Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


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Dimanche 29 mai : Le Saint-Sacrement
Dimanche 5 juin : Dixième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 12 juin : Onzième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 19 juin : Douzième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 26 juin : Treizième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 3 juillet : Quatorzième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 10 juillet : Quinzième dimanche du temps ordinaire





 

DIMANCHE 29 MAI 2016
FÊTE DU SAINT-SACREMENT

 


Références bibliques :

Lecture du Livre de la Genèse : 14. 18 à 20 :”Béni soit Abraham par le Dieu Très-Haut.”
Psaume 109 :”Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisedech.”
Lecture de la première lettre aux Corinthiens. (I Cor. 11. 23 à 26) ”Chaque fois... vous proclamez la mort du Seigneur.”
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc. 11. 23 à 26 :”Pour qu’ils les distribuent à tout le monde.”

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Bien qu’elle soit mystérieuse, cette figure biblique de Melchisedech ne peut nous laisser indifférent, aujourd’hui encore. Ce roi de Salem apparaît et disparaît sans aucun autre commentaire. Or si brève soit-elle, cette mention contient de nombreux traits significatifs. Il est roi et prêtre en même temps. Il adore le Dieu Très-Haut sans connaître le Nom révélé. Il offre le pain et le vin et prononce une double bénédiction, celle d’Abraham par Dieu et de Dieu pour Abraham. Enfin il professe que Dieu qui est à l’origine de la terre et du ciel porte une attention toute particulière sur Abraham.

L’Eglise y a toujours vu plus que ne le chante le psaume. « Tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech. » Par delà cette figure prophétique, elle y voit la préfiguration de l’Eucharistie du Seigneur.

DIEU SUR NOS CHEMINS.

Abraham était sur le chemin du retour, revenant d’une expédition, quand il rencontre Melchisédech. Il est venu nous rencontrer sur nos chemins, ce Christ dont nous fêtons aujourd’hui la présence réelle par delà des réalités bien fragiles et périssables, celles du pain et du vin. Il est venu façonner une terre de tendresse pour nous apporter la Bonne Nouvelle de l’amour que Dieu nous porte.

Il est venu nous ouvrir à un autre horizon que celui de notre quotidien, nous éclairer de cette lumière qui donne la vie à toute créature quand sa chaleur fait s’éclore la fleur qui jaillit du bourgeon. Mais les hommes ne l’ont point reconnu, ne l’ont point entendu, ne l’ont point compris.... Ils n’ont pas de panneaux solaires pour en recevoir et y emmagasiner l’énergie. En chaque Eucharistie, il nous envoie son Esprit qui nous transforme et transforme la matière issue “de la terre et du travail des hommes.” L’Esprit de Dieu reposait sur les eaux, selon la parole du premier chapitre du livre de la Genèse.

« Toi qui donnes la vie, toi qui sanctifie par ton Fils, Jésus-Christ notre Seigneur, avec la puissance de l’Esprit-Saint. »(Prière eucharisique N°3)

L’Eglise invoque l’Esprit Saint de Dieu pour qu’il repose sur le pain et le vin afin qu’ils soient, aujourd’hui, consacrés au Corps et au Sang de Jésus, le Christ, Notre-Seigneur, car le sacrifice plénier du Christ n’est pas un fait du passé.

Il est offrande permanente. “Regarde, Seigneur, le sacrifice de ton Eglise et daigne y reconnaître le sacrifice de ton Fils”. (Prière eucharistique N° 3) Il n’est plus possible de dissocier le Fils de sa mort et de sa résurrection.

DIEU DANS NOS MAINS

En l’offertoire de chaque messe, nous lui apportons notre bonheur d’exister et nos douleurs et nos angoisses, nos lourdeurs terrestres et nos cri d’espérance en la vie. Par delà l’écorce, il transfigure notre réalité. Il nous ouvre à l’immensité ultime de notre humanité charnelle et nous fait percevoir l’aspect réel des êtres et des choses “Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité.

La liturgie n’est pas une cérémonie rituelle, elle est geste du Dieu qui existe éternellement et qui nous fait parvenir progressivement à la dimension qui est la sienne et qu’il fait devenir nôtre. “Faisant ici mémoire de la mort et de la résurrection de ton Fils, nous t’offrons, Seigneur, le pain de la vie et la coupe du salut.” Nous ne sommes plus seuls, isolés, ou réunis seulement entre nos frères autour de la table eucharistique.

Rassemblés dans le Christ, “ en Lui, par Lui et avec Lui,” nous osons lui demander la grandeur ultime qui est la nôtre :”Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps.” La prière eucharistique N° 3 va même plus loin que la prière eucharistique N°2 :” Que l’Esprit-Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire.” Nous les hommes mortels, devenir une éternelle offrande à ta gloire ? hommes et femmes si faibles et souillés, si prudents et feu de paille, hommes d’espérance en attente d’épanouissement..

Il n’y qu’une unique et totale offrande à la gloire de Dieu, c’est l’offrande de son Fils sur notre terre, sur les chemins de Palestine, sur la Croix, dans la gloire de la Résurrection. Et nous osons dire : “Fais de nous une éternelle offrande à ta gloire !” parce que nous osons dire : « Notre Père. » après avoir dit « En Lui, par Lui, tout honneur et toute gloire ! » Le Corps vient en nos mains ouvertes. Ce pain est peu de choses pour un regard humain. Que la foi nous donne chaque fois d’en être émerveillés car la splendeur de Dieu vient en nos mains..

DIEU EN NOS VIES

Un jour, Dieu a regardé une femme. Il l’a trouvée belle et s’est liée à elle parce qu’en elle, il a aimé la vie. Il en a fait jaillir le salut et la paix, le trésor d’éternité parmi les hommes. Par elle le Fils de Dieu est devenu nôtre :”engendré non pas créé... né de la Vierge Marie.” Mère de Dieu. Chaque jour, Dieu nous regarde et se lie à nous, parce qu’en nous, il aime la vie. Il vient en nous par son Fils, Dieu fait homme, Jésus-Christ, “pour que les hommes deviennent Dieu.” (saint Léon)

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En assumant, en chaque instant de nos vies, chaque instant de l’Incarnation :”nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus ! Nous célébrons ta résurrection ! nous attendons ta venue dans la gloire !” “Fais que nous possédions, Seigneur Jésus, la jouissance éternelle de ta divinité, car nous en avons ici-bas l’avant-goût lorsque nous recevons ton corps et ton sang.” (Prière de la communion)



 

DIMANCHE 5 JUIN 2016
DIXIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 


LA RENCONTRE

A Naïm, notre rencontre avec Dieu devientt un message d'espérance. Notre foi nous dit qu'il est un Dieu de vie et non de mort. Jésus se déplace, marchant à pied, suivi de gens, hommes et femmes, avides de sa parole et de ses miracles. Il entre dans la ville. Aux portes de la ville, il rencontre ce cortège attristé qui accompagne et partage le désarroi de cette femme qui a subi coup sur coup deux morts : son mari et son fils. Ils constituaient sa protection sociale et l'assurance de ses ressources.

L'évangéliste saint Luc nous rappelle ce moment de la compassion et de la tendresse de Jésus. "Il fut ému jusqu'aux entrailles pour elle." Il fait arrêter ce cortège en touchant le cercueil. Il n'a reçu aucune demande, aucune prière.. L'amour de son divin coeur partage la tristesse qu'll croise et il la comprend comme il nous comprend au cours des heures et des situations inattendues que nos vivons.

RECONSTRUIRE LA VIE

C'est presque comme malgré lui, que sa tendresse devient la force de vie qu'il est et qui se communique à cette mère éprouvée et son fils mort pour les faire entrer tous deux dans un mystère de renaissance...Il ne les connaît pas et ceci à la différence de la résurrection et de la vie qu'il fait partager devant le tombeau de Lazare auprès duquel l'amitié des deux soeurs l'a appelé.

A Naïm, c'est lui qui décide. «Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi», c'est sans réplique dans son extraordinaire sobriété. De même que la phrase laconique «il le remit à sa mère». La puissance de la Parole de Jésus apparaît ici dans toute sa majesté. C’est une parole créatrice, une parole de vie.

Toute la personne et toute la vie de Jésus de Nazareth nous révèlent ce paradoxe fantastique : Dieu s'y caractérise. C'est lui qui décide de par sa puissance infinie et sa tendresse illimitée.

LA RÉVÉLATION

Force et puissance de vie jaillissent de l'amour. Enlever au Dieu vivant l'une ou l'autre de ces deux caractéristiques, c'est se condamner à l'ignorer l'infini et l'attention permanente qui ont siennes à notre endroit.

Un partage d'amour humain que Jésus transforme en une demande implicite, exprimée dans la marche d'une foule accompagnant une veuve dans la souffrance. Chemin faisant, Jésus rencontre une fois de plus la misère d'un peuple, de la veuve et de ses proches.

Nous nous trouvons ici devant un message essentiel de notre foi : c'est le Seigneur lui-même qui prend l'initiative de notre résurrection : «Je suis la résurrection et la vie».

Les premiers chrétiens voyaient dans cet événement un message d’espérance : dans notre monde, il existe une force, qui redonne vie à chacun de nous, la force de Dieu. Le véritable incroyant est celui qui nie l’infinie puissance de la grâce. Une seule parole du Christ suffit pour faire revivre celui qui était mort. Le message d’espérance de notre foi est que nous sommes fils d'un Dieu de vie et non de mort. (Lc 20, 38)

La plupart des grandes religions se sont construites sur l'idée d'un Dieu impassible, grandiose, lointain! Notre Dieu n’est pas le «dieu grec de l'Olympe» . Ce Dieu qui se révèle de façon définitive en Jésus, est dans le même temps un Dieu vulnérable, humain, capable de s'émouvoir devant nos détresses : «En la voyant la mère du jeune homme, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle.»

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« Les larmes de la veuve ne coulent-elles pas sur les joues de Dieu ?», disait déjà Ben Sirac le Sage (Si 35, 18), dans le Premier Testament.

" Dieu est amour. Celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui ", nous rappelle saint Jean dans sa première lettre. (1 Jean 4-16) que la liturgie nous fait chanter au moment de la communion qui "unit à notre humanité à sa divinité."


 

DIMANCHE 12 JUIN 2016
ONZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 



LE PHARISIEN ET JÉSUS

L’évangile d’aujourd’hui raconte qu’un Pharisien, dont le nom était Simon, a invité Jésus à dîner chez lui. Le mot « Pharisien « veut dire « le séparé », celui qui est à part, différent des autres! Au temps de Jésus, il y en avait environ 6000 dans toute la Palestine. Ils enseignaient dans les synagogues, se considéraient des modèles de comportement religieux et prétendaient être les gardiens de la Loi et des coutumes juives. Ils considéraient que la tradition avait le même poids et la même autorité que les Écritures (cf Marc 7, 8-13).

Dans cette invitation, Jésus garde toute sa liberté. Le Pharisien est le maître de maison. Il est entouré de ses amis, des "professionnels" de la religion et des chefs religieux du pays.

Bien qu’invité spécial, Jésus n’est pas traité de façon plus respectueuse par son hôte qui démontre beaucoup plus de sollicitude envers ses amis qu’envers le prédicateur itinérant. Il fait laver les pieds de ses invités, les reçoit avec le baiser de paix et leur verse de huile parfumée sur la tête. Pour Jésus, ces trois marques d’hospitalité sont absentes.

JÉSUS ET " CETTE " FEMME

Nous apprenons alors que la femme qui s’introduit dans la salle à dîner, le fait sans y être invitée. Elle offre à Jésus ces mêmes trois marques d’hospitalité négligée par Simon.. Elle ne se préoccupe pas du Maître de la maison. Le maître, c'est Jésus. Elle lui lave ses pieds avec ses larmes, les couvre de baisers et y verse un parfum d’une grande valeur. Simon est scandalisé par Jésus qui laisse la pécheresse lui prodiguer ces marques autant de respect que d’amour en public.

Aujourd’hui, à travers Simon le Pharisien, le Christ nous demande de nous regarder nous-mêmes avant de juger les autres, d’éviter d’accrocher des étiquettes aux personnes que nous n’aimons pas, de penser que nous sommes bien meilleurs que ceux et celles qui n’appartiennent pas à «notre classe sociale».

Il est clair que le pharisien méprise la femme. Pour ce qui est de Jésus, Simon juge qu’il ne peut être un homme de Dieu : imaginez un prophète qui se laisse essuyer les pieds par une femme qui a dénoué ses cheveux! ....Geste déplacé en public encore aujourd’hui.

Simon est alors pris en flagrant délit de «mauvaises pensées». Quelqu’un a dit : « dis-moi ce que tu penses et je te dirai qui tu es! ». Et Dostoevskij écrivait « si nos pensées avaient une odeur, elles empesteraient le monde entier ».

Le Pharisien laisse faire et Jésus l'interpelle : «Simon, j’ai quelque chose à te dire… » Et il lui donne une leçon bien méritée sur les «bonnes manières» : « Tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds… Tu ne m’as pas embrassé… Tu ne m’as pas versé de parfum sur la tête… elle par contre…».

LE PHARISIEN ET " CETTE " FEMME

Simon se voit comparé à cette pécheresse, probablement une prostituée, et découvre qu’aux yeux de Jésus, elle se trouve en meilleurs position que lui, le Pharisien. La femme qui est le centre de toute cette histoire d’évangile ne prononce pas une seule parole. Mais le Christ la protège et lui dit : «Femme, ta foi t’a sauvée. Tes péchés sont pardonnés.»

Simon ne voyait que « la prostituée », Jésus a vu tout ce qu’il y avait de bon dans cette pauvre femme. C’est pourquoi le Seigneur interpelle son hôte en lui disant : « Simon, vois-tu cette femme? Regarde-la avec un peu plus d’amour et tu découvriras son histoire individuelle, ses qualités personnelles et sa grande dignité»

Simon le Pharisien avait oublié que lui aussi était un pécheur, peut-être moins grand pécheur
que la femme aux pieds de Jésus, mais un pécheur tout de même. Il avait montré très peu d’amour comparé à elle. Il est du genre qui voit facilement la paille dans l’oeil de l’autre mais qui ignore la poutre dans le sien.
Il faut relire d'autres évangiles pour voir comment Jésus traite Marie Madeleine, la Samaritaine, la pauvre veuve qui offre ses deux piécettes au trésor du Temple, la femme adultère, la femme souffrant d’hémorragie, etc.

D’ailleurs, le texte de ce matin se termine en disant que Jésus passait à travers villes et villages, accompagné non seulement des Douze mais de plusieurs femmes qu’il avait guéries. Luc mentionne même le nom de trois d’entre elles. C’était chose impensable au temps de Jésus. On interdisait aux femmes d’assister aux leçons des rabbins!

Aujourd’hui, à travers Simon le Pharisien, le Christ nous demande de nous regarder nous-mêmes avant de juger les autres, d’éviter d’accrocher des étiquettes aux personnes que nous n’aimons pas, de penser que nous sommes bien meilleurs que ceux et celles qui n’appartiennent pas à «notre classe sociale».

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En suivant le regard de Jésus, nous comprendrons que Dieu n'est pas "celui qui juge", mais "celui qui remet les dettes", qui pardonne aux pécheurs.

Et il nous demande d’avoir la même attitude envers les autres : "Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés."


 

DIMANCHE 19 JUIN 2016
DOUZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


POUR VOUS QUI-SUIS ?

1 - JÉSUS PRIAIT

Saint Luc met en une même séquence : la foule de la multiplication des pains, miracle qui provoqua un enthousiasme qui voulait se traduire en royauté. Jésus se retire alors dans la région de Césarée de Philippe, loin des foules, dans le calme, avec ses disciples ce qui lui permet une plus grande proximité.

Quelques jours auparavant, c'était le miracle de la multiplication des pains. Et saint Luc note qu'il entre en dialogue avec eux après avoir prié, " Il leva les yeux vers le ciel et remercia Dieu, avant le partage à la foule.

Saint Luc également note cette prière au moment de la Transfiguration (Luc 9-28) qui se situe une semaine après ce questionnement du12ème dimanche "Qui suis-je ?"

Nous devons relier ces trois événements puisque l'évangéliste les a reliés : "Jésus priait."

Avant et au moment de se situer devant ses contemporains et ses disciples, Jésus se situe d'abord dans la réalité se sa personnalité humano-divine..

Nous aussi il faut nous situer, dans notre quotidien dans la réalité qui est la nôtre : enfant de Dieu et de l'Église, comme nous l'a dit la liturgie de notre Baptême, comme noue le redit chaque liturgie eucharistique : "Puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité.

Le temps que nous vivons doit être sans cesse ré-initié à cause des crises de notre croissance dans la foi ou des ambiguités que nous y mêlons.

Ce qui suppose que nous sachions réorienter notre cheminement en le vivant en Lui, avec Lui et par Lui,

2 - DÉCOUVRIR JÉSUS

Ce n'est pas un sondage. " Au dire des gens (Mt 16-13) ..." Que pensent-ils de moi." Il situe des disciples par rapport à l'opinion générale qui en reste d'abord à l'étonnement, "Il est le charpentier, sa famille est au milieu de nous.

Mais, devant ses miracles et ses enseignements, les opinions deviennent plus approfondies et Jésus pose la question plus fondamentale : "Au dire, des gens,
qu’est le Fils de l’homme? » (Mt 16, 13). Pour saint Luc : " Qui suis-je ?"

Les réponses sont variées, après mois de son ministère, elles placent Jésus dans le contexte "biblique" mais non messianique.

« Pour les uns, Jean le Baptiste; pour d’autres, Élie, pour d’autres encore, ou quelqu’un des prophètes ». Mais s'ils prennent de moins en moins Jésus pour un personnage ordinaire, nul ne le prend non plus pour le Messie tant attendu.

Le Baptiste, celui qui ouvre le chemin, le Précurseur. Elie, le plus grand des prophètes, un homme comme nous, à qui Dieu demande de se dépasser au milieu d'un peuple éloigné de Lui.

C’est après avoir entendu toutes ces réponses que Jésus demande à ses disciples « Mais pour vous, qui suis-je? ».

Par cette deuxième question, Jésus tente de faire réfléchir les disciples et leur fournir l’occasion de montrer qu’ils sont capables de distinguer Sa véritable personnalité, de voir au-delà de ce que les yeux de la chair voient, au-delà de ce que la foule pense.

Ils l'ont entendu : " Je suis le Bon pasteur, le Pain de vie, la lumière du monde."

Cette deuxième question nous concerne et s’adresse à chacun et à chacune de nous. Si Jésus nous demandait à brûle-pourpoint : « Mais toi, qui dis-tu que Je suis? pour toi, qui suis-je?» quelle serait notre réponse ?

Serait-elle celle de notre connaissance du « Jésus des Évangiles ». ?

3 -LE REJOINDRE

Saint Pierre qualifie Jésus de "Messie". Pour les juifs ses contemporains, le messie est celui qui réalise l'alliance du Peuple choisi.

Jésus se réjouit de la réponse de Pierre mais il lui demande de ne pas en faire état et il s'en explique d'une manière inattendue. Pierre a donné la bonne réponse, mais i lui faut situer Jésus dans son identification de "Fils de l'homme" qui sacrifie toute sa vie pour l'identifier à la nôtre. Et la ressusciter, parce qu'elle ne peut un cheminement qui est seulement caractérisé par des temps de souffrance.

Si, pour le suivre, il nous faut assumer ce que nous sommes, y compris avec la souffrance, mais au-delà, Jésus nous révèle cette vie qui s'épanouit en résurrection.

" Celui qui veut marcher à ma suite", c'est-à-dire rejoindra la vie divine, doit suivre, s'il le faut, ce Christ jusqu'à la croix parce qu'on choisit avec elle l'amour, et le suivre jusqu'au bout dans cette logique qui va à contre-courant des évidences du monde.

Tu as compris, Pierre ? Il ne te suffit pas de connaître la bonne réponse. Encore te faut-il le suivre jusqu'au bout dans cette logique qui va à contre-courant des évidences du monde.

Être chrétien est une aventure de compagnonnage avec celui qui priait à l'écart pour mieux rejoindre son Père et s'approcher de ses frères et les aimer à la manière de Dieu.

La foi dans le Christ, Fils de Dieu, que Pierre est le premier parmi les apôtres à proclamer, vient en fait de Dieu. Cette foi ne provient ni de la chair ni du sang, expression qui, pour les Juifs, veut dire quelque chose de purement humain, ce qu’un être humain fait et comprend par lui-même.

"Celui qui veut sauver sa vie, "la sauvegarder telle qu'elle se présente à nous, la perdra", doit accepter de la perdre..." Il s'agit de demeurer jusqu'au bout dans le dynamisme de la foi" (saint Ignace aux Ephésiens)

Le Christ n' pas voulu la croix, il a voulu l'amour, un amour qui ira jusqu'au bout. Celui qui veut sauver sa vie la perdra. Mais celui qui perdre sa vie pour moi, la sauvera." (Luc 9-24)

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"Vous ne faites plus qu'un dans le Christ' St Paul aux Galates (3-29) Que nos coeurs, purifiés par sa puissance, t'offrent un amour qui réponde à ton amour" (Prière sur les offrande.)


 

DIMANCHE 26 JUIN 2016
TREIZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du Livre des Rois. 19. 16 à 21 : "Il jeta vers lui son manteau."
Psaume 15 : "Je n’ai pas plus grand bonheur que toi ! Tu m’apprends le chemin de la vie !"
Lecture de la lettre de saint Paul aux Galates. 5. 1 à 18 : "Vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu"
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc. 9. 51 à 62 : " Celui qui regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu."

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Le Seigneur est exigeant, le Seigneur est déroutant. Il nous entraîne hors de l’ordinaire du temps quotidien.

TE SUIVRE OU TU IRAS.

Dimanche dernier, il nous avait dit "Celui qui veut garder sa vie, la perdra..." Aujourd’hui il demande tout. "Ne regarde pas en arrière !" Tout de même, sa demande paraît inhumaine car il est tout naturel et dans la droite ligne de ce que l’on doit donner à sa famille quand on la quitte :"Embrasser son père et sa mère." Quoi de plus naturel et de plus significatif de la reconnaissance du lien qui nous attache à eux que de donner à son père le dernier geste d’amour au moment où la mort nous l’enlève. Car c’est un geste d’amitié et d’amour que de dire un dernier au revoir à tous ceux avec qui nous avons partagé tant d’amitié et tant d’amour. "Te suivre où tu iras" ...

Le suivre sur un chemin qui nous conduit au plus total renoncement :" Pas même une pierre pour reposer sa tête !" Mais il sait aussi notre manière de partager notre donation. Nous donnons mais en en gardant un peu pour nous, ce qui nous amène à dénaturer le don total de nous-mêmes à l’autre. L’amour, l’amitié, la liberté peuvent devenir des prétextes. "Si le Christ nous a libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres. Que cette liberté ne soit pas un prétexte." (Galates 5. 1 à 3)

DIEU NOUS APPELLE

Le prophète Elie avait mis un manteau sur celui qu’il appelait, comme pour lui boucher l’horizon du passé. Et il dit à Elisée, " Si tu veux embrasser tes parents, va, mais alors ce que je t’ai dit ne compte plus, le geste que j’ai fait n’est plus rien, c’est comme si je ne l’avais pas fait."

Revenir sans cesse au passé, comme s’il était encore le présent, c’est oublier que Dieu nous appelle à vivre dès aujourd’hui un renouvellement permanent qui nous ouvre à « son à-venir » Dieu nous déroute toujours. Peut-être parce que nous ne sommes pas sur sa route et que notre regard se retourne sur d’autres horizons que les siens.

Il nous déroutera jusqu’au jour où nous serons sur son chemin. Il en fut ainsi au jour de la Transfiguration quand Jésus reconduit les trois apôtres sur le chemin de sa vie terrestre qui passe par sa croix et sa mort. (Marc 9. 12)

Quand Jésus monte à Jérusalem et annonce à ses disciples qu’elle sera sa passion et sa résurrection, Pierre veut l’arrêter et lui faire rebrousser chemin :"Arrière, Satan", lui répond Jésus. Pierre veut en rester au stade présent que les apôtres vivent avec Jésus et non pour partager l’aventure de Dieu. (Marc 8. 33 et ss.)


DIEU SE DÉCOUVRE

Quand les disciples d’Emmaüs quittent Jérusalem pour revenir à leur passé, puisque l’espérance de l’avenir ne se réalise pas comme ils l’avaient imaginé, le Christ se met à côté de leur déception, prend le pas avec eux, et petit à petit, leur découvre ce qu’est son cheminement vers le Père, par sa parole et son geste eucharistique de la fraction du pain.

Ils reprendront la route pascale :"Il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire." (Luc 24. 25 et ss.) Il est déroutant parce qu’il nous entraîne ailleurs et autrement que ce que nous en avons jugé. C’est ainsi que nous trouverons le chemin de la liberté. C’est ainsi dans tout amour humain, dans l’amour qu’échangent les deux époux et les parents vis-à-vis de leurs enfants.

La paix que l’on y goûte, la joie que l’on y ressent, jaillissent toujours d’un don de soi que l’on fait sans réserve pour l’autre. C’est encore plus vrai dans l’amour avec Dieu. Il y a plus qu’un regard partagé, qu’une volonté qui se livre. Il y a une communion qui nous conduit à l’intime de Dieu, " le royaume de Dieu."


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"Vivez sous la conduite de l’Esprit." (Galates 5. 18) "Je n’ai pas de plus grand bonheur que toi !" (psaume de ce dimanche)
Si l’on pouvait comprendre la paix que l’on goûte quand on ne met pas de réserve avec Dieu. Laisse-là ton passé, quel qu’il soit bon ou mauvais, riche ou pauvre. Ne reviens jamais à ta manière de vivre l’autrefois et le jadis. Le Christ nous appelle toujours à « l’à-venir. »



 

DIMANCHE 3 JUILLET 2016
QUATORZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du livre du prophète Isaïe : 66. 10 à 14 :" Le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs."
Psaume 65 :" Je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme."
Lecture de la lettre de saint Paul aux Galates : 6. 14 à 18 :" Ce qui compte, c’est la création nouvelle."
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 10. 1 à 20 :" Le règne de Dieu est tout proche."

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Ce dimanche nous donne les dernières lignes de la lettre de saint Paul aux Galates. Centrée sur le conflit que connaissait cette communauté à propos de la Loi reçue par le peuple de Dieu et la foi en Jésus-Christ, cette lettre se termine par un texte écrit de la main même de l’Apôtre authentifiant ainsi ce qu’elle contient et qui exprime ce qui est au coeur de sa pensée et de sa vie.

UNE PEDAGOGIE PROVISOIRE
 
Les observances judaïques ont joué le rôle d’un pédagogue qui nous conduit à ce qui est l’essentiel : le Christ :"La Loi a été notre surveillant jusqu’au Christ. Le temps de la foi est venue, nous ne dépendons plus de ce surveillant." (Galates 3. 24 et 25)

Cette affirmation reprend, en quelques mots très brefs, les thèmes qui lui sont particulièrement chers. C’est pourquoi ils doivent être mis en relation avec ce qui est exprimé dans ses autres lettres. La croix du Christ est à l’oeuvre dans toute vie, comme elle l’est dans la vie du Christ. Elle n’est pas destructrice, mais génératrice de la création nouvelle qui nous apporte paix et miséricorde parce qu’elle nous conduit à la Résurrection. « Il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire. »

La lettre aux Corinthiens (1 Corinthiens 1. 18) donne aussi le sens de la croix pour saint Paul et établit la même liaison entre la résurrection du Christ et la création nouvelle que nous sommes. "Le Christ est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité."

Nous devons avoir ce même regard sur le Christ, au-delà de ce que nous connaissons des événements de sa vie en Palestine : "Aussi nous ne connaissons plus personne selon la chair. Mais si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi à présent. Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle. L’être ancien a disparu, un être nouveau est là." (2ème aux Corinthiens. 5. 15 à 17)

LA CROIX DU CHRIST, MOTIF D’ORGUEIL.

Toujours aux Corinthiens, saint Paul avait écrit qu’il n’avait voulu connaître parmi eux que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. Ce qui est scandale pour les Juifs et folie pour les païens, est, pour le croyant, sagesse et puissance de Dieu. (1 Corinthiens 1.2)

Car la croix du Christ n’est pas un événement sur lequel on peut disserter. Il faut aller au cœur de ce qu’elle est, à son essentiel : elle est le signe de l’amour absolu, non seulement pour tous les hommes considérés globalement, mais pour chacun d’eux personnellement et au plus profond de lui-même, pour chacun de nous, pour moi, et au plus profond de moi-même. "Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi" (Galates 2. 20)

Vivre dans la foi, vivre dans le Christ…
 
Il nous faut ne jamais oublier ce que signifie pour saint Paul la vigueur de cette expression "vivre dans". Ce n’est pas vivre, dans une ambiance ou selon un mode de vie qui répondent à la pensée de Jésus, c’est "être inséré dans" l’être même du Christ, dans la vie divine qui est la sienne. "Pour moi, vivre, c’est le Christ." (Philippiens 1. 21) Sa vie est cachée avec le Christ en Dieu. (Colossiens 3. 3)

Il met son orgueil dans la croix de celui qu’il désigne par son nom liturgique plénier :"Notre Seigneur Jésus-Christ". Et il reprend ce nom au terme de ces paroles qui sont l’essentiel de lui-même : "Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit." (Galates 6. 18)
 
Il déboute ainsi l’homme de toute prétention à acquérir la justice et l’adéquation à Dieu, par ses propres forces humaines. Il met son orgueil dans la croix, or l’orgueil, c’est le sentiment élevé que l’on porte sur soi-même et que l’on manifeste aux autres. Le motif d’orgueil, pour Paul, n’est pas ce qu’il est ou ce qu’il a fait, mais ce qu’un autre a fait pour lui et, au départ, sans lui.

A vues humaines, cette croix est plus qu’un échec, c’est une malédiction. (Galates 3. 13) Et pourtant elle est devenue aux yeux de Dieu la bénédiction :"C’est ainsi que la bénédiction d’Abraham parvient aux païens dans le Christ Jésus pour que nous recevions la promesse (faite à Abraham) par le foi." (Galates 3. 14) Ceux qui ont revêtu le Christ par le baptême en son sang, sont véritablement le Peuple de Dieu au même titre que le peuple des fils d’Abraham.

UNE CREATION NOUVELLE.

La croix est en effet étonnante. Seul Dieu peut aimer ainsi. L’homme ne peut ni mériter ni même imaginer un tel amour : c’est en cela que réside le mystère du salut. Le baptême a fait de nous un être uni et assimilé au Christ dans sa mort, pour l’être dans sa résurrection. La croix du Christ doit être considérée non comme une œuvre de destruction mais comme une oeuvre de dépouillement qui agit en chacun de nous comme elle agit en saint Paul, dépouillement qui nous insère en sa richesse divine.

C’est ainsi qu’elle est oeuvre de vie :"Nous sommes sans cesse livrée à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre chair mortelle. Ainsi la mort fait son oeuvre en nous et la vie en vous." (2 Corinthiens 4. 10 à 12)

De nos points de vue et pour nos contemporains, parler de la croix et de la mort peut souvent paraître un langage bien négatif. Il n’en est rien dans l’esprit de saint Paul. La mort est une mort au péché en vue d’une vie nouvelle : la vie éternelle déjà commencée, actuellement commencée, en nous-mêmes.

Ce n’est pas seulement une vie renouvelée, c’est une nouvelle création, une "re-création", aussi novatrice que la première :"Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ". (Galates 3. 27) La circoncision, qui marque le corps en rite d’identification du peuple juif, est dépassée. La liturgie baptismale de l’Eglise catholique latine le dit au nouveau baptisé, et c’est pourquoi, dans le même temps, elle le «signe» de la croix. La "marque du Christ", qui est la croix en nous, constitue "le véritable Israël de Dieu".

C’est alors que prend tout son sens ces mots de saint Paul :"Le monde est à jamais crucifié pour moi, et moi, pour le monde." Trop souvent nous les entendons comme devant être le détachement des choses de ce monde. Autre est le regard de Paul. En tout homme, il voit la marque indélébile de la croix par laquelle Dieu fait de tout homme son Peuple.
 
***
 
« Nous ne connaissons plus personne selon la chair." (2 Corinthiens 5. 16) "Vous ne faîtes plus qu’un dans le Christ Jésus." (Galates 3. 28)

"Ecoutez, vous tous qui craignez Dieu... Il a changé la mer en terre ferme... "
Son amour fait plus que cela en Jésus-Christ :
"Ecoutez, je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme." (psaume de ce dimanche)
Il a fait de nous une création nouvelle

"Comblés d’un si grand bien... fais que jamais nous ne cessions de chanter ta louange." (Prière de communion)


 

DIMANCHE 10 JUILLET 2016
QUINZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 

Références bibliques :

Lecture du livre du Deutéronome 30. 10 à 14 :” Elle est tout près de toi cette Parole afin que tu la mettes en pratique.”
Psaume 18 : “Le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard."
Lecture de la lettre de saint Paul aux Colossiens : 1. 15 à 20 : “ Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total.”"
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 10. 25 à 37 : “Fais ainsi et tu auras la vie."

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Nous pouvons centrer notre méditation de ce dimanche sur deux thèmes : celui du prochain avec la parabole du Bon Samaritain et celui de la richesse du Christ qui nous est donnée et que saint Paul développe dans sa lettre aux Colossiens.

L’HYMNE AU CHRIST

Pour quatre dimanches, la liturgie nous propose d’entendre cette Parole de Dieu dans la lettre adressée aux chrétiens de Colosses, ville du centre de l’actuelle Turquie. Paul n’est pas le fondateur de cette communauté. C’est Epaphras, “son ami et son compagnon de service.” Elle est datée de son séjour à Rome, alors qu’il est prisonnier, vers l’an 63, peu d’années avant son martyre.

Cette communauté était menacée de syncrétisme. “Des éléments du monde” interfèrent avec la pureté de la foi que l’on veut rendre plus proche des réalités de la vie et la société dans laquelle se trouvent les chrétiens, même si elles en sont contradictoires. Dans la recherche d’une unité souhaitable, on a parfois tendance à fondre des doctrines différentes en les faisant se rejoindre par des approximations qui veulent les amalgamer les unes avec les autres.
 
Par exemple, actuellement dans le dialogue interreligieux, nous disons que nous sommes tous les enfants d’un même Dieu et nous regrettons alors de ne pas en parler ni d’en vivre de la même manière. Un seul Dieu, oui, un même Dieu ?…oui et non . Le Dieu de Jésus-Christ est Trinité, vie d’amour du Père et du Fils et de l’Esprit. Cette vitalité trinitaire nous est révélée non par un prophète mais par le Fils de Dieu lui-même fait homme en Jésus-Christ. Cette foi au Christ est inassimilable à la foi musulmane ou à la foi juive pour qui ce mystère est impossible à recevoir quand il parle de Dieu Un.
 
La bonne volonté peut « écorcher » la vérité.

Pour donner la mesure de la richesse qui est la nôtre dans le Christ, saint Paul insère dans sa lettre cet hymne au Christ « qui dépasse toute créature ». Il est celui qui a tout créé. Il faut dépasser ce que nous avons vu de lui durant sa vie parmi les hommes. “Il est avant tous les êtres et tout subsiste en lui... en lui, toute chose a son accomplissement total, sur la terre et dans les cieux, par le sang de sa croix.” (Colossiens 1. 19 et 20)

IMAGE DE L’INVISIBLE.

Nous retrouvons, dans ce passage, les écrits de Sagesse de l’Ancien Testament : la sagesse de Dieu qui préside aussi bien à la création qu’à l’histoire du salut.

Ici, saint Paul applique au Christ ce qui nous dit dans le livre de la Sagesse (chapitre 8. 25 et 26), par l’auteur de l’Ancien Testament :”(La Sagesse) est un souffle de la Puissance divine, une effusion toute pure de la gloire du Tout-Puissant. Aussi, rien de souillé ne pénètre en elle. Elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l’activité de Dieu, une image de son excellence.” Il affirme ainsi le primat absolu du Christ sur tout le créé,
 
Saint Jean a repris ces textes dans le prologue de son Evangile en utilisant le terme “Logos” qui, en grec signifie à la fois, Parole, Pensée et expression réalisatrice de la pensée, et en l’attribuant au Fils. (Jean 1. 1 et ss)


CREATION ET RECONCILIATION

A partir de ce texte biblique et dans le même temps, saint Paul comme saint Jean situent le rôle et la place du Christ dans l’humanité. La Sagesse parmi nous :”Celui qui m’a créé m’a fait dresser ma tente. Il m’a dit : « Installe-toi en Jacob et entre dans l’héritage d’Israël.” (Ecclésiastique 24. 8). Saint Jean nous dit que cette prophétie s’est réalisée :”Le Verbe s’est fait chair et il a dressé sa tente parmi nous.”

Saint Paul l’affirme également. Le monde est marqué par la mort. Le Christ, premier-né d’entre les morts, “la tête du corps, c’est-à-dire de l’Eglise,” fait renaître ce monde en lui redonnant le sens de son unité :”Tout subsiste en lui.” (Colossiens 1. 17)

Tous les êtres, “sur la terre et dans les cieux”, trouvent leur accomplissement en celui qui est la plénitude de Dieu et leur plénitude. “Il a voulu tout réconcilier en faisant la paix par le sang de sa croix.” Nous devons méditer cet hymne au Christ et le faire nôtre en le relisant par rapport à nous-mêmes et à nos frères, lors de cette intimité entre Lui et nous, dans l’Eglise, par cette communion au Corps et au Sang du Seigneur.

Je subsiste en Lui ... en Lui, j’ai mon accomplissement total ... il doit avoir en tout la primauté. Il subsiste tout autant en mon frère.
 
LA PARABOLE DU SAMARITAIN
 
Cette parabole peut être lue comme l’affirmation d’une exigence philanthropique ou l’affirmation d’une exigence caritative. C’est mon frère en humanité.
 
Elle peut être lue au niveau des deux commandements qui sont les mêmes et dont elle est l’explicitation. Le prêtre et le lévite ne se comportent pas ainsi puisqu’ils donnent priorité au premier en négligeant le second.
 
Les textes parlent d’eux-mêmes. La loi que nous prescrit le Seigneur n’est pas au-dessus de nos forces. Il n’est pas nécessaire de la chercher loin de nous. Elle ni dans les hauteurs ni dans le lointain au-delà des mers. Elle n’est pas hors d’atteinte, comme le dit le Deutéronome. Elle est là, sur le bord du chemin, nous dit Jésus par la parabole du Bon Samaritain.

La Parole de Dieu est dans nos coeurs afin que nous la mettions en pratique. “Il le vit, fut saisi de pitié, lui panse ses plaies, le conduit à l’auberge et le prend en charge.” Des gestes simples qui ont traduit ce qui est écrit dans la Loi du Seigneu

Le Seigneur nous indique ce que nous avons à réaliser ainsi chaque jour, dans les situations où nous nous trouvons, si nous voulons mettre en pratique le commandement “Tu aimeras...”
 
Mais cette parabole trouve une autre plénitude, si nous la mettons dans la perspective paulinienne, celle du Christ qui vit en cet homme. Ce blessé de la route de Jéricho a été créé par Lui et pour Lui. Il subsiste en Lui.
 
Ce n’est pas une simple fraternité humaine qui nous relie à l’étranger, au blessé de la vie, au demandeur d’asile, à l’isolé solitaire dans un monde qui tourbillonne autour de lui. C’est le Christ qui nous attache à chacun d’eux. Dans notre agir, nous devons tenir compte qu’en eux, le Christ « doit avoir en tout la primauté …Dieu a voulu que dans le Christ tout ait son accomplissement. »
 
A sa manière, c’est ce que réalise le Samaritain qui ne s’en tient pas à quelques instants. Par delà le premier secours, il va plus loin : “…quand je repasserai.“ 
 
“Celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère” comme lui-même, car ce frère ne réalisera son accomplissement total que dans le Christ. A nous d’aider tout homme rencontré sur notre chemin, à retrouver le sens de ce qu’il est :”Que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? ...Prend soin de lui, toi, aussi, fais de même.”

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En toute eucharistie, nous célébrons ce mystère, nous y participons par la communion. La prière après la communion, en ce dimanche le dit avec des mots tout simples :”Nourris de ton eucharistie, nous te supplions, Seigneur. Chaque fois que nous célébrons ce mystère, fais grandir en nous ton oeuvre de salut.”

Cette oeuvre de salut a la dimension même que nous rappelle la lettre de saint Paul, la dimension du Christ, image du Dieu invisible.

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