Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


Dimanche 21 décembre : Quatrième dimanche de l'Avent
Jeudi 25 décembre : En la Nativité du Seigneur
Dimanche 28 décembre : La Sainte famille
Dimanche 4 janvier : L'Épiphanie du Seigneur
Dimanche 11 janvier : Le baptême de Jésus
Dimanche 18 janvier : Deuxième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 25 janvier : Troisième dimanche du temps ordinaire



DIMANCHE 21 DÉCEMBRE 2014
QUATRIEME DIMANCHE DE L’AVENT (B)

Références bibliques :

Livre de Samuel : »2 Sam. 7. 1 à 16 : »C’est moi qui t’ai pris au pâturage ».
Psaume 88 : » Sans fin, je lui garderai mon amour. »
Lettre de saint Paul aux Romains : 16 25 à 27 : »Il était resté dans le silence depuis toujours. Aujourd’hui il est manifesté. »
Evangile selon saint Luc : 1. 26 à 38 : »L’Esprit-Saint viendra sur toi et la Puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. »

***

An plaçant le mystère de l’Annonciation dans le temps de l’Avent, l’Eglise souligne qu’elle n’est pas une simple fête mariale, mais qu’elle est l’un des moments fondamentaux de l’Incarnation rédemptrice.

LA DEMEURE DE DIEU PARMI LES HOMMES

Dieu assume l’humanité en l’une d’entre nous. Marie, une femme de notre humanité, reçoit comme révélation que la puissance du Très-Haut reposera sur elle. Ce qui l’identifie à la « Demeure », "la tente" dans laquelle les Israélites abritaient l’Arche d’Alliance de la Parole de Dieu, au long des étapes de leur marche dans le désert. (Livre des Nombres 9. 17 – Deutéronome 31. 15 – Exode 40. 36)

Depuis la prise de Jérusalem en 598 av. J.C., l’arche avait disparu, mais pas ce qu’elle représentait : la proximité de Dieu qui fait vivre son Peuple. En Marie, la proximité se fait Incarnation.

« Rien n’est impossible à Dieu ». Marie et l’ange s’accordent sur cette évidence de la foi. Ainsi parlait déjà le livre de la Genèse à propos de la naissance d’Isaac (Genèse 18. 14). Ainsi parle Jésus quand ses auditeurs auront compris que le salut est impossible à l’homme seul (Luc 18. 27). La naissance du Fils de Dieu parmi les hommes et la nouvelle naissance des fils que nous sommes sont l’œuvre de l’Esprit-Saint.

PAR DELA L’ATTENTE

L’Annonce faite à Marie, située dans le temps, est le mystère qui réalise l’attente séculaire du Peuple de Dieu. C’est tout cela que désormais Marie devra vivre et qui lui demande un acte de foi dont, aujourd’hui, nous avons peine à mesurer la profondeur et l’intensité des exigences quotidienne. Nous connaissons Jésus au travers du déroulement de sa vie. Marie devait faire un « saut « dans un avenir inconnu.

Il lui est demandé un acte de foi qui exige d’elle un abandon total et dont elle ne découvrira l’immensité qu’au fur et à mesure de son union d’amour au cours de la vie humaine qu’elle partage désormais avec son fils, le Fils de Dieu fait homme.

Grâce à sa mémoire biblique, Marie vivra la personnalité et la mission du Messie telles que la tradition davidique les a esquissées, telles que la tradition prophétique les a précisées, telles que les lui commentait la synagogue de Nazareth.

SITUEE DANS SA VIE QUOTIDIENNE

Car, dans le même temps, sa méditation quotidienne et sa prière les enrichiront au contact même de cette présence humano-divine du Christ. Cette contemplation d’amour, nous la découvrons au travers de son questionnement à l’ange-messager de Dieu, au travers de son « Magnificat », au travers de son silence lorsque son fils lui rappelle qu’il doit être « aux affaires » de son Père. « Elle conservait toutes ces choses en son cœur. »

Le texte grec est plus fort que nos traductions destinées à la lecture publique : »Elle gardait avec soi … » Ce n’est pas un archivage égoïste. Le verbe grec est un verbe actif qui ajoute une plus grande expression aux mots qui suivent : »en son cœur », non pas dans sa mémoire, mais dans son amour. Car, selon l’expression courante, c’est du cœur que partent toute action et tout comportement de notre existence, toute connaissance réelle de ce que nous vivons.

Chacun de nous reçoit aussi, chaque jour, l’Annonciation, par la grâce de Dieu. Comment l’accueillons-nous ? Accueillir, c’est se laisser quelqu’un prendre place dans notre propre vie. Et là, c’est laisser Dieu prendre place, dans le silence, la crainte parfois, la joie aussi.

Marie n’est plus seule avec elle-même quand l’ange la quitte. Dieu est désormais en sa virginité, elle est en-ceinte, ceinte par Dieu lui-même. Celle qui avait offert l’abandon de sa fécondité, reçoit, en toute liberté, le don de la vie qui se féconde en elle au rythme des jours : »Que tout se passe pour moi selon ta parole. »

LA PLENITUDE DES TEMPS

« Voilà le mystère qui nous est révélé, ce mystère qui est porté à la connaissance de toutes les nations. » Pour saint Paul (Romains 16. 26) l’Evangile nous place « sur un autre registre » si nous pouvons parler ainsi. Ce n’est pas seulement celui d’Abraham, de David et des prophètes qui avaient annoncé ce mystère dans l’avenir du Peuple de Dieu.

Dieu ne s’enferme plus dans un peuple. En Marie, il se donne à tous les hommes. Le mystère du salut des Nations, dont parle Isaïe, devient une réalité. Nous rejoignons non pas un simple royaume terrestre, mais la plénitude divine.

« Dieu seul est sage ». C’est Dieu qui est Sagesse. Cette sagesse qui nous est destinée passe par Jésus-Christ qui est la Parole qui a rompu le silence de toujours, pour nous révéler maintenant et aujourd’hui ce mystère.

La liturgie, en citant le texte de la lettre de saint Paul aux Romains, le souligne en encadrant ce texte par « Gloire à Dieu

», au début et à la fin de la citation. En fait, la gloire de Dieu « qui a le pouvoir de nous rendre forts par l’Evangile que je vous ai prêché…Gloire à Dieu le seul sage, par Jésus-Christ. »

PLUS QU’UNE PROXIMITE

Ce mystère de la Nativité que nous allons fêté dans quelques jours, n’est donc pas seulement « Dieu avec nous. » C’est tout autant « nous avec Dieu et Dieu en nous ». Nous retrouvons là l’immensité du message que Marie a entendu « Le Seigneur est avec toi … pleine de grâce .. La puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. » Comme dans l’Ancienne Alliance, la nuée de Dieu l’absorbe.

La nuée de Dieu nous absorbe en l’Esprit-Saint. L’homme a toujours cherché et cherche encore la proximité de Dieu. Depuis l’Incarnation révélée en Marie, c’est plus qu’une proximité. Il est avec nous et nous sommes avec Lui. Il peut être connu au travers de la dimension qui est la nôtre. L’Infiniment Autre a pris notre mesure en Jésus-Chroist. A nous de prendre désormais la sienne.

Comme Marie, il nous faut adorer ce mystère sans trop en parler avec des mots humains, car il ne peut s’exprimer en plénitude au travers de nos paroles humaines. « Marie gardait tout cela, avec soin, en son cœur ».

"

Quand Dieu prend Marie en son sein trinitaire en la couvrant de son ombre, il vient dans le sein de la Vierge Mère. Chaque chrétien, devenu temple de l’Esprit-Saint par le baptême, est désormais aussi demeure de Dieu.

Le mystère de l’Incarnation n’est pas un jour anniversaire, celui que nous fêtons à Noël. Au travers des millénaires, c’est la réalité de Dieu fait homme pour toujours. C’est la réalité de l’homme divinisé. Non pas seulement la possibilité d’atteindre un Dieu qui se fait proche, mais lui resterait extérieur. C’est la possibilité pour l’homme de partager la vie même de Dieu.

Nous avons à accueillir Dieu en nous, l’Emmanuel, au travers des péripéties de notre vie comme au travers de nos évidences humaines qui se transforment en évidences de la Foi.

***

« Rien n’est impossible à Dieu » (Luc 1. 37 – Luc 18. 27) pour qu’il réalise en nous sa volonté, si nous lui offrons la nôtre. « Que tout se passe pour moi selon ta parole », même si aujourd’hui le sens de cette parole ne nous apparaît pas au travers des mystères joyeux et douloureux que nous vivons au quotidien. Puissent-ils devenir des mystère lumineux !

« Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs. Par le message de l’Ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien-aimé. Conduis-nous, par sa passion et par sa croix, jusqu’à la gloire de la Résurrection. » (prière d’ouverture de ce dimanche)


JEUDI 25 DÉCEMBRE 2014
E N LA FÊTE DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR

«
Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu »

Cette parole de saint Irénée fait toute la joie de l’Eglise. Elle fonde notre Espérance et fortifie notre foi. Noël est la fête de l’incarnation du Fils de Dieu. En Jésus Christ, Dieu se fait homme, il se fait proche, il se fait don total, il s’abandonne entre nos mains.

Il risque sa vie dans celle des hommes, sans exiger de privilège. Expression de l’amour surabondant de la part de Dieu vers l’humanité !

Cette courte méditation de Benoît XVI, du 25 décembre 2005, nous ouvre à ce mystère d’amour où « Dieu est devenu l’un de nous », où Dieu s’est fait homme.

Dieu est bon au point de renoncer à sa splendeur divine et descendre dans l’étable, afin que nous puissions le trouver et pour que, ainsi, sa bonté nous touche, aussi, qu’elle se communique à nous et continue à agir par notre intermédiaire.

DANS LE SILENCE D'UNE NUIT

Point n'est besoin de longs discours théologiques ou moralisateurs. Noël est un mystère qui se médite en contemplant un enfant et sa mère, Marie dont toute la vie, dès les premiers moments de l'Annonciation n'a pas été bavardages inutiles mais un Magnificat.

Vivons Noël, comme Marie, la silencieuse méditative de Nazareth comme de Bethleem, qui nous a rendu possible cette joie de partager la vie de Dieu en nos vies.

Il nous faut une méditation silencieuse pour mieux entendre la Divine Parole que saint Jean proclame dès les premiers versets de son évangile. Ne nous perdons pas en longs discours....

Noël se chante, Noël se médite, Noël se vit, loin des longs bavardages et des grands discours.

UN VISAGE D'AMOUR

"Au creux de cette nuit, Tu nous as inventé un chemin d'espérance. Dieu l'invisible, Tu es devenu visage d'enfant en ta naissance.

" Donne-nous Seigneur ton visage d'amour, ton visage divin car Dieu est amour...en cette nuit de Bethléem.

L'humilité de celui qui naît sans maison ni berceau pour mieux habiter toutes nos "crèches" et en faire sa maison ! Tu nous donnes ta vie, transforme-nous en ces jours de ton passage.

IL A MARCHÉ EN NOS CHEMINS

La lumière de l'aube a brillé en cette étable où Dieu nous a rejoints. Comme devant le trône de l'agneau aux jours de l'apocalypse, les anges ont chanté à Bethléem et les bergers s'en sont retournés joyeux. Et nous comment avons-nous entendu chanté la gloire de Dieu ?

Et Dieu nous invite à le suivre de la crèche aux rives du lac de Galilée jusque sur la colline de la Passion, jusqu'à l'aube radieuse du jardin de la Résurrection.

Il a pris ce chemin où notre vie piétine. "je suis le chemin, la vérité la vie. Toi l'enfant de Noël qui es la vie, tu nous donnes la vie de Dieu.

C'est la fête du non-conformisme de Dieu qui semble quitter l'éternité pour mieux s'insérer en notre humanité, s'incarner en nos limites, en nos faiblesses. Mais si Dieu, en cet enfant, se couche en notre humanité, c'est que pour désormais tout se releve divinisé.

DIEU AVEC NOUS ! EMMANUEL

Ouvre tes yeux pour le voir, ouvre ton coeur pour l'accueillir puisque Dieu nous ouvre les bras d'un enfant pour nous ouvrir l'éternité divine. Pour chaque homme, pour tout homme, pour tout l'homme. Dieu est avec nous pour nous entraîner là où il est, là où il vit.

" Tout ce qui concerne notre Seigneur Jésus-Christ est double : double naissanc : l'une de Dieu avant les siècles, l'autre, de la Vierge à la plénitude des siècles.

" Double descente : l'une imperceptible , le premer avènement. Il est enveloppé de langes dans la crèche. Le second, escorté par l'armée des ange, à la rencontre du Seigneur" (Saint Cyrille de Jérusalem)

Et son amour défie le temps. Car en chaque jour désormais, toute messe est Noël ! Au delà des figures de ce monde, il reste avec nous. Et sur la table eucharistique, c'est tous les jours la fête de la présence divine. Dieu est parmi nous.

Et comme aux jours de Bethéem, les anges ont chanté, nous chantons la préface qui ouvre le mystère eucharistique, ..." avec les anges, et les archanges : "Saint ! Saint, Saint, le Dieu de l'univers !"

Dans l'attente de la Divine Liturgie comme dont nous parle l'Apocalypse., devant l'Agneau.



DIMANCHE 28 DÉCEMBRE 2014
SAINTE FAMILE DE JÉSUS, MARIE ET JOSEPH


Références bibliques :

Livre de la Sagesse.15.1 à 6 et 21. 1 à 3 : « Ne crains pas Abraham, tu recevras de cette Alliance un merveilleux salaire. »
Psaume 104 : « Le Seigneur s’est souvenu de son Alliance. »
Lettre de saint Paul aux Colossiens. 3. 12 à 21 : « C’est lui qui fait l’unité dans la perfection. »
Evangile selon saint Luc. 2. 22 à 40 : « Rempli de sagesse, la grâce de Dieu était sur lui. »

***

LA FAMILLE TRINITAIRE

Chez saint Jean, comme chez saint Paul, l’amour exprime et définit, essentiellement, un mode d’existence et non pas un simple mode de comportement, ni une émotion, ni un sentiment individuel à l’égard de l’autre. Car l'amour, c'est l'être même de Dieu

L’homme et la femme en font chaque jour l’expérience quand ils dépassent les « péripéties » de leur vie de couple. En eux, l’amour a créé un nouveau mode d’existence qui se découvre, se réalise et s’enrichit ainsi de plus en plus.

Lorsque saint Jean veut nous définir Dieu, il déclare « simplement » : »Dieu est Amour. » C’est la seule définition que le Nouveau Testament donne de Dieu.

« Dieu est Amour » signifie que l’amour n’est pas une qualité morale de Dieu. C’est bien la définition même de son être, de son mode d’existence. Dieu existe comme amour et cette définition de saint Jean contient tout le mystère trinitaire, ce mystère de l’échange dans l’amour et la liberté.

La Trinité s’exprime aussi au travers du mystère de l’Incarnation. La personne du Père réalise la plénitude de son être, c’est-à-dire ce qui est essentiel en Lui par la naissance du Christ dans la grâce de l’Esprit d’Amour, l’Esprit-Saint. Nous le voyons au travers de nombreuses paroles du Christ à ses apôtres.

Dans sa lettre aux Colossiens que nous lisons aujourd’hui, saint Paul met l’amour au-dessus de tous les comportements : la bonté, l’humilité, la douceur, la patience. « Par-dessus tout cela qu’il y ait l’amour, c’est lui qui fait l’unité dans la perfection. » La perfection et l’unité de Dieu réside dans le fait qu’il est essentiellement « Amour ».

LA FAMILLE A L’IMAGE DE DIEU

Créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous savons que notre humanité nous limite dans la voie qui nous conduit à la connaissance de Dieu.

Mais dire que nous sommes « à l’image de Dieu » signifie que nous avons la possibilité naturelle de réaliser l’amour qui est Dieu. Pour ce faire, il nous faut vivre un amour réel, quotidien et continuel. Et c’est en cela que réside le mystère de la vie conjugale et familiale, qui doit être aussi vécue, dans l’unité, à l’image et à la ressemblance de Dieu, Unique et Trinité.

La dynamique qui nous conduira à rendre réelle au quotidien cette ressemblance de l’amour divin en nos vies, c’est de donner toujours et partout à chaque membre constituant notre famille, la priorité de la relation personnelle, la priorité de la liberté des enfants de Dieu

La tentation est forte, pour chaque conjoint entre eux comme pour les parents vis-à-vis de leurs enfants, de faire intervenir leur propre construction psychologique et, par là, de remplacer la réalité de chacun par la leur, en prodiguant des conseils, voire des ordres, où nous pensons protéger l’autre, mais, en fait, en lui imposant notre propre personnalité, en limitant ainsi la sienne.

Lorsque Marie s’étonne de l’absence de Jésus qui est resté au Temple, l’enfant lui rappelle quelle est sa personnalité en évoquant « les affaires de son Père. » (Luc 2. 49) Marie ne s’insurge pas. Elle reprend cet événement et les médite dans son cœur pour les accueillir à leur juste mesure.

Il en sera de même à Cana. Jésus se situe avec sa personnalité : »Mon heure n’est pas encore venue. » et Marie respecte la liberté de sa décision : »Faites tout ce qu’il vous dira. » (Jean 3. 4).

Quand nous disons : »Dieu est avec nous » ou bien encore « Dieu vient nous prendre avec lui », nous risquons de n’en rester qu’à des mots ou qu’à des sentiments.

Il nous faut regarder au plus près la vie de notre famille humaine qui s’est bâtie sur la Parole même de Dieu, pour qu’elle se réalise en Lui, non pas avec des personnalités juxtaposées, mais avec des personnes libres dans la communion d’un amour qui rejoint l’Amour de Dieu.

Un Dieu Trinité où les trois personnes divines sont distinctes, mais unies dans une unique liberté d’échanges, Père, Fils et Esprit.

L’AMOUR VECU AU QUOTIDIEN

Le mystère de Noël que nous avons vécu, il y a quelques jours, n’est donc pas un épisode poétique de la vie de Jésus et de Marie, auquel Joseph est associé. Certes, l’imagination des hommes a donné une dimension humaine étonnante et poétique à ces heures de Bethléem, alors que les phrases de l’Evangile sont toutes simples.

A ce point qu’on risque d’oublier ou de passer sous silence l’insondable mystère de l’Incarnation. En cet instant de l’Histoire, la présence de Dieu s’est réalisé en son Fils, homme parmi les hommes.

En regardant vivre cette famille humaine de Galilée, nous découvrons la profondeur du mystère qui est aussi vécue par chacune de nos familles humaines.

Cet enfant, fragile aux premiers jours, est gage d’avenir comme l’est tout enfant. Sa vie, comme toute vie, est un message dont il nous faut entendre chaque révélation, car, à sa manière, il est aussi « Dieu avec nous », il est l’Emmanuel.

Dans le même temps que Marie a donné à Jésus un corps, un souffle de vie, et son amour, elle en a fait l’homme qu’il est devenu. Au jour le jour de sa vie familiale, Jésus, le bébé, le petit enfant, l’enfant ; l’adolescent, va recevoir de Marie, ce que tout être reçoit de sa mère : le sourire de la vie, l’exemplarité du devoir à accomplir, la délicatesse dans la vie quotidienne, la réalisation de la Parole de Dieu au travers des faits et gestes d’une femme de grande foi.

Joseph, le père qui adopte cet enfant avec amour, patience et sens des responsabilités, lui donne le métier de charpentier. Il lui apprend les gestes méticuleux, laborieux, de l’homme qui sculpte les matériaux, les ajuste avec précision, les fait devenir utiles et beaux. Joseph lui apprend à parler aux hommes, avec les hommes. Au travers des commandes à réaliser, au travers des discussions pour le prix du travail, au travers des impatience du demandeur, Joseph apprend à Jésus le sens de la vie parmi les hommes.

Le soir, en famille, l’enfant, l’adolescent, le jeune homme, se retrouve avec ses parents, avec ses cousins et ses cousines, ou bien avec ses amis sur la place de Nazareth. Ils parlent, ils se réjouissent, ils s’attristent de la mort d’un proche. Jésus partage ainsi la vie de la famille de Marie et de Joseph, et par sa famille, la vie de tout son entourage. Nous le sentons au travers de beaucoup de ses paraboles.

Vivant de la famille trinitaire qui est la sienne, vivant de la famille humaine qui est la sienne, il vit ce qui dépasse tout bien et ne disparaît jamais : l’amour, car c’est en lui que se réalise ce que saint Paul appelle « l’unité dans la perfection.» (Colossiens 3. 14) et qu’il propose à chacun : « Que dans vos cœurs, règne la paix du Christ. » (Colossiens 3. 15)

LA VIE QUOTIDIENNE

Nous avons peu de faits précis qui nous éclairent sur le style de vie de la Sainte Famille. Ce devait être celui de toute famille juive de Nazareth, mais vécu par des êtres simples aux yeux de leurs contemporains, exceptionnels aux yeux de Dieu, dans le don que chacun a fait de lui-même et qu’il accomplit jour après jour.

C’est une famille ouverte, accueillante et joyeuse. Le Magnificat de Marie en est la preuve. Il n’a pas été le chant de joie d’un seul instant. Elle l’a chanté bien souvent, et c’est sans doute pour cette raison qu’elle l’a confié à l’évangéliste, comme étant la trame même de toute sa vie avec Dieu. « Chantez et jouez pour lui, redîtes sans fin ses merveilles. » (Psaume 104)

Jésus lui-même n’est pas venu pour « rabattre la joie », mais pour l’exalter. Il est heureux des chants de ses camarades sur la place du village (Matthieu 11. 17) Ce n’est pas à la légère qu’il dira : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie en abondance. » (Jean 10.10) et, à ses apôtres, lors du discours qu’il leur tient après la Cène : »Je vous dis cela pour que votre joie soit parfaite. »(Jean 16.24)

***

Les conseils que saint Paul donne à nos familles ne peuvent se lire qu’à la lumière de la phrase qui les introduit : »Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus-Christ ». Les difficultés quotidiennes sont le lot de toute existence humaine et familiale. Qu’à travers elles, que tous et chacun vivent et réalisent cette vie de famille « Dans le Seigneur », que ce soient les épouses, les maris, les enfants, les parents.

Et que, par dessus tout, il y ait l’amour qui fait l’unité dans la perfection, qui est la réalité de la famille divine, et qui doit être la réalité de toute famille humaine.

« Accorde à nos familles, Père très aimant, la grâce d’imiter la famille de ton Fils et de goûter avec elle, après les difficultés de cette vie, le bonheur sans fin. » (Oraison de la Communion)

Prière du Pape François le 29 décembre 2013

Jésus, Marie et Joseph
en vous nous contemplons
la splendeur de l’amour véritable,
à vous nous nous adressons avec confiance.

Sainte Famille de Nazareth,
fais aussi de nos familles
des lieux de communion et des cénacles de prière,
des écoles authentiques de l’Évangile
et des petites Églises domestiques.

Sainte Famille de Nazareth,
que jamais plus dans les familles on fasse l’expérience
de la violence, de la fermeture et de la division :
que quiconque a été blessé ou scandalisé
connaisse rapidement consolation et guérison.
Sainte Famille de Nazareth,
que le prochain Synode des Évêques
puisse réveiller en tous la conscience
du caractère sacré et inviolable de la famille,
sa beauté dans le projet de Dieu.

Jésus, Marie et Joseph
écoutez-nous, exaucez notre prière.


DIMANCHE 4 JANVIER 2015
L'EPIPHANIE DE NOTRE SEIGNEUR

Références bibliques
Du livre du prophète Isaïe. 60. 1 à 6 : "Les nations marcheront vers la lumière."
Psaume 71 : "Dieu donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice."
Lettre de saint Paul aux Ephésiens. 3. 2 à 6 :"Ce mystère, c'est que les païens sont associés au même héritage."
Evangile selon saint Matthieu. 2. 1 à 12 :"Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?"

***

En lisant cet épisode de l'enfance de Jésus, il faut aller au-delà du genre littéraire utilisé par saint Matthieu. En réalité, le récit des faits rapportés par lui devient un récit théologique élaboré à la lumière du mystère pascal.

DE L’ENFANCE A LA RESURRECTION

Une lecture attentive nous le fait découvrir par plusieurs détails. Ils nous ouvrent une lecture plus large que le merveilleux immédiat de cette "épiphanie", même si elle se situe dans le prolongement du prophète Isaïe.

Le titre de "Rois des Juifs", par lequel les mages désignent le nouveau-né, réapparaîtra dans la bouche de Pilate au moment du procès de Jésus et de sera l'inscription de l'écriteau de la croix.

Devant ce même questionnement de la part des mages, le roi et les prêtres ne dépassent pas leur interprétation humaine de l'Ecriture. Et ce sont les païens, les nations, qui iront jusqu'au seuil du mystère.

Cette attitude des interlocuteurs des mages rejoint celle des chefs juifs durant la vie publique et la Passion de Jésus.

La manifestation de Jésus aux mages est ainsi le commencement et le germe de la manifestation plénière qui se déploiera dans la mort et la résurrection du Christ, manifestation qui éclatera au matin de la Pentecôte.

LE SALUT DES NATIONS

Il ne faut pas non plus réduire la visite des mages à une aimable scène un peu folklorique permettant de mettre un peu de couleur dans les crèches.

Saint Matthieu marque la nouveauté radicale que Jésus révèle dans sa mission de salut et que saint Paul souligne dans toute sa prédication. Le passage de la lettre aux Ephésiens le rappelle aujourd'hui : les païens ont accès au salut sans être fils d'Israël.

A la question des mages, le pouvoir religieux et les scribes répondent sans hésitation : le Messie doit naître à Bethléem. Il leur suffit de s'appuyer sur la connaissance des Ecritures. Mais ils jugent inutile de vérifier le fait dont on vient de les mettre au courant. S'ils ont la connaissance de ce qu'en dit le prophète, ils ne jugent pas utile de se mettre en route à la rencontre de celui dont ils viennent de parler. Ils restent figés et enfermés dans leurs certitudes, comme ils le seront tout au long du ministère de Jésus. "Ils disent et ne font pas", dira plus tard Jésus à leur propos.

De leur côté, les mages païens qui cherchent la vérité, se renseignent auprès de ceux qui leur paraissent les plus aptes à les éclairer au moment où l'étoile n'est plus là pour éclairer leur chemin. Quand on leur indique une orientation possible pour la trouver, ils reprennent leur recherche. A Bethléem, la "synagogue" en sera absente.

En offrant au nouveau-né l'hommage des nations lointaines, les mages païens réalisent, par leur comportement, les prophéties messianiques qu'attendaient les juifs croyants. Païens de bonne volonté, les mages préfigurent tous ceux qui accèderont à la Bonne Nouvelle du salut universel en acceptant de vivre la vérité qu'ils ont découverts, même partiellement.

ACCUEILLIR LE PROJET DE DIEU

Lorsque nous méditons aujourd'hui cette manifestation universelle de Dieu, c'est-à-dire la révélation de son dessein de salut pour tous les hommes, nous ne pouvons faire autre chose que de nous demander, à notre tour, comment nous l'accueillons.

Parler de salut universel, ce n'est pas seulement évoquer une vague espérance spiritualiste qui, dans une pieuse confusion, regrouperait toutes sortes de courants plus ou moins religieux ou philosophiques, Jésus n'étant alors que l'image symbolique privilégiée. Le salut est une réalité dont la souche est en Jésus, le Christ.

Dans le même temps, il ne se greffe pas que sur la seule Promesse et la seule Alliance d'Israël. C'est parce qu'il est pleinement homme que le Christ peut être le sauveur de tous les hommes. Les racines même du salut sont dans l'humanité plénière de Jésus. C'est elle qui est universelle et qui assume tous les hommes, de tous les temps, de toute race, de tout pays et de toutes cultures.

Les mages nous révèlent ainsi que tous les hommes peuvent accéder à la foi au travers des signes qu'ils reçoivent de Dieu. Il faut les vérifier sans doute, mais il faut surtout en tirer les conséquences. Comme eux nous devons nous mettre en route quand Dieu nous fait signe.

LE MYSTERE DE CETTE UNIVERSELLE THEOPHANIE

Dieu ne se découvre pas en conclusion d'un raisonnement, même si ce raisonnement s'appuie sur la Parole et l'Ecriture. C'est la foi et l'intelligence du coeur qui le révèlent. Dieu est amour et seul l'amour dont nous vivons nous introduit dans son mystère. La meilleure des logiques elle-même ne peut nous y introduire.

Le silence de Dieu est trop souvent issu du bavardage des hommes, de notre manie de parler, d'expliquer, de définir. On comprendrait mieux ce qu'il nous dit avec patience, si l'on savait observer amoureusement les signes qu'il nous donne. Dieu sait attendre que l'homme se taise pour l'entendre, et c'est alors qu'il nous parle et se manifeste.

Si éloignés de nous par leurs religions, leurs convictions, leur athéisme même, les "païens" d'aujourd'hui ne le sont pas de Dieu, parce qu'il les aime tous et sans aucune exception. Les différences sociales et culturelles peuvent nous paraître si grandes que nous avons du mal à croire que le Seigneur est venu pour tous ces hommes, ces milliards d'hommes.

Mais vous savons que l'amour de Dieu est universel et infini, comme est universel le salut en Jésus-Christ, parce qu'il traverse toute l'épaisseur de notre réalité humaine. La nôtre comme la leur. Ce qui suppose la conversion et l'accueil dans la pauvreté et la vulnérabilité qui est le lot de tous les hommes. Les mages savants durent quémander leur chemin. Nous aussi nous avons à le quémander.

Dans le même temps, nous nous demandons pourquoi leur chemin ne rejoint pas le nôtre. Les mages ont pris un autre chemin après la rencontre de l'enfant, roi des juifs et Messie. Saint Matthieu le souligne pour nous dire que le retour vers les scribes n'était pas la bonne orientation.

L'Esprit de Dieu les a guidés autrement. Lui seul sait pourquoi et comment. Acceptons, nous aussi, d'être parfois déroutés de nos certitudes premières.

***

La rencontre de Dieu, qui s'épanouira dans la claire vision de sa splendeur, n'est possible que dans l'ouverture, la recherche, la disponibilité et l'acceptation joyeuse et incessante de l'inattendu d'aujourd'hui.

Elle ne se joue pas seulement au moyen de preuves irréfutables, même si elles sont celles que nous voulons étayer sur l'Ecriture. Cette rencontre ne se réalise que dans une relation vivante et actualisée avec Lui dans la foi. Les scribes d'Israël et les mages d'Orient en sont les témoins, chacun dans la manière dont ils ont vécu le même événement.

"Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux Nations, grâce à l'étoile qui les guidait. Daigne nous accorder, à nous qui te connaissons déjà par la foi, d'être conduits jusqu'à la claire vision de ta splendeur." (Prière d'ouverture de la messe)




DIMANCHE 11 JANVIER 2015 :
LE BAPTÊME DE JÉSUS



 

Lecture du livre du prophète Isaïe. 55. 1-11 :"Mes chemins ne sont pas vos chemins, mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres."
Cantique d'Isaïe. 12. 2 à 6 :"Il est grand au milieu de vous, le Saint d'Israël."
Lettre de saint Jean. 1 Jean 5. 1 à 9 : Le témoignage de Dieu a plus de valeur et le témoignage de Dieu, c'est celui qu'il rend à son Fils."
Evangile selon saint Marc. 1. 7 à 11 :"C'est toi mon Fils bien-aimé."

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Les Eglises d'Orient parlent de Théophanie là où l'Eglise d'Occident parle d'Epiphanie. Elles relient en effet trois événement dans la liturgie de ce jour : la manifestation aux mages, la manifestation à Jean-Baptiste, la manifestation aux disciples à Cana. La manifestation aux païens, au Peuple de Dieu dans l'attente, à l'Eglise qui sera don de la grâce au travers de l'histoire quotidienne des hommes.

Aux Vêpres de l'Epiphanie, l'Eglise d'Occident regroupe aussi ces trois événements dans l'antienne du Magnificat.

LE BAPTÊME DE JÉSUS

Le baptême de Jésus par Jean est un des événements de la vie de Jésus les plus assurés historiquement. Les quatre évangélistes le mentionnent. Avoir accompagné Jésus depuis son baptême est même une des conditions requises pour pouvoir remplacer Judas l'apôtre défaillant. (Actes 1. 22)

C'est la première manifestation publique du Christ. Lors de sa naissance à Bethléem, il n'avait été révélé qu'à quelques privilégiés. Aujourd'hui, tous ceux qui entourent le Baptiste, c'est-à-dire ses disciples et la foule venue aux bords du Jourdain, sont témoins d'une manifestation plus solennelle, que Jean soulignera d'ailleurs lui-même.

Elle comporte deux aspects : l'aspect d'humilité représenté par le baptême auquel le Seigneur se soumet. L'aspect de gloire représenté par le témoignage humain que lui rend Jean le Baptiste et le témoignage divin que le Père et l'Esprit rendent au Fils, la garantie que cet homme appartient bien à la Trinité divine.

Ces deux aspects sont à retenir dans l'histoire des hommes comme dans la vie intérieure et spirituelle de chaque homme. Les séparer, c'est commettre une erreur. Nous ne pouvons pas nous approcher du Christ glorifié sans nous approcher en même temps du Christ humilié, ni nous approcher du Christ humilié sans nous approcher du Christ glorifié.

Nous ne pouvons approcher et accueillir les hommes nos frères qu'en acceptant leur humble condition, leurs misères, leurs limites et, dans le même temps, de voir en eux des fils de Dieu, bien-aimés par le Père, appelés à partager la gloire du Royaume.

LA GRÂCE DU BAPTÊME

Etant la plénitude de notre humanité, Jésus, en recevant le baptême johannique a fait plus qu'approuver et confirmer un rite. Il l'a transformé en consumant en Lui l'imparfait par le parfait. Lui qui était sans péché, il s'est fait porteur de nos péchés et c'est au nom de nous tous qu'il a fait ce geste public de repentance, nous enseignant dans le même temps la nécessité de la conversion et de la pénitence.

En évoquant cet événement de la vie du Christ, nous devons dépasser l'horizon du baptême johannique pour nous rappeler que nous avons été baptisés en Christ.

Cette grâce baptismale que nous avons reçues, inconscients, dans notre enfance, nous avons à la confirmer chaque jour par un libre choix. L'Epiphanie est non seulement la fête du Baptême du Christ, elle est celle de notre baptême dont nous avons à raviver la grâce qu'il nous a conférée.

Saint Matthieu rappelle la mission de Jésus, le Messie, t'elle que le prophète Isaïe l'avait annoncée :"Pour ceux qui se trouvaient dans le sombre pays de la mort, une lumière s'est levée." (Matthieu 12. 16) L'ancienne tradition grecque appelait d'ailleurs l'Epiphanie "la fête des lumières."

Elle nous apporte en effet non seulement une grâce de purification pas la repentance à laquelle nous sommes appelés par Jean-Baptiste et à laquelle Jésus nous invite par son exemple. Elle nous apporte une grâce d'illumination. La liturgie nous le signifie. C'est dans la lumière pascale qu'est donné le baptême, après l'éclipse du Vendredi Saint et la nuit du tombeau.

A nous de vivre cette lumière intérieure dans une absolue fidélité, sans laquelle la vie spirituelle ne serait qu'illusion ou mensonge, sans laquelle tout témoignage auprès de nos frères serait vain. Comme le Christ, nous sommes "lumière du monde" (Matthieu 5. 14) "Devenons fils de lumière" (Jean 12. 36) "Vivons en fils de lumière" (Ephésiens 5. 8)

JÉSUS LE SERVITEUR

Par ce baptême qui inaugure son ministère, Jésus manifeste le but de sa mission. Il est le "serviteur-sauveur" dont parle Isaïe au chapitre 53. Il est l'Agneau de Dieu (Jean 1. 29) qui délivre l'homme du péché en le prenant sur lui.

La parole qui vient du ciel le désigne comme le fils bien-aimé. Le mot grec qui traduit l'hébreu "serviteur" peut avoir aussi la signification de "fils". En Isaïe, Dieu avait présenté son serviteur :"Voici mon serviteur, mon élu, que préfère mon âme." (Isaïe 42. 1) Jean Baptiste a entendu :" C'est toi mon Fils bien-aimé, en toi j'ai mis tout mon amour." (Marc 1. 11).

Pas à pas, jour après jour, toute la vie de Jésus fera découvrir aux disciples la vérité de cette double réalité : il est le serviteur, il estle Fils, jusqu'à sa mort en croix, quand le soldat païen dira : "Vraiment celui-ci était fils de Dieu." (Marc 15. 39) signant ainsi son adhésion au mystère révélé sur les rives du Jourdain.

La résurrection manifestera aux disciples que la mort de Jésus n'était pas celle d'un maudit, d'un exclu, mais le libre don de soi, un sacrifice agréable à Dieu parce qu'il est le fruit non pas d'une soumission mais de l'amour filial et fraternel.

Et là encore nous retrouvons les deux aspects de l'être de Jésus : l'humilité et la gloire. Dans le quatrième évangile, à l'heure de la Passion, le nom propre du témoignage rendu par le Père à son Fils est la "glorification". :"Père, l'heure est venue : glorifie ton Fils." (Jean 17. 1)

Une théophanie trinitaire

La connaissance que nous avons du Christ ne s'achève pas dans le seul face-à-face du Père et du Fils. L'Esprit est le troisième qui témoigne de la vie divine de Jésus. Celui-ci le rappelle à Nicodème et c'est l'Esprit qu'il enverra à ceux qui croient en lui. Le Père et le Fils enverront l'Esprit au long des âges. (Jean 14. 16 à 20 - 15. 26 à 16.15)

L'Esprit peut nous être donné à partir du Fils parce qu'il habite souverainement en lui. Il n'est donc pas étonnant que la mission de Jésus débute, temporellement, par une manifestation de l'Esprit lié à son Baptême et qu'elle se termine, visiblement, par le commandement donné aux Apôtres d'aller baptiser au nom du Père et du Fils et de l'Esprit. (Matthieu 28. 19) Par le baptême, l'Esprit est communiqué à ceux qui s'ouvrent à la foi.

Le Père, le Fils et l'Esprit, révélés au monde lors du baptême de Jésus, sont inséparables parce qu'ils sont relation d'amour. Nous touchons là à ce qu'il y a de plus profond et de plus intime dans le mystère de Jésus.

Le ministère rédempteur du Christ en faveur des hommes rejoint la vie d'intimité du Fils avec le Père et l'Esprit.

C'est ainsi qu'il sera désormais avec nous. C'est cela qu'il exprime dans sa prière au soir du Jeudi-Saint, alors qu'il vient de partager son Corps et son Sang durant le repas qu'il prit avec ses apôtres. A nous de le réaliser en chaque Eucharistie où, nous aussi, nous partageons son Corps et son Sang "pour la Gloire de Dieu et le salut du monde."

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"Afin que notre vie ne soit plus à nous-mêmes, mais à Lui qui est mort et ressuscité pour nous, il a envoyé d'auprès de toi, comme premier don fait aux croyants, l'Esprit qui poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification. Que ce même Esprit-Saint, nous t'en prions, Seigneur, sanctifie ces offrandes." (Prière eucharistique 4)

"Dieu éternel et tout-puissant accorde à tes fils adoptifs, nés de l'eau et de l'Esprit, de se garder toujours dans ta sainte volonté." (Prière d'ouverture de la messe)




DIMANCHE 18 JANVIER 2015
DEUXIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Références bibliques : Lecture du Livre de Samuel : 1 Samuel 3 à 19 : « Tu m’as appelé, me voici…Ton serviteur écoute. »
Psaume 39 : Tu as ouvert mes oreilles… j’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 6. 13 à 20 : »Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur vous a achetés très cher. Rendez gloire à Dieu dans votre corps. »
Evangile selon saint Jean. 1. 35 à 42 : « Venez et vous verrez… ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. »

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Dieu nous parle parce qu’il est un être vivant. Quand un être s’exprime c’est qu’il a un trop plein d’amour à faire connaître et à communiquer aux autres. Dieu nous parle par celui-là même qui est sa Parole, son Verbe, son « Logos » C’est ce que saint Jean l’apôtre a découvert sur les bords du Jourdain.

LE PROLOGUE NOUS DIT SA DECOUVERTE

Les versets 19 à 51 du premier chapitre de l’évangile de saint Jean prolongent ce qu’ils y dit dans les versets 1 à 18. Jésus est bien la lumière du monde et le Baptiste en témoigne dans ses réponses aux questions des Pharisiens.

Dieu, personne ne l’a vu. C’est son Fils unique qui le fait connaître au monde (Jean 1. 18) : »J’ai vu et j’ai témoigné que celui-ci est le Fils de Dieu. » (Jean 1. 34à « Ceux-là sont nés non d’un vouloir d’homme, mais d’un vouloir de Dieu. » (Jean1. 12) « C’est lui qui baptise dans l’Esprit-Saint. » (Jean 1. 33)

Ce n’est pas un simple exercice littéraire que de mettre en parallèle ces deux séquences du prologue du quatrième évangile. C’est bien ce qu’a vécu Jean l’évangéliste en ces heures de l’appel, puis au cours des années de vie partagée avec Jésus. Sur les routes de Palestine, au pied de la croix, au matin de la résurrection quand il accourt au tombeau, Jean reçoit la révélation de cette présence divine qui a été si proche de lui.

« Venez et vous verrez,. » lui avait dit Jésus. « Nous l’avons entendu, nous l’avons vu de nos propres yeux, nous l’avons regardé et nos mains l’ont touché. »

Au long de sa prédication comme au travers de son témoignage dans les premières communautés chrétiennes, il découvre l’intimité de cette présence divine en lui. « Tous nous avons reçu de sa plénitude et grâce sur grâce. » (Jean 1. 15) Beaucoup de ceux qui témoignent de la pensée et de la vie du Christ devant leurs frères, découvrent aussi cette présence. Jean le traduit ainsi dans ses lettres : »Nous demeurons en lui et lui en nous. Il nous a donné de son Esprit. » (1 Jean 4. 13)

PLUS QU’UN SOUVENIR LOINTAIN

Le récit de la rencontre de Jean et d’André avec Jésus est plus détaillée que ne le sont d’ordinaire les récits du 4ème évangile. Il a l’aspect d’un souvenir, lointain peut-être mais toujours proche parce repris dans sa mémoire, inventorié et ravivé comme il en arrive des événements qui ont changé le cours de notre vie.

L’emploi de la forme sémitique « Rabbi » nous dit bien qu’elle est la première recherche de ces deux disciples. Jean n’oubliera jamais ce qu’il a prononcé. Mais Jésus dépasse cette attente. L’évangéliste n’oubliera jamais l’intensité du regard du précurseur sur Jésus : » Attachant son regard sur Jésus qui passait. »(Jean 1. 36)

« Rabbi » était parfois un terme de politesse. En fait, l’évangéliste utilise en grec un terme très précis. « Didascalos, celui qui enseigne. » Ils sont en quête intérieure pour entendre son enseignement. Ils rejoignent la vie intérieure du Christ.

Ils pensaient suivre un maître qui enseigne. La grâce et la force de l’Esprit Saint dans le Christ vont les mettre en communion avec celui qui Vérité et Vie. Ils vivent les premières heures de la proximité divine.

QUAND JESUS PASSE

Jésus passe, sans s’arrêter, comme pour ne pas provoquer une nouvelle déclaration, comme pour montrer déjà l’étape franchie entre lui et le Précurseur. Jean-Baptiste leur répète brièvement ce qu’il a déclaré la veille : »C’est l’agneau de Dieu, celui qui est plus important que lui, le précurseur.

Ce rappel plus incisif que le premier est aussi plus décisif, comme cela nous arrive dans notre vie quand un discours passe de la réflexion de l’intelligence raisonnante à sa transcription dans la volonté du vécu, grâce à l’intelligence du cœur, où réside l’amour.

Lors de cette rencontre, le Christ s’y montre avec moins d’empire que dans la vocation des bords du lac. Au Jourdain, il y a comme une séduction persuasive et cette première entrevue explique bien la vocation définitive de ces premiers disciples. En l’évoquant, il ne se souvient pas s’ils étaient ou non avec le Baptiste ou si, selon ce que nous en savons, il y avait d’autres disciples. Leur mémoire n’a conservé que l’intensité de ce moment vécu par eux deux.

Jésus se retourne et les regarde attentivement. Sa demande est la première parole qu’il prononce dans l’évangile johannique. Elle ne peut être une phrase banale : »Vous désirez me parler ? » Elle équivaut à « Avez-vous besoin de quelque chose ? » tout en autorisant un sens plus profond.

Si les deux disciples suivent Jésus dans une telle circonstance, c’est qu’ils attendent de lui un bien d’ordre moral et spirituel, dont ils ne savent pas comment le dire. :Que cherchez-vous ? » est une question qui est posée à nous tous, à tout lecteur de l’Evangile. Nous cherchons un sens un « plus d’être » et non pas un « avoir. »

L’ACCUEIL DE NOTRE ATTENTE

Les villages étaient rares au bord du Jourdain, mais on pouvait y dormir en plein air ou dans des cabanes de roseaux selon les coutumes de ce temps. J »sus avait là sans doute un abri temporaire pour les jours qu’il avait résolu de demeurer aux alentours du Baptiste, ce que suggère le texte qui parle de : »là où il demeurait. » (Jean 1. 39)

La réponse de Jésus est calquée sur la demande. Mais comme la demande impliquait plus que ne le disaient les termes, la réponse a dû être accompagnée d’un sourire, ajoute le P. Lagrange dans son austère commentaire de la collection des « Etudes bibliques. » : »Vous verrez où je demeure, soyez les bien-venus. »

Ils virent. Mais quoi ? et l’évangéliste ne dit rien de ce que nous aimerions savoir. Que ce sont-ils dit depuis quatre heures de l’après-midi jusqu’au soir, et le lendemain encore après la nuit passée en cet abri ? Nous savons seulement qu’ils sont venus à la source de la Parole de Dieu.

Il nous faut aussi revenir à la source d’origine de notre vocation pour la vie qui est la nôtre, si nous voulons puiser l’eau pure de nos véritables intentions, l’eau pure qu’aucune pollution n’a touchée durant son cheminement dans l’espace et le temps de son parcours vers la mer. Pour s’y abreuver, il nous faut remonter alors à contre-courant de nous-mêmes et de bien des situations dans lesquelles nous nous sommes enfermés.

Le Jourdain de Jean le Baptiste n’est pas la source jaillissant en vie éternelle. La source, c’est Jésus. « Nous avons trouvé ! » peut s’écrier André en appelant son frère Pierre à partager sa découverte. Et Pierre répond immédiatement, ce qui nous suggère qu’il désirait lui aussi le rencontrer. Il suffisait d’un mot pour l’entraîner.

En l’accueillant, Jésus, comme il l’avait fait sur André e Jean (Jean 1. 36) pose son regard sur lui, avant de prononcer une parole importante pour le Royaume à venir. Ce n’est pas l’invitation souriante et persuasive de la veille. C’est avec autorité qu’il prend possession de son disciple en changeant son nom et en lui imposant sa décision. « Désormais tu es Pierre. » Comme Dieu l’avait fait à Abraham.

L’ACCUEIL DE SON APPEL

André, Jean, Simon-Pierre, chacun à sa manière, entendent l’appel et chacun, à sa manière, y répond. Le Seigneur ne demande pas l’uniformité. Il respecte chaque personnalité, il accepte et même endure les imperfections, allant jusqu’au reniement de saint Pierre. Mais, en eux comme en nous, il sait notre attitude fondamentale et c’est sur elle qu’il appuie son appel.

Les autres lectures de la liturgie de ce dimanche nous sont instructives en ce domaine. Le jeune Samuel entend la voix de Dieu, mais il ne la discerne pas. Il lui faudra l’intervention du prêtre Eli, qui est loin d’être une « perfection », pour entendre « le Seigneur qui vient se placer près de lui… et Samuel répondit ‘parle, ton serviteur écoute ». (1 Samuel 3. 19)

Les habitants de Corinthe avaient une très mauvaise réputation de débauches de toutes sortes. Il n’y succombait pas tous, mais l’ambiance était tout aussi délétère que celle que nous connaissons parfois dans nos villes ou dans les productions médiatiques qui pénètrent en nos foyers. Mais « celui qui s’unit au Seigneur n’est plus qu’un seul esprit avec lui… vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes… vous rendez gloire à Dieu dans votre corps. » (1 Cor. 6. 13)

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« C’est toi qui donnes la vie, c’est toi qui sanctifies toutes choses par ton Fils, Jésus-Christ notre Seigneur, avec la puissance de l’Esprit-Saint. » (Prière eucharistique N° 3)

« Tu verras l’Esprit-Saint descendre sur un homme. C’est lui qui va baptiser avec l’Esprit-Saint. » (Jean 1. 33) Puissions-nous vivre ainsi en chaque Eucharistie !





DIMANCHE 25 JANVIER 2015
TROISIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Références bibliques :

Lecture du livre de Jonas. 3. 1 à 10 : »Proclame le message que je te donne pour elle. »
Psaume : »Fais-moi connaître ta route. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 Cor. 7. 29 à 31 : »Ce monde tel que nous le voyons est en train de passer. »
Evangile selon saint Marc. 1. 14 à 20 : »Convertissez-nous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

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La séquence évangélique de ce dimanche est composée de deux épisodes qui sont liés dans le temps et qui, sans trop forcer les textes, se suivent dans la logique du message apporté par Jésus .

La Bonne Nouvelle proclamée aux habitants de Galilée. L’appel définitif des disciples de Jésus.

O:rientez votre vie, votre comportement, votre volonté, votre idéal dans le sens de ce message. Réorientez-les s’il le faut.

LE ROYAUME EST A PROXIMITE

La police d’Hérode a mis la main sur Jean le Baptiste. Il est emprisonné. Sa mission, sa prédication et son Baptême n’ont plus leur raison d’être. Leur temps est accompli. La longue attente et la longue préparation du Peuple de Dieu a trouvé son achèvement en Jésus-Christ. Car Jésus ne prend pas la simple suite de Jean. Il ne vient pas convertir par un baptême de pénitence. Autre est sa mission. Il annonce l’Evangile de Dieu.

Il ne proclame pas une bonne nouvelle parmi d’autres. Il n’annonce pas une « nouvelle » qui aurait Dieu pour objet. La Bonne Nouvelle donnée par Jésus au nom de Dieu, c’est lui-même qui est la Parole de Dieu et elle concerne le salut. Il vient nous « dire » que la présence de Dieu s’exprime au milieu de nous.

C’est ainsi que l’avait compris la communauté chrétienne des premiers chrétiens. Saint Paul le proclame chaque fois qu’il parle de « Bonne Nouvelle-evaggelos ». Lui, Paul, a été mis à part pour cette annonce « qui a été promise par les prophètes dans les Ecritures Saintes. (Romains 1.1 – Romains 15. 16 – 2 Corinthiens 11. 7) Et saint Pierre confirme l’apôtre Paul (1 Pierre 4. 17)

Le Royaume de Dieu est donc maintenant à proximité. Le temps nouveau annoncé par Jean Baptiste est arrivé. La mesure du temps précédent est pleine. L’autre temps est là. Il s’est approché, si proche qu’il est soudé à l’ancien. Il n’y a aucun intervalle entre Jean et Jésus. Le baptême de Jésus en a été la signification et la réalisation.
Jean en a reçu la confirmation quand Jésus est descendu dans le Jourdain. L’Esprit de Dieu sur celui sur qui il verse de l’eau. Le Père le reconnaît comme son Fils bien-aimé et non pas seulement comme un prédicateur.

Le « tout proche » doit être entendu dans le sens : »Il est à côté de vous. » Il est au milieu de nous. « Tu n’es pas loin du Royaume », dira Jésus au scribe qui parlait avec lui des deux commandements fondamentaux qui concernent notre relation avec Dieu. (Marc 12. 34)

CROYEZ A L’EVANGILE

Ainsi la réalité de ce royaume n’est plus à attendre dans l’espérance d’un avenir plus ou moins proche. Il nous faut dès maintenant y entrer puisqu’il est « à notre porte ». Nous avons dans notre mémoire ces paroles de Jésus qui évoque la porte étroite ou la porte qu’il ouvre pour son troupeau.

Pour y entrer, il faut nous « convertir. » Se convertir, c’est accueillir la plénitude de ce mystère dans la foi (Luc 8. 10). Marc a bien remarqué que cette parole est fréquente chez Jésus. Il ne parle pas d’abord de la foi comme d’une première étape nécessaire si on veut le rejoindre. Elle ne peut rester « théorique ». Il demande une nouvelle orientation de tout notre être, dans la pensée comme dans le vouloir.

Cette nouvelle orientation ne se décide pas au terme d’un raisonnement ou d’un cheminement sentimental. Elle doit s’accompagner de la foi en la « Bonne Nouvelle » qui nous fait entrer dans les desseins de Dieu. « Si vous ne devenez pas semblables … si vous ne quittez pas… » Ces paroles de Jésus, et bien d’autres différentes selon les personnes et les circonstances, le rappellent maintes fois au cours de ses rencontres sur les routes de Palestine.

Marc note que Jésus ne vient pas en Galilée pour y prêcher seulement quand il y sera arrivé. Il y vient tout en proclamant cet Evangile de Dieu, depuis les bords du Jourdain, durant toute sa route et jusqu’aux rives du lac de Tibériade. « Convertissez-vous et croyez en l’Evangile », c’est bien là tout le programme de sa prédication et non pas une formule stéréotypée.

« Cette conversion, dans le texte grec, se nomme « metanoia », « changement ». Quand un écrivain corrige la construction de sa phrase, c’est une « metanoia », quand une découverte nous fait regarder autrement, c’est une « metanoia ». Cette démarche doit être la nôtre. Il faut nous renouveler sans cesse, nous réorienter souvent, selon les circonstances de notre vie et les impasses où nous nous sommes engagés. Cette démarche, au sens évangélique, ne peut se vivre que dans la foi parce que c’est elle qui nous fait découvrir, progressivement, et non pas du jour au lendemain, le dessein de Dieu sur nous et les tâtonnements que sont nos réponses.

VENEZ A MA SUITE

La décision et la démarche des quatre premiers disciples sont dans la suite logique de ce revirement que le Christ demande, à eux comme à nous.

Pierre et André abandonnent leurs filets alors qu’ils sont en train de les lancer. S’il les appelle, c’est pour s’assurer le concours de quelques disciples ou plus exactement en faire des coopérateurs. Ce n’est pas seulement pour leur confier sa doctrine. Il appelle des pêcheurs qui jettent leurs filets, pour les faire devenir pêcheurs d’hommes qui lanceront ainsi la Parole de Dieu. Ils amèneront des hommes au point où Dieu les veut, aux rivages même de Dieu. L’évangéliste souligne dans le même temps, cette nécessaire progression qui sera demandée aux disciples tout au long de leur vie au service de l’Evangile, pour « devenir » : « Je ferai de vous … »

Jacques et Jean sont en train de réparer les filets avec leur père et des employés salariés. Il y a là un contraste que Marc a observé et qu’il souligne. Simon et André ont abandonné leurs filets. Jacques et Jean abandonnent leur père. Les deux fils le laissent avec des hommes qui travaillent non par amour filial et familial, mais pour un salaire. Marc d’ailleurs utilise le terme de « mercenaires » que nous traduisons par « salariés », ce qui n’est tout de même pas la même choses. Les deux fils « s’éloignèrent de leur Père ». Ils ne sont plus à ses côtés en se plaçant « derrière Jésus. »

Dans les deux cas, Jésus ne fait pas de longues démonstrations pour convaincre. Il n’a rien dit ni rien fait qui lui donnât de l’autorité sur ses quatre premiers disciples. Il peut mettre en mouvement leurs volontés. Il peut les ré-orienter les uns dans une autre situation de pêcheurs, les autres dans une autre situation de relations familiales.

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« Convertissez-vous et croyez en cette Bonne Nouvelle » que j’annonce. Ou plutôt, croyez en moi qui suis « la Bonne Nouvelle », le Chemin, la Vérité, la Vie.

« Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Pour nous les hommes et pour notre salut, il descendit du ciel. » (credo de Nicée-Constantinople)

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