Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


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Dimanche 19 juin : Douzième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 26 juin : Treizième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 3 juillet : Quatorzième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 10 juillet : Quinzième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 17 juillet : Seizième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 24 juillet : Dix-septième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 31 juillet : Dix-huitième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 7 août : Dix-neuvième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 14 août : Vingtième dimanche du temps ordinaire




 

DIMANCHE 19 JUIN 2016
DOUZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


POUR VOUS QUI-SUIS ?

1 - JÉSUS PRIAIT

Saint Luc met en une même séquence : la foule de la multiplication des pains, miracle qui provoqua un enthousiasme qui voulait se traduire en royauté. Jésus se retire alors dans la région de Césarée de Philippe, loin des foules, dans le calme, avec ses disciples ce qui lui permet une plus grande proximité.

Quelques jours auparavant, c'était le miracle de la multiplication des pains. Et saint Luc note qu'il entre en dialogue avec eux après avoir prié, " Il leva les yeux vers le ciel et remercia Dieu, avant le partage à la foule.

Saint Luc également note cette prière au moment de la Transfiguration (Luc 9-28) qui se situe une semaine après ce questionnement du12ème dimanche "Qui suis-je ?"

Nous devons relier ces trois événements puisque l'évangéliste les a reliés : "Jésus priait."

Avant et au moment de se situer devant ses contemporains et ses disciples, Jésus se situe d'abord dans la réalité de sa personnalité humano-divine..

Nous aussi il faut nous situer, au quotidien dans la réalité qui est la nôtre : enfant de Dieu et de l'Église, comme nous l'a dit la liturgie de notre Baptême, comme nous le redit chaque liturgie eucharistique : "Puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité.

Le temps que nous vivons doit être sans cesse ré-initié à cause des crises de notre croissance dans la foi ou des ambiguités que nous y mêlons.

Ce qui suppose que nous sachions réorienter notre cheminement en le vivant en Lui, avec Lui et par Lui,

2 - DÉCOUVRIR JÉSUS

Ce n'est pas un sondage. " Au dire des gens (Mt 16-13) ..." Que pensent-ils de moi." Il situe des disciples par rapport à l'opinion générale qui en reste d'abord à l'étonnement, "Il est le charpentier, sa famille est au milieu de nous.

Mais, devant ses miracles et ses enseignements, les opinions deviennent plus approfondies et Jésus pose la question plus fondamentale : "Au dire, des gens, qu’est le Fils de l’homme? » (Mt 16, 13). Pour saint Luc : " Qui suis-je ?"

Les réponses sont variées, après des mois de son ministère, elles placent Jésus dans le contexte "biblique" mais non messianique.

« Pour les uns, Jean le Baptiste; pour d’autres, Élie, pour d’autres encore, quelqu’un des prophètes ». Mais s'ils prennent de moins en moins Jésus pour un personnage ordinaire, nul ne le prend non plus pour le Messie tant attendu.

Le Baptiste, est celui qui ouvre le chemin, le Précurseur. Elie, est le plus grand des prophètes, un homme comme nous, à qui Dieu demande de se dépasser au milieu d'un peuple éloigné de Lui.

C’est après avoir entendu toutes ces réponses que Jésus demande à ses disciples « Mais pour vous, qui suis-je? ».

Par cette deuxième question, Jésus tente de faire réfléchir les disciples et leur fournir l’occasion de montrer qu’ils sont capables de distinguer Sa véritable personnalité, de voir au-delà de ce que les yeux de la chair voient, au-delà de ce que la foule pense.

Ils l'ont entendu : " Je suis le Bon pasteur, le Pain de vie, la lumière du monde."

Cette deuxième question nous concerne et s’adresse à chacun et à chacune de nous. Si Jésus nous demandait à brûle-pourpoint : « Mais toi, qui dis-tu que Je suis? pour toi, qui suis-je?» quelle serait notre réponse ?

Serait-elle celle de notre connaissance du « Jésus des Évangiles ». ?

3 -LE REJOINDRE

Saint Pierre qualifie Jésus de "Messie". Pour les juifs ses contemporains, le messie est celui qui réalise l'alliance du Peuple choisi.

Jésus se réjouit de la réponse de Pierre mais il lui demande de ne pas en faire état et il s'en explique d'une manière inattendue. Pierre a donné la bonne réponse, mais il lui faut situer Jésus dans son identification de "Fils de l'homme" qui sacrifie toute sa vie pour l'identifier à la nôtre. Et la ressusciter, parce qu'elle ne peut un cheminement qui est seulement caractérisé par des temps de souffrance et la mort.

Pour le suivre, il nous faut assumer ce que nous sommes, y compris avec la souffrance, mais au-delà, Jésus nous révèle que cette vie s'épanouit en résurrection.

" Celui qui veut marcher à ma suite", c'est-à-dire rejoindra la vie divine, doit suivre, s'il le faut, ce Christ jusqu'à la croix parce qu'on choisit avec elle l'amour, et le suivre jusqu'au bout dans cette logique qui va à contre-courant des évidences du monde.

Tu as compris, Pierre ? Il ne te suffit pas de connaître la bonne réponse. Encore te faut-il le suivre jusqu'au bout dans cette logique qui va à contre-courant des évidences du monde.

Être chrétien est une aventure de compagnonnage avec celui qui priait à l'écart pour mieux rejoindre son Père et s'approcher de ses frères et les aimer à la manière de Dieu.

La foi dans le Christ, Fils de Dieu, que Pierre est le premier parmi les apôtres à proclamer, vient en fait de Dieu. Cette foi ne provient ni de la chair ni du sang, expression qui, pour les Juifs, veut dire quelque chose de purement humain, ce qu’un être humain fait et comprend par lui-même.

"Celui qui veut sauver sa vie, "la sauvegarder telle qu'elle se présente à nous, doit accepter de la perdre..." Il s'agit de demeurer jusqu'au bout dans le dynamisme de la foi" (saint Ignace aux Ephésiens)

Le Christ n'a pas voulu la croix, il a voulu l'amour, un amour qui ira jusqu'au bout. Celui qui veut sauver sa vie la perdra. Mais celui qui perdre sa vie pour moi, la sauvera." (Luc 9-24)

***

"Vous ne faites plus qu'un dans le Christ' St Paul aux Galates (3-29) Que nos coeurs, purifiés par sa puissance, t'offrent un amour qui réponde à ton amour" (Prière sur les offrande.)


 

DIMANCHE 26 JUIN 2016
TREIZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du Livre des Rois. 19. 16 à 21 : "Il jeta vers lui son manteau."
Psaume 15 : "Je n’ai pas plus grand bonheur que toi ! Tu m’apprends le chemin de la vie !"
Lecture de la lettre de saint Paul aux Galates. 5. 1 à 18 : "Vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu"
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc. 9. 51 à 62 : " Celui qui regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu."

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Le Seigneur est exigeant, le Seigneur est déroutant. Il nous entraîne hors de l’ordinaire du temps quotidien.

TE SUIVRE OU TU IRAS.

Dimanche dernier, il nous avait dit "Celui qui veut garder sa vie, la perdra..." Aujourd’hui il demande tout. "Ne regarde pas en arrière !" Tout de même, sa demande paraît inhumaine car il est tout naturel et dans la droite ligne de ce que l’on doit donner à sa famille quand on la quitte :"Embrasser son père et sa mère." Quoi de plus naturel et de plus significatif de la reconnaissance du lien qui nous attache à eux que de donner à son père le dernier geste d’amour au moment où la mort nous l’enlève. Car c’est un geste d’amitié et d’amour que de dire un dernier au revoir à tous ceux avec qui nous avons partagé tant d’amitié et tant d’amour. "Te suivre où tu iras" ...

Le suivre sur un chemin qui nous conduit au plus total renoncement :" Pas même une pierre pour reposer sa tête !" Mais il sait aussi notre manière de partager notre donation. Nous donnons mais en en gardant un peu pour nous, ce qui nous amène à dénaturer le don total de nous-mêmes à l’autre. L’amour, l’amitié, la liberté peuvent devenir des prétextes. "Si le Christ nous a libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres. Que cette liberté ne soit pas un prétexte." (Galates 5. 1 à 3)

DIEU NOUS APPELLE

Le prophète Elie avait mis un manteau sur celui qu’il appelait, comme pour lui boucher l’horizon du passé. Et il dit à Elisée, " Si tu veux embrasser tes parents, va, mais alors ce que je t’ai dit ne compte plus, le geste que j’ai fait n’est plus rien, c’est comme si je ne l’avais pas fait."

Revenir sans cesse au passé, comme s’il était encore le présent, c’est oublier que Dieu nous appelle à vivre dès aujourd’hui un renouvellement permanent qui nous ouvre à « son à-venir » Dieu nous déroute toujours. Peut-être parce que nous ne sommes pas sur sa route et que notre regard se retourne sur d’autres horizons que les siens.

Il nous déroutera jusqu’au jour où nous serons sur son chemin. Il en fut ainsi au jour de la Transfiguration quand Jésus reconduit les trois apôtres sur le chemin de sa vie terrestre qui passe par sa croix et sa mort. (Marc 9. 12)

Quand Jésus monte à Jérusalem et annonce à ses disciples qu’elle sera sa passion et sa résurrection, Pierre veut l’arrêter et lui faire rebrousser chemin :"Arrière, Satan", lui répond Jésus. Pierre veut en rester au stade présent que les apôtres vivent avec Jésus et non pour partager l’aventure de Dieu. (Marc 8. 33 et ss.)


DIEU SE DÉCOUVRE

Quand les disciples d’Emmaüs quittent Jérusalem pour revenir à leur passé, puisque l’espérance de l’avenir ne se réalise pas comme ils l’avaient imaginé, le Christ se met à côté de leur déception, prend le pas avec eux, et petit à petit, leur découvre ce qu’est son cheminement vers le Père, par sa parole et son geste eucharistique de la fraction du pain.

Ils reprendront la route pascale :"Il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire." (Luc 24. 25 et ss.) Il est déroutant parce qu’il nous entraîne ailleurs et autrement que ce que nous en avons jugé. C’est ainsi que nous trouverons le chemin de la liberté. C’est ainsi dans tout amour humain, dans l’amour qu’échangent les deux époux et les parents vis-à-vis de leurs enfants.

La paix que l’on y goûte, la joie que l’on y ressent, jaillissent toujours d’un don de soi que l’on fait sans réserve pour l’autre. C’est encore plus vrai dans l’amour avec Dieu. Il y a plus qu’un regard partagé, qu’une volonté qui se livre. Il y a une communion qui nous conduit à l’intime de Dieu, " le royaume de Dieu."


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"Vivez sous la conduite de l’Esprit." (Galates 5. 18) "Je n’ai pas de plus grand bonheur que toi !" (psaume de ce dimanche)
Si l’on pouvait comprendre la paix que l’on goûte quand on ne met pas de réserve avec Dieu. Laisse-là ton passé, quel qu’il soit bon ou mauvais, riche ou pauvre. Ne reviens jamais à ta manière de vivre l’autrefois et le jadis. Le Christ nous appelle toujours à « l’à-venir. »



 

DIMANCHE 3 JUILLET 2016
QUATORZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du livre du prophète Isaïe : 66. 10 à 14 :" Le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs."
Psaume 65 :" Je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme."
Lecture de la lettre de saint Paul aux Galates : 6. 14 à 18 :" Ce qui compte, c’est la création nouvelle."
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 10. 1 à 20 :" Le règne de Dieu est tout proche."

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Ce dimanche nous donne les dernières lignes de la lettre de saint Paul aux Galates. Centrée sur le conflit que connaissait cette communauté à propos de la Loi reçue par le peuple de Dieu et la foi en Jésus-Christ, cette lettre se termine par un texte écrit de la main même de l’Apôtre authentifiant ainsi ce qu’elle contient et qui exprime ce qui est au coeur de sa pensée et de sa vie.

UNE PEDAGOGIE PROVISOIRE
 
Les observances judaïques ont joué le rôle d’un pédagogue qui nous conduit à ce qui est l’essentiel : le Christ :"La Loi a été notre surveillant jusqu’au Christ. Le temps de la foi est venue, nous ne dépendons plus de ce surveillant." (Galates 3. 24 et 25)

Cette affirmation reprend, en quelques mots très brefs, les thèmes qui lui sont particulièrement chers. C’est pourquoi ils doivent être mis en relation avec ce qui est exprimé dans ses autres lettres. La croix du Christ est à l’oeuvre dans toute vie, comme elle l’est dans la vie du Christ. Elle n’est pas destructrice, mais génératrice de la création nouvelle qui nous apporte paix et miséricorde parce qu’elle nous conduit à la Résurrection. « Il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire. »

La lettre aux Corinthiens (1 Corinthiens 1. 18) donne aussi le sens de la croix pour saint Paul et établit la même liaison entre la résurrection du Christ et la création nouvelle que nous sommes. "Le Christ est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité."

Nous devons avoir ce même regard sur le Christ, au-delà de ce que nous connaissons des événements de sa vie en Palestine : "Aussi nous ne connaissons plus personne selon la chair. Mais si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi à présent. Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle. L’être ancien a disparu, un être nouveau est là." (2ème aux Corinthiens. 5. 15 à 17)

LA CROIX DU CHRIST, MOTIF D’ORGUEIL.

Toujours aux Corinthiens, saint Paul avait écrit qu’il n’avait voulu connaître parmi eux que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. Ce qui est scandale pour les Juifs et folie pour les païens, est, pour le croyant, sagesse et puissance de Dieu. (1 Corinthiens 1.2)

Car la croix du Christ n’est pas un événement sur lequel on peut disserter. Il faut aller au cœur de ce qu’elle est, à son essentiel : elle est le signe de l’amour absolu, non seulement pour tous les hommes considérés globalement, mais pour chacun d’eux personnellement et au plus profond de lui-même, pour chacun de nous, pour moi, et au plus profond de moi-même. "Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi" (Galates 2. 20)

Vivre dans la foi, vivre dans le Christ…
 
Il nous faut ne jamais oublier ce que signifie pour saint Paul la vigueur de cette expression "vivre dans". Ce n’est pas vivre, dans une ambiance ou selon un mode de vie qui répondent à la pensée de Jésus, c’est "être inséré dans" l’être même du Christ, dans la vie divine qui est la sienne. "Pour moi, vivre, c’est le Christ." (Philippiens 1. 21) Sa vie est cachée avec le Christ en Dieu. (Colossiens 3. 3)

Il met son orgueil dans la croix de celui qu’il désigne par son nom liturgique plénier :"Notre Seigneur Jésus-Christ". Et il reprend ce nom au terme de ces paroles qui sont l’essentiel de lui-même : "Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit." (Galates 6. 18)
 
Il déboute ainsi l’homme de toute prétention à acquérir la justice et l’adéquation à Dieu, par ses propres forces humaines. Il met son orgueil dans la croix, or l’orgueil, c’est le sentiment élevé que l’on porte sur soi-même et que l’on manifeste aux autres. Le motif d’orgueil, pour Paul, n’est pas ce qu’il est ou ce qu’il a fait, mais ce qu’un autre a fait pour lui et, au départ, sans lui.

A vues humaines, cette croix est plus qu’un échec, c’est une malédiction. (Galates 3. 13) Et pourtant elle est devenue aux yeux de Dieu la bénédiction :"C’est ainsi que la bénédiction d’Abraham parvient aux païens dans le Christ Jésus pour que nous recevions la promesse (faite à Abraham) par le foi." (Galates 3. 14) Ceux qui ont revêtu le Christ par le baptême en son sang, sont véritablement le Peuple de Dieu au même titre que le peuple des fils d’Abraham.

UNE CREATION NOUVELLE.

La croix est en effet étonnante. Seul Dieu peut aimer ainsi. L’homme ne peut ni mériter ni même imaginer un tel amour : c’est en cela que réside le mystère du salut. Le baptême a fait de nous un être uni et assimilé au Christ dans sa mort, pour l’être dans sa résurrection. La croix du Christ doit être considérée non comme une œuvre de destruction mais comme une oeuvre de dépouillement qui agit en chacun de nous comme elle agit en saint Paul, dépouillement qui nous insère en sa richesse divine.

C’est ainsi qu’elle est oeuvre de vie :"Nous sommes sans cesse livrée à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre chair mortelle. Ainsi la mort fait son oeuvre en nous et la vie en vous." (2 Corinthiens 4. 10 à 12)

De nos points de vue et pour nos contemporains, parler de la croix et de la mort peut souvent paraître un langage bien négatif. Il n’en est rien dans l’esprit de saint Paul. La mort est une mort au péché en vue d’une vie nouvelle : la vie éternelle déjà commencée, actuellement commencée, en nous-mêmes.

Ce n’est pas seulement une vie renouvelée, c’est une nouvelle création, une "re-création", aussi novatrice que la première :"Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ". (Galates 3. 27) La circoncision, qui marque le corps en rite d’identification du peuple juif, est dépassée. La liturgie baptismale de l’Eglise catholique latine le dit au nouveau baptisé, et c’est pourquoi, dans le même temps, elle le «signe» de la croix. La "marque du Christ", qui est la croix en nous, constitue "le véritable Israël de Dieu".

C’est alors que prend tout son sens ces mots de saint Paul :"Le monde est à jamais crucifié pour moi, et moi, pour le monde." Trop souvent nous les entendons comme devant être le détachement des choses de ce monde. Autre est le regard de Paul. En tout homme, il voit la marque indélébile de la croix par laquelle Dieu fait de tout homme son Peuple.
 
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« Nous ne connaissons plus personne selon la chair." (2 Corinthiens 5. 16) "Vous ne faîtes plus qu’un dans le Christ Jésus." (Galates 3. 28)

"Ecoutez, vous tous qui craignez Dieu... Il a changé la mer en terre ferme... "
Son amour fait plus que cela en Jésus-Christ :
"Ecoutez, je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme." (psaume de ce dimanche)
Il a fait de nous une création nouvelle

"Comblés d’un si grand bien... fais que jamais nous ne cessions de chanter ta louange." (Prière de communion)


 

DIMANCHE 10 JUILLET 2016
QUINZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 

Références bibliques :

Lecture du livre du Deutéronome 30. 10 à 14 :” Elle est tout près de toi cette Parole afin que tu la mettes en pratique.”
Psaume 18 : “Le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard."
Lecture de la lettre de saint Paul aux Colossiens : 1. 15 à 20 : “ Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total.”"
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 10. 25 à 37 : “Fais ainsi et tu auras la vie."

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Nous pouvons centrer notre méditation de ce dimanche sur deux thèmes : celui du prochain avec la parabole du Bon Samaritain et celui de la richesse du Christ qui nous est donnée et que saint Paul développe dans sa lettre aux Colossiens.

L’HYMNE AU CHRIST

Pour quatre dimanches, la liturgie nous propose d’entendre cette Parole de Dieu dans la lettre adressée aux chrétiens de Colosses, ville du centre de l’actuelle Turquie. Paul n’est pas le fondateur de cette communauté. C’est Epaphras, “son ami et son compagnon de service.” Elle est datée de son séjour à Rome, alors qu’il est prisonnier, vers l’an 63, peu d’années avant son martyre.

Cette communauté était menacée de syncrétisme. “Des éléments du monde” interfèrent avec la pureté de la foi que l’on veut rendre plus proche des réalités de la vie et la société dans laquelle se trouvent les chrétiens, même si elles en sont contradictoires. Dans la recherche d’une unité souhaitable, on a parfois tendance à fondre des doctrines différentes en les faisant se rejoindre par des approximations qui veulent les amalgamer les unes avec les autres.
 
Par exemple, actuellement dans le dialogue interreligieux, nous disons que nous sommes tous les enfants d’un même Dieu et nous regrettons alors de ne pas en parler ni d’en vivre de la même manière. Un seul Dieu, oui, un même Dieu ?…oui et non . Le Dieu de Jésus-Christ est Trinité, vie d’amour du Père et du Fils et de l’Esprit. Cette vitalité trinitaire nous est révélée non par un prophète mais par le Fils de Dieu lui-même fait homme en Jésus-Christ. Cette foi au Christ est inassimilable à la foi musulmane ou à la foi juive pour qui ce mystère est impossible à recevoir quand il parle de Dieu Un.
 
La bonne volonté peut « écorcher » la vérité.

Pour donner la mesure de la richesse qui est la nôtre dans le Christ, saint Paul insère dans sa lettre cet hymne au Christ « qui dépasse toute créature ». Il est celui qui a tout créé. Il faut dépasser ce que nous avons vu de lui durant sa vie parmi les hommes. “Il est avant tous les êtres et tout subsiste en lui... en lui, toute chose a son accomplissement total, sur la terre et dans les cieux, par le sang de sa croix.” (Colossiens 1. 19 et 20)

IMAGE DE L’INVISIBLE.

Nous retrouvons, dans ce passage, les écrits de Sagesse de l’Ancien Testament : la sagesse de Dieu qui préside aussi bien à la création qu’à l’histoire du salut.

Ici, saint Paul applique au Christ ce qui nous dit dans le livre de la Sagesse (chapitre 8. 25 et 26), par l’auteur de l’Ancien Testament :”(La Sagesse) est un souffle de la Puissance divine, une effusion toute pure de la gloire du Tout-Puissant. Aussi, rien de souillé ne pénètre en elle. Elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l’activité de Dieu, une image de son excellence.” Il affirme ainsi le primat absolu du Christ sur tout le créé,
 
Saint Jean a repris ces textes dans le prologue de son Evangile en utilisant le terme “Logos” qui, en grec signifie à la fois, Parole, Pensée et expression réalisatrice de la pensée, et en l’attribuant au Fils. (Jean 1. 1 et ss)


CREATION ET RECONCILIATION

A partir de ce texte biblique et dans le même temps, saint Paul comme saint Jean situent le rôle et la place du Christ dans l’humanité. La Sagesse parmi nous :”Celui qui m’a créé m’a fait dresser ma tente. Il m’a dit : « Installe-toi en Jacob et entre dans l’héritage d’Israël.” (Ecclésiastique 24. 8). Saint Jean nous dit que cette prophétie s’est réalisée :”Le Verbe s’est fait chair et il a dressé sa tente parmi nous.”

Saint Paul l’affirme également. Le monde est marqué par la mort. Le Christ, premier-né d’entre les morts, “la tête du corps, c’est-à-dire de l’Eglise,” fait renaître ce monde en lui redonnant le sens de son unité :”Tout subsiste en lui.” (Colossiens 1. 17)

Tous les êtres, “sur la terre et dans les cieux”, trouvent leur accomplissement en celui qui est la plénitude de Dieu et leur plénitude. “Il a voulu tout réconcilier en faisant la paix par le sang de sa croix.” Nous devons méditer cet hymne au Christ et le faire nôtre en le relisant par rapport à nous-mêmes et à nos frères, lors de cette intimité entre Lui et nous, dans l’Eglise, par cette communion au Corps et au Sang du Seigneur.

Je subsiste en Lui ... en Lui, j’ai mon accomplissement total ... il doit avoir en tout la primauté. Il subsiste tout autant en mon frère.
 
LA PARABOLE DU SAMARITAIN
 
Cette parabole peut être lue comme l’affirmation d’une exigence philanthropique ou l’affirmation d’une exigence caritative. C’est mon frère en humanité.
 
Elle peut être lue au niveau des deux commandements qui sont les mêmes et dont elle est l’explicitation. Le prêtre et le lévite ne se comportent pas ainsi puisqu’ils donnent priorité au premier en négligeant le second.
 
Les textes parlent d’eux-mêmes. La loi que nous prescrit le Seigneur n’est pas au-dessus de nos forces. Il n’est pas nécessaire de la chercher loin de nous. Elle ni dans les hauteurs ni dans le lointain au-delà des mers. Elle n’est pas hors d’atteinte, comme le dit le Deutéronome. Elle est là, sur le bord du chemin, nous dit Jésus par la parabole du Bon Samaritain.

La Parole de Dieu est dans nos coeurs afin que nous la mettions en pratique. “Il le vit, fut saisi de pitié, lui panse ses plaies, le conduit à l’auberge et le prend en charge.” Des gestes simples qui ont traduit ce qui est écrit dans la Loi du Seigneu

Le Seigneur nous indique ce que nous avons à réaliser ainsi chaque jour, dans les situations où nous nous trouvons, si nous voulons mettre en pratique le commandement “Tu aimeras...”
 
Mais cette parabole trouve une autre plénitude, si nous la mettons dans la perspective paulinienne, celle du Christ qui vit en cet homme. Ce blessé de la route de Jéricho a été créé par Lui et pour Lui. Il subsiste en Lui.
 
Ce n’est pas une simple fraternité humaine qui nous relie à l’étranger, au blessé de la vie, au demandeur d’asile, à l’isolé solitaire dans un monde qui tourbillonne autour de lui. C’est le Christ qui nous attache à chacun d’eux. Dans notre agir, nous devons tenir compte qu’en eux, le Christ « doit avoir en tout la primauté …Dieu a voulu que dans le Christ tout ait son accomplissement. »
 
A sa manière, c’est ce que réalise le Samaritain qui ne s’en tient pas à quelques instants. Par delà le premier secours, il va plus loin : “…quand je repasserai.“ 
 
“Celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère” comme lui-même, car ce frère ne réalisera son accomplissement total que dans le Christ. A nous d’aider tout homme rencontré sur notre chemin, à retrouver le sens de ce qu’il est :”Que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? ...Prend soin de lui, toi, aussi, fais de même.”

**,

En toute eucharistie, nous célébrons ce mystère, nous y participons par la communion. La prière après la communion, en ce dimanche le dit avec des mots tout simples :”Nourris de ton eucharistie, nous te supplions, Seigneur. Chaque fois que nous célébrons ce mystère, fais grandir en nous ton oeuvre de salut.”

Cette oeuvre de salut a la dimension même que nous rappelle la lettre de saint Paul, la dimension du Christ, qui est l'image du Dieu invisible.

 

DIMANCHE 17 JUILLET 2016
SEIZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 


Références bibliques :

Lecture du livre de la Genèse. 18. 1 à 10 : "Je reviendrai chez toi dans un an.."
Psaume 14 : "Seigneur, qui séjournera sous ta tente ?"
Lettre de saint Paul aux Colossiens : 1. 24 à 28 : "Afin d’amener tout homme à sa perfection dans le Christ."
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 10. 38 à 42 : "Une seule chose est nécessaire."

***
Déjà dimanche dernier, un passage de la lettre de saint Paul aux Colossiens parlait de l’Eglise comme étant le Corps dont le Christ ressuscité est la tête.

Mais l’histoire, notre histoire, ne s’est pas arrêtée avec le Christ. Il est dit qu’il manque quelque chose aux souffrances du Christ. Parler ainsi n’est pas un manque de foi dans la plénitude du salut dont le Christ est l’auteur. Paul ne le minimise pas puisque nous lisions, en effet, dimanche dernier que "en faisant la paix par le sang de sa croix" tout était réconcilié sur la terre et dans les cieux.

POUR ET PAR SON CORPS QUI EST L’EGLISE

Mais en parlant de ce qui manque aux souffrances du Christ, saint Paul signifie que c'est nous qui devons nous associer à l’œuvre de salut du Christ, en y participant par l’offrande de nous-mêmes.
" Ce qui manque à la Passion du Chtist..."

En effet, le Christ n’est pas seul. Il est l'homme-Dieu, le premier-né de toute créature et tout chrétien qui, pour être associé à l’acte rédempteur, doit prendre sur lui la croix du Christ, pour participer, non dans une souffrance physique ou morale pour elle-même, mais dans une identification à l’offrande totale que le Christ a réalisée en offrant sa vie pour tous les hommes, fut-ce au prix de la croix.

Le Christ associe les hommes au salut du Corps mystique. C’est là le sens de "qu’il prenne sa croix et me suive". Là où il est, le serviteur doit y être aussi : le serviteur n’est pas au-dessus du Maître. (Jean 15. 18 à 20)

Les textes évangéliques sont donc clairs sur ce point. Jésus, à la veille de sa Passion les résume en disant :"Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartient...

Et s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre." (Jean 15. 18 à 20)

Lorsque saint Jean écrit cela, la persécution de Néron a déjà frappé l’Eglise. Saint Pierre et saint Paul en ont été les martyrs avec de nombreux chrétiens dans tout l’empire. Et d’autres persécutions marqueront tout autant saint Jean à Patmos.

QUE MANQUE-T-IL A LA PASSION DU CHRIST ?

La nôtre….

Paul a vérifié cette promesse du Seigneur, non seulement dans son martyre final, mais tout au long de son ministère. Pour lui, il s’agit bien d’une promesse, car être associé à la Passion du Sauveur n’est pas seulement un honneur, mais une condition d’efficacité de sa prédication. Nul ne peut annoncer le salut par la Croix sans porter la Croix. Sinon, les mots ne sont que vides de sens.

Ce qui manque à la Passion du Christ, ce n’est pas quoi que ce soit de grâce salvatrice. C’est son actualisation quotidienne par nous-mêmes, dans notre vie personnelle, dans la société qui nous entoure, dans la vie des hommes nos frères et vis-à-vis des hommes nos frères.

Cette actualisation rend ainsi présentes la mort et la résurrection du Christ qui ne sont pas des souvenirs, mais des réalités actives encore aujourd’hui par la réalité de la grâce donnée en permanence par Dieu et qu’il nous faut, à notre mesure et par notre offrande, insérer dans le vécu de notre monde.

LE MYSTERE SANS PRIX.

La perspective de saint Paul est lumineuse et infiniment ouverte dans ses épîtres de la captivité : Colossiens, Philémon, Ephésiens et Philippiens.

Nous avions déjà trouvé dans la lecture de dimanche dernier une série de mots pléniers :"primauté", "paix", "accomplissement", "réconciliation", et ce "tout" qui revient sans cesse.

Aujourd’hui le mot-clé est "mystère". Il risque de nous induire en erreur, si nous nous orientons vers quelque obscure tractation, quelque énigme retorse ou quelque machinerie. Le "mystère" de Paul est tout le contraire. C’est le plan de Dieu embrassant tout l’univers.

Dans la sagesse de Dieu, ce plan ne peut se réaliser que par étapes. C’est pourquoi il fut caché jusqu’au jour du Christ, même s’il était déjà esquissé, au travers des prophètes.

Maintenant, il est manifesté. Le terme qu’utilise l’apôtre Paul, est de la même racine que l’Epiphanie, la "manifestation de Dieu". La présence de Dieu au milieu des hommes s’est manifestée dans le Christ et par lui. Aujourd’hui, la présence de Dieu doit être manifestée en nous et par nous.

C’est nous qui, d’une certaine manière, sommes présence du Christ au milieu des hommes, ne serait-ce que par notre offrande, mais tout autant par notre manière d’agir.

Là encore nous pouvons nous référer à la parabole du Bon Samaritain. La manifestation de ce mystère est donnée, non seulement au "peuple saint", les juifs, mais aussi aux baptisés venus "des nations païennes" . Ce Samaritain en effet n’était pas reconnu être un juif authentique.

L’ESPERANCE

Cependant, que les Colossiens ne s’illusionnent pas. Ce qui est donné - et qui déjà n’a pas de prix - n’est pas la perfection, mais seulement l’espérance.

La gloire n’est pas encore de ce temps. L’espérance cependant n’est pas un rêve. C’est une réalité encore inaccessible dans sa plénitude, mais à laquelle nous avons déjà part dans ce mystère.

Pour autant que l’on puisse retracer l’itinéraire spirituel de saint Paul d’après ses épîtres qui s’échelonnent entre 51 (lettre aux Thessaloniciens) et 67 (seconde lettre à Timothée), date probable de son martyre, saint Paul insiste, chaque fois davantage sur ce qui est déjà accompli dans le Christ, par rapport à ce qui reste inaccompli.

C’est ainsi que le baptême est vu par lui, de plus en plus, comme une participation à la résurrection du Christ et non seulement à sa mort. Ce sera le thème du passage de dimanche prochain (Colossiens 2. 12 à 14). Paul sait bien qu’il n’a pas atteint la perfection. Alors "oubliant le chemin parcouru et tout tendu en avant, je m’élance vers le but." (Philippiens 3. 12 à 14)

L’homme parfait, c’est le Christ dans sa plénitude. La tâche de l’apôtre est d’oeuvrer pour que "se constitue cet homme parfait, dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ." (Ephésiens 4. 13)

MARTHE, N’OUBLIE PAS L’ESSENTIEL

Jésus ne demande pas à Marthe d’arrêter ce qu’elle fait. Il lui demande d’intégrer son activité dans ce que nous appelons aujourd’hui, une échelle des valeurs. Il connaît la valeur de l’accueil et de la délicatesse familiale, fraternelle ou amicale qu’exprime le repas. Il l’a vécu avec Marie et Joseph à Nazareth. Il en parle dans la parabole de l’enfant prodigue quand le père commande un repas pour se réjouir avec l’enfant retrouvé.

Et Jésus sait aussi que chacun a sa propre manière d’exprimer cet accueil et cette joie. Il en a connu les différents caractères avec Zachée, avec Marie-Madeleine comme dans le groupe de ses disciples. Il laisse à chacun le soin et la liberté de parler avec des gestes, des attitudes, des activités qui expriment ce qui vient du plus profond de leur cœur.

Il y a l’actif, il y a le contemplatif. Marthe s’exprime mieux dans la préparation d’un bon repas. Ce qu’il demande à Marthe, c’est de mesurer le sens de son activisme pour qu’il ne devienne ni une attitude contraire à l’amour envers sa sœur, ni un obstacle fondamental à ce qui est la découverte de l’autre. Cette découverte ne peut être que dans l’attention et l’écoute paisibles et accueillante. Que le bruit des casseroles ne couvre pas la parole de Dieu.

Jésus semble lui dire Marthe, calme-toi, tu t’inquiètes de ce qui n’est pas l’essentiel… élance-toi vers le but, vers la gloire sans prix qu’évoque saint Paul aux Colossiens (1. 27) Et ce que le Seigneur dit à Marthe, il le dit à nous aussi qui sommes dans un monde enfiévré au point de ne plus savoir parfois où est l’essentiel.

Mais c'est bien aussi l'active Marthe parle de la mort de son frère Lazare ... avec le ton d'un certain reproche à Jésus.

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La prière après la communion nous incite à rester unis au Christ, nous qui sommes en chemin vers la perfection de la vie en Christ :"Dieu très bon, reste auprès de ton peuple, car sans toi notre vie tombe en ruine. Fais passer à une vie nouvelle ceux que tu as initiés aux sacrements de ton Royaume."

Initiés, c’est-à-dire que nous avons commencé ce chemin du Royaume. La vie nouvelle ainsi commencée ne doit pas tomber en ruine. "Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice et dit la vérité selon son coeur." (psaume 14)


 

DIMANCHE 24 JUILLET 2016
DIX-SEPTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 


Références bibliques :

Lecture du livre de la Genèse. 18. 20 à 32 : Pour dix, je ne détruirai pas Sodome."
Psaume 137 : " Seigneur, éternel est ton amour. N’arrête pas l’oeuvre de tes mains."
Lecture de la lettre de saint Paul aux Colossiens : 2. 12 à 14 : "Avec Lui, vous avez été ressuscités parce que vous avez cru en la force de Dieu."
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 11. 1 à 13 :"Combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent."

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La première lecture de ce dimanche est choisie, comme souvent, pour préparer à entendre dans l’Evangile la Parole du Seigneur.i :"Demandez et vous obtiendrez; cherchez et vous trouverez; frappez et la porte vous sera ouverte."

Abraham nous est présenté, dans cette liturgie, comme un exemple d’intercesseur, même si sa manière d’agir est discutable. Elle l’est parce que sa connaissance de Dieu est imparfaite. Nous ne sommes qu’au seuil de la révélation.

LES PROTAGONISTES.

Il est encore avec ses trois visiteurs que nous connaissons par la première lecture de dimanche dernier (Genèse 18. 1 à 10). Ce sont trois hommes ou trois anges (l’ange biblique étant défini par la mission reçue de Dieu, comme cela nous est dit par leur nom personnel).

Passant à côté du campement d’Abraham, ils ont été invités par lui selon le devoir de l’hospitalité. Ils ont réitérés à Abraham et à Sara la promesse d’une descendance.

Ils sont au nombre de trois, mais il n’empêche que, dans la scène lue dimanche dernier, ils parlent ou plutôt Abraham s’adresse à eux comme s’ils n’étaient qu’un seul : comme anges du Seigneur, ils sont à la fois multiples et un.

Nous sommes aujourd’hui dans la continuité de cet événement au moment où deux d’entre eux se décident à partir pour Sodome tandis qu’Abraham reste en présence du troisième, le Seigneur. Cette unité et cette "trinité" est une particularité de ce texte dont les exégètes ne peuvent nous donner des explications rationnelles; par exemple, il y aurait là l’imbrication de plusieurs rédactions différentes. Quoi qu’il en soit, celui qui a composé le texte en son état actuel a accepté d’apparentes contradictions au nom de sa conception du "messager" de Dieu.

La discussion entre lui et Abraham concerne les habitants de Sodome, dont Lot son neveu et sa famille. "Or les gens de Sodome étaient de grands scélérats et pécheurs contre le Seigneur." (Genèse 13. 13) Leur violence "crie" vers Dieu et Dieu regarde le coeur des hommes, à la différence de ceux-ci qui voient surtout l’apparence. C’est, pour chacun d’entre nous, source de confiance, car le Seigneur est tendresse et miséricorde.

DIEU EST-IL EN ACCUSATION ?

Abraham, dans cette discussion, se met, dans la position du juste et Dieu est critiquable : "Celui qui juge toute la terre va-t-il rendre une sentence contraire à la justice ?" (Gen. 18. 25). Dieu doit se défendre d’une attitude qu’Abraham juge injuste.

Nous sommes dans un récit « vivant » où Dieu est proche des hommes, même dans sa manière familière d’agir et de réagir. Son regard n’est pas omniscience impassible. Dieu "descend pour voir". Ce qui arrive sur terre importe à Dieu et il vient se rendre compte par lui-même. L’homme peut juger sur des on-dit, voire des accusations qu’il sait mensongères, Dieu ne peut agir ainsi, il se doit de connaître pour juger avec équité.

Et c’est bien là que réside l’imperfection d’Abraham. Comme si Dieu pouvait se laisser aller à cette injustice que constitue le meurtre d’un innocent, une injustice plus grave que l’amnistie du coupable.

ET POURTANT SODOME SERA DETRUITE

Le manque de foi d’Abraham se caractérise par le fait qu’il s’arrête à dix justes. Comme si Dieu pouvait se résoudre à condamner neuf innocents, neuf justes parmi les habitants de Sodome.... La Bible répondra plus tard par la bouche des prophètes : non, Dieu n’agit pas ainsi. "Parcourez les rues de Jérusalem, proclamait le prophète Jérémie. Cherchez sur ses places si vous découvrez un homme, un qui pratique le droit, qui recherche la vérité. Alors je pardonnerai à cette ville, dit le Seigneur." (Jérémie 5. 1)

Or il y avait bien un juste à Sodome : c’était Lot. Mais sa présence n’empêchera pas la condamnation de la ville. Même si Dieu le sauve personnellement, lui et toute sa famille qui fait corps avec lui, ce juste ne peut sauver la ville dont il n’est pas citoyen. Il n’est qu’un étranger.

On voit ainsi le chemin parcouru entre ce moment de la révélation à Abraham et le Nouveau Testament où Dieu ne vient pas seulement pour "voir", mais pour sauver.

Ce salut se réalise dans le Christ, homme parmi les hommes de la cité pécheresse, en tout semblable à eux hormis le péché. Il est le seul juste parmi la totalité des pécheurs. "Dieu vous a donné la vie avec le Christ. Il nous a pardonné tous nos péchés.... en le clouant sur le bois de la croix." (Colossiens 2. 14)

Désormais Dieu trouve parmi nous un répondant, le salut est possible car le Christ n’est pas un étranger. Il est l’un de nous. Un seul est devenu cause de salut pour tous.

Abraham ne pouvait imaginer une telle réalité. Il ignorait encore ce "combien plus" dont nous parle le Christ dans l’Evangile . (Luc 11. 13).

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La prière d’action de grâce du psaume prend alors une toute autre résonance :"De tout mon coeur, Seigneur, je te rends grâce. Tu as entendu les paroles de ma bouche... tu élèves au-dessus de tout, ton nom et ta parole." "Que ton nom soit sanctifié !"

" Tu protèges, Seigneur, ceux qui comptent sur toi. Sans toi rien n’est fort et rien n’est saint. Multiplie pour nous tes gestes de miséricorde afin que, sous ta conduite, en faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent." (Prière du début de la liturgie de la parole.)

 

DIMANCHE 31 JUILLET 2016
DIX-HUITIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 


Références bibliques :

Lecture du livre de l’Ecclésiaste. 1. 2 et 2. 21 à 23 : "Même la nuit son coeur n’a pas de repos."
Psaume 89 : "Apprends-nous la vraie mesure de nos jours."
Lettre de saint Paul aux Colossiens : 3. 1 à 11 : Tendez vers les réalités d’en haut et non pas celles de la terre."
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 12. 13 à 21 : "Etre riche en vue de Dieu."

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Les lectures de ce dimanche nous replacent dans ce qui est l’essentiel de notre vie et de notre être : rejoindre la vie de Dieu parce que nous participons, par sa grâce, à la Vie divine. La question qui nous est posée avait déjà reçu des réponses dans les attitudes et les paroles du Christ, notre Sauveur.

Au désert, il avait répondu au tentateur :" L’homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi de toute parole de Dieu." A ses auditeurs, il avait donné un critère d’évaluation de leur comportement :"Là où est ton coeur, là est ton trésor." Regarde, observe ce qui t’attire, ce que tu aimes, car cela t’indique ce qui pour toi vaut plus que tout.

DESABUSE ?

La première lecture de ce dimanche est tirée du livre que nous appelons communément "l’Ecclésiaste", traduction littérale du nom grec qui signifie "assemblée", car ces textes sont destinés à toute l’assemblée du Peuple de Dieu. Mais ce titre n’exprime en rien la teneur des sentences qu’il contient. On le nomme aussi "Qohélet", par son équivalence dans la langue hébraïque.

A première vue, l’auteur semble désabusé, mélancolique devant la condition humaine où les plaisirs terrestres ne sont que passagers, trompeurs et souvent porteurs de déception, voire de souffrances.

Disons plutôt qu’il est réaliste. Mais pour dire cela, il ne faut pas se contenter de quelques passages, il faut lire l’ensemble du livre de l’Ecclésiaste. Où la Sagesse est un ami de l’existence : "Douce est la lumière et il plaît aux yeux de voir le soleil... Réjouis-toi, jeune homme, de ta jeunesse, sois heureux aux jours de ton adolescence...Eloigne de ton coeur le chagrin." (Eccl. 11. 7 à 10 )

"Le souffle retourne à Dieu qui l’a donné... Qohélet s’est efforcé de trouver beaucoup de paroles plaisantes et d’écrire des paroles de vérité." (Eccle. 12. 7 et suivants) En fait, il rejoint saint Paul dans sa lettre aux Colossiens lorsque celui-ci nous invite à dépasser l’immédiat de notre vie : "Recherchez les réalités d’en haut, c’est là qu’est le Christ. Tendez vers les réalités d’en haut et non pas vers celles de la terre." (Colossiens. 3. 1) "En vue de Dieu", nous dit le Christ lui-même (Luc 12. 21)

LA VRAIE MESURE

Le psaume ne dit rien d’autre, quand il nous tourne vers le Seigneur dans sa prière de demande :"Apprends-nous la vraie mesure de nos jours." (Psaume 89)

La vraie mesure qui est celle de la plénitude de l’homme, c’est d’être image de Dieu, à sa ressemblance. Mais cette plénitude de l’être humain se voile sans cesse quand se produit comme un lien de possession réciproque entre l’homme et le monde auquel il appartient.

Nous devenons notre propre idole. La nature de l’homme est alors dédoublée. L’image de Dieu n’est pas supprimée en nous, mais son dynamisme en est dévié. Ce sont d’autres passions qui nous meuvent. L’obscur désir de Dieu que nous portons en nous se brise sur ce mur des réalités terrestres, si relatives.

Alors que nous voudrions leur trouver un caractère absolu, elles se révèlent fragiles : "C’est une herbe changeante, elle fleurit le matin, elle change; le soir, elle est fanée, desséchée." (Psaume 89) "Que reste-t-il à l’homme ?" dans cette existence qui, d’une certaine manière, est vécue "contre nature", la nature de notre identité d’homme créé à l’image de Dieu, à l’image pour la ressemblance. Rien, sinon la vacuité, la vanité des choses, car il n’est vraiment homme que s’il assume librement sa condition d’image.

REVETEZ L’HOMME NOUVEAU

L’avidité engendre la perversion du désir jusqu’à la débauche (Colossiens 3. 5), car tout y est pensé en termes d’avoir et de possession. Et c’est ainsi que naissent l’envie, le ressentiment et la tristesse, la tristesse de ne pas tout avoir.

L’orgueil, l’autre passion-mère comme disaient les moines d’Orient, provoque la vaine gloire, la parade narcissique des séductions, la colère jusqu’à la haine quand on n’obtient pas l’adoration des autres. Lorsqu’on s’aperçoit que cette exaltation démesurée de la possession et de nous-même n’est qu’une boursouflure, lorsque s’éteignent une à une nos illusions, l’on aboutit à une impasse, au bord du désespoir.

En fait, il n’y a, selon la Parole de Dieu, qu’une issue, celle de l’humilité et de la confiance qui est celle de l’attitude de l’enfant lorsqu’il balbutie et se réfugie, dans la chaleur aimante des bras maternels. Ce n’est pas une dépossession, c’est la transformation de notre approche du réel. "Débarrassez-vous des agissements de l’homme ancien qui est en vous et revêtez l’homme nouveau se renouvelant en vue de la connaissance de celui qui nous a créés à son image." (Colossiens 3. 9 et 10)

TENDRE VERS LES REALITES D’EN-HAUT

Ce renouvellement demande, sans aucun doute, une véritable ascèse. Mais l’harmonie intérieure qui en jaillit, provoque d’abord une sorte d’étonnement devant l’être que nous sommes et que nous découvrons ainsi. Nous nous sentons comme restaurés. Car il ne nous est pas demandé d’arracher ou d’anéantir les activités naturelles, il nous est demandé de les purifier.

Cette purification les métamorphose. "Dieu est ici, ce lieu est saint et je ne le savais pas" disait Jacob après sa vision (Genèse 28. 16). Or, depuis l’Incarnation, c’est tout l’homme qui est sacré. La séparation ne passe pas entre le profane et le sacré, mais entre l’ancien et le nouveau. Cette métamorphose ne se réalise pas hors de l’Incarnation rédemptrice. Elle se réalise par l’intégration de l’homme à l’humanité crucifiée, ressuscitée et glorifiée du Christ. "Vous êtes morts avec le Christ. Vous êtes ressuscités avec le Christ." (Colossiens 3. 1 et 2)

La désappropriation totale de la croix nous conduit à la liberté parce qu’elle nous conduit à l’amour, à Dieu qui est amour. « Puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité," disons-nous au moment de l’offertoire de chaque eucharistie.

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Le dernier passage du texte de saint Paul prend alors une toute autre dimension : "Il n’y a plus ni grec ni juif, ni homme libre ni esclave... il n’y a que le Christ." L’Apôtre ne nous parle pas seulement de l’égalité de tous les enfants de Dieu. Il donne une autre vision, une autre dimension au grec, au juif, au scythe, à l’esclave, à l’homme libre. C’est un appel à dépasser ce que nous sommes. Tu es grec, ce ne n’est rien, il n’y a que le Christ. Tu es juif, ce n’est rien, il n’y a que le Christ.

Dépasse tes origines humaines, tes situations humaines. Il n’y a que le Christ, il est tout, que nous soyons grec, juif, barbare, scythe, esclave ou homme libre. Il est le tout de chacun de nous, en chacun de nous. Il est notre véritable richesse. C’est cela :"être riche en vue de Dieu. (Luc 12. 21) "Vous êtes ressuscités avec le Christ... le Christ votre vie ... le Christ votre gloire ... revêtez l’homme nouveau."

"Assiste tes enfants, Seigneur, et montre à ceux qui t’implorent ton inépuisable bonté. C’est leur fierté de t’avoir pour Créateur et Providence. Restaure pour eux ta création, et l’ayant renouvelée, protège-là." (Prière d’ouverture de la messe).

 

DIMANCHE 07 AOUT 2016
DIX-NEUVIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 


Références bibliques :

Lecture du livre de la Sagesse : "Assurés des promesses auxquelles ils avaient cru.."
Psaume 32 : "Dieu veille sur ceux qui mettent leur espoir en son amour."
Lecture de la lettre de saint Paul aux Hébreux :" La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère et de connaître des réalités qu’on ne voit pas."
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 12. 32 à 48 :"Là où est votre trésor, là aussi sera votre coeur."

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Pour quatre dimanches, la liturgie nous propose, comme deuxième lecture un passage de l’épître aux Hébreux. Le développement principal de cette lettre est consacré au sacrifice du Christ : en quoi accomplit-il tous les sacrifices de l’Ancienne Loi en son unique sacrifice ? En quoi, bien qu’unique, a-t-il une portée éternelle ?

Ce que nous lirons ces quatre dimanches semble assez éloigné de ces perspectives car il s’agit plutôt d’exhortations à tenir fermes dans la foi. Le tournant a été pris au chapitre 10, les versets 19 à 22 :" Ayant donc, frères, l’assurance voulue pour l’accès au sanctuaire par le sang de Jésus ...et un prêtre souverain à la tête de la maison de Dieu, approchons-nous avec un coeur sincère, dans la plénitude la foi."

En fait, les Hébreux sont invités, exhortés, à vivre, comme leurs pères dans la foi, la foi d’Abel, d’Hénoch, de Noé et d’Abraham.

LA FOI D’ABRAHAM.

La foi fait coïncider ces patriarches avec l’Esprit de Dieu, les met en harmonie avec lui, et, par là, à être juste. La foi a toujours un rapport à la vie même si, dans le cas d’Abel, c’est la mort qui semble l’emporter, et pour Abraham, si le sacrifice d’Isaac peut conduire à l’extinction de la Promesse. Enfin la foi permet de voir le réel, au lieu d’être séduit par l’apparence.

La foi d’Abraham est aussi une réponse personnelle à un appel personnel :"Il partit sans savoir où il allait." (Héb.11. 8) mais il était sûr de celui qui l’avait appelé, et cela au moment même de l’épreuve. A quoi, pour lui, s’ajoute le fait qu’il ne s’agit plus de sa seule personne, si typique soit-elle, mais d’un Peuple dépositaire d’une promesse qui commence de se réaliser, même si elle n’a pas encore atteint son plein accomplissement.

Le débouché de la foi d’Abraham en cette page de l’épître aux Hébreux, c’est l’Apocalypse de saint Jean :"Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle. Je vis la cité sainte, Jérusalem nouvelle. De mort, il n’y en aura plus car l’ancien monde s’en est allé." (Apoc. 21. 1 à 4)

TENEZ-VOUS PRETS.

La lecture continue de saint Luc place, auprès de cette foi d’Abraham, la parabole du serviteur qui attend son maître. Elle peut nous servir à méditer l’attitude que Jésus attend de ses fidèles. Le serviteur sait, il en est assuré, que son maître reviendra. Mais il ne connaît pas à quelle heure cela se fera. Il se tient disponible.

Les disciples du Christ doivent se souvenir de ce qu’est leur avenir et, comme tels doivent se comporter dès maintenant avec les exigences de ce royaume qu’ils connaissent dans la foi. C’est là qu’est leur trésor, c’est là que doit être leur coeur. Et la tenue de service, c’est de quitter ce que nous considérons comme un trésor, pour nous tourner vers celui qui ne s’use pas.

Nous retrouvons le thème de dimanche dernier, que nous avons médité et prié :"Seigneur, libère-moi de cette envie sournoise et masquée de ces choses qui pourtant n’arrivent pas à me satisfaire et qui font qu’envenimer mes désirs insensés, de cette cupidité et de cette suffisance qui défigurent mon visage qui est à ton image."

UNE ECOUTE D’AMOUR.

La foi n’est pas au terme d’une logique rationnelle. Elle ne vit que d’amour intense et partagé. Si elle devient obéissance, elle n’est pas servile soumission. D’ailleurs le mot même d’obéissance a une étymologie significative. En elle, il y a le verbe latin :"Audire", entendre, écouter, être attentif. Ce que l’on a entendu et reçu devient notre ligne de conduite.

Les paroles du Christ au soir du Jeudi-Saint prennent ainsi toute leur dimension :"Ce que j’ai entendu de mon Père..." (Jean 15. 16) et que nous entendons au jour du Baptême et de la Transfiguration : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le." (Matthieu 17)

Le trait caractéristique de toute foi, c’est de se référer à l’invisible auquel nous nous sentons reliés, devenant ainsi attentifs au plus profond de la vie, dans le langage indicible de l’amour. L’amour ne peut être plénitude que par l’échange le plus intime. Croire, c’est vivre cette relation qui s’impose à nous sans que nous sachions jusqu’où cela nous entraînera. Mais nous avons foi en celui qu’ainsi nous découvrons. C’est ainsi que nous pouvons aussi relire l’évangile de Jean 14. 17 et le relier à Jean 16. 24 : la paix, la joie !

LE DEPASSEMENT PAR LA FOI.

Croire dépasse l’impression superficielle. L’invisible devient une évidence par la présence, le rayonnement de cette personne rencontrée. Et cette évidence nous entraîne dans un dynamisme de vie qui nous pousse à mieux connaître la réalité entrevue et à mieux nous connaître, à mieux comprendre cette réalité et à mieux nous comprendre.

Les disciples d’Emmaüs avaient perdu toutes leurs illusions. Ils n’avaient pas la foi. Ils rencontrent l’inconnu du chemin et tout change. Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent : "Notre coeur n’était-il pas brûlant au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin ?" (Luc 24. 31 et 32) Le croyant n’en sera pas meilleur pour autant. Il garde son tempérament, son hérédité, ses problèmes, ses limites. On croit avec ce que l’on est, mais l’horizon s’élargit et le mystère n’est plus un obstacle.

Voyant les choses et les êtres autrement, on ne peut plus vivre comme avant. "Dieu est là, et je ne le savais pas", répétons-nous comme dimanche dernier avec Jacob. L’avenir est à celui à qui l’on a donné sa vie :"Que tout se passe comme tu me l’as dit." (Luc 1. 38) dit Marie quand elle répond par sa foi à l’attente divine.

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"La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère..." (Hébreux. 11. 1) "Dieu éternel et tout-puissant, toi que nous pouvons déjà appeler notre Père, fais grandir en nos coeurs l’esprit filial, afin que nous soyons capables d’entrer un jour dans l’héritage qui nous est promis." (Prière d’ouverture de la liturgie)

 

DIMANCHE 14 AOUT JUILLET 2016
VINGTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 

Références bibliques :

Lecture du livre du prophète Jérémie. 38. 4 à 10 : “Que cet hommes soit mis à mort.”
Psaume 39 :”Il m’a tiré de l’horreur du gouffre, de la vase et de la boue.”
Lecture de la lettre de saint Paul aux Hébreux. 12. 1 à 4 :”Jésus qui est à l’origine et au terme de la foi."
Evangile selon saint Luc : 12. 49 à 53 :” Comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !"

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“Par cette eucharistie, Seigneur, tu nous as unis davantage au Christ. Et nous te supplions encore. Accorde-nous de lui ressembler sur la terre et de partager sa gloire dans le ciel.” Cette prière, qui conclut la communion de la messe de ce jour, est lourde de conséquence si Dieu nous prend au mot de notre demande, car elle rejoint ce que le Christ disait à ses disciples et que la liturgie nous rappelle aujourd’hui : “Je suis venu apporter un feu sur la terre. Comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême. Comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli !”

LE BAPTEME DU CHRIST

C’est durant sa dernière montée à Jérusalem que Jésus livre cette confidence à ses apôtres. Si la Passion est toute proche, la Résurrection l’est aussi. Il utilise le même mot lors de l’annonce de la Passion et de sa mort à Jacques et à Jean en réponse à la demande de leur mère d’être aux premières places du Royaume. “Pouvez-vous être baptisés du baptême dont je vais être baptisé?” (Marc 10. 38)

Dans la tradition biblique, cette traversée de l’eau évoque le passage de la Mer Rouge qui anticipe la Pâque du Seigneur. Saint Paul développera cela dans sa lettre aux Romains. En célébrant leur baptême d’eau, les chrétiens s’associent à cette mort et à cette résurrection :”Ignorez-vous que nous qui avons été baptisés, nous l’avons été dans sa mort. Nous avons été ensevelis avec lui. (Romains 6. 3)

Mais, en même temps que s’accomplit le passage à cette vie, nous devons nous mettre à l’unisson de celle du Christ et vivre sous la loi de la grâce, quoi qu’il nous en coûtera. (Romains 6. 6)

Pour que se réalise l’homme nouveau, cette mort au péché doit être quotidienne en même temps que totale. (Colossiens. ch. 2 et 3)

QUELLE PAIX ?

Les disciples sont prévenus avec clarté et précision. L’Evangile ne s’épanouit pas dans un climat douceâtre et lénifiant, où tous les conflits sont évacués, tous les angles arrondis. La charité elle-même est un combat contre toutes les formes de ténèbres qui subsistent au cœur de l’homme et dans la société. L’Evangile ne permet pas de compromis. Il nous faut alors savoir trancher et retrancher.

La paix du Christ n’est pas un sourire sentimental, qu’on échange au seuil de la communion en chaque messe. Elle est le fruit de l’union de tous dans le Corps du Christ (Colossiens 3. 15). Elle jaillit quand on se préoccupe des désirs de l’Esprit-Saint qui nous mène ainsi à la vie et à la paix (Romains 8. 6), au prix de la mort, comme ce fut pour le Christ.

Lorsque saint Luc transmet ces paroles qui exprimaient, devant les apôtres, l’intensité de la vie intérieure du Christ durant sa “montée” à Jérusalem :”Il m’en coûte d’attendre”, l’évangéliste les transmet dans le contexte de l’Eglise de son temps. Les premiers chrétiens vivaient des heures difficiles. Les familles se déchiraient s’opposant au converti, livrant le nouveau chrétien aux tribunaux.

Alors, le message évangélique se faisait entendre dans un monde qui en était bien éloigné. Incompréhension, conflits, persécution, tout cela à cause de Celui dont on disait qu’il allait fonder la grande fraternité de l’amour. Luc est le disciple de saint Paul qu’il a entendu traduire ainsi les paroles du Seigneur aux chrétiens de Colosses pour leur comportement vis-à-vis de ceux qui, dans leurs familles elles-mêmes, ne comprennent pas ce feu nouveau qui brûle et dresse “le père contre son fils et le fils contre son père, la mère contre la fille et la fille contre la mère.”

Cette traduction des paroles du Seigneur est détaillée par saint Paul : ”Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres. Et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement. Comme le Seigneur vous a pardonné, faîtes de même vous aussi. Et par-dessus tout, revêtez l’amour. C’est le lien parfait.” (Colossiens 3. 12 et 13)

VIVRE DANS LA FOI

Dimanche dernier, la lettre aux Hébreux nous donnait de regarder la foi d’Abraham et d’en déduire quelle devait être notre attitude quand Dieu nous appelle à nous expatrier de nos habitudes pour rejoindre la Terre Promise du Royaume.

Aujourd’hui, la même lettre aux Hébreux nous entraîne vers Celui qui est à l’origine et au terme de la foi. “Courrons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus qui est à l’origine et au terme de la foi.” (Hébreux 12. 2) Renoncement, humiliation, hostilité, jusqu’au sang.... (Hébreux 12. 4) C’est ainsi qu’il a vécu son baptême. C’est ainsi qu’il nous demande de le suivre. “Là où je suis, là aussi sera mon serviteur.” (Luc 12. 26) C’est une option décisive qui nous est demandée, « les yeux fixés sur Jésus. ».

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Aujourd’hui nous connaissons aussi des situations de rupture, même au sein de nos propres familles. La vie chrétienne est un choix personnel qui se vit au coeur d’une société qui ne la comprend pas. Il interfère avec tant d’habitudes qu’il contredit, il intervient au coeur de tant de relations qu’il modifie jusqu’à les rompre. Se convertir ... adhérer au Christ. La foi ne se transmet pas de manière presque automatique.

“ Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’oeil ne peut voir. Répands en nos coeurs la ferveur de ta charité, afin qu’en t’aimant en toute chose et par-dessus tout, nous obtenions l’héritage promis qui surpasse tout désir.” ... “En toute chose et par-dessus tout”, des mots qui pèsent lourds quand on les relie aux paroles de saint Paul et du Christ. “Je suis venu allumé un feu sur la terre.”
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