Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


Dimanche 26 avril : Quatrième dimanche de Pâques
Dimanche 3 mai : Cinquième dimanche de Pâques
Dimanche 10 mai : Sixième dimanche de Pâques
Dimanche 17 mai : Septième dimanche de Pâques
Dimanche 24 mai : La Pentecôte
Dimanche 31 mai : Célébration de la Trinité
Dimanche 7 juin : Fête du Saint Sacrement



DIMANCHE 26 AVRIL 2015
QUATRIEME DIMANCHE DE PAQUES


Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres. 4. 8 à 12 : »En dehors de lui, il n’y a pas de salut ».
Psaume 117 « Il est devenu la pierre d’angle. »
Lettre de saint Jean. 1 Jean 3. 1 à 12 : » Nous serons semblables à lui. »
Evangile selon saint Jean . 10. 11 à 18 : »J’ai le pouvoir de donner la vie. »

***

QUI DONC EST-IL POUR NOUS ?

Malgré leurs apparentes différences, les textes de ce dimanche présentent une unité certaine si nous les lisons à la lumière de la personnalité de Jésus, comme les apôtres, dans leurs témoignages veulent en faire pressentir l’infinie richesse aux Juifs et aux premiers chrétiens.

Ces Juifs attendaient le Messie. Certains avaient espéré que Jésus pouvait être l’un des sauveurs de cette période qui connaissait tant de rébellion contre l’occupant romain. Ils sont décontenancés par ce qu’en disent Pierre et les autres disciples : « Il est le seul qui puisse nous sauver ». Or il ne l’a pas fait. Le salut qu’apporte Jésus ne correspond ni à leur espérance libération terrestre ni à la figure du Messie qu’ils ont élaborée au travers des Ecritures.

Le communauté chrétienne, elle, a approfondie la révélation qu’elle a reçue. Mais ses attentes ont encore besoin d’être élargies, approfondies et purifiées.

Il en est de même pour nous, dans notre vie et tout au long du déroulement de notre vie. Le Christ semble parfois loin de nos préoccupations immédiates qui souhaitent et attendent la réalisation d’une société plus juste. Saint Jean a besoin de rappeler que l’essentiel n’est pas exactement ce dont nous rêvons humainement parlant : »Voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés. »

Il n’hésite pas à reprendre ls termes même de Dieu au jour de la création d’Adam et Eve (Genèse 1. 26) « Nous serons semblables à lui. » Non pas en raison de nos propres forces, mais « parce que nous le verrons tel qu’il est. »

La mission de Jésus est de nous réintroduire dans le « Paradis Perdu », de nous conduire auprès du Père parce qu’il est le berger authentique. Son amour en est la garantie : »Le Père m’aime parce que je donne ma vie … je donne ma vie pour mes brebis. » Il n’y a là aucun appétit de puissance. Il n’y a qu’un débordement d’amour : »Eternel est son amour… mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur. »

L’oraison qui ouvre la liturgie de ce dimanche est claire dans sa simplicité : »Guide-nous jusqu’au bonheur du ciel. Que le troupeau parvienne, malgré sa faiblesse, là où son pasteur est entré victorieux. »

PAR DELA UNE VISION IMMEDIATE

Fréquemment, dans l’Ancien Testament, il est dit que Dieu est le berger de son Peuple (Genèse 49. 24 – Jérémie 31. 10 – Michée 7. 14, etc …) Cette comparaison s’enracine dès le début de l’histoire sainte, parce que le peuple choisi était un peuple de bergers nomades qui sont en marche vers la Terre Promise, depuis Abraham et son départ d’Ur en Chaldée, depuis Moïse le berger qui reçoit la révélation au Buisson ardent dans le désert, depuis David le petit berger de Bethléem.

La parabole du pasteur, pour Jésus, mène plus loin que la reprise de ce thème biblique. Il n’est pas seulement un conducteur de son peuple. Il est plus que cela. Entre le Père et Jésus, la réciprocité d’amour est telle qu’elle devient source de vie, parce qu’en lui, le commandement et la liberté s’identifient l’un à l’autre. « J’ai le pouvoir de l’offrir et j’ai le pouvoir de la donner. Tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père. « (Jean 10. 18)

La Bonne Nouvelle aux yeux de saint Jean (1 Jean 3. 1), c’est que soit étendue à tous les hommes cette connaissance personnelle, parfaite et intime qui existe entre Jésus et son Père, à tous les hommes, même à ceux qui ne sont pas de cette bergerie.

Si nous transposons cela aujourd’hui, Jésus nous dit pas seulement au peuple des baptisés. Quand l’Eglise actualise pour nous la Bonne Nouvelle par ses sacrements comme en chaque Eucharistie, il atteint tous les hommes, dans le mystère de la grâce : » le sacrifice de toute l’Eglise pour la gloire de Dieu et le salut du monde » disons-nous au moment de l’offertoire.

UNE VISION D’EGLISE

L’image de Jésus comme bon pasteur est l’une des plus traditionnelles du christianisme. On la trouve dès les catacombes. Elle concerne à la fois la personne de Jésus et son ministère. Il réintègre a brebis perdue dans le troupeau, avec la tendresse attentive du berger qui, sur ses épaules, ramène à la bergerie la brebis égarée (Matthieu 18. 12). Il lui fait retrouver sa place, lui donne la possibilité de partager à nouveau les mêmes pâturages.

Si l’on prend l’évangile de Jean dans une vision plus large, l’on peut remarquer que la discours du Bon Pasteur inaugure l’Eglise qui est un peuple rassemblé. Les autres brebis qui ne sont pas de la bergerie doivent pouvoir retrouver l’unité perdue « Un seul baptême, une seule foi, un seul Dieu et Père. »

Jésus nous conduit à la découverte de la vie partagée avec Dieu. « Il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. Le monde ne peut pas nous connaître parce qu’il n’a pas découvert Dieu. »

L’Eglise n’est pas d’abord et seulement un rassemblement d’hommes qui pensent la même chose et partagent les mêmes idées. Elle est essentiellement la communion des hommes qui partagent la vie divine dans le Christ Jésus. Quand ils découvrent Dieu, ils peuvent vivre cette communion.

UN LIEU D’AMOUR

Nous ne pouvons pas vivre que d’idées, si nobles soient-elles. Nous ne pouvons vivre que de Lui. « Le Père m’aime parce que je donne ma vie. »

D’où la richesse du ministère que le Christ remet à ses apôtres. Il leur demande d’être à leur tour des bergers, non pas pour commander, mais pour être de ceux qui, comme lui, conduisent au Père par amour. Il en donne la charge à saint Pierre malgré ses insuffisances et son triple reniement. A ce moment-là, il reprend l’expression de la relation qui existe entre son Père et lui : »M’aimes-tu ? »

Quand il en a reçu la réponse et la certitude : »Tu sais bien que je t’aime » (Jean 20. 15), il peut lui confie sa mission de médiation : »Pais mon troupeau, pais mes brebis. » Le Christ est l’unique pasteur comme unique est son amour qui réalise en lui la vie trinitaire en un échange éternel et infini du Père et du Fils et de l’Esprit.

Il confie sa mission au « collège apostolique ». L’Eglise dans cette perspective, n’est pas une société ni une administration hiérachisée comme beaucoup de non-croyants la considèrent, selon un organigramme : le pape, ses services, les évêques, les prêtres, les fidèles.

Dans la perspective évangélique elle est ce lieu unique où se transmet la Parole et la grâce des sacrements. Elle n’est pas un lieu où s’élabore une religion en y accommodant selon les périodes, des points de vue évolutifs. Elle est essentiellement le lieu de la Vie reçue du Père et du Fils et de l’Esprit. C’est le Bon Pasteur qui la lui transmise.

***

Le Père m’aime parce que je donne ma vie. » Et nous ? Quelle réponse donnons-nous à cet te incessante question : »M’aimes-tu ? »

Incessante question à cause de nos faiblesses et de nos reprises. « Malgré notre faiblesse », nous fait dire l’oraison d’ouverture de la liturgie de ce dimanche. Notre réponse doit dépasser une simple déclaration affective, elle nous engage dans cette communion qui fut celle du Christ en son Père.





DIMANCHE 3 MAI 2015
CINQUIEME DIMANCHE DE PAQUES



Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres. 9. 26 à 31 : « Ils ne pouvaient pas croire que lui aussi était un disciple du Christ. »
Psaume 21 : On proclamera sa justice au peuple qui va naître. »
Lettre de saint Jean. 1 Jean 3. 18 à 24 : « Dieu est plus grand que notre cœur. »
Evangile selon saint Jean. 15. 1 à 8 : « En dehors de moi vous ne pouvez rien faire. »

***

La marche de l’Eglise du Christ est comme celle du Peuple de Dieu en Israël. Elle est faite d’une avancée qui, parfois, est remise en cause parce que les hommes qui la constituent sont en effet des hommes limités, faibles et imparfaits. « Mais Dieu est plus grand que notre cœur. » L’Eglise en fait chaque jour l’expérience.

UNE PREVENTION DIFFICILE A SURMONTER

« Ils ne pouvaient pas croire que lui aussi était un disciple du Christ. » Dans un premier mouvement, bien compréhensible d’ailleurs, ils ne laissent pas entrer dans leur groupe ce Paul qui, pour eux, est encore Saul. Ils ont, à son égard, quelques méfiance, même s’il veut se joindra à eux. Le texte grec nous le dit en utilisant d’ailleurs une expression que nous utilisons : »collastai » « se coller », « Il essayait de coller, de se joindre aux disciples. »

Ils étaient méfiants, car le baptême que Paul avait reçu était la décision d’un juif devenu disciple de Jésus, vivant hors de Judée, Ananie. Cette entrée dans l’Eglise n’avait pas été faite dans l’Eglise-mère à Jérusalem et sans la prévenir, à Damas. Le verset 27 le rappelle. Vues de loin, les attitudes de Paul pouvaient paraître étranges, voire suspectes. Ne serait-ce que par son rapide revirement.

L’autre prévention vient de ce que Paul s’adresse aux Juifs de langue grecque. S’il est bien un disciple de Jésus, la communauté de Jérusalem, qui représente une certaine tradition liée directement au ministère du Christ et au ministère apostolique, est en droit de se demander pourquoi sa prédication n’est pas coordonnée et reste extérieure à celle du groupe des autres disciples. Pourquoi a-t-il décidé de prendre une telle attitude à leur égard ?

Il leur fallait donc une garantie. Elle leur sera donnée par Barnabé, un homme influent bien que ne faisant pas partie du groupe de ceux qui avaient suivi Jésus. Il était de Chypre. Mais il avait pour lui qu’il appartenait à la tribu de Lévi. Appartenance importante parce que les lévites sont consacrés au service du Seigneur. Juif converti, disposant de quelque fortune, il avait tout donné à l’Eglise (Actes 4. 36).

Il ne laisse pas Paul prêché seul. Il le prend avec lui et ainsi l'insère dans l'Église. Il le présente non pas seulement aux seuls disciples mais aux Apôtres qui sont les responsables de cette communauté. Il rappelle l’une des conditions pour être parmi les Apôtres : »Avoir connu le Seigneur et être témoin de sa résurrection. » (Actes 1. 21) Ce qui est le cas de Paul depuis le chemin de Damas.

AVEC ASSURANCE

Grâce à Barnabé et parce qu’il remplit cette double condition, Paul est incorporé au collège apostolique. « Paul allait et venait dans Jérusalem avec les Apôtres, prêchant avec assurance, le nom du Seigneur, » (Actes 9. 28) comme les Apôtres eux-mêmes (Actes 4. 31). Ce terme d’assurance « parrésiazesthaï » se retrouve dans Actes 14. 3 et 19.8 – Jean 7. 4 et 16. 25) Il signifie le « franc parler-, parler clairement devant tout le monde, en public, librement, de la liberté que donne le fait d’être sûr.

Au travers de ces événements : méfiance à l’égard de Paul et influence d’un homme inattendu et hors norme, difficultés rencontrées, assurance renouvelée, etc … nous retrouvons des situations qui sont nôtres dans nos Eglises, entre elles et en chacune d’elles, quand apparaissent des hommes, des femmes ou des communautés « prophétiques ». C’est à l’Eglise de garantir leur mission.

L’EGLISE ACCOMPLISSEMENT DE LA PROMESSE

Cet épisode de l’introduction de Paul dans l’Eglise se termine par une présentation sommaire de la situation en ces années 40. Ce n’est pas un tableau idyllique, mais la « réalisation de la Promesse faite à nos Pères. » Une description qui est aussi une constatation :l’Esprit de Dieu assiste l’Eglise dans la Vérité qu’elle proclame (Jean 16. 12 et 13) en réalisant ce qu’annonçait les Ecritures.

« L’Eglise était en paix dans toute la Judée… elle se construisait, elle avançait, elle se multipliait. » dans la Paix, qui accompagne la venue du Messie : »On lui donne ce nom : Conseiller merveilleux, Dieu fort, Prince de la Paix. Etendu est son empire dans une paix infinie. » (Isaïe 9. 5 et 6)

Elle se construisait comme se reconstruit le Temple, la reconstitution du Peuple de Dieu dans la perspective de la Nouvelle Alliance. « Je veillerai sur eux pour bâtir et planter. » (Jérémie 31. 28 à 38). Elle avançait d’une marche qui est à la fois celle de l’Exode dans le désert et celle des exilés qui retournent en Terre Sainte après l’exil. (Isaïe 40. 1 à 4)

C’est aussi le retour au bercail évoqué dimanche dernier avec le bon pasteur.

Elle se multipliait, non seulement parce que Dieu est le maître de toute croissance, mais parce qu’il a promis à Abraham de multiplier sa descendance comme les étoiles du ciel (Genèse 15. 5). Promesse faite par le Christ : »Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera beaucoup de fruit. » (Jean 15. 1 à 8) comme nous le rappelle l’évangile de ce dimanche.

En quelques liges, nous voyons les promesses de Dieu s’accomplir dans cette petite Eglise naissante, malgré les premières persécutions et certaines dissensions toute humaines. Nous avons à les vivre aussi.

L’ESPRIT DE DIEU REPOSE SUR ELLE

Nous connaissons cette parole d’Isaïe que Jésus reprend pour lui-même à Nazareth : »L’Esprit de Dieu repose sur moi. » (Luc 4. 16) Quand l’auteur des Actes conclut la situation de l’Eglise par ces mots « avec l’assistance de l’Esprit-Saint », ce n’est pas une clause de style ou une pieuse mention. C’est la preuve de la continuité qui, dans l’Eglise, s’origine dans la vie même du Christ et de Dieu. La Pentecôte des Douze est désormais celle de toute la communauté, de toute l’Eglise.

Les Apôtres en ont conscience. Ils l’ont dit par la bouche de Pierre (Actes 2. 16) qui cite explicitement le prophète Joël : »Je répandrai de mon Esprit sur toute chair. » (Joël 3. 1à 5). L’Esprit a bien été donné à son Eglise et son action peut être constatée. Pour désigner cette action, qui est mode de sa présence, la traduction « assistance » ne rend pas la plénitude du sens du terme grec du livre des Actes : »paraklesei » signifie à la fois présence au côté de quelqu’un, soutien, assistance, consolation.

C’est ce même terme que Jésus avait lui-même employé au soir du Jeudi-Saint pour dire cet accompagnement de l’Eglise par l’Esprit de Vérité (Jean 14. 16 – 14. 18 – 15. 26)

La traduction par « consolation » ne signifie pas calmer une peine ou une tristesse. Elle est la constatation que la promesse se réalisé, que le salut est un événement d’aujourd’hui. Le vieillard Siméon attendait « la consolation d’Israël » paraclèsin Luc 2. 25) Saint Luc ajoute : »L’Esprit Saint était sur lui » comme il l’est en ces jours pour l’Eglise naissante.

EN ACTES ET EN VERITE

Pour Jésus au soir du Jeudi-Saint comme pour l’auteur des Actes des Apôtres, ce terme est en même temps une action de grâce dans la certitude qui est donnée à l’Eglise. Il a une signification pascale : les temps messianiques sont venus et se réalisent dans l’Eglise. Ils ne sont plus une promesse pour un futur à venir.

Saint Jean nous l’exprime ainsi dans sa lettre citée en ce dimanche : »Nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. En agissant ainsi, nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité et, devant Dieu, nous aurons le cœur en paix. »

Nous aussi nous avons reçu l’Esprit de Vérité au jour de notre Baptême. « En actes et en vérité » ce doit être notre réponse aux paroles que le Christ adresse à ses Apôtres au soir du Jeudi-Saint, et, par delà, à tous ceux que le Père lui a donnés (Jean 17. 1 à 5). Nous avons donc à porter beaucoup de fruits : »Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit. » (Jean 15. 8)

***

La prière sur les offrandes de ce dimanche traduit ainsi notre réponse : » Tu nous fais participer à ta propre nature divine. Puisque nous avons la connaissance de ta vérité, accorde-nous de lui être fidèle par toute notre vie. »

A l’aujourd’hui de Dieu doit répondre l’aujourd’hui de l’homme.




DIMANCHE 10 MAI 2015
SIXIEME DIMANCHE DE PAQUES


 

Lectures bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres. 10. 25 à 48 : « Les païens avaient reçu à profusion le don de l’Esprit-Saint. »
Psaume 97 : « La terre toute entière a vu la victoire de notre Dieu. »
Lettre de saint Jean. 1 Jean 4. 7 à 10 : « Dieu est amour ... il a envoyé son Fils dans le monde pour que nous vivions par Lui. »
Evangile selon saint Jean. Jean 15. 9 à 17 : « C’est moi qui vous ai choisis. »

***

Les Actes des Apôtres nous offrent une vision de l’Eglise qui rejoint la réalité que nous vivons aujourd’hui.

LE SIGNE DE DIEU

Le chapitre 10 n’est pas le simple descriptif d’un événement. C’est un des grands tournants de la vie de l’Eglise naissante, dont nous devons suivre le déroulement afin de vivre de l’intérieur la décision qui lui donnait, à ce moment-là, la possibilité de son épanouissement dans le monde grec et romain.

Beaucoup de choses sont en jeu et, en premier lieu, la fidélité à la pensée de Dieu, exprimée par Jésus de Nazareth, le ressuscité. Nous pouvons aussi mieux ressentir le pourquoi de l’orientation prise par les apôtres, à la suite de saint Pierre.

Les explications de saint Pierre n’emportent pas immédiatement les convictions. C’est un signe venant de Dieu qui sera déterminant. Cette irruption de l’Esprit-Saint, inattendue, rappelle à tous la Parole de Jésus au soir du Jeudi-Saint : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. C’est moi qui vous ai choisis... qui vous choisis. Quand viendra le défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui vient d’auprès du Père, celui-ci témoignera de moi. » (Jean 15. 9 et suivants)

Quand arrive le moment de décider de l’accueil des non-juifs, Pierre pourra s’appuyer sur cette confiance et sur cette parole. Il délie l’entrave qui empêche les non-juifs de rejoindre pleinement le Royaume de Dieu.

L’ESPRIT DE DIEU AGIT COMME IL VEUT.

Pierre veut entraîner la jeune communauté à accepter le centurion Corneille et, au delà de lui, tout païen. Une attitude que le Pape François nous rappelle sans cesse.

Et Dieu ratifie ce qu’il dit. L’Esprit de Dieu va reposer sur un païen. Même si ce centurion est un « craignant Dieu », même s’il est sympathisant du peuple juif, il n’en reste pas moins à la porte. Il n’est pas circoncis.

Bien des païens, agrégés au peuple juif, l’étaient par le rite de la circoncision. Nous en voyons parmi les compagnons d’Etienne, le premier martyr (Actes 6. 5). Corneille n’est pas et ne sera pas circoncis. Désormais l’accès du Royaume dépend de l’efficacité de la Parole de Dieu, du Verbe de Dieu. Il ne dépend plus de l’application de la loi de Moïse. Il dépend de l’Esprit que Jésus envoie : « Le pardon des péchés est accordé, par son nom, à quiconque met en lui sa foi. » (Actes 10. 43).

Le centurion romain pourra entrer dans le peuple du Royaume. Il ne sera pas une exception d’ailleurs. Tous ceux qui l’entourent reçoivent l’Esprit et seront baptisés. Désormais, l’Evangile n’est plus le privilège des seuls Juifs, pourtant dépositaires de la Promesse.

L'Esprit de Dieu repose sur le Christ qui incarne en lui toute l'humanité.

Saint Luc avait relevé cette parole du Christ : « Il faut proclamer en son nom la conversion, pour la rémission des péchés, à toutes les nations en commençant par Jérusalem. » (Luc 24. 27). « Vous recevrez une puissance venant du Saint-Esprit sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Actes 1. 8).

C’est la mission de saint Pierre de rendre possible cette propagation de l’Evangile, tout autant que la réalisera saint Paul, auprès des Hellénistes, en rejoignant le collège apostolique. (Actes 9. 28)

L’ENTREE DES PAIENS DANS L’EGLISE

Cette entrée est donc le fait de l’Esprit-Saint lui-même qui bouscule les apôtres. A cette date, ils étaient encore tout imprégnés de l’obligation de prolonger la révélation mosaïque sans la renier, mais en l’incluant dans la révélation évangélique. Pierre veut les y conduire, mais ce discernement ne leur est pas facile.

Pas plus qu’à nous d’ailleurs dans des circonstances qui peuvent présenter quelques similitudes. L’Esprit-Saint alors nous bouscule, ne serait-ce que par ce concile Vatican II inattendu par ses orientation et ses décisions.

A Césarée, c’est Dieu lui-même qui prend en main les événements, au moment où Pierre explique à la communauté le sens du message dont il tire lentement les conclusions : « Son message, il l’a envoyé aux fils d’Israël. » Pierre dépasse déjà le peuple juif, car Israël, ce sont aussi ces Samaritains avec qui les habitants de Judée évitaient de parler. Pierre fait même un pas de plus : « Le Christ est le Seigneur (« kurios ») de tous les hommes. »

Il n’a pas le temps de terminer sa longue démonstration que l’Esprit-Saint, sans en attendre la conclusion, s’empare de tous ceux qui l’entendaient. Pierre en tire les conséquences. Nous sommes dans une autre logique : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit-Saint comme nous. »

LA PENTECOTE DES PAIENS

Plusieurs commentateurs emploient cette expression : « pentecôte des païens ». Elle est éclairante, mais elle peut devenir fausse si nous l’entendions comme la fondation d’une nouvelle Eglise. En fait, l’Esprit renvoie à la Parole de Dieu qui est le Verbe, Jésus-Christ. Il n’est aucune autre Parole de vie pour les Juifs comme pour les païens. Il construit le Corps qui est l’Eglise.

L’Evangile de ce dimanche le rappelle : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour. Comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. » (Jean 15. 10).

A Césarée, Corneille, dans une vision, reçoit l’ordre de faire venir Pierre auprès de lui. C’est un appel de l’ange de Dieu qu’il transmet. A Joppé (Jaffa aujourd’hui), Pierre, de son côté, reçoit dans une vision l’ordre de ne plus faire de distinction entre aliments purs et aliments impurs. Ce n’est pas à lui de décider : « Ce que Dieu a rendu pur, ce n’est pas à toi de le dire souillé. » (Actes 10. 15).

Les émissaires de Corneille arrivent à Joppé et Pierre les reçoit. Tout s’éclaire. C’est l’Esprit de Dieu qui introduit les trois messagers, comme Abraham au chêne de Mambré a reçu trois messagers. Pierre leur offre l’hospitalité. Puis il part avec eux le lendemain et l’Eglise l’accompagne par la présence de quelques frères de Joppé.

Arrivés à Césarée, la rencontre de Pierre et de Corneille se fait au milieu de ses amis rassemblés. L’auteur du livre des Actes a pris soin de ne pas utiliser le mot grec « ecclesia » qui signifierait l’Eglise. Il s’agit d’une assemblée, ce n’est pas encore l’Eglise.

Pierre ne se justifie pas. Il explique l’enjeu de l’événement : « Je saisis que Dieu n’est pas partial. Dans toutes les nations, celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. » (Actes 10. 35). Il est l’écho de la première lettre de saint Jean lue en ce dimanche : « Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu. » (1 Jean 4. 7). Corneille était un « craignant Dieu » et, selon la parole de sa vision, « Ta prière a été exaucée et tes aumônes je les ai remémorées. » Il peut atteindre cette connaissance de Dieu au sens plénier que lui donne la tradition biblique.

Parce qu’ils sont bien de ceux qui aiment, ces païens peuvent recevoir à profusion le don de l’Esprit qui est l’Esprit d’amour. Ils peuvent chanter le psaume 97 : « La terre toute entière a vu la victoire de notre Dieu ! acclamez Dieu, terre entière ! »

L’EGLISE DE JESUS-CHRIST

L’Esprit leur est venu de par l’initiative divine, sans l’accompagnement d’aucun geste, pas même l’imposition des mains, pas même avec cette mention soulignée lors de la Pentecôte : « Ils étaient en prière. » Par contre, ils reçoivent le baptême par un geste qui est le signe de l’appartenance à l’Eglise.

L’attitude des divers participants de cet événement souligne qu’existe déjà une hiérarchie, non pas de commandement, mais une hiérarchie qui confirme que tout vient de Dieu. « Confirme tes frères », avait dit le Christ à Pierre. Dieu n’agit pas en marge de l’Eglise. L’Esprit ne parle pas en dehors de l’Evangile. L’Eglise entend rester fidèle à l’Esprit de Dieu. C’est cela que nous pourrions appeler la hiérarchie dans l’Eglise.

Le centurion romain, même avec tous les mérites qu’expriment les qualificatifs mentionnés (Actes 6. 1 et 2), ne reçoit pas une révélation. Il reçoit l’ordre de faire venir quelqu’un qui lui révélera l’Evangile. Et c’est Pierre qui a reçu cette charge. Il est le garant de l’Eglise. Pierre authentifie le caractère divin de l’événement. Il fait reconnaître par l’Eglise la grandeur de l’initiative divine : c’est bien l’Esprit qui est venu.

Il est actuellement des dérives spirituelles qui sont dues à ce refus ou à cette négligence d’inscrire nos actes et notre foi dans la foi de l’Eglise. « Nous voici devant toi pour écouter ce que le Seigneur t’a prescrit de nous dire. » (Actes 10. 33). Nous avons encore besoin aujourd’hui de cette attitude ecclésiale du centurion.

L’Eglise est le lieu où toute initiative, apparemment humaine, prend sa valeur de grâce dans l’Esprit de Dieu. « C’est lui qui nous a aimés. » (1 Jean 4. 10). « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. C’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous donniez du fruit, et un fruit qui demeure. » L’Eglise authentifie que ce n’est pas une illusion personnelle. Ce que nous vivons ainsi est bien l’œuvre de Dieu.

***

Notre réponse ne peut se contenter de n’être que celle qui vient de nos seuls points de vue. Elle doit reconnaître et rejoindre le don de Dieu. « Purifie-nous et nous correspondrons davantage aux sacrements de ton amour » nous fait dire la prière sur les offrandes en ce dimanche.




DIMANCHE 17 MAI 2015
SEPTIEME DIMANCHE DE PAQUES

 

Références bibliques :
Les Actes des Apôtres. 1. 15 à 26 : «Avec nous, témoin de sa résurrection.»
Psaume 102 : «Béni son nom très saint, tout mon être !»
Lettre de saint Jean : 1 Jean 4. 11 à 16 : «Son amour atteint en nous sa perfection ».
Evangile selon saint Jean. 17. 11 à 19 : «Qu’ils soient consacrés en vérité.»

***

La prière de Jésus à son Père ne peut être reçue dans votre vie que par une longue méditation spirituelle. Ici Jésus se situe au cœur de l’unité divine, ou plus exactement, Jésus lui dit que nous, ses disciples, nous pouvons atteindre cette unité et la vivre en vérité.

PERE SAINT

La sainteté n’est pas une séparation du profane. En Dieu, rien ne peut être négatif. La sainteté, c’est la pureté dans sa plus haute perfection.

Il le leur a dit : «Soyez parfaits comme mon Père.» (Mt 5. 48) Au soir du Jeudi-Saint, Jésus demande à son Père que ses disciples, à leur tour, aient et gardent cette perfection, cette « sanctification » (Jean 17. 17).

Ils ont une foi solide mais il faut qu’ils y persévèrent « dans ton nom ». L’adhésion à la connaissance qu’ils avaient de Jésus, doit être aussi l’adhésion à la connaissance de Dieu. C’est dans ce sens qu’il leur a appris à le dire dans le «Notre Père.»

Désormais, il faut qu’ils vivent au quotidien selon la connaissance qu’ils ont de Dieu, par Jésus. Le lien qui unit le Père et le Fils, doit être et sera aussi le leur.

Ce nom, cette connaissance, les gardera dans l’unité. Ils pourront être, entre eux aussi, une seule communauté d’esprit et d’âme, parce que cette communauté est constituée par l’unité qu’ils vivent en l’unité du Père et du Fils. «Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous.» (1 Jean 4. 12)

VIVRE DANS LE MONDE

Dans cette prière à son Père, Jésus ne dissocie pas son humanité de sa divinité. Durant sa présence immédiate auprès d’eux, il les gardait dans cette fidélité. Mais il rejoint son Père, sans pour autant être absent de ce monde. Dieu n’est jamais absence. Il est parfois silence pour qui ne sait pas entendre. Il est toujours présence, même quand elle difficile à pressentir.

Ce qu’il demande pour eux, c’est que soit en eux la joie intense qui est celle de la vie trinitaire, du Père et du Fils et de l’Esprit. Une joie parfaite. (Jean 3. 29) comme la sienne. Une joie en plénitude.

S’il est venu dans le monde, c’est pour accomplir la mission que le Père lui a confiée. A leur tour, ils sont chargés d’une mission. Il ne demande pas qu’ils quittent ce monde, sinon ils ne pourraient pas la remplir (Jean 13. 1), puisque lui-même est venu pour elle dans le monde. Il suffit que le Père les préserve des mauvais éléments qui sont dans le monde. L’unique nécessaire est de les préserver de la contagion du mal.

La traduction liturgique a pris le parti de personnifier ce mal en parlant du Mauvais. Ni saint Augustin, ni saint Jean Chrysostome ne veulent commenter ainsi ces paroles de Jésus. Pour eux, il serait étrange que Jésus regarde ses disciples comme une sorte d’enjeu entre son Père et Satan, comme si les disciples n’avaient à se préoccuper que des tentations diaboliques.

Certes, l’influence du démon n’est pas à perdre de vue. Mais, dans son commentaire de ce passage, saint Thomas d’Aquin rappelle que ce monde n’est pas entre les mains du Malin, du Mauvais.

Ce «monde» dont parle Jésus doit être pris dans les deux sens qu’il utilise. Tantôt c’est toute l’humanité dans laquelle Jésus vient. (Jean 3. 17) Tantôt c’est l’humanité qui se révèle comme hostile parce qu’elle ne comprend pas les choses d’en haut.

De toute façon, nous sommes dans le monde, sans en être, sans en avoir l’esprit limité. Dans les versets 14 à 16, les deux sens se côtoient. La prière de Jésus à son Père les éclaire : «Ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde.»

UNE CONSECRATION

Cette affirmation que ni Jésus ni ses disciples ne sont du monde, prépare la prière des versets 17 à 19. Pour agir sur le monde et dans le monde, sans en être, c’est-à-dire en étant à l’abri de sa contagion, il faut que les disciples reçoivent une consécration.

En les rapprochant de Dieu, cette consécration les fait participer à sa perfection transcendante. C’est l’aspect positif de la sainteté. Ils ont reçu la parole, le «logos», le Verbe de Dieu qui s’est fait chair et qui a habité parmi nous. (Jean 1. 14)

Le début de l’évangile de Jean est à mettre en relation avec la prière que nous méditons. Les phrases se répondent de l’une à l’autre et, par là, nous éclairent. «Le monde n’a pas connu la lumière... Elle vint dans son propre bien ... elle n’a pas été accueillie (Jean 1.10 et 11) «Ils ne sont pas du monde, comme moi...consacre-les par la vérité.» (Jean 17. 16) « La Parole pleine de grâce et de vérité. » (Jean 1. 14)

Jésus demande donc à son Père de les faire participer à la perfection transcendante qui est la sienne. Le caractère de la Parole qu’il est, et qu’il tient du Père, c’est d’être la vérité. Puisqu’il les charge de participer désormais à une mission analogue à celle du Fils (Jean 10.36 et Jean 17. 18), ils doivent aussi participer à la sainteté divine. Il les a choisis pour qu’ils portent un fruit qui demeure.

Jésus s’est consacré en vérité. Il demande à son Père de les consacrer, de les sanctifier « en vérité ». Le verset 17 dit «dans la vérité». Le verset 19 supprime l’article pour signifier que cette consécration n’est pas extérieure, mais qu’elle l’est véritablement, intimement, en réalité. Les lettres de Jean développent cette affirmation à plusieurs reprises : 1 Jean 4. 16 - 2 Jean 1. 2 - 3 Jean 1. 3.

***

Durant cette réflexion, nous avons parlé des disciples. Il nous suffirait maintenant de remplacer les mots « disciples », « ils » ou « eux », par « nous » pour que nous nous sentions pleinement concernés par cette prière de Jésus.

Pour que nous en ressentions aussi toutes les exigences.




DIMANCHE 24 MAI 2015
LA PENTECÔTE
ET LA VENUE DE L'ESPRIT DE DIEU



"J'aurais encore beaucoup de choses à dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la Vérité tout entière." (Jean 16. 12 et 13)

Par delà le fait de la venue de l'Esprit sous la forme de "langues" de feu, il y a le mystère unique de notre salut. La messe de ce jour dégage d'ailleurs le contenu de ce mystère qui ne peut ni ne doit être séparé de celui de Pâques et de l'Ascension.

L'Eglise l'a toujours vécu ainsi puisque elle célébrait les sacrements de l'initiation chrétienne dans la nuit de la Pentecôte, comme dans la nuit pascale, toutes deux étant une nuit baptismale qui apporte la lumière de Dieu.

CONTINUER LA MISSION RECUE

Après l'Ascension, le petit groupe des disciples s'était resserré autour de la Mère de Dieu et de Pierre. Ils n'envisagent pas d'arrêter la mission qui leur a été confiée. Ils veulent la continuer, mais il leur manque encore un certain dynamisme de la foi, celui de l’Esprit-Saint.

Dans les semaines qui ont suivi Pâques, ils ont rencontré plusieurs fois leur Seigneur, le Christ, l'homme qui a vécu quotidiennement avec eux. Ses paroles et tous ses faits et gestes reviennent à leur mémoire et surtout à leur pensée, car il les avait ouverts à la compréhension des Ecritures (Luc 24. 45). Dans ces rencontres, il leur avait fait comprendre qu'ils devaient partir proclamer en son nom, la conversion pour le pardon des péchés (Luc 24. 47).Celui qui le leur a dit, ce n'est plus Jésus de Nazareth, le charpentier devenu messager de la Bonne Nouvelle. C'est désormais Jésus, le ressuscité.

S'ils sont dans la crainte, ils sont tout autant dans l'attente. L'Eglise est dans l'attente de l'enfantement. C'est la crainte d'une mère qui voit le jour de la naissance s'approcher. Non pas la crainte peureuse, mais l'attente joyeuse, même si elle est anxieuse. Nous voyons les apôtres préparer l'avenir par l'élection de Matthias afin de remplacer celui qui a quitté "la diaconie et l'apostolat", selon le texte grec (Actes 1. 25).

Nous arrivons ainsi à la fête juive de Shavouot qui célébrait la naissance du peuple d'Israël. Par le don de la loi au Sinaï, l'Alliance est scellée. Dieu fait d'Israël son peuple parmi les nations. "Je vous tiendrai pour mon peuple parmi tous les peuples, car toute la terre est mon domaine. Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation consacrée." (Exode 19. 5 et 6)

Les apôtres ne sont pas restés sans réfléchir à tout cela durant les dix jours de ce que les Pères de l'Eglise appellent leur "retraite". Avec Marie qui gardait toute chose en son coeur, ils ont relu "en commençant par Moïse et par tous les prophètes, ce qu'il leur avait dit de lui," tout au cours de ces années vécues à ses côtés. (Luc 24. 27) Le groupe apostolique prend à son compte la responsabilité confiée au Peuple de Dieu, parce qu'elle lui a été confiée par le Christ.

L'ACCOMPLISSEMENT DU MYSTERE

La réalité du mystère de la venue de l'Esprit va les entraîner plus loin encore, quand ils reçoivent ce feu qui descend sur eux et les embrase. Jean-Baptiste le leur avait dit déjà sur les bords du Jourdain :"Lui vous baptisera dans l'Esprit-Saint et le feu" (Luc 3. 16). "Je suis venu jeter un feu sur la terre," leur avait dit le Seigneur (Luc 12. 49) Et leur remontent à la mémoire les dernières paroles du soir du Jeudi, lors du dernier repas pascal et l'envoi en mission, en commençant par Jérusalem jusqu'à toutes les nations.

Dans ce sens, le discours de Pierre est caractéristique. Il commence à s'adresser à ses interlocuteurs immédiats :"Hommes de Judée et de Jérusalem" (Actes 2. 14). Mais tout de suite, il parle d'Israël, c'est-à-dire de tout le Peuple choisi. Il rappelle les prophètes, Joël et David qu'il cite pour évoquer les tentes du Sinaï (Actes 2. 26) :"Ma chair campera dans l'espérance". Il reprend les paroles de Jean-Baptiste et la promesse que leur avait faite Jésus :"Vous recevrez l'Esprit de Vérité." "Repentez-vous, que soit baptisé chacun de vous au nom de Jésus-Christ, pour la remise des péchés et vous recevrez le don de l'Esprit" (Actes 2. 38).

Ceux qui écoutent, reçoivent Pierre, et comprennent son discours, chacun dans la langue de son pays. Il s'agit bien de toutes les nations. C'est le signe que l'affirmation du Sinaï s'accomplit :"Toute la terre est mon domaine." C'est le signe que s'accomplit la parole de Jésus. A Jérusalem, Dieu réalise l'universalité du don qu'il nous a fait en son Fils. L'Alliance se réalise en plénitude.

Cette fête de la Pentecôte en est à la fois la conclusion et l'initiation au travers des siècles. C'est la naissance du nouveau Peuple de Dieu, la naissance de l'Eglise, car c'est ainsi que nous devons la considérer : elle réalise dans le temps et à travers toute la terre, la vie de Dieu parmi les hommes.

LE VRAI DIEU EST TRINITE

Cette Pentecôte est aussi la révélation au monde de Dieu en sa Vérité. Jésus leur avait révélé que Dieu est une communion d'amour. "Mon Père et moi, nous sommes Un." Il avait prié son Père de consacrer ses disciples par la Vérité. "Je suis la Vie, la Vérité", "l'Esprit de Vérité."

Cette communion d'amour et cette Vérité se manifestent en ce jour, comme elle s'étaenit manifestées au Baptême du Jourdain et à la Transfiguration du Thabor. Père, Fils et Esprit, telle est l'intime de la vie trinitaire que l'Eglise vit désormais. C'est ainsi qu'elle doit la manifester aux hommes de toutes les nations.

Le Dieu de Jésus-Christ n'est pas un autre Dieu que celui des autres religions monothéistes, mais il nous est connu, par Jésus-Christ, dans sa plénitude trinitaire et non partiellement. Le christianisme n'est pas seulement une "croyance en Dieu", ce qui est le fond commun de l'ensemble des religions. Il est la foi, non pas dans un vague personne, mais en un être vivant et "personnel".

Les trois Personnes divines sont la plus parfaite réalisation de l'amour : le don total qui caractérise le Père, l'accueil parfait qui caractérise le Fils, l'échange réciproque qui caractérise l'Esprit.

"Dieu est amour". Cette révélation marque désormais les rapports de l'Eglise et du monde, depuis le matin de la Pentecôte en ce germe qu'est le petit groupe apostolique et, à travers les temps, en cette Eglise dont nous vivons aujourd'hui.

Croire en Dieu, au vrai Dieu, n'est donc pas le réduire à une vague religiosité individuelle, comme c'est un peu de mode parfois aujourd'hui. C'est entrer dans la vérité du Dieu de Jésus-Christ. "Consacre-les dans la Vérité", disait le Christ à son Père. Jean, dans son évangile, exprime ce terme de consacré par le terme grec :"agiazo", celui-là même qui est l'attribut de Dieu :"agios", le Saint.

Il y a une continuité entre les deux théophanies de l'Ancienne Alliance, celle de la révélation de Dieu faite à Moïse, dans le buisson qui brûle sans jamais tomber en cendres (Exode 3. 2), et celle de la montagne du Sinaï "toute fumante parce que Dieu y était descendu sous forme de feu" (Exode 19. 18), et, d'autre part, la théophanie du matin de la Pentecôte.

La pérennité de la révélation faite à un homme, Moïse, chargé de libérer un peuple pour être témoin parmi les nations, se continue jusqu'à Jésus qui s'adresse à tous les hommes, quels qu'ils soient, pour leur dire :"Dieu est amour" et qui demande à ses disciples, à l'Eglise, de le vivre et de le dire à toutes les nations, parce que nous avons tous un même Père, parce que tous nous sommes sauvés par Jésus, le Fils de Dieu parmi les hommes, parce que nous pouvons tous partager le même Esprit de Dieu.

ACTION DE GRACE ET DIVINISATION

"Feu, créateur du feu, lumière qui donne la lumière, Vie productrice de la Vie, Salut et auteur du salut... La sombre nuée est dissipée, les souillures pour un temps consumées ...L'Esprit-Saint nous rend ardents quand brille la chaire de cire." (Hymne de Pentecôte de la liturgie celtique.)

"Viens à nous, Esprit-Saint et pénètre dans nos coeurs. Console-nous par ta présence, nous qui déplorons notre faiblesse et fortifie en Toi ceux que tu vois défaillants. Allume en nous le feu de ton amour. Que la vérité soit dans notre bouche, la louange dans notre coeur, l'humilité vraie dans nos renoncements." (Liturgie espagnole du 7ème siècle.)

"Il est inaccessible de sa nature, mais on peut saisir sa bonté. Il remplit tout par sa puissance, mais il se communique seulement à ceux qui en sont dignes, non pas dans une mesure uniforme, mais en distribuant son activité en proportion de la foi. Il est tout entier présent à chacun, mais tout entier partout. Il se divise mais sans subir aucune atteinte. Il se donne en partage, mais garde son intégrité, à l'image d'un rayon de soleil dont la grâce est présente à celui qui en jouit comme s'il était seul, mais qui brille sur la terre et la mer, mélangé à l'air... De Lui viennent la joie sans fin, la demeure en Dieu, la ressemblance avec Dieu et tout ce que l'on peut désirer : devenir Dieu."
(Saint Basile, Sur les dons de l'Esprit.)

***

Continue dans le coeur des croyants l'oeuvre d'amour que tu as entreprise au début de la prédication évangélique." (Messe du jour de la Pentecôte)




DIMANCHE 31 MAI 2015
SOLENNITÉ DE LA TRINITÉ



On peut fêter la mémoire d’un saint au jour où il est définitivement né à la vie trinitaire dans l’éternité de Dieu, après les cheminements chaotiques de toute vie humaine. On peut fêter l’annonce faite à Marie, la naissance de l’enfant de Bethléem et tous les mystères de l’Incarnation et de la vie du Fils de Dieu fait homme.

Par ses actes et ses paroles, par cette totale participation divine à la vie humaine, Jésus nous entraîne jusqu’à la divinisation, participation plénière à l’héritage de Dieu « avec le Christ… pour être avec Lui dans la gloire.» (Romains 8. 17)


Et en chaque liturgie sacramentaire et eucharistique le mystère trinitaire est chaque fois célébré et vécu. L'Église a cru bon d'y ajouter ce dimanche pour mieux nous rappeler ce mystère permanent que nous vivons depuis notre baptême jusqu'à notre totale et éternelle participation à la vie divine.

Les réflexions situées dans nos paragraphes veulent surtout nous introduire dans l'immensité de ce mystère.

AU CŒUR DU MYSTERE DE DIEU.

La Trinité ne se fête pas comme un mystère de cette alliance humano-divine. Le mystère trinitaire est le mystère même de Dieu dans l’infini de tout son être, le tout de toute vie, de toute la vie. C’est pourquoi la liturgie, et surtout orientale, n’est qu’un hymne ininterrompu à la louange de la Sainte Trinité, tous les jours et à toute heure de la liturgie du «temps présent ».

Par le baptême « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », nous sommes associés aux Trois Personnes Divines, et chaque Eucharistie exprime notre relation avec chacune d’elles. Nous prions le Père par le Fils à qui nous sommes unis dans l’Esprit-Saint qui nous fait s’écrier : « Abba ! Père ! » (Romains 8. 15) « Par Lui, avec Lui et en Lui, à Toi
Dieu le Père Tout-Puissant, dans l’Unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire. »

LA RÉGÉNÉRATION BAPTISMALE ET L’EVOLUTION LITURGIQUE

Les Divines Liturgies de saint Basile comme de saint Jean Chrysostome, dans les Eglises orientales, catholiques et orthodoxes, ne connaissent pas cette « fête » particulière. Il en fut de même pendant des siècles.en Occident.

L’Eglise n’éprouvait pas le besoin de lui consacrer un dimanche, puisque chaque dimanche et chaque liturgie sont trinitaires. Bien plus, dans l’antique rite romain, le dimanche qui suivait la grande nuit baptismale de la Pentecôte ne connaissait aucune liturgie particulière . L’on disait « Dominica vacat » Un dimanche vacant …

Il fallut 8 siècles pour que l’on commence à voir apparaître, à Rome seulement et dans les calendriers romains, un octave de la Pentecôte, à l’instar du dimanche « in albis » de l’octave pascal. D’ailleurs, aux origines de cette liturgie propre au diocèse de Rome, l’évangile était celui du colloque du Seigneur avec Nicodème en Jean 3. 1 à 16, où il est
question de l’efficacité de l’action de l’Esprit-Saint dans la régénération baptismale.

Au 9ème siècle, nous voyons se créer une messe « votive » axée sur les conséquences de notre participation au mystère trinitaire, dans notre vie quotidienne, La lecture de l'évangile, qui était alors tirée de saint Luc, chapitre 6, de 36 à 42, voulait nous mettre à la suite du Père et du Fils « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux … Le disciple n’est pas au-dessus du maître. »

UNE CONFESSION, NON PAS UNE DEVOTION

Pour des raisons qui lui sont propres, et par son insistance sur le mystère de l’Incarnation, l’Occident n’était pas porté « naturellement » à la louange trinitaire en tant que telle. Au 10ème siècle, on sentit le besoin de promouvoir une solennité spéciale en l’honneur de ce mystère.

L’on vit alors certains diocèses introduire une fête de la Sainte Trinité comme pour marquer le début du cycle des dimanches de l’année « après la Pentecôte » au moment où se clôt le temps pascal. Les passages tirés de l’évangile de saint Jean et de saint Luc ne s’imposèrent plus et, trois siècles plus tard, devant l’extension de cette liturgie, le
pape Jean XXII instaura, en 1334, une fête nouvelle en l’étendant seulement à tout le rite romain latin.

Cette fête ne s’est pas établie par simple dévotion. Elle a voulu la confession annuelle et solennelle, humble et reconnaissante, du plus grand de tous les dogmes, du mystère central de la foi chrétienne.

UN UTILE RAPPEL

Elle voulait nous rappeler cette dignité, cette perfection possible qui est la nôtre. Même vécue imparfaitement dans le quotidien de nos doutes, de nos faiblesses, de notre offrande, de notre foi, chacune de nos vies est habitée par la Vérité divine. Nous en avons déjà la possession intégrale. Cela, nous l’oublions trop souvent. Ou bien, nous n’en tenons
pas toujours compte.

Aujourd’hui cette liturgie est loin d’être inutile. Au nom d’un dialogue inter-religieux, nous risquons de ne plus affirmer aussi clairement le dialogue de Dieu en sa Trinité. « Le Seigneur est Dieu là-haut dans le ciel, comme ici-bas sur la terre, et il n’y en a pas d’autre. » (Deutéronome 4. 35) Il n’y en a pas d’autre que Dieu en sa Trinité. « De toutes les nations, faîtes des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Apprenez-leur à garder tous les
commandements que je vous ai donnés. » (Mat. 28. 19)

En affirmant cela, le chrétien n’est pas moins monothéiste qu’un autre croyant en Dieu Unique. Le mystère trinitaire n’est pas une forme déguisée d’un polythéisme de fait. Trois Dieux ? Non ! Le Père ne disparaît pas de notre horizon. L’Esprit-Saint n’est pas le prête-nom d’une absence psychologique intérieure. Le Fils n’est pas le seul à garder le privilège divin, au point d’en oublier Dieu qui est Père et Esprit.

Le Christ nous a affirmé cette unité de Dieu par cette conjonction que nous mentionnons au moment de notre baptême : «Le Père ET le Fils ET le Saint-Esprit. » Ce n’est pas une curiosité stylistique. Ce qui est désigné et nommé ainsi, c’est un rapport tout particulier entre les personnes divines.

PAR DELA NOS PAROLES HUMAINES.

Les mots humains ne pourront jamais dire et exprimer l’Etre Unique en Trois Personnes. A travers tout l’Evangile et au travers la prédication des apôtres, nous en découvrons l’unique réalité qui peut s’énoncer en
trois propositions :

L’Esprit-Saint ne parle pas de Lui. Il est écoute et perception du Fils. Il est celui qui dit Dieu comme le Christ nous l’a dit. Quant au Fils, il ne parle pas de lui-même. Il parle de son Père et de l’amour qui les unit. Il est l’envoyé du Père pour qu’à notre tour, sauvés par Lui, nous puissions dire avec confiance : « Notre Père qui es aux cieux. » Et c’est ainsi qu’il est accueil et médiateur du Père. Enfin le Père se livre au Fils de telle sorte que tout ce que possède le Père, il le
remet au Fils pour le constituer en son être de Fils. Il est don.

« La vie éternelle, c’est qu’ils Te connaissent, Toi le seul véritable Dieu et ton envoyé Jésus-Christ. » (Jean 17. 3) « L’Esprit de vérité ne parlera pas de lui-même, mais tout ce qu’il entendra, il le dira. Il me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il prendra pour vous en faire part. Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi je vous dis : C’est de mon bien qu’il prendra. » (Jean 16. 13 à 15)

Chacune des Trois Personnes se réfère ainsi à l’autre. Elle n’est « existant » que dans les deux autres. C’est dans ce mystère de communion, ce «va-et-vient » d’un amour qui s’épanche et partage, que réside la vie de la plus haute unité qui soit, celle de Dieu.

QUE TRANSCRIRE DANS NOS VIES ?

Quelles qu’elles soient, à quel que moment qu’elles aient été prononcées durant sa vie, les paroles du Christ ne nous éloignent jamais de cette vie trinitaire. Elles nous donnent de la rejoindre et même la rejoignent.

La réalité fondamentale de notre vie comme de toute vie, ce n’est pas la fixité, la rigidité d’une chose, d’une habitude, d’une attitude. Elle est mouvement vital de notre cœur et de notre esprit qui se met en route vers nos frères tout autant que vers Dieu. La parole de saint Thomas d’Aquin est d’une portée incommensurable quand il dit : « Vita in motu. La vie est dans le mouvement. »

Quand on cherche ainsi à rapprocher le mystère trinitaire de Dieu des réalités humaines qui sont les nôtres, quand on cherche à fonder l’unité de notre personne humaine sur les relations à autrui, ce n’est pas du sentimentalisme ou de l’affectivité. Le mouvement, l’échange, sont un besoin inné, fondamental de tout notre être.

L'échange nous fait rejoindre la nature divine dont nous sommes à l’image et à la ressemblance. Lorsque nous nous tournons vers nos frères, ce n’est donc pas un simple instinct d’humanité, c’est l’expression de notre être profond créé par Dieu, en fonction de ce mystère qui constitue l’unité de Dieu. Et nous ne pouvons jamais être en dehors de cette réalité. « C’est l’Esprit-Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Romains 8. 16)

***

Même si nous percevons la démesure de notre prière et de notre foi, nous osons la dire et lui répéter inlassablement : « Notre Père ! » - « Dieu notre Père, nous fait dire l’oraison de ce jour, tu as envoyé dans le monde ta Parole de Vérité et ton Esprit de Sainteté pour révéler aux hommes ton admirable mystère. Donne-nous de professer la vraie foi en reconnaissant la gloire de l’éternelle Trinité, en adorant son Unité toute-puissante. »




DIMANCHE 7 JUIN 2015
LE SAINT SACREMENT
DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST


Comme dimanche dernier, la fête du Sacrement du Corps et du Sang du Christ n'est pas une fête de dévotion. C'est la confession de notre foi vivante dont l'énoncé, d'ailleurs, ne se trouve pas dans le "Credo".

Les prières et les chants de la liturgie actuelle ont pour auteur saint Thomas d'Aquin. Cet office est l’expression d'un amour intime et enthousiaste, un chef d'oeuvre de doctrine théologique et de poésie, un exemple de goût littéraire sobre et d'une densité toute particulière.

C’est également un témoignage. Par humble attachement à la tradition liturgique, saint Thomas d’Aquin a employé, pour cette création, une partie des antiennes et des répons déjà en usage dans quelques-unes des Eglises particulières. Il voulait ainsi rassembler la diversité de ces richesses dans cette unique liturgie.

QUELQUES ETAPES SIGNIFICATIVES

Dans les premiers siècles, il n’y avait aucune célébration particulière pour l’Eucharistie. Elle était solennisée durant la « Grande Semaine », au jour du Jeudi-Saint qui connaissait trois messes : l’une pour la réconciliation des pénitents, une autre pour la consécration des Saintes Huiles et la troisième « In coena Domini », la Cène du Seigneur.

Avec le temps, les rites de la réconciliation et ceux des Saintes Huiles se compénétrèrent en une seule messe matinale et la commémoration de la Cène se reporta au soir. Puis la messe du Jeudi-Saint, comme l’on disait couramment il y a encore quelques années, fut célébrée le jeudi matin. Vatican II est revenu à l’antique tradition du « Repas du Seigneur » sans pour autant réduire le sens du sacrifice.

Le Moyen Age connut des doctrines qui, sans mettre en cause la « Présence réelle » du Seigneur, en discutaient, parfois d’une manière hérétique, les modalités, en particulier la doctrine théologique de Bérenger (998-1088), archidiacre d’Angers. Devant leur extension, la foi et la piété populaires réagirent spontanément pour souligner la présence réelle et permanente du Seigneur.

Naquirent alors, à partir du 11ème siècle, les processions eucharistiques dites de la « Fête-Dieu », les « saluts du Saint-Sacrement » et les expositions publiques de l’Hostie consacrée qui voulaient souligner la présence réelle et permanente. C’est ainsi que l’Eglise demanda à saint Thomas d’Aquin, le théologien dominicain de l’Université de Paris de rédiger les textes liturgiques de cette fête, instituée par le pape Urbain IV en 1264.

Cette présence n’est pas limitée dans le temps où s’accomplit le rite liturgique, comme l’affirment les Réformés. Elle n’est pas une simple souvenance qui réactive la grâce du Christ, comme le pensent les Eglises évangéliques.

Avec nos frères orthodoxes, nous affirmons que c’est le Christ lui-même, le Christ ressuscité, qui se rend présent en ce mystère, par une transformation « réelle » du pain et du vin dont la réalité d’être du pain et du vin n’est pas détruite. Saint Paul (1 Corinthiens 11. 27 et 29) nous demande de savoir discerner le fait que la réalité divine du Seigneur ne détruit pas la réalité humaine du Christ.

LES INSISTANCES LITURGIQUES

Dans le cycle liturgique de cette année, les trois lectures et le psaume orientent la méditation du fidèle vers la dimension sacrificielle de l’Eucharistie, sans supprimer les autres dimensions de ce mystère : fraction du pain, repas communautaire, présence réelle, communion. Ces dimensions sont reprises dans les deux autres cycles liturgiques. Les textes de saint Thomas d’Aquin sont les mêmes chaque année et nous font ainsi pénétrer au cœur du mystère.

Ce qui est souligné cette année, c’est que l’Eucharistie est un sacrifice de louange et d’action de grâces comme l’étaient les sacrifices de l’Ancienne Alliance, parce qu’elle est un sacrifice de réconciliation dans le sang de l’Agneau offert et immolé, un sacrifice de l’Alliance entre Dieu et son Peuple.

Par elle-même, la mort n’est pas rédemptrice. C’est notre attitude devant la mort qui peut le devenir. Dieu veut arracher son Serviteur à la mort. C’est le Serviteur qui, par son offrande, la fait devenir expiation et glorification. (Isaïe 53. 10) C’est ce qu’exprime par ailleurs la première prière eucharistique : « Nous t’offrons, ou ils t’offrent pour tous les leurs, ce sacrifice de louange, pour leur propre rédemption, pour le salut qu’ils espèrent. Et ils te rendent cet hommage, à toi, Dieu éternel, vivant et vrai. »

La Lettre aux Hébreux développe ce thème du sacrifice de réparation de l’Ancien Testament, évoquant la célébration particulièrement solennelle du « Jour de l’Expiation » (Le Yom Kippour) « Le sang du Christ fait bien davantage. » Il est le grand-prêtre de l’Alliance nouvelle. « Le Christ ressuscité ne meurt plus.»

L’Evangile de saint Marc nous met dans le contexte de la nuit pascale. Il nous donne la vie, comme le Père nous donne la vie qu’il a offerte pour nous et qui est désormais victorieuse de la mort. Le Christ donne l’ordre de célébrer ce mémorial jusqu’au jour du Royaume de Dieu, car cette victoire n’est pas celle que d’un jour.

« De même que le Christ ressuscité est présent, bien que nos yeux ne voient que du pain, de même toute l’Eglise est concernée par l’eucharistie, même si nous ne sommes que quelques-uns. L’Eglise catholique toute entière, celle du temps présent et celle de tous les temps, dans une communion des « saints » qui dépasse toute frontière. » (Jacques Perrier)

Ceux qui participent à l’eucharistie, unis au Christ, représenté par le prêtre, offrent à Dieu l’acte sauveur par excellence, la Croix et la Résurrection. Ils s’y associent eux-mêmes, ils y associent la « multitude » pour laquelle le sang de l’Alliance a été versé.

***

C’est ainsi que, depuis le soir du Jeudi-Saint et depuis le Calvaire, chaque célébration eucharistique est significative et signifiante de la présence permanente, réelle et agissante du Christ mort et ressuscité.

Saint Thomas le dit dans les oraisons de ce jour, selon sa concision merveilleuse et plein de richesse, car il était poète, docteur et mystique. Mais il est à noter que, contrairement à la tradition liturgique qui adresse toute prière au Père, par Jésus, ton fils bien-aimé, il s’adresse directement au Christ, au Fils de Dieu venu parmi les hommes pour les ouvrir à la vie éternelle qui est la sienne.

« Donne-nous de vénérer d’un si grand amour le mystère de ton corps et de ton sang que nous puissions recueillir, sans cesse, le fruit de ta rédemption. »

« Fais que nous possédions, Seigneur Jésus, la jouissance éternelle de ta divinité, car nous en avons dès ici-bas l’avant-goût, puisque nous recevons ton corps et ton sang. »


DIMANCHE 14 JUIN 2015
ONZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDNAIRE
 
DIMANCHE 21 JUIN 2015
DOUZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
 

DIMANCHE 28 JUIN 2015
TREIZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques

Livre de la Sagesse. 1. 13 à 24 : « Dieu n’a pas fait la mort… Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable. »
Psaume 29 : « Que mon cœur ne se taise pas. Qu’il soit en fête pour toi ! »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 2 Cor. 8. 7 à 15 : « Vous connaissez la générosité de Notre Seigneur Jésus Christ. »
Evangile selon saint Marc. 5. 21 à 43 : « Je te le dis, lève-toi ! »

****

Il nous faut lire ce passage de saint Marc avec la simplicité du regard. Il est comme une sorte de « reportage » en direct réalisé par saint Pïerre qui fut le témoin oculaire des événements. En le regardant ainsi, nous pourrons déceler toutes les richesses qu’ils contiennent.

VIENS LUI IMPOSER LES MAINS

Ce qu’attend ce père, c’est un rite de guérison pour sa fille, une bénédiction que Jésus va lui donner ou lui transmettre pour la guérir, parce qu’il est un prophète qui guérit, un maître. Certes, le chef de la synagogue n’emploiera pas ces termes, mais c’est bien ainsi que les gens de sa maison en parlent (Marc 5. 36).

L’attitude de Jaïre est impressionnante. Ce chef de synagogue n’hésite pas à se mettre à genoux et à supplier instamment. Il en oublie la dignité de la fonction qui est la sienne, et ce, devant la foule qui le connaît, au travers de laquelle il s’est frayé un chemin. Pour cette fille qu’il aime, bien sûr, mais avec quelle insistance auprès de Jésus.

Nous aussi, nous connaissons ces heures de prière qui viennent de l’angoisse et de l’amour, du refus de l’irrémédiable et d’un appel crié parce que l’espoir de la vie semble s’évanouir. « Qu’elle soit sauvée et qu’elle vive ! » Jésus ne dit rien, à ce moment-là. Pas même un simple mot pour tranquilliser Jaïre.

Il est bien silencieux parfois pour nous aussi, en réponse à notre prière. Mais il accompagne. Il n’attend pas et ne fait pas attendre comme il le fit pour Lazare. Il nous accompagne toujours, même quand il semble ne pas nous répondre immédiatement.

QUI M’A TOUCHE ?

Cette femme, qui s’approche dans la foule, ne va pas directement se mettre en face de Jésus. Peu importe la raison. Elle a peut-être peur de lui adresser la parole en public. Crainte de dire son état devant tous ceux qui sans doute la connaissent. Et pourtant grande est son attente, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, celui qui guérit tant de malades. Elle y a réfléchi longtemps en elle-même (Marc 5. 28) et elle se décide, à l’occasion de son passage, à lui dérober cette chose matérielle qu’il possède.

La réaction de Jésus n’est pas de s’étonner et de lui en faire un reproche. Mais on ne peut rien lui dérober à son insu. Il sait, en même temps qu’il est celui qui veut donner dans une relation personnelle, parce que toute parole ou tout geste direct, doit signifier un échange vécu entre nous et lui. En toute vérité. Le contact par la foi est d’un autre ordre que le contact obtenu par de simples gestes humains.

Le bon gros sens des apôtres, pour l’instant, ne va pas plus loin. Les « contacts » ne manquent pas au milieu de cette foule qui écrase Jésus. (Marc 5. 31)

Or pour lui, nous ne sommes pas des personnes anonymes, perdues dans une foule. Il ressent chacun de nos appels, même si nous ne les lui exprimons pas ouvertement. Il sait, il les connaît parce qu’il est force vive de Dieu. Il est la Vie. La femme, qui en a reçu la vie par cette guérison, doit établir avec Jésus un dialogue de Vérité (Marc 5. 33), parce qu’il la Vérité. C’est dans un tel dialogue avec cette femme craintive, malade, sans espérance après tant de prescriptions médicales, que le Christ, par delà la guérison corporelle donne le salut, la paix et la santé du cœur tout autant que du corps. Il en est le Chemin.

Quelle que soit notre démarche envers lui, nous devons nous rappeler cette parole de saint Paul : « Vous connaissez la générosité, la grâce, la gratuité du don de notre Seigneur Jésus-Christ. » (2 Cor. 8. 9)

ON SE MOQUAIT DE LUI

Les « gens de la maison » de Jaïre sont des braves gens. Avec discrétion, ils vont au-devant du père et le préviennent sans attendre de la mort de sa petite fille. Pourquoi déranger encore celui dont on attendait une guérison, d’un geste devenu inutile puisque la mort a fait son œuvre ? Ce n’est pas un manque de foi. Pouvaient-ils pas imaginer un seul instant la possibilité d’une résurrection. « A quoi bon déranger encore le Maître ? » (Marc 5. 35)

Jésus a entendu. Il rassure. On trouve alors ridicule qu’il puisse affirmer : « Elle dort. » alors qu’il était absent pour recueillir le dernier soupir de l’enfant. Là encore, il nous invite à vivre dans une perspective de foi, malgré toutes les réalités qui nous apparaissent définitivement perdues. « Crois seulement. » Jaïre était venu le trouver confiant dans sa puissance de guérison. Il est invité à dépasser cette simple confiance en un geste, si grande soit-elle. Il est invité à vivre la foi en la personne même de Jésus.

Jésus attend de chacun de nous cette foi, une foi qui déplace les montagnes, une foi qui va par delà toute mort. Le pécheur n’est jamais un mort devant Dieu. Il peut toujours revivre, car la grâce divine est là toujours prête à lui redonner la vie divine. « Dieu ne se réjouit pas de voir mourir des êtres vivants… il a créé l’homme pour une existence impérissable… Il a fait de lui une image de ce qu’il est en lui-même. » (Livre de la Sagesse 1. 13)… Dieu est la Vie.

Il nous adresse, autant de fois qu’il le faudra, cette parole : « Lève-toi ». A nous de nous lever et de marcher.

DONNEZ-LUI A MANGER

Jaïre et sa femme, les trois apôtres sont bouleversés. Jésus n’a fait aucune supplication, il n’a prononcé aucune bénédiction, il n’a adressé aucune demande à Dieu. C’est lui qui est la vie. Et il la rend en toute simplicité, en prenant par la main cette jeune fille, inconsciente. Comme il nous prend souvent par la main sans que nous en ayons conscience.

Les témoins d’un tel fait ne sont pas préparés à mesurer ce qu’un tel geste signifie. Il est trop tôt pour eux tous de lui donner le sens plénier de la résurrection qui sera la sienne. S’il demande le secret, à la différence de la guérison de la femme qui l’a touché, il a pris avec lui trois témoins. Ceux-là même de la Transfiguration, ceux-là même de sa Passion, ceux-là même de sa Résurrection.

Garder le silence est sans doute nécessaire, parce qu’une telle résurrection pouvait être regardée comme un signe messianique évident et provoquer trop tôt une agitation prématurée.

Il porte donc leur attention ailleurs, sur la jeune fille qui peut avoir faim après la faiblesse d’une maladie qui l’a conduit à la mort. « Donnez-lui à manger. » C’est pour elle qu’il est venu. Le geste qu’il a accompli n’a pas été un geste « publicitaire » pour se mettre lui-même en avant. Il l’a fait dans la discrétion. Alors la sollicitude cordiale de Jésus se tourne vers la jeune fille qu’on pourrait oublier.

C’est aussi et déjà l’annonce du geste du Christ qui, lui-même ressuscité, demande à ses apôtres au soir de Pâques, de quoi manger, non pour qu’ils s’enthousiasment de son retour, mais qu’ils aient foi en sa résurrection.

Cette nourriture, ce repas eucharistique sont ainsi le signe d’une joie partagée dans la foi devant la pleine vitalité d’un être humain qui témoigne que la vie est plus forte que la mort.

***

« Que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi. » « Fais que le peuple assemblé pour te servir, soit accordé à la sainteté de tes propres dons. » (Prière sur les offrandes)


retour à la page d'accueil