Comme pour chaque liturgie dominicale, plusieurs lectures sont possibles. Pour ce dimanche, nous la ferons avec le regard de saint Luc, qui était un païen et un médecin.
AVEC LE REGARD DE LUC
C'est saint Paul qui l'a conduit à la foi en la résurrection du Christ. Originaire de Troas, Luc n'a jamais connu Jésus en Palestine.
Ses qualités professionnelles en font un observateur attentif aux personnes. Il sait ce que veulent dire les silences d'une mère. IlEt c'est ainsi qu'il est l'évangéliste qui nous fait pénétrer le plus dans l'intime de la vie spirituelle de Marie, la Mère de Dieu, la Mère de Jésus. "Elle gardait toutes ces choses en son coeur".
L'épisode évangélique du jeune homme de Naïm nous confirme, dans sa brièveté même, que ce médecin est attentif aux faiblesses, aux infirmités et aux limites de toute vie humaine Il sait traduire le fait que le Christ, comme Dieu, connaît les réalités vécues dans le coeur des hommes..Ces instants de la porte de Naïm sont traduits avec la sobriété et le respect d'un médecin pour le malade est pour ses proches.
Le Seigneur est saisi de pitié pour cette mère qui a déjà connu un autre décès, celui de son époux. Aucune longue phrase : "Ne pleure pas" lui dit-il ; et pour le jeune homme sa parole est comme une "ordonnance :"Je te l'ordonne lève-toi." Luc ne s'étend pas sur les sentiments des uns et des autres.
Il met en relief l'attitude essentielle et la centralité de Jésus. Saint Paul, son père spirituel, fut transformé par la grâce d'une brève injonction :"Je suis Jésus que tu persécutes" . Le Seigneur n'a point de longs discours pour mettre en lui la révélation comme l'apôtre le répète aux Galates. Il n'y eut point de long discours aux portes de Damas. Saint Luc en rapporte les faits dans les Actes des Apôtres.
Et l'on pourrait reprendre le texte de Luc à Naïm proche de l'événement de Damas :"Le mort se redressa, s'assit et se mit à parler."
Dans notre vie spirituelle et le quotidien de notre foi, n'en restons pas au superficiel, ni aux longues dissertations. Rejoignons Dieu en l'intimité de sa présence en nous.
LES INATTENDUS DE DIEU
Saint Luc souligne le parallèle entre entre le groupe apostolique et le cortège funèbre. La Providence divine est inattendue. La venue de Jésus à Naïm n'était pas une réponse à un appel comme ce fut le cas pour le serviteur du centurion romain, (Luc 7/3) ou pour les soeurs de son ami Lazare (Jean 11/3). Aujourd'hui il est sur le chemin de sa prédication. Et c'est alors qu'il croise le cortège qui ne l'attendait pas et qui se rend au cimetière pour l'enterrement de ce fils unique,
L'attitude de Jésus est alors celle d'une compassion discrète et silencieuse comme elle st celle de sa proximité cordiale pour cette veuve. "Il fut saisi de pitié". Il ne s'adresse ni à la foule qui est autour du centurion, ni aux personnes présentes devant le tombeau de Lazare : "J'ai parlé pour que cette foule croient que Tu m'as envoyé.
Il s'arrête, il arrête le cortège, et s'adresse sans longues phrases à cette mère :"Ne pleure pas". Puis sans attendre il rejoint la civière et la touche. Il ne touche pas le jeune homme tout en s'adressant à lui : "Lève-toi" et le jeune homme revient à la vie en réponse à cette Parole de Jésus.
Sur le chemin de notre mort, sur le chemin de l'éternité de notre vie, Dieu n'est jamais lointain, même quand son silence se fait pesant et incompréhensible. Il demeure proche de nous, à nos côtés. Il est là pour nous remettre sur le chemin qui nous conduit à la vie éternelle, à la vie divine.
Nous le croyons absent. Il est là, inattendu, pour nous faire partager sa vie. Saint Paul le rappellera aux Corinthiens (1 Cor.13/12) "A présent nous voyons dans un miroir et de façon confuse... Ma connaissance est limitée. A présent ma connaissance est limitée... maintenant ces trois-là demeurent, la foi, l'espérance et l'amour. Mais l'amour est le plus grand" .
Car l'amour de Dieu est toujours là qui nous attend sur nos chemins.
LES GESTES DE DIEU
C'est à nous de les découvrir, c'est à nous de les faire découvrir à ceux que nous croisons sur nos chemins, car les gestes de Dieu passent par notre humanité, la plus simple et la plus quotidienne. Jésus l'a assumée, mais pour lui, simultanément, les gestes humains de Jésus expriment et traduisent en son humanité la pensée et l'oeuvre de l'amour de Dieu.
Dans son diagnostic, un médecin est attentif aux moindres détails pour en tenir compte au delà de l'immédiat des apparences. Par delà le néant de la mort, Jésus comme Elie, voit la réalité de la vie. "Le Seigneur entendit la prière d'Élie, nous dit le livre des Rois. Le souffle vital de l'enfant revint en lui. Il était vivant."(Rois. 17/22).
Il est à noter que c'est pour la première fois que, dans son évangile, Luc appelle Jésus "Seigneur", ce qui était l'appellation de Dieu pour les Juifs. " Le Seigneur fut saisi de pitié" ...
Les témoins de cette résurrection n'en sont pas encore à croire en la divinité de ce prophète. Mais leur foi les conduit déjà à pressentir la présence active de Dieu. "Dieu a visité son peuple", une affirmation qui dépasse le groupe des amis de cette veuve.
Si pauvres soient les réalités et les réalisations de notre vie, nous avons donc à y découvrir les richesses de Dieu au travers des gestes de Jésus.
Et ce, en méditant ses paroles, au soir du Jeudi-Saint, à quelques heures de sa mort, à trois jours de sa résurrection. - L'attitude divine à notre égard : " Le Père lui-même vous aime" (Jean 16/27) - L'unité divine qui est celle de Jésus : "Père tu es en moi et moi en toi." (Jean 17/21) - La raison d'être de sa venue parmi nous : "Je leur ai fait connaître ton nom". (Jean 17/26).
En le révélant aux portes de Naïm, il redonne l'espérance de l'amour de Dieu :"Dieu a visité son peuple", disent les amis de cette veuve et de ce jeune homme.
La nouvelle sainte colombienne, Laura Montoya Upegui, canonisée il y a un mois, vivait cette spiritualité, lorsqu'elle se rendait dans les tribus indiennes : "
Bien que la présence de Dieu est diverse, elle doit être cherchée et trouvée là où il veut qu'on le rencontre."
IL LE RENDIT À SA MÈRE
Les événements fondamentaux que nous transmet tout l'évangile de saint Luc, ne sont jamais un enfermement centré sur nous-mêmes.
Ici l'évangéliste tient à souligner que le retour à la vie de ce jeune homme ne peut pas être que pour lui seul :"Il le rendit à sa mère".
Par delà ce geste qui recompose l'unité familiale, nous avons l'expression de la pensée paulinienne qui a imprégné saint Luc.
Dans sa lettre aux Galates, citée aujourd'hui, saint Paul nous dit le pourquoi de la révélation dont il fut le bénéficiaire. "Pour que moi, je l'annonce parmi les nations païennes". (Galates 1/16)
Quand les disciples d'Emmaüs disent "Reste avec nous"" (Luc 24/35) la grâce du Seigneur les fait revenir et rejoindre l'Église qu'ils ont quittée.
Dans cette même perspective, nous devrions lire et méditer toute cette richesse que traduisent les premiers chapitres de la lettre de Saint Paul aux Éphésiens, en particulier le chapitre 2 :" Il nous a ressuscités... " et saint Luc sait ce que cela veut dire, lui le non-juifs incirconcis. (Eph. 2/5 et 6) qui rejoint le Peuple de l'Alliance.
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Dans le contexte social et ecclésial qui est le nôtre aujourd'hui, nous ne devons pas laisser isolés, esseulés, nos frères. "Il le rendit à sa mère". Dieu qui veut notre guérison, agis en nous par cette eucharistie", ce sacrement de l'action de grâce pour le don de Dieu." (oraison finale)
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