Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


Dimanche 27 juillet : 17ème dimanche du temps ordinaire
Dimanche 3 août : 18ème dimanche du temps ordinaire
Mercredi 6 août : La Transfiguration
Dimanche 10 août : 19ème dimanche du temps ordinaire
Vendredi 15 août : L'Assomption de la Vierge Marie
Dimanche 17 août : 20ème dimanche du temps ordinaire
Dimanche 24 août : 21ème dimanche du temps ordinaire
Dimanche 31 août : 22ème dimanche du temps ordinaire


 
DIMANCHE 27 JUILLET 2014
DIX-SEPTIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 

 

Références bibliques :

Premier livre des Rois : 3. 5 à 12 : “ Donne à ton serviteur un coeur attentif.”
Psaume 118 : “J’aime tes volontés plus que tout l’or le plus précieux.”
Lettre de saint Paul aux Romains : 8. 28 à 30 : “Destinés à être l’image de son Fils.”
Evangile selon saint Matthieu : 13. 44 à 52 : “Ayant trouvé une perle d’un grand prix, il va vendre tout ce qu’il possède.”

***

Jésus sans cesse, par ses paroles et par ses actes, insite sur une priorité qui est la sienne, la réalisation du “ Royaume des cieux.” Il est venu pour cela et pour que se réalise ce Royaume avec les hommes et en Dieu, il donne sa vie.

DIEU EST-IL LA PRIORITE DE TA VIE ?

Dieu fut la priorité de sa vie terrestre parmi les hommes. Et nous-mêmes, “nous sommes destinés à être l’image de son Fils.” (saint Paul aux Romains). Ce terme “royaume des cieux” est une équivalence, en langage biblique. Il fallait en effet éviter de prononcer le nom ineffable de Dieu.

A travers les images concrètes des paraboles de ce dimanche, c’est bien du Dieu transcendant dont il parle. En fait le “Règne de Dieu” dans nos vies et dans le monde. C’est pourquoi il l’a inscrit dans la prière de ceux qui se reconnaissent comme ses disciples :” Père que ton Règne vienne, que ta volonté soit faire.”

Jésus annonce l’arrivée imminente du règne de Dieu. Que faire ? attendre, par prudence, pour voir ce qu’il en sera ? l’imaginer selon nos vues humaines et nos conceptions de la vie ? ou bien engager totalement notre vie sur cette annonce ? Le journalier et le marchand mobilisent toutes leurs forces et tout leur avoir pour acquérir un trésor sans prix à leurs yeux. Ils ne gardent aucun petit pourcentage de sécurité, un “fonds de sécurité”, une épargne.

Le Règne de Dieu ne réclame pas moins de détermination et le don total de soi-même. C’est une décision radicale, sans esprit d’un retour éventuel. “Il va vendre tout ce qu’il possède...” Il l’a réclamé à ses disciples. Il leur faut tout quitter, même ce qui est le plus légitime humainement parlant : son père, sa mère, sa famille. “Qui est mon Père, qui est ma mère? ... Celui qui fait la volonté de mon Père.”

UN TRESOR CACHE.

Nous sommes immergés dans une société où Dieu a peu de place. A chacun de nous, Jésus répète aujourd’hui encore :”Quel est ton trésor ? Quelle place Dieu tient-il dans ta vie ? Quelle est la priorité des priorités au cours de tes semaines ? Qu’est-ce qui a le plus de prix à tes yeux ? Quel temps consacres-tu à l’essentiel ?”

Les réponses à ces questions remplissent tout l’évangile. “N’accumulez pas de trésors sur la terre, là où les mites et la rouille les rongent. “ ...“Où est ton trésor, là sera ton coeur.”(Matthieu 6. 19 à 21)

Il est clair qu’ainsi Jésus souhaite nous faire bien comprendre que nous ne pouvons pas, nous ne devons pas, nous contenter de notre existence terrestre. Elle est fragile, menacée, éphémère quand elle se réduit à vivre cet humain sans Dieu. Elle devient toute autre si cet humain se greffe sur une éternité divine. Elle est la préface, l’introduction du Livre de Vie. Encore faut-il le découvrir par la foi et le vivre.

Avec humour, Jésus utilise des images tirées de ce qu’il a vécu dans sa maison, dans son atelier ou son village de Nazareth. Il a entendu le petit ver minuscule qui grignote les meubles. Il a constaté les trous que les mites sont en train de creuser dans nos lainages si bien rangés pour des jours à venir. Ces bestioles ne sont pas bien visibles. Mais elles sont destructrices. Le trésor caché qu’il nous propose est constructif de toute une vie.

UNE GRANDE VALEUR

A terme, cela revient à dire : recherche ce qui a une vraie valeur et donne-lui toute ta vie. “Celui qui a trouvé une perle de grand prix, de grande valeur, va vendre tout ce qu’il possède.”

Tout ! pour l’acquérir.

Le Christ répète ces formules radicales de multiples fois dans son évangile. Il invite le jeune homme très riche à vendre tout “pour le suivre, lui Jésus”. Il n’en deviendra pas pauvre, puisqu’il trouve une autre richesse. Il donne en modèle la très pauvre veuve qui donne si peu, mais, en fait, donne “tout ce qu’elle avait pour vivre”.

Dans ces paraboles, aujourd’hui, il répète par deux fois “Vendre tout ce que l’on possède pour acquérir le Royaume.” Le prix de cette fidélité à Dieu ne parait insupportable qu’à ceux qui ne connaissent pas la valeur infinie de ce que Dieu donne, en compensation, à ceux qui le choisissent. “Cherchez d’abord le Règne de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît”. (Matthieur 6. 33)

Tout ! tout vous sera donné.

IL CONNAIT CE DONT IL PARLE

Quand saint Pierre fait remarquer à Jésus qu’il avait renoncé à tout pour le suivre, Jésus lui répond que ce renoncement est lourd de conséquences puisqu’il ira jusqu’à la persécution. C’est ce que sera sans doute le temps présent immédiat. Mais il lui fait savoir porter son regard plus loin, vivre dans une prospective, dans une perspective :”Dans le temps à venir, tu auras la Vie éternelle.” (Marc 10. 30)

Ce qui est vécu dans une société de consommation et de marketing, Jésus nous le demande de le réaliser dans notre vie spirituelle. Et il sait ce qu’il dit. Il a fait lui-même ce choix radical par son Incarnation, et il le renouvelera jusqu’au Jardin des Oliviers. “Lui qui était de condition divine, ne retint pas le rang qui l’égalait à Dieu. Il s’est réduit à rien, s’abaissant jusqu’à mourir et mourir sur une croix.” (Phlippiens 2. 5) Avant de nous le proposer, il a tout donné le premier, pour le Royaume de son Père et par amour pour nous.

Nous le rappelons en chaque Eucharistie, au moment d’offrir le sacrifice du Christ :”Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Eglise, pour la Gloire de Dieu et le salut du monde.”

Saint Paul, dans sa lettre aux Philippiens, ne fait que répercuter ces grands engagements à la suite du Christ. Chaque chrétien y est invité :”Nos épreuves du temps présent sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu’elles nous préparent. Notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas. Ce qui se voit est provisoire. Ce qui ne se voit pas est éternel.” (2ème Corinthiens 4. 17 et 18)

Ce n’est pas s’attacher à de l’irréel, ce n’est pas miser sur du virtuel. C’est voir plus loin que la réalité immédiate. Il existe une autre réalité. Elle existe, même si elle est difficile à saisir, à comprendre, à cerner.

AVEZ VOUS COMPRIS TOUT CELA ?

Cette interrogation de Jésus est un des mots-clés répété cinq fois dans les paraboles que nous venons d’entendre durant trois dimanches : Matthieu 13.13. 14. 15. 19. 23. Bien comprendre quoi ? Jésus respecte notre liberté tout d’abord. On ne soumet pas sa vie à Dieu contraint et forcé, à contre-coeur. Pour adhérer à ce qu’il attend de nous, il nous faut comprendre la valeur du trésor et de la perle.

Quand les acteurs de ces paraboles décident librement de vendre tout, ils sont ravis de joie. Nos renoncements pour le Royaume de Dieu ne devraient pas nous rendre moroses. Jésus redira à ses disciples le même message positif et optimiste, dans les dernières confidences du Jeudi-Saint, avant de mourir :”Je vous ai dit tout cela pour que Ma joie soit en vous et que VOTRE joie soit parfaite.” (Jean 15.11)

La radicalité du choix que nous faisons pour Dieu n’aboutit pas à une soustraction, mais à un “plus”. La présence divine ne chasse pas l’humain. Elle le dynamise, le transfigure de l’intérieur. Le surnaturel n’exclut pas le naturel, il l’amplifie.

***

“Que tes mystères très saints, où ta grâce opère avec puissance, sanctifient notre vie de tous les jours et nous conduisent aux joies éternelles” (prière sur les offrandes)

Quel dommage que nous ne prenions pas le temps de méditer et peser la richesse d’une phrase si brève et si dense !

 
DIMANCHE 3 AOÛT 2014
DIX-HUITIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 


Références bibliques :

Livre du prophète Isaïe: 55. 1 à 3 :"Pourquoi vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ?"
Psaume 144 : "Tu ouvres ta main. Tu rassasies avec bonté tout ce qui vit."
Lettre de saint Paul aux Romains : 8. 35 à 39 :" Rien ne pourra nous séparer del’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ, notre Seigneur."
Evangile selon saint Matthieu : 14. 13 à 21 :" Tous mangèrent à leur faim."

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La multiplication des pains se trouve racontée dans les quatre évangiles car elle est l’un des événements-clés les plus importants et des plus significatifs de la vie du Christ.

L’HOMME NE VIT PAS SEULEMENT DE PAIN

Il marque en effet une rupture entre le Christ et la foule, le Christ qui donne un signe afin d’entraîner ces hommes dans la découverte du Royaume et la foule qui en reste à la compréhension matérielle du miracle. Jésus s’en plaint d’ailleurs dans le "discours sur le pain de vie."

Il compare ce moment vécu en Galilée, sur les bords du lac, à celui vécu dans le désert par le peuple hébreu. Celui-ci voulait revenir en Egypte autour des marmites abondantes et Dieu lui donne au jour le jour la manne du matin :"Le pain quotidien".

Jésus leur donne aujourd’hui une autre nourriture dans cet endroit désert où il se trouve avec eux. "Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez bien mangé. Travaillez donc non seulement pour une nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en Vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’Homme." (Jean 6. 26 et 27).

Jésus ne refuse pas de se préoccuper de la nourriture terrestre qui se perd, mais, dans le même temps, il leur dévoile ce qui compte le plus pour lui : "Le pain descendu du ciel." Aujourd’hui encore le Christ nous invite à vivre les deux significations de son geste : vivre pour la nourriture qui se perd, et dépasser ce moment pour vivre de la nourriture éternelle. Partager avec ceux qui ont faim, comme il l’a fait lui-même pour cette foule dont il a eu pitié. Participer au repas eucharistique sur lequel il insiste dans la synagogue de Capharnaüm

DONNEZ-LEUR A MANGER

Cet ordre de Jésus nous concerne aujourd’hui et nous n’avons pas à le suivre seulement dans le registre spirituel. Cet ordre est tout un programme contre la faim matérielle des hommes. Le fait miraculeux, extraordinaire qu’il a accompli se situe bien à ces deux niveaux.

Nous sommes invités au partage dans un monde où tant d’hommes vivent au seuil de la pauvreté et de la faim. Saint Augustin a écrit que n’importe quel champ de blé doit nous apparaître comme une oeuvre divine : "Le Christ a fait ce que Dieu fait chaque jour, usant de son pouvoir de créateur pour multiplier les moissons."

"Le Seigneur est bonté en toutes ses oeuvres", chante le psaume de ce dimanche. "Tous espèrent et tu leur donnes la nourriture en son temps." Si habituels soient les phénomène de la nature, ils n’en sont pas pour le moins merveilleux. Ils n’en sont pas pour le moins exigeants. Quand nous avons en nos mains des corbeilles pleines du pain de la terre, nous nous devons d’aller les porter à ceux qui ont faim, afin que tous "mangent à leur faim".

Il est aussi, à leur égard, une autre exigence. On peut être gavé de biens matériels et manquer de ces biens plus essentiels que sont ceux du coeur et de l’esprit, de l’amour et des raisons de vivre. Nous avons à les partager à tous les niveaux de notre existence au milieu et avec nos frères. A nous de leur donner de pain de l’amour.

Et ce pain-là, sur tous les continents, les hommes l’attendent.

IL PRIT LES PAINS ET RENDIT GRACES

Dans le même temps, il est clair que Jésus n’en reste pas là. Les paroles qu’il prononce, les gestes qu’il accomplit, repris dans les quatre évangiles, sont ceux-là même de la dernière Cène et de l’Eucharistie. Dès la fin de ses quarante jours au désert, alors que Satan cherchait à l’enfermer dans sa faim corporelle en fabriquant miraculeusement du pain, Jésus lui répliqua :"L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Matthieu 4. 4).

Le Christ en donne un long commentaire lorsque la foule est venu le chercher. L’homme doit se nourrir de cette Parole de Dieu qui est Jésus de Nazareth, le Pain de vie, "Je suis la Vérité et la Vie". Cette nourriture que résume la messe, l’action de grâces par excellence, c’est l’Eucharistie, Parole et Pain de Dieu. Nous ne pouvons pas lire les récits de la multiplication des pains, sans reprendre le texte de saint Jean qui, à la suite des années vécues au sein de la communauté chrétienne dispersée dans le monde, rappelle la signification essentielle de ce repas de jadis dans ce lieu désert de Palestine, toujours d’actualité en chaque journée, comme le fut la manne quotidienne du désert pour le peuple libéré de l’esclavage de l’Egypte.

L’Eucharistie, célébrée en la Divine Liturgie, quel que soit le nom que nous lui donnons pour exprime, signifie et réalise ce que le Christ nous a demandé de faire "en mémoire". C’est le don de Dieu qui nous témoigne de "son inépuisable bonté" (prière d’ouverture de la messe d’aujourd’hui), qui restaure pour nous la création et la renouvelle.

ON REMPLIT DOUZE CORBEILLES

"Inépuisable bonté"... La surabondance conclut la multiplication des pains. Elle rappelle le premier miracle de Jésus à Cana quand le vin manqua durant la noce. Jésus en refit 600 litres, 750 bouteilles pour parler selon les mesures des "bons vins" de notre époque.

C’est la puissance infinie de Dieu qui comble nos désirs au-delà de tout ce que nous pourrions espérer de lui. Nous ne pensons pas assez à ce que réalise cette communion possible au Corps et au Sang du Christ qui nous est proposée quotidiennement, presque "trop facilement" au point parfois, de nous paraître "habituelle" et même "routinière", alors qu’elle est étonnante, inépuisable.

Nous estimons trop souvent que Dieu ne nous donne pas assez. Nous attendons toujours plus de lui. Face à l’insatiable désir qui est le nôtre, Dieu répond par cette surabondance que nous devons remarquer. "Le Seigneur nous a aimés comme on a jamais aimé. C’est mon Corps, prenez et mangez ! C’est mon sang, prenez et buvez ! Car je suis la Vie et je suis l’Amour. Oh, Seigneur ! emporte-nous dans ton amour !"

Saint Paul, à sa manière, nous le redit aussi :"... grâce à celui qui nous a aimés." La persécution, le dénuement, le danger, l’angoisse, la détresse peuvent nous éloigner. Mais lui, le Seigneur, n’éloignera jamais sa présence et son amour. Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui nous est porté par le Christ.

"Il a fait une alliance éternelle" (Isaïe 1. 3) en chaque Eucharistie, renouvelant pour nous l’offrande à son Père « pour la gloire et le salut du monde ».

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Nous devons donc vivre à ces deux niveaux auquel le Christ s’est situé : combler les affamés de biens matériels, les combler aussi et surtout de sa Parole qui est lui-même, Parole de Dieu venue en ce monde. "Seigneur, entoure d’une constante protection ceux que tu as renouvelés par le pain du ciel. Puisque tu ne cesses de les réconforter, rends-les dignes de l’éternel salut." (Prière après la communion)

 
MERCREDI 6 AOÛT 2014
LA TRANSFIGURATION

 

La fête de la Transfiguration que nous célébrons ce 6 août n'est pas la mémoire d'un simple épisode de la vie du Christ parmi ceux que nous rapportent l’Evangile. Ces quelques instants durant lesquels les apôtres voient le Christ en gloire entouré de Moïse et d’Elie, nous plongent dans le mystère de la personnalité humano-divine de Jésus et nous révèle la nôtre.

" La lumière de ton visage, Seigneur, est imprimée en nous. Nous le gardons en nous et il resplendit dans notre coeur, car personne ne pourrait survivre si tu détournais ton visage" (Saint Ambroise)

NB. Nous aurons difficulté à trouver des termes qui sont à la mesure d'exprimer adéquatement un tel mystère.

SON ITINÉRAIRE

La Transfiguration est un moment qu'il nous faut rejoindre par une méditation contemplative. Car elle est la manifestation de l'itinéraire de la présence incarnée du Fils de Dieu parmi nous.

La lumière du Thabor nous conduit au coeur de la révélation, celle des siècles désormais marqués par la réalité divine du Buisson ardent au désert, celle de la pensée divine lors de sa transmission au Sinaï, celle des prophètes qui nous introduisent dans cet au-delà et dont Elie est le premier qui l'a rejoint .

La Transfiguration au sommet du Thabor est ce moment heureux qui intervient juste avant la première annonce de la Passion comme pour fortifier les apôtres avant la grande épreuve qu’ils vont subir.

Pierre, Jacques et Jean seront au Jardin des ténèbres et resteront dans la nuit où ils ne peuvent contempler l'humilité de l'homme Jésus. Aujourd'hui, sur la montagne, il leur est donné de contempler toute la gloire de Dieu qui est présente en cet homme Jésus, gloire qui leur est ordinairement cachée...

Tout l'itinéraire de Jésus est concentré dans la Transfiguration, depuis l'engendrement à sa mission lors du baptême jusqu'à sa résurrection. Au Jourdain, Jean-Baptiste leur transmettra la Parole divine qu'il a entendue :"C'est mon Fils bien-aimé". Ce ne sera qu'au jour de la résurrection, qu'elle se révélera lors de la rencontre du Cénacle.

C'est LUI que saint Jean nous donne de rejoindre comme il l'a vécu lui-même jusqu'au jour de la dernière rédaction de son évangile. Le mystère de la Transfiguration doit être médité à la lumière du Prologue de l'évangile de saint Jean : ch.1/1 à 18.

Il est la vie. Il est la lumière. Ne pas le méditer maintes et maintes fois au cours des événements de notre vie spirituelle, c'est rester loin de ces courtes et intenses minutes du Thabor.

DIEU EST LUMIÈRE

Il est donné aux trois disciples de voir Jésus dans la lumière qu'il est lui-même et non pas de voir la lumière divine. Il y a une telle "distance", qui n'est qu'une attente de notre "divinisation" déjà réelle, mais difficile à concevoir. Pour eux comme pour nous , c'est actuellement impossible dans notre cheminement humain, mais nous pouvons voir à ce jour, ce que nous sommes dans la lumière divine , mais nous avons déjà reçu la grâce de la présence plénière du Christ en nos vies insérées en celle de l'Église.

Déjà pour l’ensemble de l’Ancien Testament, la vision de feu ou de lumière n’est jamais une illumination ou une vision d’union divine, mais la manifestation d’un Dieu qui reste extérieur et incommunicable à l’homme.

C'est la vision de la Lumière divine qui réalise une véritable union entre Dieu et l’homme dans sa totalité, corps, âme et esprit : « Dieu est Lumière et il communique de sa clarté à ceux qui s’unissent à lui dans la mesure de leur purification. Ô miracle ! L’homme s’unit à Dieu spirituellement et corporellement... Dieu entre en union avec l’homme tout entier » (Serm. 25 de Syméon le théologien).

La vision de la Lumière divine est antinomique par nature, car elle est vision de l’invisible et seul le vocabulaire apophatique, c’est-à-dire procédant par négation, peut prétendre en donner témoignage.

« C’est un feu vraiment divin, incréé et invisible, inextinguible et immortel, incompréhensible, au-delà de tout être créé... » Le don de Lumière n’est accordé à l’homme qu’après un long chemin de purification et de repentir : « Le repentir est la porte qui conduit de la région des ténèbres à celle de la lumière » (dit encore Syméon le théologien)

LA DÉIFICATION DE L'HOMME

Spiritualité et théologie sont inséparables pour l’Église orthodoxe et la mystique de la Lumière divine ne fait qu’exprimer au niveau de l'homme l’accent profondément eschatologique d’une théologie centrée sur la transfiguration du monde et la déification de l’homme.

Dans le Nouveau Testament, la lumière n’est pas un attribut ou une manifestation de Dieu, elle est Dieu lui-même : « Le Verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme » (Jean 1,9).

D'ailleurs, une fois et ans l’épisode de la guérison de l’aveugle-né, Jésus dit de lui-même qu’il est la « Lumière du Monde » (Jn 9,5).

Dans la première épître de saint Jean, ce n’est même pas uniquement le Christ, mais Dieu qui est dit être Lumière (1 Jn 1,5). Et cette affirmation, qui pourrait paraître purement spéculative, se concrétise, se révèle, s’incarne pour ainsi dire dans la Transfiguration du Christ, qui est l’alpha et l’oméga de toute l’expérience spirituelle de la Lumière.

« Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil et ses vêtements devinrent éblouissants comme la lumière » (Mt 17,2). Cette vision du Christ en gloire ne fut pas une vision spirituelle ou intellectuelle mais une contemplation par la totalité de l’être.

La Transfiguration, pour la tradition orthodoxe, apparaît comme la fête eschatologique par excellence, comme la préfiguration et l’annonce du Royaume qui commence déjà ici-bas, de ce Royaume qui sera l’apothéose de la Lumière divine et dont le livre de l'Apocalypse nous parle : « De nuit, il n’y en aura plus ; ils se passeront de lampe et de soleil pour s’éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa Lumière et ils régneront pour les siècles des siècles » (Apoc. 22,5).

D'une certaine manière, centrée sur la Résurrection et la Transfiguration éternelle, l'Apocalypse nous fait rejoindre le Christ qui est avant tout le Roi de gloire, le Triomphateur de la mort, le Seigneur Ressuscité. Le Christ n'est pas que le Crucifié et le Serviteur souffrant.

Quand saint Pierre parle de la participation à la nature divine (2 Pierre 1,4), il exprime en termes scripturaires cette doctrine de la déification qui, dans la pensée patristique, sera résumée par la phrase de saint Athanase : « Dieu est devenu homme afin que l’homme devienne Dieu ».

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La véritable nature de l’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, est non plus la nature humaine déchue, mais sa nature déifiée. L’homme est appelé à être "divin" non par essence mais par grâce.

L’homme qui est appelé à participer à cette divinisation, ne sera jamais une surnature, mais Dieu-Trinité accomplit la véritable nature de homme, créé à l'iage et à la ressemblance de de Dieu en une nature qui s’est obscurcie dans la chute et qui ne redevient elle-même que dans la Lumière de la Sainte Trinité.

 
DIMANCHE 10 AOUT 2014
DIX-NEUVIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 


Références bibliques : Du Livre des Rois : 1 Rois 19. 9 à 13 : "Le Seigneur n’était pas dans le feu. Après ce feu, le murmure d’une brise légère."
Psaume 84 : "Amour et Vérité se rencontrent."
Lettre de saint Paul aux Romains : 9. 1 à 5 : "Lui qui est au-dessus de tout."
Evangile selon saint Matthieu : 14. 22 à 33 :"Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur." ... le vent tomba."

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Plusieurs lectures de ces textes du dimanche sont possibles. "La brise légère" lorsque passe le Seigneur, c’est le calme qui suit la tempête quand Jésus donne sa main à Pierre qui est angoissé. Le Seigneur nous apporte la paix lorsque notre foi s’accroche à Lui. "Tiens-toi devant le Seigneur..." est-il dit dans le livre des Rois.

Dans l’Evangile, c’est le Seigneur qui nous accompagne en montant dans notre barque. C’est lui qui se présente devant nous alors qu’on le croyait absent, resté sur la rive du lac.

PASSER D’UNE FOI IMPARFAITE A UNE FOI PLUS PARFAITE

Reprenons la suite des épisodes, en les replaçant dans leur contexte grâce à la juxtaposition des quatre évangélistes qui, chacun, ont choisi de ne citer que telle ou telle situation.

1 - Jésus vient de faire un miracle sensationnel pour nourrir une foule enthousiaste qui veut le faire roi (Jean 6. 14)

2 - Jésus sait que la majorité de ces admirateurs n’ont pas la Foi et ne comprennent pas le sens de son geste (Jean 6. 27). C’est alors qu’il renvoie lui-même la foule, sans les disciples qui pourraient compromettre le message, par une attitude, elle aussi, enthousiaste. Il oblige ses disciples à monter dans une barque, à quitter ce lieu et son ambiance pour passer sur l’autre rive. Savoir changer de rive pour garder l’essentiel du message ...

3 - Il se retire à l’écart dans la montagne pour prier. Le prophète s’est retiré, lui aussi, sur la montagne de Dieu.

4 - Pendant que Jésus prie avec son Père, ses disciples sont seuls, laissés à leurs propres forces, affrontés à une grande tempête sur le lac. Nous aussi, nous avons parfois l’impression d’être laissés seuls avec nous-mêmes.

5 - Il les rejoint, dans la nuit où ils se trouvent, sans repère. Il devient leur repère en les invitant à la Foi :"Rassurez-vous, c’est moi. Je suis là ! n’ayez pas peur."

6 - Pierre s’élance à sa rencontre. Il fait d’abord confiance à la parole de Jésus, ne regarde que lui et, comme lui, il marche sur l’eau au milieu des vagues. Puis il regarde les flots, ne pense plus qu’à lui-même et à ses propres forces. Il coule. Si nous ne comptons que sur nous-mêmes, cela peut devenir un naufrage.

7 - Jésus le rejoint et le prend par la main, le prend en charge, lui faisant partager sa marche sur les eaux du lac :"Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?" Une manière de lui dire : « Me regarder, suivre ma parole ne te suffisaient pas. Il te faut ma main. Il te faut ce contact direct. » Il nous offre toujours sa main, la main de la grâce

8 - Alors la tempête s’apaise. Les apôtres s’apaisent aussi. "Ils se prosternent devant lui en adoration : « Vraiment tu es le Fils de Dieu." Jésus recevra bientôt une autre profession de foi, celle de Pierre... pour bâtir sur le roc.(Matthieu 16. 16)

Les disciples passent progressivement d’une foi imparfaite à une foi solide comme le roc, même si leur conduite ultérieure ne sera par toujours à la hauteur de cette foi. Dans le même temps, les foules renoncent à suivre Jésus, puisqu’il refusait le rôle de Messie temporel et politique. Désormais, le Christ va employer tout son temps à la formation des Douze pour une communauté spirituelle.

L’EPREUVE, UN CHEMIN POUR PROGRESSER

La barque dans la tempête n’est pas qu’un simple épisode. C’est une image symbolique et permanente de notre vie comme de la vie de l’Eglise. Par son Ascension, Jésus s’en est allé, Lui seul, vers le Père, comme dans sa prière solitaire au soir de la multiplication des pains. Apparemment il laisse ses disciples lutter dans la tempête du monde.

Chacun de nous voit parfois son horizon s’assombrir : échecs, maladies, deuils, difficultés de toutes sortes ..." dans la nuit, battus par les vagues, dans le vent contraire" L’Eglise paraît chanceler, se contredire, lutter en vain face à l’athéisme et au matérialisme ambiant, abandonnée même par ses membres et ses fidèles.

Nous-mêmes sommes portés à penser que Jésus est absent quand viennent les épreuves. L’Esprit-Saint nous paraît lointain, alors même qu’il reste près de nous. Savoir les grâces qui manifestent sa présence, au-delà de tout sensible humain, n’est pas si évident. Et pourtant, rappelons-nous : "Je serai avec vous, jusqu’à la fin des temps."

A LA FIN DE LA NUIT

Il rejoignit ses amis "à la fin de la nuit", quand l’horizon déjà s’éclaire d’une timide aurore. Ce n’est pas un détail anecdotique dont l’évangéliste se souvient. Tout est encore sombre, mais déjà l’horizon redevient perceptible.

C’est comme le murmure de la brise légère qui nous fait reconnaître la présence discrète de Dieu dans nos vies, et ce murmure n’est audible que dans la prière et la contemplation qui est silence pour entendre et entrer dans le mystère.

Dieu n’est pas inexistant, il n’est pas absent. La tentation de l’incroyance parfois nous guette alors que nous nous croyons pleinement dans la foi. Mais, pour vivre dans la foi, pour vivre de la foi, il nous faut vivre dans la prière, vivre de la prière.

***

Pierre est bien l’un de nous. Et, comme à lui, Jésus répète, redit sans cesse "Confiance, c’est moi !" Encore faut-il que notre prière cesse de ne parler que de nous pour n’entendre tout ce qui vient de Lui :"N’aie pas peur ! Je suis là ! Confiance !" « Fais grandir en nous l’esprit filial afin que nous soyons capables d’entrer un jour dans l’héritage qui nous est promis. » (Prière d’ouverture de la messe)

 
VENDREDI 15 AOUT 2014
EN L’ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE

 


Les chrétiens, au cours des siècles, ont chanté la Mère de Dieu en rendant grâce de ce qu’elle a réalisé dans la foi, à l’écoute de la Parole que Dieu lui adressait.

L’Eglise dans la liturgie de ce jour nous donne à lire, à méditer et à transposer dans notre vie, la première démarche de Jésus en direction des hommes ses frères.

LA DIVINE RENCONTRE

Cette première démarche, c’est la Visitation de Jésus en sa Mère, grâce à la spontanéité et à la délicatesse de Marie.
De même que le premier miracle à Cana sera déterminé par la délicatesse et l’attention de Marie pour des jeunes époux. Le première béatitude que nous trouvons dans l’Evangile est donc celle qu’une vieille femme lui a adressée :” Heureuse es-tu toi qui as cru !” au moment inouï où ces deux femmes, Elisabeth et Marie, se rencontrent dans l’amour et la foi.

Elisabeth porte en elle le dernier des prophètes, Jean le Baptiste, celui qui résume toute la tradition millénaire de l’Ancien Testament et qui prépare les voies du Seigneur, comme l’avaient fait, avant lui, Isaïe, Jérémie, David et tant d’autres. Marie porte en elle celui qui rend complète la Révélation de l’amour de Dieu, non par des phrases et des discours, mais parce que Dieu se fait l’un de nous, se fait homme en lui et par lui, Jésus de Nazareth. Moment inouï et moment d’allégresse.

Ces deux femmes le ressentent en elles-mêmes, parce qu’elles portent en elles ceux qui, depuis des jours et des mois et à cette heure, partagent et vivent de leur sang, de leur respiration, de leur vitalité . Leurs enfants tressaillent avant même de se retrouver sur les bords du Jourdain, le jour où l’un et l’autre clameront aussi de joie. “Il n’y a pas plus grand que Jean-Baptiste !” “Voici l’Agneau de Dieu dont je ne suis pas digne de dénouer le lacet de sa chaussure.”

UNE HUMANITE PARTAGEE

“Et Marie garde toutes ces choses en son coeur”. Silencieuse et peu bavarde dans l’Evangile, elle contemple, elle rend grâces, elle reste fidèle à la primauté de son Fils. Elle ne dit qu’une fois : “Mon enfant” et ne se veut jamais “maternante”. Elle ne le garde pas pour elle, elle a ouvert son coeur, elle a ouvert ses bras pour que Jésus puisse se donner aux hommes.

Marie est une créature unique, aussi rapprochée de Dieu qu’il est possible de l’être pour un être créé. Elle n’est pas autre que nous, mais elle a vécu en elle ce que nul ne peut dire : “Mère de Dieu”, car la chair de Jésus fut entièrement, et seulement, la chair de Marie, et d’aucune autre créature.

Joseph ne l’a pas partagée. Il n’est que le père qui a adopté cette situation et le fils de Marie. A notre niveau, d’une autre manière, nous pouvons nous identifier au Christ, et nous le répétons en chaque Eucharistie :” Puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité.”

Pour Marie, ce fut une totale réalité, dans le partage de la vie trinitaire. L’Esprit est venu sur elle, le Père l’a associée à son amour infini, le Fils de Dieu est devenu son fils, sans qu’il cesse pour autant de partager la vie trinitaire qui est la sienne :”Ne saviez-vous pas que je suis aux affaires de mon Père ?” lui rappelle-t-il d’ailleurs, lorsqu’il a douze ans.

DANS LA PLENITUDE DE LA VIE DIVINE

Le Fils a reçu de Marie son corps et toute sa vie d’homme. Au jour de sa Dormition, elle reçoit de Lui la Vie. Elle reçoit du Père, du Fils et de l’Esprit un “corps de gloire”. Son corps sans souillure, qui a connu le privilège de la conception immaculée, pouvait-il connaître cette souillure de la corruption du tombeau qui est la conséquence du péché ?

La liturgie byzantine exprime cela en reprenant en la fête du 15 août, une antienne qui est aussi chantée au temps pascal pour Jésus ressuscité :”La source de la vie est mise au sépulcre et son tombeau devient l’échelle du ciel.”

Dans la foi de l’Eglise qu’elle soit orthodoxe, orientale ou romaine, il ne s’agit pas seulement de la réception de l’âme de Marie dans le ciel. C’est tout elle-même, corps et âme, qui est élevée auprès de son Fils ressuscité, lui aussi, corps et âme.

Même s’il n’y a aucune vérification “historique”, même s’il n’y a aucune preuve documentaire, la conscience de la foi considère que la négation active de la “Dormition” et de ”l’Assomption” est plus qu’une témérité, c’est un blasphème.

LA GRACE QUI EST AUSSI LA NOTRE

L’Assomption est la fête non seulement de Marie, mais de toute la nature humaine.

Car, en Marie, la nature humaine a atteint sa fin et son épanouissement. La vie de Marie manifeste le destin et le développement d’une nature humaine entièrement fidèle à Dieu. Avec Marie, c’est le genre humain qui est emporté et reçu au ciel.

Certes Marie a reçu un privilège qui ne peut être le nôtre. Mais ce parfait épanouissement de la grâce en Marie, que nous admirons en la fête du 15 août, nous suggère quelle pourrait être la ligne de développement d’une âme qui s’appliquerait à faire fructifier en elle les dons reçus, les dons que nous avons reçus.

***

“ Fais que nous demeurions attentifs aux choses d’en-haut pour obtenir de partager sa gloire”. (Prière d’ouverture de la messe) “ Par toi, le Fils unique de Dieu a fait resplendir sa lumière. .. ô Mère de Dieu par qui la terre entière tressaille d’allégresse ! (St Cyrille d’Alexandrie)
“Que ceux qui célèbrent votre mémoire expérimentent votre aide ! (St Fulbert de Chartres)
“En toi fut et demeure toute plénitude de grâce et Celui qui est tout bien.” (St François d’Assise)
“Voyez, ma Mère, que vous êtes contrainte d’acquiescer à toutes mes demandes.” (St François de Sales)

“Ma bonne mère, donnez-moi un coeur tout brûlant pour Jésus

 
DIMANCHE 17 AOUT 2014
VINGTIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du prophète Isaïe : 56. 1 à 7 : « Ma maison s’appellera : maison de prière pour tous les peuples. »
Psaume 66 : « Que les nations chantent ta joie. »
Lettre de saint Paul aux Romains : 11. 13 à 32 : « Les dons de Dieu et son appel sont irrévocables. »
Evangile selon saint Matthieu : « Ta foi est grande, que tout se fasse comme tu le veux. »

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Nous pouvons lire cet épisode selon divers registres : celui des juifs qui attendent leur « réintégration », celui qui est le nôtre parce que nous aussi nous sommes appelés à être « intégrés » au Royaume, celui de l’Eglise et du Peuple d’Israël qui sont liés dans une même alliance.

SUR UNE TERRE PAÏENNE

La rencontre avec la Syro-phénicienne se fait, sans aucun doute, en terre païenne. Il nous faut alors la replacer dans le cheminement des thèmes de saint Matthieu et de saint Marc qui en parlent tous deux.

Marc 7. 24, parle surtout des guérisons. Il s’adresse à une communauté chrétienne qui est déjà majoritairement d’origine païenne.

Saint Matthieu, lui, se situe au sein d’une communauté encore judéo-chrétienne qui a besoin de sentir à la fois l’attachement de Jésus à la Première Alliance et qui doit accepter l’ouverture à toutes les Nations que réalise l’Alliance définitive qu’il établit dans son sang et que les prophètes avaient annoncée, comme devant être réalisée par le Peuple choisi.

Pour Jésus, c’est en lui en effet que se réalise cette Alliance nouvelle et éternelle. Jésus s’est rendu deux fois en terre païenne. La seconde fois, c’est à Césarée de Philippe, la capitale administrative de l’occupant romain, toute consacrée au culte et au pouvoir de l’empereur. (Matthieu 16. 13)

C’est en ce lieu que le Christ établira son Royaume, l’Eglise, autour du collège apostolique lui-même confirmé par la foi de Pierre.

LES SILENCES DE DIEU

Pour les chrétiens convertis du judaïsme, une question se posait, cruciale comme nous le voyons dans les premiers récits des Actes des Apôtres. A qui la Bonne Nouvelle est-elle destinée ? Et si cette Bonne Nouvelle et cette Alliance deviennent universelles, comment peut-on comprendre ce rejet de la Première Alliance ? Après tout, d'ailleurs, est-ce un rejet, est-ce un silence définitif ?

A la femme qui le considère comme le Messie, « Seigneur, fils de David » dit-elle, comme le Messie uniquement intégré au Peuple de la Promesse, Jésus ne répond rien. Est-ce mépris ? Non sans doute.

Il nous faut aller au fond des réalités que veulent expliciter la pensée et le message de Jésus.
Les disciples ne s’inscrivent pas dans sa logique. Ils réagissent comme le relate la parabole de l’importun (Luc 18. 5), qui réveille son voisin et n’obtient satisfaction qu’en raison de son sans-gêne, et non pas en raison de l’amitié ou de proximité. « Elle nous poursuit de ses cris ! »

La réponse de Jésus est ambiguë si l’on en reste « à la surface. » Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël. » Non pas aux seuls vrais et authentiques fidèles de la Torah. Ces « brebis perdues », ne seraient-ce pas aussi tous les païens dont parlent si souvent les prophètes et les psaumes. Ils ne sont pas des étrangers pour Dieu, ils sont à lui. « … pour nous …pour les nations. » comme l’évoque le psaume.

Les silences de Dieu, les païens les connaissaient, mais Jésus vient leur parler. Les juifs les connaissent aussi, peut-être plus durement, parce qu’ils ont été poursuivis par sa Parole, alors que les païens poursuivent Dieu de leurs appels. (Matthieu 15. 23)

Si nous aussi nous poursuivons Dieu, dans ce que nous appelons ses silences, n’est-ce pas parce que nous n’avons répondu à ses appels que par nos silences …

L’ALLIANCE ET LA FOI

Au terme de ce dialogue entre le Christ et la syro-phénicienne, se trouve une réponse. C’est la foi qui détermine l’Alliance avec Dieu et non pas seulement l’appartenance à un peuple ou la mise en œuvre de la Torah.

La foi n’est pas seulement une élévation de notre âme vers Dieu. La foi se définit alors comme une espérance irréfutable, malgré tout, malgré les aléas, les échecs et les silences. Elle porte la certitude que notre histoire personnelle peut s’insérer dans l’histoire de Dieu, une histoire qui devient commune. C’est vers Lui que nous avons à nous déplacer.

La réponse du Christ prend alors une autre dimension. Non, femme, tu n’est pas perdue, tu n’es pas hors du véritable Israël. Ta foi t’intègre dans le Royaume définitif que Dieu a voulu réaliser en son Fils. Les étrangers sont tout autant attachés au service du Seigneur que les Juifs. « Ma maison sera maison de prière pour tous les peuples. » (Isaïe 56. 7)

En fait les païens ne sont pas plus désobéissants à la volonté de Dieu que les Juifs. Tout l’enseignement du Christ, repris par saint Paul, le répète avec insistance. « Vous avez désobéis… vous avez obtenu miséricorde. »

C’est la foi, plus que l’obéissance à des principes ou à des rituels, qui constitue l’appartenance au Peuple de Dieu.

QUAND ILS SERONT REINTEGRES

Il y a là une leçon pour notre temps. Nous sommes inséparables de la Première Alliance. Jésus est venu la rendre « complète » comme il le dit dans le sermon sur la Montagne.

Pour les juifs, le don est irrévocable, même si pour l’instant ils paraissent être mis à l’écart et non pas remplacés, pour reprendre l’expression de saint Paul dans la lettre aux Romains. Il est le Dieu de tous. Les étrangers comme ceux qui observent le sabbat, il les conduit à sa montagne sainte, celle où il a proclamé son Alliance au désert, celle où le Christ s’est offert en réconciliation pour le salut du monde. « Il n’y a plus ni juif ni païens, vous êtes au Christ. » (Galates 3. 28)

Les païens ont désobéi, dit saint Paul aux Romains, ils ont été réconciliés. Les juifs aussi. Tous ont été enfermés, et chacun d’une manière différence, dans « la désobéissance », ils sont désormais tous réintégrés par la miséricorde.

Qu’arrivera-t-il alors ? Saint Paul s’exclame : « La Vie ! » pour tous ceux qui étaient morts, juifs et païens et qui sont les héritiers d’un même héritage.

***
« Répands en nos cœurs la ferveur de ta charité afin que t’aimant en toute chose et par dessus tout nous obtenions l’héritage promis qui surpasse tout désir » (oraison au début de la messe)

 
DIMANCHE 24 AOUT 2014
VINGT-ET-UNIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 


Lectures bibliques : Isaïe 22. 19 à 23 : "Il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda."
Psaume 138 : " Seigneur éternel est ton amour, n’arrête pas l’oeuvre de tes mains."
Lettre de saint Paul aux Romains. 11. 36 : "Tout est de Lui et par Lui et pour Lui."
Evangile selon saint Matthieu 16 13 à 20 : " Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux."

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Notre foi n’est pas indifférente à Dieu, car elle est une réponse à sa Parole et la mise en oeuvre par chacun de nous de la Grâce reçue.

LES ETAPES DE LA FOI DE PIERRE

Pour Pierre, la foi fut un acte d’adulte. Comme tous les jeunes juifs, il avait entendu parler du Messie, il avait prié les psaumes de David, il avait écouté le rabbin de Capharnaüm chanter l’espérance d’Israël. La semence était tombée en bonne terre.

Aujourd’hui, ces racines vont s’épanouir grâce à la Parole de Jésus. Plusieurs fois durant les années passées avec lui, il devra progressivement approfondir cette adhésion totale, avec toutes les alternances dues à sa faiblesse et que nous connaissons nous-mêmes. Mais chaque fois, il se reprendra et jamais ne s’arrêtera.

1 - La première rencontre se fit par un intermédiaire, son frère André, disciple comme lui de Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain. C'est un chercheur de Dieu : " Nous avons trouvé le Messie" (Jean 1. 41). Pierre n’est pas le premier appelé, c’est André. Ce qui ne l’empêchera pas de devenir celui qui a son tour recevra la charge de confirmer la foi de ses frères.

2 - Puis, à Cana, au cours d’un repas de noces, Pierre fut témoin du premier miracle de Jésus et "ses disciples crurent en Lui" (Jean 2. 12).. C’est une foi d’admiration, une foi d’étonnement qui confirme ce que lui a dit André et ce qu’il a déjà ressenti auprès du Christ.

3 - A la fin d’une nuit de pêche bredouille transformée en pêche miraculeuse, Pierre et son frère André sont appelés :"Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes" (Luc 5. 10). Ce jour-là, ils quittent tout, famille et métier, pour suivre Jésus. Sa foi se traduit désormais par le don de lui-même " Celui qui veut être mon disciple..."

4 - Après quelques mois, les Douze sont envoyés en mission pour prêcher. Ils reviennent tout heureux des miracles qui accompagnent leur prédication (Mathieu 10. 1 à 10). Ils ont expérimenté la foi qui transporte les montagnes.

5 - Bien plus, Pierre est au Mont-Thabor et Jésus lui découvre "sa gloir divine. Il est nommé en tête des trois intimes qui seront témoin direct de la résurrection d’une petite fille. (Marc 5. 37) Un événement qui doit marquer un homme !

LA PROFESSION DE FOI

Jusque là Pierre a fait, si l’on peut parler ainsi, l’inventaire de la foi qu’il découvre, des exigences qu’elle inscrit dans sa vie pour qu’il soit au Christ. Désormais il est entraîné dans son sillage. Sauvé de la noyade, en pleine tempête où il avait marché sur les eaux, Pierre fait sa première profession de foi :"Vraiment tu es le Fils de Dieu." (Matthieu 14. 33)

A quelque temps de là, Jésus leur demande de se prononcer clairement et c’est Pierre qui répond, au nom des autres, de la foi qui est la leur et qui est la sienne. "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant." Il ratifie, il confirme l’exclamation première d’André :"Nous avons trouvé le Messie !" C’est à ce moment qu’il recevra cette charge de la confirmer dans l’Eglise.

Ce qui ne l’empêchera pas de refuser la montée à Jérusalem avec l’annonce de la mort (Matthieu 16. 22). Puisqu’il est Fils de Dieu, la croix et la mort de Jésus sont une trop rude épreuve pour la foi de Pierre que l’on pouvait croire si forte dans son enthousiasme. On est loin de la profession de foi précédente. Il s’entend dire :"Tes pensées ne sont pas celles de Dieu" (Matthieu 16. 23).

La foi demande qu’on adhère à la pensée et à la volonté de Dieu, quoi qu’il arrive, quoi qu’il nous arrive. La Transfiguration devant Pierre Jacques et Jean sera le sceau de garantie :"Celui est mon Fils bien-aimé..." A cet instant, une fois encore le Christ leur confirme sa Passion et sa Résurrection.

PLUS PROFOND QUE DES OPINIONS.

Revenons sur l’évangile de ce dimanche.

Aujourd’hui encore Jésus nous pose cette question de confiance :"Que disent de moi les foules ? ... Et vous que dites-vous ? Pour vous qui suis-je. » Ce n’est pas un sondage d’opinion pour connaître sa cote de popularité. Jésus demande à ses disciples une prise de position personnelle.

Depuis le début de sa vie publique, devant les miracles et les paroles pleines d’autorité du charpentier de Nazareth, une interrogation venait à l’esprit :" Quel est donc cet homme ?" Et les avis sont d’abord partagés. Puis, après le discours sur le Pain de Vie, c’est l’abandon par la foule.

Le Christ ne nous demande pas de refléter les idées des autres, ni même de dire seulement notre idée personnelle. Il nous faut prendre parti. Il nous accule à ne pas nous satisfaire de l’opinion courante. C’est notre réponse existentielle, la nôtre, qu’il attend. « Pour vous, qui suis-je ? »

Et Pierre lui répond sans reprendre l’énumération de la foule : Elie, Jean-Baptiste ou un prophète. Il va droit à l’essentiel. Cette profession de foi va plus loin que les précédentes parce qu’elle est solennellement authentifiée :"Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux."

Nous aussi, avec Dieu, nous ne pouvons aller qu’à l’essentiel. L’acte de foi ne vient pas d’une réflexion humaine de type rationnel ou philosophique, si légitime soit cette recherche. Il faut la Grâce d’une "révélation divine" pour adorer en l’homme Jésus sa divinité, au-delà des apparences. Il le leur avait déjà dit :"Personne ne connaît le Fils sinon le Père et personne ne connaît le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler." (Matthieu 11. 27)

La foi qui est la nôtre doit se situer au même niveau de Grâce.

UNE FOI QUI ENGAGE DANS LA MISSION DE L’EGLISE

En réponse à la profession de Foi, Pierre reçoit une mission, une primauté qui n’est pas celle d’un pouvoir dans une hiérarchie organisée. Il reçoit une responsabilité plus grande pour confirmer ses frères dans leur foi et les aléas qu’elle connaît dans toute vie.

Pierre les connaît tout autant que les autres. Il les connaîtra d’une manière dramatique dans la cour de Caïphe :"Je ne connais pas cet homme !" Et pourtant c’est lui qui sera confirmé dans cette responsabilité, sur les bords du lac après la Résurrection.

Le successeur de Pierre ne sera ni plus fort, ni plus impeccable, ni plus intelligent que lui. Mais Jésus lui a promis un charisme spécial :"J’ai prié pour toi afin que ta Foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères." (Luc 22. 32. Et c’est dans une image que Jésus définit ce rôle :"Tu es Pierre et sur ce Roc, cette pierre, je bâtirai mon Eglise." C’est une grâce particulière et une grande responsabilité.

***

Et nous avons cette possibilité merveilleuse de pouvoir vous appuyer et bâtir sur ce roc. Car nous n’avons pas à vivre notre foi, seul et isolé. Nous avons à la vivre dans l’Eglise et avec l’Eglise. A nous de prier pour qu’elle soit assumée ainsi par chacun, le Pape, les évêques, les fidèles :"Accorde-nous dans ton Eglise la grâce de l’unité et de la paix." (prière sur les offrandes).

 
DIMANCHE 31 AOÛT 2014
VINGT DEUXIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Du prophète Jérémie : 20. 7 à 9 : " Tu as voulu me séduire et je me suis laissé séduire."
Psaume 62 : "Tu seras la louange de mes lèvres."
Lettre de saint Paul aux Romains : 12. 1 et 2 : "Transformez-vous en renouvelant votre façon de penser."
Evangile selon saint Matthieu : 16. 21 à 27 : "Tu es un obstacle sur ma route. Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes."

***

Dimanche dernier, saint Pierre affirmait : "Tu es le Messie, tu es le Fils du Dieu vivant." Devenu Pierre pour affermir la foi de ses frères, il est aujourd’hui « un obstacle sur la route du Christ. »

LE REFUS DE LA CROIX

Les guérisons miraculeuses de Jésus avaient attiré des foules de plus en plus enthousiastes jusqu’au jour de ce miracle de la multiplication des pains et de l’annonce de ce qu’était véritablement le Pain de Vie. Le succès leur avait donné l’idée de le reconnaître comme Messie et de le proclamer roi,

Quand Jésus voulut les faire accéder à un niveau de foi supérieur, en leur proposant "un pain de Vie éternelle, venu du ciel.", cette réussite tourne à la catastrophe : les foules cessèrent de le suivre. Les apôtres eux-mêmes sont ébranlés. Même s’ils attendaient eux aussi le Royaume dès maintenant, le Christ pouvait espérer être suivi jusqu’au bout par son petit groupe des Douze, au moins par Pierre qui venait de lui faire, au nom des autres, une si belle profession de foi.

Or quand il leur annonce qu’il n'est pas pour des réussites populaires mais qu'il est décidé de monter à Jérusalem pour y subir sa Passion, y souffrir, y être tué et ressusciter, il rencontre une telle incompréhension qu’ils ne sont plus des disciples inconditionnels.

SUIVRE LA PENSEE DE DIEU

Car il est dur de suivre Dieu dans ses pensées quand elles nous entraînent au-delà de ce que sommes disposés d’accepter. "Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches." Il a la discrétion de ne pas appeler à la rescousse les autres. Il peut bien lui parler à cœur ouvert puisqu’il a reçu la confiance de Jésus :"Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. !"

Sous-entendu, "Tu es le Fils du Dieu vivant." C’est avec tout son bon coeur généreux que Pierre essaie d’encourager Jésus à éviter la Croix et la mort. Qu’il reste en Galilée, province écartée, loin de Jérusalem.

Par cette proposition, Pierre, d’une certaine façon, rejoignait celle du Tentateur qui, au début de la vie publique, avait suggéré à Jésus un messianisme plus facile et sans souffrances :" Les anges te protégeront de peur que ton pied ne heurte une pierre. (Matthieu 4.16) Et voilà que Pierre heurte le Seigneur dans sa marche vers Jérusalem.

Jésus avait choisi un autre messianisme, celui du "Serviteur souffrant" dont parlait Isaïe : "C’étaient nos souffrances qu’il portait. C’est par nos péchés qu’il était broyé... Il intercédait pour les pécheurs." (Isaïe 53. 3 et 12) D’une certaine manière, le messianisme proposé par Pierre résonne comme l’écho de celui qu’avait proposé Satan lors de la tentation au désert. Jésus explose en un cri d’horreur :" Arrière, Satan ! tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes !"

Personne ne pourra empêcher Jésus de sauver le monde au prix du sang versé et de sa croix rédemptrice car "il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime."

Plus tard, dans la nuit de Gethsémani, Jésus fera rengainer son épée au même pauvre Pierre, en lui disant :" Comment pourrais-je refuser la coupe que le Père m’a donné à boire ?" (Jean 18. 11)

QU’IL ME SUIVE

"Passe derrière moi !" avait-il déjà dit à Pierre. C’est-à-dire, marche à ma suite, prend ta croix et cesse ainsi d’être un obstacle devant moi. Dans le jardin de Gethsémani, le Christ lui offre son chemin de croix qui est un chemin du don de l’amour.

Il nous l’offre à nous aussi, car, comme Pierre, il nous faut entendre la totalité du message, la Passion et la Résurrection.

Que nous le voulions ou non, même avec la plus grande vigilance, la mentalité actuelle qui nous entoure, imprègne nos propres réactions. Ecoutons notre manière de parler, elle est significative. Quand l’Eglise parle de Vérité, nous parlons de sincérité. Quand elle parle d’engagement, nous répondons : épanouissement. Quand elle nous rappelle nos devoirs, nous répondons par nos droits. Nous ne voulons vivre le futur que dans l’immédiat.

La charité elle-même est souvent réduite à n’être qu’une solidarité. Et l’on pourrait continuer ainsi. Même si nous sommes attentifs à ne pas succomber dans la faute, nous jugeons bien souvent que le bonheur humain doit être vécu comme un épanouissement, dans l’immédiat puisqu’il est un don de Dieu.

C’est vrai qu’il est don de Dieu. Mais dans quel sens devons-nous l’entendre ? Lors de chaque Eucharistie, en amplifiant la demande "Délivre-nous du mal, » nous disons : "Rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ Notre-Seigneur." Méditons ces paroles de la liturgie. Quel bonheur ? Quel avénement ?

Quand il nous propose de le suivre, le Christ nous propose une logique autre que celle des hommes. C’est la logique de l’amour. Et il n’y a pas d’amour vrai, durable, profond, sans renoncement à soi-même pour le bonheur de l’autre.

Jésus ne nous demande pas d’aimer la souffrance et le renoncement pour eux-mêmes. Il nous demande avant tout d’aimer jusqu’au bout pour le suivre, gagner, réussir notre vie. Ce but est infiniment positif puisqu’il est l’avènement de Jésus-Christ, selon la prière eucharistique.

Pierre n’a retenu que l’annonce de la Passion douloureuse, pour la refuser. Il n’a pas entendu la Résurrection que Jésus annonçait, c’est-à-dire l’avènement dans la Gloire, la réussite du salut éternel. Mais Jésus veillera sur lui avec sollicitude, au milieu des embûches de la Passion. "J’ai prié pour toi", lui a-t-il dit, afin que ta foi ne disparaisse pas. Quand tu seras revenu, affermis tes frères." (Luc 22. 32)

Quand nous suivons Jésus en portant nos croix avec Lui, songeons à cet avènement, à cette joie qui approche. Jésus voit bien plus loin que Pierre, bien plus loin que nous. " Transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître ce qui est la volonté de Dieu" (Romains 12. 2)

***

"Resserre nos liens avec toi, pour développer en nous ce qui est bon en nous. Veille sur nous avec sollicitude pour protéger ce que tu as fait grandir" (Prière d’ouverture de la messe)

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