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Références bibliques :
Livre de la Genèse : 22. 1 à 18 : "Puisque tu m’as obéi… »
Psaume 115 : « Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur ?."
Lettre de saint Paul aux Romains. 8. 31 à 34 : "Il n’a pas refusé son propre Fils…."
Evangile selon saint Marc : 9. 2 à 10 : "Ils ne virent plus que lui, Jésus, seul, avec eux."
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En ce deuxième dimanche de Carême, si grande est la force spirituelle qui ressort du message de la Transfiguration du Seigneur, que nous sommes tentés de ne lire qu’avec moins d’attention, la réponse d’Abraham et l’assurance de saint Paul.
PRENDS TON FILS, CELUI QUE TU AIMES
Le projet de Dieu, pour chacun de nous, est de nous conduire à lui, et le chemin qu’il nous demande de suivre est celui-là même du Christ, pour que puissions rejoindre l’infini de Dieu.
Le désir de l’amour, c’est de vivre sa durée. Le désir de l’être, c’est l'infini. C'est Dieu, mais nous ne le connaissons pas dans l’infini de sa réalité.
Quand Abraham quitte Ur en Chaldée, il ignore de quoi seront faits les lendemains. De quelles joies ? de quelles épreuves ? de quels détachements ? Il ne connaît rien du projet de Dieu sur lui, mais, pour Abraham, ce Dieu qui lui parle et l'invite à partir, c'est plus que son pays, que sa patrie, que la famille, la maison de son père.
Il en est ainsi de notre vie. Il nous est demandé de dépasser notre humaine compréhension. Ce fils, Isaac, est l'unique espoir d'une descendance et c’est cet espoir qui doit être sacrifié. La foi d’Abraham assume ce paradoxe. Ce fils, « cet unique, celui que tu aimes », devient l’avenir même du Peuple de Dieu, parce qu’Abraham a préféré Dieu à tout autre amour.
Saint Paul prend appui sur l’assurance même de l’amour que Dieu nous porte. « Qui sera contre nous ? Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous. »
Certes saint Paul
n'a pas vécu la lumière que Pierre, Jacques et Jean ont vécu sur la montagne au jour de la Transfiguration. C'est sur le chemin de Damas qu'il a vécu cette indicible lumière. Il peut alors déclarer à son disciple Timothée : « Il nous a donné une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce... Maintenant elle est devenue visible à nos yeux « (2 Tim. 1. 9)
REJOINDRE LA PÂQUE DU SEIGNEUR.
En conduisant
Pierre, Jacques et Jean, à l’écart, sur la montagne, il les entraine dans l'intimité de lui-même. Et c’est là que la lumière jaillit de tout l’être humain de Jésus.
Si la liturgie de l’Eglise nous fait lire cet épisode chaque deuxième dimanche du Carême, c’est que la Transfiguration donne tout son sens à notre démarche vers Pâques, qui est celle de notre "intégration" dans l'intimité de la vie divine par le Christ ressuscité. Ce que les traditions orientales et byzantines appellent la divinisation.
Le Christ est plénitude de Dieu, "lumière née de la lumière". Il l’unit à sa nature humaine, à son corps même, dans le mystère de son union à la splendeur divine. C’est ce à quoi il nous propose de participer, à notre tour, puisque la grâce de notre baptême et des sacrements réalise en nous cette divinisation.
Pendant ces quarante jours, comme le Christ, nous sommes "guidés par l’Esprit" (1er dimanche de Carême) et tentés dans le désert qui est le nôtre. Aujourd’hui, en ce deuxième dimanche, nous avons à gravir, avec lui, la montagne qui est celle du Thabor, qui, demain, sera celle du Calvaire. Aujourd’hui, il nous demande de nous laisser englober dans la nuée lumineuse, comme elle qui couvrit les trois apôtres de son ombre.
La lumière, c’est le Christ. Mais aujourd’hui nous sommes avec lui dans l’obscurité de son humanité avant qu'il soit révélé dans la lumière du matin de Pâques. "Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts" (Matthieu 17. 9).
En revenant parmi les hommes au bas du Thabor, saint Marc souligne bien cette présence du Christ à nos côtés : »seul avec eux… » Moïse et Elie, la Loi et les Prophètes ne sont plus là. Le Christ nous suffit, même si, aujourd’hui, nous nous demandons comme les trois disciples, " ce que voulait dire : ressusciter d’entre les morts."
Ils n’osent pas questionner ce Jésus avec qui ils ont vécu un moment d’un extraordinaire mystère. Saint Paul nous donne la réponse qu'il a reçue sur le chemin de Damas : »Il est ressuscité, il est à la droite de Dieu. »
LA LOI ET LES PROPHÈTES
Ce n’est qu'à partir de la Résurrection et peu à peu, tout au long de leur ministère et des engagements au service de Dieu, que les apôtres comprendront pleinement le sens d’un événement qui les avait bouleversés autrefois, sur la Montagne, sans qu’ils puissent alors en saisir toute la portée.
Revenons un instant sur cette présence qui entoure le Christ, le Messie annoncé par la Loi et les Prophètes. En effet au sein de cette vision glorieuse, apparurent aux côtés du Seigneur, Moïse et Elie, ces deux sommets de l’Ancien Testament, représentant la Loi et les Prophètes.
Moïse, l’homme de l’Exode vers la terre promise, dont on ne sait où se trouve précisément son lieu de sépulture sur le mont Nébo (Deutéronome 34). Elie, c'est le prophèt quifut enlevé au ciel (2 Rois 2. 1 à 15).
Le visage de Moïse avait resplendi d’une gloire qui venait, non pas de lui-même, mais en descendant du Sinaï, après la révélation qu'il y avait vécue (Exode 43. 29), il en portait le reflet sur son visage.
Au Thabor, le visage du Christ leur apparaît comme une source de lumière, source de la vie divine rendue accessible à l’homme et qui se répand aussi sur ses "vêtements", c’est-à-dire sur le monde extérieur et sur les produits de l’activité et de la civilisation humaines.
Ils s’entretiennent avec lui, (saint Luc nous le précise), "de l’exode qu’il allait accomplir à Jérusalem" c’est-à-dire de sa Passion, car c’est par la Passion et la Croix que cette gloire devait être donnée aux hommes, entrant dans la Terre Promise, au jour de la Résurrection.
MON FILS BIEN AIMÉ
Partis prier avec lui, ils entrevoient sa gloire. Ils l’avaient découvert comme le nouveau Moïse et le nouvel Elie auxquels ces prophètes du passé rendaient témoignage. Mais surtout ils perçoivent Dieu lui-même, si l’on ose parler ainsi, reconnaissant en Jésus son Fils. Jésus le villageois de Nazareth, le guérisseur, le prédicateur qui révèle aux foules de Galilée le sens de la Parole de Dieu.
Car
« le Fils bien-aimé », c’était l’humble charpentier qui, sur les rives du Jourdain, se présentait à Jean-Baptiste. Au Thabor, Jésus est ce charpentier en même temps qu’il est le Tout-Autre, le Messie de Gloire, Parole de Dieu incarnée. Au Thabor, il manifeste la splendeur de la gloire divine qu’il possède en lui-même et qu’il a conservée dans son Incarnation, même si elle était cachée sous le voile de la chair.
Sa divinité s’est unie sans confusion avec la nature de la chair. Et la gloire divine est devenue gloire du corps assumé. Il n’est pas le Fils bien aimé, par adoption, privilège ou mission temporaire. Il l’est par nature, et cela de toute éternité. La théologie dira, c’est son essence même, c’est sa substance.
Ce que le Christ manifestait ainsi à ses disciples au sommet de la montagne, ce que Dieu ratifiait, n’était pas un simple spectacle nouveau, mais la manifestation éclatante de la divinisation en Lui de la nature humaine, y compris le corps, et de son union avec la splendeur divine. "La divinité de celui qui a prit notre humanité" (prière de l’offertoire de la messe).
NOTRE DIVINISATION
"Lumière née de la lumière, " (Confession de la foi), lumière immatérielle, incréée et intemporelle, elle est celle du Royaume de Dieu venu en Jésus-Christ dans la puissance de l’Esprit-Saint. "Je suis la lumière du monde."
Mais il l’a promis à ses disciples quand il nous a dit : "Vous êtes la lumière du monde." Nous sommes ainsi un autre lui-même, c’est "notre vocation sainte, non pas à cause de nos actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. "
Quand la vision a disparu, les apôtres retrouvent le paysage de la Galilée. Ils ne peuvent vivre aujourd’hui dans l’éternité de la vision divine. Jésus est au milieu d’eux et redevient l’ami quotidien, fascinant, mystérieux, attachant. Ils viennent de vivre dans un instant qui est plus qu’une lumière d’espérance puisqu’ils ont découvert une autre réalité dont ils mesureront la richesse au travers du temps et de la mesure de leur pauvreté et de leur faiblesse.
Au coeur des mystère dans lesquels nous vivons, au milieu de toutes les questions qui se posent sur le sens de nos vies, sur le sens de nos souffrances, sur le sens du monde qui nous paraît souvent obscur et confus, il est bon de nous rappeler la grande lumière qui est celle du Christ, donnée visiblement, en un instant, aux apôtres à la Transfiguration.
Et qui nous est donnée et que, parfois, nous ressentons nous aussi en un instant de grâce. "L’exemple du Seigneur invite la foi des croyants à comprendre que, sans avoir à douter des promesses de bonheur, nous devons pourtant, parmi les épreuves de cette vie, demander la patience avant la gloire" (le pape saint Léon).
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« Tu nous as dit, Seigneur, d’écouter ton Fils bien-aimé. Fais-nous trouver dans ta Parole les vivres dont notre foi a besoin. Et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire. » (Prière d’ouverture de la messe). |