Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


Dimanche 30 août : Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 6 septembre : Vingt-troisième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 13 septembre: Vingt-quatrième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 20 septembre :Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 27 septembre : Vingt-sixième dimanche du temps ordinaire




DIMANCHE 30 AOÛT 2015
VINGT-DEUXIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Durant cinq dimanches, nous lirons des extraits de la lettre de l’apôtre saint Jacques. C’est donc autour d’elle que nous centrerons, dès aujourd’hui, notre réflexion et nos méditations.

LA LETTRE DE SAINT JACQUES

En fait de lettre, cet écrit n’en a que le nom. Elle est plutôt une exhortation, concrète, précise en son contenu et valable pour tout lecteur chrétien, spécialement pour ceux qui, lorsqu’elle a été écrite, venait du judaïsme.

Quant à l’auteur qui se nomme lui-même dans la phrase d’ouverture, il est très vraisemblablement Jacques le Mineur, « le frère de Jésus », c’est-à-dire cousin et membre de sa famille selon l’expression de ce temps. Les habitants de Nazareth le connaissent bien comme étant de chez eux.

Dans l’Eglise naissante, il représentera le courant judéo-chrétien qui recommande aux disciples venus du paganisme de se conformer, au moins, à quelques prescriptions rituelles de la Loi. Quand Paul monte à Jérusalem trois ans après sa conversion, Jacques est la seule personnalité que le nouvel apôtre cherche à rencontrer, en dehors de Pierre.

Jacques apparaît comme le premier dans la communauté de Jérusalem. Il sera lapidé en 62, sur l’instigation du Grand-prêtre.

LA LOI DE VERITE

Le passage choisi pour le 22ème dimanche consonne avec les lectures de l’Ancien Testament et de l’Evangile. En toutes trois, il est question de la Loi.

Cette Loi vient de Dieu lui-même et non pas d’un simple consensus social. « Ecoute les commandements et les décrets que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. » (Deutéronome 4. 1) « Accueillez la parole de Dieu semée en vous, elle est capable de vous sauver. Soyez des réalisateurs de la Parole. » (Jacques 1. 21 et 22) « Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. » (Marc 7. 8)

Tout ce qui vient de Dieu ne peut être que bon, excellent, comme la création elle-même. (Genèse 1. 24) « Dieu est lumière et en lui il n’y a pas trace de ténèbres. » (1 Jean 1. 5) A des chrétiens en proie à la tentation, et nous en sommes, saint Jacques interdit d’accuser Dieu. La tentation ne vient pas de lui, mais de nous-mêmes par les situations dans lesquelles nous nous mettons ou dans lesquelles nous acceptons de rester, sans avoir la force et la foi de réagir ou de résister.

Jésus met en garde ses disciples contre un danger qui est proche en ce domaine : celui de reporter la responsabilité pour excuser la nôtre, sur les éléments matériels extérieurs. Or ce n’est par rien d’extérieur que l’homme est souillé. Et là le Seigneur Jésus prend une comparaison réaliste pour nous dire que « c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les desseins pervers. » (Marc 7. 19 à 23)

Oui, les dons de Dieu sont excellents. Et parmi ces dons, la parole de Dieu lui-même semée en nous, la parole de vérité qui a été « implantée » en nous « Il a voulu nous donner la vie par sa parole de vérité. » (Jacques 7. 18) Elle donne la vie, elle sauve, elle est une loi de liberté. « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples. Vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres. » ou plus exactement, dans le texte grec : « La vérité vous libérera. » (Jean 8. 32)

LA LOI DE LIBERTE

Car, effectivement, la loi de Dieu n’est pas un carcan comme beaucoup le pense même aujourd’hui, mais la route qui s’ouvre vers la liberté, celle de vivre comme ses enfants, c’est-à-dire à la mesure même de la vie trinitaire.

Dans l’histoire d’Israël, le don de la Loi est liée à l’expérience de la sortie d’Egypte. Après avoir fait échapper son Peuple à l’oppression extérieure, Dieu veut le libérer de l’oppression intérieure en lui donnant la Loi de l’Alliance. Il veut qu’il comprenne ce qu’est la vraie vie et qu’il adhère volontairement à cette proposition qui lui est adressée. Qu’il y adhère définitivement, car les dons de Dieu ne sont pas marqués par « des éclipses passagères. » (Jacques 1. 17)

Revenons sur cette rencontre de Jacques et de Paul. Ils se sont en effet longuement et plusieurs fois rencontrés (Actes 15. 13 et 21. 18 – Galates 1. 19 et 2. 9) Il ressort de la lettre de Jacques qu’il connaissait les lettres de Paul aux Galates et aux Romains. Par cette expression « loi de liberté » (Jacques 2. 12), nous sommes en effet renvoyés à saint Paul (Galates 5. 13) dans cette même lettre où il évoque ses rencontres avec Jacques.

Pour Jacques, vivre la Loi, c’est vivre le commandement de Dieu, le premier comme le second, non par la pureté rituelle, mais « en venant en aide aux orphelins, aux veuves dans leur malheur et de se garder pur au milieu du monde. » (Jacques 1. 27) Pour Paul, cette loi est liberté « de se mettre, par amour, au service les uns des autres. » (Galates 5. 13)

Pourquoi alors se rétrécir, s’asservir aux « éléments du monde ». L’auteur du Deutéronome avait déjà conscience du danger que le Christ dénonce : « Vous n’ajouterez rien… » (Deutéronome 4. 2) Et le Christ est précis par les termes qu’il utilise pour citer Isaïe : « Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. » (Isaïe 29. 13)

LA LIBERTE DANS LA VERITE

Parce qu’il est l’expression la plus parfaite de Dieu, parce qu’il est sa Parole, son Verbe, le Christ est bien la parole de Dieu semée en nous. Ce que la loi, par elle-même, ne pouvait accomplir, est devenue réalité. La liberté est le don acquis par le Christ pour les hommes dans sa Passion et sa Résurrection. « Il a voulu nous donner la vie par sa parole de vérité. » Nous y avons part grâce à l’Esprit qui est répandu en nous.

C’est en Lui que se réalise ce que Dieu promettait dans les prophètes : mettre sa loi au fond de nos êtres, la graver sur nos cœurs. (Jérémie 31. 31 à 34 et Ezéchiel 36. 25 à 28) Il inscrit la Loi de Dieu qui est amour et qui doit se traduire dans notre vie. « Les deux commandements sont semblables…De ces deux commandements dépendent la loi et les Prophètes. » (Matthieu 22. 40) « Devant Dieu notre Père, la manière pure et irréprochable de pratiquer la religion …. » (Jacques 1. 27)

Les commandements sont à mettre en pratique. (Deutéronome 4. 1) Cette liberté des enfants de Dieu doit donc être vécue dans la plus totale vérité : « Mettez la Parole en application, ne vous contentez pas de l’écouter. » (Jacques 1. 21)

En nous situant en vérité dans notre relation avec le Père, le Christ nous entraîne vers ceux qui sont inséparables du Père, c’est-à-dire, nos frères. Parce qu’elle nous conduit au cœur du mystère de Dieu dans nos vie actuelles et quotidiennes au milieu de nos frères, la lettre de saint Jacques ne peut être récusée, sans que soit mutilée la tradition scripturaire.

***

Les deux oraisons de ce dimanche s’en font l’écho :

« Enracine en nos cœurs l’amour de ton nom. Resserre nos liens avec toi pour développer ce qui est bon en nous. Veille sur nous avec sollicitude, pour protéger ce que tu as fait grandir.» (Prière d’ouverture de la messe)

« Rassasiés par le Pain de la Vie, que cette nourriture fortifie l’amour en nos cœurs et nous incite à te servir en nos frères. » (Prière après la communion)




DIMANCHE 6 SEPTEMBRE 2015
VINGT-TROISIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE




La guérison du sourd-muet que nous rapporte aujourd’hui l’Evangile de Marc se situe au milieu de trois événements qui, tous trois, se déroulent en territoire païen et que nous ne pouvons dissocier l’un de l’autre parce que ce regroupement dans le temps est volontaire de la part de saint Marc.

- La prière d’une femme « née en Phénicie de Syrie ». Elle demande à Jésus de chasser le démon, la maladie, hors de sa fille. (Marc 7. 24 à 30)
- La guérison d’un sourd-muet. (Marc 7. 31 à 37) que nous rapporte l’Evangile de ce dimanche.
- La seconde multiplication des pains. (Marc 8. 1 à 10)

Saint Marc nous avait déjà parlé d’une première multiplication des pains (Marc 6. 30 à 44). Il marque ainsi qu’il n’y a pas de confusion possible. La seconde, même si elle est semblable à la première dans son déroulement, s’adresse à d’autres auditeurs qui sont des païens.

EN TERRE NON JUIVE.

Ces déplacements en terre non juive ont un sens immédiat pour ceux qui les vivent, et en particulier pour les apôtres, quand on connaît l’aversion que les juifs de la Terre Sainte avaient de se trouver en terre païenne. Leur rappel veut ouvrir la jeune communauté chrétienne, à laquelle s’adressent Pierre et Marc, à un sens plus large de la mission du Christ : si la mission de Jésus est d’abord de restaurer spirituellement le Peuple de la Promesse, pour qu’il accueille celui que Dieu lui envoie, le Christ, le Messie, cette mission ne s’y restreint pas, elle dépasse le Peuple de la Promesse, il est Jésus, le Sauveur.

Le Peuple de la Promesse.

Dans le cadre de sa situation, même s’il est un petit peuple au milieu de la multitude des nations, le peuple juif, parce qu’il est le peuple de la Promesse, est le mieux à même de vivre cette irruption de Dieu dans le monde.

Il a été formé en cela et pour cela par le long cheminement d’Israël au désert, par la longue découverte du sens de sa mission grâce à la parole des prophètes : « Laisse d’abord les enfants se rassasier », dira Jésus à la Syrophénicienne. De même, avant la Résurrection et la Pentecôte, la mission des apôtres est limitée aux premiers héritiers de la Promesse.

Ce serait un contresens que d’interpréter l’enseignement de Jésus sur le pur et l’impur, sur les commandements de Dieu et la tradition humaine comme une rupture avec le judaïsme. A la manière des prophètes, cet enseignement rappelle au peuple l’exigence de sainteté radicale qui est contenue dans la Loi, dans la Loi que Dieu lui a remise et qu'il doit vivre: « Soyez saints parce que je suis saint. » (Lévitique 19. 2) Jésus n’est pas venu abolir, mais « accomplir », et donner sa plénitude à ce don reçu au Sinaï.

Et cela nous concerne encore aujourd'hui.

Le peuple des Nations.

Par quelques gestes et par quelques paroles, à Tyr comme en Décapole, Jésus introduit ce qu’il attend de la mission des apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations. » Ces guérisons dans un tel lieu témoignent : le salut s’étend à tous les hommes. Introduit par la multiplication des pains, le don de la manne au désert, pour le peuple d’Israël, a été rappelé dans le discours sur le pain de vie. En donnant le récit de la deuxième multiplication des pains, Marc introduit à son tour le message que toutes les Nations ont aussi droit à cette manne et à ce pain de vie.

Ainsi cette présence dans des contrées qui ne sont pas celles de la Terre Promise, comme ces gestes qui le mettent en contact avec les païens, sont déjà une rupture avec le comportement des Juifs, qui évitaient une telle proximité et une telle promiscuité. Les récits des Actes de Apôtres et la biographie de saint Paul montrent les lenteurs, les hésitations, les risques de retour en arrière que connût la mission des apôtres auprès des païens. Ils peuvent et doivent aller vers eux car Jésus a fondé leur mission sur l’autorité de leur exemple.

Les séjours de Jésus en terre païenne doivent donc être appréciés en relation avec l’ensemble de son ministère. Bien plus, c’est en terre païenne, à Césarée de Philippe (Matthieu 16. 13) que saint Pierre confessera la foi de l’Eglise en Jésus-Christ : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. »

Décisifs, ces séjours anticipent ce que sera « l’au-delà » de Pâques. Ils n’annulent pas le statut particulier du Peuple que Dieu s’est choisi. Ils permettent à des non-Juifs un accès à la foi au Christ, en respectant la lenteur des cheminements de ces païens qui n’ont pas été formés par la pédagogie divine durant des siècles de révélation.

A la Syrophénicienne, Jésus précise : « Laisse d’abord… » En disant cela, il enseigne que les païens n’en sont pas exclus. Mais, pour eux aussi, des étapes sont nécessaires. Aux témoins de la guérison du sourd-muet, il recommande de rester discrets. Il est trop tôt d’en parler à des gens qui ne sont pas préparés à en saisir toute la portée.

LA PROFESSION DE FOI

Dans l’Evangile de Marc, l’ouverture des païens à la foi est d’importance. A la mort de Jésus, c’est un païen, le centurion, qui, le premier, exprime, à haute voix et publiquement, la foi en Jésus au moment où le voile du Temple se déchire comme signe de la conclusion de l’Ancienne Alliance, quand la Nouvelle se réalise par le salut universel de la Croix. « Vraiment, cet homme était fils de Dieu. » (Marc 15. 39) Il est à noter que le substantif grec utilisé par Marc est « anthropos », l’humain. A quoi s’ajoute le verbe à l’imparfait : « était. » Cette reconnaissance est donc loin d’exprimer la plénitude de la foi chrétienne. Mais elle en est le point de départ.

Au terme du récit que nous lisons aujourd’hui, l’exclamation de la foule est loyale comme l’était celle du centurion que n’aveuglaient ni la haine ni les préjugés. Cette foi reste proche des faits constatés et elle est relativement pauvre en son contenu. Elle est une foi d’avant la Pentecôte. Cependant elle est déjà une participation au don que Dieu a fait, en premier lieu, à son peuple.

Par contre l’auditeur chrétien des apôtres, le lecteur de l’Evangile voit, dans l’action de Jésus, qui « fait entendre les sourds et parler les muets » l’accomplissement de la promesse telle que, fort opportunément, la liturgie nous la fait entendre dans la première lecture de ce dimanche, en choisissant le livre d’Isaïe : « Voici votre Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » (Isaïe 35. 4 ) Traduisons : Jésus est Dieu qui vient, parmi nous, nous sauver.

LA PATIENCE DE DIEU

Le Peuple de l’Alliance a connu de tels revirements et seule la patience de Dieu explique pourquoi cette Alliance n’a jamais été rompue. De même Dieu ne veut pas hâter, auprès des païens, la révélation de ce qu’il est. « Il l’emmena à l’écart, loin de la foule. » Il faut que les conclusions d’un tel miracle ne soient pas celle d’un enthousiasme d’un instant émotionnel. Il faut que les auditeurs aient le plus de temps possible pour se convertir.

Jésus ne dicte ni ne manipule les réponses en les forçant par son insistance. Il laisse à chacun la liberté de conclure sa propre démarche : « Venez et vous verrez. » Un dialogue ne peut s’instaurer que si les deux interlocuteurs se trouvent dans la capacité de le vivre dans une démarche qui leur permet de se rejoindre. Proposer son point de vue en l’imposant comme étant le seul valable n’ouvre pas le dialogue. A celui qui reçoit, il faut une libre démarche : « Venez ». Ensuite seulement, il donnera son consentement à la découverte qu’il a faite, mais en gardant le temps nécessaire : « Vous verrez. » Un futur, et non pas le présent immédiat que l’on souhaite obtenir.

Jésus n’a pas refusé la guérison qui lui était demandée, même si elle n’exprimait que la confiance et non pas encore la foi. Dans le même temps, il n’impose pas de réponse. C’est à la syrophénicienne et au sourd-muet de se situer dans leur propre démarche. C’est à eux d’exprimer ce qu’ils ressentent au plus profond d’eux-mêmes par ce qu’ils ont pu constater et dont ils doivent, librement, tirer les conclusions. Jésus en connaît le risque car ses actes peuvent aussi devenir un motif de contestation et d’opposition de la part de ceux qui lui sont hostiles. Il sait qu’il faut temps et liberté pour que l’homme se décide à une telle adhésion dans la vérité.

LE RESPECT DE LA PERSONNE.

Tout ceci révèle aussi le respect de Jésus pour l’humanité qui est la nôtre. Il utilise des gestes familiers : mettre les doigts dans les oreilles pour les déboucher, prendre de la salive pour délier ce qui est retenu. Des gestes corporels qui nous associent à Dieu.

L’Eglise a si bien perçu la dimension sacramentelle de l’événement qu’elle avait incorporé les gestes corporels de ce récit dans l’antique liturgie baptismale, parce qu’ils sont ceux de Jésus : imposition des mains, gestes des doigts, salive, accompagnés de sa parole, conservée dans sa langue originelle, l’araméen : « Effata. »

Au jour de l’Incarnation, par Jésus-Christ et en Jésus-Christ, la condition humaine est entrée dans l’être même de Dieu. Son amour est devenu chair et demeure chair, s’identifiant à l’homme, à nous, jusque dans ses gestes les plus simples, et même les plus ambigus, parfois.

Dieu s’associe à nous par la médiation de notre corps, et en lui conférant ainsi une éminente dignité, il nous confère notre dignité de fils adoptifs. Puisque les gestes humains de Dieu, par Jésus-Christ, ont été grâce et sacrement de l’Incarnation rédemptrice, ils restent et le resteront lorsqu’ils se perpétuent par les sacrements de l’Eglise, Corps mystique du Christ. Puisque le Seigneur, Esprit et Vie, se donne à nous corporellement, pourquoi refuser que notre réponse soit aussi signifiée spirituellement et vivifiante dans la grâce, par une réponse humaine et corporelle.

***

« Dieu qui as envoyé ton Fils pour nous sauver et faire de nous tes enfants d’adoption, regarde avec bonté ceux que tu aimes comme un père. Puisque nous croyons au Christ, accorde-nous la vraie liberté et la vie éternelle, par Jésus-Christ, ton Fils, notre Seigneur. » (prière d’ouverture de la messe de ce dimanche)

C’est bien de Jésus, dont il est dit par le prophète : « Voici votre Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » … « c’est cela la revanche de Dieu… nous sauver ! » (Isaïe 35. 4), c’est cela « la vraie liberté. »




DIMANCHE 13 SEPTEMBRE 2015
VINGT-QUATRIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



En parlant de sa Passion et de sa Résurrection à saint Pierre qui lui répond : «Tu es le Messie », Jésus ne fait que dire qu’il est bien le « serviteur souffrant » dont parle le prophète Isaïe, celui dont David parlait aussi dans le psaume 22 (21). Il rappelle à ses apôtres la dimension réelle qui est la sienne selon la révélation biblique.

D’une certaine manière, en refusant que Jésus souffre, qu'il soit mis à mort et ressuscite, les apôtres ne posent pas leur acte de foi dans la plénitude de l’être de Jésus. La réponse de leur maître peut leur paraître dure, mais elle signifie qu’ils ne peuvent alors le suivre, car, pour le suivre, il faut prendre cette croix.

UN DANGER GRANDISSANT

Les occasions d’étonnement et d’affrontement ne manquaient pas depuis le début de la prédication, en Galilée comme en Judée.

Les affrontements.

- Jésus a-t-il le pouvoir de pardonner les péchés ? (Marc 2. 7) et de quel droit s’arroge-t-il ce privilège réservé à Dieu ?
- Pourquoi Jésus mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? (Marc 2. 16) Pourquoi donc préfère-t-il pactiser avec des gens impurs ?
- Pourquoi les disciples de Jésus ne jeûnent-ils pas ? (Marc 2.18) et pourquoi accepte-t-il qu’ils se mettent ainsi hors de pratiques demandées par la Loi ?
- Pourquoi Jésus laisse-t-il ses disciples arracher des épis de blé le jour du sabbat ? (Marc 2.24) et pourquoi lui-même opère-t-il des guérisons ce jour-là, comme s’il n’y avait pas d’autres jours dans la semaine ? Pourquoi donc ce refus d’observer la Loi de Moïse ?
- Jésus ne serait-il pas possédé lui-même par le prince des démons ? (Marc 3. 22) et pourquoi accuse-t-il ses contradicteurs d’être coupables du péché contre l’Esprit ? (Marc 3. 29)

Vers une issue plus radicale.

Dans le cœur des disciples dort la même incompréhension et la même réaction, comme nous le voyons dans les paroles de Pierre à l’annonce de la Passion. Il fait des reproches à Jésus. Mais il ne veut pas les faire devant la foule. Or aujourd’hui, Jésus appellera cette foule à entendre cette annonce.

Les disciples ne se dressent pas contre Jésus, ne le contredisent pas. Ils refusent une telle issue au ministère de leur Maître qui passe en faisant le bien, malgré l’opposition qu’il rencontre. Saint Pierre reproche.

Les contradicteurs qui, pour certains, deviendront progressivement ses adversaires, se trouvent surtout parmi les scribes et les pharisiens. Ils sont parfois dénommés aussi « les scribes du parti des pharisiens. » Quand Jésus a guéri un homme le jour du sabbat, l’évangéliste note : « Alors les scribes et les pharisiens sortirent et aussitôt ils tenaient conseil avec les Hérodiens contre lui, en vue de le perdre. » (Marc 3. 6)

Les tenants du religieux strict n’hésitent pas à rejoindre les politiques. C’est une démarche significative. Les apôtres ont vu Hérode mettre à exécution une demande de mort (Marc 6. 16 et ss). Sur son ordre, Jean-Baptiste a été décapité. Il contredisait le pouvoir établi. Après avoir été emprisonné, il est éliminé à cause de la méchanceté d’Hérodiade. Par le simple développement de son action et de la contradiction qu’elle suscite, Jésus peut s’attendre à une issue mortelle similaire.

LES DISCIPLES SONT CONCERNES

Trois annonces rythment maintenant les chapitres 8 à 10 de l’Evangile de saint Marc. Elles sont précédées de la profession de foi de Pierre en Jésus comme Christ-Messie. Elles se concluent par le refus du jeune homme riche et par la profession de foi de l’aveugle de Jéricho. « Tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais obtiendra la vie éternelle. »

Des annonces précises.

Après l’annonce qui suit la profession de foi de Pierre, Jésus indique à celui-ci, aux disciples et à la foule que cette voie ne sera pas seulement la sienne, mais celle de tout homme qui veut le suivre. (Marc 8. 34) « Celui perdra sa vie pour moi et pour l’Evangile, la sauvera. »

Nul homme ne peut se sauver sans renoncement, car ce renoncement n’est pas stérile. Le centuple lui est promis et la vie éternelle. (Marc 9. 42) Nous-mêmes, combien de fois, ne cherchons-nous pas à éviter ces renoncements que la fidélité au Christ nous demande. Il nous arrive de penser que le Seigneur n’en demande pas autant…

Cette incompréhension est celle de Jacques et de Jean quand ils demandent, par l’intermédiaire de leur mère, des places dans la gloire (Marc 10. 35). La réponse de Jésus ressemble fort à celle qu’il a faite lors de la deuxième annonce de sa Passion. Elle est même plus forte encore : « Celui qui voudra être le plus grand doit se faire le serviteur (« diaconos ») et celui qui voudra être le premier, se fera l’esclave de tous (« doulos »). Aussi bie, le Fils de l’Homme lui-même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir (« diaconèsaï ») et pour donner sa vie en rançon pour la multitude. »

La Résurrection et la Vie.

Les annonces de Jésus ne sont pas des éclaires isolés dans un ciel serein. Elles s’inscrivent dans la progression du salut que Jésus est en train d’annoncer et d’opérer. Elles ne sont pas les prédictions d’un homme lucide sur la fin tragique qui l’attend, à la lumière des événements qui accumulent les risques d’une arrestation et même d’une condamnation, comme ce fut le cas pour Jean-Baptiste. Elles son plus que cela. Au-delà de sa mort, Jésus prophétise et annonce sa Résurrection.

« Trois jours après sa mort, il ressuscite. » et il en est sûr. « Il le dit avec netteté (« parrèsia), clairement. » (Marc 8. 31 et 32) Cette annonce avait déjà posé question aux trois témoins de la Transfiguration. Ils se demandaient ce que signifiait « ressusciter d’entre les morts ». Jésus leur demande de n’en point parler parce qu’il est trop tôt pour que cette annonce soit pleinement compréhensible.

Non pas que l’idée que l’idée en soit tout à fait étrangère au judaïsme puisqu’elle était même l’objet de débats entre les Pharisiens et les Sadducéens à l’époque de Jésus. Mais il s’agissait de la résurrection collective au dernier jour. Pour Jésus, c’est une résurrection personnelle dans le temps. C’est le troisième jour.

Il ne demande plus de se taire, il parle ouvertement et publiquement. Le renoncement radical demandé aux disciples ne conduit pas à une impasse. Ce n’est pas un suicide collectif où Jésus veut entraîner ses fidèles dans son malheur. Il leur demande d’assumer tous les risques que lui-même assume pour entrer dans la gloire. Aux témoins de sa gloire d’un instant à la Transfiguration, il demande aujourd’hui d’être témoins (« martyros ») de sa gloire par la confession de toute leur vie, jusqu’au martyre, pour avoir part à sa gloire et non pas seulement la contempler.

***

La confession de la foi ne peut rester que paroles ou ébahissement sentimental et contemplatif. Elle doit se traduire en actes, dans la réalité de nos vies quotidiennes. « Montre-moi ta foi qui n’agit pas. Moi, c’est par mes actes que je te montrerai ma foi. » (lettre de Jacques 2. 18) La devise que saint Dominique a proposé à ses frères, le dit d’une manière claire et lapidaire : « Contempler et transmettre aux autres les richesses contemplées. »

Jésus-Christ ne s’est pas contenté de nous annoncer une Bonne Nouvelle. Il nous donne en partage sa Vie par l’offrande de sa mort et le don de sa Résurrection. Il nous demande de la partager avec lui, par l’offrande de notre vie, à son Père et pour nos frères.

« Que la grâce de cette communion saisisse nos esprits et nos corps, afin que son influence et non pas notre sentiment, domine toujours en nous. » (Oraison de communion pour ce dimanche)



DIMANCHE 20 SEPTEMBRE 2015
VINGT-CINQUIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Ce dimanche met face à face deux camps, celui des impies et celui des justes. Il y a ceux qui vivent la droiture, la paix et la miséricorde. Il y a ceux qui pensent rivalités, conflits, convoitise et instinct (Lettre de saint Jacques). Sur leur chemin, les impies rencontrent le juste qui, par sa seule existence, est un reproche vivant à leur conduite (Livre de la Sagesse).

Jésus, dans l’Evangile, ne fait pas d’antagonisme. Il parle de ceux qui accueillent, quelle que soit leur difficulté à comprendre et à Le suivre, même s’il sous-entend ainsi ceux qui ne l’accueillent pas et dont saint Marc nous parlait dans les récits précédents, relatés ces derniers dimanches.

LE JUSTE ET L’IMPIE

Selon son mode littéraire et dès ses premières lignes, le Livre de la Sagesse veut nous faire comprendre une leçon essentielle : l’incompatibilité entre les modes de vie engendre des épreuves inévitables pour celui qui veut vivre selon la Loi de Dieu.

Les versets d’aujourd’hui ne peuvent être isolés de leur contexte et sont à lire dans le prolongement du premier chapitre : « Dieu ne fait pas la mort, la justice est immortelle. » (1. 13 à 15) Les impies, eux, sont fascinés par la mort et, dans son attente, ils veulent jouir au maximum du provisoire de la vie, écartant tout obstacle à leurs désirs : « Les impies appellent la mort du geste et de la voix. La tenant pour amie, ils se consument pour elle. » (1. 16 à 2. 9)

Par sa manière de vivre et le rappel de ses convictions, le juste devient un reproche permanent. La meilleure manière de se tranquilliser, c’est donc de l’éliminer : « Traquons le juste puisqu’il nous gêne. » (2. 16)

Dans la Passion du Christ, tout ceci n’est plus une leçon de morale. C’est une réalité inscrite dans l’histoire. Ce ne sont pas que des aspects matériels : outrages, tourments, mise à mort. (24ème dimanche) Ce sont aussi tous les faits qui, peu à peu, s’accumulent au cours des événements.

Nous les avions énumérés lors du commentaire du 23ème dimanche. Le piège tendu (Sagesse 2. 12) « Ils tenaient conseil en vue de le perdre. » (Marc 3. 6) Il se vante d’avoir Dieu pour Père (Sagesse 2. 16) « Celui qui m’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé. » (Marc 9. 37) Il nous reproche de désobéir à Dieu (Sagesse 21. 14) « Vous annulez le commandement de Dieu pour observer votre tradition. » (Marc 7. 9)

La Passion de Jésus est bien la Passion du Juste (Sagesse 2. 18 à 20) Au pied de la Croix, c’est ce que reconnaît le centurion, selon l’expression rapportée par saint Luc : « Sûrement, c’est homme était un juste. » (Luc 23. 47) Mais elle est davantage.

NOUS SOMMES CONCERNES

La lettre de saint Jacques reprend ces deux conceptions de la vie qui nous concernent tous : celle de la justice en Jésus-Christ et celle qui, malgré les apparences immédiates, sera un échec, source des conflits et de la mort.

« Vous êtes pleins de convoitise et vous n’obtenez rien. Vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins. » Ces passages sont réalistes. C’est bien l’homme qui détruit et lui qui engendre la souffrance, les inégalités, les guerres. « Vous ne recevez rien parce que votre prière est mauvaise : vous demandez des richesses pour satisfaire vos instincts. » (saint Jacques 4. 3)

Au contraire, la sagesse qui vient de Dieu est d’abord droiture et, par conséquence, elle est paix féconde. Elle donne son fruit aux artisans de paix. » (saint Jacques 3. 17 et 18) « Heureux les artisans e paix. » (Matthieu 5. 9)

A nous donc d’accueillir le Fils de l’Homme dans toute sa vérité et toute sa réalité, y compris dans la Passion et sa mort, pour partager, dans sa Résurrection, la Vie divine de Celui qui nous l’a envoyé. (Marc 9. 37)

L’explication donnée aux apôtres par le Christ veut éclairer leur incompréhension qui n’est pas un rejet impie. Le silence, dans lequel ils s’enferment, vient de leur crainte à le questionner pour obtenir le sens de ce que le Maître affirme.

L’ENJEU EST UNIVERSEL

La réalité que Jésus nous propose est différente de celle que pouvait entrevoir l’auteur de la Sagesse quelques dizaines d’années avant l’ère chrétienne. Jésus est rejeté pour d’autres raisons.

D’abord comme gêneur, par le fait qu’il met à jour la vérité. Une vérité qui brise l’enfermement dans lequel s’est enfermé l’impie. « La vérité vous rendra libres. »

Il n’est pas seulement un juste parmi les justes, avec sa personnalité originale. Il n’est pas seulement la mauvaise conscience des dévoyés. Comme Messie, il est autrement dérangeant. Il restructure le Peuple de Dieu sur la base de Dieu lui-même.

Ses adversaires ne sont pas dupes quand ils le présentent comme redoutable à l’autorité civile de Pilate qui, lui, avait bien compris que Jésus ne cherchait pas à l’affronter directement. « Je ne trouve en lui aucun délit » dira-t-il (Jean 18. 38). Mais la peur des uns et des autres engendrent la condamnation à mort. La prétention de Jésus est plus radicale qu’une prétention sociale ou politique.

Il n’est pas seulement un fils, comme tous les membres du Peuple de Dieu. « Vous êtes des fils pour le Seigneur. » (Deutéronome 14. 1) Il est le Fils, il est l’Unique. Et cela, les bénéficiaires de l’ordre établi ne peuvent le tolérer. Dans le face à face du Sanhédrin, les chefs religieux se sentent obligés de poser la vraie question qui les oppose à Jésus, parce qu’ils ne sont pas des impies et que ce juste n’est pas un juste comme les autres. « Je t’adjure par le Dieu vivant : dis-nous si tu es le Christ-Messie, le Fils de Dieu. » (Matthieu 26. 63)

Dans l’horizon du Livre de la Sagesse, ce qui est promis au Juste, c’est l’éternité bienheureuse de l’âme. La perspective de la résurrection n’est pas encore intégrée dans ce monde juif marquée par la philosophie grecque qui ignore l’éventualité d’une résurrection personnelle. (Le Livre de la Sagesse a été vraisemblablement écrit à Alexandrie, dans la communauté juive.)

Enfin rien non plus n’évoque la mission de salut que le Juste persécuté exercera à l’égard de la multitude des hommes. Même si ce passage de la Sagesse est extraordinairement évocateur, le dernier mot, dans l’Ancien Testament, reste au poème du Serviteur persécuté et souffrant, en Isaïe 53. 11 : « Après les épreuves de son âme, il verra la lumière. Par ses souffrances, mon serviteur justifiera les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes. » Paroles que Jésus rappelle à ses apôtres au soir du Jeudi-Saint : « Ceci est mon sang qui garantit l’alliance de Dieu et qui est versé pour la multitude. » (Marc 14. 24)

***

Cette alliance, l’Alleluià nous la fait chanter au seuil de la lecture évangélique : « Par l’annonce de la Bonne Nouvelle, Dieu nous appelle à partager la gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ.» selon les mots de saint Paul dans la deuxième lettre aux Thessaloniciens (2. 14).

Si dès maintenant et plus encore, au terme de notre existence humaine, Dieu nous accueille, il nous faut dès maintenant accueillir Celui qu’il a envoyé. En prenant un enfant comme signe de cet accueil, Jésus leur rappelle que nous devons accueillir tout homme rencontré dans sa misère, sa pauvreté, sa solitude, sa faim. « Quand t’ai-je rencontré, Seigneur ? » Quand tu as accueilli ce pauvre, cet abandonné, cet affamé.





DIMANCHE 27 SEPTEMBRE 2015
VINGT-SIXIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Aujourd’hui, nous ne prendrons que deux des lectures sur les trois que l’Eglise nous propose en cette liturgie. Le Livre des Nombres et l’Evangile selon saint Marc, puisque la première privilégie un des aspects de l’Evangile de ce dimanche. Comme Moïse, Jésus se réjouit de voir que les dons de Dieu ne peuvent se restreindre à quelques privilégiés et s’étendent au-delà du groupe des disciples rassemblés. « Ah ! si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! » - « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. »

LES NOTABLES ET LES ANCIENS

La Bible signale à deux reprises que des anciens et des notables parmi le Peuple ont été associés à la charge de Moïse.

Le conseil de Jéthro.

Dans le Livre de l’Exode (chapitre 18), c’est Jéthro, prêtre de Madian, qui n’est pas juif, même s’il est le beau-père de Moïse, qui lui donne le conseil d’appeler autour de lui des anciens, des sages d’expérience et des notables, lorsque Moïse le rencontre, dans le désert, avec le peuple libéré qui vient de quitter l’Egypte. Après l’avoir vu occupé, toute la journée, à trancher les innombrables différends, inévitables entre les membres d’un groupe humain, Jéthro recommande à son gendre de faire juger les cas mineurs « par des hommes de valeur, craignant Dieu, dignes de confiance et incorruptibles. »

Quant à Moïse, il restera le juge des affaires importantes et le médiateur entre Dieu et le Peuple. « Emploie-toi personnellement devant Dieu pour le Peuple et porte-lui leurs litiges. » (Exode 18. 19) et Jéthro, le prêtre de Madian, ajoute : « Si tu agis ainsi et que Dieu te l’enjoigne … » Ce n’est donc pas une simple sagesse humaine qui déterminera la décision, c’est aussi avec Dieu qu’elle doit être prise.

L’ordre de Dieu.

Dans le Livre des Nombres (chapitre 11), le choix des soixante-dix anciens a une autre dimension. Ce n’est plus un conseil donné par un sage expérimenté, mais extérieur au Peuple d’Israël, c’est un ordre de Dieu qui l’intime à Moïse.

Soixante-dix. Ce nombre est signe de plénitude puisque le septénaire, parfait comme la semaine de la Création ou les branches du chandelier, y est multiplié par le nombre dix, qui évoque les dix commandements et le nombre des nations païennes tel que le judaïsme le voit établi dans la liste du Livre de la Genèse au chapitre 10.

Les circonstances dans lesquelles ils sont choisis sont elles-mêmes significatives. Le récit, dont nous lisons aujourd’hui la conclusion, couvre tout le chapitre 11 du Livre des Nombres. La dominante en est la révolte du Peuple qui méprise la manne, don de Dieu, et qui pleure après les oignons d’Egypte et le poisson qu’il mangeait pour rien. Moïse est écrasé par le charge de ce peuple, non seulement à cause de son nombre et de ses besoins matériels, mais aussi à cause de son infidélité, de son ingratitude de son péché.

Les Douze, choisis et envoyé par Jésus, correspondent aux douze tribus d’Israël. Ils en seront les Pères dans la foi. C’est à ces soixante-dix que correspondent les disciples de Jésus, comme pour marquer que l’Evangile s’adresse aux nations païennes.

L’ESPRIT SUR LES ANCIENS

Si nous continuons à comparer les deux scènes du Livre de l’Exode 18 et du Livre des Nombres 11, nous relevons que, dans le second cas –et seulement dans celui-là- la désignation s’accompagne d’un transfert d’esprit. Dieu ordonne. Moïse choisit. Dieu répand l’Esprit qui reposait d’abord sur Moïse seul : « Je prendrai de l’esprit qui est sur toi, pour le mettre sur eux. » (Nombres 11. 17)

La suite de la scène montre bien que cet « esprit » n’est pas seulement la force d’âme personnelle de Moïse. C’est un « esprit » qui vient de Dieu, puisque Moïse n’a d’autre espérance que de voir « le Seigneur mettre son esprit » sur tous.

Faut-il alors identifier l’esprit qui est ainsi partagé, avec l’Esprit-Saint, personne divine « qui est le Seigneur et qui donne la Vie », comme nous le disons dans le Credo ? L’identification serait hâtive et ne respecterait pas le rythme propre de la Révélation, tel que Dieu l’a voulu.

L’ESPRIT REPANDU SUR TOUTE CHAIR

Pourtant notre regard est invinciblement attiré vers la Nouvelle Alliance, la plénitude de l’Alliance, où tout le Peuple sera prophète, de même que Dieu l’a appelé pour qu’il soit « un royaume de prêtres et une nation sainte. » (Exode 19. 6) Saint Pierre développe cla : »Pour constituer une communauté sacerdotale. » (2ème lettre de Pierre. 2. 5 et ss)

Dieu voit plus loin que nous.

Lors de l’événement relaté par le Livre des Nombres, Eldad et Médad sont à l’avant-garde de ce peuple. Moïse les avait choisis, mais ils n’étaient pas venus. Dieu pourtant les a atteints et l’esprit s’est reposé sur eux.

Inversement le don reste inachevé. L’esprit continue de reposer sur les anciens, mais ils ne prophétiseront que peu de temps. Ils ne sont pas devenus prophètes.

D’une certaine manière, l’épisode que nous relate Marc rejoint cette même « extension » du don de Dieu par d’autres que par les apôtres à qui Jésus l’avait transmis. Un intrus chassait les esprits mauvais au nom de Jésus ! « Nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom et nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. En parlant ainsi : « nous suivent », les apôtres manifestent leur tendance à se considérer comme un ensemble que les autres doivent rejoindre pour recevoir les dons qu’ils ont reçus.

Jésus souligne alors à ses apôtres que tout ce qui se fait « en son nom » a une valeur toute particulière, puisqu’elle fait appelle à sa valeur. « Qui accueille un de ces petits en mon nom, m’accueille et non pas moi seulement mais Celui qui m’a envoyé. » (Marc 9) Il nous faudrait reprendre tout ce que signifie « en son nom », car cela ne s’entend pas au sens actuel de « par procuration ». C’est en invoquant son nom, sa personne, en accomplissant ses faits et gestes avec la même intention et dans le même sens que se réalise la guérison.

Tous peuvent recevoir l’Esprit de Dieu.

Au temps du Messie, Dieu répandra son Esprit sur toute chair. « Vos fils et vos filles prophétiseront. » (Joël 3. 1 et 2) Au matin de la Pentecôte, Pierre annonce que Dieu réalise cette promesse : l’Esprit est venu sur les frères rassemblés à Jérusalem. Il leur a donné de parler et de professer la foi. Leur prédication se résout en ce conseil : « Repentez-vous et que chacun se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés et vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. » (Actes 2. 38)

Tous et donc nous aussi.

C’est pourquoi, dès notre baptême, nous sommes marqués de l’huile sainte, le chrème (Chrème-Christ). Et le geste liturgique est accompagné de cette parole : « Vous qui faites maintenant partie de son peuple, Dieu vous marque de l’huile sainte pour que vous demeuriez éternellement les membres de Jésus-Christ, prêtre, prophète et roi. »

Dans le même mouvement, et immédiatement dans les rites orientaux du baptême, le chrétien sera confirmé dans ce même Esprit. Dans le rite latin, cette chrismation est reportée à quelques années plus tard.

Dieu se transfère aux chrétiens par l’Esprit qui, d’abord, ne reposa en plénitude que sur Jésus, le seul Christ. Comme le Seigneur avait transféré sur les soixante-dix l’esprit qui, d’abord, n’avait habité que Moïse.

« Les décisions du Seigneur sont justes et vraiment équitables. Aussi ton serviteur en est illuminé." »(Psaume 18) Nous pouvons chanter ainsi avec le psalmiste, nous tous qui sommes appelés à avoir « part à l’héritage glorieux de celui qui nous unit à son sacrifice lorsque nous proclamons sa mort. » (Prière après la communion)

Que notre parole et notre vie y entraînent nos frères. « Ah si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! » (Nombres 11. 29)




DIMANCHE 4 OCTOBRE 2015
VINGT-SEPTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Genèse : 2. 18 à 24 : « C’étaient des êtres vivants et l’homme donna un nom à chacun. »
Psaume 127 « Comme une vigne généreuse…comme des plants d’olivier. »
Lettre aux Hébreux : « Jésus sanctifie et les hommes qui sont sanctifiés sont de la même race. Et pour cette raison, il n’a pas honte de les appeler ses frères. »
Evangile selon saint Marc : « Au commencement du monde, quand Dieu créa l’humanité, il la fit homme et femme. »

***

CE QUE DIEU A UNI

Les commentaires de ces textes du livre de la Genèse et de l’Evangile selon saint Marc nous sont familiers. Chaque messe de mariage les évoque, peu ou prou. Mais il nous faut aller à l’essentiel de tout sacrement. Et l’essentiel ici, c’est l’union du Christ et de l’Eglise, c’est-à-dire, l’union du Christ et des membres de son Corps Mystique qu’il n’a pas honte d’appeler ses frères, même s’ils sont pécheurs.

En effet la tradition apostolique et patristique ne réduit pas à la seule unité conjugale cette parole biblique : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. » Saint Paul la commente ainsi lui-même : « Ce mystère est grand, je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Eglise. »

Un théologien, Isaac de l’Etoile au 12ème siècle, l’explique en termes simples. « De même que tout ce qui est au Père est au Fils et tout ce qui est au Fils est au Père, de par leur unité de nature, de même l’Epoux(le Christ) a donné tous ses biens à l’Epouse (l’Eglise) et il a pris en charge tout c qui appartient à l’Epouse qu’il a unie à Lui-même et au Père.

Dans sa prière pour l’Epouse, le Fils dit au Père : »Que tous soient un comme toi Père, tu es en moi et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi. »

« Garde-toi bien de séparer la tête du Corps. N’empêche pas le Christ d’exister tout entier. Car le Christ n’existe nulle part tout entier sans l’Eglise, ni l’Eglise sans le Christ. Le Christ total, c’est la Tête et le Corps. »

L’EPITRE AUX HEBREUX

La deuxième lecture, ou lecture apostolique, à partir de ce dimanche et jusqu’à la fin de l’année liturgique, sera extraite de la lettre aux Hébreux, soit sept passages au total.

Présentation : Les Hébreux ou Israël
- La désignation la plus habituelle du Peuple de Dieu est « Israël », nom du patriarche Jacob-Israël, auquel se rattachent les douze tribus. Le terme « hébreu » est employé au temps du séjour en Egypte, alors que les tribus ne se sont pas encore réparties sur la Terre Promise.

A l’époque apostolique, qui sont-ils ces Hébreux auxquels serait destiné un écrit du Nouveau Testament ? Les Actes des Apôtres nous renseignent sur eux au chapitre 6.

A un moment où les chrétiens sont encore des Juifs convertis, « les Hellénistes se mirent à murmurer contre les Hébreux. » (Actes 6. 1)

Hellénistes et Hébreux,
- Ils sont tous israélites d’origine, sans distinction de leur appartenance à la tribu de Lévi, de Juda ou de Benjamin. Les Hellénistes sont ceux qui sont revenus à Jérusalem après avoir vécu longtemps en divers lieux de dispersion (diaspora).

On les nomme par la langue dominante dans le bassin méditerranéen : le grec. C’est d’ailleurs à Alexandrie, en Egypte, que la Bible a été traduite en grec (la Septante). A l’inverse, les Hébreux sont les juifs dont les familles sont restées en Terre Promise, particulièrement autour de Jérusalem.

La diaspora s’adresse aux Hébreux. - La lettre aux Hébreux ne se présente pas comme une épître ordinaire. Elle ne comporte pas de destinataires, contrairement aux autres lettres de saint Pierre ou de saint Paul. La tradition l’appelle aux Hébreux, parce que certaines des questions traitées intéressent, au premier chef, ces Juifs de la Terre Sainte qui sont devenus chrétiens.

Quel est le rapport entre le culte chrétien et le culte qui continue de se pratiquer au Temple de Jérusalem ? Ce culte chrétien n’est-il qu’une simple transposition de la réunion à la synagogue, ou plus ? ou autre ?

Car les « Hébreux » savent bien que les communautés de Corinthe ou d’Ephèse font mémoire du sacrifice de Jésus, selon tout un rituel. Alors de quel type est le sacrifice que Jésus offrit ? quel est son sacerdoce dans ce sacrifice dont il est fait mémoire à Corinthe et à Ephèse ? (cf 1 Corinthiens. 11. 17 à 30)

La lecture de cette lettre aux Hébreux doit se faire en synoptique avec les habitudes qui se développent dans les réunions dominicales des premières communautés chrétiennes. Et non pas de ce que nous savons aujourd’hui grâce à un long approfondissement théologique.

Les questions posées dans les premiers temps de l’Eglise sont aussi celles qui cheminent dans nos propres recherches spirituelles. Et nous allons retrouver ces thèmes de dimanche en dimanche.

LE DESSEIN DU CREATEUR

La grandeur de l’homme. - « Jésus avait été abaissé. Maintenant nous le voyons couronné de gloire et d’honneur. » Ces mots, empruntés au psaume 8, évoquent avec émerveillement et action de grâce, la place de l’homme dans la création.

Au commencement, Dieu transmet à l’homme sa propre suprématie sur tous les êtres vivants, en les menant vers lui (« il les amena à l’homme ») afin que l’homme les nomme. Pour les Anciens, connaître le nom de quelqu’un, c’est déjà avoir prise sur lui. Et, dans la tradition biblique, conférer un nom est une prérogative divine.

L’homme est si grand que le psalmiste en contemplant la majesté de Dieu telle qu’elle éclate dans ses œuvres (le ciel, les astres…) se demande : «Qu’est donc le mortel, que tu en gardes mémoire, le fils d’Adam qu tu en prennes souci ? »

Le psalmiste, en hébreu, répond: « A peine le fis-tu moindre qu’un dieu. » Ecrite en milieu grec polythéiste, la Septante, pour éviter tout risque de malentendu quant au monothéisme, préfère traduire : « Tu l’abaissas quelque peu par rapport aux anges. »

L’auteur de la lettre aux Hébreux est bien un helléniste. « Jésus a été abaissé un peu au-desous des anges. » Abaissé ne veut pas dire amoindri. Mais qu’il est pleinement homme et en partage l’éminente dignité. « Jésus qui sanctifie et les hommes qui sont sanctifiés sont de la même race. »

L’Alliance nouvelle. - Si la dignité de l’homme, selon la volonté divine, est de dominer la création (psaume 8), nous savons aussi que l’homme a détourné ce dessein du commencement. Jésus, pleinement homme et pleinement Dieu, est celui qui, par delà la déchéance originelle, doit et peut reconstituer le dessin de Dieu en l’homme.

Dès le commencement, l’homme est si grand que, dans le livre de la Genèse, aucun de ces êtres vivants qu’il a nommés, ne constitue pour lui un répondant. C’est Dieu qui lui donnera son vis-à-vis, la femme, dans un acte créateur dont seul il est l’auteur.

C’est durant un « sommeil mystérieux » que Dieu lui donne une épouse. C’est dans un même sommeil mystérieux qu’il conclut alliance avec Abraham (Genèse 15. 12). La Passion, la mort et la Résurrection sont comme le sommeil qui mène le Nouvel Adam à cette perfection, comme le chante l’hymne « Exulter » de la nuit pascale.

De la mort à la vie. - « Il était normal qu’il mène à sa perfection, par la souffrance, celui qui est à l’origine du salut de tous. » Cette phrase nous paraît scandaleuse, comme nous paraît scandaleuse la répétition fréquente de : « Il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire. » (Luc 24. 26) il fallait …il fallait…

A plusieurs reprises, la lettre aux Hébreux abordera ce pourquoi de la souffrance du Christ qui nous inquiète nous-mêmes pour nous-mêmes. La souffrance peut-elle vraiment sauver alors que nous la voyons si souvent abîmer l’homme ?

Dans le livre du Lévitique, la perfection d'être prêtres n’est pas une perfection morale, mais celle du déroulement du service du sacrifice d’offrande. (Lév. 7. 37)

Jésus a été fait grand-prêtre d’un nouveau culte où le sacrifice est celui de sa vie qu’il offre librement. Il est sauveur des hommes, parce que sa vie est celle de l’homme, pleinement homme et du Fils de Dieu.

Comment serait-il pleinement homme s’il ne partageait pleinement le sort de ses frères qui est fait de souffrance et de mort. S’il ne partage pas leur mort, comme partageraient-ils, eux les hommes, sa résurrection ? » (1 Cor. 15. 21)

***
« Il s’abaissa lui-même, obéissant jusqu’à la mort et jusqu’à la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a surélevé afin que toute langue confesse que Jésus est Seigneur pour la gloire de Dieu le Père. » (Philippiens 2. 6 à 9)





DIMANCHE 11 OCTOBRE 2015
VINGT-HUITIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Livre de la Sagesse. (7. 7 à 11) : « Tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable. »
Psaume 89 : « Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants. »
Lecture de la Lettre aux Hébreux. (4. 12 et 13) : « Elle est vivante la Parole de Dieu. »
Evangile selon saint Marc. (10. 17 à 30) : « Il s’en alla tout triste. »

***

En quelques lignes, nous découvrons la puissance et la richesse de la Parole de Dieu qui est le Christ : « Elle est vivante la Parole de Dieu. » Elle n'est pas une assemblage de mots. Elle est une Vie, la Vie.

Saint Jean le dit à sa manière dans le prologue de son Evangile : « La Parole s’est fait chair et elle a habité parmi nous. » (Jean 1. 14) « La Parole était Dieu. » (Jean 1. 1) « En elle était la vie et la vie était la lumière des hommes (Jean 1. 4) «

Cette Parole nous pénètre au plus profond de l’âme » (Hébreux 4. 12) « Moi en eux comme toi en moi. » (Jean 14. 23)

LA PAROLE EST UN APPEL

Ce court passage cité en ce dimanche vient après bien des citations de l’Ecriture qui, pour l’auteur, ne sont pas seulement une illustration, mais une démonstration de ce qu’il veut exprimer.

Elle reprennent en effet le psaume 95 (versets 7 à 11) qui rappelle l’endurcissement de leurs cœurs au jour de la tentation au désert. Les Hébreux avaient vu les œuvres de Dieu pendant quarante ans et pourtant leur cœur se fourvoie : »Ils n’ont pas connu mes voies. » « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, ne sclérosez pas votre cœur. » (Hébreux 4. 7)

« Ils avaient été les premiers à avoir reçu la Bonne Nouvelle (evangélistentes -en grec = évangélisés). Ils n’entrèrent pas dans la terre promise, à cause de leur indocilité. » (Hébreux 4. 6)

L’homme de foi est celui qui entend la parole et y répond, qui accepte d’appartenir à Celui qui l’appelle par son nom. Le prophète Jérémie en fit l’expérience lorsqu’il hésita dans sa réponse à l’appel de Dieu (Jérémie- Chapitre 1) : « Je ne sais pas porter la parole… Va, je suis avec toi. - lui répond le Seigneur»

On peut résister à l'appel de la Parole de Dieu, certes, mais c’est s’enfermer tout triste sur soi-même, désabusé même.

C’est bien ce qui arrive au jeune homme riche qui entendit cet appel de la Parole divine, la Parole du Fils de Dieu lui-même. Mais il en reste à ses propres forces, à ses propres réalisations. "Il a accompli tous les commandements de l’Ancienne Alliance."

Mais aujourd’hui l’exigence de l’appel est nouvelle. Il lui faut suivre le Christ par amour et non pas par devoir. « Va, vends tous tes biens. » Quand j’aurais la foi la plus totale, s’il me manque l’amour, je ne suis rien…l’amour endure tout ! » (1 Corinthiens 12. 7)

Jérémie entendu Dieu lui dire : « Je suis avec toi. » Le jeune homme a entendu « Viens, suis-moi. » Il est resté sur lui-même et il entre dans la tristesse. Il n’a pas laissé « pénétrer la Parole au plus profond de l’âme. » (Hébreux 4. 12)

LA PAROLE EST VIE

Dieu, par sa Parole, est créateur. « Il dit et cela fut. Il commande et cela existe. » chante le psaume 33 (versets 6 à 9) résumant le récit de la création du Livre de la Genèse. Cette parole est partout à l’œuvre et à tout moment dans la création. « La Parole de Dieu est vivante. Elle est pénétrante ...pas une créature n’échappe à ses yeux. » Elle est vivifiante : « En Lui était la Vie. »

Continuons donc de reprendre d’autres passages de l’Ecriture pour méditer ce passage de la lettre aux Hébreux. « Comme la pluie descend et ne retourne pas là-haut sans avoir saturé la terre, sans l’avoir fait enfanter et bourgeonner, sans avoir donné semence au semeur, ainsi se comporte ma Parole ; Elle ne retourne pas vers moi sans résultat, sans avoir exécuté ce qui me plaît et fait aboutir ce pour quoi je l’avais envoyée. » (Isaïe. 55. 10)

Dans cette parole cohérente et efficace, Dieu s’engage totalement. « Dieu n’est pas homme pour qu’il mente, ni fils d’Adam pour qu’il se rétracte. Est-ce lui qui dit et ne fait pas ? qui parle et n’accomplit pas ? » (Livre des Nombres 23. 19) Jésus le dira à ses disciples : « Pour les hommes, cela est impossible. Pas pour Dieu. Tout est possible à Dieu. »

Nous sommes donc loin de notre manière de penser, d’agir et de vivre, qui oppose volontiers parole et action. L’action se situe dans le réel, dans la recherche de l’efficace. Les paroles humaines restent bien souvent … en l’air. Par contre, « la Parole de Dieu est vie et énergie. » (Hébreux 4. 12)

« Elle pénètre au plus profond de l’âme, jusqu’aux jointures, jusqu’aux moelles. » Elle veut le tout de l’être. « J’ai observé tout ces commandements… » dit le jeune homme riche. C’est bien, mais c’est insuffisant.

« Une seule chose te manque : vends, viens, suis-moi. » C’est l’écho de la Parole de l’appel apostolique : « Venez et vous verrez. » Il a retiré son regard loin du regard de Dieu : « Il s’en alla tout triste. » (Marc 10. 21) « Je vous dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. » (Jean 15. 11)

Le psaume de ce dimanche nous dit la joie de vivre en Dieu, nous dit son secret : »Apprends-nous à bien compter nos jours pour que nos cœurs découvrent la sagesse. Rassasie-nous de ton amour au matin pour que nous passions nos jours dans la joie et les chants. Révèle ton œuvre à tes serviteurs et ta beauté à leurs fils. » (Psaume 89)

LA PAROLE DIVINE EST ETERNITE

« Le ciel et la terre passeront. Mes paroles ne passeront pas. » (Matthieu 24. 35)

Cette parole de Dieu, éternelle, « pénètre au plus profond de l’âme. » (Héb. 4. 12, fut-elle celle d’un roi. C’est la prière de Salomon : « J’ai tenu pour rien la richesse… J’ai préféré la Sagesse. Tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable. » (Sagesse 7. 11)

Le jeune homme riche a perdu cette richesse incalculable. « Il s’en alla tout triste car ils avait de grands biens. » et saint Pierre, à l’inverse, fait remarquer : « Nous avons tout quitté. » Jésus lui précise alors ce que doit être ce « tout » : toutes les richesses, même les plus légitimes, même celles qu’apporte un amour d’homme : famille, propriété, maison, frères, sœurs, mère, père, enfants, la terre.

Ce don total n’exclut pas d’autres sacrifices, sous la forme de la persécution qui entraîne le don de sa propre personne et de sa propre vie terrestre, le martyre. Mais il permettra, dans le monde à venir, la vie qui n’est pas la simple modification améliorée ou le prolongement de notre vie terrestre.

Il s’agit de la vie éternelle, c’est-à-dire la Vie Divine elle-même puisque Dieu seul est éternel.

Salomon explique pourquoi il a demandé la Sagesse : »Je l’ai aimée plus que la santé, plus que la beauté. Tous les biens me sont venus avec elle … Je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas. (Sagesse 7. 11)… la Vie éternelle. "En ce monde où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ", selon les parole de la liturgie eucharistique.

***

D’ores et déjà nous en avons les arrhes. « Que cette liturgie, célébrée avec amour, nous fasse passer à la gloire du ciel. » (prière sur les offrandes)

Encore faut-il que nous entendions et accueillons d’un cœur ouvert, l’appel du Christ.

« Viens et suis-moi. » et çà va jusque là… jusqu’à la vie divine.




DIMANCHE 18 OCTOBRE 2015
VINGT-NEUVIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Du prophète Isaïe. (53. 10-11) : « A cause de ses souffrances, mon Serviteur verra la lumière.»
Ps. 32 : « Dieu veille sur ceux qui mettent leur espoir en son amour, il les délivre de la mort.»
De la Lettre aux Hébreux (4. 14 à 16) : « Il a connu l’épreuve comme nous et il n’a pas péché.»
Evangile selon saint Marc (10. 35 à 45) : «Pouvez-vous recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ?»

***

Les trois lectures de ce dimanche nous conduisent au seuil du mystère de la Rédemption. Les mots que nous y entendons, sont de ceux qui bien souvent nous font peur ou nous répugnent : souffrance, expiation, justification, péché, rançon…

Ils nous sont partiellement incompréhensibles si nous les plaçons seulement dans le contexte de l’époque que nous vivons.

Nous les comprendrons mieux, et dans toute leur richesse, dans la mesure où nous irons chercher leurs origines dans l’Ancien Testament, c’est-à-dire, dans la Révélation progressive que Dieu nous donne de lui-même, au travers des événements et des prophètes, jusqu’à la réalisation de leur plénitude en Jésus-Christ, « Lui qui est venu partager nos faiblesses. »

Alors seulement nous pourrons les lire dans la réalité quotidienne qui est la nôtre.

LES POEMES DU SERVITEUR.

Lisons d’abord ce passage d’Isaïe, trop bref peut-être, tiré du quatrième « chant du serviteur ». Le texte intégral ouvre, chaque année, l’Office de la Passion, le Vendredi-Saint.

Le Serviteur réalise, par sa vie, la vocation du Peuple élu. Il a reçu l’Esprit de Dieu. Par lui, le Seigneur noue l’Alliance avec son Peuple. Par lui, il fait briller sa lumière aux yeux des nations. (1er poème – Isaïe 42)

En lui, Dieu trouvera sa gloire. (2ème poème – Isaïe 49. 9 et 10)

Il est le disciple accompli dont le Seigneur a ouvert l’oreille. Il est le contraire de ceux qui « ont des oreilles et n’entendent pas. » Il ne se soustrait pas à la persécution, car il sait bien que personne ne pourra le confondre. Il est proche « de celui qui me justifie. » (3ème poème – Isaïe 50) Telle est d’ailleurs la confiance qu’exprime aujourd’hui le psaume 32.

Le quatrième chant (Isaïe 52. 13 à fin de 53) est tout entier consacré à l’assaut du mal contre le Serviteur qui est « comme l’agneau qui se laisse mener à l’abattoir. » Cet agneau évoque celui qui, aux jours de la libération du Peuple de Dieu en Egypte, fut tué afin que chaque hébreu soit sauvegardé en marquant de son sang les linteaux de leur porte.
Sacrifice d’expiation également, qui se charge des péchés de la multitude, ce Serviteur souffrant justifie cette multitude.

JESUS, LE SERVITEUR.

Dans le Nouveau Testament, les citations et les références aux poèmes du Serviteur sont nombreuses. Elles se trouvent, dès le début, dans le cantique du vieillard Siméon qui, en recevant Jésus dans ses bras, reconnaît « la lumière venue éclairer les nations, la gloire de ton peuple Israël. » (Luc 2. 32 – Isaïe 53. 11)

Jean le Baptiste dit à ses disciples en leur montrant Jésus : « Voici l’agneau de Dieu. » (Jean 1. 36). C’est le passage que lit le voyageur éthiopien sur la route de Jaffa : « Comme une brebis conduite à l’abattoir. » Le diacre Philippe le rejoint et lui en explique la réalisation en Jésus-Christ. L’eunuque de la reine Candace, recevant la foi, est baptisé. (Actes 8. 32)

Par ces interférences entre les poèmes prophétiques d’Isaïe et les paroles du Christ que nous rapportent les écrits du Nouveau Testament, nous voyons que, dans la foi et cette connaissance biblique, les premiers disciples ont mieux discerné en Jésus, le Serviteur lui-même.

C’est à la lumière de ces poèmes qu’ils ont admis, avec le temps et rétrospectivement, grâce à l’action de l’Esprit-Saint, la souffrance et la mort du Messie comme sources du salut.

Le Christ d’ailleurs leur en avait donné la première explication pédagogique sur le chemin d’Emmaüs « commençant par Moïse et les Prophètes » : « Ne fallait-il pas que le Christ (Messie) souffrît pour entrer dans sa gloire ? » (Luc 24. 26 – Isaïe 53. 11)

Dans la langue grecque, qui est celle du Nouveau Testament et de l’Ancien Testament quand il y est cité, un même mot désigne « Serviteur » et « enfant », le terme « pais » (cf dans la première lecture). En français, nous traduisons souvent par « serviteur » deux autres termes grecs : « doulos », qui veut dire esclave (Jean 15. 15 : je ne vous appelle plus serviteurs.) et « diakonos » (cf l’évangile d’aujourd’hui) dont la transcription française a donné le terme « diacre » .

Jésus utilise ce terme pour parler de sa propre mission et de la mission des apôtres.

LA FECONDITE DU SACRIFICE

Les versets du poème du Serviteur dont nous parlons, ne se contentent pas de montrer dans ce Serviteur, le "juste persécuté" et tenant bon avec fidélité et persévérance . Ils le montrent « offrant sa vie en sacrifice expiatoire. » Ce à quoi fait d’ailleurs référence la lettre aux Hébreux de ce dimanche.

Ces sacrifices juifs avaient pour fonction de remettre en communion le pécheur et le « Saint », Dieu lui-même.

Les poèmes du Serviteur sont ainsi prophétiques de la mission et de la mort de Jésus dont le nom veut dire « sauveur ». Ils sont également prophétiques de sa résurrection et de la fécondité de son sacrifice.

En se chargeant des péchés de la multitude, le Serviteur sera capable de restaurer tous les hommes dans la justice, c’est-à-dire la justesse de vie avec Dieu, la sainteté. Lui-même « verra sa descendance, prolongera ses jours, verra la lumière, sera comblé. » (Isaïe 53. 10 et 11)

Dans l’après-Pâques, ces paroles aideront les disciples à croire au Ressuscité comme elles les aideront à mieux saisir la richesse féconde de sa vie et de son sacrifice.

Il n’est pas simplement le faiseur de miracles et de guérisons que Dieu « réanime ». Sa mort n’est pas un fait ordinaire. Elle est l’expression et la réalisation de la volonté du Seigneur. « Mon corps livré pour vous … mon sang versé pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés », comme le rappelle la prière consécratoire de chaque Eucharistie.

LA LETTRE AUX HEBREUX

La deuxième lecture complète le poème du Serviteur en nous renvoyant au rituel de l’Expiation. Ce jour-là – et ce jour-là seulement- le Grand-Prêtre – et uniquement lui – entrait dans la partie la plus sainte du Temple, le Saint des Saints, où se trouvait l’Arche d’Alliance, signe de la présence de Dieu au milieu de son Peuple.

Il s’agissait, une fois par an, de purifier, par le sang d’une victime offerte en sacrifice, un lieu que les péchés du Peuple ont profané. Ce sacrifice, cette purification, Jésus les a réalisés une fois pour toutes. Le voile du Temple s’est déchiré à l’heure de sa mort, car il n’avait plus de raison d’être.

Par sa Pâque, son passage, Jésus a pénétré au-delà des cieux, en franchissant le voile de sa propre chair (Hébreux 10. 20). Il a réalisé pour lui-même, et en espérance pour nous, ce que disait le rituel du grand jour des Expiations (Lévitique chapitre 16) : « Il offre le taureau du sacrifice pour son propre péché et fait le rite d’expiation pour lui et pour sa maison » (Lévitique 16. 6)

D’autres passages de la Lettre aux Hébreux, en ces prochains dimanches, complèteront le portrait du Grand-Prêtre et montreront en Jésus, le Grand-Prêtre accompli et, dans son sacrifice, l’expiation parfaite.

Dieu, tout au long de l’histoire d’Israël, se manifeste comme celui qui rachète son Peuple. Mais comme toute analogie, celle du rachat est dangereuse si nous la considérons isolée de son contexte biblique.

Dieu ne saurait payer quoi que ce soit, à qui que ce soit ! Son salut est une création nouvelle. Une création gratuite et absolue. Dieu libère et protège ceux qui sont tombés et tombent sous quelle que forme de malheur.

Jésus accomplit ce rachat, cette rédemption qui est le souci constant de Dieu pour tout homme qui est inconstant dans sa fidélité à son égard. Jésus non plus n’a rien à payer à quiconque. Il donne sa vie en rançon, en rédemption, et cela gratuitement, absolument.

Seule sa libre obéissance à son Père, dans l’amour, renverse la dynamique de l’asservissement par le péché. « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne, afin de racheter tous mes frères humains. »

***

« Regarde, Seigneur, le visage de ton Christ et souviens-toi qu’il s’est livré pour tous. En lui qui t’a glorifié jusqu’à offrir sa vie, fais-toi reconnaître comme le Dieu d’amour, d’une extrémité du monde à l’autre. » (Prière sur les offrandes.)





DIMANCHE 25 OCTOBRE 2015
TRENTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


DIMANCHE 29 OCTOBRE 2006
TRENTIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Dimanche dernier, Jésus nous était présenté comme le « Serviteur souffrant » (Isaïe 53. 10 et 11) Aujourd’hui, la deuxième lecture nous le présente sous deux figures bibliques, Aaron et Melkisédek, qui ont préparé le grand-prêtre accompli qu’est Jésus, Fils de Dieu et notre frère.

AARON

… choisi par Dieu.

Aaron est l’ancêtre de la lignée sacerdotale, mais il ne faut pas voir en lui simplement, ni même principalement, un sacrificateur. Il est donné comme un aide à Moïse, quand celui-ci, est envoyé par Dieu auprès du Pharaon pour réclamer la libération du Peuple. C’est Dieu qui le désigne et le donne à Moïse à la fin du dialogue entre Dieu et Moïse, lors de la vision du Buisson ardent, dans le désert, quand Dieu se révèle

« Je t’en prie, Seigneur, je ne suis pas doué pour la parole. – Je suis avec ta bouche et je t’enseignerai ce que tu devras dire. –Je t’en prie, Seigneur, envoie-le dire par qui tu voudras. – N’y a-t-il pas ton frère Aaron, le lévite ? Je sais qu’il a la parole facile. Et moi je suis avec ta bouche et avec sa bouche. Lui parlera pour toi au Peuple. Il sera ta bouche et tu seras son ‘dieu ‘. (Exode 4. 10 à 16)

Nous voyons Aaron, sur l’ordre de Moïse, accomplir un rite d’absolution pour le peuple, par une offrande d’encens (Nombres 17. 12). Le plus souvent, il nous apparaît en prophète subordonné à Moïse qui lui est le prophète par excellence.

… une mission prophétique.

Toute mission prophétique comporte deux faces : recevoir la parole de Dieu, puis l’annoncer. Dans le couple Moïse-Aaron, le premier est celui à qui Dieu parle en direct et le second est celui qui transmet. Dans la plupart des cas, ce couple Moïse-Aaron est resté solidaire, comme cela s’exprime par la belle image où l’on voit Aaron soutenir les bras de Moïse priant pour la victoire du Peuple contre les Amalécites (Exode 17. 10) Ils seront solidaires également dans l’insuffisance de leur foi et ni l’un ni l’autre, de ce fait, ne pourront entrer dans la Terre Promise (Nombres 20. 12)

… malgré sa faiblesse.

Une fois, pourtant, Aaron agira indépendamment de Moïse, se prévalant de son rôle d’adjoint prophétique. Tandis que celui-ci reste sur la Montagne sainte durant quarante jours et quarante nuits, le peuple s’impatiente et requiert d’Aaron qu’il se comporte comme un bon prêtre qui doit satisfaire les aspirations religieuses de la communauté. « Fais nous des dieux. » lui est-il demandé (Exode 31. 1). C’est l’idolâtrie du Veau d’Or qui n’a rien à voir avec la condamnation du métal précieux.

D’Aaron, la lettre aux Hébreux n’aura aucune peine à dire qu’il « est bien en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, rempli de faiblesse. » Et malgré cette imperfection, Dieu ne rejette pas Aaron : l’appel de Dieu est sans repentance.

Un jour, d’autres membres de la tribu de Lévi à laquelle appartient Aaron se révoltent contre Moïse et contre lui, refusant leur médiation : « En voilà assez ! tous les membres de la communauté sont des saints et le Seigneur est au milieu d’eux. De quel droit vous élevez-vous au-dessus de l’assemblée du Seigneur. » (Nombres 16. 3)

Moïse leur répond : comme membres de la tribu de Lévi, vous êtes déjà associés de façon spéciale au culte. C’est un appel de Dieu. Vous n’avez pas à jalouser ceux qui en ont reçu un autre. Les révoltés sont châtiés et Dieu donnera un signe de l’élection dont Aaron est l’objet de sa part. (Nombres 17)

La lettre aux Hébreux résume : « On ne s’attribue pas cet honneur à soi-même. On le reçoit par appel de Dieu, comme Aaron. »

MELKISEDEK

Melkisédek est une figure fugitive de l’Ancien Testament. Une seule scène nous le montre (Génèse 14. 17 à 20). Le roi de Salem, identifiée par la tradition avec Jérusalem, est prêtre du Dieu Très-Haut, bien que n’appartenant pas au clan d’Abraham. Et il vient à la rencontre d’Abraham. En lui apportant du pain et du vin, il prononce une bénédiction et reçoit d’Abraham la dîme de tout son avoir.

Roi et prêtre.

Il s’agit donc d’un personnage à la fois royal et sacerdotal. Cela est dit explicitement. C’est comme prêtre qu’il prononce la bénédiction et reçoit la dîme. Dans cette ligne, la tradition chrétienne ne manquera pas de voir, dans le pain et le vin apportés, une figure du sacrifice eucharistique. A ce titre, Melkisédek est mentionné dans le canon romain de la messe (Prière eucharistique I)

Mais, dès avant l’ère chrétienne, la figure de Melkisédek avait été reprise par l’attente messianique. C’est le psaume 109/110, cité dans la lettre aux Hébreux : « Tu es prêtre pour toujours selon le sacerdoce de Melkisédek. »

Le psaume montre le Seigneur Dieu intronisant un « Seigneur » à sa droite. Dieu lui a donné et lui donnera de vaincre ses adversaires. Mais à ces traits royaux, le psaume ajoute le serment irrévocable de Dieu, désignant le même personnage comme prêtre « à la manière de Melkisédek. »

Selon certaines lignes de la pensée juive, le Messie sera à la fois roi et prêtre. Or, comme roi, le Messie est descendant de David, de la tribu de Juda. Il ne peut donc recevoir le sacerdoce d’Aaron, membre de la tribu de Lévi. C’est donc à un autre type de sacerdoce qu’il faut se référer : Melkisédek en fournissait le prototype.

Assimilé au Fils de Dieu.

Les chrétiens seront particulièrement sensibles au fait, inhabituel dans l’Ecriture biblique, que Melkisédek est présenté sans mention d’origine terrestre. Il l’est par son nom personnel qui veut dire « roi de Justice ». Il est en même temps désigné par le nom de la ville où il règne, Jérusalem, « roi de Paix ». Le voici donc, nous dit la lettre aux Hébreux (7. 3) « sans père, ni mère, ni généalogie, ni commencement pour ses jours, ni fin pour sa vie. » Ne serait-il pas alors « assimilé au Fils de Dieu » (Héb. 7. 3) ? Ce rapprochement qu’opère la lettre aux Hébreux se fait en reprenant un autre psaume qu’elle cite juste avant le psaume 109 : « Tu es mon Fils. Moi aujourd’hui je t’ai engendré. » (Psaume 2. 7)

Tout le chapitre 7 de la lettre aux Hébreux ne sera pas lu dans les liturgies du dimanche. Il faut cependant le reprendre dans son entier, car il approfondit le parallèle entre le sacerdoce de Melkisédek et celui du Christ que le roi de Salem annonçait de façon à la fois mystérieuse, mais plus vraie qu’Aaron et ses descendants.

Le Christ comme prêtre n’a pas de successeur. Il n’a que des frères dont certains sont, parce qu’il les a choisis, ses ministres et ses intendants.

***

Comme Melkisedék offrit le pain et le vin à Abraham, « Nous t’offrons, Seigneur, le pain de la vie et la coupe éder en leur faveur. »

C’est à nous d’apporter notre réponse selon la prière d’ouverture de ce dimanche : « Accorde-nous de progresser sans que rien ne nous arrête vers les biens que tu promets. » « afin que, fortifiés par tes sacrements, nous devenions capables, avec ta grâce, d’entrer en possession des biens qu’ils promettent. » ajoute la prière qui conclut la communion de ce jour.

 

 

du salut et nous te rendons grâce, car tu nous as choisis pour servir en ta présence. » (Prière eucharistique II)


DIMANCHE 1 NOVEMBRE 2015
CÉLÉBRATION DE LA TOUSSAINT


MERCREDI 1 NOVEMBRE 2000 FETE DE TOUS LES SAINTS Références bibliques : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean : “7. 4 à 14 : “Avec le sceau qui imprime la marque de Dieu.” Psaume 23 : “Le peuple de ceux qui recherchent la face de Dieu.” Lecture de la première lettre de saint Jean 3. 1 à 3 : “Lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui.” Evangile selon saint Matthieu. 5. 1 à 12 :”Ils verront Dieu.” *** LES BEATITUDES Nous connaissons ces béatitudes que Jésus nous affirment être le devenir de nous-mêmes. Nous les avons, sans doute, maintes fois méditées. Une fois encore, nous pouvons les reprendre en mettant en relation les textes des références bibliques de ce jour, et en particulier en relisant, dans ce sens, les textes de l’Apocalypse.

L’ange de l’Apocalypse vient avec le sceau qui imprime “la marque du Dieu vivant.” Et c’est ainsi que paraîtra clairement ce que nous sommes (1 Jean 3. 2), semblables au Fils de Dieu. Ce que Jésus répète comme un refrain, aux disciples qui l’écoutent sur la montagne :”Le Royaume des cieux est à eux...ils verront Dieu... ils seront appelés fils de Dieu... votre récompense sera grande dans les cieux.” “La marque du Dieu vivant” qui nous rend pleinement “semblables à lui”, c’est de vivre les béatitudes. C’est la pauvreté du coeur, la douceur, la pureté, la faim et la soif de justice, la miséricorde, la paix, la vérité. Nous ne découvrirons “l’amour dont le Père nous a comblés” que si nous lui donnons cette preuve que notre recherche, c’est lui, et non pas les idoles (psaume 23), que si nous partageons l’épreuve qui fut celle du Christ, en fait si nous vivons les béatitudes qui furent la trame de sa vie. Car ce qu’il nous propose en nous les énumérant, c’est ce qu’il a vécu, jusqu’à la persécution, la mort et la mort de la croix. C’est pourquoi « il a reçu le nom qui est au-dessus de tout nom », selon l’expression de saint Paul, lui le Ressuscité, et nous aussi, nous serons semblables à Lui. (saint Jean) LE SCEAU DE DIEU Les symboles du livre de l’Apocalypse doivent être lus et interprétés en fonction de ce message du discours sur la montagne. La référence du sceau se trouve être la vision du prophète Ezéchiel (chapitres 8 à 11) où le prophète voit les péchés de Jérusalem qui attirent le châtiment sur le peuple de Dieu. Dieu envoie d’abord un messager qui “marquera d’un T au front les hommes qui gémissent et qui pleurent sur toutes ces pratiques abominables” (Ezéchiel 9. 4). Le Christ proclame heureux ceux qui pleurent et à qui la consolation est promise. Quant au signe dont sont marqués ceux qui seront sauvés de la ruine de Jérusalem, il rappelle le sang de l’agneau immolé la nuit pascale en Egypte, sang dont les maisons des Hébreux furent marquées, évitant ainsi la mort des premiers-nés (Exode 12. 13) au jour de la délivrance du Peuple de Dieu. Pour toute la tradition chrétienne, il évoque la croix dont nous sommes marqués et qui est le signe efficace de notre rédemption. Dans le Nouveau Testament, le sceau renvoie au baptême dans l’Esprit-Saint :”N’attristez pas le Saint Esprit dont Dieu vous a marqués comme d’un sceau pour le jour de la délivrance.” (Ephésiens 4. 30) LE TRONE ET L’AGNEAU La foule immense de ceux qui ont été ainsi marqués, “se tient debout devant le Trône et devant l’Agneau”. Il nous faut remonter au chapitre 4 de cette même Apocalypse. Après les lettres aux sept Eglises d’Asie Mineure, la première vision dévoile un trône céleste (Apocalyspe 4. 2). Nous rejoignons encore la tradition du prophète Ezéchiel (passage déjà cité), de Daniel au chapitre 7 et du prophète Isaïe au chapitre 6. Le trône est l’insigne de la seigneurerie divine sur le monde créé. Près du Trône, se tient l’Agneau que le chapitre 5 de l’Apocalypse nous a montré à la fois immolé (son sacrifice) et debout (ressuscité) “Voici l’agneau de Dieu” disait Jean le Baptiste. Il est le vainqueur, le lion de la tribu de Juda, dit le prophète. Désormais l’Agneau, immolé au Calvaire, est inséparable de Celui qui siège sur le Trône. C’est le Christ dans sa gloire céleste, siégeant auprès du Père. LES VETEMENTS Cette foule est vêtue de vêtements blancs. Dans notre symbolique contemporaine, le blanc évoque la pureté. Dans la symbolique biblique, à laquelle nous devons nous référer ici, le blanc est l’éclat du divin, le rayonnement de la Gloire Divine. Tout naturellement, celui qui siège sur le trône dans le livre de Daniel (chapitre 7) est revêtu de blanc, comme le messager d’Ezéchiel (chapitre 9) ou comme les anges du matin de Pâques (Luc 24. 4 - Jean 20. 12). Quant aux témoins de la Transfiguration, ils verront les vêtements de Jésus devenir “d’une telle blancheur qu’aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sort” (Marc 9. 3 - Luc 9. 29). Ce rejaillissement du divin n’est pas sur quelques-uns, sur quelques privilégiés, mais il atteint la foule de ceux qui se trouvent devant le Trône. “Nous devenons semblables à Lui” (1 Jean 1. 3). C’est à cette symbolique, proprement théologale - Nous serons semblables à lui - et non pas d’abord morale, qu’il faut rapporter la blancheur du vêtement baptismal, “l’aube” selon le mot latin. C’est l’éclat du divin.

Le sens moral n’est pourtant pas exclu, comme l’atteste le psaume du “Miserere” (psaume 50) :”Lave-moi, je serai blanc plus que la neige.” Mais il découle de cette identification à la Vie divine : « Unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité », selon les termes de la liturgie eucharistique. LES PALMES Les palmes bibliques ne sont pas des palmes académiques. Dans la symbolique biblique, elles rappellent que l’entrée dans la Terre Promise s’est faite par la ville des palmes, Jéricho, la ville des palmiers. Le palmier est signe de beauté, de robustesse et d’élan par lui-même. C’est pourquoi les palmiers seront nombreux dans le Temple idéal qu’imagine Ezéchiel dans sa vision des chapitres 40 et 41. Le fruit du palmier était aussi le signe de la richesse et la palmeraie, synonyme de paix.

Or la paix n’est jamais obtenue sans la victoire sur ce qui tendrait à la ruiner. La palme devient ainsi l’insigne de la victoire. Elle est mentionnée quand la Sagesse se vante d’avoir donné à Jacob la palme dans sa lutte finalement victorieuse avec l’Ange de Dieu (Sagesse 10. 12 et Genèse 32. 31). Il ne faut donc pas s’étonner que des branches de palmiers soient brandies au jour de l’entrée à Jérusalem de celui qui est acclamé comme “le roi d’Israël” (Jean 12. 13) ou quand cette foule immense entonne le chant du Christ triomphant de la mort. La palme deviendra l’emblème des martyrs qui, victorieux du mal et de la mort dans leur propre chair, complète ce qui manque à la Passion du Christ pour son corps qui est l’Eglise. (Colossiens 1. 24). *** La prière après la communion évoque les pèlerins d’Emmaüs dont les yeux n’étaient pas encore ouverts, mais qui, à la table où ils l’avaient invité, reconnurent qu’ils avaient partagé le chemin du Ressuscité :”Dieu qui seul es saint, toi que nous admirons et adorons en célébrant la fête de tous les saints, nous implorons ta grâce. Quand tu nous auras sanctifiés dans la plénitude de ton amour, fais-nous passer de cette table où tu nous as reçus en pèlerins, au banquet préparé dans ta maison.” “Toi qui est vraiment saint... Toi qui es la source de toute sainteté ... Toi qui donnes la vie et sanctifie toutes choses....” “Voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés. Il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes.” (1 Jean 3. 1)

 
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