Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .



Dimanche 22 février : Premier dimanche de Carême
Dimanche 1 mars : Deuxième dimanche de Carême
Dimanche 8 mars : Troisième dimanche de Carême
Dimanche 15 mars : Quatrième dimanche de Carême
Dimanche 22 mars : Cinquième dumanche de Carême




DIMANCHE 22 FÉVRIER 2015
PREMIER DIMANCHE DE CAREME

Réféences bibliques :

Du livre de la Genèse. 9. 8 à 15 : Je me souviendrai de l’alliance qu’il y a entre vous et moi et entre tous les êtres. »
Psaume 24. « Il enseigne aux humbles son chemin. »
Lettre de saint Pierre. 1 Pierre 3 18 à 22 : »Demander à Dieu une conscience purifiée… il nous sauve grâce à la résurrection de Jésus-Christ. »
Evangile selon saint Marc. 1. 12 à 15 : »Dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. »

***

Après le temps de l'enfermement dans l'Arche, c'est un autre temps que celui de la sortie de ces créatures qui ouvre une nouvelle période de la vie. Après le temps du désert, il en est ainsi : le mal, le démon n'y est plus à sa place.

UNE ALLIANCE ENTRE TOUS LES ETRES.

Il ne serait pas inintéressant de reprendre cette parole du livre de la Genèse : »L’alliance entre vous, moi et tous les êtres. » Cette parole : »tous les être » n’est pas à néglieger

L’homme ne peut se considérer comme étant hors de la création, même s’il est à l’image et à la ressemblance de Dieu ».

Créature par son humaine nature, il participe à l’évolution même de cette création matérielle et animale. Il en bénéficie. Il doit aussi la respecter dans une alliance que nous appelons actuellement « sauvegarde de la création ». Il doit l’améliorer. Il doit épanouir toutes les possibilités de la nature, sans en abuser, sans la détériorer, sans la détruire.

Il en connaît les limites, mais par l’intelligence qu’il a reçue, il peut les repousser, et ce qui lui est demander, c’est de ne jamais les dévier. L’Incarnation du Fils de Dieu parmi les hommes nous dit bien cette richesse de la création, ses failles, ses possibilités, par delà tout événement, puisque c’est par cette Incarnation que la Rédemption est Résurrection.

D’ailleurs, la tentation même au désert en est une illustration. Le pain n’est pas une fin en soi, il est nourriture comme l’est la Parole de Dieu. « L’homme ne vit pas seulement de pain. » Pas seulement, mais aussi. Plus tard les noces de Cana seront dans le même registre. « Ils n’ont plus de vin. » Jésus ne répond pas que ce qu’ils ont bu est largement suffisant. C’est Lui qui donne en surabondance des centaines de litres de vin, comme première expression du « vin du Royaume éternel » au soir du Jeudi-Saint.

Nous sommes au seuil de notre Carême et l’Eglise donne sans aucun doute la préférence à l’Alliance que Jésus ne veut pas briser entre lui, l’Homme-Dieu, et son Père, au moment où Satan tente de rompre cette Alliance.

LE TEMPS DE L’ALLIANCE NOUVELLE EST ARRIVE

Dans l’évangile de ce premier dimanche de Carême, saint Marc, à la différence des autres évangélistes, reste très sobre dans son évocation du séjour de Jésus au désert. Pourtant, il nous donne l’essentiel du mystère qu’est le Christ.

Le baptême de Jésus venait de se vivre au cœur même de la réalité trinitaire. L’Esprit repose sur Lui, comme la colombe sortie de l’arche, au temps de Noé est le signe de la nouvelle alliance. Au Jourdain, elle témoigne de l’alliance renouvelée. Il a entendu son Père lui dire : »Celui-ci est mon Fils bien-aimé.

Jésus est « poussé par l’Esprit » et la parole de son Père résonne encore à ses oreilles, à sa mémoire et à son cœur. Elle est toute proche, car c’est bien elle qu’il a médité durant les quarante jours qu’il consacre au silence. Il ne peut délaisser cette Parole venue du ciel à l’intention de ses futurs disciples. Il l’assume en restant, malgré tout, le Fils bien-aimé et il y répond personnellement par son attitude à l'encontre de Satan.

Le mystère de la tentation du Christ se situe donc dans ce mystère trinitaire. Il repousse les avances du mal et il reste en totale communion avec son Père, garde ainsi « un cœur pur », celui dont il dira quelques jours plus tard, au sermon sur la montagne : »Bienheureux les cœurs purs, ils verront Dieu.» Ils auront la vision, la perception même de Dieu en eux.

C’est poussé par cet amour vécu dans l’Esprit que le Fils de l’Homme dira : »Tu ne serviras que Dieu seul. » Une réponse qui doit être aussi la nôtre et à laquelle il nous invite à notre tour, par delà toute tentation, puisque nous sommes marqués par la vie trinitaire de notre baptême et des sacrements dont nous vivons.

« Un cœur purifié reflète Dieu », disait saint Grégoire de Nysse. A nous de demander au Seigneur, ce cœur purifié, selon la parole de saint Pierre aux premiers chrétiens. « Dans sa chair, il a été mis à mort. Dans l’esprit, il a été rendu à la vie…Etre baptisé c’est s’engager envers Dieu avec une conscience droite et participer ainsi à la résurrection de Jésus-Christ. » (1 Pierre 3. 21)

LA MISERE DE L’HOMME

Jésus n’avait pas besoin de recevoir le baptême de pénitence. Jean Baptiste le lui avait dit. Toutefois, Jésus a voulu assumer toute notre humanité avec sa misère, et non pas seulement par un simple geste significatif en descendant dans le Jourdain.

Il a voulu l’assumer dans sa totalité, hormis le péché, mais en partageant toutes les conséquences de ce péché. Et c’est là que se situe sa tentation au désert, qui n’a connu aucun témoin. C’est lui seul qui a pu en parler, nous disant ainsi jusqu’où allait son identification à l’homme, lui qui nous appelle à l’identification divine dans le mystère trinitaire.

Dans son état originel, selon les premiers chapitres du livre de la Genèse, la nature humaine n’était pas divisée entre le bien et le mal. Tant qu’ils restèrent en alliance avec Dieu, la nature humaine resta « entière ». C’est parce que nos premiers parents ont accepté la première tentation au Jardin d’Eden, que l’unité humaine a été fragmentée par le péché.

Par le péché, l'homme n’est plus totalement à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il ne « récapitule » plus en lui toute la nature, il n’en récapitule que quelques éclats. Le péché a été cause de la destruction de cette unité. Bien plus, l’homme isolé de Dieu, s’isole de ses frères, les uns tendus contre les autres, et c’est le premier meurtre, celui d’Abel par son frère Caïn.

A l’inverse, Jésus « récapitule » toute l’humanité, comme elle était en sa réalité première. Le Père peut mettre toute sa joie en son Fils puisque toute la vie d’homme de Jésus aura pour sens de redonner vie nouvelle à l’unité fragmentée : Jésus est comme le premier homme :"A l'image et à la ressemblance de Dieu" ... le nouvel Adam.

Et Satan veut refaire ce qu’il a réussi au Jardin d’Eden. Cette fois, c’est au désert. Il veut dissocier celui qui vient de s’y retirer, en l’entraînant à n’être qu’un « éclat » de gloire éphémère au pinacle du Temple, aux horizons des royaumes.

Les tentations, dont ne parle pas saint Marc, mais qui sont évoquées par Matthieu et Luc, sont dans la ligne même de la première tentation au seuil de l’humanité. Puisque Jésus d’une certaine façon vient « reprendre tout au stade initial » par le salut qu’il porte en lui, puisqu’il « récapitule » en lui-même toute l’humanité dans sa réalité première, sans le péché, Satan, comme aux premiers jours, va tenter de le dissocier de Dieu et de lui-même par les épreuves auxquelles il le soumet.

Il lui propose les richesses, les biens matériels, le pouvoir. Il sait qu’en tout homme, il y a avidité de domination, qui s’exerce d’une manière ou d’une autre. Il sait qu’en chacun de nous il y a soif de vivre, une soif que rien d’humain ne suffit à épancher, une soif qui appelle une eau jaillissant en vie éternelle (Jean 4. 10 à 16).

Jésus n’est pas indifférent. Il tient tête en restant en totale communion avec son Père. Il répond avec les paroles mêmes qui expriment la pensée de Dieu.

Il y eut un soir d’une autre tentation, celle du Jardin des Oliviers. Là encore le Christ a dû choisir, seul avec son humanité. Sa soif de vivre s’est épanchée dans le calice qu’il accepta de boire pour que reste totale sa communion à la volonté de son Père.

Au désert, lorsqu’il eût éloigné Satan les anges vinrent le servir (Marc 1. 13) Au jardin de l’agonie, ils vinrent le réconforter au moment de sa décision (Luc 22. 43). L’Alliance n’était pas rompue.

INVITES A SUIVRE JESUS.

Au désert, comme au jardin des Oliviers, Jésus était seul. La présence de son Père pouvait lui sembler bien lointaine. Nous aussi, nous connaissons ce désert, cette nuit, cette solitude au moment de toute décision, face à notre conscience, face à nous-même, avec l’impression d’un grand silence de la part de Dieu.

Si nous avons été aidés par des amis, par la Parole de Dieu, personne ne peut nous remplacer à ce moment ultime qui engage notre personne et tout notre être. C’est moi seul qui peut dire ce « oui » qui m’engage en réponse à la grâce de Dieu sur moi.

Au désert, Jésus a vécu ce qu’il nous demande de dire et répéter dans le « Notre Père ». S’il a accepté d’être soumis aux tentatives déstabilisantes de Satan, aux épreuves que connaît tout homme un jour où l’autre, il n’a pas succombé.

Lorsque nous sommes, comme lui, « soumis à l’épreuve de la tentation », à donner nous aussi la preuve de notre fidélité à Dieu seul, il nous invite à le suivre. Durant ce Carême, c’est ce que sa miséricorde nous propose. Il nous invite à ne pas briser la communion qui est la nôtre avec le Père, comme il l’a demandé au soir du Jeudi-Saint quand il s’adresse à son Père, qui est notre Père : « Je prie aussi pour ceux qui croiront en moi à cause de leur parole » (Jean 17. 20).

***

« Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce carême, de progresser dans la connaissance de Jésus et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle. » (prière d’ouverture de la messe)



DIMANCHE 1 MARS 2015
DEUXIEME DIMANCHE DE CAREME

Références bibliques :

Livre de la Genèse : 22. 1 à 18 : "Puisque tu m’as obéi… »
Psaume 115 : « Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur ?."
Lettre de saint Paul aux Romains. 8. 31 à 34 : "Il n’a pas refusé son propre Fils…."
Evangile selon saint Marc : 9. 2 à 10 : "Ils ne virent plus que lui, Jésus, seul, avec eux."

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En ce deuxième dimanche de Carême, grande est la force spirituelle qui ressort du message de la Transfiguration du Seigneur. Nous en sommes même tentés de ne lire qu’avec moins d’attention, la réponse d’Abraham et l’assurance de saint Paul.

PRENDS TON FILS, CELUI QUE TU AIMES

Le projet de Dieu, pour chacun de nous, est de nous conduire à Lui, mais le chemin qu’il nous demande de suivre est celui-là même du Christ.

Comme il en fut pour le Christ, ce n’est pas de vivre une aventure, fut-elle celle de la foi. Le désir de la foi, c’est de rejoindre l’infini. Le désir de l’amour, c’est de vivre sa durée. Le désir de l’être, c’est Dieu, alors que nous ne le connaissons pas dans l’infini de sa réalité.

Quand Abraham quitte Ur en Chaldée, il ignore de quoi seront faits les lendemains. De quelles joies ? de quelles épreuves ? de quels détachements ? Il ne connaît rien du projet de Dieu sur lui, mais, pour lui, ce Dieu qui lui parle est plus que son pays, que sa patrie, que la famille, que la maison de son p
ère.

Il en est bien aussi de notre vie.

Et puis, un jour, ce qui nous est demandé dépasse notre humaine compréhension. Ce fils, Isaac, est l'unique espoir d'une descendance et c’est lui qui doit être sacrifié. La foi d’Abraham assume ce paradoxe. C’était une épreuve, et ce fils, « cet unique, celui que tu aimes », parce qu’Abraham a préféré Dieu à tout autre amour, devient l’avenir même du Peuple de Dieu,

Saint Paul appuie sa foi sur l’assurance même de l’amour que Dieu nous porte. Il n'a pas vécu ce que Pierre, Jacques et Jean ont vécu sur la montagne au jour de la Transfiguration. Et pourtant il a vécu lui aussi une indicible lumière sur le chemin de Damas et il peut alors déclarer à son disciple Timothée : « Il nous a donné une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce... Maintenant elle est devenue visible à nos yeux « (2 Tim. 1. 9)

Et c’est cela qui est dit aux disciples sur le Thabor. La gloire de Dieu passe par le chemin de l’humilité, de l’épreuve et de l’amour.

REJOINDRE LA PAQUE DU SEIGNEUR.

Dans sa marche vers Pâques et Jérusalem, Jésus gravit cette montagne de Galilée. Saint Marc nous précise : "Une haute montagne", ce qui n’est pas sans rappeler celle de l’Horeb où Dieu parla à son peuple, au Sinaï. La montagne où Moïse ne pouvaitpas regarder en face la lumière de Dieu, que les apôtres ont pu voir un instant, sans en mourir.

La tradition chrétienne, dès les premiers temps, l’a identifiée au mont Thabor. Les nombreux sanctuaires, qui ne sont plus que ruines aujourd’hui, nous le disent. C’est la plus haute montagne de Galilée, toute autre que la montagne sainte de Jérusalem. C’est aussi un endroit merveilleux d’où l’on découvre la vallée fertile d’Esdrelon vers la mer et, de l’autre côté, jusqu’au lac de Tibériade.

Jésus emmène donc Pierre, Jacques et Jean, à l’écart, selon une expression de l’Evangile, qui signifie à la fois moment de repos, moment d’intimité avec ses disciples et moment de prière avec son Père. Et c’est là que la lumière jaillit de tout l’être humain de Jésus.

Si la liturgie de l’Eglise nous fait lire cet épisode chaque deuxième dimanche du Carême, c’est que la Transfiguration donne tout son sens à notre démarche vers Pâques, qui est celle de notre "intégration" dans la vie divine par le Christ ressuscité.. Le Christ est plénitude de Dieu, "lumière née de la lumière". Il l’unit à sa nature humaine, à son corps même, dans le mystère de son union à la splendeur divine.

C’est ce à quoi il nous propose de participer, à notre tour, puisque la grâce de notre baptême et des sacrements réalise en nous cette divinisation.

Pendant ces quarante jours, nous sommes "guidés par l’Esprit" (1er dimanche de Carême) et tentés dans le désert qui est le nôtre. Aujourd’hui, nous avons à gravir, avec lui, la montagne qui est celle du Thabor, qui, demain, sera celle du Calvaire.

Aujourd’hui, il nous demande de nous laisser englober dans la nuée lumineuse, comme elle qui couvrit les trois apôtres de son ombre. La lumière, c’est le Christ mais aujourd’hui nous sommes avec lui dans l’obscurité de son humanité avant d’être révélée dans la lumière du matin de Pâques. "Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts" (Matthieu 17. 9).

Et saint Marc souligne bien cette présence du Christ à nos côtés : »seul avec eux… » Moïse et Elie, la Loi et les Prophètes ne sont plus là. Le Christ nous suffit, même si aujourd’hui nous nous demandons comme les trois disciples, « se demandant entre eux ce que voulait dire : ressusciter d’entre les morts. »

Ils n’osent pas questionner ce Jésus avec qui ils ont vécu un moment d’extraordinaire mystère. Saint Paul nous le dit : »Il est ressuscité, il est à la droite de Dieu. »

LA LOI ET LES PROPHETES

Ce n’est qu’à partir de la Résurrection que les apôtres comprendront pleinement le sens d’un événement qui les avait bouleversés autrefois, sans qu’ils puissent alors en saisir toute la portée.

Revenons un instant sur cette présence qui entoure le Christ, le Messie annoncé par la Loi et les Prophètes. En effet au sein de cette vision glorieuse, apparurent aux côtés du Seigneur, Moïse et Elie, ces deux sommets de l’Ancien Testament, représentant la Loi et les Prophètes.

Moïse, l’homme de l’Exode vers la terre promise, dont on ne sait où se trouve précisément son lieu de sépulture sur le mont Nébo (Deutéronome 34). Elie fut enlevé au ciel (2 Rois 2. 1 à 15) Le visage de Moïse avait resplendi d’une gloire qui venait, non pas de lui-même, mais de l’extérieur, après la révélation du mont Sinaï (Exode 43. 29), il était reflet.

Au Thabor, le visage du Christ n'est pas un reflet, mais une source de lumière, source de la vie divine rendue accessible à l’homme et qui se répand aussi sur ses "vêtements", c’est-à-dire sur le monde extérieur et sur les produits de l’activité et de la civilisation humaines.

Ils s’entretiennent avec lui, (saint Luc nous le précise), "de l’exode qu’il allait accomplir à Jérusalem" c’est-à-dire de sa Passion, car c’est par la Passion et la Croix que cette gloire devait être donnée aux hommes, entrant dans la Terre Promise, au jour de la Résurrection.

MON FILS BIEN AIME

Partis prier avec lui, ils entrevoient sa gloire. Ils l’avaient découvert comme le nouveau Moïse et le nouvel Elie auxquels ces prophètes du passé rendaient témoignage. Mais surtout ils perçoivent Dieu lui-même, si l’on ose parler ainsi, reconnaissant en Jésus son Fils. Jésus le villageois de Nazareth, le guérisseur, le prédicateur qui révèle aux foules de Galilée le sens de la Parole de Dieu.

« Le Fils bien-aimé », c’était l’humble charpentier qui se présentait à Jean-Baptiste. Aujourd’hui c’est le Messie de gloire. Au Thabor, Jésus est lui-même en même temps qu’il est le Tout-Autre, Parole de Dieu incarnée qui manifeste la splendeur naturelle de la gloire divine qu’il possède en lui-même et qu’il avait conservée dans son Incarnation, même si elle était cachée sous le voile de la chair.

Au Jourdain, Dieu révèle qui est Jésus son Fils. Au Thabor, il leur demande de l'écouter et ils doivent écouter et réaliser la Parole de son Fils pour la dire au moment de la Résurrection.

Sa divinité s’est unie sans confusion avec la nature de la chair. Et la gloire divine est devenue gloire du corps assumé. Il n’est pas le Fils bien aimé, par adoption, privilège ou mission temporaire. Il l’est par nature, et cela de toute éternité. La théologie dira, c’est son essence même, c’est sa substance.

Ce que le Christ manifestait ainsi à ses disciples au sommet de la montagne, ce que Dieu ratifiait par sa Parole, n’était pas un simple et nouveau spectacle, mais la manifestation éclatante de la divinisation en Lui de la nature humaine, y compris le corps, et de son union avec la splendeur divine. "La divinité de celui qui a prit notre humanité" (prière de l’offertoire de la messe).

NOTRE DIVINISATION

"Lumière née de la lumière, " (Confession de la foi), lumière immatérielle, incréée et intemporelle, elle est celle du Royaume de Dieu venu en Jésus-Christ dans la puissance de l’Esprit-Saint. "Je suis la lumière du monde."

Mais il l’a promis à ses disciples quand il nous a dit : "Vous êtes la lumière du monde." Nous sommes ainsi un autre lui-même, c’est "notre vocation sainte, non pas à cause de nos actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. "

"Devenue visible à nos yeux parce que le Sauveur, le Christ Jésus s’est manifestée, cette lumière deviendra l’héritage permanent des élus dans le Royaume. Elle n’est pas seulement un objet de contemplation passagère, elle est aussi grâce déifiante qui nous permet de "voir" Dieu. "Dans ta lumière, nous verrons la lumière" (Psaume 35. 10).

Nous recevons de cette contemplation la vie divine que le Christ, et lui seul, vit en plénitude. Il est la lumière de Dieu assumée en un homme, accessible aux hommes. Il nous faut alors aller jusqu’au terme de cette affirmation et de cette réalité.

Il n’est aucun geste de Jésus, aucune de ses gestes corporels, qui ne soient notre partage aux repas où on l’invite, sur l'autel eucharistique, où, par l'Esprit-Saint, l’imposition des mains divinise le pain et le vin au corps et au sang du Christ.

***

« Tu nous as dit, Seigneur, d’écouter ton Fils bien-aimé. Fais-nous trouver dans ta Parole les vivres dont notre foi a besoin. Et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire. » (Prière d’ouverture de la messe).




DIMANCHE 8 MARS 2015
TROISIEME DIMANCHE DE CAREME

Références bibliques :

Livre de l’Exode. 20. 1-17 : »Tu ne prosterneras pas devant ces images pour leur rendre un culte. »
Psaume 18 : »Le commandement du Seigneur est limpide : il clarifie le regard. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 1. 22 à 25 : »La folie de Dieu est plus sage que l’homme. »
Evangile selon saint Jean. 2. 13 à 25 : »Il les trouva installés dans le Temple. »

***

Il n’est pas difficile de remettre dans notre contexte contemporain les textes bibliques de ce dimanche et l’épisode du Temple. Nous connaissons nos idoles : la réussite industrielle, le pétrole. Nous connaissons la sagesse des hommes, qui devient une immense folie. Nous connaissons le temple de notre propre personnalité qui est envahit par de multiples contraintes matérielles.

DEVANT DES IMAGES

Le Seigneur se situe devant son Peuple comme celui qui est vivant, qui est attentif à leur situation et qui les accompagne dans la liberté. Il a fait sortir son Peuple de l’Egypte. Il n’est pas cette statue immobile et sans vie devant laquelle on se prosterne. Elle peut être aux yeux de ses fidèles une expression de la force, de la puissance. Elle ne représente pas un être qui aime et dont l’amour est la réalité même.

Ce ne sont que des images. Il est un Dieu qui veille sur ses fidèles et les bénit. Il est un Dieu créateur qui, depuis le premier jour, ne peut être assimilé au mal : »Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal. » C’est lui qui a créé ce monde et qui peut dire de son œuvre : »Et Dieu vit que cela était bon. »

Son œuvre ne peut exprimer que cette réalité et ce respect de son œuvre dans toutes les relations et toutes les situations où nous nous trouvons. C’est là tout le sens des dix commandements qu’il nous rappelle.

« La loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie. » (psaume 18)

Si aujourd’hui nous plaçons devant nos yeux des images de Jésus, de la Vierge Marie, des saints, ce n’est pas pour les adorer. C’est parce que le mystère de l’Incarnation a rendu possible l’accès au mystère divin dans une personne vivante, avec un corps au travers duquel Dieu fait homme a pu nous exprimer son amour, jusqu’à la mort et la mort de la croix.

C’est là le sens profond du culte des « icônes ». Ces images, ces statues ne sont pas des idoles. Elles ne détournent pas du Christ Jésus, elles nous y conduisent, malgré certains excès d’un culte populaire. Et là il nous faudrait raviver la théologie orientale et orthodoxe des icônes.

LA FOLIE DE DIEU

Ce Jésus que nous avons contemplé dimanche dernier au jour de sa Transfiguration est un éblouissement devant lequel les trois disciples sont bouleversés, dans le même temps qu’ils veulent en prolonger la contemplation, pour leur satisfaction personnelle : »Il est heureux que nous soyons ici. »

Mais le Christ leur avait rappellé alors que cette gloire ne peut en rester là et qu’ils doivent découvrir au jour le jour ce qu’est la véritable folie de Dieu. C’est une folie d’amour qui va identifié le Christ à toutes les situations que connaissent les hommes. Si nous voulons être identifiés au Christ, il nous faut passer aussi par cette folie d’amour qu’est la passion, la mort et la résurrection.

C’est ce qu’il leur a rappelé en descendant du Thabor. Le crucifix n’est pas une idole. C’est Dieu qui se présente à nous dans la réalité même du salut qu’il accomplit ainsi. Une croix vide du Christ, n’est plus que deux montants de bois, même s’ils sont symboliques. Une croix où le Christ est offert à son Père par la haine et l’incompréhension des hommes, insère la passion de Jésus dans la passion douloureuse des hommes d’aujourd’hui, en Afrique, en Asie, en Amérique Latine.

DE FONDATION EN FONDATION

Qui ne rêve pas de bâtir l’avenir ? Qui ne rêve pas de créer des institutions qui en tiennent compte par des »prospectives » audacieuses ou coûteuses ? Qui ne rêve pas de reconstituer un monde meilleur au prix du sang des innocents ?

L’avenir ? Dieu l’a bâti en des gestes de folies et non sur des mécènes généreux ou orgueilleux. Bâtir sur le Christ, c’est détruire le temple de nos matérialismes , qu’ils s’appellent « sociétés multinationales » aux mécanismes complexes, « associations » aux statuts bien réfléchis, « fondations de ceci ou de cela. » Il n’y a qu’une fondation qui tienne, celle qui est bâti sur le roc du Christ, c’est-à-dire sur l’amour humble, pauvre, incompris, dépouillé.

Le Christ nous rappelle que le temple de Dieu doit être débarrassé de tout ce qui n’est pas à son service et pour sa gloire. « Nous sommes les temples du Saint-Esprit », nous répète saint Paul. Etonnons-nous que parfois la grâce de Dieu y fasse un nettoyage vigoureux pour nous débarrasser de tout ce qui y est déplacé : l’orgueil, l’égoïsme, la possession …

« La faiblesse de Dieu est alors plus forte que l’homme. » (1ère Cor. 1. 25) Les fondations humaines sont emportées par les ouragans. « La maison bâtie sur le sable… »

CHASSES DU TEMPLE

Il est bon de remarquer que le Christ s’il est vigoureux, n’est pas un homme qui s’emporte alors dans une colère aveugle. Les bœufs et les brebis sont chassés avec un fouet. Les pièces de monnaie sont jetés au sol, c’est tout ce à quoi elles peuvent prétendre, puisque ce ne sont que des objets matériels.

Il y a une nuance que saint Jean a remarqué, lui le coléreux qui voulait que la foudre tombe sur un village qui n’accueillait pas Jésus. Il a noté l'attitude de Jésus quand il dit aux marchands de colombes : »Enlevez cela d’ici. » Il y a une délicatesse dans la violence de tout ce remue-ménage.

Quand Dieu nous bouscule, il n’est pas aveugle. Il sait nuancer son intervention. A nous de savoir aussi y être sensible.

QUEL SIGNE PEUX-TU DONNER

Nos réactions spontanées quand le malheur, la souffrance, la mort nous frappent, sont de dire : Mais pourquoi ? mais ce qu’il fait de nous est incompréhensible de la part de Dieu. En tous cas, il devrait s’y prendre autrement envers nous puisqu’on dit qu’il est amour.

Les marchands du temple s’étaient installés sans tenir compte de la loi liturgique qui voulait que cette maison de Dieu soit une maison de prière, que tout soit un geste qui monte vers l’Eternel et non pas des gestes mercantiles qui aillent dans la poche des vendeurs ou des changeurs. Ils savaient cela, ils ont profité de la liberté qui leur était donnée.

Dieu a donné à chacun de nous la liberté d’agir selon ses commandements, selon les orientations de son amour. Bien souvent en agissant autrement, cette liberté devient une occasion de haines entre les hommesau lieu d'être des mains ouvertes envers nos frères.

Nous connaissons nos limites humaines, parce que nous sommes des créatures immergées dans une création périssable. C’est dur à entendre et plus dur encore à vivre.

Nous ne pouvons nous égaler à l’infini de la perfection du Dieu Trinité. A nous d’assumer aujourd’hui ce que nous sommes pour un temps de quelques décennies, avant de rejoindre cet infini de la vie trinitaire à laquelle nous sommes déjà appelés.

A nous d’aider également nos frères souffrants durant ce cheminement terrestre.

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« Tu nous as dit comment guérir du péché par le jeûne, la prière et le partage. Ecoute l’aveu de notre faiblesse. Nous avons conscience de nos fautes. Patiemment relève-nous avec amour. » (Prière d’ouverture de la messe)




DIMANCHE 15 MARS 2015
QUATRIEME DIMANCHE DE CAREME

Livre des Chroniques. 2 Ch. 36. 14 à 23 : »Sans attendre et sans se lasser, il leur envoyait des messagers. »
Psaume 136 : « Si je perds ton souvenir. »
Lettre de saint Paul Aux Ephésiens : 2. 4 à 10 : »Dieu est riche en miséricorde. »
Evangile selon saint Jean. 3. 14 à 21 : »Dieu a tant aimé le monde. »

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Le Seigneur, malgré ce qu'il en apparaît à nos yeux, est miséricorde et pardon. Cette miséricorde divine nous entraine sans cese à revenir à Lui, d'une manière ou d'une autre

JAMAIS ABANDONNES

Le monde païen qui entourait le peuple juif se présentait à ses yeux comme un monde de puissance et de facilité. Pourquoi donc vivre avec rigueur morale une alliance qui n’apporte aucune grandeur à ceux qui sont le « Peuple choisi. »

Les infidélités à la parole de l’Alliance se multiplient. Le temple lui-même devient un lieu où les coutumes païennes contaminent tout le rituel qui devait être l’expression de la relation intime et grandiose entre Israël et le Tout-Puissant.

« Le Dieu de leurs pères, sans attendre et sans se lasser, leur envoyait des messagers car il avait pitié de sa demeure et de son Peuple. » Dieu n’a pas changé. Dieu agit envers nous aujourd’hui avec la même insistance, « sans se lasser ». Alors que parfois, c’est nous qui sommes lassés de répondre, alors qu’il nous paraît si lointain, si silencieux.

Dieu trouvera bien, un jour ou l’autre, le moyen de nous reprendre dans l’amour de ses mains pour nous faire revenir à lui. Ce sera parfois même douloureux, crucifiant, déroutant. Si nous avions la foi, nous pourrions y voir, malgré tout, les signes qu’il nous envoie pour nous bousculer dans notre enfermement sur soi-même et rebâtir, avec nous, une vie nouvelle : »Qu’ils montent à Jérusalem ! »

CE GRAND AMOUR

»Il nous a fait revivre avec le Christ, à cause du grand amour dont il nous a aimés. » Et quelle est notre réponse ?

La grâce de Dieu nous vient par la foi dans laquelle nous vivons avec le Christ ressuscité. C’est un don de Dieu dont il nous faut déceler la richesse, une richesse infinie.

Ce passage des Ephésiens ne demande pas véritablement de commentaires, ils ne seraient que répétition. Il n’est pas de meilleure homélie que le silence d’une méditation où l’on se laisse entraîner par l’Esprit., il s’est manifesté.

Sans précipitation, sans chercher des phrases savantes et bien équilibrées, reprenons chacun des membres de phrases de ces quelques versets :

A cause du grand amour … par sa bonté pour nous … c’est bien par grâce que vous êtes sauvés…

Il nous a fait revivre avec le Christ … et non pas sans le Christ. Par sa bonté pour nous dans le Christ … Il nous a créés en Jésus-Christ. C’est la conclusion même de la prière eucharistique : « Par Lui, avec Lui, et en Lui, tout honneur et toute gloire ! »

Il n’y a pas à en tirer orgueil, il y a à en tirer la seule et véritable conséquence : » »conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous, » pour nous qui aimerions tellement que ce soit nous ui soyons les maîtres de nos décisions. « La voie que nous devons suivre. » Il n’y a pas d’autres chemins que le Christ pour rejoindre la Vie et la Vérité de ce que nous sommes.

« Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière. » (Jean 3. 21)

DIEU A TANT AIME LE MONDE

Nous avons à méditer sans cesse cette parole, pour la transposer, avec l'assurance de notre foi et d'y répondre par notre vie car il est en ce don de Dieu une comparaison qui peut paraître insoutenable, mais il faut bien l’évoquer. Dieu vit une telle intensité, un tel infini d’amour que son être ne peut être replié sur lui-même.

C’est là ce que nous exprime le mystère trinitaire. Dieu est pleinement père, celui qui engendre la vie, qui lui donne son épanouissement.

Un tel épanouissement qu’il ne peut s’épuiser dans cet paternité. Il est pleinement fils, engendré, non pas créé, tellement expression de l’amour qui est en Dieu qu’il en est le « logos », la Parole même.

Une Parole unique, parce que Dieu ne peut être divisé en lui-même : il n’y a qu’un seul Dieu. Mais, dans le même temps, cette Parole est amour et vie, qui ne peut s’enfermer dans le silence de Dieu, mais qui doit aussi engendrer un monde nouveau parmi les hommes.

Dieu est tellement amour qu’il est Fils et Esprit. Dieu a tellement d’amour à donner qu’il le donne au monde. Il le donne par celui-là même qui est l’identique de sa paternité divine. « Un seul Dieu »….il a donné son fils unique.

Là encore, il faut nous laisser entraîner dans une méditation, qui ne sera jamais irrespectueuse, car elle tâtonne dans sa recherche d’être plus proche du mystère trinitaire.

« La lumière est venue. » Laissons-nous aveugler, simplement, en toute vérité. C’est ainsi que nous viendrons à la lumière. Ce ne sont ni les raisonnements, ni les grandes phrases qui peuvent expliquer ce mystère. « Cela ne vient pas de nos actes », nous disait tout à l’heure saint Paul (Ephésiens 2. 9)

Elle nous permettra dans une vision intérieure de « voir » Dieu : »Celui qui voit le Fils, voit le Père », disait Jésus à ses apôtres, quelques heures avant sa passion, quelques jours avant sa rsurrection.

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La prière après la Communion, au moment même où nous rendons grâce de cette divine présence en nous résume ces réflexions difficiles à exprimer par les mots humains qui nous sont habituels mais qui sont usés par leur usage.

« Dieu qui éclaires tout homme venant dans ce monde, illumine nos cœurs par la clarté de ta grâce, afin que toutes nos pensées soient dignes de toi et notre amour de plus en plus sincère. » (prière après la communion)



DIMANCHE 22 MARS 2015
CINQUIEME DIMANCHE DE CAREME

Références bibliques :
Lecture du prophète Jérémie. 31. 31 à 34 : »Je l’inscrirai dans leur cœur. »
Psaume 50 : »Renouvelle et affermis en moi mon esprit. »
Lettre aux Hébreux : 5. 7 à 9 : » Il a appris l’obéissance par les souffrances de sa passion. »
Evangile selon saint Jean : 12. 20 à 33 : »Là où je suis, là aussi sera mon serviteur. »

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LE GRAIN TOMBE EN TERRE

Nous sommes tous et chacun, d’une manière ou d’une autre, en « quête de sens » pour la réalisation de notre existence et de notre personnalité. Mais nous ne pouvons pas la mettre en œuvre seul. Ce ne serait bientôt qu’un repli sur soi-même et donc une solitude. Il nous faut accepter et assumer le fait que nous vivons dans un monde auquel nous sommes intimement liés, qu’il s’agisse de la nature, de notre corps, des hommes nos frères.

Il n’y a de vie et de vitalité qu’en harmonie avec eux tous. Seul un échange permanent, lucide et généreux est créateur de vie et cet échange nécessite bien des sacrifices pour unir nos points de vue et nos orientations, pour communier en une même réalisation. « Qui garde sa vie pour lui, la perdra. »

En s’incarnant, le Verbe de Dieu, notre nature, avec toutes ses composantes, y compris sa déchéance et ses limites, hormis le péché et tout ce qui y incline. Nous l’avons vu lors des tentations au désert.

Il assume cette condition d’homme, y compris la souffrance et la mort, pour lui communiquer la Vie éternelle au contact de sa divinité. Ce contact déifiant de la divinité du Christ avec son humanité ne doit pas être compris d’une façon purement physique, comme mécanique.

Le rôle décisif revient ici à la volonté humaine du Christ, parfaitement libre et intimement pénétrée par l'agir divin incréé. Il avait traduit cela, à 12 ans, dans sa réponse à la Vierge Marie. : »Je dois être aux affaires de mon Père ».

DONNE-NOUS, SEIGNEUR, UN COEUR NOUVEAU

Ce refrain d psaume nous avons à le redire souvent, au seuil de chaque journée, au début de chacune de nos activités, chacune de nos rencontres, chacun de nos dialogues, chacun de nos échanges avec autrui.

Mais aussi devant chacune des situations devant lesquelles le Seigneur nous place. Qu'elles soient vécues dans la lumière "pour qu'elles soient reconues comme des oeuvres de Dieu, " nous rappelle saint Jean.

QU’IL ME SUIVE

« Là où je suis sera mon serviteur », c’est-à-dire ce que sera notre vie en Christ dès que nous sommes ses serviteurs. Ce n’est pas à entendre au sens de « demain, plus tard, un jour, au-delà de notre mort. » Selon le contexte, c’est aujourd’hui. C’est placer notre vie là où vit et comme il vit.

Il nous faut donc reprendre sa pensée pour la faire nôtre, partager les décisions de sa volonté pour les transposer dans notre comportement, entendre sa parole pour la communiquer à nous-mêmes et à nos frères, accomplir ses gestes d’amour pour que les nôtres soient porteurs de grâce comme le furent les siens. La divinisation du chrétien comme celle de l’humanité du Christ se réalise par l’amour qui est union des volontés divine et humaine.

Et c’est là que nous sommes confrontés à la croix, parce qu’elle est l’acte plénier qui assume l’humanité. Selon le mot à mot du texte grec de saint Jean : « Il a appris, de ce qu’il a souffert, l’obéissance, et, parvenu à son accomplissement, il devint pour tous qui lui obéissent cause du salut éternel. » Le terme grec « obéissance » s’entend au sens actif, ce n’est pas une soumission aveugle, c’est un consentement. De même « Accomplissement » ne signifie pas réaliser, mais conduire à son terme, à sa fin, à son but. (teleiôtheis dit le terme grec de saint Jean)

MAINTENANT JE SUIS BOULEVERSE

« Là où je suis. « Il nous demande de transposer sa vie dans la nôtre pour que la nôtre devienne la sienne. Et cela bouleversera bien de nos petitesses et bien de nos horizons.

En évoquant devant ses disciples la situation où il se trouve à cette heure, ce qui l’attend et le conduira aux souffrances de la Passion, le Christ est troublé, bouleversé. « Là où je suis.» …. »Que puis-je dire ? » …C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure … » Il nous faut méditer en une prière silencieuse et contempleative la volonté de Jésus en ce moment où s’interfèrent en Lui les volontés humaine et divine afin que la Gloire de Dieu soit accomplie.

Dieu se sert des événements de notre humanité pour agir à sa guise à nos yeux, mais l’amour en est la raison d’être. Le Christ, Verbe de Dieu, partage cet amour trinitaire. L’espérance devrait être au cœur des épreuves, mais elle est difficile à vivre, même si nous savons que le matériel s’unit au spirituel.

La voix qui se fait entendre s est alors non seulement une confirmation de la mission salvatrice, elle est aussi le témoignage de la communion du Père et du Fils dans une même volonté. Le Père avait ratifié au Jourdain la volonté de Jésus de s’identifier pleinement aux hommes pécheurs. Au Thabor, à la Transfiguration, il avait confirmé aux trois apôtres et à son Eglise, la nature humano-divine de celui à qui ils s’étaient donné. Aujourd’hui, devant la foule, au seuil de la Passion, le Père donne, à ceux qui en sont et seront les témoins, le sens de la vie de Jésus, menée sur les routes de Palestine, puis jusqu’au Calvaire.: »Je l’ai glorifié. Je le glorifierai encore. »

EN QUETE DE SENS

L’acceptation de la souffrance et de la mort par le Christ a été un acte humano-divin, capable de changer radicalement leur sens. Il n’a pas assumé une nature humaine idéale. Il a assumé notre nature « en état de mort ». « Il fallait ramener de la mort à la vie notre nature entière », dit saint Grégoire de Nysse (5ème siècle)

Il nous faut donc mettre la croix de Jésus au centre de notre vie. La croix de Jésus n’est pas seulement un instrument de souffrance, mais aussi et surtout un instrument de victoire, celle du don total d’une volonté par delà les conditions humaines. Ce sont ses dernières paroles : »Tout est accompli. » (Jean 19. 24), et pour nous les transmettre, saint Jean reprend le même terme, mais cette fois avec le verbe à l’indicatif passé, le Christ a tout réalisé.

Il nous faut mettre la croix au centre de notre vie, car elle fait du sacrifice de Jésus le centre de notre vie, de notre volonté, de nos sentiments. Regarder les hommes et les choses du point de vue de la croix, se persuader que rien n’est plus important au monde que le sacrifice du Christ éternellement présent et offert, c’est une vision qui exige de notre part un changement radical de notre vie.

Le jour où l’homme comprend la « centralité » de la croix, rayonnante et sanglante, il comprend pourquoi Jésus a répété « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire ? » (Luc 24. 26) La mise au tombeau est le dernier acte de son humanité dans le même temps qu’elle les prémices de la Résurrection.

C’est en cela que s’accomplira notre « quête de sens. »

« Morts au péché, vivants pour Dieu dans le Christ Jésus … de même que le Christ a été ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchons en nouveauté de vie. « (Romains 6. 4) « Là où je suis, sera aussi mon serviteur. »

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« Que ta grâce nous obtienne, Seigneur, d’imiter avec joie la charité du Christ qui a donné sa vie par amour pour le monde. » (prière d’ouverture de la messe)

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