Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" pour permettre, selon le "charisme" de chacun,
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


Dimanche 13 avril : L'Entrée à Jérusalem - Les Rameaux
Dimanche 20 avril : La Résurrection de Notre Sauveur et Seigneur.
Dimanche 27 avril : Dimanche de la Miséricorde divine.
Dimanche 4 mai : Troisième dimanche de Pâques.
Dimanche 11 mai : Quatrième dimanche de Pâques.
Dimanche 18 mai : Cinquième dimanche de Pâques.
Dimanche 25 mai : Sixième dimanche de Pâques.


 
DIMANCHE 13 AVRIL 2014
DIMANCHE DES RAMEAUX

 

Références bibliques : La bénédiction des Rameaux :
Evangile selon saint Luc : 19. 28 à 40 : "Ils se mirent à louer Dieu à pleine voix."
Liturgie de la Parole : Livre d’Isaïe : 50. 4 à 7 : "Je sais que je ne serai pas confondu." Psaume 21: "Tu m’as répondu. Je proclame ton nom devant mes frères." Lettre de saint Paul aux Philippiens : 2. 6 à 11 : "Jésus-Christ est le Seigneur pour la gloire de Dieu le Père." Passion selon saint Matthieu : 26. 14 à 27. 66 :" Que ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne."

***

L’entrée à Jérusalem marque l’entrée dans le mystère pascal que durant toute cette semaine, nous vivrons sous l’un ou l’autre de ses aspects. Ce serait un erreur que de vouloir nous approcher de l’un sans y inclure les autres. La Résurrection est intimement liée à l’offrande et la mort du Christ Jésus, notre Sauveur.

LA PAQUE DU SEIGNEUR.

Dans le langage traditionnel de l’Eglise, le mot « Pâques » ne désigne pas seulement le dimanche de la Résurrection, mais aussi le mystère eucharistique. Il nous le dit lui-même :"J’ai désiré manger cette Pâque avec vous." (Luc 22. 15). C’est le mystère de la croix et celui du tombeau vide. Tout cet ensemble est la transposition chrétienne de ce que les Juifs appelaient "la Pâque", c’est-à-dire, le passage. Ce passage débute au repas de l’agneau immolé, se continue par la traversée de la Mer jusqu’à l’arrivée sur l’autre rive, celle de la liberté et de l’espérance. Durant une semaine, ce mystère va marquer la liturgie quotidienne jusqu’au jour de joie de la Résurrection. Plutôt que de longs commentaires, voici quelques suggestions, parmi d’autres possibles.

L’ENTREE DANS JERUSALEM

Jésus la veut toute simple, sur un animal symbole d’humilité et de douceur. Mais aussi significative de la continuité son messianisme durant les événements de cette Semaine Sainte. Car elle est également l’accomplissement de la prophétie de Zacharie (Zac. 9.9) : « Voici que ton roi s’avance vers toi, il est juste et victorieux. » Cette victoire devra traverser l’épreuve de l’humiliation et du sacrifice.nous ouvrons une porte sur la splendeur du Royaume,

Par contre, la foule qui vient de Galilée et de plus loin sans doute, pour la fête de la Pâque, se réjouit avec exubérance. Mais elle ne semble pas réaliser, pas plus que les Pharisiens d’ailleurs, qu’ils sont en train de concrétiser et de vivre l’entrée messianique, annoncée par les Prophètes. Les événements immédiats ne leur donnent pas d'entrer dans la pensée du Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Moïse et des Prophètes.

Parmi les pharisiens, quelques-uns précise saint Luc, peuvent critiquer l’enthousiasme de la foule. Jésus l’accepte puisqu’il vient du coeur, même s’il est éphémère.

Nous aussi, nous devons "recevoir" Jésus-Christ, le Fils de Dieu marmi nous, dans sa plénitude et assumer sa volonté, parce qu’elle est celle de celui qui vient au nom du Seigneur. Il vient. Il reviendra dans sa gloire. Aujourd’hui il ne demande aucun royaume visible, il ne veut régner que sur nous-mêmes.

IL N’A PAS REVENDIQUE

Le texte que l’Eglise a tiré de saint Paul aux Philippiens est une des plus belles pages de la christologie :"Il était en égalité avec Dieu." (Philippiens 2. 6) et il n’a pas gardé cela comme la possession d’une proie. C’est même l’inverse. Il s’est abaissé, jusqu’à devenir la proie des hommes, parce qu’il a vécu en tous points semblable à eux, en égalité avec eux. (Philippiens 2. 7)

Puisqu’il était devenu semblable aux homme et reconnu comme tel dans son comportement, Jésus en assume et accepte toute la réalité. Jusqu'à celle de subir la souffrance inhérente à la condition humaine qui est une créature limitée dans ses potentialités, limitée dans le temps, limitée dans son bonheur.

Assumant toute l’humanité en sa divinité, "obéissant jusqu’à la mort", sauf le péché, il en assume aussi toute la gloire de l’homme qui est de rejoindre Dieu. Comme il est de la condition même de Dieu, il partage toute la gloire de l’homme et toute la gloire de Dieu, et nous la fait partager.

AU DEPART DU CHEMIN DE CROIX

Après le prélude joyeux de l’entrée à Jérusalem, l’Eglise nous fait entrer dans ces heures de douloureuses humiliations que doit subir le Verbe de Dieu, devenu homme. Il est à noter que, pour cette lecture de la Passion, l’Eglise fait débuter le récit au repas de la célébration pascale, et non pas au jardin des Oliviers. Car c’est le repas de l’Alliance qui conduit au repas du Royaume.

Jésus le précise à ses disciples : "jusqu’à ce que vienne le règne de Dieu, le royaume de Dieu." Et, pour le condamné sur la croix proche du Christ, ce sera :"Aujourd’hui même..." "Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang" dit le Seigneur à ses apôtres. L’Eucharistie réalise le sacrifice du Seigneur et nous en offre immédiatement les fruits.

Nous le disons en chaque célébration : "Regarde le sacrifice de ton Eglise et daigne y reconnaître le sacrifice de ton Fils qui nous as rétablis dans ton Alliance". (Prière eucharistique III)

GETHSEMANI

"Je suis venu pour faire Ta volonté", lui fait dire la lettre aux Hébreux (Héb. 10. 9 et 10) reprenant les paroles des psaumes. Elle nous inclut dans cette offrande du Christ :"C’est dans cette volonté, cette offrande du corps de Jésus, que nous sommes sauvés définitivement."

Quand il rejoint ses apôtres, dans la nuit silencieuse où seule s’est élevée sa voix, il ne peut que constater sa propre solitude :"Pourquoi dormez-vous ?..." mais elle ne l’enferme pas sur lui-même. Elle le conduit à une offrande universelle. "Afin que toute langue proclame", écrit saint Paul aux Philippiens.

Pourquoi nous enfermer sur nous-mêmes quand il nous appelle à dépasser nos propres solitudes ? Comme lui, nous connaissons ces temps où Dieu nous paraît absent, comme lui, nous retrouverons notre Père, qu’au moment d’assumer sa volonté sur nous-mêmes.

LE RENIEMENT

Au jardin, Pierre s’était cru fort avec son épée, comme il croyait total le don de lui-même au Christ à qui il avait dit : « A qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle. ». Ce soir, dans la cour du grand-prêtre, quand il est seul avec lui-même et sa peur, il ne le reconnaît plus : « Je ne le connais pas, je ne vois pas ce que tu veux dire » Or il le sait très bien.

Le maître n’était plus là pour lui tendre la main comme au jour où il s’enfonçait dans la tempête en marchant sur le lac. C’est un coq, petite bestiole qui ignore le rôle qu’elle tient à ce moment, qui retourne Pierre vers Jésus. Savoir entendre et saisir les signes de Dieu ....Et c’est alors que son regard croise celui de Jésus.

C’EST TOI QUI LE DIS

Les chefs juifs interrogent Jésus qui les renvoie à leur propre responsabilité et à leur propre décision : "Si je vous le dis, vous ne me croiriez pas. Si j’interroge, vous ne me répondrez pas." Il oblige Caïphe à poser lui-même l’affirmation sans qu’il puisse se dérober : "Tu es donc le Fils de Dieu ?" - Jésus n’a qu’à lui répondre : "C’est toi qui le dis".

Saint Jean souligne la valeur de la réponse de Caïphe. C’est en tant que grand prêtre de l’année qu’il prononce cette affirmation. Selon la loi, une déclaration solennelle du grand-prêtre en exercice donnait valeur décisive à une affirmation religieuse.

Avec Pilate, nous quittons le registre religieux, pour nous situer dans celui de la politique :"Es-tu le roi des Juifs ?" Jésus reprend la même attitude :" C’est toi qui le dis." Les deux gouvernants de la région vont s’entendre : Pilate le gouverneur romain de la Judée et Hérode le roi de Galilée.

IL N’A PAS REVENDIQUE

Désormais, Jésus assume son identité avec tant et tant d’hommes rejetés et méprisés : il est livré au bon plaisir de ses ennemis, mis en marchandage avec un assassin, et chargé de la croix douloureuse et infamante de l’esclave.

Il est devenu comme esclave de nos péchés et ne revendique rien pour lui, ni devant la brutalité des gardes, ni devant les pleureuses aux larmes inutiles, ni même devant Simon de Cyrène contraint de partager ce portement de croix, sans en connaître le sens, ni envers ceux qui ricanent, ni en réponse aux soldats qui lui tendent l’éponge vinaigrée.

D’ailleurs pourraient-ils comprendre en cet instant ce que trois années de prédications, de miracles et de proximité avec les malades et les pauvres ne leur ont pas fait découvrir. Comme à Gethsémani, il reste seul avec son Père. Marie, Jean et les femmes au pied de la croix sont une présence humaine de l’amour fidèle, silencieuse l’expression que tous les hommes ne l’ont pas abandonné.

Ce n’est pas à elles qu’il s’adresse tout d’abord, c’est à son Père. Il ne se lamente pas , il ne se replie pas sur lui-même. Il ne revendique qu’une chose : que soit accordé le pardon à tous ceux qui l’entourent parce qu’il vient l’apporter à tous les hommes, à chacun de nous :"Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font."

UN DIALOGUE INATTENDU

A côté de lui, ils sont deux, crucifiés dans la même honte, dans la même souffrance. Il entend leur dialogue où l’un d’eux reconnaît sa faute "Nous avons ce que nous méritons", comme nous le disons au seuil de chaque Eucharistie :" Je reconnais devant mes frères que j’ai péché." - "Souviens-toi de moi... " dit le bon larron; et nous, nous demandons à nos frères "de prier pour moi, le Seigneur notre Dieu."

La réponse de Jésus est immédiate :"Tu seras avec moi dans le Paradis." Dans toute vie, il y a des moments où il nous est difficile de faire confiance à Dieu. Le bon larron avait proclamé à sa manière que Jésus était le Seigneur. A nous aussi il nous est demandé de proclamer " que Jésus-Christ est le Seigneur" (Philippiens. 2. 11)

OBSCURITE, DECHIRURE ET LUMIÈRE

"L’obscurité se fit jusqu’à trois heures... Le voile du Temple se déchira". Le Christ a remis son esprit, sa vie, entre les mains de son Père. Chacun de ceux qui étaient au Calvaire, sans se douter qu’il est acteur dans l’attente de la Résurrection, accomplit ce qu’il est en mesure de donner en réponse à tant d’amour.

Les Pharisiens s’enferment sur eux-mêmes. Le centurion rend gloire à Dieu. La foule sent le besoin de se faire pardonner et se frappe la poitrine en rentrant célébrer la Pâque. Marie reçoit Jean et l’Eglise. Joseph d’Arimathie décide d’aller trouver Pilate pour ensevelir le corps de celui dont il est le disciple. Les saintes femmes s’en retournent chez elles préparer les aromates.

Quand les lumières de ce sabbat de Pâque commencent à briller, pour eux tous, ils sont dans l’obscurité de la foi. C’est au matin de la Résurrection que sera la lumière et que se découvrira progressivement la gloire de Dieu. Quand la pierre du tombeau s’écartera comme s’est déchiré le voile du Temple, quand les yeux des disciples d’Emmaüs, dans le soir qui tombe, s’ouvriront à sa lumière.

***

C’est cela le chemin qui va de l’entrée à Jérusalem jusqu’à l’entrée dans la gloire, car "il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans la gloire."(Luc 24. 26)

"Tu nous as fortifiés, Seigneur, dans cette communion à tes saints mystères. Et nous Te supplions encore. Toi qui nous as donné, dans la mort de ton Fils, l’espérance des biens auxquels nous croyons, donne-nous dans sa résurrection glorieuse, de parvenir au Royaume que nous attendons." (Prière après la communion)

 
DIMANCHE 20 AVRIL 2014
LA RÉSURRECTION DE NOTRE SAUVEUR ET SEIGNEUR

 

Voici près de deux mille ans, la lumière de la Vie Nouvelle a jailli d’un tombeau. Désormais, pour toujours, et dans cet aujourd’hui qui est le nôtre, toutes choses sont remplies de cette lumière, le Ciel, la Terre et les Enfers.

Et en cette année nous la célébrons à la même date et au même jour liturgique, avec toute l'Église, latine, orthodoxe, orientale...

Mais la voyons-nous ?


NOUS VIVONS D’UNE VIE NOUVELLE

Cette vie nous est donnée au jour de notre baptême, ce jour "où nous avons été ensevelis avec le Christ dans sa mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle." (Romains 6. 4)

A Pâques, nous célébrons la Résurrection du Christ comme quelque chose qui est arrivée. Mais en fait elle nous arrive encore. Car chacun d’entre nous a reçu le don de cette vie nouvelle, la faculté de l’accueillir, la grâce d’en vivre. C’est un don qui change radicalement notre attitude envers toutes choses, y compris la mort.

Certes elle est encore là et nous l’affrontons toujours. Un jour, elle viendra nous prendre dans notre vie terrestre pour nous entraîner la vie divine. Mais là réside aussi toute notre foi. Par sa propre mort, le Christ a changé la nature même de la mort. Il en a fait un passage, une pâque, dans le Royaume de Dieu.

Il a transformé en une victoire suprême, ce qui est et reste une tragédie.


DANS NOTRE VIE ENTENEBREE

Nous vivons souvent comme si cet événement unique n’avait que peu de signification pour nous. C’est notre faiblesse, alors que nous sommes appelés à vivre constamment de foi, d’espérance et de charité. Immergés dans nos préoccupations journalières, nous succombons à cause de cet oubli.

Et notre vie en devient mesquine, enténébrée, dépourvue de sens, nous conduisant vers un but sans signification. Ce n’est pas en oubliant la mort que nous rendrons notre vie agréable. Car, dans ce cas, elle devient absurde dans son inévitable. En vivant comme si le Christ n’était jamais venu nous entraîner dans sa vie par delà cette mort.

Or le sens de la vie est bien par-delà cette mort.


PRENDRE CONSCIENCE DE CETTE REALITE

Mais si nous prenons conscience de cette réalité pascale dans l’immédiat de nos journées, nous ouvrons une porte sur la splendeur du Royaume, sur l’avant-goût de la joie éternelle qui nous attend dans la plénitude de la vie.

La liturgie de l’Eglise est "ordonnée" autour de Pâques. Car cette succession des temps liturgiques nous conduit dans un voyage, un pèlerinage qui est progressivement la fin de ce qui est vieux et périmé, par un commencement qui est un passage constant de ce monde à notre Père.

"Que ton Esprit fasse de nous des hommes nouveaux pour que nous ressuscitions avec le Christ dans la lumière de la vie." (prière pascale après la communion) "Voici le jour que fit le Seigneur, jour de fête et jour de joie ! Voici le jour où le Christ, notre Dieu, nous conduit de la mort à la vie." (Acclamations des matines)

***

En ce jour de Pâques, il n’est plus qu’une attitude à avoir : la foi, permettant à la réalité divine d’illuminer notre vie. Il n’est plus qu’une action à entreprendre : porter partout témoignage de la bouleversante découverte d’un monde nouveau.

Voici le jour de la Résurrection. Voici la lumière de notre joie !
Voici la Pâque du Seigneur !
Le Christ nous a fait passer de la mort à la vie et de la terre aux cieux !
Chantons son triomphe !

Purifions nos vies.
Nous le verrons, le Seigneur étincelant de Lumière.
Le Christ ressuscité !
Et nous l’entendrons nous dire "Paix sur vous".

Chantons son triomphe
Joie, Joie sans fin !
Le Christ est ressuscité ! Alléluià !


(dans la liturgie byzantine)
 
DIMANCHE 27 AVRIL 2014
DEUXIEME DIMANCHE DE PAQUES

 

Dimanche de la Divine Miséricorde. Les Eglises orientales, catholiques et orthodoxes appellent ce dimanche, le dimanche de Thomas. Elles veulent ainsi souligner que l’attitude de l’apôtre incrédule mais profondément croyant doit être aussi la nôtre.

Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres : 2. 42 à 47 : "Fidèles à écouter l’enseignement des apôtres et à vivre en communion fraternelle."
Psame 117 : "Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et jour de joie !"
Première lettre de saint Pierre. 1. 3 à 9 : "Il nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus-Christ pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement."
Evangile selon saint Jean. 20. 19 à 31 : "Jésus vient alors que les portes étaient verrouillées."

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REUNIS AU CENACLE.

La journée de Pâques que les apôtres viennent de vivre, a été faite de bouleversements depuis le matin. Des femmes sont venues leur dire que le tombeau est vide. Pierre l’a constaté et Jean croit déjà à la résurrection. Une discussion est née dans le groupe qui met à jour les divergences d’interprétation qui les divisent.

Le départ des deux disciples vers Emmaüs le prouve. Ceux-là n’ont pu accepter les dires de ces femmes. Ils ne croiront les dires de Pierre et de Jean que s’ils en font la preuve. Leur espérance est déçue, car aucune preuve n’est venue durant toute la journée. Ils s’enferment pour éviter les importuns, dont ils ont peur sans doute. Mais saint Jean souligne ce détail afin de montrer aussi que le Christ, qui les rejoint au soir du premier jour de la semaine, use désormais de son pouvoir d’une façon surnaturelle.

Durant les trois années de sa vie publique, il n’en a jamais usé ainsi avec eux, sauf au sommet du Thabor, pour quelques-uns et pour quelques instants.

Ce soir, ils sont ensemble parce qu’ils ne peuvent se séparer après trois années partagées avec Jésus de Nazareth, trois années intenses. Ils viennent aussi de vivre trois journées bouleversantes et ils ont besoin de reprendre les paroles de Jean, de Pierre et de Marie Madeleine pour les accorder avec les enseignements reçus sur les routes de Palestine : « Je suis la Résurrection et la Vie. » et tant d’autres paroles entendues qui ne sont pas seulement des rumeurs d’illusions.


IL EST LA AU MILIEU D’EUX

Jésus se trouve soudain au milieu d’eux. Nous pouvons certes donner une signification mystique à cette venue, toutes portes closes. Ils ne l’attendaient pas. Ainsi pénètre-t-il dans nos vies, même si elles se ferment parfois à sa grâce. "Lorsque vous serez réunis, deux ou trois en mon nom, je serai au milieu de vous" (Matthieu 18. 20)

Ce soir, ce n’est pas une présence mystique, mais une réalité humaine et divine tout à la fois. Il a conservé sur son corps ressuscité la trace des blessures et, sans mettre en avant le mérite de ses souffrances, il donne aux apôtres le témoignage de qui il est en plénitude. Il ne leur rappelle pas des souvenirs. La petite communauté apostolique l’a peut-être fait durant cette journée où elle est repliée sur elle-même au risque de ne plus vivre que d’espoirs déçus et même de se disperser, comme cela vient de commencer avec Cléophas et son compagnon qui marchent vers Emmaüs.

Il leur démontre l’identité de l’homme qu’ils connaissent depuis trois ans avec l’homme ressuscité qu’il est devant eux. S’il est là au milieu d’eux, c’est pour l’avenir de l’Évangile, c’est pour les entraîner à sa suite. Ils seront les témoins et les envoyés.

Par cette deuxième transmission de sa paix, il leur confirme immédiatement qu’ils doivent aussi la transmettre aux autres. Remettre les péchés, c’est donner la vie spirituelle à qui l’a perdue ou à qui l’a amoindrie.


RECEVEZ L’ESPRIT SAINT

Il leur en avait parlé, au soir du Jeudi-Saint. Trois jours après, en ce soir de Pâques, il insiste sur son action en eux et parmi les hommes. L’Esprit Saint est latent en eux et la Pentecôte rendra manifeste cette présence par sa venue.

De même pour nous. L’Esprit peut reposer en nous sans que nous ayons conscience de sa force en nous. Il nous faudra toujours renouveler cette grâce de la Pentecôte. . En rappelant qu’il est le Christ souffrant, qu’il est le Christ uni à son Père qui l’a envoyé, le Christ dont l’action sera poursuivie et amplifiée par l’Esprit, Jésus relie, dans la pensée et la foi de ses apôtres, tout ce qu’il leur avait dit et ce dont il a témoigné avec eux.

Ils ne reconnaissent pas ainsi seulement l’ami avec qui ils ont tant partagé, ils reconnaissent le Fils de Dieu, le Seigneur. Et c’est ainsi d’ailleurs qu’ils en témoigneront auprès de Thomas :"Nous avons vu le Seigneur." Avec toute la force qu’une telle appellation peut avoir dans la foi religieuse des vrais Juifs croyants.


THOMAS A BESOIN DE PREUVES

Mais Thomas a besoin de preuves qui s’appuient sur une expérience concrète. Ce n’est pas qu’il soit un homme récalcitrant. Il est un homme de bonne volonté et tout d’une pièce. C’est un homme réaliste. Lors de l’annonce de la montée à Jérusalem, avait bousculé les apôtres inquiets des événements qu’ils pressentaient.

Réaliste et généreux. C’est lui qui les avait entraînés dans sa générosité (Jean 11. 16) :"Allons nous aussi et mourons avec lui." Mais il juge les choses à sa façon. Il a toujours eu du mal à entrer dans la pensée de son Maître (Jean 14. 5) et aujourd’hui, encore, il veut des preuves concrètes, même s’il n’est pas question pour lui de quitter pour autant le groupe des apôtres.

Réaliste, mais c'est lui "définira" le plus vite et lemieux, la personnalité de Jésus. Quand Jésus revient huit jours après, il salue ses amis et immédiatement s’adresse à Thomas. Il ne le blâme pas. D’ailleurs les autres disciples seraient aussi à blâmer, car, eux aussi, ils n’ont cru à la résurrection qu’après avoir vu le Ressuscité.

Jésus admet qu’un acte de foi soit précédé par l’adhésion de l’esprit humain à certains éléments qui entraînent la crédibilité. La foi, même si elle dépasse la raison, n’est pas irraisonnable. En ouvrant ses deux mains ("Vois mes mains."), il l’invite même à le toucher en une épreuve à laquelle Thomas avait dit attacher une grande importance.

Rien ne dit qu’il exécute le geste que Jésus lui propose de faire. Mais son mouvement va plus loin. Il reconnaît la divinité de Jésus. Non seulement il est Seigneur. Mais il est Dieu !

***

En nous faisant souvenir de la première communauté de Jérusalem, l’Eglise nous rappelle que nous pouvons servir tous ceux qui sont dans le besoin, la misère, la souffrance, la solitude. C’est désormais en eux que nous est donné la possibilité de rejoindre le Christ souffrant de la croix, solitaire du jardin de Gethsémani, abandonné, méprisé.

C’est ainsi qu’il nous ouvre ses mains :’Avance ton doigt ici." "Augmente en nous ta grâce pour que nous comprenions toujours mieux quel baptême nous a purifiés, quel Esprit nous a fait renaître et quel sang nous a rachetés." (Prière d’ouverture de la liturgie de ce dimanche)
 
DIMANCHE 4 MAI 2014
TROISIEME DIMANCHE DE PAQUES

 

Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres : 2. 14 à 33 : “Cet homme, livré selon le plan et la volonté de Dieu...Dieu l’a ressuscité.”
Psaume 15 : “Tu m’apprends le chemin de la vie.”
Première lettre de saint Pierre: 1. 17 à 21 : “Dieu l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné la gloire. Ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.”
Evangile selon saint Luc : 24. 13 à 35 : “Comme votre coeur est lent à croire !”

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La liturgie de ce dimanche nous invite à réfléchir sur notre attitude devant le mystère qui est le nôtre et que nous vivons aujourd’hui. Le Christ ressuscité est au milieu de nous. Il est avec nous, il est en nous par la grâce qui nous est donnée. Nous ne transposerons jamais assez dans notre vie, la plénitude cette réalité qu’est la vie divine que nous avons reçue.

En cela nous sommes bien les frères de ces disciples d’Emmaüs avec les mêmes interrogations, avec les mêmes doutes. Soyons-le aussi avec le même enthousiasme quand notre coeur se réchauffe en recevant la Parole de Dieu et quand nous en témoignons.

NOUS NOUS SOMMES TROMPES DE CHEMIN

Lorsqu’il les avait appelés, ils avaient pris la route avec le Christ. Ils l’avaient suivi avec enthousiasme et espérance. Le vendredi de sa mort, à 3 heures de l’après-midi, quand les ténèbres envahirent leurs horizons, ils pouvaient espérer encore :”Il avait dit que le troisième jour...” Alors, en ce matin du premier jour de la semaine, c’est peut-être ce jour annoncé par le Seigneur.

Mais leur foi est bien fragile. Marie, haletante, revient au Cénacle. Elle a vu un ange, qui lui a dit qu'il est vivant. Cléophas hausse les épaules. Mirage de femme admiratrice ! Pierre se sent le devoir d'aller constater le fait et Jean, entraîné par son amitié, l'accompagne. Tout est en ordre dans un tombeau vide dont la pierre est roulée.

C'est donc vrai. Il n'a pas été enlevé, car les bandelettes n'auraient été pliées ainsi. Il est donc vivant !

A leur retour, les deux apôtres disent ce qu'ils ont vu et les conclusions qu'ils en tirent :"Il est vivant !" Cléophas hausse encore les épaules. Ils ont vu un tombeau vide. « Mais lui, ils ne l'ont point vu. » La discussion a dû être vive tout au long de cette journée. Thomas est d'accord avec Cléophas. Il faut le voir et constater. Sinon ce peut n'être qu'une illusion.

Thomas reste avec ceux qu’il a rejoint, il y a trois ans, en Galilée. Il ne quittera pas Pierre et Jean. Par contre Cléophas et l’un de ses amis s'en vont et quittent Jérusalem. Le chemin de ce prophète n’était pas le bon chemin à prendre....

UN TOUR D’HORIZON DESABUSE

Les voilà donc tous deux sur la route, en cet après-midi. Ils discutent entre eux. Ils ressassent leurs souvenirs, et recherchent les quelques paroles auxquelles ils pourraient s’accrocher. Mais peu à peu ils s’éloignent de Jérusalem et de ce qu’ils y ont vécu. Jésus de Nazareth était un prophète. Et quelle puissance dans ses paroles et ses actions ! et ces foules qui le suivaient ! et puis la situation s’est retournée.

Crucifié, mort, peut-il être encore le libérateur d’Israël, car c’est bien d’indépendance que nous rêvions. Les événements de ce matin paraissent étranges, mais peut-on faire confiance à cette enthousiasme de femmes au dévouement inconditionnel ? Elles disent mais c’est peut-être bien subjectif, car elles n’ont rien vu. Pas plus que Pierre d’ailleurs.

Les kilomètres se succèdent avec cette relecture des événements passés, une relecture qui les attriste, les enferme et les empêch ede s’ouvrir au témoignage des autres disciples qui annoncent déjà la résurrection.


IL LES REJOINT EN LEUR DESESPERANCE


Pour mettre d’accord Pierre, Thomas, Madeleine, Cléophas et les autres, le Christ aurait pu, dès les premiers moments de la matinée, venir l’interrompre cette discussion, les rendre à l’évidence et confirmer par son apparition l’enthousiasme des uns et réduire à néant le doute des autres.

Il aurait peut-être emporté leur adhésion. A moins qu’ils n’aient continué à tergiverser pour sous-peser le pour et le contre avec lui.

Mystère du silence de Dieu.

Jésus laisse au contraire le temps calmer les choses. Il donne à chacun la liberté de se placer devant sa propre réalité, devant ses propres conclusions et sa propre décision. La redécouverte n’en sera que plus profonde et plus assurée. Aux disciples du Cénacle, il apparaîtra quand les apôtres n’auront plus rien à dire ni à se dire. Ils sont dans l’attente, une attente de ce qu’ils ne peuvent imaginer.

Ayant épuisé leurs arguments, ils peuvent le recevoir tel qu’il est désormais et non pas uniquement comme l’homme qu’ils ont quitté il y a trois jours après le repas pascal dans cette même chambre haute.

Ce qu’il avait dit à Madeleine s’applique aussi à eux :”Ne me touche pas, je monte vers mon Père. Va l’annoncer à tes frères.” (Jean 20. 17) Sur le chemin d’Emmaüs, là-bas, les deux amis n’ont plus rien de nouveau à se dire, plus rien à envisager qu’un retour en arrière au point où ils sont rendus de leur désespérance et de leur obscurité. Et c’est alors qu’il les rejoint et c’est lui qui prend l’initiative, qui va « dire » et révéler.

Peu à peu en effet, Jésus va leur dévoiler le sens des événements et les inviter à la lumière de l’Ecriture, à relire leur histoire et l’histoire du salut dans laquelle ils avaient inscrit leur foi, mais selon un contresens du message : “libérateur d’Israël.” C’est le début du retournement. Ils abandonnent peu à peu leur interprétation, acceptant de recevoir celle de cet inconnu qui brise leur enfermement. Etrange sensation qui est alors la leur, mais dont ils ne peuvent encore savoir d’où elle provient.


ILS NE VOIENT PAS, ILS RECONNAISSENT.

Au terme de cette étape de doute, leur geste d’accueil amical à la porte de l’auberge, les conduit à retrouver le Seigneur. Le repas marque l’étape décisive de l’acte de foi. Ils n’ont pas vu le Christ qu’ils accueillaient. Ils l’ont reconnu dans un geste familier, celui du partage au soir du Jeudi-Saint ou de la multiplication des pains.

Désormais la résurrection est à la fois l’événement dont ils ont la certitude et l’événement qui les fait ressusciter eux-mêmes. Paradoxalement, c’est au moment où le Christ disparaît de leurs yeux que précisément “leurs yeux s’ouvrent.”

Ils reprennent alors la route en sens inverse. C’est maintenant le chemin joyeux de la vie. Ils retournent vers la communauté des Apôtres qui est l’Eglise. Ils la réintègrent et y découvrent qu’il n’ont pas vécu une illusion. Elle va devenir le lieu de la foi partagée. Pierre et les autres leur disent cette évidence :”Il est ressuscité !” Cet acte de foi croise et rejoint le leur.

NOTRE EXPERIENCE

L’Ecriture sur la route, l’Eucharistie à Emmaüs, l’Eglise au Cénacle. Il est clair que ce récit pose les fondements de la vie chrétienne. La route de disciples d’Emmaüs est bien l’image de celle de tous les croyants. Qui n’a fait cette expérience d’une désillusion de la foi lorsque l’espérance placée en un Dieu qui paraît terriblement absent s’étiole et disparaît au moment où l’épreuve traverse sa vie ?

Qui n’a été tenté alors de fuir la communauté qui ne comprend pas et continue de proclamer un message sans en donner les preuves de vérité ? L’on en vient à s’éloigner de l’Eglise, et même à la quitter. Mais qui n’a fait aussi l’expérience de la présence du Christ attentif aux cris de ses enfants et réveillant leur mémoire de croyants par la révélation de sa Parole vivante ?

Qui n’a jamais vécu, dans une célébration eucharistique, la rencontre qui “restaure » et le corps et le coeur ? Qui n’a jamais découvert que la communauté chrétienne à laquelle il appartient est le lieu indispensable où l’on trouve à la fois le réconfort dans le partage fraternel en Jésus-Christ et la force nécessaire pour la mission ?

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Route d’espérance et de foi retrouvées, la route d’Emmaüs est aussi pour nous, route de la Vie, une route de joie paisible et chaleureuse, génératrice d’un dynamisme renouvelé. “Garde à ton peuple sa joie, Seigneur, toi qui refais ses forces et sa jeunesse. Tu nous as rendu la dignité de fils de Dieu. Affermis-nous dans l’espérance de la résurrection.” (Prière d’ouverture de la messe de ce dimanche)

  DIMANCHE 11 MAI 2014
QUATRIÈME DIMANCHE DE PAQUES

 

Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres : 2. 14 à 41 : “C’est pour vous que Dieu a fait cette promesse.”
Psaume 22 : “Je ne crains aucun mal car tu es avec moi.”
Première lettre de saint Pierre : 1 Pierre 2. 20 à 25 : “ Il vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces.”
Evangile selon saint Jean : 10. 1 à 10 : “Il marche à leur tête et elles le suivent car elles connaissent sa voix.”

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De l’Evangile du Bon Pasteur, nous pouvons faire plusieurs lectures selon que nous l’éclairons par le psaume, par la lettre de saint Pierre, par les Actes des Apôtres ou par d’autres paroles du Christ.

Chacune de ces lectures est en elle-même un message qui conduit à la réalité essentielle : "Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient surabondamment." (en grec :"périsson", qui dépasse toute mesure.) (Jean 10. 10).

- Il est la porte et "nul ne peut aller au Père si ce n’est en passant par moi." (Jean 14. 6) - Il est le berger dont les brebis reconnaissent la voix quand il les appelle chacune par leur nom et elles suivent ses traces (Saint Pierre). - Il connaît les pâturages "Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre." (Psaume)


IL OUVRE LE CHEMIN

Si le Bon Pasteur peut conduire ses brebis hors de la bergerie, c’est-à-dire vers les pâturages, c’est que lui-même y est entré et sort avec elles. Le Christ peut nous conduire vers la Vie éternelle parce qu’il est « entré » lui-même en notre humanité et la divinise, lui-même, par sa Pâque et sa Résurrection ou, selon le beau texte de l’offertoire de la messe : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. »

Pâques, son passage "de ce monde à son Père" (Jean 13. 1) Et il n’est pas d’autre chemin que Lui pour nous joindre à son Père. Il est le Chemin, la Vérité, la Vie. Toutes les autres portes, toutes les autres possibilités sont des chemins d’égarement.

Nous reprendrons cette insistance avec l'évangile de dimanche prochain. Les religions à la mode, qui sont sans un Dieu personnel et sans le Christ, New Age, bouddhisme ou autres, ne mènent qu’à une impasse après nous avoir égarés puisqu’elles ne nous conduisent pas à Lui.

Il en est de même pour les idéaux humanitaires sans-Dieu, si nobles en soient les motivations affectives. "La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ" (Jean 17. 3).

Il n’est pas un prophète, fut-il le plus grand, un prophète qui nous parle de Dieu. Il est lui-même « Parole de Dieu », le Verbe » car il est Dieu fait homme en Jésus-Christ par amour pour nous conduire au Père. "Nul ne peut aller au Père si ce n’est en passant par moi."

IL EST LE CHEMIN DE LA VRAIE LIBERTÉ

Cette intransigeance n’est pas une intolérance, même si elle choque les mentalités modernes prêtes à accepter toutes les ambiguïtés, toutes les confusions, tous les compromis. Nous ne pouvons pas dire : "A chacun sa vérité", ou "Toutes les religions se valent".

C’est Lui qui donne accès à la vraie liberté. Il n’est pas une porte qui isole, se referme et qui enferme dans une impasse. Avec lui et à sa suite, chacun « pourra aller et venir. Il trouvera un pâturage... Il les appelle chacune par son nom et il les fait sortir." Il connaît chacun de nous personnellement, puisqu’il nous appelle "par son nom ». Nous sommes, chacun, unique à ses yeux et dans le cœur.

Grâce à quoi nous pouvons le reconnaître. Comme Marie de Magdala quand elle s’entendit nommer par le ressuscité dans le jardin devant le tombeau vide. Comme Zachée quand il fut appelé du haut de son arbre. Comme Simon-Pierre bouleversé par le :"Simon, m’aimes-tu" ? avant d’être appelé à sa charge pastorale :"Sois le pasteur de mes brebis.

" Nous sommes appelés par « un nom nouveau que nul ne connaît sinon celui qui le reçoit. » (Apocalypse 2. 17), un nom qui vient de l’amour, de Dieu qui est Amour. La Vérité ne jaillit pas d’une discussion dans une masse anonyme. Elle vient du don de deux êtres qui se rejoignent en personnalisant pleinement le don d’elles-mêmes. Elles reconnaissent la voix qui les unit dans un unique appel "vécu dans la justice." (Saint Pierre 2. 24)


IL EST LA PLÉNITUDE DE LA VIE


Et c'est ainsi que le Christ est le seul épanouissement possible de notre vie car il est le seul à nous donner la plénitude de la Vie Divine. En le recevant, nous recevons la Vie trinitaire du Père, par le Christ dans l’Esprit.

Cette surabondance que donne la vie en Christ est l’un des thèmes souvent repris par saint Jean. Le vin des noces de Cana remplit six cuves jusqu’au bord (Jean 2. 6). L’eau vive offerte à la Samaritaine jaillit éternellement pour étancher toute soif (Jean 4. 14). Le pain multiplié, qui est le Christ Pain de Vie, laisse douze corbeilles (Jean 6. 12). La pêche miraculeuse fait déborder la barque de Pierre (Jean 21. 6).

Les paroles du Christ sont plénitude de paix et de joie (Jean 17. 13). Cette surabondance de vie, lui seul peut la donner :"Selon le pouvoir sur toute chair que tu lui as donné, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés" (Jean 17. 2). Mais cette vie ne peut être vécue individuellement, comme des brebis qui quittent leur errance.

Le don de l’Esprit et la promesse qui s’accomplit par le baptême (1 Pierre 2. 25), nous agrège au troupeau du Seigneur pour « se retrouver persévérants dans l’enseignement des apôtres, la communion, la fraction du pain et la prière. »


DANS L’EGLISE

Si le Christ est celui par qui advient le salut, s’il est le lieu de passage vers le Père, il a confié cette même mission à ses apôtres, qui à leur tour doivent devenir ouverture sur le monde. . "Comme tu m’as envoyé, je les envoie dans le monde" (Jean 17. 18). Aujourd’hui l’Eglise est le lieu de passage qui donne accès au salut en Jésus-Christ.

Le baptême en est l’entrée, la porte ouverte qui donne accès à la liberté du Royaume (1 Pierre 2. 24-25). L’Eglise ne peut être une bergerie close vers laquelle il faudrait entrer pour nous mettre à l’abri du monde. Elle est la porte ouverte qui nous permet d’y entendre la voix du Christ et de le suivre quand le berger nous conduit hors de l’enclos afin de nous situer dans le monde comme fils de Dieu.

Chacun de nous « pourra aller et venir et il trouvera un pâturage ... pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient surabondamment." (Jean 10. 10)

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"Que les mystères de Pâques continuent en nous ton oeuvre de rédemption. Qu’ils soient une source intarissable de joie." (Prière sur les offrandes)

"Père tout-puissant et pasteur plein de bonté, veille sur tes enfants avec tendresse. Tu nous as sauvés par le sang de ton Fils. Ouvre-nous une demeure dans le Royaume des cieux". (Prière de communion de ce dimanche)

 
DIMANCHE 18 MAI 2014
CINQUIEME DIMANCHE DE PAQUES

 

Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres : 6. 1 à 7 : "Estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de Sagesse."
Psaume 32 : "Criez de joie pour le Seigneur ! Hommes droits, à vous la louange !"
Première lettre de saint Pierre : 1 Pierre 2. 4 à 9 : "Il est la pierre vivante ... Soyez les pierres vivantes."
Evangile selon saint Jean. 14. 1 à 12 : "Là où je suis, vous serez vous aussi. »

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Avec les chapitres 14 à 16 de l’Evangile selon saint Jean, nous entrons dans la révélation du mystère de la personne de Jésus, ce mystère qui nous donne accès à la vie divine. Il est Vie parce qu'il en est le chemin et la vérité.


A LA LUMIERE DE LA RESURRECTION

Ces chapitres sont une longue méditation où s’entremêlent les paroles du Christ et la relecture qu’en fait l’apôtre Jean à la lumière de Pâques. Car les Evangiles ne sont pas seulement des récits anecdotiques. Ils sont porteurs du message du Christ que les disciples ont découvert et qu’ils ont voulu transmettre à ceux qui les écoutaient.

Ils ne sont pas descriptifs d’un épisode. Ils sont essentiellement un éclairage qui veut nous conduire à la lumière dont Dieu nous illumine par son Fils venu parmi nous. " Celui qui m’a vu a vu le Père." Ces signes ont été rapportés « pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayiez la vie en son nom. » (Jean 20.31)

Cette vision qu’ils nous apportent du Christ est inséparable de l’ensemble de sa vie. La parole de l’enfant de douze ans qui répond à ses parents "Je me dois aux affaires de mon Père" résonne non pas comme un reproche, mais comme volonté fondamentale de Jésus :" Je vis uni à mon Père... je suis en mon Père." (Jean 14. 20)

C'est dans la foi qu'ils vivront ce mystère pendant trente années autour de la cheminée comme de l'établi de Nazareth. C’est seulement après la résurrection de Jésus que leur apparaîtra clairement la personne du Fils de Dieu, Verbe de Dieu fait chair, en communion avec le Père.

Chacune de ses paroles comme chacun de ses actes prennent alors tout leur sens dans cette réalité unique où l’humanité et la divinité sont un tout indissociable en Jésus-Christ.

CROYEZ EN MOI

Jésus propose à chacun d’entre nous, et à tous les hommes, d’entrer eux-mêmes dans cette communion de la Vie divine. Il n’est pas là pour nous indiquer seulement le chemin comme le souhaite et l’attend de saint Thomas (Jean 14.5). Il n’est pas une simple signalisation. C’est lui qui nous introduit, qui nous fait entrer avec lui, par lui et en lui. Il est le chemin.

Pour rejoindre le Père, il nous faut rejoindre le Fils, le Christ. Comprendre avec notre intelligence déductive ne suffit plus. Pas plus d’ailleurs que de voir seulement :"Montre-nous le Père, cela nous suffit." lui dit Philippe. Il n’est pas question de voir pour voir.

La foi n’est pas une constatation ou une évidence au terme d’un raisonnement. C’est une connaissance plus intime que seule la foi réalise. "Vous me connaissez." (Jean 14. 9) Une foi qui saisit toute la personne à laquelle on adhère et qui détermine non seulement des convictions mais détermine le sens de notre vie, nous saisissant à notre tour en nous donnant la plénitude spirituelle et le dynamisme de notre action. C’est une communion parce qu’elle est rencontre personnelle.

Dans les quelques versets de l’Evangile de ce dimanche, le mot "croire" revient à sept reprises, selon cette signification.

JE REVIENDRAI VOUS PRENDRE AVEC MOI

Dans sa lettre, saint Pierre exprime d’une autre manière cette communion en Dieu et avec nos frères. Le Christ est la pierre vivante. Nous le sommes également. Le Christ s’est présenté en offrande à son Père. Nous aussi présentons des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter, non pas en raison de nos mérites, mais à cause du Christ-Jésus. (1 Pierre 2. 5) Jésus l’ avait dit à Pierre :" Celui qui croit en moi, accomplira les mêmes oeuvres que moi." (Jean 14. 12) Nous sommes "le peuple qui appartient à Dieu..."

"Vous êtes chargés d’annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière." (1 Pierre 2. 9) "Les merveilles "... Au travers de ces mots nous sentons l’enthousiasme contenu, la joie profonde de Pierre qui a connu ces moments de rencontre, « d’admirable lumière » qui répondaient à sa quête de la vie : Je vous ai dit cela pour que la joie qui est la mienne soit en vous, en plénitude » (Jean 15. 11, Jean 17. 13).

Nous aussi, nous aspirons au bonheur, nous sommes en quête d’un mieux vivre, nous voulons déployer notre désir dans des dimensions dont l'espérance dépassent la réalité que nous vivons au quotidien. Nous le répétons en chaque Eucharistie : "Rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ, notre sauveur." (Prière après le Notre Père)

Une espérance à la mseure de Dieu, infinie. Oui, nous ne pouvons plus désormais séparer la plénitude de notre bonheur de cet avènement du Christ en nous et en nos frères. "Là où je suis, vous serez vous aussi." (Jean 14. 2), à la Croix, à la Résurrection, dans la Gloire. (Jean 17. 22 et 23)


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En les éclairant les uns par les autres, ces textes nous apporte une richesse immense. Ils ne sont pas à commenter. Ils sont à pénétrer dans la prière, la foi et la contemplation.

Par exemple, la juxtaposition du chapitre 14 avec le chapitre 1er de ce même Evangile.. "A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu... De sa plénitude, nous, nous avons reçu grâce sur grâce." (Jean 1. 12 à 17)

Alleluia ! alleluia ! "Tu nous fais participer à ta propre nature divine." (Prière sur les offrandes de ce dimanche)

 
DIMANCHE 25 MAI 2014
SIXIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

 


Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres : 8. 5 à 17 : “Ils leur imposèrent les mains et ils recevaient l’Esprit-Saint.”
Psaume 65 : “Acclamez Dieu toute la terre !”
Première lettre de saint Pierre : 3. 15 à 18 :”Dans l’Esprit, il a été rendu à la vie.”
Evangile selon saint Jean : 14. 15 à 21 :”Il vous donnnera un autre Défenseur.”


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VOUS RESTEREZ FIDELES

Nous ne pouvons lire, méditer et recevoir dans nos vies ces paroles du Christ, sans avoir conscience que les apôtres les ont entendues dans l’intensité des dernières heures terrestres du Verbe Incarné, qu’ils les ont méditées dès le moment de la Passion et de la Résurrection avec leurs compréhensions différentes, selon le moment qu’ils vivaient, le moment immédiat de l’échec qu’est la crucifixion, puis celui de l’enthousiasme de la Résurrection, et enfin la lente progression de leur foi, tout au long des années de leur prédication.

Le questionnement de leurs auditeurs engendrait aussi en eux-mêmes d’autres questionnements dont la réponse passait par leur connaissance personnelle du Christ, le Fils de Dieu qui avait partagé sa vie d’homme avec la leur.

Cette expérience vécue et transmise n’était pas sans provoquer en eux un approfondissement qu’ils ne traduisaient pas en longues dissertations théologiques ou mystiques, mais en reprenant fidèlement les paroles du Christ... l'espérance qui est en vous.

Le mystère du Seigneur pouvait leur apparaître incompréhensible au début, mais il s’éclairait avec le temps et la grâce de l’Esprit. Saint Pierre nous donne ce que pouvait être leur "psychologie évangélique", si l’on ose parler ainsi, quand il dit :” Rendez compte de l’espérance qui est en vous,” qui est la raison d’être de toute leur vie.

Et quand il ajoute :“Faîtes-le avec douceur et respect”, c'est la pédagogie dont ils ont reçu l'exigence et le sens par le Christ qui leur avait dit :”Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur.”

A quoi saint Pierre ajoute :”Ayez un conscience droite”, non pas pour écraser vos adversaires ou pour les bousculer. C’est seulement “au moment où ils calomnient la vie droite que vous menez dans le Christ,” qu’il faut leur faire honte, les gêner dans leurs convictions fausses, sans violenter leurs consciences.

LA FIDELITE A L’ESPRIT SAINT

Saint Pierre, comme saint Jean, nous disent ce qu’est la fidélité “aux commandements de Jésus (Jean 14. 20) “Car il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal.” ...”C’est ainsi que le Christ est mort...Dans sa chair il a été mis à mort. Dans l’Esprit, il a été rendu à la vie.”

Nous avons donc à vivre dans l’Esprit du Christ, l’Esprit de Vérité, qui est en nous. La relation à Dieu est telle que l’homme ne peut vivre sa filiation divine sans que Dieu ne la lui confère par le Christ, dans le Christ, par l’Esprit, dans l’Esprit.

Les paroles de Jésus, au soir du Jeudi-Saint, nous révèlent tout le mystère de la Trinité si nous les mettons ensemble, en une réalité unique, parce que la réalité trinitaire est celle de l’unité la plus totale. “Je prierai le Père et il vous donnera l’Esprit...L’Esprit demeure auprès de vous et il est en vous... Je suis dans le Père, vous êtes en moi et moi en vous."

Ce mystère est celui-là même de l’Incarnation qui se réalisa par l’acceptation virginale de Marie :”L’Esprit-Saint viendra sur toi. La puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. C’est pourquoi celui qui va naître sera Saint et sera appelé Fils de Dieu.” (Luc 2. 35) “Dans l’Esprit, il a été rendu à la vie.” (saint Pierre 3. 18)


UN “AUTRE” DEFENSEUR

Et qui donc est le premier ? Sinon le Christ lui-même, médiateur, intercesseur, avocat des pêcheurs que nous sommes, pour obtenir notre réconciliation. Il est en effet caractéristique que tous ces moments où Jésus parle de l’unité entre lui et son Père, comme de lui-même avec nous, ces moments s’accompagnent comme d'une conséquence inéluctable de ces paroles :”Aimez-vous les uns les les autres comme je vous ai aimés.”

L’unité des disciples entre eux est inséparable de l’unité de Dieu en lui-même.

L’amour est unique comme Dieu que nous aimons, parce qu’il nous aime. La fidélité aux commandements n’est pas une fidélité à des lois contraignantes. C’est vivre la fidélité à la vérité dans la liberté de l’amour.

D’ailleurs, le sens que l’on donne habituellement au terme de défenseur, en français, en limite en fait la réalité. Le mot grec, “paraclet”, est intraduisible parce qu’il est multiple par ses significations. S’il veut dire avocat, il veut dire, en même temps, qu’en restituant la vérité, il redonne à celui qui est considéré comme responsable ou coupable, toute sa dignité et toute sa richesse d’homme.

S’il peut être défendu, il peut être réhabilité car il vaut plus, il est plus que l’acte immédiat qu’il a posé. Il peut tôt ou tard reprendre sa vie dans sa dimension réelle :”Vous êtes en moi et je suis en vous.”

Il se peut qu’à un moment donné, par faiblesse ou par aveuglement, nous nous soyons éloignés de cet amour de Dieu. Mais, lui, ne nous abandonnera pas. “Je ne vous laisserai pas orphelins” à condition de reconnaître de quel amour nous sommes aimés, et de quelle espérance nous vivons. « Qui nous séparera de l’amour que Dieu nous porte… rien » s’écriait saint Paul.

COHÉRENCE, PROXIMITÉ, IDENTITÉ

Les Actes des Apôtres qui sont lus pendant ce temps pascal nous apportent un enseignement fondamental sur l’expérience de l’Esprit-Saint dans l’Eglise après la Résurrection.

L’événement rapporté en ce dimanche pour les Samaritains convertis et baptisés par le diacre Philippe, est significatif. Ils n’ont pas reçu l’Esprit-Saint. Ce sont les apôtres qui, par l’imposition des mains, vont leur donner cet Esprit-Saint qu’ils ont reçu du Seigneur pour le transmettre.

Cet acte devient le signe efficace, non seulement de leur adhésion à Dieu, mais de leur intégration dans l’Eglise. Nous recevons, comme l’ont reçu les Samaritains, cette Vie divine, dans sa réalité trinitaire. L’Esprit-Saint est présence de Dieu qui nous permet de devenir et de vivre comme des fils, comme le Fils du Père. Il nous permet d’être vivant avec celui qui est la Vérité.

L' Esprit qui donne la Vie nous permet d’être associé à Celui qui est la Vie. Lorsque saint Paul donne de nombreux conseils d’ordre moral, ce n’est pas pour reconstruire une Loi dépassée, c’est pour faire vivre la cohérence de nous-mêmes avec ce don gratuit, dans l’accueil de l’Esprit, sans que rien ne puisse devenir un obstacle.

Le sacrement de confirmation n’est pas non plus le sacrement de la militance chrétienne. Il est le sacrement de la proximité de Dieu qui accueille ses enfants dans sa famille en leur donnant son Esprit.

La tradition des Eglises d’Orient, catholiques et orthodoxes, n’a jamais dissocié cette réalité, puisqu’elle réunit les sacrements qui “initient” la vie chrétienne en un même et seul moment : le baptême, la confirmation et l’Eucharistie, quel que soit le degré de conscience de l’enfant qui en est marqué. Qui peut même adulte en effet avoir conscience de l’infini du mystère reçu ? qui peut minimiser la richesse de ce don ?

Nous ne pouvons seulement, (malheureusement hélas !) qu’en limiter ou qu’en contrecarrer l’apport en notre vie d’homme. Mais dès le moment où nous avons conscience de l’espérance qui est en nous, nous avons à en témoigner. Nous sommes fait pour répondre à la mission qui nous est donnée par la confiance que Dieu nous porte en nous faisons partager sa Vie par le Christ et dans l’Esprit.


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Que le mystère de Pâques reste présent dans notre vie et la transforme. (Prière d’ouverture de ce dimanche.)

C’est le Seigneur, le Christ que vous devez reconnaître dans vos coeurs comme le seul saint ... dans l’Esprit, il a été rendu à la vie. (Saint Pierre)

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