu me l’as dit." (Luc 1. 38) dit Marie quand elle répond par sa foi à l’attente divine.

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"La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère..." (Hébreux. 11. 1) "Dieu éternel et tout-puissant, toi que nous pouvons déjà appeler notre Père, fais grandir en nos coeurs l’esprit filial, afin que nous soyons capables d’entrer un jour dans l’héritage qui nous est promis." (Prière d’ouverture de la liturgie)

 

DIMANCHE 14 AOUT JUILLET 2016
VINGTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 

Références bibliques :

Lecture du livre du prophète Jérémie. 38. 4 à 10 : “Que cet hommes soit mis à mort.”
Psaume 39 :”Il m’a tiré de l’horreur du gouffre, de la vase et de la boue.”
Lecture de la lettre de saint Paul aux Hébreux. 12. 1 à 4 :”Jésus qui est à l’origine et au terme de la foi."
Evangile selon saint Luc : 12. 49 à 53 :” Comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !"

***

“Par cette eucharistie, Seigneur, tu nous as unis davantage au Christ. Et nous te supplions encore. Accorde-nous de lui ressembler sur la terre et de partager sa gloire dans le ciel.” Cette prière, qui conclut la communion de la messe de ce jour, est lourde de conséquence si Dieu nous prend au mot de notre demande, car elle rejoint ce que le Christ disait à ses disciples et que la liturgie nous rappelle aujourd’hui : “Je suis venu apporter un feu sur la terre. Comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême. Comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli !”

LE BAPTEME DU CHRIST

C’est durant sa dernière montée à Jérusalem que Jésus livre cette confidence à ses apôtres. Si la Passion est toute proche, la Résurrection l’est aussi. Il utilise le même mot lors de l’annonce de la Passion et de sa mort à Jacques et à Jean en réponse à la demande de leur mère d’être aux premières places du Royaume. “Pouvez-vous être baptisés du baptême dont je vais être baptisé?” (Marc 10. 38)

Dans la tradition biblique, cette traversée de l’eau évoque le passage de la Mer Rouge qui anticipe la Pâque du Seigneur. Saint Paul développera cela dans sa lettre aux Romains. En célébrant leur baptême d’eau, les chrétiens s’associent à cette mort et à cette résurrection :”Ignorez-vous que nous qui avons été baptisés, nous l’avons été dans sa mort. Nous avons été ensevelis avec lui. (Romains 6. 3)

Mais, en même temps que s’accomplit le passage à cette vie, nous devons nous mettre à l’unisson de celle du Christ et vivre sous la loi de la grâce, quoi qu’il nous en coûtera. (Romains 6. 6)

Pour que se réalise l’homme nouveau, cette mort au péché doit être quotidienne en même temps que totale. (Colossiens. ch. 2 et 3)

QUELLE PAIX ?

Les disciples sont prévenus avec clarté et précision. L’Evangile ne s’épanouit pas dans un climat douceâtre et lénifiant, où tous les conflits sont évacués, tous les angles arrondis. La charité elle-même est un combat contre toutes les formes de ténèbres qui subsistent au cœur de l’homme et dans la société. L’Evangile ne permet pas de compromis. Il nous faut alors savoir trancher et retrancher.

La paix du Christ n’est pas un sourire sentimental, qu’on échange au seuil de la communion en chaque messe. Elle est le fruit de l’union de tous dans le Corps du Christ (Colossiens 3. 15). Elle jaillit quand on se préoccupe des désirs de l’Esprit-Saint qui nous mène ainsi à la vie et à la paix (Romains 8. 6), au prix de la mort, comme ce fut pour le Christ.

Lorsque saint Luc transmet ces paroles qui exprimaient, devant les apôtres, l’intensité de la vie intérieure du Christ durant sa “montée” à Jérusalem :”Il m’en coûte d’attendre”, l’évangéliste les transmet dans le contexte de l’Eglise de son temps. Les premiers chrétiens vivaient des heures difficiles. Les familles se déchiraient s’opposant au converti, livrant le nouveau chrétien aux tribunaux.

Alors, le message évangélique se faisait entendre dans un monde qui en était bien éloigné. Incompréhension, conflits, persécution, tout cela à cause de Celui dont on disait qu’il allait fonder la grande fraternité de l’amour. Luc est le disciple de saint Paul qu’il a entendu traduire ainsi les paroles du Seigneur aux chrétiens de Colosses pour leur comportement vis-à-vis de ceux qui, dans leurs familles elles-mêmes, ne comprennent pas ce feu nouveau qui brûle et dresse “le père contre son fils et le fils contre son père, la mère contre la fille et la fille contre la mère.”

Cette traduction des paroles du Seigneur est détaillée par saint Paul : ”Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres. Et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement. Comme le Seigneur vous a pardonné, faîtes de même vous aussi. Et par-dessus tout, revêtez l’amour. C’est le lien parfait.” (Colossiens 3. 12 et 13)

VIVRE DANS LA FOI

Dimanche dernier, la lettre aux Hébreux nous donnait de regarder la foi d’Abraham et d’en déduire quelle devait être notre attitude quand Dieu nous appelle à nous expatrier de nos habitudes pour rejoindre la Terre Promise du Royaume.

Aujourd’hui, la même lettre aux Hébreux nous entraîne vers Celui qui est à l’origine et au terme de la foi. “Courrons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus qui est à l’origine et au terme de la foi.” (Hébreux 12. 2) Renoncement, humiliation, hostilité, jusqu’au sang.... (Hébreux 12. 4) C’est ainsi qu’il a vécu son baptême. C’est ainsi qu’il nous demande de le suivre. “Là où je suis, là aussi sera mon serviteur.” (Luc 12. 26) C’est une option décisive qui nous est demandée, « les yeux fixés sur Jésus. ».

***

Aujourd’hui nous connaissons aussi des situations de rupture, même au sein de nos propres familles. La vie chrétienne est un choix personnel qui se vit au coeur d’une société qui ne la comprend pas. Il interfère avec tant d’habitudes qu’il contredit, il intervient au coeur de tant de relations qu’il modifie jusqu’à les rompre. Se convertir ... adhérer au Christ. La foi ne se transmet pas de manière presque automatique.2

“ Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’oeil ne peut voir. Répands en nos coeurs la ferveur de ta charité, afin qu’en t’aimant en toute chose et par-dessus tout, nous obtenions l’héritage promis qui surpasse tout désir.” ... “En toute chose et par-dessus tout”, des mots qui pèsent lourds quand on les relie aux paroles de saint Paul et du Christ. “Je suis venu allumer un feu sur la terre.”
 

DIMANCHE 21 AOUT 2016
VINGT-ET-UNIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du livre du prophète Isaïe : 66.18 à 21 : Je viens rassembler les hommes de toutes les nations et de toute langue.”
Psaume 116 : “ Fêtez-le tous les pays."
Lecture de la lettre de saint Paul aux Hébreux. 12. 5 à 13 : “Quel est le fils auquel le père ne donne pas de leçons ?”
Evangile selon saint Luc : 13. 22 à 30 : “On viendra de l’orient et de l’occident."

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Les lectures que l’Eglise nous propose ce dimanche, suivent celles des dimanches précédents. Leur juxtaposition aujourd’hui semble créer une apparente contradiction. “Je viens rassembler” nous dit Isaïe (Is. 66. 18) et le Seigneur ne dit rien d’autre :”On viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi.”

Dans le même temps, il prévient ses disciples : “Beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas.” (Luc 13. 24) La traduction devrait être, si nous serrons de près le texte grec : “Beaucoup chercheront à entrer, mais n’en seront pas capables.”

Ce n’est pas un refus ni une sélection. C’est l’attitude même de chacun qui va déterminer ou non l’entrée dans le Royaume. “Luttez pour entrer par la porte étroite !” (Luc 13. 24)

COMBIEN ?

La question du salut préoccupe les disciples du Christ. Cette question du nombre des sauvés revient à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament. Après une parole sur l’obstacle de la richesse, “les disciples étaient très impressionnés et disaient - qui donc peut être sauvés ?” Jésus leur répond :”Aux hommes, c’est impossible. Mais à Dieu, tout est possible.” (Matthieu 19. 25 et 26)

Chaque fois qu’on le questionne sur le salut, Jésus refuse de répondre en termes statistiques, ce qui supposerait déjà achevée l’histoire de chacun. Or elle ne l’est qu’au jour de notre rencontre définitive avec Dieu.

En attendant cette heure, la dernière de la vie terrestre, il répond par les conditions du salut auquel il appelle à entrer, dès maintenant. C’est possible, même si, à vues humaines, la porte est étroite.

La parabole de la porte fermée et du maître de maison évoque aussi une autre parabole, celle concernant la prière de demande qui suit l’enseignement du “Notre Père”: “A qui frappe, on ouvrira.” “On”, pudiquement, cela veut dire Dieu. Il y a donc un temps favorable, qui nous est accordé, celui de la conversion, et un temps au-delà, quand nous serons fixés dans notre détermination.

Alors pourquoi faire des statistiques quand la liberté de chacun est encore en jeu.

TOUS INVITES

Jean le Baptiste, sur cette même question, apportait une réponse claire :”N’allez pas dire en vous-mêmes : nous avons pour père Abraham...Des pierres que voici Dieu peut susciter des enfants à Abraham.” (Luc 3. 8) L’assurance du Royaume ne découle pas de l’appartenance au Peuple choisi, au Peuple élu.

Le Royaume est ouvert à tous, à condition que chacun réponde, par sa vie, à la gloire à laquelle il est appelé. Pour Isaïe, les messagers sont les rescapés de l’exil et leur mission ne s’arrête pas au seul peuple d’Israël. Ils annoncent la gloire de Dieu parmi toutes les nations.

C’est le thème des ouvriers envoyés à la vigne (Matthieu 20. 16) Et les derniers appelés, les païens, peuvent devenir les premiers dans le Royaume. Le festin était préparé pour le peuple d’Israël. Certains ont refusé. (Matthieu 22) D’autres convives viendront. Saint Matthieu note cette même parole de Jésus sur l’universalité du salut quand il montre son admiration devant la foi du centurion :”Beaucoup viendront du Levant et du Couchant prendre la place avec Abraham, Isaac et Jacob.” (Matthieu 8. 11)

Jésus veut sauver tous les hommes en “versant son sang pour la multitude”. Dans son immense amour il essaie de réveiller ceux qui s’endorment dans l’insouciance. Il faut “se battre pour entrer au Royaume.” Et là les mots choisis par Luc, en grec, ont une force qu’aucune de nos traductions ne peut rendre :”Se battre, lutter pour entrer par la porte qui est étroite (en grec : agonitesté).” C’est le verbe de l’entrée en agonie, le combat final de la vie dans le langage français.

LIBRES ET RESPONSABLES.

La vérité que Jésus développe serait écrasante si elle ne situait pas dans une révélation de l’Amour. Du côté de Dieu, la proposition du salut est universelle. Mais l’amour ne serait plus de l’amour si nous n’étions devant lui que des marionnettes ou des robots manipulés de l’extérieur.

Rien n’est plus déshonorant que d’être déclaré “irresponsable”. Dieu a pris le risque de nous donner la liberté de la responsabilité : un amour sans limite de sa part mais livré à une réponse d’amour ou à un refus d’amour. On ne force pas quelqu’un à aimer.

Ce n’est jamais Dieu qui ferme la porte de sa Maison. Bien au contraire. L’Evangile nous crie la tendresse de Dieu pour tous. Il court chercher la brebis égarée, il attend l’enfant prodigue, il réhabilite la femme adultère, il répond à l’attente de Zachée en venant chez lui, il accueille la conversion de Marie-Madeleine, il pardonne le reniement de Pierre et accueille, le premier accueilli au paradis, un larron. Il nous appelle et ne fait pas nulle distinction entre les hommes.

Si la porte est étroite par ses exigences, elle reste ouverte à tous :”Il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers.” (Luc 13. 20) La porte reste ouverte jusqu’au moment où l’absence est caractérisée. Les “vierges folles” de la parabole le savent. Par insouciance, elles n’avaient pas su prévoir le temps de l’attente.

***
“Dieu qui peux mettre au coeur de tes fidèles un unique désir, donne à ton peuple d’aimer ce que tu commandes et d’attendre ce que tu promets, pour qu’au milieu des changements de ce monde, nos coeurs s’établissent là où se trouvent les vraies joies.” L’oraison d’ouverture de la liturgie de ce 21ème dimanche traduit ce que doit être notre attitude spirituelle.


 

DIMANCHE 28 AOUT 2016
VINGT-DEUXIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage. 3. 17 à 29 : "Accomplis toute chose dans l’humilité."
Psaume 67 : " Béni soit le Seigneur ! Il élève les humbles."
Lecture de la lettre de saint Paul aux Hébreux. 12. 18 à 24 : "Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur de l’Alliance nouvelle."
Evangile selon saint Luc : 14. 1 à 14 : " Tu seras heureux car ils n’ont rien à te rendre."

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Deux thèmes marquent les lectures de ce dimanche. D’abord celui de la Lettre aux Hébreux, dont nous terminons la lecture liturgique commencée il y a quatre semaines. Tout converge vers le Christ. Puis celui de l’Evangile qui est l’illustration du thème de Ben Sirac le Sage. Le réalisme de la foi, c’est l’humilité. Ces deux lectures sont-elles si loin l’une de l’autre ?

MORALE, ETHIQUE OU SAVOIR-VIVRE ?

Qui peut se vanter d’avoir une foi parfaite ? Personne. Il ne s’agit pas seulement des doutes qui en marquent les étapes, mais d’abord des imperfections et des restrictions qui en caractérisent le vécu.

C’est vrai que nous avons parfois tendance à nous classer, sinon parmi les purs, du moins par ceux qui vivent leur foi le mieux possible. Nous n’osons pas nous situer au niveau de suffisance du pharisien de la parabole qui se considère le meilleur en ses actions et en ses réalisations. Mais, nous ne nous reconnaissons pas toujours dans la prière de ce publicain qui dépasse le raisonnable dans l’aveu de sa faiblesse.

Dans la parabole d’aujourd’hui, donnée comme une remarque à l’occasion d’un épisode vécu, il ne s’agit pas d’un simple conseil de morale courante ou d’une leçon de savoir-vivre élémentaire. L’affirmation qui la sous-tend, a une portée théologique et un sens caché.

Cette parole de Jésus : "Qui s’abaisse sera élevé", revient en effet plusieurs fois dans les évangiles (Matthieu 23. 12 et Luc 16.14) Elle resta gravée dans la mémoire des apôtres qui avaient compris qu’elle était la réalité fondamentale de la vie du Christ, lui qui s’est abaissé jusqu’à mourir comme un esclave, sur une croix. Ce vécu par le Christ devient un principe essentiel de la vie de tout croyant.

La parabole de l’invitation aux noces n’est pas un banal propos de table, c’est une prédication du Royaume de Dieu et la révélation du chemin obligé pour y entrer. Le chemin que le Christ lui-même a suivi. "Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n’entrerez pas au Royaume de Dieu." (Matthieu 18.3)

AU COEUR DE LA FOI.

Ben Sirac nous prévient :"Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser." Et il ajoute :"La condition de l’orgueilleux est sans remède." Rien ne s’oppose tant à Dieu que l’orgueil pratique ou intellectuel. Ceux qui savent et pensent que les autres ne savent pas aussi bien qu’eux-mêmes, s’éloignent tout autant de la vérité que de la charité :"Ne te mets pas à la première place." (Luc 14. 8) S’il nous faut reconnaître les dons de Dieu en nous, il nous faut aussi les reconnaître dans notre prochain.

Il en est ainsi dans le domaine de la foi. "JE ne crois que ce que JE vois" - "JE n’accepte que ce que JE comprends." - JE ne fais que ce qui me plaît, et c’est cela l’épanouissement de MA liberté." Ce sont des paroles que nous entendons, que nous prononçons même parfois. C’est nous faire médiateur entre notre pensée et notre activité.

Jésus est le seul médiateur entre notre activité et la pensée de Dieu.

Jésus va plus loin que Ben Sirac, parce que c’est de lui-même dont il parle. "Qui s’abaisse sera élevé." C’est le mystère de son Incarnation qu’il évoque :"Lui qui, étant de condition divine, ne retint pas le rang qui l’égalait à Dieu, mais s’est abaissé Lui-même, prenant la condition de serviteur, devenu obéissant jusqu’à la mort et la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au dessus de tout." (Philippiens 2. 5 à 11)

LA PLENITUDE EN CHRIST.

C’est pour cette raison que l’auteur de la Lettre aux Hébreux nous renvoie à Jésus-Christ pour nous inviter à saisir comment nous devons vivre notre foi afin qu’elle soit plénitude de vie.

Il montre à des chrétiens, sans doute d’origine juive, qu’ils ont fait un pas en avant par la foi au Christ et qu’ils ne doivent à aucun prix revenir en arrière, même si, après quelques années, la fraîcheur de la découverte s’est fanée. La foi des chrétiens est accomplie parce que la révélation de Dieu est plénière en Jésus-Christ.

Dans les chapitres précédents, il avait comparé le Fils et les anges (Ch. 2), le Christ et Moïse (Ch. 3), le Christ et les grands-prêtres (Ch. 5), l’ancienne et la nouvelle alliance (Ch. 9). Il avait rappelé à cette foule de témoins (Ch. 12. 1) Si grande fut la foi d’Abraham, de Moïse et des prophètes, tout ce qui précède le Christ n’est que figure et copie (Héb. 8. 5).

La réalité spirituelle à laquelle les chrétiens ont part, et vers laquelle "ils sont venus" (Héb. 12. 18), cette seule réalité qui fait aboutir l’histoire qui les ont précédés, c’est le Christ.

Le Sinaï, le feu des sacrifices, la voix qui se fait entendre dans la nuée, l’assemblée d’Israël dans le désert, la montagne de Sion, tout converge vers la cité du Dieu vivant, vers la fête des anges et vers l’assemblée des disciples de Jésus, vers Jésus, le médiateur d’une Alliance nouvelle (Héb. 12. 24), lui qui nous fait entrer au festin du Royaume.

C’est donc sagesse que de vivre les exigences de la foi en se détachant de tout ce qu’elle n’est pas. Ainsi nous nous situons à notre vraie place et non pas à celle que nous estimons être la nôtre. C’est Dieu qui nous place puisque nous sommes invités au festin du Royaume.

***

La prière d’ouverture de la messe de ce 22ème dimanche l’exprime avec sa manière simple et dépouillée, en reconnaissant que tout vient de lui :"Dieu tout puissant de qui vient tout don parfait, enracine en nos coeurs l’amour de ton nom. Resserre nos liens avec toi pour développer ce qui est bon en nous. Veille sur nous avec sollicitude, pour protéger ce que tu as fait grandir."

Tout se vit dans le Christ, "par Lui, avec Lui et en Lui, dans l’unité du Saint-Esprit." C’est ainsi que sont rendus à Dieu tout honneur et toute gloire".

"Il s’est abaissé Lui-même et Dieu l’a élevé au-dessus de tout." (Philippiens 2. 11) "Ce que j’ai fait, moi, votre Maître et Seigneur, faites-le vous aussi." (Jean 13. 15)

 

DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2016
VINGT-TROISIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du livre de la Sagesse. 9. 13 à 18 :"Qui aurait connu ta volonté si tu ne lui avais envoyé d’en-haut ton Esprit-Saint ?."
Psaume 89 : " Consolide pour nous l’ouvrage de tes mains."
Lecture de la lettre de saint Paul à Philémon : "Pour que tu accomplisses librement ce qui est bien."
Evangile selon saint Luc : 14. 25 à 53 : "Voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout."

***

Comme c’est fréquemment le cas, le psaume de ce dimanche (psaume 89/90) prolonge et permet de méditer la première lecture. Celle-ci est constituée par un passage du Livre de la Sagesse, un des derniers écrits de l’Ancien Testament, rédigé directement en grec et marqué par cette culture : le corps est périssable et il appesantit l’âme.

A cet homme fragile et borné, Dieu donne joie et force de vivre la Sagesse et l’Esprit-Saint. Ce rapprochement est à noter, car, pour le chrétien, Jésus est la Sagesse Incarnée qui nous envoie l’Esprit-Saint. C’est autour du psaume que nous pouvons développer notre méditation du Livre de la Sagesse et de l’Evangile. C’est pourquoi nous vous en donnons l’intégralité.

PSAUME 89.

D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.
Avant que naissent les montagnes et que tu enfantes la terre et le monde,
De toujours à toujours, toi, tu es Dieu.

Tu as fait retourner l’homme à la poussière.
Tu as dit :" Retournez, fils d’Adam."
Mille ans sont à tes yeux comme le jour d’hier qui passe,
comme une veille dans la nuit.

Tu les as balayés. Ce n’est qu’un songe.
Dès le matin, ce n’est qu’une herbe changeante.
Le matin, elle fleurit, elle pousse
et se flétrit et se dessèche le soir.

Nous sommes anéantis par ta colère,
épouvantés par ta fureur.
Tu mets nos torts devant toi,
nos secrets à la lumière de ta face.

Sous tes fureurs tous nos jours s’enfuient
et nos années s’évanouissent comme un souffle.
Le nombre de nos années ? soixante-dix,
quatre-vingts pour les plus vigoureux.

Et leur grand nombre n’est que peine et misère.
Elles passent vite et nous nous envolons.
Qui peut connaître la force de ta colère ?
Qui peut t’adorer dans tes fureurs ?

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours
et que nos coeurs pénètrent la sagesse.
Ravise-toi, Seigneur, pourquoi tarder ?
Prends en pitié tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour dès le matin
et nous serons dans la joie et les chants tout le jour.
Rends-nous en joies tes jours de châtiment
et les années où nous avons connu le malheur.

Fais connaître ton oeuvre à tes serviteurs
et ta splendeur à leurs fils.
Que la douceur du Seigneur Dieu soit sur nous !

Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains !
Oui, consolide l’ouvrage de nos mains.

SOLIDITE ET PRECARITE

Les psaumes sont une prière et un appel d’espérance. Ils commencent donc par un regard vers Dieu, ne serait-ce que par une invocation comme c’est le cas dans le psaume le plus douloureux :"Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?" (Psaume 21/22)

Ici, Dieu est reconnu dans son éternité qui se laisse entre-apercevoir, par delà sa «colère» dans l’oeuvre de création et dans sa fidélité dont témoigne l’histoire du peuple d’Israël :" D’âge en âge, de toujours à toujours."
C’est ainsi que nous pouvons pénétrer sa Sagesse (verset.12), son amour (verset 14), sa joie (verset 15). Mais l’homme est fragile et précaire (verset 3). Ce n’est pas une plainte qu’il exprime, c’est presqu’un désarroi comme nous les connaissons.

Même si sa manière d’agir (ou ce que l’on croit être sa manière d’agir) est déconcertante à ce point pour l’homme, Dieu est vivant, Dieu est présent. Ce qui pourrait conduire à la révolte devient motif pour demander la grâce. Nous sommes affectés par le péché et, pour cette raison, nous ne pouvons que susciter la colère de Dieu. Et pourtant, même si nos oeuvres sont mauvaises, Dieu peut nous manifester son amour et sa douceur. (versets 14 à 17)

L’APPEL A LA SAGESSE

La Sagesse nous apprendra la mesure de nos jours et de ce que nous sommes.

C’est pourquoi cette demande de la Sagesse est constante dans l’Ecriture. Moïse la demande pour gouverner le peuple à la nuque raide. Salomon la demande solennellement (I Rois 3) ce qui lui fera attribuer la paternité littéraire des écrits bibliques de sagesse.

Mais le don de Dieu qui est demandé ne se limite pas à faire comprendre à l’homme son sort pour qu’il l’accepte sagement. Avec humilité, le psalmiste invite Dieu à revenir vers celui qui le prie. En fait, c’est le retour de Dieu, ressenti près de nous qui est l’essentiel de ce psaume.

Par le don de la Sagesse, quelque chose de la solidité de Dieu va venir en l’homme et même en ses oeuvres. Là où il n’y avait place que pour la colère, viendra l’amour et la joie. Là où il n’y avait place que pour la fureur viendra la douceur. Dieu se ravise. (verset 13)

***
Nous avons à bâtir notre vie, telle que nous l’avons reçue. "Quel est celui qui veut bâtir une tour et qui ne commence pas par s’asseoir ?" (Luc 14. 28) A nous de demander à Dieu ce temps de clairvoyance et de sagesse : "Qui aurait connu ta volonté si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en-haut ton Esprit-Saint ?" Bâtissons notre vie avec Dieu, comme une tour. "Consolide pour nous, Seigneur, l’ouvrage de nos mains !"

 

DIMANCHE 11 SEPTEMBRE 2016
VINGT-QUATRIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du livre de l’Exode : " 32. 11-14 : "Souviens-toi de tes serviteurs Abraham, Isaac et Jacob à qui tu as juré par toi-même."
Psaume 50 : Renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit."
Lecture de la première lettre à Timothée :" Le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs."
Evangile selon saint Luc : 15. 1 à 32 :" Il est revenu à la vie."

***

Lectures et psaume de ce vingt-quatrième dimanche chantent la réconciliation de Dieu et de l’homme. La première lecture met en valeur la médiation de Moïse; le psaume, la contrition; la confession de saint Paul, la gratuité du pardon divin. Dans l’Evangile, la première parabole de la brebis perdue et retrouvée, insiste sur la joie du pasteur.

ISRAËL ET LES PAÏENS

La parabole de l’enfant prodigue nous explique les étapes de l’éloignement et du retour aussi bien chez le plus jeune fils que chez son frère aîné.
 
Elle va plus loin que la parabole de la brebis perdue ou de la drachme égarée, puisqu’elle nous montre comment le pécheur lui-même participe à son pardon. Ce sont en effet des personnes qui sont en jeu, avec leur propre liberté et leurs réactions qui évoluent au fil du temps : le père et les deux frères

Elle a une deuxième signification. Le frère plus âgé, désigne Israël comme ce fut le cas de la parabole des ouvriers embauchés à la vigne. Il s’agit de l’accès des païens à l’Evangile et de la fermeture d’Israël qui avait tout reçu, l’Alliance et la bonté de Dieu (première lecture du livre de l’Exode). Ce thème est fréquent chez saint Luc et souvent repris par saint Paul.

Ce n’est pas ce thème que nous nous proposons de développer ici, mais plutôt la situation dans laquelle s’est placé le fils prodigue et dans laquelle nous nous mettons aussi quand nous nous laissons aller au péché.

DU FOND DE MA MISERE.

Le fils est parti en emportant sa part d’héritage :"Ce qui est à toi est à moi." a-t-il fait comprendre à son père. Au moment du retour, le père dira ces mêmes mots à son frère, non pas dans une attitude de possession mais dans une attitude de partage et de donation.

En quittant la maison paternelle, le prodigue se voulait être maître de lui-même et de ses biens. Avec le temps et le gaspillage, il a vu que ce qu’il pensait être sa propriété, la vie l’en « désappropriait». Il ne lui reste bientôt plus rien, pas même sa propre identité de fils. C’est ce que d’ailleurs, un jour ou l’autre, tout homme découvre en son péché.

Du fond de ma misère, du fond de ma faiblesse qui tourne son regard vers moi ? Qui me donne un peu d’estime, un peu d’amour ? Je touche le fond de moi-même, je m’enlise, vers qui puis-je tendre la main, entouré de tant d’indifférence ? La solitude m’environne de silence et ce vide m’angoisse. Je ne connais plus l’amour. D’ailleurs l’ai-je vraiment jamais connu ? Mais, du fond de la peine, la mémoire du cœur murmure un espoir d’amour :" Chez mon père !…" (Luc 15. 17) Il ne me reste que mon père.

AU COEUR DE SON AMOUR

L’enfant prodigue s’est enfin décidé à revenir mais il est craintif du comment de la rencontre. Pourra-t-il redevenir de qu’il était avant le départ. Il le voudrait bien et il prend un « biais ». C’est déjà beaucoup d’être « à la maison paternelle ».
 
Il prépare un « scénario » de retour, en répétant ce qu’il pense pouvoir être dit dans la situation qui est la sienne. Il n’osait envisager un retour vécu dans l’amour qu’il croyait avoir brisé. Son espoir n’était que de retrouver de quoi manger et de quoi vivre : une place parmi les ouvriers... il n’est plus digne d’être admis comme un fils. Nous sommes bien ainsi dans des circonstances analogues, devant Dieu.

C’est d’une autre nourriture que son père lui offre de vivre à lui qui est resté son fils, même si le fils ne pouvait imaginer que son père était rester pleinement son père. C’est une autre place qu’il lui redonne, celle qui, malgré l’absence, est restée la sienne au coeur de sa famille. C’est la part d’héritage qui ne disparaît pas comme les choses matérielles : l’amour.
 
Son père ne lui dit rien. Les bras, dans lesquels il le serre, sont plus qu’une réponse. Ils empêchent que le fils d’achever sa demande. Le père l’a interrompu dès qu’il entendit le mot de fils. Il lui découvre l’immense richesse ce que son fils avait ignoré au jour de son départ.

La joie peut éclater :"Mon fils est revenu à la vie." Tout n’avait disparu pas dans ce pays lointain : la richesse, les illusions, la dignité de soi-même :"Les gousses que mangeaient les porcs."

Car l’amour lui ne disparaît jamais (1 Cor. 13. 8)

QUI SOMMES-NOUS ?

Cette parabole nous concerne. Sommes-nous l’enfant prodigue ? sommes-nous le frère aîné ? car notre vie, ma vie, est proche de la leur, soit l’une, soit l’autre.

En fait, l’aîné s’est tout autant éloigné de son père. Il est resté sur place, c‘est tout. Il se juge comme un serviteur et non point partenaire intime d’une famille. D’ailleurs le reproche qu’il fait à son père en dit long en ce domaine :"Ton fils que voilà !"
 
Mais le père l’invite lui aussi à retrouver et à rejoindre l’amour qui est au coeur de la famille :"Toi, mon enfant ... ton frère ... tout ce qui est à moi est à toi." Celui que j’avais perdu est ton frère et mon fils. Il doit être tout autant au coeur de ton amour, de ta joie, de ton accueil. Ouvre-lui les bras, toi aussi. Je suis votre père à tous deux.

Dieu est fidèle qui recrée sans cesse ceux qu’il aime. Nous qui sommes en quête de l’absolu de la vie, nous nous égarons dans des impasses. Et comme il est difficile de revenir en arrière sur le chemin pour y retrouver la vie que nous avons perdue ! Parce qu’il est le refus de vivre une attitude de fidélité aimante, le péché ferme trop souvent le coeur de l’homme.
 
Dieu, lui, garde son coeur ouvert à l’amour. "Le Christ m’a pardonné. Ce que je faisais, c’était par ignorance. Je n’avais pas la foi. Mais la grâce de Notre-Seigneur a été plus forte, avec la foi et l’amour dans le Christ Jésus." (saint Paul à Timothée 1. 14)

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A la lumière de cette parabole, nous pouvons relire les paroles de Jésus au soir du Jeudi-Saint, comme il le dit à ses disciples :"Je vous ai dit tout cela en paraboles." (Jean 16. 25)

Elles sont proches de ce que dit et vit le père à ses deux fils :" Tout ce qui est à moi est à toi comme tout ce qui est à toi est à moi." (Jean 17. 10) dit Jésus à son Père dans la prière qui précède son départ à Gethsémani, au moment même où il unit notre humanité à sa divinité par le don de sa vie. Jésus, le Fils de Dieu fait homme est venu nous le dire et le réaliser en partageant notre vie afin que nous communions à la sienne.

"Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée pour qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux comme toi en moi pour qu’ils parviennent à l’unité parfaite... tu les as aimés comme tu m’as aimé." (Jean 17. 23)

"Dieu créateur et maître de toutes choses, regarde-nous, et pour que nous ressentions l’effet de ton amour, accorde-nous de te servir avec un coeur sans partage." (Prière d’ouverture de la messe)

 

DIMANCHE 18 SEPTEMBRE 2016
VINGT-CINQIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du livre du prophète Amos : 8. 4 à 7 : "Ecoutez ceci vous qui écrasez le pauvre."
Psaume 112 :" Qui est semblable au Seigneur notre Dieu ?"
Lecture de la première lettre à Timothée : 2. 1 à 8 :" Il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité."
Evangile selon saint Luc : 16. 1 à 13 : Vous ne pouvez pas servir deux maîtres à la fois, Dieu et l’argent."

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La lecture des deux lettres de saint Paul à Timothée vont s’étendre sur plusieurs dimanches de suite. Nous ne pouvons pas en méditer ces extraits sans les relier chaque fois au texte complet.

VINGT ANS D’APOSTOLAT ENSEMBLE.

Timothée était originaire de la Turquie actuelle. Son père était païen et sa mère, de famille juive. Elle avait déjà reçu la foi chrétienne par sa propre mère.

Avec ce disciple de saint Paul, nous sommes déjà loin dans le cercle originaire du christianisme comme l’étaient les disciples galiléens et même Paul, né à Tarse, mais vivant à Jérusalem. Nous sommes déjà dans une famille chrétienne à la deuxième génération.

La famille de Timothée est témoin de la rapidité avec laquelle le Christianisme a poussé certaines pointes hors de son fief natal : sa rencontre avec Paul date des années 49-52. Désormais, il sera le compagnon ou l’envoyé le plus fidèle de saint Paul, qui en parle souvent dans ses lettres.

Il signera même six épîtres en collaboration avec lui : 2è aux Corinthiens (1. 1) - aux Philippiens (1. 1) - aux Colossiens (1. 1) - 1ère aux Thessaloniciens (1. 1) - 2ème aux Thessaloniciens (1. 1) - à Philémon (1.) Il recevra lui-même deux lettres de saint Paul, sans doute peu de temps avant le martyre de l’Apôtre en 67.

TOUS LES HOMMES

Cette expression revient à trois reprises dans ce chapitre 2 :" Prier pour tous les hommes." - Dieu veut que tous les hommes soient sauvés". – « Le Christ-Jésus s’est donné en rançon pour tous les hommes." Cette répétition est en elle-même révélatrice. Elle signifie que le salut ne peut se replier sur un petit nombre. Cette deuxième génération chrétienne révèle à ces disciples une nouvelle révélation indépendante de celle du judaisme. Tout passe par le Christ et non pas par la loi. Jésus rend la complète.(Matthieu 5 . 14 à 17)

L’autre expression :"Il s’est donné lui-même en rançon." est tout autant significative. Cette phrase est une des plus claires du Nouveau Testament sur la valeur rédemptrice de la mort de Jésus. Elle rejoint ses propres paroles sur le Fils de l’Homme venu "pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude" (Matthieu 20. 28) et au soir de la Cène :"Le sang répandu pour la multitude, en rémission des péchés." (Matthieu 26. 28).

Ces deux paroles du Christ sont reprises lors de chaque Eucharistie. Les théologiens, au cours des siècles et surtout de nos jours, s’interrogeront à maintes reprises sur la question du « mystère du salut des nations », mystère qui découle de cette affirmation : Comment la mort du Christ Jésus donnée en rançon a valeur de salut pour tous les hommes.
 
La réponse est dans la présence de Timothée près de Paul. Elle réside dans le fait que le Christ Jésus a assumé en lui, non pas une seule humanité, mais toute l’Humanité, comme il assumait toute la Divinité. Les Pères grecs du 4ème au 6ème siècles en ont fait la base de leur développement de la christologie.

Les paroles de l’offertoire le disent :"Puissions-nous être unis à la Divinité de celui qui a pris notre Humanité." Non pas celle de tel ou tel, mais de tous les hommes, c’est-à-dire tout l’Homme. Elles préludent donc bien aux paroles consécratoires qui sont celles-là même du Christ lors de la première Eucharistie.

L’ANNONCE DU SALUT.

L’annonce de ce salut, voilà l’urgence. Elle n’a pas diminué depuis que le Christ envoyait ses disciples annoncer la venue du Royaume sans se laisser arrêter par rien, pas même la mort. "Le message", "l’enseignement" se relient immédiatement au témoignage que le Christ Jésus a rendu. "Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie." (Jean 20. 21)

"Il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité." (1 Tim. 2. 4) Le texte qui suit n’est pas un "credo" auquel il faut adhérer, c’est la révélation claire des "biens que nous avons reçus" (oraison des offrandes de ce dimanche) et que nous devons transmettre à notre tour, comme saint Paul en fut le messager.

"Il n’y a qu’un seul Dieu. Il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes. Un homme, Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes. Au temps fixé, il a rendu ce témoignage pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’Apôtre". (1 Tim. 2. 5 à 7) Toute autre médiation, y compris celle de la Mère de Dieu, la toujours Vierge Marie, n’est que médiation d’intercession. Seule la médiation du Christ est "réalisation" du salut.

LA PRIERE ET LA PAIX

La prière qui doit être la nôtre, pour que la vérité soit révélée au cœur des hommes, ne peut être qu’une prière de demande. Elle doit se traduire dans notre propre vécu quotidien. Le Christ a confessé Dieu par son témoignage comme le dit ailleurs saint Paul à Timothée (chapitre 6)
 
Intercession, témoignage et action de grâce doivent s’entrecroiser pour former la prière chrétienne. Prenons par exemple ce qu’en dit saint Paul dans sa lettre aux Philippiens (1. 3 à 11) et qu’évoque l’oraison sur les offrandes de ce dimanche :"Je rends grâce à mon Dieu, chaque fois que je vous mentionne dans ma prière, pour vous tous... que celui qui a commencé en vous une oeuvre excellente en poursuive l’achèvement jusqu’au jour du Christ Jésus."

Les prophètes le disaient déjà, et c’est ce à quoi fait allusion le prophète Amos dans la première lecture. La droiture du coeur et la réalité des actes doivent nécessairement correspondre à la prière, sous peine de nullité spirituelle.

Notre prière doit s’étendre à tous les hommes, parce que le Christ est mort en rançon pour eux tous, sans exclusive, même nos ennemis, même si ce chef de l’Etat s’appelle Néron, le persécuteur contemporain de saint Paul qui en sera le martyr. "Saintement, sans colère ni mauvaises intentions." (1 Tim. 2. 8)
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"Seigneur tu as voulu que toute la loi consiste à t’aimer et à aimer son prochain. Donne-nous de garder tes commandements et de parvenir ainsi à la vie éternelle." (oraison de la messe) dans la droiture du cœur et la réalité de nos actes.


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