Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


Dimanche 24 mai : La Pentecôte
Dimanche 31 mai : Célébration de la Trinité
Dimanche 7 juin : Fête du Saint Saint Sacrement
Dimanche 14 juin : Onzième dimanche du temps ordinaire
Dmanche 21 juin : Douzième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 28 juin : Trezième Dimanche du temps ordinaire



DIMANCHE 17 MAI 2015
SEPTIEME DIMANCHE DE PAQUES

 

Références bibliques :
Les Actes des Apôtres. 1. 15 à 26 : «Avec nous, témoin de sa résurrection.»
Psaume 102 : «Béni son nom très saint, tout mon être !»
Lettre de saint Jean : 1 Jean 4. 11 à 16 : «Son amour atteint en nous sa perfection ».
Evangile selon saint Jean. 17. 11 à 19 : «Qu’ils soient consacrés en vérité.»

***

La prière de Jésus à son Père ne peut être reçue dans votre vie que par une longue méditation spirituelle. Ici Jésus se situe au cœur de l’unité divine, ou plus exactement, Jésus lui dit que nous, ses disciples, nous pouvons atteindre cette unité et la vivre en vérité.

PERE SAINT

La sainteté n’est pas une séparation du profane. En Dieu, rien ne peut être négatif. La sainteté, c’est la pureté dans sa plus haute perfection.

Il le leur a dit : «Soyez parfaits comme mon Père.» (Mt 5. 48) Au soir du Jeudi-Saint, Jésus demande à son Père que ses disciples, à leur tour, aient et gardent cette perfection, cette « sanctification » (Jean 17. 17).

Ils ont une foi solide mais il faut qu’ils y persévèrent « dans ton nom ». L’adhésion à la connaissance qu’ils avaient de Jésus, doit être aussi l’adhésion à la connaissance de Dieu. C’est dans ce sens qu’il leur a appris à le dire dans le «Notre Père.»

Désormais, il faut qu’ils vivent au quotidien selon la connaissance qu’ils ont de Dieu, par Jésus. Le lien qui unit le Père et le Fils, doit être et sera aussi le leur.

Ce nom, cette connaissance, les gardera dans l’unité. Ils pourront être, entre eux aussi, une seule communauté d’esprit et d’âme, parce que cette communauté est constituée par l’unité qu’ils vivent en l’unité du Père et du Fils. «Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous.» (1 Jean 4. 12)

VIVRE DANS LE MONDE

Dans cette prière à son Père, Jésus ne dissocie pas son humanité de sa divinité. Durant sa présence immédiate auprès d’eux, il les gardait dans cette fidélité. Mais il rejoint son Père, sans pour autant être absent de ce monde. Dieu n’est jamais absence. Il est parfois silence pour qui ne sait pas entendre. Il est toujours présence, même quand elle difficile à pressentir.

Ce qu’il demande pour eux, c’est que soit en eux la joie intense qui est celle de la vie trinitaire, du Père et du Fils et de l’Esprit. Une joie parfaite. (Jean 3. 29) comme la sienne. Une joie en plénitude.

S’il est venu dans le monde, c’est pour accomplir la mission que le Père lui a confiée. A leur tour, ils sont chargés d’une mission. Il ne demande pas qu’ils quittent ce monde, sinon ils ne pourraient pas la remplir (Jean 13. 1), puisque lui-même est venu pour elle dans le monde. Il suffit que le Père les préserve des mauvais éléments qui sont dans le monde. L’unique nécessaire est de les préserver de la contagion du mal.

La traduction liturgique a pris le parti de personnifier ce mal en parlant du Mauvais. Ni saint Augustin, ni saint Jean Chrysostome ne veulent commenter ainsi ces paroles de Jésus. Pour eux, il serait étrange que Jésus regarde ses disciples comme une sorte d’enjeu entre son Père et Satan, comme si les disciples n’avaient à se préoccuper que des tentations diaboliques.

Certes, l’influence du démon n’est pas à perdre de vue. Mais, dans son commentaire de ce passage, saint Thomas d’Aquin rappelle que ce monde n’est pas entre les mains du Malin, du Mauvais.

Ce «monde» dont parle Jésus doit être pris dans les deux sens qu’il utilise. Tantôt c’est toute l’humanité dans laquelle Jésus vient. (Jean 3. 17) Tantôt c’est l’humanité qui se révèle comme hostile parce qu’elle ne comprend pas les choses d’en haut.

De toute façon, nous sommes dans le monde, sans en être, sans en avoir l’esprit limité. Dans les versets 14 à 16, les deux sens se côtoient. La prière de Jésus à son Père les éclaire : «Ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde.»

UNE CONSECRATION

Cette affirmation que ni Jésus ni ses disciples ne sont du monde, prépare la prière des versets 17 à 19. Pour agir sur le monde et dans le monde, sans en être, c’est-à-dire en étant à l’abri de sa contagion, il faut que les disciples reçoivent une consécration.

En les rapprochant de Dieu, cette consécration les fait participer à sa perfection transcendante. C’est l’aspect positif de la sainteté. Ils ont reçu la parole, le «logos», le Verbe de Dieu qui s’est fait chair et qui a habité parmi nous. (Jean 1. 14)

Le début de l’évangile de Jean est à mettre en relation avec la prière que nous méditons. Les phrases se répondent de l’une à l’autre et, par là, nous éclairent. «Le monde n’a pas connu la lumière... Elle vint dans son propre bien ... elle n’a pas été accueillie (Jean 1.10 et 11) «Ils ne sont pas du monde, comme moi...consacre-les par la vérité.» (Jean 17. 16) « La Parole pleine de grâce et de vérité. » (Jean 1. 14)

Jésus demande donc à son Père de les faire participer à la perfection transcendante qui est la sienne. Le caractère de la Parole qu’il est, et qu’il tient du Père, c’est d’être la vérité. Puisqu’il les charge de participer désormais à une mission analogue à celle du Fils (Jean 10.36 et Jean 17. 18), ils doivent aussi participer à la sainteté divine. Il les a choisis pour qu’ils portent un fruit qui demeure.

Jésus s’est consacré en vérité. Il demande à son Père de les consacrer, de les sanctifier « en vérité ». Le verset 17 dit «dans la vérité». Le verset 19 supprime l’article pour signifier que cette consécration n’est pas extérieure, mais qu’elle l’est véritablement, intimement, en réalité. Les lettres de Jean développent cette affirmation à plusieurs reprises : 1 Jean 4. 16 - 2 Jean 1. 2 - 3 Jean 1. 3.

***

Durant cette réflexion, nous avons parlé des disciples. Il nous suffirait maintenant de remplacer les mots « disciples », « ils » ou « eux », par « nous » pour que nous nous sentions pleinement concernés par cette prière de Jésus.

Pour que nous en ressentions aussi toutes les exigences.




DIMANCHE 24 MAI 2015
LA PENTECÔTE
ET LA VENUE DE L'ESPRIT DE DIEU



"J'aurais encore beaucoup de choses à dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la Vérité tout entière." (Jean 16. 12 et 13)

Par delà le fait de la venue de l'Esprit sous la forme de "langues" de feu, il y a le mystère unique de notre salut. La messe de ce jour dégage d'ailleurs le contenu de ce mystère qui ne peut ni ne doit être séparé de celui de Pâques et de l'Ascension.

L'Eglise l'a toujours vécu ainsi puisque elle célébrait les sacrements de l'initiation chrétienne dans la nuit de la Pentecôte, comme dans la nuit pascale, toutes deux étant une nuit baptismale qui apporte la lumière de Dieu.

CONTINUER LA MISSION RECUE

Après l'Ascension, le petit groupe des disciples s'était resserré autour de la Mère de Dieu et de Pierre. Ils n'envisagent pas d'arrêter la mission qui leur a été confiée. Ils veulent la continuer, mais il leur manque encore un certain dynamisme de la foi, celui de l’Esprit-Saint.

Dans les semaines qui ont suivi Pâques, ils ont rencontré plusieurs fois leur Seigneur, le Christ, l'homme qui a vécu quotidiennement avec eux. Ses paroles et tous ses faits et gestes reviennent à leur mémoire et surtout à leur pensée, car il les avait ouverts à la compréhension des Ecritures (Luc 24. 45). Dans ces rencontres, il leur avait fait comprendre qu'ils devaient partir proclamer en son nom, la conversion pour le pardon des péchés (Luc 24. 47).Celui qui le leur a dit, ce n'est plus Jésus de Nazareth, le charpentier devenu messager de la Bonne Nouvelle. C'est désormais Jésus, le ressuscité.

S'ils sont dans la crainte, ils sont tout autant dans l'attente. L'Eglise est dans l'attente de l'enfantement. C'est la crainte d'une mère qui voit le jour de la naissance s'approcher. Non pas la crainte peureuse, mais l'attente joyeuse, même si elle est anxieuse. Nous voyons les apôtres préparer l'avenir par l'élection de Matthias afin de remplacer celui qui a quitté "la diaconie et l'apostolat", selon le texte grec (Actes 1. 25).

Nous arrivons ainsi à la fête juive de Shavouot qui célébrait la naissance du peuple d'Israël. Par le don de la loi au Sinaï, l'Alliance est scellée. Dieu fait d'Israël son peuple parmi les nations. "Je vous tiendrai pour mon peuple parmi tous les peuples, car toute la terre est mon domaine. Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation consacrée." (Exode 19. 5 et 6)

Les apôtres ne sont pas restés sans réfléchir à tout cela durant les dix jours de ce que les Pères de l'Eglise appellent leur "retraite". Avec Marie qui gardait toute chose en son coeur, ils ont relu "en commençant par Moïse et par tous les prophètes, ce qu'il leur avait dit de lui," tout au cours de ces années vécues à ses côtés. (Luc 24. 27) Le groupe apostolique prend à son compte la responsabilité confiée au Peuple de Dieu, parce qu'elle lui a été confiée par le Christ.

L'ACCOMPLISSEMENT DU MYSTERE

La réalité du mystère de la venue de l'Esprit va les entraîner plus loin encore, quand ils reçoivent ce feu qui descend sur eux et les embrase. Jean-Baptiste le leur avait dit déjà sur les bords du Jourdain :"Lui vous baptisera dans l'Esprit-Saint et le feu" (Luc 3. 16). "Je suis venu jeter un feu sur la terre," leur avait dit le Seigneur (Luc 12. 49) Et leur remontent à la mémoire les dernières paroles du soir du Jeudi, lors du dernier repas pascal et l'envoi en mission, en commençant par Jérusalem jusqu'à toutes les nations.

Dans ce sens, le discours de Pierre est caractéristique. Il commence à s'adresser à ses interlocuteurs immédiats :"Hommes de Judée et de Jérusalem" (Actes 2. 14). Mais tout de suite, il parle d'Israël, c'est-à-dire de tout le Peuple choisi. Il rappelle les prophètes, Joël et David qu'il cite pour évoquer les tentes du Sinaï (Actes 2. 26) :"Ma chair campera dans l'espérance". Il reprend les paroles de Jean-Baptiste et la promesse que leur avait faite Jésus :"Vous recevrez l'Esprit de Vérité." "Repentez-vous, que soit baptisé chacun de vous au nom de Jésus-Christ, pour la remise des péchés et vous recevrez le don de l'Esprit" (Actes 2. 38).

Ceux qui écoutent, reçoivent Pierre, et comprennent son discours, chacun dans la langue de son pays. Il s'agit bien de toutes les nations. C'est le signe que l'affirmation du Sinaï s'accomplit :"Toute la terre est mon domaine." C'est le signe que s'accomplit la parole de Jésus. A Jérusalem, Dieu réalise l'universalité du don qu'il nous a fait en son Fils. L'Alliance se réalise en plénitude.

Cette fête de la Pentecôte en est à la fois la conclusion et l'initiation au travers des siècles. C'est la naissance du nouveau Peuple de Dieu, la naissance de l'Eglise, car c'est ainsi que nous devons la considérer : elle réalise dans le temps et à travers toute la terre, la vie de Dieu parmi les hommes.

LE VRAI DIEU EST TRINITE

Cette Pentecôte est aussi la révélation au monde de Dieu en sa Vérité. Jésus leur avait révélé que Dieu est une communion d'amour. "Mon Père et moi, nous sommes Un." Il avait prié son Père de consacrer ses disciples par la Vérité. "Je suis la Vie, la Vérité", "l'Esprit de Vérité."

Cette communion d'amour et cette Vérité se manifestent en ce jour, comme elle s'étaenit manifestées au Baptême du Jourdain et à la Transfiguration du Thabor. Père, Fils et Esprit, telle est l'intime de la vie trinitaire que l'Eglise vit désormais. C'est ainsi qu'elle doit la manifester aux hommes de toutes les nations.

Le Dieu de Jésus-Christ n'est pas un autre Dieu que celui des autres religions monothéistes, mais il nous est connu, par Jésus-Christ, dans sa plénitude trinitaire et non partiellement. Le christianisme n'est pas seulement une "croyance en Dieu", ce qui est le fond commun de l'ensemble des religions. Il est la foi, non pas dans un vague personne, mais en un être vivant et "personnel".

Les trois Personnes divines sont la plus parfaite réalisation de l'amour : le don total qui caractérise le Père, l'accueil parfait qui caractérise le Fils, l'échange réciproque qui caractérise l'Esprit.

"Dieu est amour". Cette révélation marque désormais les rapports de l'Eglise et du monde, depuis le matin de la Pentecôte en ce germe qu'est le petit groupe apostolique et, à travers les temps, en cette Eglise dont nous vivons aujourd'hui.

Croire en Dieu, au vrai Dieu, n'est donc pas le réduire à une vague religiosité individuelle, comme c'est un peu de mode parfois aujourd'hui. C'est entrer dans la vérité du Dieu de Jésus-Christ. "Consacre-les dans la Vérité", disait le Christ à son Père. Jean, dans son évangile, exprime ce terme de consacré par le terme grec :"agiazo", celui-là même qui est l'attribut de Dieu :"agios", le Saint.

Il y a une continuité entre les deux théophanies de l'Ancienne Alliance, celle de la révélation de Dieu faite à Moïse, dans le buisson qui brûle sans jamais tomber en cendres (Exode 3. 2), et celle de la montagne du Sinaï "toute fumante parce que Dieu y était descendu sous forme de feu" (Exode 19. 18), et, d'autre part, la théophanie du matin de la Pentecôte.

La pérennité de la révélation faite à un homme, Moïse, chargé de libérer un peuple pour être témoin parmi les nations, se continue jusqu'à Jésus qui s'adresse à tous les hommes, quels qu'ils soient, pour leur dire :"Dieu est amour" et qui demande à ses disciples, à l'Eglise, de le vivre et de le dire à toutes les nations, parce que nous avons tous un même Père, parce que tous nous sommes sauvés par Jésus, le Fils de Dieu parmi les hommes, parce que nous pouvons tous partager le même Esprit de Dieu.

ACTION DE GRACE ET DIVINISATION

"Feu, créateur du feu, lumière qui donne la lumière, Vie productrice de la Vie, Salut et auteur du salut... La sombre nuée est dissipée, les souillures pour un temps consumées ...L'Esprit-Saint nous rend ardents quand brille la chaire de cire." (Hymne de Pentecôte de la liturgie celtique.)

"Viens à nous, Esprit-Saint et pénètre dans nos coeurs. Console-nous par ta présence, nous qui déplorons notre faiblesse et fortifie en Toi ceux que tu vois défaillants. Allume en nous le feu de ton amour. Que la vérité soit dans notre bouche, la louange dans notre coeur, l'humilité vraie dans nos renoncements." (Liturgie espagnole du 7ème siècle.)

"Il est inaccessible de sa nature, mais on peut saisir sa bonté. Il remplit tout par sa puissance, mais il se communique seulement à ceux qui en sont dignes, non pas dans une mesure uniforme, mais en distribuant son activité en proportion de la foi. Il est tout entier présent à chacun, mais tout entier partout. Il se divise mais sans subir aucune atteinte. Il se donne en partage, mais garde son intégrité, à l'image d'un rayon de soleil dont la grâce est présente à celui qui en jouit comme s'il était seul, mais qui brille sur la terre et la mer, mélangé à l'air... De Lui viennent la joie sans fin, la demeure en Dieu, la ressemblance avec Dieu et tout ce que l'on peut désirer : devenir Dieu."
(Saint Basile, Sur les dons de l'Esprit.)

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Continue dans le coeur des croyants l'oeuvre d'amour que tu as entreprise au début de la prédication évangélique." (Messe du jour de la Pentecôte)




DIMANCHE 31 MAI 2015
SOLENNITÉ DE LA TRINITÉ



On peut fêter la mémoire d’un saint au jour où il est définitivement né à la vie trinitaire dans l’éternité de Dieu, après les cheminements chaotiques de toute vie humaine. On peut fêter l’annonce faite à Marie, la naissance de l’enfant de Bethléem et tous les mystères de l’Incarnation et de la vie du Fils de Dieu fait homme.

Par ses actes et ses paroles, par cette totale participation divine à la vie humaine, Jésus nous entraîne jusqu’à la divinisation, participation plénière à l’héritage de Dieu « avec le Christ… pour être avec Lui dans la gloire.» (Romains 8. 17)


Et en chaque liturgie sacramentaire et eucharistique le mystère trinitaire est chaque fois célébré et vécu. L'Église a cru bon d'y ajouter ce dimanche pour mieux nous rappeler ce mystère permanent que nous vivons depuis notre baptême jusqu'à notre totale et éternelle participation à la vie divine.

Les réflexions situées dans nos paragraphes veulent surtout nous introduire dans l'immensité de ce mystère.

AU CŒUR DU MYSTERE DE DIEU.

La Trinité ne se fête pas comme un mystère de cette alliance humano-divine. Le mystère trinitaire est le mystère même de Dieu dans l’infini de tout son être, le tout de toute vie, de toute la vie. C’est pourquoi la liturgie, et surtout orientale, n’est qu’un hymne ininterrompu à la louange de la Sainte Trinité, tous les jours et à toute heure de la liturgie du «temps présent ».

Par le baptême « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », nous sommes associés aux Trois Personnes Divines, et chaque Eucharistie exprime notre relation avec chacune d’elles. Nous prions le Père par le Fils à qui nous sommes unis dans l’Esprit-Saint qui nous fait s’écrier : « Abba ! Père ! » (Romains 8. 15) « Par Lui, avec Lui et en Lui, à Toi
Dieu le Père Tout-Puissant, dans l’Unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire. »

LA RÉGÉNÉRATION BAPTISMALE ET L’EVOLUTION LITURGIQUE

Les Divines Liturgies de saint Basile comme de saint Jean Chrysostome, dans les Eglises orientales, catholiques et orthodoxes, ne connaissent pas cette « fête » particulière. Il en fut de même pendant des siècles.en Occident.

L’Eglise n’éprouvait pas le besoin de lui consacrer un dimanche, puisque chaque dimanche et chaque liturgie sont trinitaires. Bien plus, dans l’antique rite romain, le dimanche qui suivait la grande nuit baptismale de la Pentecôte ne connaissait aucune liturgie particulière . L’on disait « Dominica vacat » Un dimanche vacant …

Il fallut 8 siècles pour que l’on commence à voir apparaître, à Rome seulement et dans les calendriers romains, un octave de la Pentecôte, à l’instar du dimanche « in albis » de l’octave pascal. D’ailleurs, aux origines de cette liturgie propre au diocèse de Rome, l’évangile était celui du colloque du Seigneur avec Nicodème en Jean 3. 1 à 16, où il est
question de l’efficacité de l’action de l’Esprit-Saint dans la régénération baptismale.

Au 9ème siècle, nous voyons se créer une messe « votive » axée sur les conséquences de notre participation au mystère trinitaire, dans notre vie quotidienne, La lecture de l'évangile, qui était alors tirée de saint Luc, chapitre 6, de 36 à 42, voulait nous mettre à la suite du Père et du Fils « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux … Le disciple n’est pas au-dessus du maître. »

UNE CONFESSION, NON PAS UNE DEVOTION

Pour des raisons qui lui sont propres, et par son insistance sur le mystère de l’Incarnation, l’Occident n’était pas porté « naturellement » à la louange trinitaire en tant que telle. Au 10ème siècle, on sentit le besoin de promouvoir une solennité spéciale en l’honneur de ce mystère.

L’on vit alors certains diocèses introduire une fête de la Sainte Trinité comme pour marquer le début du cycle des dimanches de l’année « après la Pentecôte » au moment où se clôt le temps pascal. Les passages tirés de l’évangile de saint Jean et de saint Luc ne s’imposèrent plus et, trois siècles plus tard, devant l’extension de cette liturgie, le
pape Jean XXII instaura, en 1334, une fête nouvelle en l’étendant seulement à tout le rite romain latin.

Cette fête ne s’est pas établie par simple dévotion. Elle a voulu la confession annuelle et solennelle, humble et reconnaissante, du plus grand de tous les dogmes, du mystère central de la foi chrétienne.

UN UTILE RAPPEL

Elle voulait nous rappeler cette dignité, cette perfection possible qui est la nôtre. Même vécue imparfaitement dans le quotidien de nos doutes, de nos faiblesses, de notre offrande, de notre foi, chacune de nos vies est habitée par la Vérité divine. Nous en avons déjà la possession intégrale. Cela, nous l’oublions trop souvent. Ou bien, nous n’en tenons
pas toujours compte.

Aujourd’hui cette liturgie est loin d’être inutile. Au nom d’un dialogue inter-religieux, nous risquons de ne plus affirmer aussi clairement le dialogue de Dieu en sa Trinité. « Le Seigneur est Dieu là-haut dans le ciel, comme ici-bas sur la terre, et il n’y en a pas d’autre. » (Deutéronome 4. 35) Il n’y en a pas d’autre que Dieu en sa Trinité. « De toutes les nations, faîtes des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Apprenez-leur à garder tous les
commandements que je vous ai donnés. » (Mat. 28. 19)

En affirmant cela, le chrétien n’est pas moins monothéiste qu’un autre croyant en Dieu Unique. Le mystère trinitaire n’est pas une forme déguisée d’un polythéisme de fait. Trois Dieux ? Non ! Le Père ne disparaît pas de notre horizon. L’Esprit-Saint n’est pas le prête-nom d’une absence psychologique intérieure. Le Fils n’est pas le seul à garder le privilège divin, au point d’en oublier Dieu qui est Père et Esprit.

Le Christ nous a affirmé cette unité de Dieu par cette conjonction que nous mentionnons au moment de notre baptême : «Le Père ET le Fils ET le Saint-Esprit. » Ce n’est pas une curiosité stylistique. Ce qui est désigné et nommé ainsi, c’est un rapport tout particulier entre les personnes divines.

PAR DELA NOS PAROLES HUMAINES.

Les mots humains ne pourront jamais dire et exprimer l’Etre Unique en Trois Personnes. A travers tout l’Evangile et au travers la prédication des apôtres, nous en découvrons l’unique réalité qui peut s’énoncer en
trois propositions :

L’Esprit-Saint ne parle pas de Lui. Il est écoute et perception du Fils. Il est celui qui dit Dieu comme le Christ nous l’a dit. Quant au Fils, il ne parle pas de lui-même. Il parle de son Père et de l’amour qui les unit. Il est l’envoyé du Père pour qu’à notre tour, sauvés par Lui, nous puissions dire avec confiance : « Notre Père qui es aux cieux. » Et c’est ainsi qu’il est accueil et médiateur du Père. Enfin le Père se livre au Fils de telle sorte que tout ce que possède le Père, il le
remet au Fils pour le constituer en son être de Fils. Il est don.

« La vie éternelle, c’est qu’ils Te connaissent, Toi le seul véritable Dieu et ton envoyé Jésus-Christ. » (Jean 17. 3) « L’Esprit de vérité ne parlera pas de lui-même, mais tout ce qu’il entendra, il le dira. Il me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il prendra pour vous en faire part. Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi je vous dis : C’est de mon bien qu’il prendra. » (Jean 16. 13 à 15)

Chacune des Trois Personnes se réfère ainsi à l’autre. Elle n’est « existant » que dans les deux autres. C’est dans ce mystère de communion, ce «va-et-vient » d’un amour qui s’épanche et partage, que réside la vie de la plus haute unité qui soit, celle de Dieu.

QUE TRANSCRIRE DANS NOS VIES ?

Quelles qu’elles soient, à quel que moment qu’elles aient été prononcées durant sa vie, les paroles du Christ ne nous éloignent jamais de cette vie trinitaire. Elles nous donnent de la rejoindre et même la rejoignent.

La réalité fondamentale de notre vie comme de toute vie, ce n’est pas la fixité, la rigidité d’une chose, d’une habitude, d’une attitude. Elle est mouvement vital de notre cœur et de notre esprit qui se met en route vers nos frères tout autant que vers Dieu. La parole de saint Thomas d’Aquin est d’une portée incommensurable quand il dit : « Vita in motu. La vie est dans le mouvement. »

Quand on cherche ainsi à rapprocher le mystère trinitaire de Dieu des réalités humaines qui sont les nôtres, quand on cherche à fonder l’unité de notre personne humaine sur les relations à autrui, ce n’est pas du sentimentalisme ou de l’affectivité. Le mouvement, l’échange, sont un besoin inné, fondamental de tout notre être.

L'échange nous fait rejoindre la nature divine dont nous sommes à l’image et à la ressemblance. Lorsque nous nous tournons vers nos frères, ce n’est donc pas un simple instinct d’humanité, c’est l’expression de notre être profond créé par Dieu, en fonction de ce mystère qui constitue l’unité de Dieu. Et nous ne pouvons jamais être en dehors de cette réalité. « C’est l’Esprit-Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Romains 8. 16)

***

Même si nous percevons la démesure de notre prière et de notre foi, nous osons la dire et lui répéter inlassablement : « Notre Père ! » - « Dieu notre Père, nous fait dire l’oraison de ce jour, tu as envoyé dans le monde ta Parole de Vérité et ton Esprit de Sainteté pour révéler aux hommes ton admirable mystère. Donne-nous de professer la vraie foi en reconnaissant la gloire de l’éternelle Trinité, en adorant son Unité toute-puissante. »




DIMANCHE 7 JUIN 2015
LE SAINT SACREMENT
DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST


Comme dimanche dernier, la fête du Sacrement du Corps et du Sang du Christ n'est pas une fête de dévotion. C'est la confession de notre foi vivante dont l'énoncé, d'ailleurs, ne se trouve pas dans le "Credo".

Les prières et les chants de la liturgie actuelle ont pour auteur saint Thomas d'Aquin. Cet office est l’expression d'un amour intime et enthousiaste, un chef d'oeuvre de doctrine théologique et de poésie, un exemple de goût littéraire sobre et d'une densité toute particulière.

C’est également un témoignage. Par humble attachement à la tradition liturgique, saint Thomas d’Aquin a employé, pour cette création, une partie des antiennes et des répons déjà en usage dans quelques-unes des Eglises particulières. Il voulait ainsi rassembler la diversité de ces richesses dans cette unique liturgie.

QUELQUES ETAPES SIGNIFICATIVES

Dans les premiers siècles, il n’y avait aucune célébration particulière pour l’Eucharistie. Elle était solennisée durant la « Grande Semaine », au jour du Jeudi-Saint qui connaissait trois messes : l’une pour la réconciliation des pénitents, une autre pour la consécration des Saintes Huiles et la troisième « In coena Domini », la Cène du Seigneur.

Avec le temps, les rites de la réconciliation et ceux des Saintes Huiles se compénétrèrent en une seule messe matinale et la commémoration de la Cène se reporta au soir. Puis la messe du Jeudi-Saint, comme l’on disait couramment il y a encore quelques années, fut célébrée le jeudi matin. Vatican II est revenu à l’antique tradition du « Repas du Seigneur » sans pour autant réduire le sens du sacrifice.

Le Moyen Age connut des doctrines qui, sans mettre en cause la « Présence réelle » du Seigneur, en discutaient, parfois d’une manière hérétique, les modalités, en particulier la doctrine théologique de Bérenger (998-1088), archidiacre d’Angers. Devant leur extension, la foi et la piété populaires réagirent spontanément pour souligner la présence réelle et permanente du Seigneur.

Naquirent alors, à partir du 11ème siècle, les processions eucharistiques dites de la « Fête-Dieu », les « saluts du Saint-Sacrement » et les expositions publiques de l’Hostie consacrée qui voulaient souligner la présence réelle et permanente. C’est ainsi que l’Eglise demanda à saint Thomas d’Aquin, le théologien dominicain de l’Université de Paris de rédiger les textes liturgiques de cette fête, instituée par le pape Urbain IV en 1264.

Cette présence n’est pas limitée dans le temps où s’accomplit le rite liturgique, comme l’affirment les Réformés. Elle n’est pas une simple souvenance qui réactive la grâce du Christ, comme le pensent les Eglises évangéliques.

Avec nos frères orthodoxes, nous affirmons que c’est le Christ lui-même, le Christ ressuscité, qui se rend présent en ce mystère, par une transformation « réelle » du pain et du vin dont la réalité d’être du pain et du vin n’est pas détruite. Saint Paul (1 Corinthiens 11. 27 et 29) nous demande de savoir discerner le fait que la réalité divine du Seigneur ne détruit pas la réalité humaine du Christ.

LES INSISTANCES LITURGIQUES

Dans le cycle liturgique de cette année, les trois lectures et le psaume orientent la méditation du fidèle vers la dimension sacrificielle de l’Eucharistie, sans supprimer les autres dimensions de ce mystère : fraction du pain, repas communautaire, présence réelle, communion. Ces dimensions sont reprises dans les deux autres cycles liturgiques. Les textes de saint Thomas d’Aquin sont les mêmes chaque année et nous font ainsi pénétrer au cœur du mystère.

Ce qui est souligné cette année, c’est que l’Eucharistie est un sacrifice de louange et d’action de grâces comme l’étaient les sacrifices de l’Ancienne Alliance, parce qu’elle est un sacrifice de réconciliation dans le sang de l’Agneau offert et immolé, un sacrifice de l’Alliance entre Dieu et son Peuple.

Par elle-même, la mort n’est pas rédemptrice. C’est notre attitude devant la mort qui peut le devenir. Dieu veut arracher son Serviteur à la mort. C’est le Serviteur qui, par son offrande, la fait devenir expiation et glorification. (Isaïe 53. 10) C’est ce qu’exprime par ailleurs la première prière eucharistique : « Nous t’offrons, ou ils t’offrent pour tous les leurs, ce sacrifice de louange, pour leur propre rédemption, pour le salut qu’ils espèrent. Et ils te rendent cet hommage, à toi, Dieu éternel, vivant et vrai. »

La Lettre aux Hébreux développe ce thème du sacrifice de réparation de l’Ancien Testament, évoquant la célébration particulièrement solennelle du « Jour de l’Expiation » (Le Yom Kippour) « Le sang du Christ fait bien davantage. » Il est le grand-prêtre de l’Alliance nouvelle. « Le Christ ressuscité ne meurt plus.»

L’Evangile de saint Marc nous met dans le contexte de la nuit pascale. Il nous donne la vie, comme le Père nous donne la vie qu’il a offerte pour nous et qui est désormais victorieuse de la mort. Le Christ donne l’ordre de célébrer ce mémorial jusqu’au jour du Royaume de Dieu, car cette victoire n’est pas celle que d’un jour.

« De même que le Christ ressuscité est présent, bien que nos yeux ne voient que du pain, de même toute l’Eglise est concernée par l’eucharistie, même si nous ne sommes que quelques-uns. L’Eglise catholique toute entière, celle du temps présent et celle de tous les temps, dans une communion des « saints » qui dépasse toute frontière. » (Jacques Perrier)

Ceux qui participent à l’eucharistie, unis au Christ, représenté par le prêtre, offrent à Dieu l’acte sauveur par excellence, la Croix et la Résurrection. Ils s’y associent eux-mêmes, ils y associent la « multitude » pour laquelle le sang de l’Alliance a été versé.

***

C’est ainsi que, depuis le soir du Jeudi-Saint et depuis le Calvaire, chaque célébration eucharistique est significative et signifiante de la présence permanente, réelle et agissante du Christ mort et ressuscité.

Saint Thomas le dit dans les oraisons de ce jour, selon sa concision merveilleuse et plein de richesse, car il était poète, docteur et mystique. Mais il est à noter que, contrairement à la tradition liturgique qui adresse toute prière au Père, par Jésus, ton fils bien-aimé, il s’adresse directement au Christ, au Fils de Dieu venu parmi les hommes pour les ouvrir à la vie éternelle qui est la sienne.

« Donne-nous de vénérer d’un si grand amour le mystère de ton corps et de ton sang que nous puissions recueillir, sans cesse, le fruit de ta rédemption. »

« Fais que nous possédions, Seigneur Jésus, la jouissance éternelle de ta divinité, car nous en avons dès ici-bas l’avant-goût, puisque nous recevons ton corps et ton sang. »




DIMANCHE 14 JUIN 2015
ONZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDNAIRE



Ce dimanche nous donne deux merveilleuses paraboles, riches de sens. Il nous faut les méditer sans nous arrêter à la simplicité de l'enseignement de Jésus, tel que saint Marc nous le rapporte.

LA PÉDAGOGIE DE JÉSUS

En quelques mots, le fils spirituel de saint Pierre nous dit comment Jésus transmet ce qu'il est : le Verbe, la Parole de Dieu en notre humanité, celle des foules diverses dans le foi, Nicodème le chercheur de la révélation au coeur de la Torah, la révélation de la Loi, les apôtres qui découvrent lentement et progressivement Celui qui est si proches d'eux.

La pédagogie du Christ en tient comte et est attentive aux capacités d'accueil de chacun. Pour nous aussi nous devons y être attentifs dans nos dialogues avec la situation de chacun : nos enfants, notre famille, nos "voisins", avec ceux qui attendent de nous une parole qui les éclaire, les conforte et les enrichisse.

Tous ont part à l'humanité de Jésus, le Fils de Dieu fait homme.

La semence, la connaissance dont il est question en cette parabole de la semence jetée en terre, du semeur et du temps où s'éclôt cette semence, est communication, échange, dialogue.

C'est d'abord une communication d'unité et de proximité, de pensée et de cœur. C'est là que se situe Dieu, car il est l'amour qui la permet.

La fécondité de la semence est que cette sève qui est en nous et qui est l'amour que Dieu répand en nos coeurs. Car nous sommes à sa ressemblance et c'est toujours l'amour qui donne la vie, dans la nuit, comme dans le temps.

LA PAROLE DE DIEU

On a appelé cette parabole «le grain qui pousse tout seul». «Nuit et jour, qu'il dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment.»

En fait, elle ne pousse pas toute seule. Dieu est discret, mais toujours efficace, La terre que nous sommes a ses richesses minérales qui attendent la semence de la grâce.

Dès qu'une graine est jetée en terre, elle commence dans le secret une fantastique alchimie de la matière, une série de merveilles invisibles. Dès qu'on a enfoui les grains, une relation dynamique s’établit entre la semence et la terre.

Effectivement, tout se passe comme si personne ne s'occupait de ce grain jeté en terre, comme si le paysan se désintéressait de ce blé qu'il a semé.

C'est l'une des paraboles les plus optimistes que nous ayons. Qu'il pleuve ou non, la réalité divine est semée en toute humanté et elle s'épanouit dans le quotidien de nos doutes, de nos faiblesses, de notre disponibilité, de notre amour qui rejoint l'amour qui est en Dieu.

Nous avons reçu en nous et par notre humanité la possession de la semence divine, que sème Jésus le Fils de Dieu venu en notre humanité.

Et tout homme et toute femme la reçoivent, même si c'est autrement que par l'Église et ses sacrements. Cela nous oublions trop souvent que Dieu est amour, par delà l'Église et sans partage.

«L'essentiel est invisible à nos yeux», disait le renard au Petit Prince de Saint Exupéry. Ce qui arrive en nous et autour de nous est souvent de cet ordre-là : une force cachée, imperceptible, la force divine de l'Esprit-Saint même si qui s’active en tout enfants de Dieu même si nous n'en avons pas conscience. Le Seigneur agit car il veut que tous aient part à son amour.

LA DISCRÉTION ET LA FOI

Cette courte parabole nous rappelle que pendant que la vie éclate de toutes parts autour de nous, nous devons apprendre à être confiant en la croissance de la semence. A Avoir foi en la présence active du Christ.

" La Parole, le logos était auprès de Dieu et Dieu était la Parole, le logos. Dès le commencement il était auprès de Die.... En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes." (Jean 1/1-2)

Saint Paul dit qu’au lieu de se construire soi-même, le chrétien doit se laisser façonner par la grâce de Dieu. Le chrétien doit se laisser modeler en toute confiance. Il doit aussi s’en remettre à Dieu pour le développement de la foi autour de lui. «J’ai semé, Apollon a arrosé, mais c’est Dieu qui donne la croissance», affirmait -il.

Comme le disait le prophète Isaïe : «La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission.» (Isaïe 55, 10-11)

L’action de Dieu est toujours présente et à l'oeuvre, même si nous ne la voyons pas, même si nous le remarquons pas..

LA RÉVÉLATION

Et l’Evangile nous dit que c’est le cheminement de notre vie qui permet le Règne de Dieu : la bonne terre où la Parole de Dieu porte du fruit, avec la pluie comme avec le soleil, au travers de nos joies, comme de nos souffrances,

Au travers de multiples péripéties de notre vie, il convient de rendre grâces pour ce coin de terre où la semence de la Parole de Dieu germe et grandit en nous.

Personne ne peut se sauver seulement grâce à ses propres oeuvres. Ce sont la foi et la grâce qui nous accordent le salut. Le grain de blé contient en lui une force de croissance qui lui est donnée par Dieu.
Même si elle est brève, cette parabole de S. Marc, nous fait comprendre une fois de plus, que l’évangile n’est pas d'abord une «leçon de morale». Elle est «révélation» de Dieu qui nous a créés et a donné à notre nature ses lois de développement et de croissance.

L'ARBRE DE L'ACCUEIL

«À quoi pouvons-nous comparer le règne de Dieu? Par quelle parabole allons-nous le représenter? Il est comme une graine de moutarde: les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre."

Dans le Premier Testament, comme dans la littérature rabbinique, les oiseaux du ciel symbolisaient les nations païennes, les étrangers qui viennent se réfugier en grand nombre.

e Royaume de Dieu va s’étendre à toutes les nations du monde qui trouveront refuge dans un christianisme bienfaisant.

La vocation de l'Eglise de Jésus-Christ n'est pas de devenir puissante. Devenir grand, ce n'était pas non plus la vocation du Christ. L'Eglise n'a pas à chercher à devenir l'égale des royaumes humains : ce n'est pas sa mission, ce n'est pas le témoignage que Dieu attend d'elle et surtout,.

La parabole dit que les oiseaux viennent s’y réfugier. Il ne s’agit pas d’une expansion mais d’une hospitalité. Il ne s’agit pas d’aller chez les autres imposer notre culture, mais de les accueillir .

Dans l'arbre de vie ou l'arbre qui permet la vie dans la délicatesse de l'oiseau qui va et vient et parfois s'y recueille, jusqu'à y faire le nid qui sera le lieu de la vie.

Dans la routine de notre cheminement spirituel, on peut rêver de grandeur. Et vivre dans la frustration. Mais ne négligeons pas les petits commencements. Ceux d'une lecture, même un peu irrégulière, de la Bible. Ceux d'une vie de prière avec ses hauts et ses bas. Ceux de témoignages parfois maladroits, d'expression d'amour du prochain encore hésitants. Ceux d'une vie d'Eglise pas toujours exaltante, dans laquelle on aimerait qu'il y ait plus de monde qui s'engagent...

UN REGARD NÉCESSAIRE

Un regard de foi est souvent nécessaire pour nous personnellement comme pour nos communautés. Il nous rendra capable de voir dans ces petits commencements des promesses d'avenir.

L'espérance qui est en nous nous permet de découvrir par notre foi l'amour dont Dieu nous entoure, et nous donne de ne pas céder au découragement ou à la frustration quand vient ce que nous pensons être un échec dans l'évangélisation mais nous avons à garder confiance en celui qui mènera jusqu'à son achèvement l'oeuvre qu'il a commencée en nous. C'est en lui qu'est la vie. Un affirmation qui dès la première ligne ouvre l'évangile de saint Jean.

Nous aussi avons été reçus dans les branches de son Royaume. Alors ce n'est que par amour que les chrétiens peuvent s'accueillir les uns les autres, mais aussi recevoir au nom du Christ quiconque voudrait venir placer sa vie sous la protection de celui qui est mort et ressuscité.

Quoi qu'il nous arrive , notre vie est accompagnée de cette promesse : "Cette parole est certaine: si nous sommes morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui; si nous persévérons, nous régnerons aussi avec lui; " (2 Timothée 2:11-12).

Au pied de la roche du Calvaire, se trouve le jardin de la Résurrection.



DIMANCHE 21 JUIN 2015
DOUZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



L'évangile de ce dimanche, la tempête apaisée, ne peut se comprendre dans toute sa richesse et sans qu'il ne soit qu'une anecdote, qu'en le lisant à la lumière de la lettre de Saint Paul aux Corinthiens : " Si quelqu'un est en Jésus-Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s'en est allé, un monde nouveau est déjà né."


VERS L'AUTRE RIVE

L'embarquement est dû à l'initiative de Jésus qui décide de se déplacer en empruntant la barque de ses amis, des pêcheurs professionnels

Dans l'évangile de Marc, Jésus donne même un ordre, « Passons sur l'autre rive » (Mc 4, 35), sans que l'on comprenne la raison d'une telle urgence, tandis que dans l'évangile de Matthieu, le récit précise que le départ est dû à la présence de « foules nombreuses » (Mt 8, 18).

Après que soit calmée la tempête, Jésus et ses disciples doivent en effet arriver au pays des Gadaréniens » (Mt 8, 28) ou des « Géraséniens » (Mc 5,1 ; Lc 8, 26), autrement dit dans une région païenne de la Décapole.

Le Christ nous invite à chercher un paysage nouveau : «Passons sur l’autre rive»! "Abandonnons un territoire familier pour nous diriger vers des endroits que nous ne connaissons pas, ou qui ne nous sont pas habituels.

Nous avons à vivre au milieu d'un monde qui ne partage pas notre foi et qui peut nous blesser dans nos convictions. Il nous demande de nous y rendre même s'il nous est étranger, Mais nous n'y serons pas seuls, nous avons à nous y rendre avec le Christ.

Et à y vivre en partageant la vie de ces frères lointains et si proches dans le même temps, dans l'amour que Dieu leur porte. Un amour qui nous poursuit comme il les poursuit.

IL DORMAIT

Que fait Jésus pendant ce temps de la traversée ? Il profite d'un moment de répit pour se reposer et dormir. Mais il n'est pas absent. Sa pensée est sur nous au travers de son Incarnation et cela esi à prendre en compte.

Quand nous méditons ces mystères de notre existence, nous avons à nous en approcher et la transcrire dans la nôtre, à partir de la personnalité de Jésus,. Il est pleinement homme, sauf le péché, avec les limites et les besoins des hommes.

Après une journée de prédication, le soir est venu et Jésus veut s’éloigner de la foule. Fatigué, il cherche un peu de repos. Il dort sur le coussin à l’arrière. Les vagues qui le secouent et la tempête qui survient, ne réussissent pas à le réveiller tellement il dort profondément.

Ce sont ses disciples qui doivent lui crier dans les oreilles. Il se réveille.

Pour nous aussi le silence de Dieu n’est ni un abandon ni un rejet mais un mystère qui conduit à contempler le Christ pour nous laisser transformer par Lui

NOUS PÉRISSONS

Depuis toujours, la tradition chrétienne a vu dans cette barque ballottée par la tempête, une image de l’Église. Lorsque Marc écrivait son évangile, Pierre sans doute avait été martyrisé et la persécution avait décimé la jeune communauté romaine. Le "passons sur l'autre rive prenait sens.

Malgré la tempête, l'Église doit vivre et grandir dans ce monde païen et non plus seulement dans une communauté judéo-chrétienne tranquillisante. Siècle après siècle, elle se trouve et se retrouve dans la tourmente.

"Cela ne te fait rien ?" C'est plus qu'une question. C'est un reproche qu'ils adressent Jésus dort pendant que les disciples sont en danger.

Nous aussi nous doutons lorsque dans notre existence personnelle comme dans la réalité ecclésiale, les circonstances sont trop dures et que Dieu nous envoie l'insupportable.

Le silence de Dieu n’est qu'apparent. et ne peut nous faire oublier l'amour qui nous révélera, en fait, sa personnalité humano-divine en Jésus.

QUI DONC EST-IL

Il faudra trois années d'enseignement, d'événements, de miracles pour qu'ils reconnaissent dans le fils du charpentier, le messie et progressivement sa divinité.

L''évangile nous dit aussi que cette divinité de Jésus a été reconnue par le soldat romain qui est de garde auprès de la croix, après avoir, peut-être, fait souffrir ce condamné avec ses camarades, le flageller, le couvrir de la couronne d'épines.

Les souffrances qu'il a entendues par les autres soldats ou qu'il a vu supportées pendant 24 heures, par ce crucifié qu'il doit garder au Calvaire lui font reconnaître la véritable personnalité : ' C'est un innocent." (Luc 23/47)

Mais revenons à la tempête apaisée. Jésus agit comme Dieu lui-même. Il est maître du vent et de la mer. Il leur commande : "Silence". La puissance divine se manifeste en lui.

Il faudra aux apôtres vivre jusqu'aux dernières heures de sa présence pour retenir ce que trois années ne leur ont pas encore révélé : " Moi et le Père, nous sommes Un. Tout ce qui est à Lui est à Moi.

Et pourtant, quelques-uns d'entre eux, disciples de Jean-Baptiste, avaient entendu au baptême de Jésus cette voix que le Baptiste leur a traduit : "Tu es mon Fils bien-aimé. En toi j'ai mis ma joie et ma complaisance".

LES ÉTAPES D'UNE DÉCOUVERTE

Nous sommes comme Pierre . Les étapes de nos découvertes sont une lecture difficile, toujours nouvelle et renouvelée par une vie méditative.

Saint Augustin qui disait des apôtres « Ils ont connu l’homme, il ont cru le Dieu en lui ».

"Pour vous qui suis-je ?" L’apôtre Pierre le confessera au nom de tous en disant à Jésus « Tu es le Christ Sauveur, le Fils du Dieu vivant ». Et Jésus lui répondra « Ce n’est pas la chair et le sang qui te font dire cela, mais mon Père qui est dans les cieux. »

Pour le connaître vraiment « il est nécessaire de faire le chemin qu’a suivi Jésus. (Marc 8/31)

« La question à Pierre — Mais pour vous, qui suis-je ? — ne se comprend qu’au cours d’une route, après une longue route. Une route de grâce et de péché ». Telle est « la route du disciple ». En effet, « Jésus n’a pas dit à Pierre et à ses apôtres : connais-moi ! Il a dit : suis-moi ! ».

Et précisément « ce suivre Jésus nous fait connaître Jésus. Suivre Jésus avec nos vertus » et « aussi avec nos péchés. Mais suivre toujours Jésus ! ».(Pape François - 20 février 2014)

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Le thème central de la tempête apaisée est celui de la foi. Malgré les circonstances défavorables, c'est cela dont nous avons à rendre témoignage : " "Tu es le Fils de Dieu".



DIMANCHE 28 JUIN 2015
TREIZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques

Livre de la Sagesse. 1. 13 à 24 : « Dieu n’a pas fait la mort… Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable. »
Psaume 29 : « Que mon cœur ne se taise pas. Qu’il soit en fête pour toi ! »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 2 Cor. 8. 7 à 15 : « Vous connaissez la générosité de Notre Seigneur Jésus Christ. »
Evangile selon saint Marc. 5. 21 à 43 : « Je te le dis, lève-toi ! »

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Il nous faut lire ce passage de saint Marc avec la simplicité du regard. Il est comme une sorte de « reportage » en direct réalisé par saint Pïerre qui fut le témoin oculaire des événements. En le regardant ainsi, nous pourrons déceler toutes les richesses qu’ils contiennent.

VIENS LUI IMPOSER LES MAINS

Ce qu’attend ce père, c’est un rite de guérison pour sa fille, une bénédiction que Jésus va lui donner ou lui transmettre pour la guérir, parce qu’il est un prophète qui guérit, un maître. Certes, le chef de la synagogue n’emploiera pas ces termes, mais c’est bien ainsi que les gens de sa maison en parlent (Marc 5. 36).

L’attitude de Jaïre est impressionnante. Ce chef de synagogue n’hésite pas à se mettre à genoux et à supplier instamment. Il en oublie la dignité de la fonction qui est la sienne, et ce, devant la foule qui le connaît, au travers de laquelle il s’est frayé un chemin. Pour cette fille qu’il aime, bien sûr, mais avec quelle insistance auprès de Jésus.

Nous aussi, nous connaissons ces heures de prière qui viennent de l’angoisse et de l’amour, du refus de l’irrémédiable et d’un appel crié parce que l’espoir de la vie semble s’évanouir. « Qu’elle soit sauvée et qu’elle vive ! » Jésus ne dit rien, à ce moment-là. Pas même un simple mot pour tranquilliser Jaïre.

Il est bien silencieux parfois pour nous aussi, en réponse à notre prière. Mais il accompagne. Il n’attend pas et ne fait pas attendre comme il le fit pour Lazare. Il nous accompagne toujours, même quand il semble ne pas nous répondre immédiatement.

QUI M’A TOUCHE ?

Cette femme, qui s’approche dans la foule, ne va pas directement se mettre en face de Jésus. Peu importe la raison. Elle a peut-être peur de lui adresser la parole en public. Crainte de dire son état devant tous ceux qui sans doute la connaissent. Et pourtant grande est son attente, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, celui qui guérit tant de malades. Elle y a réfléchi longtemps en elle-même (Marc 5. 28) et elle se décide, à l’occasion de son passage, à lui dérober cette chose matérielle qu’il possède.

La réaction de Jésus n’est pas de s’étonner et de lui en faire un reproche. Mais on ne peut rien lui dérober à son insu. Il sait, en même temps qu’il est celui qui veut donner dans une relation personnelle, parce que toute parole ou tout geste direct, doit signifier un échange vécu entre nous et lui. En toute vérité. Le contact par la foi est d’un autre ordre que le contact obtenu par de simples gestes humains.

Le bon gros sens des apôtres, pour l’instant, ne va pas plus loin. Les « contacts » ne manquent pas au milieu de cette foule qui écrase Jésus. (Marc 5. 31)

Or pour lui, nous ne sommes pas des personnes anonymes, perdues dans une foule. Il ressent chacun de nos appels, même si nous ne les lui exprimons pas ouvertement. Il sait, il les connaît parce qu’il est force vive de Dieu. Il est la Vie. La femme, qui en a reçu la vie par cette guérison, doit établir avec Jésus un dialogue de Vérité (Marc 5. 33), parce qu’il la Vérité. C’est dans un tel dialogue avec cette femme craintive, malade, sans espérance après tant de prescriptions médicales, que le Christ, par delà la guérison corporelle donne le salut, la paix et la santé du cœur tout autant que du corps. Il en est le Chemin.

Quelle que soit notre démarche envers lui, nous devons nous rappeler cette parole de saint Paul : « Vous connaissez la générosité, la grâce, la gratuité du don de notre Seigneur Jésus-Christ. » (2 Cor. 8. 9)

ON SE MOQUAIT DE LUI

Les « gens de la maison » de Jaïre sont des braves gens. Avec discrétion, ils vont au-devant du père et le préviennent sans attendre de la mort de sa petite fille. Pourquoi déranger encore celui dont on attendait une guérison, d’un geste devenu inutile puisque la mort a fait son œuvre ? Ce n’est pas un manque de foi. Pouvaient-ils pas imaginer un seul instant la possibilité d’une résurrection. « A quoi bon déranger encore le Maître ? » (Marc 5. 35)

Jésus a entendu. Il rassure. On trouve alors ridicule qu’il puisse affirmer : « Elle dort. » alors qu’il était absent pour recueillir le dernier soupir de l’enfant. Là encore, il nous invite à vivre dans une perspective de foi, malgré toutes les réalités qui nous apparaissent définitivement perdues. « Crois seulement. » Jaïre était venu le trouver confiant dans sa puissance de guérison. Il est invité à dépasser cette simple confiance en un geste, si grande soit-elle. Il est invité à vivre la foi en la personne même de Jésus.

Jésus attend de chacun de nous cette foi, une foi qui déplace les montagnes, une foi qui va par delà toute mort. Le pécheur n’est jamais un mort devant Dieu. Il peut toujours revivre, car la grâce divine est là toujours prête à lui redonner la vie divine. « Dieu ne se réjouit pas de voir mourir des êtres vivants… il a créé l’homme pour une existence impérissable… Il a fait de lui une image de ce qu’il est en lui-même. » (Livre de la Sagesse 1. 13)… Dieu est la Vie.

Il nous adresse, autant de fois qu’il le faudra, cette parole : « Lève-toi ». A nous de nous lever et de marcher.

DONNEZ-LUI A MANGER

Jaïre et sa femme, les trois apôtres sont bouleversés. Jésus n’a fait aucune supplication, il n’a prononcé aucune bénédiction, il n’a adressé aucune demande à Dieu. C’est lui qui est la vie. Et il la rend en toute simplicité, en prenant par la main cette jeune fille, inconsciente. Comme il nous prend souvent par la main sans que nous en ayons conscience.

Les témoins d’un tel fait ne sont pas préparés à mesurer ce qu’un tel geste signifie. Il est trop tôt pour eux tous de lui donner le sens plénier de la résurrection qui sera la sienne. S’il demande le secret, à la différence de la guérison de la femme qui l’a touché, il a pris avec lui trois témoins. Ceux-là même de la Transfiguration, ceux-là même de sa Passion, ceux-là même de sa Résurrection.

Garder le silence est sans doute nécessaire, parce qu’une telle résurrection pouvait être regardée comme un signe messianique évident et provoquer trop tôt une agitation prématurée.

Il porte donc leur attention ailleurs, sur la jeune fille qui peut avoir faim après la faiblesse d’une maladie qui l’a conduit à la mort. « Donnez-lui à manger. » C’est pour elle qu’il est venu. Le geste qu’il a accompli n’a pas été un geste « publicitaire » pour se mettre lui-même en avant. Il l’a fait dans la discrétion. Alors la sollicitude cordiale de Jésus se tourne vers la jeune fille qu’on pourrait oublier.

C’est aussi et déjà l’annonce du geste du Christ qui, lui-même ressuscité, demande à ses apôtres au soir de Pâques, de quoi manger, non pour qu’ils s’enthousiasment de son retour, mais qu’ils aient foi en sa résurrection.

Cette nourriture, ce repas eucharistique sont ainsi le signe d’une joie partagée dans la foi devant la pleine vitalité d’un être humain qui témoigne que la vie est plus forte que la mort.

***

« Que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi. » « Fais que le peuple assemblé pour te servir, soit accordé à la sainteté de tes propres dons. » (Prière sur les offrandes)


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