Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .



Dimanche 18 janvier : Deuxième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 25 janvier : Troisième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 1 février : Quatrième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 8 février : Cinquième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 15 février : Sixième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 22 février : Premier dimanche de Carême
Dimanche 1 mars : Deuxième dimanche de Carême
Dimanche 8 mars : Troisième dimanche de Carême




DIMANCHE 18 JANVIER 2015
DEUXIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Références bibliques : Lecture du Livre de Samuel : 1 Samuel 3 à 19 : « Tu m’as appelé, me voici…Ton serviteur écoute. »
Psaume 39 : Tu as ouvert mes oreilles… j’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 6. 13 à 20 : »Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur vous a achetés très cher. Rendez gloire à Dieu dans votre corps. »
Evangile selon saint Jean. 1. 35 à 42 : « Venez et vous verrez… ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. »

***

Dieu nous parle parce qu’il est un être vivant. Quand un être s’exprime c’est qu’il a un trop plein d’amour à faire connaître et à communiquer aux autres. Dieu nous parle par celui-là même qui est sa Parole, son Verbe, son « Logos » C’est ce que saint Jean l’apôtre a découvert sur les bords du Jourdain.

LE PROLOGUE NOUS DIT SA DECOUVERTE

Les versets 19 à 51 du premier chapitre de l’évangile de saint Jean prolongent ce qu’il est dit dans les versets 1 à 18. Jésus est bien la lumière du monde et le Baptiste en témoigne dans ses réponses aux questions des Pharisiens.

Dieu, personne ne l’a vu. C’est son Fils unique qui le fait connaître au monde (Jean 1. 18) : »J’ai vu et j’ai témoigné que celui-ci est le Fils de Dieu. » (Jean 1. 34à « Ceux-là sont nés non d’un vouloir d’homme, mais d’un vouloir de Dieu. » (Jean1. 12) « C’est lui qui baptise dans l’Esprit-Saint. » (Jean 1. 33)

Ce n’est pas un simple exercice littéraire que de mettre en parallèle ces deux séquences du prologue du quatrième évangile. C’est bien ce qu’a vécu Jean l’évangéliste en ces heures de l’appel, puis au cours des années de vie partagée avec Jésus. Sur les routes de Palestine, au pied de la croix, au matin de la résurrection quand il accourt au tombeau, Jean reçoit la révélation de cette présence divine qui a été si proche de lui.

« Venez et vous verrez,. » lui avait dit Jésus. « Nous l’avons entendu, nous l’avons vu de nos propres yeux, nous l’avons regardé et nos mains l’ont touché. »

Au long de sa prédication comme au travers de son témoignage dans les premières communautés chrétiennes, il découvre l’intimité de cette présence divine en lui. « Tous nous avons reçu de sa plénitude et grâce sur grâce. » (Jean 1. 15) Beaucoup de ceux qui témoignent de la pensée et de la vie du Christ devant leurs frères, découvrent aussi cette présence. Jean le traduit ainsi dans ses lettres : »Nous demeurons en lui et lui en nous. Il nous a donné de son Esprit. » (1 Jean 4. 13)

PLUS QU’UN SOUVENIR LOINTAIN

Le récit de la rencontre de Jean et d’André avec Jésus est plus détaillée que ne le sont d’ordinaire les récits du 4ème évangile. Il a l’aspect d’un souvenir, lointain peut-être mais toujours proche parce repris dans sa mémoire, inventorié et ravivé comme il en arrive des événements qui ont changé le cours de notre vie.

L’emploi de la forme sémitique « Rabbi » nous dit bien qu’elle est la première recherche de ces deux disciples. Jean n’oubliera jamais ce qu’il a prononcé. Mais Jésus dépasse cette attente. L’évangéliste n’oubliera jamais l’intensité du regard du précurseur sur Jésus : » Attachant son regard sur Jésus qui passait. »(Jean 1. 36)

« Rabbi » était parfois un terme de politesse. En fait, l’évangéliste utilise en grec un terme très précis. « Didascalos, celui qui enseigne. » Ils sont en quête intérieure pour entendre son enseignement. Ils rejoignent la vie intérieure du Christ.

Ils pensaient suivre un maître qui enseigne. La grâce et la force de l’Esprit Saint dans le Christ vont les mettre en communion avec celui qui Vérité et Vie. Ils vivent les premières heures de la proximité divine.

QUAND JESUS PASSE

Jésus passe, sans s’arrêter, comme pour ne pas provoquer une nouvelle déclaration, comme pour montrer déjà l’étape franchie entre lui et le Précurseur. Jean-Baptiste leur répète brièvement ce qu’il a déclaré la veille : »C’est l’agneau de Dieu, celui qui est plus important que lui, le précurseur.

Ce rappel plus incisif que le premier est aussi plus décisif, comme cela nous arrive dans notre vie quand un discours passe de la réflexion de l’intelligence raisonnante à sa transcription dans la volonté du vécu, grâce à l’intelligence du cœur, où réside l’amour.

Lors de cette rencontre, le Christ s’y montre avec moins d’empire que dans la vocation des bords du lac. Au Jourdain, il y a comme une séduction persuasive et cette première entrevue explique bien la vocation définitive de ces premiers disciples. En l’évoquant, il ne se souvient pas s’ils étaient ou non avec le Baptiste ou si, selon ce que nous en savons, il y avait d’autres disciples. Leur mémoire n’a conservé que l’intensité de ce moment vécu par eux deux.

Jésus se retourne et les regarde attentivement. Sa demande est la première parole qu’il prononce dans l’évangile johannique. Elle ne peut être une phrase banale : »Vous désirez me parler ? » Elle équivaut à « Avez-vous besoin de quelque chose ? » tout en autorisant un sens plus profond.

Si les deux disciples suivent Jésus dans une telle circonstance, c’est qu’ils attendent de lui un bien d’ordre moral et spirituel, dont ils ne savent pas comment le dire. :Que cherchez-vous ? » est une question qui est posée à nous tous, à tout lecteur de l’Evangile. Nous cherchons un sens un « plus d’être » et non pas un « avoir. »

L’ACCUEIL DE NOTRE ATTENTE

Les villages étaient rares au bord du Jourdain, mais on pouvait y dormir en plein air ou dans des cabanes de roseaux selon les coutumes de ce temps. J »sus avait là sans doute un abri temporaire pour les jours qu’il avait résolu de demeurer aux alentours du Baptiste, ce que suggère le texte qui parle de : »là où il demeurait. » (Jean 1. 39)

La réponse de Jésus est calquée sur la demande. Mais comme la demande impliquait plus que ne le disaient les termes, la réponse a dû être accompagnée d’un sourire, ajoute le P. Lagrange dans son austère commentaire de la collection des « Etudes bibliques. » : »Vous verrez où je demeure, soyez les bien-venus. »

Ils virent. Mais quoi ? et l’évangéliste ne dit rien de ce que nous aimerions savoir. Que ce sont-ils dit depuis quatre heures de l’après-midi jusqu’au soir, et le lendemain encore après la nuit passée en cet abri ? Nous savons seulement qu’ils sont venus à la source de la Parole de Dieu.

Il nous faut aussi revenir à la source d’origine de notre vocation pour la vie qui est la nôtre, si nous voulons puiser l’eau pure de nos véritables intentions, l’eau pure qu’aucune pollution n’a touchée durant son cheminement dans l’espace et le temps de son parcours vers la mer. Pour s’y abreuver, il nous faut remonter alors à contre-courant de nous-mêmes et de bien des situations dans lesquelles nous nous sommes enfermés.

Le Jourdain de Jean le Baptiste n’est pas la source jaillissant en vie éternelle. La source, c’est Jésus. « Nous avons trouvé ! » peut s’écrier André en appelant son frère Pierre à partager sa découverte. Et Pierre répond immédiatement, ce qui nous suggère qu’il désirait lui aussi le rencontrer. Il suffisait d’un mot pour l’entraîner.

En l’accueillant, Jésus, comme il l’avait fait sur André e Jean (Jean 1. 36) pose son regard sur lui, avant de prononcer une parole importante pour le Royaume à venir. Ce n’est pas l’invitation souriante et persuasive de la veille. C’est avec autorité qu’il prend possession de son disciple en changeant son nom et en lui imposant sa décision. « Désormais tu es Pierre. » Comme Dieu l’avait fait à Abraham.

L’ACCUEIL DE SON APPEL

André, Jean, Simon-Pierre, chacun à sa manière, entendent l’appel et chacun, à sa manière, y répond. Le Seigneur ne demande pas l’uniformité. Il respecte chaque personnalité, il accepte et même endure les imperfections, allant jusqu’au reniement de saint Pierre. Mais, en eux comme en nous, il sait notre attitude fondamentale et c’est sur elle qu’il appuie son appel.

Les autres lectures de la liturgie de ce dimanche nous sont instructives en ce domaine. Le jeune Samuel entend la voix de Dieu, mais il ne la discerne pas. Il lui faudra l’intervention du prêtre Eli, qui est loin d’être une « perfection », pour entendre « le Seigneur qui vient se placer près de lui… et Samuel répondit ‘parle, ton serviteur écoute ». (1 Samuel 3. 19)

Les habitants de Corinthe avaient une très mauvaise réputation de débauches de toutes sortes. Il n’y succombait pas tous, mais l’ambiance était tout aussi délétère que celle que nous connaissons parfois dans nos villes ou dans les productions médiatiques qui pénètrent en nos foyers. Mais « celui qui s’unit au Seigneur n’est plus qu’un seul esprit avec lui… vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes… vous rendez gloire à Dieu dans votre corps. » (1 Cor. 6. 13)

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« C’est toi qui donnes la vie, c’est toi qui sanctifies toutes choses par ton Fils, Jésus-Christ notre Seigneur, avec la puissance de l’Esprit-Saint. » (Prière eucharistique N° 3)

« Tu verras l’Esprit-Saint descendre sur un homme. C’est lui qui va baptiser avec l’Esprit-Saint. » (Jean 1. 33) Puissions-nous, Seigneur, vivre ainsi en chaque Eucharistie !


DIMANCHE 25 JANVIER 2015
TROISIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Références bibliques :

Lecture du livre de Jonas. 3. 1 à 10 : »Proclame le message que je te donne pour elle. »
Psaume : »Fais-moi connaître ta route. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 Cor. 7. 29 à 31 : »Ce monde tel que nous le voyons est en train de passer. »
Evangile selon saint Marc. 1. 14 à 20 : »Convertissez-nous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

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La séquence évangélique de ce dimanche est composée de deux épisodes qui sont liés dans le temps et qui, sans trop forcer les textes, se suivent dans la logique du message apporté par Jésus .

La Bonne Nouvelle proclamée aux habitants de Galilée. L’appel définitif des disciples de Jésus.

O:rientez votre vie, votre comportement, votre volonté, votre idéal dans le sens de ce message. Réorientez-les s’il le faut.

LE ROYAUME EST A PROXIMITE

La police d’Hérode a mis la main sur Jean le Baptiste. Il est emprisonné. Sa mission, sa prédication et son Baptême n’ont plus leur raison d’être. Leur temps est accompli. La longue attente et la longue préparation du Peuple de Dieu a trouvé son achèvement en Jésus-Christ. Car Jésus ne prend pas la simple suite de Jean. Il ne vient pas convertir par un baptême de pénitence. Autre est sa mission. Il annonce l’Evangile de Dieu.

Il ne proclame pas une bonne nouvelle parmi d’autres. Il n’annonce pas une « nouvelle » qui aurait Dieu pour objet. La Bonne Nouvelle donnée par Jésus au nom de Dieu, c’est lui-même qui est la Parole de Dieu et elle concerne le salut. Il vient nous « dire » que la présence de Dieu s’exprime au milieu de nous.

C’est ainsi que l’avait compris la communauté chrétienne des premiers chrétiens. Saint Paul le proclame chaque fois qu’il parle de « Bonne Nouvelle-evaggelos ». Lui, Paul, a été mis à part pour cette annonce « qui a été promise par les prophètes dans les Ecritures Saintes. (Romains 1.1 – Romains 15. 16 – 2 Corinthiens 11. 7) Et saint Pierre confirme l’apôtre Paul (1 Pierre 4. 17)

Le Royaume de Dieu est donc maintenant à proximité. Le temps nouveau annoncé par Jean Baptiste est arrivé. La mesure du temps précédent est pleine. L’autre temps est là. Il s’est approché, si proche qu’il est soudé à l’ancien. Il n’y a aucun intervalle entre Jean et Jésus. Le baptême de Jésus en a été la signification et la réalisation.
Jean en a reçu la confirmation quand Jésus est descendu dans le Jourdain. L’Esprit de Dieu sur celui sur qui il verse de l’eau. Le Père le reconnaît comme son Fils bien-aimé et non pas seulement comme un prédicateur.

Le « tout proche » doit être entendu dans le sens : »Il est à côté de vous. » Il est au milieu de nous. « Tu n’es pas loin du Royaume », dira Jésus au scribe qui parlait avec lui des deux commandements fondamentaux qui concernent notre relation avec Dieu. (Marc 12. 34)

CROYEZ A L’EVANGILE

Ainsi la réalité de ce royaume n’est plus à attendre dans l’espérance d’un avenir plus ou moins proche. Il nous faut dès maintenant y entrer puisqu’il est « à notre porte ». Nous avons dans notre mémoire ces paroles de Jésus qui évoque la porte étroite ou la porte qu’il ouvre pour son troupeau.

Pour y entrer, il faut nous « convertir. » Se convertir, c’est accueillir la plénitude de ce mystère dans la foi (Luc 8. 10). Marc a bien remarqué que cette parole est fréquente chez Jésus. Il ne parle pas d’abord de la foi comme d’une première étape nécessaire si on veut le rejoindre. Elle ne peut rester « théorique ». Il demande une nouvelle orientation de tout notre être, dans la pensée comme dans le vouloir.

Cette nouvelle orientation ne se décide pas au terme d’un raisonnement ou d’un cheminement sentimental. Elle doit s’accompagner de la foi en la « Bonne Nouvelle » qui nous fait entrer dans les desseins de Dieu. « Si vous ne devenez pas semblables … si vous ne quittez pas… » Ces paroles de Jésus, et bien d’autres différentes selon les personnes et les circonstances, le rappellent maintes fois au cours de ses rencontres sur les routes de Palestine.

Marc note que Jésus ne vient pas en Galilée pour y prêcher seulement quand il y sera arrivé. Il y vient tout en proclamant cet Evangile de Dieu, depuis les bords du Jourdain, durant toute sa route et jusqu’aux rives du lac de Tibériade. « Convertissez-vous et croyez en l’Evangile », c’est bien là tout le programme de sa prédication et non pas une formule stéréotypée.

« Cette conversion, dans le texte grec, se nomme « metanoia », « changement ». Quand un écrivain corrige la construction de sa phrase, c’est une « metanoia », quand une découverte nous fait regarder autrement, c’est une « metanoia ». Cette démarche doit être la nôtre. Il faut nous renouveler sans cesse, nous réorienter souvent, selon les circonstances de notre vie et les impasses où nous nous sommes engagés. Cette démarche, au sens évangélique, ne peut se vivre que dans la foi parce que c’est elle qui nous fait découvrir, progressivement, et non pas du jour au lendemain, le dessein de Dieu sur nous et les tâtonnements que sont nos réponses.

VENEZ A MA SUITE

La décision et la démarche des quatre premiers disciples sont dans la suite logique de ce revirement que le Christ demande, à eux comme à nous.

Pierre et André abandonnent leurs filets alors qu’ils sont en train de les lancer. S’il les appelle, c’est pour s’assurer le concours de quelques disciples ou plus exactement en faire des coopérateurs. Ce n’est pas seulement pour leur confier sa doctrine. Il appelle des pêcheurs qui jettent leurs filets, pour les faire devenir pêcheurs d’hommes qui lanceront ainsi la Parole de Dieu. Ils amèneront des hommes au point où Dieu les veut, aux rivages même de Dieu. L’évangéliste souligne dans le même temps, cette nécessaire progression qui sera demandée aux disciples tout au long de leur vie au service de l’Evangile, pour « devenir » : « Je ferai de vous … »

Jacques et Jean sont en train de réparer les filets avec leur père et des employés salariés. Il y a là un contraste que Marc a observé et qu’il souligne. Simon et André ont abandonné leurs filets. Jacques et Jean abandonnent leur père. Les deux fils le laissent avec des hommes qui travaillent non par amour filial et familial, mais pour un salaire. Marc d’ailleurs utilise le terme de « mercenaires » que nous traduisons par « salariés », ce qui n’est tout de même pas la même choses. Les deux fils « s’éloignèrent de leur Père ». Ils ne sont plus à ses côtés en se plaçant « derrière Jésus. »

Dans les deux cas, Jésus ne fait pas de longues démonstrations pour convaincre. Il n’a rien dit ni rien fait qui lui donnât de l’autorité sur ses quatre premiers disciples. Il peut mettre en mouvement leurs volontés. Il peut les ré-orienter les uns dans une autre situation de pêcheurs, les autres dans une autre situation de relations familiales.

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« Convertissez-vous et croyez en cette Bonne Nouvelle » que j’annonce. Ou plutôt, croyez en moi qui suis « la Bonne Nouvelle », le Chemin, la Vérité, la Vie.

« Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Pour nous les hommes et pour notre salut, il descendit du ciel. » (credo de Nicée-Constantinople)



DIMANCHE 1 FEVRIER 2015
QUATRIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Références bibliques :

Deut : 18 - 15 à 20 : "Il dira ce que je prescrirai."
Psaume 94 : " Ne fermons pas notre coeur. Ecoutons la voix du Seigneur. "
Lettre de saint Paul : 1ère aux Corinthiens : 1 Cor :7- 32 à 35 : "Syez attachés au Seigneur sans partage."
Évangile selon St Marc : 1- 21 à 28 :" Tu es le Saint de Dieu."

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Jésus vient d’appeler les premiers disciples et ensemble ils pénètrent à Capharnaüm. Ils vont l’entendre enseigner, pour la première fois, à la synagogue, le lieu de réunion de la communauté à l’écoute de la Parole transmise par la Loi et les Prophètes.

PLUS QU’UN SCRIBE

La scène se centre sur Jésus qui enseigne avec autorité et se fait obéir d’un esprit impur, qu’il chasse. L’enseignement de Jésus est mis en contraste avec celui des scribes, pourtant spécialistes des Ecritures (1, 22).

Il n’enseigne rien qui soit nouveau ni contraire à la doctrine. Ce n’est pas une doctrine nouvelle qu’il apporte. Ce qui est nouveau, c’est le ton d’autorité, sa manière d’enseigner et de faire découvrir le sens de la doctrine. Et dans le même temps, ce qui est nouveau, c’est son pouvoir sur les esprits mauvais : »Ils lui obéissent ». Jésus ne discute pas avec eux. Il coupe court à toute conversation.

Et là on retrouve la netteté des réponses au terme des quarante jours au désert. Jésus affirme et peut affirmer : »Il est la Vérité. »

Dans la synagogue de Capharnaüm, . jésus devance ainsi tous les enseignements convenus, comme le sont ceux des scribes. Il n’en reste pas à un commentaire. Par sa Parole, il rejoint l’être humain dans sa plénitude du bien possible comme du mal vécu.

Le texte qui nous transmet la Parole de Dieu doit nous donner de rejoindre l’être divin dans la plénitude de sa pensée et de son amour vécu.

PLUS QU’UN PROPHÈTE

Dans le texte de l’Ancien Testament que la liturgie de l’Église place en première lecture, le Deutéronome, il nous est rappelé que le Christ se situe par delà les prophètes. Dieu le compare à lui-même ; l'assimile à lui-même.

Moïse était considéré comme le plus grand des prophètes ; il était même l’intermédiaire, le médiateur entre Dieu et le peuple. Celui-ci avait peur de la révélation directe de Dieu : je ne veux plus voir cette flamme divine à l’approche mortelle.

Et voici qu’est annoncé un nouveau Moïse : un prophète comme toi. Le Seigneur lui mettra ses propres paroles dans sa bouche, il sera la parole même de Dieu. Si quelqu’un ne l’écoute pas, cela aura des conséquences graves : moi-même, je lui en demanderai compte. Refuser ce prophète, c’est refuser Dieu.

. Le prophète prête sa bouche, sa voix, à Dieu lui-même. . D'une certaine façon, il est dans l'impossibilité vitale de dire autre chose que la Parole de Dieu. Sa vie est une vie totalement dépendante de Dieu,

Par ce passage du Deutéronome, La liturgie nous fait lire ce texte comme prélude à la manifestation publique de Jésus, plus grand que Moïse : "Il enseigne avec autorité », il est le » Saint de Dieu" (évangile).

LE COMBAT ENTRE JÉSUS ET LE MAL

Le cri que pousse l'homme tourmenté quand il est libéré est comme une parole informe, sans origine et sans Dieu. Jésus ne touche pas cet homme, il n'essaie pas non plus de le convaincre. Il s'adresse directement à cette partie de lui où la Parole est prisonnière dans le désert du mal, de la violence et de tous les esprits mauvais, là où pour chacun d'entre nous se livre un combat permanent.

Ce que dit cet homme dans la synagogue semble bien confesser que Jésus est Seigneur. Mais cette révélation est refusée par le silence qu'exige Jésus. Comme nous y invite le livre du Deutéronome (18, 19) sachons écouter la parole de Jésus, dans un acte de foi et d’espérance pour qu’elle puisse cheminer en nous, nous toucher, nous transformer, nous unifier...

Ce silence imposé signifie donc que ce n'est pas encore le moment. La plénitude de la sainteté de Jésus et la plénitude du salut qu’il apporte ne peut être révélée que par sa mort et sa résurrection. Il est le « saint de Dieu ».

Saint Marc note ainsi que le langage de Dieu, le mystère la Parole de Dieu, n'est recevable que par un rapport personnel de confiance, et non dans une domination. Jésus ne s’impose pas et n’impose pas son enseignement ; il nous invite à une démarche personnelle pour le recevor et s'en convaincre.

LE SAINT DE DIEU

La guérison est racontée comme un combat entre Jésus et l’esprit du mal. Celui-ci essaie de conjurer le danger : " Que nous veux-tu ?" Jésus l’interpelle : "Silence ! Sors !" Le combat continue dans les convulsions du malade qui est secoué avec violence et pousse un grand cri. La puissance de Jésus, sa maîtrise du mal sont telles que les gens en sont saisis de frayeur et se demandent : "Qu’est-ce que cela veut dire ?"

Et déjà, le voile se lève discrètement sur le mystère de Jésus, sur son "secret" : Voilà un enseignement nouveau ! Serait-ce la nouveauté des temps messianiques ? Jésus serait-il le Messie ? Il commande aux esprits mauvais et ils lui obéissent ; il est plus fort que le Mal.

Mais c’est le démon qui révèle Jésus avec le moins d’ambiguïté : Tu es le Saint, le Saint de Dieu ! Attribut réservé à Dieu lui-même. C’est d’une telle clarté et d’une telle audace que Jésus le fait taire : Silence ! La foule n’est pas encore prête à recevoir cette découverte inouïe. Et Jésus veut que, pour l’instant, cela soit tenu secret.

Nous aussi, au milieu des remous de notre existence, du combat qui est en nous comme autour de nous entre le Bien et le Mal, il nous faut poser cette question, et faire entendre cet appel : Qui es-tu, Jésus ? Pour moi ! Pour nous !



DIMANCHE 8 FEVRIER 2015
CINQUIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Références bibliques :

Lecture du livre de Job. 7. 1 à 7 : »Ma vie n’est qu’un souffle. »
Psaume 146 : Il est bon de fêter notre Dieu. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 Cor. 9. 16 à 23 : »Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile. »
Evangile selon saint Marc. 1. 29 à 39 : »C’est our cela que je suis sorti. »

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Nous pouvons centrer notre réflexion et notre méditation sur l’évangile de ce dimanche puisqu’il nous apporte plusieurs éléments qui sont de ceux que nous avons à vivre d’une manière ou d’une autre, dans cette vie qui n'est qu'un souffle . A nous de les transposer dans notre existence quotidienne.

Ce passage en effet est une sorte de résumé des activités de Jésus, en même temps qu’il nous en signale les points forts que nous avons à mettre en oeuvre : prier, témoigner, guérir.

LE TEMPS DE LA PRIERE

Jésus s’est reposé. Il connaît les limites de ses forces. Parfois même les apôtres doivent le tirer violemment de son sommeil alors que la tempête s’est levée sur le lac et qu’ils ont peur de sombrer.

Il commence à prier alors qu’il fait encore nuit. Le texte grec nous dit : »au matin, tout à fait de nuit. » Il prie avant l’aube jusqu’à l’heure où se lève la lumière et les couleurs matinales de l’Orient, si fraîches et si pures. C’est déjà toute une leçon. La première heure est à Dieu son Père.

Il a quitté la maison de la belle-mère de Pierre et s’est rendu, solitaire, dans un lieu calme et silencieux. Sa prière a besoin de cette dimension. Dans le même temps, il ne veut pas déranger ceux qui dorment encore. Il ne veut pas non plus que cet instant privilégié de tête-à-tête avec son Père puisse être interrompu par la présence indiscrète d’un apôtre matinal ou par les faits et gestes de la ménagère aux premières heures. Cette attitude de Jésus doit nous être un exemple.

En fait il n’est pas totalement solitaire, replié sur lui-même comme le sont les adeptes des sagesses orientales. Il ne quitte le cadre de sa vie active que pour entrer en relation avec son Père. Nous en savons le contenu puisqu’il l’a révélé à ses apôtres au soir du Jeudi-Saint (Jean 17). C’est une prière d’adoration et de jubilation : »Je te rends grâce, Père ! »

Nous, nous estimons que nous avons tellement de choses à demander, et surtout à obtenir, que nous en devenons très bavards. Il nous est alors difficile de nous laisser imprégner de cette présence divine, qui nous couvre comme la rosée couvre le sol au lever du jour.

Nous pourrions entrer pleinement dans l’intimité de Dieu, si nous savions sortir de nous-même, de nos préoccupations, de nos habitudes où s’enlise notre personnalité d’enfants de Dieu. « Il sortir et il alla dans un endroit désert. »

LE CRI DU COEUR

La prière de Jésus ne le détache pas du monde des hommes. Son humanité entière leur est consacrée. C’est pour ses frères qu’il est venu leur apporter le salut et la découverte de la gloire de Dieu.

« Il proclame la Bonne Nouvelle ». Cette formule revient deux fois pour indiquer ce qui est trame de ses journées. Il proclame, et le verbe grec « kerussein » est significatif. C’est « crier » d’où vient d’ailleurs l’étymologie de ce terme français. Certains commentateurs disent qu’il devait parler fort pour être entendu par la foule. Saint Marc a choisi un terme qui n’a pas le sens d’intensité phonique, mais qui utilisé quand on veut dire : »Le cri du cœur. »

Sa prédication n’est ni fade ni doucereuse. Elle est le cri de la Vérité, même quand il parle paisiblement, calmement, amicalement. Il impressionne par la qualité de ses affirmations et non par sa véhémence. Un vieux proverbe français dit : »Si tu cries trop fort, c’est que tes arguments n’ont pas de force. »

Parler de son Père est une nécessité qui s’impose à lui, comme elle s’impose à ses disciples. « C’est pour cela que je suis sorti. » « C’est une nécessité qui s’impose à moi ! » s’écrit saint Paul aux Corinthiens dans la lecture de ce dimanche. Ce devrait être une "nécessité" qui s'impose à nous aussi.

Le message dont nous sommes porteurs ne peut rester ignoré. Saint Paul ne décline pas une méthode stratégique pour sa prédication ; il nous dit, avec simplicité, qu’il se sent tout à fait semblable à ceux à qui il s’adresse. « Ce qui est faible, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort. » (1Cor. 1. 27 et 28)

Nous aussi, nous avons à faire entendre la Vérité, mais sans nous mettre à part, ni au-dessus, ni différent. Nous avons à être tout à tous, parlant de Dieu d’une manière directe et simple, vivant avec les hommes nos frères. Nous ne sommes pas autrement qu’eux. « Je me suis fait juif avec les juifs… sans loi avec les sans loi… j’ai partagé la faiblesse des plus faibles. C’est bien par toute notre vie, si simple soit-elle, que nous avons à faire entendre ce qui est le fond de notre cœur Et ce qui est le fond de notre coeur, c'est que nous participons à la Vie divine.

GUERIR ET LIBERER

Jésus, tout au long de sa vie, a combattu les maux dont souffre l’homme. Ils s’appellent ignorance, fièvres, esprits mauvais. L’annonce du salut s’accompagne non par des faits magiques ou étonnants, mais par des « signes » que le Règne de Dieu est à proximité de ceux qui l’entendent ou le rencontrent. Dieu, par le Christ Jésus, est victorieux de tout ce qui fait mal à l’homme et à tout homme.

La première lecture de ce dimanche, tirée du livre de Job, nous envahit par son pessimisme : » La nuit n’en finit pas. » Ce passage est trop bref pour exprimer tout le cheminement spirituel de ce pauvre homme Job, car, en fait, ce livre n’est pas un livre de désespérance.

Ses interrogations nous conduisent à des conclusions sur lesquelles rebondira le Nouveau Testament. Il y a la responsabilité des hommes, il y a la responsabilité de Dieu. En dépit de cette situation de détresse, Job maintient sa fidélité à un Dieu dont les desseins et les actes qui les traduisent, le dépassent. Dans cette nuit où se trouvent souvent les hommes, le Christ, lumière, vient apporter sa clarté décisive et faire naître une espérance véritable, souvent d'une manière inattendue.

Jésus s’approche de l’homme souffrant, lui tend la main et saisit le malade. Cette guérison, cette libération du mal, se fait sans paroles inutiles. Il ne se perd pas en de longues justifications ou en commentaires prolixes. L’alleluià qui précéde la proclamation de l’Evangile nous en dit la raison.

Nous aussi, nous vivons au milieu de la peine et de la souffrance des hommes, en même temps que nous portons les nôtres. Ils n’en attendent pas de nous de longs discours, mais des gestes tout simples qui viennent de notre cœur et leur expriment ce dont il est plein, de Dieu qui est amour.

Beaucoup de nos contemporains, et plus que nous le pensons, chrétiens ou non, vivent cet amour dont Dieu a chargé tout cœur humain. Nous les ignorons parce que ces actes de partage sont le plus souvent vécus dans l’humilité et le silence.

***

« Dans ton amour inlassable, Seigneur, veille sur ta famille. Puisque ta grâce est notre unique espoir, garde-nous sous ta constante protection. » Cette oraison du début de la messe est à elle seule toute une théologie : amour inlassable alors que nous nous lassons si souvent. Unique espoir, alors que nous sommes tentés de le chercher ailleurs.

L’antienne de la communion nous fait chanter : »Proclamer l’amour du Seigneur, ses merveilles pour les hommes. » Nous oublions de clamer devant nos frères ce qui devrait être notre cri du cœur : »Père, je te rends grâce ! »



DIMANCHE 15 FEVRIER 2015
SIXIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Références bibliques :

Du livre des lévites. 13 1 à 46 : Sa demeure sera hors du camp ».
Psaume 101 : »Ne me cache pas ton visage le jour où je suis en détresse. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 Cor. 10. 31 à 11.1 : »Je tâche de m’adapter à tout le monde. Mon modèle, c’est le Christ. »
Evangile selon saint Marc. 1. 40 à 45 : »Si tu le veux, tu peux me purifier. »

***

JESUS A PITIE DE LUI

A l’époque de Jésus, la lèpre était une source de répulsion et même de terreur. Pour les juifs, le lépreux était un pécheur et le verset 43 le rappelle. Or, ci, cet homme a bravé l’interdit qui l’excluait de la communauté et ne lui permettait aucun contact avec qui que ce soit. Il est entré dans la maison où se trouve Jésus. Il est au milieu des auditeurs.

Ce qui l’a décidé à enfreindre cette loi très stricte, c’est qu’il est malheureux et n’a qu’une espérance : la bonté de celui dont il a entendu déjà tant de merveilles. Il compte sur sa puissance : »Si tu le veux, tu peux me guérir. »

Jésus se trouve devant cet homme, et, dans le même temps, à tout ce qui l’exclut de la société : la lèpre et le péché. Dans les scènes antérieures, rapportées par saint Marc, il en est fait mention soit de la privation de la liberté physique, comme la maladie qui empêchait la belle-mère de Pierre de rendre service, soit de la liberté spirituelle comme la possession d’un esprit mauvais. Dans les deux cas, cette maladie ou cette possession sont nettement distinguées du mal qui habite le cœur de l’homme.

Par contre, pour la lèpre, il en était autrement, puisqu’elle est la conséquence du péché, selon la loi juive. A l’occasion de la guérison du paralytique, saint Marc nous dira clairement que Jésus a tout pouvoir contre le péché. Ce sera la lecture de dimanche prochain. Aujourd’hui il le démontre en affrontant cette double exclusion physique et spirituelle et en réintégrant le lépreux dans le peuple de Dieu.

Il a pitié de cet homme, comme il a pitié de tout homme qui vit hors de la communauté des enfants de Dieu.

C’est là son œuvre de salut. « Il est venu pour que la multitude des hommes soient sauvée. » (1 Cor. 10. 33) L’amour peut tout, chantera saint Paul dans son hymne à la charité. Jésus est pris de pitié. Saint Marc note ce sentiment intime de Jésus que seul un témoin a pu remarquer, parce que celui qui lui a rapporté l’épisode était présent dans la maison, saint Pierre dont Marc est l’évangéliste.

L’AUTORITE DE JESUS

Jésus étend la main et touche le lépreux qui est guéri au moment même de ce geste. Jésus ne craint ni l’impureté ni la contagion. Il sait qu’il est la guérison. Son pouvoir vient d’ailleurs, même s’il n’est pas d’une autre humanité que la nôtre et dont il fait les gestes simples : toucher, et sans autre parole que « Je le veux, sois purifié. » Et non pas de longues incantations comme le font tant et tant de charlatans.

Il sait qu’il ne peut être souillé par cette lèpre comme il n’est pas souillé par le péché. Il est la Vie qui ne peut craindre la corruption. D’une certaine manière, il anticipe sa résurrection par cette guérison qui rend pleine vie à celui qui est venu lui demander de vivre comme tous les autres et de vivre au milieu d’eux. Ici saint Marc ne mentionne aucun questionnement de la part de ceux qui sont présents, alors qu’en d’autres circonstances, ils murmurent ou pensent : »Qui est-il ? »

En faisant cette guérison, Jésus ne veut pas se mettre ni hors de la loi ni au-dessus d’elle. Il demande d’un ton sans réplique, et non pas sévère, que le lépreux en accomplisse les exigences en allant se montrer aux prêtres. Il est nécessaire que soit constatée la pureté reconquise et qu’ainsi cette attestation devienne un témoignage sans contestation ultérieure.

Il nous faut reprendre le sens des termes grecs que Marc emploie. « La lèpre s’est éloignée », (Marc 1. 42) comme une réalité extérieure à cet homme. Il ne devient pas autre, il redevient lui-même. Il est purifié. Il en est de même pour nous tous. Quand nous nous retirons du péché, nous redevenons pleinement ce que nous sommes.

Puis Jésus lui demande de partir. S’il a retrouvé son intégrité personnelle, le lépreux ne doit pas rester là à se réjouir de lui-même, à passer des heures de commentaires enthousiastes (Marc 1. 45). Jésus lui demande de s’éloigner, car il doit d’abord et sans attendre, réintégrer la communauté.

POUR LA GLOIRE DE DIEU

De son côté, Jésus s’éloigne pour se retirer dans des lieux « déserts » afin d’éviter aussi les enthousiasmes déplacés de la foule. Ceux qui veulent le rencontrer doivent entreprendre une démarche personnelle qui les engage parce qu’ils sont dégagés d’une ambiance qui les entraîne à ne voir que la guérison, sans aller à l’essentiel, qui est le message de la Bonne Nouvelle.

« Je ne cherche pas mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pourqu’ils soient sauvés », écrit saint Paul aux Corinthiens. L’Apôtre a pris le Christ pour modèle. (1 Cor. 11. 1)

Nous devons agir et réagie ainsi. « Tout faire pour la gloire de Dieu » et non pour être admiré personnellement. Sinon cet intérêt personnel devient un obstacle (1 Cor. 10. 33) L’homme de Dieu ne se met ni sur le devant de la scène, ni dans le meilleur champ des caméras. Il est là pour conduire à Dieu dont il n’est que le serviteur.

Dès ces premiers moments de sa vie publique, le Seigneur prend bien soin d’éviter que chacun ne s’arrête à lui seul ou ne s’égare que dans des considérations trop humaines. Il le dira clairement, après la multiplication des pains, faisant remarquer à la foule qui le cherche : »Vous me cherchez parce que vous avez mangé des pains et que vous en avez été rassasiés. Travaillez pour la nourriture qui demeure en vie éternelle. » (Jean 6. 26)

Dans ce désert où bien souvent les hommes s’égarent, s’enlisent et s’affaissent épuisés, il est le chemin qui conduit à son Père, en qui demeure la Vie éternelle.

***

« Accorde-nous, Dieu tout puissant, de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes dans une inlassable recherche des biens spirituels. » (prière d’ouverture)

Quittons donc les lieux de nos habitudes, de nos égocentrismes satisfaits, de nos prétentions et de nos velléités, pour vivre « l’inlassable recherche des biens spirituels. »



DIMANCHE 22 FÉVRIER 2015
PREMIER DIMANCHE DE CAREME

Réféences bibliques :

Du livre de la Genèse. 9. 8 à 15 : Je me souviendrai de l’alliance qu’il y a entre vous et moi et entre tous les êtres. »
Psaume 24. « Il enseigne aux humbles son chemin. »
Lettre de saint Pierre. 1 Pierre 3 18 à 22 : »Demander à Dieu une conscience purifiée… il nous sauve grâce à la résurrection de Jésus-Christ. »
Evangile selon saint Marc. 1. 12 à 15 : »Dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. »

***

Après le temps de l'enfermement dans l'Arche, c'est un autre temps que celui de la sortie de ces créatures qui ouvre une nouvelle période de la vie. Après le temps du désert, il en est ainsi : le mal, le démon n'y est plus à sa place.

UNE ALLIANCE ENTRE TOUS LES ETRES.

Il ne serait pas inintéressant de reprendre cette parole du livre de la Genèse : »L’alliance entre vous, moi et tous les êtres. » Cette parole : »tous les être » n’est pas à néglieger

L’homme ne peut se considérer comme étant hors de la création, même s’il est à l’image et à la ressemblance de Dieu ».

Créature par son humaine nature, il participe à l’évolution même de cette création matérielle et animale. Il en bénéficie. Il doit aussi la respecter dans une alliance que nous appelons actuellement « sauvegarde de la création ». Il doit l’améliorer. Il doit épanouir toutes les possibilités de la nature, sans en abuser, sans la détériorer, sans la détruire.

Il en connaît les limites, mais par l’intelligence qu’il a reçue, il peut les repousser, et ce qui lui est demander, c’est de ne jamais les dévier. L’Incarnation du Fils de Dieu parmi les hommes nous dit bien cette richesse de la création, ses failles, ses possibilités, par delà tout événement, puisque c’est par cette Incarnation que la Rédemption est Résurrection.

D’ailleurs, la tentation même au désert en est une illustration. Le pain n’est pas une fin en soi, il est nourriture comme l’est la Parole de Dieu. « L’homme ne vit pas seulement de pain. » Pas seulement, mais aussi. Plus tard les noces de Cana seront dans le même registre. « Ils n’ont plus de vin. » Jésus ne répond pas que ce qu’ils ont bu est largement suffisant. C’est Lui qui donne en surabondance des centaines de litres de vin, comme première expression du « vin du Royaume éternel » au soir du Jeudi-Saint.

Nous sommes au seuil de notre Carême et l’Eglise donne sans aucun doute la préférence à l’Alliance que Jésus ne veut pas briser entre lui, l’Homme-Dieu, et son Père, au moment où Satan tente de rompre cette Alliance.

LE TEMPS DE L’ALLIANCE NOUVELLE EST ARRIVE

Dans l’évangile de ce premier dimanche de Carême, saint Marc, à la différence des autres évangélistes, reste très sobre dans son évocation du séjour de Jésus au désert. Pourtant, il nous donne l’essentiel du mystère qu’est le Christ.

Le baptême de Jésus venait de se vivre au cœur même de la réalité trinitaire. L’Esprit repose sur Lui, comme la colombe sortie de l’arche, au temps de Noé est le signe de la nouvelle alliance. Au Jourdain, elle témoigne de l’alliance renouvelée. Il a entendu son Père lui dire : »Celui-ci est mon Fils bien-aimé.

Jésus est « poussé par l’Esprit » et la parole de son Père résonne encore à ses oreilles, à sa mémoire et à son cœur. Elle est toute proche, car c’est bien elle qu’il a médité durant les quarante jours qu’il consacre au silence. Il ne peut délaisser cette Parole venue du ciel à l’intention de ses futurs disciples. Il l’assume en restant, malgré tout, le Fils bien-aimé et il y répond personnellement par son attitude à l'encontre de Satan.

Le mystère de la tentation du Christ se situe donc dans ce mystère trinitaire. Il repousse les avances du mal et il reste en totale communion avec son Père, garde ainsi « un cœur pur », celui dont il dira quelques jours plus tard, au sermon sur la montagne : »Bienheureux les cœurs purs, ils verront Dieu.» Ils auront la vision, la perception même de Dieu en eux.

C’est poussé par cet amour vécu dans l’Esprit que le Fils de l’Homme dira : »Tu ne serviras que Dieu seul. » Une réponse qui doit être aussi la nôtre et à laquelle il nous invite à notre tour, par delà toute tentation, puisque nous sommes marqués par la vie trinitaire de notre baptême et des sacrements dont nous vivons.

« Un cœur purifié reflète Dieu », disait saint Grégoire de Nysse. A nous de demander au Seigneur, ce cœur purifié, selon la parole de saint Pierre aux premiers chrétiens. « Dans sa chair, il a été mis à mort. Dans l’esprit, il a été rendu à la vie…Etre baptisé c’est s’engager envers Dieu avec une conscience droite et participer ainsi à la résurrection de Jésus-Christ. » (1 Pierre 3. 21)

LA MISERE DE L’HOMME

Jésus n’avait pas besoin de recevoir le baptême de pénitence. Jean Baptiste le lui avait dit. Toutefois, Jésus a voulu assumer toute notre humanité avec sa misère, et non pas seulement par un simple geste significatif en descendant dans le Jourdain.

Il a voulu l’assumer dans sa totalité, hormis le péché, mais en partageant toutes les conséquences de ce péché. Et c’est là que se situe sa tentation au désert, qui n’a connu aucun témoin. C’est lui seul qui a pu en parler, nous disant ainsi jusqu’où allait son identification à l’homme, lui qui nous appelle à l’identification divine dans le mystère trinitaire.

Dans son état originel, selon les premiers chapitres du livre de la Genèse, la nature humaine n’était pas divisée entre le bien et le mal. Tant qu’ils restèrent en alliance avec Dieu, la nature humaine resta « entière ». C’est parce que nos premiers parents ont accepté la première tentation au Jardin d’Eden, que l’unité humaine a été fragmentée par le péché.

Par le péché, l'homme n’est plus totalement à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il ne « récapitule » plus en lui toute la nature, il n’en récapitule que quelques éclats. Le péché a été cause de la destruction de cette unité. Bien plus, l’homme isolé de Dieu, s’isole de ses frères, les uns tendus contre les autres, et c’est le premier meurtre, celui d’Abel par son frère Caïn.

A l’inverse, Jésus « récapitule » toute l’humanité, comme elle était en sa réalité première. Le Père peut mettre toute sa joie en son Fils puisque toute la vie d’homme de Jésus aura pour sens de redonner vie nouvelle à l’unité fragmentée : Jésus est comme le premier homme :"A l'image et à la ressemblance de Dieu" ... le nouvel Adam.

Et Satan veut refaire ce qu’il a réussi au Jardin d’Eden. Cette fois, c’est au désert. Il veut dissocier celui qui vient de s’y retirer, en l’entraînant à n’être qu’un « éclat » de gloire éphémère au pinacle du Temple, aux horizons des royaumes.

Les tentations, dont ne parle pas saint Marc, mais qui sont évoquées par Matthieu et Luc, sont dans la ligne même de la première tentation au seuil de l’humanité. Puisque Jésus d’une certaine façon vient « reprendre tout au stade initial » par le salut qu’il porte en lui, puisqu’il « récapitule » en lui-même toute l’humanité dans sa réalité première, sans le péché, Satan, comme aux premiers jours, va tenter de le dissocier de Dieu et de lui-même par les épreuves auxquelles il le soumet.

Il lui propose les richesses, les biens matériels, le pouvoir. Il sait qu’en tout homme, il y a avidité de domination, qui s’exerce d’une manière ou d’une autre. Il sait qu’en chacun de nous il y a soif de vivre, une soif que rien d’humain ne suffit à épancher, une soif qui appelle une eau jaillissant en vie éternelle (Jean 4. 10 à 16).

Jésus n’est pas indifférent. Il tient tête en restant en totale communion avec son Père. Il répond avec les paroles mêmes qui expriment la pensée de Dieu.

Il y eut un soir d’une autre tentation, celle du Jardin des Oliviers. Là encore le Christ a dû choisir, seul avec son humanité. Sa soif de vivre s’est épanchée dans le calice qu’il accepta de boire pour que reste totale sa communion à la volonté de son Père.

Au désert, lorsqu’il eût éloigné Satan les anges vinrent le servir (Marc 1. 13) Au jardin de l’agonie, ils vinrent le réconforter au moment de sa décision (Luc 22. 43). L’Alliance n’était pas rompue.

INVITES A SUIVRE JESUS.

Au désert, comme au jardin des Oliviers, Jésus était seul. La présence de son Père pouvait lui sembler bien lointaine. Nous aussi, nous connaissons ce désert, cette nuit, cette solitude au moment de toute décision, face à notre conscience, face à nous-même, avec l’impression d’un grand silence de la part de Dieu.

Si nous avons été aidés par des amis, par la Parole de Dieu, personne ne peut nous remplacer à ce moment ultime qui engage notre personne et tout notre être. C’est moi seul qui peut dire ce « oui » qui m’engage en réponse à la grâce de Dieu sur moi.

Au désert, Jésus a vécu ce qu’il nous demande de dire et répéter dans le « Notre Père ». S’il a accepté d’être soumis aux tentatives déstabilisantes de Satan, aux épreuves que connaît tout homme un jour où l’autre, il n’a pas succombé.

Lorsque nous sommes, comme lui, « soumis à l’épreuve de la tentation », à donner nous aussi la preuve de notre fidélité à Dieu seul, il nous invite à le suivre. Durant ce Carême, c’est ce que sa miséricorde nous propose. Il nous invite à ne pas briser la communion qui est la nôtre avec le Père, comme il l’a demandé au soir du Jeudi-Saint quand il s’adresse à son Père, qui est notre Père : « Je prie aussi pour ceux qui croiront en moi à cause de leur parole » (Jean 17. 20).

***

« Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce carême, de progresser dans la connaissance de Jésus et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle. » (prière d’ouverture de la messe)



DIMANCHE 1 MARS 2015
DEUXIEME DIMANCHE DE CAREME

Références bibliques :

Livre de la Genèse : 22. 1 à 18 : "Puisque tu m’as obéi… »
Psaume 115 : « Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur ?."
Lettre de saint Paul aux Romains. 8. 31 à 34 : "Il n’a pas refusé son propre Fils…."
Evangile selon saint Marc : 9. 2 à 10 : "Ils ne virent plus que lui, Jésus, seul, avec eux."

***

En ce deuxième dimanche de Carême, grande est la force spirituelle qui ressort du message de la Transfiguration du Seigneur. Nous en sommes même tentés de ne lire qu’avec moins d’attention, la réponse d’Abraham et l’assurance de saint Paul.

PRENDS TON FILS, CELUI QUE TU AIMES

Le projet de Dieu, pour chacun de nous, est de nous conduire à Lui, mais le chemin qu’il nous demande de suivre est celui-là même du Christ.

Comme il en fut pour le Christ, ce n’est pas de vivre une aventure, fut-elle celle de la foi. Le désir de la foi, c’est de rejoindre l’infini. Le désir de l’amour, c’est de vivre sa durée. Le désir de l’être, c’est Dieu, alors que nous ne le connaissons pas dans l’infini de sa réalité.

Quand Abraham quitte Ur en Chaldée, il ignore de quoi seront faits les lendemains. De quelles joies ? de quelles épreuves ? de quels détachements ? Il ne connaît rien du projet de Dieu sur lui, mais, pour lui, ce Dieu qui lui parle est plus que son pays, que sa patrie, que la famille, que la maison de son p
ère.

Il en est bien aussi de notre vie.

Et puis, un jour, ce qui nous est demandé dépasse notre humaine compréhension. Ce fils, Isaac, est l'unique espoir d'une descendance et c’est lui qui doit être sacrifié. La foi d’Abraham assume ce paradoxe. C’était une épreuve, et ce fils, « cet unique, celui que tu aimes », parce qu’Abraham a préféré Dieu à tout autre amour, devient l’avenir même du Peuple de Dieu,

Saint Paul appuie sa foi sur l’assurance même de l’amour que Dieu nous porte. Il n'a pas vécu ce que Pierre, Jacques et Jean ont vécu sur la montagne au jour de la Transfiguration. Et pourtant il a vécu lui aussi une indicible lumière sur le chemin de Damas et il peut alors déclarer à son disciple Timothée : « Il nous a donné une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce... Maintenant elle est devenue visible à nos yeux « (2 Tim. 1. 9)

Et c’est cela qui est dit aux disciples sur le Thabor. La gloire de Dieu passe par le chemin de l’humilité, de l’épreuve et de l’amour.

REJOINDRE LA PAQUE DU SEIGNEUR.

Dans sa marche vers Pâques et Jérusalem, Jésus gravit cette montagne de Galilée. Saint Marc nous précise : "Une haute montagne", ce qui n’est pas sans rappeler celle de l’Horeb où Dieu parla à son peuple, au Sinaï. La montagne où Moïse ne pouvaitpas regarder en face la lumière de Dieu, que les apôtres ont pu voir un instant, sans en mourir.

La tradition chrétienne, dès les premiers temps, l’a identifiée au mont Thabor. Les nombreux sanctuaires, qui ne sont plus que ruines aujourd’hui, nous le disent. C’est la plus haute montagne de Galilée, toute autre que la montagne sainte de Jérusalem. C’est aussi un endroit merveilleux d’où l’on découvre la vallée fertile d’Esdrelon vers la mer et, de l’autre côté, jusqu’au lac de Tibériade.

Jésus emmène donc Pierre, Jacques et Jean, à l’écart, selon une expression de l’Evangile, qui signifie à la fois moment de repos, moment d’intimité avec ses disciples et moment de prière avec son Père. Et c’est là que la lumière jaillit de tout l’être humain de Jésus.

Si la liturgie de l’Eglise nous fait lire cet épisode chaque deuxième dimanche du Carême, c’est que la Transfiguration donne tout son sens à notre démarche vers Pâques, qui est celle de notre "intégration" dans la vie divine par le Christ ressuscité.. Le Christ est plénitude de Dieu, "lumière née de la lumière". Il l’unit à sa nature humaine, à son corps même, dans le mystère de son union à la splendeur divine.

C’est ce à quoi il nous propose de participer, à notre tour, puisque la grâce de notre baptême et des sacrements réalise en nous cette divinisation.

Pendant ces quarante jours, nous sommes "guidés par l’Esprit" (1er dimanche de Carême) et tentés dans le désert qui est le nôtre. Aujourd’hui, nous avons à gravir, avec lui, la montagne qui est celle du Thabor, qui, demain, sera celle du Calvaire.

Aujourd’hui, il nous demande de nous laisser englober dans la nuée lumineuse, comme elle qui couvrit les trois apôtres de son ombre. La lumière, c’est le Christ mais aujourd’hui nous sommes avec lui dans l’obscurité de son humanité avant d’être révélée dans la lumière du matin de Pâques. "Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts" (Matthieu 17. 9).

Et saint Marc souligne bien cette présence du Christ à nos côtés : »seul avec eux… » Moïse et Elie, la Loi et les Prophètes ne sont plus là. Le Christ nous suffit, même si aujourd’hui nous nous demandons comme les trois disciples, « se demandant entre eux ce que voulait dire : ressusciter d’entre les morts. »

Ils n’osent pas questionner ce Jésus avec qui ils ont vécu un moment d’extraordinaire mystère. Saint Paul nous le dit : »Il est ressuscité, il est à la droite de Dieu. »

LA LOI ET LES PROPHETES

Ce n’est qu’à partir de la Résurrection que les apôtres comprendront pleinement le sens d’un événement qui les avait bouleversés autrefois, sans qu’ils puissent alors en saisir toute la portée.

Revenons un instant sur cette présence qui entoure le Christ, le Messie annoncé par la Loi et les Prophètes. En effet au sein de cette vision glorieuse, apparurent aux côtés du Seigneur, Moïse et Elie, ces deux sommets de l’Ancien Testament, représentant la Loi et les Prophètes.

Moïse, l’homme de l’Exode vers la terre promise, dont on ne sait où se trouve précisément son lieu de sépulture sur le mont Nébo (Deutéronome 34). Elie fut enlevé au ciel (2 Rois 2. 1 à 15) Le visage de Moïse avait resplendi d’une gloire qui venait, non pas de lui-même, mais de l’extérieur, après la révélation du mont Sinaï (Exode 43. 29), il était reflet.

Au Thabor, le visage du Christ n'est pas un reflet, mais une source de lumière, source de la vie divine rendue accessible à l’homme et qui se répand aussi sur ses "vêtements", c’est-à-dire sur le monde extérieur et sur les produits de l’activité et de la civilisation humaines.

Ils s’entretiennent avec lui, (saint Luc nous le précise), "de l’exode qu’il allait accomplir à Jérusalem" c’est-à-dire de sa Passion, car c’est par la Passion et la Croix que cette gloire devait être donnée aux hommes, entrant dans la Terre Promise, au jour de la Résurrection.

MON FILS BIEN AIME

Partis prier avec lui, ils entrevoient sa gloire. Ils l’avaient découvert comme le nouveau Moïse et le nouvel Elie auxquels ces prophètes du passé rendaient témoignage. Mais surtout ils perçoivent Dieu lui-même, si l’on ose parler ainsi, reconnaissant en Jésus son Fils. Jésus le villageois de Nazareth, le guérisseur, le prédicateur qui révèle aux foules de Galilée le sens de la Parole de Dieu.

« Le Fils bien-aimé », c’était l’humble charpentier qui se présentait à Jean-Baptiste. Aujourd’hui c’est le Messie de gloire. Au Thabor, Jésus est lui-même en même temps qu’il est le Tout-Autre, Parole de Dieu incarnée qui manifeste la splendeur naturelle de la gloire divine qu’il possède en lui-même et qu’il avait conservée dans son Incarnation, même si elle était cachée sous le voile de la chair.

Au Jourdain, Dieu révèle qui est Jésus son Fils. Au Thabor, il leur demande de l'écouter et ils doivent écouter et réaliser la Parole de son Fils pour la dire au moment de la Résurrection.

Sa divinité s’est unie sans confusion avec la nature de la chair. Et la gloire divine est devenue gloire du corps assumé. Il n’est pas le Fils bien aimé, par adoption, privilège ou mission temporaire. Il l’est par nature, et cela de toute éternité. La théologie dira, c’est son essence même, c’est sa substance.

Ce que le Christ manifestait ainsi à ses disciples au sommet de la montagne, ce que Dieu ratifiait par sa Parole, n’était pas un simple et nouveau spectacle, mais la manifestation éclatante de la divinisation en Lui de la nature humaine, y compris le corps, et de son union avec la splendeur divine. "La divinité de celui qui a prit notre humanité" (prière de l’offertoire de la messe).

NOTRE DIVINISATION

"Lumière née de la lumière, " (Confession de la foi), lumière immatérielle, incréée et intemporelle, elle est celle du Royaume de Dieu venu en Jésus-Christ dans la puissance de l’Esprit-Saint. "Je suis la lumière du monde."

Mais il l’a promis à ses disciples quand il nous a dit : "Vous êtes la lumière du monde." Nous sommes ainsi un autre lui-même, c’est "notre vocation sainte, non pas à cause de nos actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. "

"Devenue visible à nos yeux parce que le Sauveur, le Christ Jésus s’est manifestée, cette lumière deviendra l’héritage permanent des élus dans le Royaume. Elle n’est pas seulement un objet de contemplation passagère, elle est aussi grâce déifiante qui nous permet de "voir" Dieu. "Dans ta lumière, nous verrons la lumière" (Psaume 35. 10).

Nous recevons de cette contemplation la vie divine que le Christ, et lui seul, vit en plénitude. Il est la lumière de Dieu assumée en un homme, accessible aux hommes. Il nous faut alors aller jusqu’au terme de cette affirmation et de cette réalité.

Il n’est aucun geste de Jésus, aucune de ses gestes corporels, qui ne soient notre partage aux repas où on l’invite, sur l'autel eucharistique, où, par l'Esprit-Saint, l’imposition des mains divinise le pain et le vin au corps et au sang du Christ.

***

« Tu nous as dit, Seigneur, d’écouter ton Fils bien-aimé. Fais-nous trouver dans ta Parole les vivres dont notre foi a besoin. Et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire. » (Prière d’ouverture de la messe).




DIMANCHE 8 MARS 2015
TROISIEME DIMANCHE DE CAREME

Références bibliques :

Livre de l’Exode. 20. 1-17 : »Tu ne prosterneras pas devant ces images pour leur rendre un culte. »
Psaume 18 : »Le commandement du Seigneur est limpide : il clarifie le regard. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 1. 22 à 25 : »La folie de Dieu est plus sage que l’homme. »
Evangile selon saint Jean. 2. 13 à 25 : »Il les trouva installés dans le Temple. »

***

Il n’est pas difficile de remettre dans notre contexte contemporain les textes bibliques de ce dimanche et l’épisode du Temple. Nous connaissons nos idoles : la réussite industrielle, le pétrole. Nous connaissons la sagesse des hommes, qui devient une immense folie. Nous connaissons le temple de notre propre personnalité qui est envahit par de multiples contraintes matérielles.

DEVANT DES IMAGES

Le Seigneur se situe devant son Peuple comme celui qui est vivant, qui est attentif à leur situation et qui les accompagne dans la liberté. Il a fait sortir son Peuple de l’Egypte. Il n’est pas cette statue immobile et sans vie devant laquelle on se prosterne. Elle peut être aux yeux de ses fidèles une expression de la force, de la puissance. Elle ne représente pas un être qui aime et dont l’amour est la réalité même.

Ce ne sont que des images. Il est un Dieu qui veille sur ses fidèles et les bénit. Il est un Dieu créateur qui, depuis le premier jour, ne peut être assimilé au mal : »Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal. » C’est lui qui a créé ce monde et qui peut dire de son œuvre : »Et Dieu vit que cela était bon. »

Son œuvre ne peut exprimer que cette réalité et ce respect de son œuvre dans toutes les relations et toutes les situations où nous nous trouvons. C’est là tout le sens des dix commandements qu’il nous rappelle.

« La loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie. » (psaume 18)

Si aujourd’hui nous plaçons devant nos yeux des images de Jésus, de la Vierge Marie, des saints, ce n’est pas pour les adorer. C’est parce que le mystère de l’Incarnation a rendu possible l’accès au mystère divin dans une personne vivante, avec un corps au travers duquel Dieu fait homme a pu nous exprimer son amour, jusqu’à la mort et la mort de la croix.

C’est là le sens profond du culte des « icônes ». Ces images, ces statues ne sont pas des idoles. Elles ne détournent pas du Christ Jésus, elles nous y conduisent, malgré certains excès d’un culte populaire. Et là il nous faudrait raviver la théologie orientale et orthodoxe des icônes.

LA FOLIE DE DIEU

Ce Jésus que nous avons contemplé dimanche dernier au jour de sa Transfiguration est un éblouissement devant lequel les trois disciples sont bouleversés, dans le même temps qu’ils veulent en prolonger la contemplation, pour leur satisfaction personnelle : »Il est heureux que nous soyons ici. »

Mais le Christ leur avait rappellé alors que cette gloire ne peut en rester là et qu’ils doivent découvrir au jour le jour ce qu’est la véritable folie de Dieu. C’est une folie d’amour qui va identifié le Christ à toutes les situations que connaissent les hommes. Si nous voulons être identifiés au Christ, il nous faut passer aussi par cette folie d’amour qu’est la passion, la mort et la résurrection.

C’est ce qu’il leur a rappelé en descendant du Thabor. Le crucifix n’est pas une idole. C’est Dieu qui se présente à nous dans la réalité même du salut qu’il accomplit ainsi. Une croix vide du Christ, n’est plus que deux montants de bois, même s’ils sont symboliques. Une croix où le Christ est offert à son Père par la haine et l’incompréhension des hommes, insère la passion de Jésus dans la passion douloureuse des hommes d’aujourd’hui, en Afrique, en Asie, en Amérique Latine.

DE FONDATION EN FONDATION

Qui ne rêve pas de bâtir l’avenir ? Qui ne rêve pas de créer des institutions qui en tiennent compte par des »prospectives » audacieuses ou coûteuses ? Qui ne rêve pas de reconstituer un monde meilleur au prix du sang des innocents ?

L’avenir ? Dieu l’a bâti en des gestes de folies et non sur des mécènes généreux ou orgueilleux. Bâtir sur le Christ, c’est détruire le temple de nos matérialismes , qu’ils s’appellent « sociétés multinationales » aux mécanismes complexes, « associations » aux statuts bien réfléchis, « fondations de ceci ou de cela. » Il n’y a qu’une fondation qui tienne, celle qui est bâti sur le roc du Christ, c’est-à-dire sur l’amour humble, pauvre, incompris, dépouillé.

Le Christ nous rappelle que le temple de Dieu doit être débarrassé de tout ce qui n’est pas à son service et pour sa gloire. « Nous sommes les temples du Saint-Esprit », nous répète saint Paul. Etonnons-nous que parfois la grâce de Dieu y fasse un nettoyage vigoureux pour nous débarrasser de tout ce qui y est déplacé : l’orgueil, l’égoïsme, la possession …

« La faiblesse de Dieu est alors plus forte que l’homme. » (1ère Cor. 1. 25) Les fondations humaines sont emportées par les ouragans. « La maison bâtie sur le sable… »

CHASSES DU TEMPLE

Il est bon de remarquer que le Christ s’il est vigoureux, n’est pas un homme qui s’emporte alors dans une colère aveugle. Les bœufs et les brebis sont chassés avec un fouet. Les pièces de monnaie sont jetés au sol, c’est tout ce à quoi elles peuvent prétendre, puisque ce ne sont que des objets matériels.

Il y a une nuance que saint Jean a remarqué, lui le coléreux qui voulait que la foudre tombe sur un village qui n’accueillait pas Jésus. Il a noté l'attitude de Jésus quand il dit aux marchands de colombes : »Enlevez cela d’ici. » Il y a une délicatesse dans la violence de tout ce remue-ménage.

Quand Dieu nous bouscule, il n’est pas aveugle. Il sait nuancer son intervention. A nous de savoir aussi y être sensible.

QUEL SIGNE PEUX-TU DONNER

Nos réactions spontanées quand le malheur, la souffrance, la mort nous frappent, sont de dire : Mais pourquoi ? mais ce qu’il fait de nous est incompréhensible de la part de Dieu. En tous cas, il devrait s’y prendre autrement envers nous puisqu’on dit qu’il est amour.

Les marchands du temple s’étaient installés sans tenir compte de la loi liturgique qui voulait que cette maison de Dieu soit une maison de prière, que tout soit un geste qui monte vers l’Eternel et non pas des gestes mercantiles qui aillent dans la poche des vendeurs ou des changeurs. Ils savaient cela, ils ont profité de la liberté qui leur était donnée.

Dieu a donné à chacun de nous la liberté d’agir selon ses commandements, selon les orientations de son amour. Bien souvent en agissant autrement, cette liberté devient une occasion de haines entre les hommesau lieu d'être des mains ouvertes envers nos frères.

Nous connaissons nos limites humaines, parce que nous sommes des créatures immergées dans une création périssable. C’est dur à entendre et plus dur encore à vivre.

Nous ne pouvons nous égaler à l’infini de la perfection du Dieu Trinité. A nous d’assumer aujourd’hui ce que nous sommes pour un temps de quelques décennies, avant de rejoindre cet infini de la vie trinitaire à laquelle nous sommes déjà appelés.

A nous d’aider également nos frères souffrants, durant ce cheminement terrestre.

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« Tu nous as dit comment guérir du péché par le jeûne, la prière et le partage. Ecoute l’aveu de notre faiblesse. Nous avons conscience de nos fautes. Patiemment relève-nous avec amour. » (Prière d’ouverture de la messe)

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