Méditations dominicales

***
En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon son "charisme",
une ou plusieurs méditations .

Chaque auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


-



Dimanche 19 février : Septième di manche du temps ordinaire
Dimanche 26 février : Huitième dimanche du temps ordinaire :


Dimanches du 5 mars au 2 avril : Les Homélies de ces dimanches de Carême

sont déjà consultables dans les fichiers suivants



DIMANCHE 12 FEVRIER 2017
SIXIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture de Ben Sirac : 15. 15 à 20 : "Étends la main vers ce que tu préfères."
Psaume 118 : " Ouvre mes yeux que je contemple les merveilles de ta Loi."
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor 2. 6 à 10 :"Nous proclamons la sagesse de Dieu."
Évangile selon saint Matthieu : 5. 20 à 37 : "Quand vous dîtes oui, que ce soit oui. Quand vous dîtes non, que ce soit un non.

"
***

C'est dans le coeur de l'homme que se joue sa fidélité à Dieu et son ouverture aux autres. Et c'est que nous avons à assumer et traduire la pensée de Dieu que nous découvrons dans le "vécu" de Jésus-Christ.

RECHERCHER

Sur les bords du Jourdain, André et Philippe recherchaient quel était celui dont les prophètes avaient parlé. Ils ne voulaient pas en rester au simple commentaire des scribes ni même ceux plus élaborés des docteurs de la Loi.

Ils avaient quitté le monde clos de Jérusalem où ces doctes personnes jasaient sur des textes, que des scribes transcrivaient en même temps qu'ils les explicitaient par de savants commentaires.

Ils ne voulaient pas en rester là. Ils voulaient voir clair. Ben Sirac avait dit :"Étends la main. Regarde et choisis."

Sur les bords du Jourdain, André et Philippe ont découvert une voix qui se faisait entendre. Elle était l'écho de celle des prophètes. Elle ne proclamait pas une sagesse de ce monde. Elle voulait, humblement, proclamer la pensée de Dieu qu'il avait découvert.

Jean-Baptiste était venu pour rendre témoignage à la lumière, celle qui venait dans ce monde pour illuminer les hommes. (St Jean. 1. 3 et 4)

DÉCOUVRIR

Mais la sagesse est un mystère de Dieu. "Ce que personne n'avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles."

Les grandes discussions que nous pouvons avoir en nous-mêmes comme avec nos proches, seront toujours partielles et bien souvent partiales si elles n'en restent qu'à une discussion sur le rituel de nos gestes sociaux ou moralisateurs.

Les profondeurs du mystère ne peuvent se mesurer. La morale naturelle ne contredit pas la pensée de Dieu, mais elle n'est pas toute la pensée de Dieu que Jésus nous a révélée.

Et qui peut atteindre cette pensée s'il n'y a pas un immense amour, un amour attentif à accomplir toute la loi, dans un comportement intérieurement vécu, plus radical aussi d'ailleurs parce que Jésus appelle chacun de nous à se dépasser lui-même comme à dépasser la lettre, pour mener un vie de foi authentique.

C'est d'abord la loi de Dieu qui doit être la nôtre, que nous avons à connaître, que nous avons à faire connaître, que nous avons à traduire dans nos gestes quotidiens pour Dieu, comme pour nos frères. "Ouvre mes yeux que je contemple les merveilles de ta Loi"... et pas seulement la lettre.

LE TRADUIRE DANS NOS VIES

" N'en restez pas là... moi je vous dis..."La Loi est sans doute une merveille, mais elle doit être vécue comme le Christ l'a vécue. Car pour lui, tout se joue désormais au niveau du cœur humain qui doit être à l'image et à la ressemblance du coeur de Dieu.

Interdite la colère contre un frère parce qu'elle porte en elle le germe d'un véritable meurtre. Interdite la convoitise, parce qu'elle porte en elle comme le vol d'une richesse intime. Interdits les serments vrais ou faux, parce qu'ils détruisent la force de la vérité.

Nous avons à nous en tenir à la seule parole, celle du "oui", celle du "non", celle de la vérité et du respect profond de la personnalité de notre frère à qui nous devons la vérité

Et nous qui croyions que l'Évangile n'était que douceur,piétisme émotionnel, consolation, indulgence, nous voici confrontés à des exigences sans précédent. Alors bien souvent nous réagissons comme les apôtres : "Mais, qui peut être sauvé?" (Mc 10,26).

La réponse de Jésus nous la connaissons, mais nous avons crainte de nous y engager parce qu'en effet elle est très exigeante. "En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire!" (Jn 15,5).

Nulle morale chrétienne n'est possible sans le support d'une vie spirituelle, disons même, mystique: celle de notre union avec le Christ, de notre greffe sur sa propre personne
, source du vouloir et du faire.

Posé sur nous, son regard de tendresse nous fait découvrir que, sans lui, nous ne pouvons rien faire, mais qu'avec lui et en lui, tout devient possible.

Posé sur nos frères, notre regard, s'il est celui-là même de Dieu qui est amour, ce regard nous donne la réponse car alors nous nous demandons comment le Christ agirait en pareille circonstance, et comment désormais doit être pour chacun d'entre nous la manière personnelle d'accomplir la Loi.

***

"C'est à nous que Dieu, par l'Esprit, a révélé cette sagesse, car l'Esprit voit le fond de toutes choses et même les profondeurs de Dieu." (1ère aux Corinthiens. 15. 20)



DIMANCHE 19 FEVRIER 2017
SEPTIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture du Livre du Lévitique : 19. 1 à 18 :"Soyez saints, car moi, le Seigneur, je suis saint."
Psaume 102 : " N'oublie aucun de ses bienfaits."
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 3. 16 à 23 : "L'Esprit de Dieu habite en vous."
Évangile selon saint Matthieu : 5. 38 à 48 : "Afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux."

A la suite des Béatitudes, les évangélistes nous disent quelle transposition le Christ en fait dans la vie quotidienne et en particulier dans les difficultés et les oppositions que nous rencontrons.

L'amour des ennemis, par exemple en ce dimanche, ne vient pas de notre indulgence compréhensive. Il a pour fondement le fait que, divinisés par la grâce de Dieu, nous devons la réaliser comme le Christ l'a vécue.

CE QUE NOUS SOMMES

La conduite que le Christ attend devenir celle de ses disciples nous conduit sur le chemin des exigences de la véritable sagesse.

Certes nous sommes de la même "pâte" humaine que l'adversaire qui nous attaque ou nous fait procès. Et cette similitude nous donne déjà le devoir d'une certaine compréhension, d'une certaine indulgence, dans nos comportements comme dans nos réactions. Ce que nous attendons des autres, eux sont aussi en droit de l'attendre de nous. Nous sommes comme eux et dans certaines situations nous avons agi comme eux.

Mais dans la pensée de Dieu, c'est davantage ou plutôt c'est tout autre. "Soyez parfaits ...Soyez comme moi ... imitez-moi," non pas comme un modèle extérieur à vous-mêmes qui influencerait votre comportement. Mais " Soyez saint ... soyez tendresse et pitié ...parce que l'Esprit de Dieu habite en vous."

" Tout vous appartient" ...non comme une possession, mais comme un trésor, une richesse dont vous êtes plus que les gérants. " Cela nous appartient". Il est venu le temps de transposer dans le quotidien ce que nous sommes, ou plus exactement qui nous sommes.

EN PRENDRE CONSCIENCE

Et non pas ce que nous savons d'expérience ou de connaissances. Comme les Corinthiens nous avons tendance à nous appuyer sur des penseurs, des experts, des théologiens, des maîtres de spiritualité.

Sans réduire l'apport de ces maîtres, nous avons à mesurer la portée de l'affirmation de l'apôtre qui a conduit la communauté chrétienne de Corinthe à la connaissance de l'Évangile.

Paul lui-même est le pharisien converti et l'infatigable prédicateur de la révélation sur le chemin de Damas. Apollos est un théologien de la célèbre académie théologique d'Alexandrie . Pierre est celui sur qui Jésus a fondé son Église et qui est celui qui en confirme la foi.

"Tout vous appartient". Vous pouvez appartenir à ces courants spirituels et doctrinaux, dit Paul. Vous pouvez les faire vôtres et vous reconnaître en eux.

Vous pouvez être puissants, savants, décideurs de la vie politique, sociale ou scientifique. " Le monde, et la vie et la mort, le présent et l'avenir, tout vous appartient". Tout est à vous ....

Oui et non. Nos valeurs ne sont rien si cette échelle des valeurs ne nous conduisait plus haut. "Vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu." La sagesse du monde est folie devant Dieu. Seule est sagesse la folie de Dieu.

Relisons un passage du livre de la Genèse, (Genèse. 28.11). Ce soir-là, Jacob poursuivait sa route et fit une halte près du mont Moriah. Il n'avait pas encore connu d'expérience prophétique. Il n'avait pas encore réuni en lui les trois qualités nécessaires de sagesse, de force et de richesse intérieure. Il poursuivait l'itinéraire qu'il s'était fixé.

Et c'est là que, dans son sommeil, il vit une échelle fichée au sol et s'élevant très haut dans le ciel, une échelle large et grande, sur laquelle deux anges montaient et deux autres anges en descendaient. Une lumière exceptionnelle illuminait le monde.

Et lorsqu'il se réveilla, il dit : « Sûrement Dieu est présent ici et je ne le sais pas... Ici il n’y a rien que la maison de Dieu et ceci est la porte du ciel. »

"Vous êtes le temple de Dieu et l'Esprit de Dieu habite en vous," nous dit saint Paul. Quelques mots dont nous avons à en peser la réalité et les conséquences qui en découlent.

EN TIRER LES CONSÉQUENCES

Soyons donc dans notre vie quotidienne cette présence de celui qui habite en nous, et cette porte du ciel, pour tous les hommes. " Pour nous, les hommes", dit le Credo. et non pour quelques-uns.

Dans les situations que le Christ évoque, il ne s'agit pas seulement d'attendrir l'adversaire, ni même de le désarmer. L'amour n'est pas seulement le pardon immédiat, mais aussi l'acceptation d'une autre injure, ultérieure peut-être. Cette acceptation immédiate témoignera d'un amour qui dépasse le geste de l'ennemi, "Celui-là est vraiment le Fils de Dieu", dira le centurion du Calvaire, après avoir commandé et ordonné chaque geste de la torture du crucifiement.

Notre attitude inspirée par l'amour peut donc ébranler celui qui veut être adversaire. Un jour ou l'autre, peut-être, il découvrira la raison de notre dépassement, à son égard. Car rien ne peut dépasser l'amour.

C'est la mise en oeuvre dans notre vie de ce qu'attend le Christ de nous. " Qui et quoi peuvent nous détacher de l'amour du Christ pour nous ? Qui nous séparera de l'amour que nous donnons au Christ ? ... Ni la détresse, ni langoisse, ni la persécution....En tout cela nous remportons la plus complète victoire par celui qui nous a aimés .. par l'amour que Dieu nous a manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur." (Romains 8.39)

Sur les routes de Galilée et de Judée, à Jérusalem et au Calvaire, Jésus a rencontré des ennemis. Mais il ne les connaissait pas comme tel. Il était venu pour eux, il est mort pour tous les hommes, pour les conduire en sa Résurrection. "Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font..."

Puisque nous sommes fils de Dieu par la grâce et frères par l'amour sauveur du Fils en son Incarnation, transposons dans nos faits et gestes, dans nos pensées et notre vie, la vie qui fut celle du Fils de Dieu parmi nous.

" On vous a appris... moi, je vous dis afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux." (Matthieu 5. 44)

AU COEUR DE L'AMOUR

Mais en ce chemin qui nous rapproche de celui qu'il a connu avec les oppositions de certains pharisiens, avec l'abandon temporaire de ses apôtres, avec la torture du Calvaire, il ne nous laisse pas seuls. Il est sans cesse proche de nous, présent réellement avec nous.

" Ce sang de l'Alliance nouvelle et éternelle, versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés... Faites ceci en mémoire de moi ..."

Dans un tel renoncement qu'il demande au disciple pour atteindre la perfection qui est celle-là même du don de l'amour, il se fait nôtre, il fait alliance avec son Peuple.. Et c'est pour cela qu'il nous donne d'avoir accès au sacrifice de sa mort et de sa Résurrection en chaque Eucharistie.

Alors, " Qui nous séparera du Christ ? Ni la détresse, ni l'angoisse, ni la persécution, puisque Dieu nous manifeste son amour en Jésus-Christ notre Seigneur." (Romains 8.39)

Le Christ Jésus nous en a donné l'exemple. A nous dans le quotidien de le rejoindre en chaque Eucharistie. "Vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu."

***

Accorde-nous de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes dns une inlassable recherche des biens spirituels." (Prière d'ouverture de la messe de ce dimanche.)



DIMANCHE 26 FEVRIER 2017
HUITIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Références bibliques :

Lecture du prophète Isaie : 49. 14-15 : "Moi, je ne t'oublierai pas."
Psaume 61 : "Devant Lui, épanchez votre coeur."
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 4. 1 à 5 : "Serviteurs du Christ et intendants des mystères de Dieu."
Évangile selon saint Matthieu : 6. 24 à 34 : " Cherchez d'abord son Royaume et sa justice."

Dieu est plus sûr que toute valeur humaine. Ce qui doit nous motiver ce n'est pas ce que l'on pense de nous. C'est ce comment Dieu me voit, me juge ... Transposer cette divine réalité dans le mystère que nous sommes en Christ;

A LA LUMIÈRE DU CHRIST

Est-ce que la source jette par la même ouverture le doux et l'amer ? est-ce qu'un figuier peut donner des olives, ou une vigne des figues?
JACQUES Ill, 12.

Nul ne peut servir deux maîtres. On ne saurait trouver une parole plus claire. La déclaration est catégorique. Si elle nous gênait moins, nous n'y trouverions rien à redire. Mais comme la pensée nous prend corps à corps et nous serre de près, nous cherchons à trouver l'image en défaut.

La parole du Christ est poétique Les oiseaux du ciel, les lys des champs, les semailles et la moisson, les réserves dans les greniers. Un peu irréaliste ajoutent même certains.

Les blés peuvent être moissonnés, parce qu'on a travaillé la terre avant d'y répandre les semences. Les pauvres peuvent se nourrir parce que les greniers ne sont pas vides. La mère de famille peut s faire du souci quand ses enfants manquent de tout.

Engranger n'est pas toujours se mettre au service d'une domination exigeante. Préparer l'avenir n'est pas une attitude déraisonnable. "Le mal n'est pas dans la richesse ou dans la pauvreté mais dans la façon de vivre ces réalités", déclarait l'évêque de la Havane, le 23 janvier 2011.

« Nul ne peut servir deux maîtres. » - Et pourquoi pas? Le tout est de savoir s'y prendre. Nous convenons qu'il est difficile de servir deux maîtres; mais ce n'est pas impossible. Le pétrole peut bien faire progresser une société.

En fait, nous jouons sur les mots comme sur les situations en disant cela. Ca nous savons bien que cette parole du Christ éclaire des situations et des manières d'agir qui conduisent à la pauvreté, à la misère, à la migration, à l'exclusion, dans les mines d'Amérique du Sud ou d'Afrique, aux bidonvilles de l'Inde ou à la guerre au Kivu.

Dans un monde pluriel les peuples des pays émergents comme dans les régions déclinantes sont à la merci de maîtres financiers, économiques ou politiques. Et cette parole du Christ ne s'adresse pas qu'au simple citoyen, mais à tous ceux qui ont ou veulent assumer une charge au service des autres.

La lumière du Christ doit "éclairer tout homme en ce monde" (Jean 1.9). "La grâce et la vérité viennent par le Christ."

RICHESSE ET PAUVRETÉ

Le Christ n'a jamais vécu avec son Père au moyen de compromis savants et successifs. Il a tout donné de son humanité. "Je connais tes oeuvres : tu n'es ni froid ni bouillant. Plût à Dieu que tu fusses froid ou bouillant! Mais parce que tu es tiède et que tu n'es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche.
APOCALYPSE III, 16.

"Heureux les pauvres de cœur!" (Mt 5,2). C'est en écho à la première béatitude qu'il faut comprendre
la portée de l'évangile de ce dimanche, aussi bien dans notre vie personnelle que dans la vie des nations entre elles. Bien des problèmes connaîtraient un début d'une solution si les réunions des G 8, G 12 ou G 20, si les Forum Mondiaux ne se repliaient pas sur leurs richesses abandonnant les plus pauvres hors de leurs conférences.

Comme nous passons sur le trottoir de nos villes devant le pauvre qui s'est assis à la porte du Supermarché ou non loin du distributeur de la banque. Une manoeuvre, peut-être. Non, le rappel d'une réalité.

Pour chacun de nous, le Royaume est là, tout proche, déjà mystérieusement et ce n'est pas une utopie que d'opter pour Dieu sans compromis, le servir sans partage, s'en remettre à lui avec une confiance totale dans son dessein de salut, telle est l'exigence primordiale.

Nul ne peut servir deux maîtres, nul ne peut servir Dieu et l'Argent!

Et ces paroles du Christ sont à comprendre dans la plénitude de leur signification. L'argent résume tout ce que nous cherchons à posséder, à retenir en une possession qui devient un asservissement!

Ne devrait-on pas quitter les choses avant qu'elles ne nous quittent? Nous construisons tant de remparts pour assurer les prétentions de notre personnalité... mais peu nombreux sont ceux qui ont choisi cette liberté et cette ouverture à Dieu par la donation de leurs triple voeu religieux.

Les richesses, matérielles, sociales, intellectuelles, spirituelles, quelles qu'elles soient. Dieu les a mis à notre disposition. Elles ne sont pas à rejeter, elles sont là pour bâtir un monde à la mesure de Dieu, et des hommes, un monde à explorer, un univers à découvrir, parfois péniblement, avec Dieu, la main dans la main.

Vivre dans la confiance et dans cette espérance au sein de l'universelle insécurité, échanger les mille soucis de la vie contre l'unique souci de construire le Royaume et sa justice, tel est le pari qu'il a confié à l'homme au premier jour (Genèse. Ch. 1) Est-ce le nôtre?

LE PAIN DE NOTRE QUOTIDIEN

Le conflit entre la réponse quotidienne que nous donnons à Dieu et les intérêts matériels que nous considérons comme essentiels éclate à propos de mille questions, grandes et petites. Et le conflit de l'argent le montre dans toute son acuité.

L'avarice, sous toutes ses formes, c'est l'amour de la propriété transformé en culte, et l'avare ne possède plus cette liberté et cette indépendance qu'un homme doit toujours garder en face de ce qui lui sert d'instrument. L'avare est un possédé en se voulant possesseur.

Son bien quel qu'il soit, n'est pas son outil, mais son maître et son Dieu.

Et rien n'est plus étrange qu'un avare, qui est en même temps un dévot, et qui essaye de mener de front le culte de l'argent et le service de Dieu. La volonté de Dieu est que nous aimions nos frères, et que nous prouvions cet amour par les moyens qui sont en notre pouvoir. Aimer Dieu et se donner, ou donner volontiers de son bien, cela est tout un.

L'avare se tire d'affaire en offrant au Dieu vivant des démonstrations platoniques, et à l'autre un service réel et fructueux. Mais il finit par mêler tout cela.

"Nul ne peut servir deux maîtres ..." Quand la curiosité de Zachée se transforma en un choc d'amour, il décida de donner tout son bien aux pauvres et à ceux qu'il avait lésés. Quand Marie-Madeleine, après avoir cherché l'amour dans des rencontres frelatées, rencontra l'amour divin, elle le suivit au calvaire et fut la première à rencontrer le ressuscité qui l'avait ressuscitée.

TOUS LES JOURS

Et c'est tous les jours qu'il nous faut ouvrir notre coeur, nous faire violence. L'avare ferme ses mains comme il ferme son coeur.

Le Christ nous a montré ce que nous avions à décider, au seuil de sa vie publique, au désert et jusqu'au soir du jardin des oliviers. "Que ta volonté soit faite sur la terre, comme au ciel."

Ouvrons nos mains sur le chemin de la Résurrection. Laissons-nous saisir par la main sévère et clémente qui nous arrache aux contradictions de nos conduites, aux tortures des coeurs partagés. Que cette parole nous réveille, et nous relève : "Nul ne peut servir deux maîtres !"

Donne la main à Dieu, et laisse-lui prendre ta volonté entière. Ne nous plaignons pas de nos faiblesses, de la route difficile, des obstacles, des chutes probables... pourvu que notre coeur ne soit point partagé !

Donnons notre main à Dieu. S'il nous arrive de nous écarter de la ligne droite, si nous tombons, cherchons la main de Dieu, "le Royaume et sa justice". Si nous pouvons pas faire deux pas sans tomber, cette main nous relèvera :"Ne vous faîtes pas tant de souci pour demain, demain se souciera de lui-même, à chaque jour suffit sa peine," dit Jésus et il en sait bien le motif de cette certitude.

La main de Dieu n'est pas celle d'un avare. Elle est celle du don généreux de l'amour. "Attendez la venue du Seigneur, il est lumière." (1 Corinthiens. 4. 1à 5)

***

" C'est toi qui nous donnes, Seigneur, ce que nous t'offrons. Pourtant tu voisdans notre offrande un geste d'amour. Aussi nous te prions avec confiance. "(Oraison sur les offrandes de ce dimanche),



DIMANCHE 5 MARS 2017
PREMIER DIMANCHE DE CAREME

Références bibliques :

Livre de la Genèse : 2. 7 à 3. 7 : "Vous serez comme des dieux."
Psaume 50 : "Renouvelle et raffermis mon esprit au fond de moi-même."
Lettre de saint Paul aux Romains : 5. 12 à 19 :"Combien plus la grâce de Dieu a-t-elle comblé la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme : Jésus-Christ."
Evangile selon saint Matthieu : 4. 1 à 11 : "Vivre de toute parole qui vient de la bouche de Dieu."

***

"En jeûnant quarante jours au désert, il consacrait le temps du Carême. Lorsqu’il déjouait les pièges du Tentateur, il nous apprenait à résister au péché, pour célébrer d’un coeur pour le mystère pascal et parvenir à la fin à la Pâque éternelle." (Préface de la messe de ce dimanche)

UN TEMPS DE RESURRECTION

 «… Pour célébrer d’un cœur pur le mystère pascal … pour parvenir à la fin à la Pâque éternelle.» Le Carême n’est pas une sorte de Ramadan. Il n’est pas seulement un temps de maîtrise de soi pour mieux correspondre à la volonté de Dieu. Il est essentiellement la montée de l’Eglise vers la Pâque de son Seigneur, le Christ Jésus.

Il s’inscrit dans le temps de l’Alliance. Il est le temps durant lequel, année après année, nous faisons « sauter les verrous » que sont nos fautes et nos faiblesses acceptées.

Il est le temps où nous approfondissons notre alliance avec Lui, alliance que nous renouvellerons dans la nuit pascale, avec ceux qui, catéchumènes, vont la réaliser dans les eaux du baptême, dans le sang versé par le Christ, dans sa résurrection de Fils de Dieu qui nous entraîne avec lui dans sa filiation divine.

Le Carême se vit avec le Christ, par le Christ et en Lui, le Christ qui monte à Jérusalem avec ses apôtres et son Eglise. Le Christ qui leur dévoile, comme à nous, progressivement et, malgré leurs incompréhensions, qu’il est tout à la fois le crucifié et le ressuscité.

Par le Carême, il nous invite à prendre de la hauteur et à regarder la trajectoire totale de notre vie. D’où venons-nous, où allons-nous ? et pour cela quel chemin prendre ?

Dès le premier jour de ce temps de grâce, nous avons à choisir entre ces deux paroles, l’une :" Vous serez comme des dieux, vous ne mourrez pas." et l’autre : « Tu n’adoreras que Dieu seul. »

C’est en Dieu seul qu’est la Vie. Cela ne signifie donc pas une mort totale de nous-mêmes, mais à l’inverse, la mort de ce qui contrarie la plénitude de la Vie en nous, la vie divine, notre divinisation..

En Christ, la mort n’a jamais le dernier mot. Et il nous le dit en chaque Caême.A cause de nos lenteurs, de nos retours en arrière, nous reprenons, nous recommençons chaque année, cette longue marche avec, au terme, la résurrection.

C’est un chemin austère puisqu’il passe par le croix, mais c’est un chemin illuminé par la perspective du dernier mot de Dieu qui est toujours "Aujourd’hui, je t’ai engendré... tu es mon Fils bien-aimé."

Chaque Evangile du Carême scande cette marche vers la lumière. La Transfiguration qui nous donne d’entrevoir la lumière divine, la Samaritaine qui voit clair sur elle-même, l’aveugle-né qui voit celui qui est la lumière du monde, Lazare qui ressuscite et qui retrouve la Vie en sortant de la nuit du tombeau.

LA PLENITUDE DE NOTRE ETRE

Entre la tentation première d’Adam et Eve et la tentation du Christ au désert, il y a une étroite relation. Dans les deux situations, le menteur qui désunit, (car c’est le sens réel de "diabolos" en grec) veut séparer l’homme de Dieu. Il lui fait croire à une autonomie, une liberté, que restreint l’interdiction de toucher à l’arbre de vie.

Au désert, le tentateur propose à Jésus le prestige et la puissance. En se détournant de Dieu dont ils sont image et ressemblance, l’homme et la femme ont découvert leur pauvreté, leur nudité fondamentale, leur être de poussière.

Ils ne sont plus l’image parfaite du Créateur, dans la réalité de sa création. Il leur faut s’habiller.

Nous aussi, pour cacher notre pauvreté, notre égoïsme, notre âpreté au gain, nous aurions tendance à utiliser l’aumône et même la prière pour nous "habiller" devant les hommes...pour paraître devant eux, sur les places publiques, selon les termes du Christ dans son sermon sur la montagne.

Bien souvent, comme tous mes frères les hommes, nous avons la tentation de penser que les réalités de la vie, même les plus malsaines, engendrent la liberté et l’épanouissement de notre personnalité, la connaissance du bien et du mal.

En fait, nous nous égarons ainsi loin de la réalité essentielle de notre être. Lorsque nous portons notre regard sur nous-mêmes pour nous en satisfaire, et non pour « être une offrande à la louange de sa gloire (prière eucharistique 3), nous découvrons bien vite nos limites et bientôt que tout nous échappe et même que nous n’avons plus rien.

En gravitant dans notre cercle fermé d’homme mortel, en nous méfiant des exigences de Dieu qui nous empêcherait d’être heureux, en ne nous fiant qu’à nous-mêmes, nous découvrons notre misère et l’étroitesse de nos horizons.

Au désert, le démon voulait détruire la personne même du Christ qui est unité avec son Père. Si Jésus succombait à la tentation , il détruisait son moi profond. "Mon Père et moi, nous sommes un", dira-t-il aux apôtres au soir du Jeudi-Saint.

Préférant les nourritures terrestres, le prestige et la domination, il ne serait plus ce qu’il est intimement, par cette divinisation, qui est alliance, comme le dit la prière de l'offertore de l'au et du vin.

QUEL EST L’ESSENTIEL DU SEJOUR AU DESERT ?

L’Evangile ne nous donne pas les détails de l'emploi du temps de Jésus durant cette quarantaine. Cela est secondaire. Il nous apprend seulement qu’il est guidé par l’Esprit et que le démon veut le faire dévier de sa route. "Mon Père et moi, nous sommes un"

La première tentation est celle de centrer sa vie sur le monde créé. « Multiplie les pains avec ces pierres. La puissance qui est en toi, fils de Dieu, si tu l’es, mets-la au service de ce monde visible. Assure ton bien-être et celui des autres ».

Jésus refuse. Il est venu au désert pour rejoindre Dieu en sa personnalité humano-divine. En jeûnant, il signifiait qu'il voulait aller à l’essentiel.

La multiplication des pains, dans les mois à venir, relèvera d’une autre perspective d’amour à ceux qui le suivent pour entendre la parole de Dieu qu’il leur transmet.

Mais aujourd’hui, c’est : "L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui vient de Dieu." "Père, je leur ai donné ta Parole... je leur ai dit ces paroles pour qu’ils aient en eux la plénitude de ma joie." (Jean 17. 14)

CONFIANCE OU DEMESURE ?

La deuxième tentation est celle d’un abus de confiance.

Satan lui demande d'abuser de sa confiance en Dieu. Il l'emmène sur le pinacle du Temple, qui domine toute la vallée du Cédron, à quelques 70 mètres au-dessus d'un ravin. "Jette-toi en bas!" C'est comme s'il lui disait: "Livre-toi à n'importe quelle sottise: précipite-toi de ces 70 mètres". Ou encore : "Méprise les gens qui t'entourent, mène une vie déréglée.

" De toute manière, Dieu te protégera. Si tu hésites, c'est que tu manques de confiance en lui!"

Ce raisonnement, nous le faisons parfois. Nous créons pour nous-mêmes et pour les autres des situations impossibles, en mettant Dieu au défi. À l'échelle mondiale, nous créons des conditions de guerre en cultivant toutes sortes d'injustices. Devant les souffrances qui en découlent, nous nous mettons à prier pour la paix, ou pour les victimes de nos propres oublis. Nous osons dire avec inconscience: "Si vraiment Dieu existait, telle ou telle souffrance n'existerait pas..."

Mais c'est justement parce que Dieu existe qu'il nous laisse mesurer les conséquences de nos gestes. Agir sans discernement, en créant autour de soi des conditions injustes, en bousculant les autres et en comptant ensuite sur la Providence pour réparer les conséquences de nos actions, nous rejoignons la deuxième tentation proposée à Jésus.

« Si Dieu t'aime, il te protégera!". Alors Jésus oppose à Satan la force de la Parole de Dieu: "Il est encore écrit: « Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu." (Ps. 94, 9). Et nous, qui le mettons si souvent à l’épreuve !

SE SOUMETTRE OU S’OFFRIR ?

La troisième tentation est plus subtile. Le diable emmène Jésus sur une très haute montagne. Qu’une tradition localise au mont de la Quarantaine, d'où l'on aperçoit Jéricho, véritable paradis de verdure en plein désert. Un horizon qui représentait le monde et ses richesses.

" Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m'adorer." Jésus n'avait qu'à poser ce geste, à se soumettre au tentateur, pour posséder le monde! Il serait devenu, avec lui, "le Prince de ce monde", comme l'appelle plusieurs fois saint Jean (12, 31; 14, 30; 16, 11).

Jésus oppose, à la logique humaine du tentateur, la force divinisatrice de la Parole de Dieu: "Il est écrit: C'est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c'est lui seul que tu adoreras."

Il nous arrive bien souvent d’adorer tant de choses inutiles, voire perverses. De nous soumettre à leurs impératifs que nous considérons être un épanouissement de nous-mêmes.

La vie nous tente, comme Jésus fut tenté. Il nous est difficile de limiter notre appétit de posséder les biens visibles et ainsi de nous laisser encombrer par la réussite, le boire et le manger, le vêtement, le confort. La vie nous tente de nous éloigner de Dieu, en lui laissant le soin de réparer les conséquences de nos oublis ou de nos actes, quand nous n’exigeons pas de lui cette réparation : » Si Dieu était bon … ».

Enfin, elle nous tente de lui refuser la souveraineté sur nous, en nous laissant diriger plutôt par les forces et les puissances de ce monde qui nous entoure..

Afin que nous puissions triompher à notre tour des trois mêmes tentations, Dieu nous donne le pain de vie qui renouvelle nos coeurs. "Il nourrit la foi, fait grandir l’espérance et donne la force d’aimer." (Communion de ce dimanche).

La foi que nous devons mettre en la Parole de Dieu. L’espérance qui attend le véritable Royaume. La charité véritable qui ne s’épanouit qu’en Dieu qui est Dieu d’amour.

"Accorde-nous de progresser dans la connaissance de Jésus-Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle." (Prière d’ouverture de la messe)

DIMANCHE 12 MARS 2017
DEUXIEME DIMANCHE DE CAREME

Références bibliques

Livre de la Genèse : 12. 1 à 4 : "Va vers le pays que je te montrerai."
Psaume 32 : "Notre âme attend le Seigneur."
Lettre de saint Paul à Timothée : 2 Timothée : 1. 8 à 10 : "Il nous a donné une vocation sainte."
Evangile selon saint Matthieu : 17. 1 à 9 : "Ils ne virent plus que lui, Jésus, seul."

***

En ce deuxième dimanche de Carême, si grande est la force spirituelle qui ressort du message de la Transfiguration du Seigneur que nous sommes tentés de ne lire qu’avec peu d’attention, la vocation d’Abraham et l’enthousiasme de saint Pierre. Et pourtant ….

QUITTE TON PAYS

Le projet de Dieu pour chacun de nous n’est pas de vivre une aventure, fut-elle celle de la foi. Le désir de Dieu, c’est que nous le rejoignions dans son infini. Le désir de l’amour, c’est de vivre sa durée. Le désir de l’être, c’est Dieu, alors que nous ne le connaissons pas encore dans l’infini de sa réalité.

Quand Abraham quitte Ur en Chaldée, il ignore de quoi seront faits les lendemains. De quelles joies ? de quelles épreuves ? de quels détachements ?

Il ne connaît rien du projet de Dieu sur lui, mais, pour lui, ce Dieu qui lui parle est plus que son pays, que sa patrie, que la famille, la maison de son père.

Il en est ainsi de notre vie. Mais nous avons reçu davantage parce que nous avons reçu le Fils de Dieu en notre humanité.

Si saint Paul n'a pas vécu ce que Pierre, Jacques et Jean ont vécu sur la montagne au jour de la Transfiguration, il a vécu lui aussi une indicible lumière sur le chemin de Damas et il peut alors déclarer à son disciple Timothée : « Il nous a donné une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce... Maintenant elle est devenue visible à nos yeux «  (2 Tim. 1. 9)

REJOINDRE LA PAQUE DU SEIGNEUR.

Dans sa marche vers Pâques et Jérusalem, Jésus gravit cette montagne de Galilée. Saint Matthieu et saint Marc nous précisent : "Une haute montagne", ce qui n’est pas sans rappeler celle de l’Horeb au Sinaï où Dieu parla à son peuple.

Au Sinaï, Moïse ne pouvait regarder en face la lumière de Dieu, que les apôtres ont pu voir un instant, au Thabor, sans en mourir, au travers de Jésus-Christ, en Jésus-Christ.. La tradition chrétienne, dès les premiers temps, l’a identifiée au mont Thabor.

Les nombreux sanctuaires, qui ne sont plus que ruines aujourd’hui, nous le disent. C’est la plus haute montagne de Galilée, toute autre que la montagne sainte de Jérusalem.

C’est aussi un endroit merveilleux d’où l’on découvre la vallée fertile d’Esdrelon vers la mer et, de l’autre côté, la Terre Sainte, jusqu’au lac de Tibériade.

Jésus emmène donc Pierre, Jacques et Jean, à l’écart, selon une expression de l’Evangile, qui signifie à la fois moment de repos, moment d’intimité avec ses disciples et surtout un moment d'unité avec son Père. Et c’est là que la lumière jaillit de tout l’être humain de Jésus.

Nous devons également relier cette montagne à l’évocation d’une autre, celle du Calvaire, où Jésus a vécu les ténèbres pour apporter aux hommes la lumière du salut.

Si la liturgie de l’Eglise nous fait lire cet épisode chaque deuxième dimanche du Carême, selon les récits de Matthieu, Marc et Luc, c’est que la Transfiguration donne tout son sens à notre démarche vers Pâques, qui est celle de notre "intégration" dans la vie divine par le Christ ressuscité.

Le Christ est plénitude de Dieu, "lumière née de la lumière", qu'il unit à sa nature humaine, à son corps même, dans le mystère de son union à la splendeur divine. C’est ce à quoi il nous propose de participer, à notre tour, puisque la grâce de notre baptême et des sacrements réalise en nous cette divinisation.

Pendant ces quarante jours, nous sommes "guidés par l’Esprit" (1er dimanche de Carême). En ce dimanche, nous avons à gravir, avec lui, la montagne, qui, demain, sera celle du Calvaire. Aujourd’hui, il nous demande de nous laisser englober dans la nuée lumineuse, comme elle qui couvrit les trois apôtres de son ombre, de son obscurité.

La lumière qu’est le Christ est aussi dans l’obscurité de son humanité avant d’être révélée dans la lumière du matin de Pâques. " Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts" (Matthieu 17. 9).

LA LOI ET LES PROPHETES

Ce n’est qu’à partir de la Résurrection que les apôtres comprendront pleinement le sens de cet événement qui les avait bouleversés autrefois sur le montagne, sans qu’ils puissent alors en saisir toute la portée.

Au sein de cette vision glorieuse, apparurent aux côtés du Seigneur, Moïse et Elie, ces deux sommets de l’Ancien Testament, représentant la Loi et les Prophètes.

Moïse, l’homme de l’Exode vers la Terre promise, dont on ne sait où se trouve précisément son lieu de sépulture sur le mont Nébo (Deutéronome 34). Elie le Prophète qui fut enlevé au ciel (2 Rois 2. 1 à 15)

Le visage de Moïse avait resplendi d’une gloire qui venait, non pas de lui-même, mais de l’extérieur, après la révélation du mont Sinaï (Exode 43. 29), il était reflet. Au Thabor, le visage du Christ leur apparaît non plus comme un reflet, mais comme la source de lumière, source de la vie divine rendue accessible à l’homme et qui se répand aussi sur ses "vêtements", c’est-à-dire sur le monde extérieur et sur les produits de l’activité et de la civilisation humaines.

Ils s’entretiennent avec lui, (saint Luc nous le précise), "de l’exode qu’il allait accomplir à Jérusalem" c’est-à-dire de sa Passion, car c’est par delà la Passion et la Croix que cette gloire devait être donnée aux hommes, entrant dans la Terre Promise, au jour de la Résurrection.

MON FILS BIEN AIME

Partis prier avec lui, ils entrevoient sa gloire comme l’avaient découvert devenant comme le nouveau Moïse et le nouvel Elie auxquels ces prophètes du passé rendaient témoignage.

Mais surtout ils perçoivent Dieu lui-même, si l’on ose parler ainsi, reconnaissant en Jésus son Fils. Jésus le charpentier de Nazareth, le guérisseur, le prédicateur qui révèle aux foules de Galilée le sens de la Parole de Dieu.

Dans cette lumière, au Thabor, il est lui-même en même temps qu’il est le Tout-Autre, Parole de Dieu incarnée qui manifeste la splendeur naturelle de la gloire divine qu’il possède en lui-même et qu’il avait conservée dans son Incarnation, même si, sur les routes de Galilée, elle était cachée sous le voile de la chair.

Sa divinité s’est unie sans confusion avec la nature de la chair. Et la gloire divine est devenue gloire du corps assumé. Il n’est pas le Fils bien aimé, par adoption, privilège ou mission temporaire. Il l’est par nature, et cela de toute éternité.

La théologie dira, c’est son essence même, c’est sa substance. Ce que le Christ manifestait ainsi à ses disciples au sommet de la montagne, ce que Dieu ratifiait de sa Parole, n’était pas un simple spectacle, mais la manifestation éclatante de la divinisation en Lui de toute la nature humaine, y compris le corps, et de son union avec la splendeur divine. "La divinité de celui qui a prit notre humanité" (prière de l’offertoire de la messe).

NOTRE DIVINISATION

" Lumière née de la lumière, " (Confession de la foi), lumière immatérielle, incréée et intemporelle, elle est celle du Royaume de Dieu venu en Jésus-Christ dans la puissance de l’Esprit-Saint. "Je suis la lumière du monde."

Mais il l’a promis à ses disciples comme à nous, quand il nous dit : "Vous êtes la lumière du monde." Nous sommes ainsi un autre lui-même, c’est "notre vocation sainte, non pas à cause de nos actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. "

" Devenue visible à nos yeux parce que le Sauveur, le Christ Jésus s’est manifestée, " elle deviendra l’héritage permanent des élus dans le Royaume. Elle n’est pas seulement un objet de contemplation passagère, elle est aussi grâce déifiante qui nous permet de "voir" Dieu.

" Dans ta lumière, nous verrons la lumière" (Psaume 35. 10). Nous recevons de cette contemplation la vie divine qui est lumière et que le Christ, et lui seul, vit en plénitude. Il est la lumière de Dieu assumée en un homme, accessible aux hommes.

Il nous faut alors aller jusqu’au terme de cette affirmation et de cette réalité. Il n’est aucun geste de Jésus, aucune de ses gestes corporels, que ce soient son partage aux repas où on l’invite, son corps étendu dans la souffrance de la croix, son geste attentif aux enfants qui s’approchent de lui, il n’est aucun geste de l’homme en lui, comme en nous, qui ne puisse pas et ne doive pas participer à cette divinisation.

Nous serons semblables à lui, dit saint Jean, parce que nous le verrons tel qu’il est. (1ère épître de saint Jean 3.2) C’est là que réside la grâce sacramentelle de l’eau qui immerge le baptisé, de l’union d’amour de l’homme et de la femme qui fait jaillir la vie dans la création de Dieu, de la parole qui nous réconcilie, de l’imposition des mains qui font du pain et du vin le corps et le sang du Christ.

LA VIVRE AU QUOTIDIEN

Mais la vision a disparu. Les apôtres retrouvent le paysage de la Galilée. Mais désormais, les trois disciples ne peuvent vivre aujourd’hui Jésus que dans l’éternité de la vision divine.

Jésus est au milieu d’eux et redevient le charpentier de Nazareth, l’ami quotidien, fascinant, mystérieux, attachant.

Ils viennent de vivre en un instant ce qui est plus qu’une lumière d’espérance puisqu’ils ont découvert une autre réalité dont ils mesureront la richesse au travers du temps et de la mesure de leur pauvreté et de leur faiblesse.

Mais ils quittent avec Lui ce temps divin et dans les jours à venir, c’est à travers l’humiliation et la souffrance qui viennent pour Jésus, comme pour nous, que désormais la lumière doit briller. "C’est toi mon fils bien-aimé" a dit le Seigneur au moment du baptême de Jésus au Jourdain. "Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le" leur a-t-il dit au Thabor. Cette première phrase est celle des chants du "Serviteur souffrant" du prophète Isaïe (Isaïe 42. 1 à 7 et les autres passages).

Elle est également une parole de tendresse, comme une grande lumière qui accompagnera Jésus lors de sa traversée de la mort. "Il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans la Gloire" (Luc 24. 26) dira Jésus aux disciples d’Emmaüs. Il reprendra avec eux ce qu’en avait dit l’Ecriture, comme au jour de la Transfiguration lorsqu’ il s’en entretenait de "cet exode" avec Moïse et avec Elie.

Au coeur des mystère dans lesquels nous vivons parfois, au milieu de toutes les questions qui se posent sur le sens de nos vies, sur le sens de nos souffrances, sur le sens du monde qui nous paraît souvent obscur et confus, il est bon de nous rappeler la grande lumière qui est celle du Christ, donnée visiblement, en un instant, aux apôtres à la Transfiguration.

Et qui nous est donnée et que, parfois, nous ressentons nous aussi en un instant de grâce.
***

"L’exemple du Seigneur invite la foi des croyants à comprendre que, sans avoir à douter des promesses de bonheur, nous devons pourtant, parmi les épreuves de cette vie, demander la patience avant la gloire" (le pape saint Léon).

« Tu nous as dit, Seigneur, d’écouter ton Fils bien-aimé. Fais-nous trouver dans ta Parole les vivres dont notre foi a besoin. Et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire. » (Prière d’ouverture de la messe).
DIMANCHE 19 MARS 2017
TROISIEME DIMANCHE DE CAREME

Référence biblique

Livre de l’Exode : 17. 1 à 7 :"Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous ?"
Psaume 94 : "Ne fermez pas votre coeur comme au désert."
Lettre de saint Paul aux Romains : 5. 1 à 8 : "L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné."
Evangile selon saint Jean : 4. 5 à 42 :"L’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissant en vie éternelle."

***

Comme dimanche dernier, le texte évangélique est d’une telle densité que sont possibles bien des manières de le lire, de le méditer, de le faire nôtre. Nous vous proposons d’éclairer ces commentaires par la prière d’ouverture de ce dimanche, en reprenant chaque membre de phrase. Ce texte à lui sul vaut toute une homélie : "Tu es la source de toute bonté. Toute miséricorde vient de toi. Ecoute l’aveu de notre faiblesse. Nous avons conscience de nos fautes. Patiemment, relève-nous avec amour."

AU DESERT

En les faisant passer au milieu des eaux, Dieu avait libéré les Hébreux de l’esclavage de l’Egypte. Mais cette liberté leur devient pesante et ils accusent Moïse d’être responsable de cette soif qui les tenaille.

Dieu, c’est le Rocher qui nous sauve, chante le psaume 94. Un rocher en soi peut être solide, on peut s’y appuyer. Mais il n’est rien d’autre qu’une pierre, dure et sans vie. Tout au contraire, Dieu est vie puisqu’il est miséricorde. "Tu as frappé le Nil" et le Nil a été l’artisan de ces miracles qui ont bouleversé les Egyptiens. "Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau". Et l’eau a jailli, transparente, sautant sur les pierres, éclaboussant de joie ce peuple à la tête dure comme une pierre. Le Seigneur a fait jaillir les eaux du Rocher. La prière initiale de ce dimanche nous le rappelle : Dieu est source de toute bonté. Dieu est d’abord Amour.

LA SAMARITAINE A LA RECHERCHE DE L’AMOUR

L’amour, la Samaritaine l’a cherché sans jamais y trouver la paix. Elle n’en connaissait pas encore la véritable dimension. Elle était empêtrée dans sa faiblesse quand Dieu vient la rejoindre en Jésus-Christ. Comme pour nous, il était pour elle d’une grande importance de rencontrer un homme de coeur, un homme qui comprend, qui ne la rabroue pas. Car pour trouver la vraie dimension de la vie, il faut épanouir en nous la vraie dimension de l’amour.

L’être humain n’existe que par la puissance de son attente. Elle existait au travers de ses « rencontres » et cinq n’ont pas suffi à la combler, et le sixième n’était qu’un compagnon. Comme Marie-Madeleine, elle ouvrait son coeur insatisfait à l’amour même imparfait. Il lui fallait aimer. Et voilà que ce voyageur, qui passe et est assis sur la margelle du puits, lui révèle un autre avenir. Dieu est Amour.

Certes, elle portait en elle une certaine connaissance de Dieu et une certaine espérance en raison même de la tradition religieuse de sa province. Mais cela n’était pas vital pour elle. Ses préoccupations étaient ailleurs. Dieu ne lui est pas étranger, mais il n’est pas celui qui la fait vivre. Beaucoup de nos contemporains sont ainsi.

LA SAMARITAINE A LA RECHERCHE DE SA PERSONNALITÉ

Nous pouvons méditer sur un autre aspect de sa personnalité qu’exprime son attitude extérieure en même qu’elle exprime son attente.

Avec Jésus, elle commence à se faire hautaine :"Toi un juif !" trop heureuse sans doute de souligner que ces Juifs qui méprisaient les Samaritains étaient bien obligés de passer par eux quand ils avaient soif. Elle lui montre son incapacité à tirer de l’eau :"Tu n’as rien pour puiser." Bientôt elle demandera humblement :"Donne-moi de cette eau." Mais ce n’est encore que désir humain. Comme l’était sa recherche de tant de maris.

Puis elle demande davantage :"Explique-moi." Elle a voulu prendre "la tangente" pour ne pas répondre à sa situation conjugale. Jésus l’a entraînée jusqu’aux richesses de ses connaissances religieuses :"C’est lui qui nous fera connaître toutes choses," doit-elle reconnaître.

JESUS

Il s’est arrêté, fatigué. Saint Jean aime à noter souvent la nature humaine de Jésus. Mais il remarque qu’il est assis sur la margelle de la source, et non à même le sol, appuyé sur le puits, non pas dans une position de repos. Il s’est assis là où l’eau une fois puisée, le seau est posé. Il est assis en position de service.

Et quand arrive cette femme, il lui demande d’abord un service :"Donne-moi à boire". Un service qui est aussi un geste de bonté, car, dans le coeur de la Samaritaine, il y a une grande bonté même si elle ne veut pas paraître ce qu’elle est vraiment.

Il ne discute pas avec elle sur les mérites réciproques des Samaritains et des Juifs de Judée. Il ne fait nulle théologie et refuse la controverse qui aurait fait dévier la réalité profonde de son message. Il va au coeur de la question fondamentale :"Si tu savais le don de Dieu..." Si tu savais par qui peut venir ce don de Dieu. La controverse est en effet inutile : le privilège de Jérusalem a cessé et cette montagne de Samarie n’a plus de signification. Le don de Dieu est "esprit et vérité", et c’est ce qu’il attend de ceux qui l’adorent. L’universalité est en Dieu qui ne dépend ni des lieux, ni des langues, ni des nations.

Tout cela, elle le sait puisqu’elle enchaîne en parlant du Messie "qui fera connaître toutes choses." Mais l’affirmation de Jésus "Je le suis", ne peut pas encore la convaincre. C’est trop tôt dans sa démarche personnelle et spirituelle. Elle l’a seulement interrogée :"Ne serait-il pas le Messie ?" C’est qu’elle est encore enfermée dans ses problèmes personnels :"Il m’a dit ce que j’ai fait !"

Nous-mêmes, nous sommes bien comme la Samaritaine quand Jésus nous parle, quand il nous ouvre un avenir insoupçonné.... Il est difficile à prendre le tournant décisif qu’il nous demande d’opérer pour nous situer dans la vérité. Il en est ainsi pour nos frères quand nous voulons les « évangéliser ». Laisson à chacun le temps de la maturation intérieure à la lumière de la grâce. Ne bousculons pas non plus lagrâce de Dieu. Craignons que notre parole, ou plutôt nos paroles, ne court-circuitent ce cheminement intérieur.

LES APOTRES

Ils étaient partis à la bourgade chercher quelques nourritures terrestres. Comme un groupe qui a besoin d’un peu de liberté. Ils l’ont laissé là, tout seul. Quand ils reviennent, ils sont surpris : Jésus parle en tête-à-tête avec une femme ! Mais ils brident leur curiosité par discrétion et par respect. Pourquoi n’a-t-il pas attendu leur retour pour demander quelque chose. "Que dis-tu avec elle ?" selon la version grecque du texte. "Que cherche-t-elle ?" dit la version syriaque. Ils n’ont pas de réponse immédiate. Ils l’auront sans doute, par la Samaritaine bavarde, durant les deux jours qu’ils resteront au village.

Ils ont coupé la conversation. En fait, l’essentiel était dit. Elle en profite pour partir dire sa joie. C’est le temps de l’allégement. Elle n’a pas été jugée par Jésus. Elle peut dire qui elle est devant tout le monde. Elle a laissé symboliquement sa cruche vide. Elle n’a plus besoin de l’eau du puits. Elle est heureuse. Ce n’est plus la dérive. Elle peut se présenter devant les habitants du village et les inviter à la même rencontre, car avec le Christ elle est devenue une créature nouvelle, selon l’expression de la liturgie baptismale..

Pendant ce temps, les disciples nous paraissent bien terre à terre :"Viens manger." Ils ne comprennent pas sa réponse :"J’ai de quoi manger." Il avait répondu au démon :"L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui vient de Dieu." Il leur en dit davantage : sa vie, c’est d’accomplie l’oeuvre de Dieu.

Qu’ils s’en réjouissent, tout en sachant qu’ils ne sont pas les seuls : ils vont moissonner ce que les autres ont semé avec peine, ce que, lui, Jésus, a semé par sa vie, sa mort et sa résurrection qui sont l’accomplissement de l’oeuvre que son Père lui a demandée de réaliser. Il ne leur révèle pas encore l’ampleur de cette mission. Ce sont les habitants du village qui le diront au bout de deux jours :"Nous savons que celui-ci est le sauveur du monde." Et saint Jean emploie le mot "cosmos" pour signifier l’immensité de ce salut.

LES HABITANTS

L’Evangile ne nous dit pas les premiers moments du retour de la Samaritaine au village. Excitée par ce qu’elle venait de vivre, sa joyeuse exubérance les entraîne au puits de Jacob. Eux aussi, comme les Juifs, attendaient un messie. Cet homme ne serait-il pas le Messie ? Ils lui ont offert une hospitalité à laquelle Jésus ne se dérobe pas. Ils sont de bonne volonté. Ils ont écouté, entendu le sens de ce qu’il disait et reconnu que sa parole était Parole de vie.

Il ne se dérobe jamais à ceux qui l’accueillent. Cf Matthieu 25. 40 et ss.
N

Nous sommes loin peut-être de la grâce divine évoquée par la source jaillissant en vie éternelle. En fait pas si loin d’elle. La Samaritaine a accueilli la parole de Jésus comme une eau qui l’a vivifiée et, devant ses connaissances, elle en a fait jaillir le témoignage de cette vie nouvelle qui est la sienne. Ils ont reçu sa parole qui jaillit en un acte de foi :"Il est le sauveur du monde".

***

Les cheminements des disciples, celui de la Samaritaine et des habitants sont bien aussi les nôtres. Selon des modalités diverses, c’est le passage d’une connaissance théorique à une rencontre personnelle et vitale où chacun doit reconnaître le don de Dieu comme source de vie. "Si tu savais le don de Dieu..." Les catéchumènes devaient le reconnaître à quelques semaines de leur entrée dans la vie divine.

Les chrétiens de longue date, nous en sommes peut-être, savent aussi que cette "reconnaissance", cette "exploration", ce "scrutin" ne sont jamais ni parfaits ni définitifs. Il faut du temps afin que la Parole de Dieu devienne parole de vie pour jaillir en nous, éternelle ; du temps pour reconnaître « le monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ... puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné. » (Romains 5. 5)

"Nous avons reçu de toi un avant-goût du ciel", nous fait dire la prière qui suit la Communion de ce dimanche. Comme l’a fait la Samaritaine, "fais-nous manifester par toute notre vie ce que le sacrement vient d’accomplir en nous.”



SAMEDI 25 MARS 2017
ANNONCIATION A LA VIERGE MARIE

LE CHRETIEN EST L'HOMME DE L'ANNONCIATION

Extrait d'une homélie de Jean Paul II - le 7 octobre 1986, sur le thème : Il faut que nous prenions conscience que " le chrétien est l'homme de l'Annonciation. "

L'Annonciation marque en profondeur le chrétien. Marie de Nazareth, la première, a reçu de Dieu un message de salut ; la première, elle lui a répondu par la foi. Comme elle, tout chrétien est l'homme de ce message de salut et l'homme de cette foi.

L'événement qui s'est produit à Nazareth ouvre la voie nouvelle dans laquelle Dieu conduit toute l'humanité. Ce que signifie l'Annonciation, c'est, en un sens, la synthèse de tous les mystères que Dieu a voulus à la plénitude des temps, lorsqu'il entre dans l'histoire de l'homme selon le dessein éternel de son amour.

La Vierge de Nazareth, nous la voyons au seuil du Temps nouveau, qui est le Temps définitif, en un sens, le dernier Temps. En elle, par elle, le Dieu de l'Alliance désire aller plus loin que ce qui avait été jusqu'alors "l'alliance", la "foi", la "religion".

Cette perspective peut émerveiller, mais elle peut aussi provoquer la crainte. C'est pourquoi les premières paroles de l'Annonciation disent: "Sois sans crainte, Marie".

Les paroles qui suivent sont présentes à notre mémoire. La Vierge Marie deviendra la Mère du Fils qu'elle appellera Jésus. Il sera Fils du Très-Haut, Fils de Dieu. En lui s'accompliront toutes les promesses messianiques de l'Ancienne Alliance,
DIMANCHE 26 MARS 2017
QUATRIEME DIMANCHE DE CAREME

Références bibliques :

Lecture du premier livre de Samuel : 16. 1 à 6 et 17. 10 à 13 : Dieu ne regarde pas comme les hommes car les hommes regardent l’apparence mais le Seigneur regarde le coeur."
Psaume 22 :"Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre."
Lettre de saint Paul aux Ephésiens : 5. 8 à 14 : "Vous êtes devenus lumière, vivez comme des fils de la lumière."
Evangile selon saint Jean. 9. 1 à 41 :"Tu le vois, c’est lui qui te parle."

***

Comme pour les trois dimanches du "scrutin" des catéchumènes, ces textes les mettent devant les diverses attitudes des interlocuteurs du Christ, après la guérison de la piscine de Siloé, pour assumer la confession de leur foi après le baptême dans la piscine pascale.

LES DISCIPLES

Habituellement, les disciples ne s’immiscent jamais dans les controverses du Maître. Aujourd’hui, dans cette rue de Jérusalem, ils ont un moment de calme. Il n’y a pas de foule autour d’eux lorsqu’ils croisent l’aveugle au bord du chemin. Ils le connaissent et savent qu’il est aveugle de naissance. Est-ce lui qui en est la cause ? sont-ce ses parents ?

Nous aussi, devant l’infirmité ou la maladie nous posons également des pourquoi. Et parfois même nous mettons Dieu en cause …*

Jésus leur répond directement. La souffrance ne doit pas être envisagée comme la conséquence de causes toutes pré-établies ou qui ne sont pas toujours le prolongement d’une responsabilité personnelle.

La guérison de l’aveugle ne sera donc pas le signe d’un pardon. Elle est la révélation de la bonté de Dieu, la manifestation du plan de Dieu :"afin que les oeuvres de Dieu soient manifestées" (Jean 9. 3) au travers des événements et des situations de nos vies humaines, limitées, fragiles et souffrantes. Elle figure aussi notre illumination spirituelle. Christ est lumière au coeur des hommes. Christ est lumière au coeur du monde. (Jean 9. 5)

Nous sommes insérés dans une création qui nous dépasse. Les lois de son évolution nous échappent alors même que nous en faisons partie et qu’elles sont les mêmes pour toute la nature. Mais, dans le même temps, l’homme et la femme sont autres car, par la grâce de Jésus, nous sommes insérés dans l’éternité du créateur et de son amour qui donne fait partager l’essentiel de la divinité.

L’AVEUGLE-NE

Après avoir reçu cette boue opaque de Jésus, c’est à la piscine que l’aveugle est devenu voyant. Nous aussi, quand Dieu nous laisse dans nos ténèbres humaines ou dans nos « nuits spirituelles » il nous demande d’aller vers sa grâce qui est « source jaillissante en vie éternelle » comme le dira Saint Jean de la Croix.

L’aveugle-né est un brave homme qui est pris dans le tourbillon de ce que nous appellerons aujourd’hui des interview. Il ne se trouble pas, mais, dans le même temps, il ne cherche pas tout de suite à retrouver son bienfaiteur.

Il ne manque pas d’humour dans ses réparties. Il a le bon sens d’une foi faite tout d’une pièce. "Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire."

Dans sa nuit, il a pris le temps d’entendre c qui se disait ou se faisait et ce qu’aucune image ne venait altérer. Dans son isolement, il a appris ce qu’était le mépris envers lui, il était "l’aveugle, né dans le péché". Il avait souvent crié en vain, même s’il a connu des gens généreux, une famille, des amis. Mais il était d’un autre monde.

Quand, après son expulsion, Jésus vient le trouver, au terme de toutes ces allées et venues d’interrogatoire, l'aveugle est prêt à lui donner sa foi, car lorsqu’il se prosterne à ses pieds de Jésus, il a parcouru tout un itinéraire spirituel depuis la piscine de Siloé.

C’est durant ce tourbillon de questions de pharisiens qu’il a reconnu progressivement et confessé que cet homme qui a mis de la boue sur ses yeux, est un prophète, puis un homme de Dieu, puis un homme qui honore Dieu et fait sa volonté, enfin un homme qui vient de Dieu, ce qui le conduit à confesser sa foi en Celui qui est la lumière du monde.

Et c’est l’ultime étape :"Je crois, Seigneur !" quand il se trouve face à Jésus. A ce moment, le Seigneur enchaîne devant ceux qui sont là et surtout devant les apôtres : « Je suis venu pour une remise en question », une décision, précise l’un des sens grecs du terme "crima".(Jean 9. 39)

L’aveugle s’est remis en question; nous aussi nous avons, tous et toujours, à remettre en question notre manière de penser et d’agir si nous voulons voir clair et rester dans la lumière, si voulons vivre l’instant ou les moments de nos vies qui nous mettent pleinement face au Seigneur, pour nous remettre en question.

LES PARENTS.

Ce sont sans doute des gens méritants qui ont bien élevé cet enfant handicapé. Ils aiment bien ce fils qui est encore à leur charge parce qu’il ne peut vivre seul. Une charge pesante à certaines heures, à laquelle ils refusent aujourd’hui d’ajouter celle d’une rupture qui les fera exclure de la synagogue.

Ils sont dans leur droit, leur fils est majeur et doit assumer ses propres responsabilités. Après tout, ils n’ont pas tort. Ils ont répondu aux deux premières questions, ils ne veulent pas ajouter autre chose, mais ils disent à mots couverts qu’ils savent comme cela est advenu :" et qui lui a ouvert les yeux." (Jean 9. 21) Leur fils ne s’en était pas caché devant les voisins.

Ils ont peur de s’engager plus avant. Ce n’est pas une esquive; ils ont seulement peur d’aller plus loin au point de risquer des conséquences qu’ils connaissent. L’exclusion de la communauté les attend.

Nous sommes bien parfois comme eux quand le Christ nous demande d’aller au-delà des simples formalités d’une vie chrétienne pour nous entraîner dans une vie spirituelle qui nous entraîne à le suivre jusqu’à la croix.

LES PHARISIENS

Dans les premiers moments, ces pharisiens sont divisés, entre eux et en eux-mêmes. Ils sont troublés et l’aveugle leur redira ce qu’ils ont pensé dès le début :"Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ?"

Et lui leur donne la réponse à leur questionnement intérieur :"Dieu n’exauce pas les pécheurs."

Les pharisiens sont pris entre la réalité du geste du Christ qu'ils constatent et la Loi qu’ils observent scrupuleusement, "la lettre et l’esprit". Mais la Loi du sabbat est plus forte à leurs yeux. Certains n’en restent pas moins désappointés. Alors ils n’osent pas trancher :"Que votre oui, soit un oui. Que votre non soit un non." a dit le Christ.

Ils doutent d’eux-mêmes quand, après avoir interrogé, à deux reprises, l’aveugle, qui vient d’affirmer sa foi, ils se retrouvent à leur tour devant Jésus et devant eux-mêmes : "Serions-nous des aveugles ?" Ils ne sont pas malveillants à son égard ; ils sont des non-voyants dit le texte grec. Seraient-ils à leur tour des aveugles Ils n’osent pas faire la première étape de la remise en question dont le Christ vient de leur parler.

Devant sa Vérité, devaient-ils renier la leur ? Leur attitude est ausi parfois la nôtre. Avons-nous à le leur reprocher ?

En donnant priorité à la lettre de la Loi, ils se sont éloignés de la personne du Christ. Mais ils sont restés fidèles ace qui pour eux la vérité de la révélation.

En fait ils sont décontenancés et p lutôt que de prendre un moment de recul et de réflexion, ils se sont emportés, de la colère de ceux qui n’ont plus d’autre argument que de forcer la voix. Quelques-uns ont bien senti cet échec, après s’être débattus avec les parents et l’aveugle, qui lui a fait le chemin de la foi, depuis "cet homme qu’on appelle Jésus" (Jean 9. 11) jusqu'à celui qu’il appelle : "le Seigneur." (Jean 9. 38)

Nombreux sont les hommes et les femmes parmi nos contemporains qui en restent à « leur » vérité. Pouvons-nous leur reprocher ?D’ailleurs, nos aussi ne sommes-nous pas ainsi parfois.

***

L’itinéraire de l’aveugle-né est l’itinéraire proposé aux catéchumènes dans ces semaines préparatoires à l’illumination pascale. Ce doit être aussi le nôtre, un itinéraire toujours actuel, car il nous faut du temps pour accueillir pleinement cette lumière qui nous est donnée.

"Dieu qui éclaire tout homme venant dans ce monde, illumine nos coeurs par la clarté de ta grâce, afin que toutes nos pensées soient dignes de toi et notre amour, de plus en plus sincère". (Prière de la communion de ce dimanche)

DIMANCHE 2 AVRIL 2017
CINQUIEME DIMANCHE DE CAREME

Références bibliques :

Lecture du prophète Ezéchiel : 37. 12 à 14 : "Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez."
Psaume 129 : "Près du Seigneur est l’amour. Près de lui abonde le rachat."
Lettre de saint Paul aux Romains : "8. 8 à 11 : "Jésus ressuscité d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous."
Evangile selon saint Jean : 11. 1 à 45 : "Je suis la résurrection et la vie."


***

Dimanche dernier, nous voyions l’attitude des interlocuteurs de Jésus. Aujourd’hui nous rejoignons le cercle plus intime de ses amis.

Lazare ressuscité nous est présenté, au seuil de Pâques, comme le précurseur de Jésus-Christ vainqueur de la mort, résurrection et vie, de même que Jean-Baptiste était au seuil du ministère du Christ le précurseur du Messie qui allait être révélé, dans l’eau et l’Esprit.

Nous sommes invités à sortir de nos enfermements et de nos a-priori. Nous avons à nous ouvrir à la vie qui doit toujours être un temps de résurrection, si nous savons entendre et recevoir le message divin qui nous est donné au tombeau de Béthanie


LES DISCIPLES

Nous les voyons intervenir au début des trois épisodes relatés en ces dimanches de Carême. Au puits de Jacob, (Jean. 4. 5 à 42) ils sont là sans comprendre ce qui vient d’être vécu. A Jérusalem, ( Jean 9. 1 à 41) ils questionnent et reçoivent en réponse la manifestation de l’action de Dieu en Jésus-Christ qui guérit cet aveugle.

A Béthanie, ils veulent éloigner Jésus de l’acceptation de la volonté de Dieu. " Pourquoi revenir en Judée ? " Il leur montre que, par delà cette mort qu’ils récusent, il est Vie et résurrection.

Il leur faudra du temps pour saisir la signification de cette parole qu’il leur a dite à la Transfiguration et leur dira sur le chemin d’Emmaüs :" Il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans la gloire."

Aujourd’hui, ils sont heureux d’apprendre que Lazare dort. Ils peuvent esquiver ce retour en Judée. Thomas est tout d’une pièce, lui. Il est tellement attaché à Jésus qu’il ne peut envisager de laisser partir seul son Maître et de l’abandonner ainsi. Plein de bonnes intentions, il n’est pourtant pas encore prêt à mourir avec lui. Jésus leur parle alors ouvertement.

« A cause de vous, pour que vous croyiez." Ils sont impliqués dans la démarche de Jésus. Ils doivent en découvrir la raison. Ils doivent adhérer à sa volonté dans la foi. Ils doivent croire. Ce mot est répété jusqu’à sept fois dans le texte. Pour les acteurs de cet événement comme pour chacun d’entre nous, le cheminement de la foi est différent, mais il doit être parcouru, par chacun de nous, selon cette différence qu'est une grâce personnelle que nous accorde Dieu. Reprenons ainsi le texte de l’Evangile.


MARIE

Lorsqu’elle apprend l’arrivée du Christ, elle reste à la maison, à l’inverse de Marthe qui part à sa rencontre. Elle ne se décidera que sur l’appel discret de Marthe. "Le Maître est là. Il t’appelle, il te demande." C’est Jésus qui l’invite et qui l’attend. C’est bien lui le maître.

Si nous voulons rencontrer Jésus et partager sa vie, il ne faut pas le chercher au travers de nos seules attentes personnelles et selon nos points de vue, mais le rejoindre pour lui-même, en entendant et en décryptant les signes qu’il nous donne comme un appel.

Dès qu’elle entendit cette attente, Marie se lève en hâte et va vers lui. De nombreux juifs étaient venus entourer. Marthe ne peut être entourée, elle va et elle vient. Elle n’a pas besoin d’être consolée, elle parle et s’agite. Quand elle a rejoint Jésus, Marie lui a exprimé sa foi en lui disant qu’elle était son espérance et sa souffrance de cette absence et elle reprend la même réaction que Marthe : "Si tu avais été là..."

Elle accompagne le Maître au tombeau. Elle pleure. Jésus, bouleversé par cette émotion, qu'il partage à son tour. Avec Marthe, il est obligé de "discuter". En Marie, il rejoint l’essentiel de l’événement. A toutes deux il peut alors demander : "Où l’avez-vous déposé ?"


MARTHE

La foi de Marthe n’entend pas le sens des paroles et de l’attente du Seigneur, qui lui dit : "Je suis la Résurrection". Elle n’entend pas. La résurrection, elle ne la conçoit que par rapport à une loi générale, dans le futur, même pour son frère, "au dernier jour".

Jésus rectifie cette conception : "Ne t'ai-je pas dit ?" : La vie est liée à la présence personnelle de Jésus. Il ne parle pas de la vie biologique, mais de cette vie qui est :"une chose mystérieuse, annoncera saint Paul aux Corinthiens. Ce qui est mortel revêt l’immortalité, ce qui est semé en terre est un corps humain. Ce qui ressuscite est un corps spirituel" (1 Corinthiens 15. 44 et suivants).

Marthe progresse dans son adhésion au Christ. Elle a confiance en lui :"Je sais que Dieu t’accordera ce que tu lui demanderas, tout ce que tu lui demanderas." Jésus lui répond :"Crois-tu que je suis la résurrection et la vie ?" Si elle ne réalise pas tout ce que cela signifie, cependant elle le reconnaît déjà comme Messie, comme Fils de Dieu venant dans le monde.

Mais elle est encore à moitié convaincue. Jésus devra le lui rappeler :"Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu." Nous sommes bien comme elle. Nous avons nos doutes et nos limites, et Jésus les dépasse. Par le moyen des événements et des rencontres « signifiantes », par tout notre vécu, Jésus fait enlever la pierre qui nous enferme dans notre propre nuit, dans notre solitude intérieure. "Ils enlevèrent la pierre" ( Jean 11. 41).

Sa démarche n'est pas similaire à celle que nous demande le psychologue dans ses consultations avec nous. Pour Jésus, c’est une démarche vers lui « Crois-tu que je suis … »


LES JUIFS

La résurrection de Lazare est entourée d’une grande tendresse et d’une grande amitié. "Celui que tu aimes", est-il dit à Jésus. " De nombreux juifs qui étaient venus entourer Marie..." "Les juifs venus avec elle pleuraient aussi." "Voyez comme ils l’aimaient !"

Ces Pharisiens sont bien différents de ceux qui accablent Jésus, même si quelques-uns peuvent s’étonner qu’il n’ait pas empêché Lazare de mourir. Ils le pensent comme le disent Marthe et Marie. En cela, il n’y a aucune hostilité. Ils croient en Jésus. (Jean 11. 45)

A la veille des jours de la Passion, où tant de haine va se manifester, ce moment de Béthanie est une halte paisible, parce qu’elle est vécue en une humanité où peut se réaliser la gloire de Dieu : "Pour cette foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé" (Jean 11. 42).


JESUS

En effet, la résurrection de Lazare est une merveilleuse illustration d'une foi dejà christologique. Elle nous montre comment, dans la personne de Jésus la nature humaine et la nature divine s’unissent sans se confondre. D’une certaine façon, l’Incarnation devient tangible et prend tout son sens.

Il est l’ami, l’homme qui pleure, en même temps qu’il est la Résurrection et la vie, parce que Dieu est amour ! Pour nous aussi, la résurrection est un fait présent parce qu’en nous il est la Vie, "par son Esprit qui vit en nous" (Romains 8. 11). "Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez" (Ezéchiel 37. 14).

Cette rencontre de Béthanie, nous conduit au cœur du mystère de la résurrection du Christ, triomphalement célébrée au matin de Pâques. Nous ne pouvons approcher l’un des aspects du mystère du Christ sans y inclure les autres. Le Vendredi-Saint et le dimanche de Pâques forment un même et unique mystère pascal.


***

La foi qui nous est demandée, comme elle l'est à Marthe, comme aux juifs, comme aux disciples, c’est d’accepter de se déposséder de soi, de ses points de vue, de ses propres désirs pour suivre, Jésus comme il est et comme il veut que nous soyons. Il n’efface pas la mort, il la traverse et nous la fait traverser avec lui pour nous faire revivre.

Nous devons l’accompagner sur le chemin du tombeau parce que c’est le seul chemin pour découvrir la résurrection.

Cette présence de son Esprit est la force de vie qui nous libère des liens du péché et de la mort. Les baptisés de la nuit pascale découvrent cette liberté qui fut celle de la Samaritaine hors de cette recherche où elle s’était enfermée sur elle-même, la liberté de l’aveugle qui voit clair et n’est plus à la merci des décisions des autres, la liberté de Lazare qui reçoit du Christ le don de la vie.

A notre tour et tout au long de sa vie, le chrétien est appelé à sortir de son enfermement, "à délier ses mains et ses pieds attachés". (Jean 11. 44) C’est ainsi que nous rendrons grâce à Dieu par le Christ, "cet homme plein d’humanité qui dans sa tendresse pour tous les hommes, nous conduit, par les mystères de sa Pâque, jusqu’à la vie nouvelle." (Préface de la messe de ce jour).

retour à la page d'accueil