Méditations dominicales

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En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon son "charisme",
une ou plusieurs méditations .

Chaque auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


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Dimanche 15 janvier : Deuxième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 22 janvier : Troisième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 29 janvier : Quatrième dimanche du temps ordinaire







DIMANCHE 15 JANVIER 2017
DEUXIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINARE


Références bibliques :

Lecture du prophète Isaïe : 49. 3 à 6 : "Je vais faire de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre
Psaume 39 : "J’ai dit ton amour et ta vérité à la grade assemblée"(en grec : Eglise)
Lecture de saint Paul aux Corinthiens: 1 Cor. 11. 1à 3 : " Vous qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint."
Evangile selon saint Jean : 1. 29 à 34 :"Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage, c’est lui le Fils de Dieu!"

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Nous sommes au seuil de la "Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens" qui va du 18 au 25 janvier. Les textes liturgiques nous permettent d’approfondir ce qu’est, aux yeux du Seigneur Jésus, l’Unité de l’Eglise, l’unité du Peuple qu’il a sauvé. Ils commentent, mieux que tout autre, le verset biblique qui servira de support à la prière de chaque jour de cette semaine. « Le Christ est l’unique fondement de l’Église. » ( 1 Cor. 3. 11)

REJOINDRE ET REUNIR TOUS LES HOMMES

Le prophète Isaïe, en définissant la mission de l’Envoyé de Dieu, le situe par rapport à Israël, le Peuple de l’Alliance, et, dans le même temps, par rapport à tous les hommes, par delà la Terre Promise, "jusqu’aux extrémités de la terre."

"L’exigence de l’Eglise, c’est d’être, dans notre monde déchiré, un signe et un moyen de l’unité. Elle doit dépasser sa pluralité et unir les nations, les races et les classes." (Ratzinger. La foi chrétienne, hier et aujourd’hui - 1969) Cette Eglise ici, n’est pas entendu comme étant uniquement l’Eglise romaine, mais « l’Eglise, unité concrète de la foi commune attestée dans la parole et de la table commune de Jésus-Christ". (Ratzinger - id)

L’Eglise de Corinthe, dont il est question aujourd’hui, est partie constitutive de cette Eglise unique, "vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ." (1 Corinthiens 1. 2) La division existe les Eglises. Elle existe même au sein de chaque Eglise où les communautés s’isolent et se replient sur elles-mêmes, chacune attendant que l’autre partage son identité, sa manière d’être et de vivre dans la foi. Comment ces communautés qui ne se rejoignent même pas au sein de la même Eglise particulière, pourraient-elles devenir ferment d’unité de l’Eglise universelle.

LE CHRIST EST UNIQUE

Le Christ est avant tout communion. C’est dans ce sens que nous devons entendre son appel :"Qu’ils soient un." "Il n’est pas venu sur terre pour créer une nouvelle religion mais pour susciter une nouvelle communauté d’amour en Dieu." (Frère Roger - Milan 1998) Personne avant Lui n’a donné autant de force à cette communion.

"L’oecuménisme devrait sortir des querelles de mots pour se fonder sur un réalisme expérimental du salut. Nous devons essayer d’entrer dans le regard de l’autre pour découvrir tel aspect, pour nous inattendu ou négligé, du visage du Christ. Le visage défiguré du Crucifié, inépuisablement scruté par l’Occident, le visage transfiguré du Ressuscité, inépuisablement glorifié par l’Orient. Leur différence même manifeste l’immensité de l’amour de Dieu pour nous." (Patriarche Bartholomeos I - 1996)

VA D’ABORD TE RECONCILIER

Cette parole du Christ ne peut ni ne doit être oublié dans chaque démarche que les chrétiens initient pour vivre l’unité dans le Christ. "La vocation à se réconcilier entre chrétiens séparés s’appellent l’oecuménisme. L’oecuménisme s’immobilise quand il laisse se créer des voies parallèles qui, par ce fait même, ne peuvent se rejoindre et sur lesquelles finissent par s’use les forces vives de l’appel à la réconciliation. C’est comme si des trains cheminaient les uns à côté des autres. Ils s’arrêtent de temps en temps pour permettre une rencontre, puis chaque voyageur reprend son propre train." (Frère Roger - Milan 1998)

Le pape Jean-Paul II, quand il évoque cette réconciliation, utilise l’expression, "dialogue de la conversion". "Le dialogue de la conversion de toutes les communautés avec le Père, sans indulgence pour elles-mêmes, est la base de relations fraternelles bien différentes d’une entente cordiale ou d’une convivialité toute extérieure. Les liens de la - koinonia - (terme grec qui signifie communauté d’amitié et d’amour), les liens de la koinonia fraternelle se nouent devant Dieu et dans le Christ Jésus." (Jean-Paul II - Unum sint - 1995) Retenons toujours ces deux termes.

NE REGARDE PAS NOS PECHES

Chaque dimanche, après le "Notre Père" et avant l’échange de la paix qui précède la communion eucharistique, l’Eglise latine nous propose une prière dans la paix du Christ. La Communauté du Chemin Neuf, communauté catholique à vocation oecuménique, y insère des intentions significatives.

"Seigneur Jésus-Christ, tu as dit à tes apôtres, ‘Je vous laisse ma paix, je vous donne la paix’ donne ta paix aux Eglises et à leurs patriarches, aux Eglises issues de la Réforme et aux Eglises évangéliques, à toutes les Assemblées qui invoquent ton Nom et aux responsables de chacune de ces Eglises. Mets un terme à notre division. Ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Eglise. Pour que ta volonté s’accomplisse, donne-lui toujours cette paix. Conduis-le vers l’unité parfaite, Toi qui règnes pour les siècles des siècles.

Nous croyons à l’efficacité de la prière. Elle ne peut rester sans fruits. L’Eglise qui est le Corps du Christ, est animée par son Esprit. Son unité est à la mesure de la manière dont chaque membre vit de cet Esprit et le fait fructifier.

REGARDE LA FOI DE TON EGLISE.

Actuellement, ces jours-ci même, en Afrique comme en Asie, des chrétiens témoignent jusqu’à la mort, jusqu’au martyre, de cet attachement au Corps du Christ. « Il demeurera avec eux» (Apocalypse) Ils sont prêtres, religieux et religieuses catholiques, ils sont pasteurs réformés ou évangéliques, ils sont des laïcs appartenant à toutes les dénominations chrétiennes. « Ils seront ses peuples » (Apocalypse). Ils meurent pour le Christ à qui ils ont donné leur foi et leur vie. « Lui sera le Dieu qui est avec eux » (Apocalypse).

Jean-Paul II y voit en effet une réalité plus significative que toutes les rencontres de dialogues théologiques. "Le Christ, par la puissance de l’Esprit, suggère aux Eglises, à toutes sans exception, de s’examiner devant le Père et de se demander si elles ont été fidèles à son dessein sur l’Eglise. En réalité, toutes les Communautés chrétiennes savent qu’une telle exigence, un tel dépassement, par la force que donne l’Esprit, ne sont pas hors de leur portée."

" De fait, elles ont toutes des martyrs de la foi chrétienne. Malgré le drame de la division, ces frères ont gardé en eux-mêmes un attachement si radical et si absolu au Christ et au Père qu’ils ont pu aller jusqu’à l’effusion du sang... nous avons déjà un Martyrologe commun... La communion est maintenue. Ils sont dans la communion du Christ glorieux. Ils proviennent de toutes les Eglises et communautés ecclésiales qui leur ont ouvert l’entrée dans la communion du salut." (Jean-Paul II - Ut unum sint - 1995)

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Il n’y a qu’un Christ : "C’est celui-là qui baptise dans l’Esprit-Saint. Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage, c’est Lui le Fils de Dieu." (Jean 1. 34)
Il n’y a qu’une Bonne Nouvelle : "J’ai dit ton amour et ta vérité à la grande assemblée." (Psaume 39)
A nous de la vivre par la grâce de Dieu : "Pénètre-nous, Seigneur, de ton esprit de charité, afin que soient unis par ton amour ceux que tu as nourris d’un même pain." (Prière de la communion du 2ème dimanche).

C’est ainsi que deviendra réalité cette affirmation qui est le thème de la prière de la Semaine de l’Unité pour cette année 1999 : « Il demeurera avec eux. Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu-qui-est-avec-eux. » (Apocalypse 21. 3)




DIMANCHE 22 JANVIER 2017
TROISIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Références bibliques :

Lecture du prophète Isaïe : 8. 23 à 9. 3 :"Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une grande lumière a resplendi."
Psaume 26 : "Le Seigneur est ma lumière et mon salut."
Lecture de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor : 1. 10 à 17 :"Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ?"
Evangile selon saint Matthieu : 4. 12 à 23 :"Toi le carrefour des païens."

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Avant de développer, dans les dimanches à venir, la prédication de Jésus sur la montagne (Matthieu 5 et ss.), l’Eglise nous fait entendre aujourd’hui les débuts de son ministère. C’est un appel : nous devons nous convertir, nous devons proclamer la Bonne Nouvelle, nous devons évangéliser.

LE ROYAUME EST PROCHE

La proximité de ce Royaume était la raison même de la prédication de Jean-Baptiste et ce fut le thème de tous ses appels à la conversion (Matthieu 3. 2). Jésus se situe dans le prolongement du Précurseur en prenant la relève après l’arrestation de Jean. Cependant, il ne reste pas en Judée ; il gagne la Galilée. Ce n’est point par peur des Juifs, mais parce que cette contrée du nord est le lieu dont le prophète Isaïe a parlé comme étant celui-là même de l’ouverture de l’Alliance à toutes les nations : « au-delà du Jourdain, au carrefour des païens. »

Saint Matthieu comme saint Luc le soulignent en reprenant Isaïe 8. 23 et suivants. L’Évangile dépasse le cercle du Peuple de Dieu. Il concerne tous les hommes, aujourd’hui tout autant qu’à l’époque de Jésus.

Arrivé là, Jésus commence publiquement sa mission. En quelques versets, saint Matthieu présente tous les thèmes qui constituent le ministère de Jésus jusqu’à sa résurrection. Il appelle, il enseigne, il proclame, il guérit, il va dans tous les villages et vers tous les hommes.

Quand il reviendra à Nazareth et qu’il ouvrira le rouleau du prophète (Luc 4. 16), ce seront encore des paroles d’Isaïe qui définiront sa mission prophétique. Merveilleuses paroles mais ses compatriotes ne peuvent les entendre, ce qui les conduit à le chasser. Le fils du charpentier pouvait-il être celui qui « proclame l’année où le Seigneur manifeste sa faveur ? » (Luc 4. 19)

CAPHARNAUM, LA LUMIERE DANS LES TENEBRES

Après trente ans de vie cachée à Nazareth, dans ce petit village bien protégé au creux de ses collines, hors des grandes voies de circulation, il descend dans une ville cosmopolite, commerçante et importante à cette époque. Il se veut au contact de ce monde païen pour lequel il a été envoyé par le Père comme Sauveur (Jean 6. 39).

Il y a là un mélange de races et de religions. C’est tout un monde en mouvement où la longue histoire des guerres, des invasions et des immigrations forcées avaient brassé les peuples, au point que les juifs intègres de Jérusalem et de Judée ne pouvaient admettre que les Galiléens soient vraiment restés fidèles à la tradition de Moïse. Eux qui se considéraient de race pure et de stricte observance les considéraient avec mépris, sans valeur ni importance.

C’est justement là, parmi les méprisés, que Jésus inaugure sa prédication de la Bonne Nouvelle, qu’il annonce la proximité du Royaume de Dieu et qu’il choisit ses premiers disciples. Les foules l’écoutent et le suivent. En fin de compte, ce sont les hommes du refus qui sont le vrai peuple des ténèbres, opaque à la lumière de Dieu. "La Vie était la lumière des hommes. La lumière brille dans les ténèbres" (Jean 1. 4). Saint Matthieu le souligne :"Sur ceux qui habitaient dans le pays des ténèbres et de la mort, une lumière s’est levée."

UN CRI : LE REGNE DE DIEU EST LA

Durant cette première période, la prédication de Jésus nous apparaît courte et percutante. Elle tient en deux phrases très brèves : « Convertissez-vous ! Le Royaume des cieux est proche ! »

"Il se mit à proclamer." (Matthieu 4. 17) Il est intéressant de reprendre toutes les significations du terme grec qu’emploie l’évangéliste :"kèrussein" car elles lui donnent une grande intensité qui résonne, sans doute encore, dans la mémoire de saint Matthieu.. Ce verbe est celui de la proclamation, par un héraut, d’une convocation, d’un ordre. Cette proclamation est criée, hurlée, pour qu’elle soit entendue au loin, et qu’on y sente toute la force de l’appel inéluctable, de l’ordre, ainsi transmis.

Ce que le Christ proclame, c’est la nécessité où se trouvent ses auditeurs de réviser de fond en comble leur manière de penser et de vivre pour que Dieu règne dans ce Royaume qui s’approche de nous. Prenez un autre chemin !

UN APPEL : VENEZ AVEC MOI.

Il ne peut rester seul à le proclamer. Il propose à ceux qu’il rencontre au bord du lac, de venir avec lui et de partager sa mission. Ce sont des pêcheurs. Ils seront pêcheurs d’hommes.

Il les appelle car les hommes ne sont pas une proie. Il ne s’agit pas de les capturer, mais au contraire de les libérer. Ils doivent se convertir et changer l’orientation de leur vie. Pour cela il ne fait pas de grandes dissertations ni de longues démonstrations rabbiniques ou homélitiques, à la manière de certains prédicateur. Il leur donne un repère : lui. Saint Jean, qui a vécu personnellement ce moment, nous le traduit ainsi : "Venez et voyez." (Jean 1. 39).

Les premiers chrétiens ne centraient pas leur message évangélique sur la morale, mais sur la personne du Christ, qui est l’essentiel de la découverte de toute vie. « Venez et voyez. » Le premier évangélisé par le premier appelé l’a bien été ainsi quand André dit à Pierre : »J’ai trouvé le messie. »

Avec eux désormais, Jésus annonce la Bonne Nouvelle, il guérit, il pardonne. La Parole de Dieu, si elle est acceptée et assumée, devient pour tous une guérison, une libération des forces du mal, un message de paix et de joie. Le mal se transforme en béatitudes. Car ce n’est pas sans raison qu’après la longue énumération des possédés, des malades, des oppressés, des lunatiques, des paralysés, le sermon sur la montagne énumère le mal qui s’appelle l’argent, la violence, le mépris, la sexualité dépravée, l’injustice.

Ceux que le Seigneur appelle à sa suite, et nous en sommes, devront, à leur tour, transmettre ce message constitutif du Royaume qui est proclamé sur la montagne, qui est à proclamer aujourd’hui aux hommes qui marchent dans les ténèbres, au carrefour des païens.

Dieu et le Royaume sont là chaque fois que des hommes se convertissent pour choisir la logique des Béatitudes qui n’est pas dans la sagesse du langage humain (1ère Corinthiens 1. 17).

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"Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie." (Isaïe 9. 2)

"Permets, Seigneur, qu’ayant reçu de toi la grâce d’une nouvelle vie, nous puissions nous en émerveiller toujours." Nous qui parfois sommes blasés et habitués à entendre si souvent ta Parole qui devrait être proclamée toujours comme un cri, comme un nouvel appel. (prière de ce dimanche après la communion)




DIMANCHE 29 JANVIER 2017
QUATRIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture du livre de Sophonie : 2. 3 et 3. 12 et 13 : « Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays, qui faîtes sa volonté. »
Psaume 145 : « Le Seigneur est ton Dieu pour toujours. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1. 26 à 31 : « Ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelques chose. »
Evangile selon saint Matthieu : 5. 1 à 12 : « Ils verront Dieu ! »

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Pour des millions d'êtres humains, les béatitudes sont une des pages les plus admirables de toute l'histoire de l'humanité. Mais en regard de la réalité de nos vies et des évidences les plus répandues, elle semble illustrer aussi le monde à l'envers.

EN L’INTIME DE CHACUN DE NOUS.

Depuis des siècles, le sermon sur la montagne a fasciné des générations en rejoignant les fibres humaines les plus intimes de notre être. Tout ce qui vibre en nous d'aspirations et de désirs de générosité y est touché. Car ces béatitudes ne sont pas une leçon de morale ; elles sont d’abord la révélation des vraies valeurs, celles qui font la grandeur de l’homme.

Certes beaucoup de penseurs, dans d’autres religions qui n’ont pas connu le Christ, ont dit des choses analogues. Pour tous ceux-là, l’Evangile apporte une confirmation : il est facile de se tromper sur notre vérité profonde ; vous avez raison de dire que vous ne courez pas après la richesse, que vous cherchez la justice, que vous le croyez pas à la violence.

Mais elles ajoutent une autre vision de la vie, celle d’une réalité qui n’est pas évidente parce qu’elle paradoxale. Elles nous disent qu’en les vivant nous rejoignons l’amour qui nous fonde en Dieu. La logique des béatitudes, c’est Dieu et son Royaume et non pas seulement une paix sociale, une maîtrise de soi, une sagesse humaine qui nous détache de l’inutile.

Les dernières lignes d’ailleurs sont tout autant un avertissement qu’une révélation : les violents ne supporteront pas ceux qui cherchent la paix. Les injustes se mobiliseront contre les justes. C’est l’avenir même du Christ qui est dit et c’est le sort des disciples qui se lancent dans l’aventure de Dieu. Nous avons à vivre ce qu’il a vécu.

UNE ANNONCE DU ROYAUME.

Lorsque cet évangile nous est lu à la Toussaint, il apparaît dans une atmosphère d'achèvement: c'est la réussite définitive de l'oeuvre du Seigneur. Aujourd'hui, il apparaît comme un commencement. C'est l'annonce du Royaume dans sa racine et dans son germe.

En saint Luc, Jésus descend de la montagne après avoir passé la nuit en prière. Il s'adresse à ses disciples et à la foule réunis "dans la plaine". En saint Matthieu, au contraire, Jésus gravit la montagne, où il s'adresse à la foule.

Dans les deux cas, il apparaît comme le nouveau Moïse, venu refaire l'unité du Peuple de Dieu. Il promulgue la loi du Royaume. Ses auditeurs y trouvent un message essentiel: il faut changer de vie, se convertir, voir les choses d'une autre manière, car le Royaume des cieux est au milieu de nous.

LE RENVERSEMENT DES VALEURS

Au même moment, tout ce que notre vie comporte de douloureux et d'insupportable est enfin dévoilé, reconnu et guéri. La misère qui semble s'abattre toujours sur les mêmes, l'exclusion des malades et des infirmes, la pauvreté et la souffrance elles-mêmes, deviennent sources et motifs de joie.

Nous avons maintes fois essayé de suivre cette Parole pour réaliser ce qu'il y a de plus pur en nous, mais toujours il nous a semblé que nous n'étions pas libres, comme si des forces opposées nous l'interdisaient. Il nous a semblé que le progrès annoncé par les béatitudes demeurait fuyant et insaisissable; qu'on ne pourra jamais l'atteindre, et encore moins le savourer sans le secours de Dieu.

Car il s'agit bien d'un renversement radical des mentalités et des valeurs; un changement si profond qu'il ne peut se faire sans la transformation complète de ce qui ne correspond pas en nous au dessein initial du Créateur.

LE ROYAUME A VENIR EST DEJA PRESENT

Les béatitudes ne sont pas une réalisation immédiate ni même immédiatement réalisables. Elles sont promesses : « ils auront la terre en héritage, ils seront consolés ». Elles sont au futur. « C’est en espérance que nous sommes sauvés », dit saint Paul aux Romains (8. 24). Toutes au futur, sauf une, celle qui ouvre ce message : « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre car le Royaume des cieux est à eux. »

Si nous prenons pour ces termes « heureux », une traduction en vieux français que rejoint le parler québecois, heureux signifie : »Vous êtes chanceux, vous avez de la chance… »

...... " oui, vous avez cette chance de ne pas être empétrés dans vos richesses pour découvrir ainsi la richesse qui vient de Dieu !

Chacune des béatitudes prend alors un sens inouï et merveilleux.
Et le verbe qui est au présent nous dit ainsi que cette réalité dès aujourd’hui, marque l’avenir et lui donner un sens.

Dès aujourd’hui, se dépouiller de soi-même pour être en connivence avec Dieu. « Accorde-nous de pouvoir t’adorer sans partage », comme le dit la prière d’ouverture de la messe de ce dimanche.

La vie du Christ peut récapituler la vie du Christ, qui ainsi révèle la vérité par son existence terrestre qu’il nous invite à partager en plénitude quand il nous demande de le suivre, jusqu’au détachement, jusqu'à la croix, jusqu'à la Résurrection : « Ils verront Dieu ». En sa divinité.

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La pauvreté, au sens évangélique du terme, est donc une attitude spirituelle fondamentale. Elle est la décision de mettre sa sécurité et son espérance non dans ce que nous possédons immédiatement, mais seulement dans ce que nous croyons de Dieu.

Nous ne nions pas les réalités matérielles, pas plus que le Christ ne les a niées. Nous les ordonnons seulement autrement pour qu’elles deviennent des moyens concrets de vivre l’amour des autres, des moyens qui nous préservent d’être défigurés par la réduction de nos désirs à n’être que des objets de consommation, donc dénaturés de notre valeur essentielle

Le Christ est venue restaurer, en nous comme en nos frères cette dignité de nous-mêmes,qui vient de lui-même. «

Accorde-nous d’avoir pour tout homme une vraie charité », dit encore la prière d’ouverture de la messe de ce dimanche.

« T’adorer sans partage... avoir pour tout homme une vraie charité. » Les deux commandements ne font qu’un.

 

DIMANCHE 5 FEVRIER 2017
CINQUIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Références bibliques :

Lecture du prophère Isaïe : 58. 7 à 10 : "Si tu combles les désirs des malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres."
Psaume 111 : "Lumière des coeurs droits, il s’est levé dans les ténèbres".
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 2. 1 à 5 : "C’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient."
Evangile selon saint Matthieu.: 13 à 16 : "Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde."

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Jésus a gravi la montagne où il a rassemblé ses disciples. Il leur a donné le sens des béatitudes et leur a enseigné le chemin difficile du Royaume, un chemin rempli de contradictions qui transforment en espérance et en joie la faiblesse et la peine. Il leur a donné cette « chance » de rejoindre le Royaume, la Paix, l’amour des frères. « Chanceux » dit une nouvelle traduction en accordant à ce terme toute la force qu’il a conservée dans la langue française du Québec et dont nous avons parlé dimanche dernier : « Ne laissez pas passer cette chance ! « .

LA SUITE DES BEATITUDES.

L’Evangile d’aujourd’hui est la suite immédiate des béatitudes. Jésus y affirme qu’ils sont "le sel de la terre et la lumière du monde." quand ils vivent cet idéal : "Heureux les pauvres, les doux, les purs, les artisans de paix, les miséricordieux."

Il nous faut entendre cela dans le contexte de l’époque si l’on veut avoir une plus grande compréhension du message et de la manière dont il sera reçu par les auditeurs du Christ. A son époque, il n’y avait ni congélateur, ni réfrigérateur. Dans la majorité des cas, c’était le sel qui permettait la conservation des aliments. Pour fertiliser les terres cultivables, il n’y avait pas d’engrais, et bien souvent on employait le sel. La lumière n’était pas celle des tubes fluo ou des lampes à forte luminosité. C’étaient des torches, des flambeaux, des lampes à huile.

Le sel peut s’affadir, il n’est plus bon à rien. Ne soyez ni fades, ni ternes. C'est comme s'il ajoutait: ". Lorsque vous serez découragés et que votre patience perdra de sa vigueur, rappelez-vous bien que vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde. Bâtir le Royaume sera long et exigeant. Si minime soit la quantité de sel, elle ne doit pas être totalement absente. Si faible soit notre luminosité, elle doit être placée sur le lampadaire.

Ni le sel ni la lumière ne sont là comme une simple image ni comme un simple objectif à atteindre, c'est la nature même de notre comportement de disciples. C'est notre identité de disciples de Jésus qui est en jeu. Car nos doutes, nos hésitations, notre repliement sur nous-mêmes peuvent détériorer la mission qui est la nôtre et dont le Christ nous charge.

VOUS ETES LE SEL DE LA TERRE.

L’image du sel nous invite à donner du sens aux réalités de l’existence. De même qu’un aliment non salé paraît bien fade, les événements de la vie ne portent leur poids de signification que s’ils sont reliés à la foi. Et c’est aux croyants de relier la vie et la foi.. Autrement dit, c’est la vie des croyants eux-mêmes qui atteste le sens de la vie.

Nous venons de le constater au travers des événements et du désastre de l’Asie du Sud.

Ce n'est pas en fonction du regard que les autres portent sur nous que nous devons seulement régler notre vie. Nous avons d'abord à être fidèles à ce que Dieu attend de nous puisque c'est son Royaume que nous construisons. L’authenticité du message chrétien, que nous vivons, fera de nous des témoins. Il attire d’abord parce que cette bonne nouvelle fait vivre aujourd’hui des hommes et des femmes et que leur vie en est transformée. C’est ainsi que nous serons des témoins.

Le vécu et plus fort, plus entraînant, plus vivifiant que la multiplicité de nos discours et de nos conseils. Nous le vivons dans un monde où, malgré la montée du bien-être matériel et de la consommation, augmente le nombre des blasés, des déprimés, des paumés qui disent : "Je n’ai plus de goût à vivre..." Les plaisirs décevants et les drogues compensatrices ne rassasient pas notre besoin de bonheur profond.

A nous, disciples du Christ, d’être non des sermonneurs mais des témoins vivant de cette espérance qui donne une saveur nouvelle à la vie :"Vous êtes le sel de la terre." Par sa présence discrète, il équilibre et met en valeur les goûts spécifiques et différents de ce qu’il accompagne.

VOUS ETES LA LUMIERE DU MONDE.

Alors que le sel se mêle invisible aux aliments, la lumière ne se cache pas. Elle est faite pour éclairer. Elle n’a pas à être contemplée pour elle-même, elle doit servir. Elle permet de se repérer et de savoir où l’on va. "Gardez-vous d’être admirés devant les hommes", (Matthieu 6. 1 à 18)

Le Seigneur voit grand, pour chacun et chacune d’entre nous. Il est la lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme (Jean 1.9 et Jean 9.5). Et il nous dit : « Vous êtes la lumière du monde. » Nous sommes, nous devons être la lumière du monde….

Le terme employé dans le texte grec est "cosmos", le monde entier. Vous avez, nous avons, à révéler la splendeur de cet univers créé par notre Père du ciel, et donc pas seulement éclairer les hommes nos frères. Dans le même temps nous avons à donner un sens à ce monde créé, car nous sommes des créatures et nous en partageons les aléas et les limites

Mais, dans le même temps, il insiste :"Que votre lumière brille devant les hommes. Alors en voyant ce que vous faîtes de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est dans les cieux." (Matthieu 5. 16), comme la présence du Christ dans le monde illumine tout homme. Le rôle du chrétien n’est pas d’attirer le regard vers lui, mais vers celui qui est la source de toute vie, Dieu lui-même. Nous avons à transfigurer la vie de ceux qui nous entourent.

Et cela nous pose une redoutable question. Est-ce que notre témoignage doit se rechercher pour lui-même ? Faut-il inspirer notre conduite par cette volonté de "témoigner" ou même d’imposer nos vues et notre idéal aux autres ? Où serait alors la transparence et la vérité auxquelles nous invite si fortement le Christ ? Où serait la liberté de décision de ceux que le Christ appelle par notre intermédiaire ?

La réponse ? elle est dans la manière dont le Christ lui-même a vécu, au quotidien, la proximité des malades, des anxieux, des prétentieux, des envieux, des pauvres de toute sorte.

SEL OU LUMIERE

Les images du sel qui se perd dans la masse et de la lampe que l’on place sur un lampadaire, peuvent sembler contradictoires. La première réponse qui vient à l’esprit est que tout disciple du Christ doit se faire tour à tour, selon les circonstances, sel ou lumière.

En fait, ce sont les mêmes "oeuvres bonnes" qui doivent être en même temps sel et lumière. En d’autres termes, elles sont "sel" en ce que nous ne les faisons pas pour nous mettre en évidence, comme le sel n’est pas pour lui-même mais pour le « faire valoir » de ce qu’il assaisonne. Elles sont "lumière" parce que la lumière n’est pas faite pour attirer le regard, mais pour le tourner vers l’objet ou la personne qui, sans elle, serait dans l’ombre où les ténèbres.

Nous mettons en évidence le chemin qui conduit au Père, c’est-à-dire le Christ lui-même, qui se dit "Lumière du monde". Nous ne pouvons pas être autre que lui qui est "le chemin, la vérité, la vie".

Isaïe nous suggère les moyens qui reflètent le mieux ce que doit être notre témoignage :"Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable... alors ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi."(Isaïe 58. 10) Dans ce Royaume où Dieu a pris le pouvoir, tous les aspects de la société sont réglés sur la fraternité qui jaillit de l’amour. Il est riche d’enseignement de faire le lien avec l’évangile de saint Matthieu 25. Quand est-ce que nous avons découvert la lumière de la présence du Christ ? quand nous avons vu les pauvres, les affamés, tous ceux qui sont dans la nuit de la misère.

Il n’y a pas de produit de remplacement. L’amour que Jésus a manifesté, l’amour du Père pour tout homme, est la dernière chance des hommes. Car c’est le coeur qui nous donne l’intelligence que nous avons des êtres et qui les rapproche ainsi les uns des autres jusqu’à les unir

Il ne s’agit pas d’une justice distributive, mais de cette charité qui est en Dieu et dont il importe, en priorité, que toute personne en ait sa part pour avoir aussi sa part de bonheur. "En ce monde où nous espérons le bonheur que tu nous promets, répète l’Eglise à chaque messe après avoir redit le "Notre Père". "Délivre-nous de tout mal, de la haine et de la guerre, du péché et des épreuves, en attendant l’avènement de Jésus Christ notre Sauveur."

AU PLURIEL

Il est un détail qui est essentiel à remarquer dans ces paroles de Jésus. Les petites paraboles du sel et de la lumière sont au pluriel :"Vous êtes ..." Il s’adresse aux disciples en tant que communauté. Ce n’est pas seulement chacun qui doit briller dans les ténèbres ou s’enfouir comme le sel pour donner saveur. C’est aussi l’Eglise que nous sommes parce que elle est le Corps Mystique du Christ que l’Esprit donne au monde.

Alors qu’au chapitre 6 de saint Matthieu, nous lisons :"Quand tu fais l’aumône..." (verset 2) "Pour toi, quand tu veux prier ..."(verset 6) "Pour toi, si tu jeûnes..." (verset 17), ici nous entendons que la communauté des disciples doit briller aux yeux des homme, doit se diluer dans le monde comme le sel. Nous n’avons pas à vivre un individualisme spirituel. Nous sommes membres du Corps du Christ : "Accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ... que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire." selon la prière eucharistique. De l'effort concerté et de la communion de chaque disciple dépendent la totalité du projet de Dieu.

Nous sommes chargés, malgré nos faibles moyens, de réaliser, dans et par le quotidien qui nous entoure, le Royaume. « Nous te rendons grâce car tu nous a choisis pour servir en ta présence." » (Prière eucharistique II)

***

Il fera de nous le sel de la terre et la lumière du monde si nous voulons seulement nous laisser transformer en Celui qui est la lumière du monde. C’est tout simple à dire, c’est exigeant à vivre au quotidien. "Accorde-nous de vivre tellement unis dans le Christ que nous portions du fruit pour le salut du monde." (Prière de la communion de ce dimanche)


DIMANCHE 12 FEVRIER 2017
SIXIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture de Ben Sirac : 15. 15 à 20 : "Étends la main vers ce que tu préfères."
Psaume 118 : " Ouvre mes yeux que je contemple les merveilles de ta Loi."
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor 2. 6 à 10 :"Nous proclamons la sagesse de Dieu."
Évangile selon saint Matthieu : 5. 20 à 37 : "Quand vous dîtes oui, que ce soit oui. Quand vous dîtes non, que ce soit un non.

"
***

C'est dans le coeur de l'homme que se joue sa fidélité à Dieu et son ouverture aux autres. Et c'est que nous avons à assumer et traduire la pensée de Dieu que nous découvrons dans le "vécu" de Jésus-Christ.

RECHERCHER

Sur les bords du Jourdain, André et Philippe recherchaient quel était celui dont les prophètes avaient parlé. Ils ne voulaient pas en rester au simple commentaire des scribes ni même ceux plus élaborés des docteurs de la Loi.

Ils avaient quitté le monde clos de Jérusalem où ces doctes personnes jasaient sur des textes, que des scribes transcrivaient en même temps qu'ils les explicitaient par de savants commentaires.

Ils ne voulaient pas en rester là. Ils voulaient voir clair. Ben Sirac avait dit :"Étends la main. Regarde et choisis."

Sur les bords du Jourdain, André et Philippe ont découvert une voix qui se faisait entendre. Elle était l'écho de celle des prophètes. Elle ne proclamait pas une sagesse de ce monde. Elle voulait, humblement, proclamer la pensée de Dieu qu'il avait découvert.

Jean-Baptiste était venu pour rendre témoignage à la lumière, celle qui venait dans ce monde pour illuminer les hommes. (St Jean. 1. 3 et 4)

DÉCOUVRIR

Mais la sagesse est un mystère de Dieu. "Ce que personne n'avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles."

Les grandes discussions que nous pouvons avoir en nous-mêmes comme avec nos proches, seront toujours partielles et bien souvent partiales si elles n'en restent qu'à une discussion sur le rituel de nos gestes sociaux ou moralisateurs.

Les profondeurs du mystère ne peuvent se mesurer. La morale naturelle ne contredit pas la pensée de Dieu, mais elle n'est pas toute la pensée de Dieu que Jésus nous a révélée.

Et qui peut atteindre cette pensée s'il n'y a pas un immense amour, un amour attentif à accomplir toute la loi, dans un comportement intérieurement vécu, plus radical aussi d'ailleurs parce que Jésus appelle chacun de nous à se dépasser lui-même comme à dépasser la lettre, pour mener un vie de foi authentique.

C'est d'abord la loi de Dieu qui doit être la nôtre, que nous avons à connaître, que nous avons à faire connaître, que nous avons à traduire dans nos gestes quotidiens pour Dieu, comme pour nos frères. "Ouvre mes yeux que je contemple les merveilles de ta Loi"... et pas seulement la lettre.

LE TRADUIRE DANS NOS VIES

" N'en restez pas là... moi je vous dis..."La Loi est sans doute une merveille, mais elle doit être vécue comme le Christ l'a vécue. Car pour lui, tout se joue désormais au niveau du cœur humain qui doit être à l'image et à la ressemblance du coeur de Dieu.

Interdite la colère contre un frère parce qu'elle porte en elle le germe d'un véritable meurtre. Interdite la convoitise, parce qu'elle porte en elle comme le vol d'une richesse intime. Interdits les serments vrais ou faux, parce qu'ils détruisent la force de la vérité.

Nous avons à nous en tenir à la seule parole, celle du "oui", celle du "non", celle de la vérité et du respect profond de la personnalité de notre frère à qui nous devons la vérité

Et nous qui croyions que l'Évangile n'était que douceur,piétisme émotionnel, consolation, indulgence, nous voici confrontés à des exigences sans précédent. Alors bien souvent nous réagissons comme les apôtres : "Mais, qui peut être sauvé?" (Mc 10,26).

La réponse de Jésus nous la connaissons, mais nous avons crainte de nous y engager parce qu'en effet elle est très exigeante. "En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire!" (Jn 15,5).

Nulle morale chrétienne n'est possible sans le support d'une vie spirituelle, disons même, mystique: celle de notre union avec le Christ, de notre greffe sur sa propre personne, source du vouloir et du faire.

Posé sur nous, son regard de tendresse nous fait découvrir que, sans lui, nous ne pouvons rien faire, mais qu'avec lui et en lui, tout devient possible.

Posé sur nos frères, notre regard, s'il est celui-là même de Dieu qui est amour, ce regard nous donne la réponse car alors nous nous demandons comment le Christ agirait en pareille circonstance, et comment désormais doit être pour chacun d'entre nous la manière personnelle d'accomplir la Loi.

***

"C'est à nous que Dieu, par l'Esprit, a révélé cette sagesse, car l'Esprit voit le fond de toutes choses et même les profondeurs de Dieu." (1ère aux Corinthiens. 15. 20


DIMANCHE 19 FEVRIER 2017
SEPTIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture du Livre du Lévitique : 19. 1 à 18 :"Soyez saints, car moi, le Seigneur, je suis saint."
Psaume 102 : " N'oublie aucun de ses bienfaits."
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 3. 16 à 23 : "L'Esprit de Dieu habite en vous."
Évangile selon saint Matthieu : 5. 38 à 48 : "Afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux."

A la suite des Béatitudes, les évangélistes nous disent quelle transposition le Christ en fait dans la vie quotidienne et en particulier dans les difficultés et les oppositions que nous rencontrons.

L'amour des ennemis, par exemple en ce dimanche, ne vient pas de notre indulgence compréhensive. Il a pour fondement le fait que, divinisés par la grâce de Dieu, nous devons la réaliser comme le Christ l'a vécue.

CE QUE NOUS SOMMES

La conduite que le Christ attend devenir celle de ses disciples nous conduit sur le chemin des exigences de la véritable sagesse.

Certes nous sommes de la même "pâte" humaine que l'adversaire qui nous attaque ou nous fait procès. Et cette similitude nous donne déjà le devoir d'une certaine compréhension, d'une certaine indulgence, dans nos comportements comme dans nos réactions. Ce que nous attendons des autres, eux sont aussi en droit de l'attendre de nous. Nous sommes comme eux et dans certaines situations nous avons agi comme eux.

Mais dans la pensée de Dieu, c'est davantage ou plutôt c'est tout autre. "Soyez parfaits ...Soyez comme moi ... imitez-moi," non pas comme un modèle extérieur à vous-mêmes qui influencerait votre comportement. Mais " Soyez saint ... soyez tendresse et pitié ...parce que l'Esprit de Dieu habite en vous."

" Tout vous appartient" ...non comme une possession, mais comme un trésor, une richesse dont vous êtes plus que les gérants. " Cela nous appartient". Il est venu le temps de transposer dans le quotidien ce que nous sommes, ou plus exactement qui nous sommes.

EN PRENDRE CONSCIENCE

Et non pas ce que nous savons d'expérience ou de connaissances. Comme les Corinthiens nous avons tendance à nous appuyer sur des penseurs, des experts, des théologiens, des maîtres de spiritualité.

Sans réduire l'apport de ces maîtres, nous avons à mesurer la portée de l'affirmation de l'apôtre qui a conduit la communauté chrétienne de Corinthe à la connaissance de l'Évangile.

Paul lui-même est le pharisien converti et l'infatigable prédicateur de la révélation sur le chemin de Damas. Apollos est un théologien de la célèbre académie théologique d'Alexandrie . Pierre est celui sur qui Jésus a fondé son Église et qui est celui qui en confirme la foi.

"Tout vous appartient". Vous pouvez appartenir à ces courants spirituels et doctrinaux, dit Paul. Vous pouvez les faire vôtres et vous reconnaître en eux.

Vous pouvez être puissants, savants, décideurs de la vie politique, sociale ou scientifique. " Le monde, et la vie et la mort, le présent et l'avenir, tout vous appartient". Tout est à vous ....

Oui et non. Nos valeurs ne sont rien si cette échelle des valeurs ne nous conduisait plus haut. "Vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu." La sagesse du monde est folie devant Dieu. Seule est sagesse la folie de Dieu.

Relisons un passage du livre de la Genèse, (Genèse. 28.11). Ce soir-là, Jacob poursuivait sa route et fit une halte près du mont Moriah. Il n'avait pas encore connu d'expérience prophétique. Il n'avait pas encore réuni en lui les trois qualités nécessaires de sagesse, de force et de richesse intérieure. Il poursuivait l'itinéraire qu'il s'était fixé.

Et c'est là que, dans son sommeil, il vit une échelle fichée au sol et s'élevant très haut dans le ciel, une échelle large et grande, sur laquelle deux anges montaient et deux autres anges en descendaient. Une lumière exceptionnelle illuminait le monde.

Et lorsqu'il se réveilla, il dit : « Sûrement Dieu est présent ici et je ne le sais pas... Ici il n’y a rien que la maison de Dieu et ceci est la porte du ciel. »

"Vous êtes le temple de Dieu et l'Esprit de Dieu habite en vous," nous dit saint Paul. Quelques mots dont nous avons à en peser la réalité et les conséquences qui en découlent.

EN TIRER LES CONSÉQUENCES

Soyons donc dans notre vie quotidienne cette présence de celui qui habite en nous, et cette porte du ciel, pour tous les hommes. " Pour nous, les hommes", dit le Credo. et non pour quelques-uns.

Dans les situations que le Christ évoque, il ne s'agit pas seulement d'attendrir l'adversaire, ni même de le désarmer. L'amour n'est pas seulement le pardon immédiat, mais aussi l'acceptation d'une autre injure, ultérieure peut-être. Cette acceptation immédiate témoignera d'un amour qui dépasse le geste de l'ennemi, "Celui-là est vraiment le Fils de Dieu", dira le centurion du Calvaire, après avoir commandé et ordonné chaque geste de la torture du crucifiement.

Notre attitude inspirée par l'amour peut donc ébranler celui qui veut être adversaire. Un jour ou l'autre, peut-être, il découvrira la raison de notre dépassement, à son égard. Car rien ne peut dépasser l'amour.

C'est la mise en oeuvre dans notre vie de ce qu'attend le Christ de nous. " Qui et quoi peuvent nous détacher de l'amour du Christ pour nous ? Qui nous séparera de l'amour que nous donnons au Christ ? ... Ni la détresse, ni langoisse, ni la persécution....En tout cela nous remportons la plus complète victoire par celui qui nous a aimés .. par l'amour que Dieu nous a manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur." (Romains 8.39)

Sur les routes de Galilée et de Judée, à Jérusalem et au Calvaire, Jésus a rencontré des ennemis. Mais il ne les connaissait pas comme tel. Il était venu pour eux, il est mort pour tous les hommes, pour les conduire en sa Résurrection. "Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font..."

Puisque nous sommes fils de Dieu par la grâce et frères par l'amour sauveur du Fils en son Incarnation, transposons dans nos faits et gestes, dans nos pensées et notre vie, la vie qui fut celle du Fils de Dieu parmi nous.

" On vous a appris... moi, je vous dis afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux." (Matthieu 5. 44)

AU COEUR DE L'AMOUR

Mais en ce chemin qui nous rapproche de celui qu'il a connu avec les oppositions de certains pharisiens, avec l'abandon temporaire de ses apôtres, avec la torture du Calvaire, il ne nous laisse pas seuls. Il est sans cesse proche de nous, présent réellement avec nous.

" Ce sang de l'Alliance nouvelle et éternelle, versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés... Faites ceci en mémoire de moi ..."

Dans un tel renoncement qu'il demande au disciple pour atteindre la perfection qui est celle-là même du don de l'amour, il se fait nôtre, il fait alliance avec son Peuple.. Et c'est pour cela qu'il nous donne d'avoir accès au sacrifice de sa mort et de sa Résurrection en chaque Eucharistie.

Alors, " Qui nous séparera du Christ ? Ni la détresse, ni l'angoisse, ni la persécution, puisque Dieu nous manifeste son amour en Jésus-Christ notre Seigneur." (Romains 8.39)

Le Christ Jésus nous en a donné l'exemple. A nous dans le quotidien de le rejoindre en chaque Eucharistie. "Vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu."

***

Accorde-nous de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes dns une inlassable recherche des biens spirituels." (Prière d'ouverture de la messe de ce dimanche.)


DIMANCHE 26 FEVRIER 2017
HUITEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Références bibliques :

Lecture du prophète Isaie : 49. 14-15 : "Moi, je ne t'oublierai pas."
Psaume 61 : "Devant Lui, épanchez votre coeur."
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 4. 1 à 5 : "Serviteurs du Christ et intendants des mystères de Dieu."
Évangile selon saint Matthieu : 6. 24 à 34 : " Cherchez d'abord son Royaume et sa justice."

Dieu est plus sûr que toute valeur humaine. Ce qui doit nous motiver ce n'est pas ce que l'on pense de nous. C'est ce comment Dieu me voit, me juge ... Transposer cette divine réalité dans le mystère que nous sommes en Christ;

A LA LUMIÈRE DU CHRIST

Est-ce que la source jette par la même ouverture le doux et l'amer ? est-ce qu'un figuier peut donner des olives, ou une vigne des figues?
JACQUES Ill, 12.

Nul ne peut servir deux maîtres. On ne saurait trouver une parole plus claire. La déclaration est catégorique. Si elle nous gênait moins, nous n'y trouverions rien à redire. Mais comme la pensée nous prend corps à corps et nous serre de près, nous cherchons à trouver l'image en défaut.

La parole du Christ est poétique Les oiseaux du ciel, les lys des champs, les semailles et la moisson, les réserves dans les greniers. Un peu irréaliste ajoutent même certains.

Les blés peuvent être moissonnés, parce qu'on a travaillé la terre avant d'y répandre les semences. Les pauvres peuvent se nourrir parce que les greniers ne sont pas vides. La mère de famille peut s faire du souci quand ses enfants manquent de tout.

Engranger n'est pas toujours se mettre au service d'une domination exigeante. Préparer l'avenir n'est pas une attitude déraisonnable. "Le mal n'est pas dans la richesse ou dans la pauvreté mais dans la façon de vivre ces réalités", déclarait l'évêque de la Havane, le 23 janvier 2011.

« Nul ne peut servir deux maîtres. » - Et pourquoi pas? Le tout est de savoir s'y prendre. Nous convenons qu'il est difficile de servir deux maîtres; mais ce n'est pas impossible. Le pétrole peut bien faire progresser une société.

En fait, nous jouons sur les mots comme sur les situations en disant cela. Ca nous savons bien que cette parole du Christ éclaire des situations et des manières d'agir qui conduisent à la pauvreté, à la misère, à la migration, à l'exclusion, dans les mines d'Amérique du Sud ou d'Afrique, aux bidonvilles de l'Inde ou à la guerre au Kivu.

Dans un monde pluriel les peuples des pays émergents comme dans les régions déclinantes sont à la merci de maîtres financiers, économiques ou politiques. Et cette parole du Christ ne s'adresse pas qu'au simple citoyen, mais à tous ceux qui ont ou veulent assumer une charge au service des autres.

La lumière du Christ doit "éclairer tout homme en ce monde" (Jean 1.9). "La grâce et la vérité viennent par le Christ."

RICHESSE ET PAUVRETÉ

Le Christ n'a jamais vécu avec son Père au moyen de compromis savants et successifs. Il a tout donné de son humanité. "Je connais tes oeuvres : tu n'es ni froid ni bouillant. Plût à Dieu que tu fusses froid ou bouillant! Mais parce que tu es tiède et que tu n'es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche.
APOCALYPSE III, 16.

"Heureux les pauvres de cœur!" (Mt 5,2). C'est en écho à la première béatitude qu'il faut comprendre
la portée de l'évangile de ce dimanche, aussi bien dans notre vie personnelle que dans la vie des nations entre elles. Bien des problèmes connaîtraient un début d'une solution si les réunions des G 8, G 12 ou G 20, si les Forum Mondiaux ne se repliaient pas sur leurs richesses abandonnant les plus pauvres hors de leurs conférences.

Comme nous passons sur le trottoir de nos villes devant le pauvre qui s'est assis à la porte du Supermarché ou non loin du distributeur de la banque. Une manoeuvre, peut-être. Non, le rappel d'une réalité.

Pour chacun de nous, le Royaume est là, tout proche, déjà mystérieusement et ce n'est pas une utopie que d'opter pour Dieu sans compromis, le servir sans partage, s'en remettre à lui avec une confiance totale dans son dessein de salut, telle est l'exigence primordiale.

Nul ne peut servir deux maîtres, nul ne peut servir Dieu et l'Argent!

Et ces paroles du Christ sont à comprendre dans la plénitude de leur signification. L'argent résume tout ce que nous cherchons à posséder, à retenir en une possession qui devient un asservissement!

Ne devrait-on pas quitter les choses avant qu'elles ne nous quittent? Nous construisons tant de remparts pour assurer les prétentions de notre personnalité... mais peu nombreux sont ceux qui ont choisi cette liberté et cette ouverture à Dieu par la donation de leurs triple voeu religieux.

Les richesses, matérielles, sociales, intellectuelles, spirituelles, quelles qu'elles soient. Dieu les a mis à notre disposition. Elles ne sont pas à rejeter, elles sont là pour bâtir un monde à la mesure de Dieu, et des hommes, un monde à explorer, un univers à découvrir, parfois péniblement, avec Dieu, la main dans la main.

Vivre dans la confiance et dans cette espérance au sein de l'universelle insécurité, échanger les mille soucis de la vie contre l'unique souci de construire le Royaume et sa justice, tel est le pari qu'il a confié à l'homme au premier jour (Genèse. Ch. 1) Est-ce le nôtre?

LE PAIN DE NOTRE QUOTIDIEN

Le conflit entre la réponse quotidienne que nous donnons à Dieu et les intérêts matériels que nous considérons comme essentiels éclate à propos de mille questions, grandes et petites. Et le conflit de l'argent le montre dans toute son acuité.

L'avarice, sous toutes ses formes, c'est l'amour de la propriété transformé en culte, et l'avare ne possède plus cette liberté et cette indépendance qu'un homme doit toujours garder en face de ce qui lui sert d'instrument. L'avare est un possédé en se voulant possesseur.

Son bien quel qu'il soit, n'est pas son outil, mais son maître et son Dieu.

Et rien n'est plus étrange qu'un avare, qui est en même temps un dévot, et qui essaye de mener de front le culte de l'argent et le service de Dieu. La volonté de Dieu est que nous aimions nos frères, et que nous prouvions cet amour par les moyens qui sont en notre pouvoir. Aimer Dieu et se donner, ou donner volontiers de son bien, cela est tout un.

L'avare se tire d'affaire en offrant au Dieu vivant des démonstrations platoniques, et à l'autre un service réel et fructueux. Mais il finit par mêler tout cela.

"Nul ne peut servir deux maîtres ..." Quand la curiosité de Zachée se transforma en un choc d'amour, il décida de donner tout son bien aux pauvres et à ceux qu'il avait lésés. Quand Marie-Madeleine, après avoir cherché l'amour dans des rencontres frelatées, rencontra l'amour divin, elle le suivit au calvaire et fut la première à rencontrer le ressuscité qui l'avait ressuscitée.

TOUS LES JOURS

Et c'est tous les jours qu'il nous faut ouvrir notre coeur, nous faire violence. L'avare ferme ses mains comme il ferme son coeur.

Le Christ nous a montré ce que nous avions à décider, au seuil de sa vie publique, au désert et jusqu'au soir du jardin des oliviers. "Que ta volonté soit faite sur la terre, comme au ciel."

Ouvrons nos mains sur le chemin de la Résurrection. Laissons-nous saisir par la main sévère et clémente qui nous arrache aux contradictions de nos conduites, aux tortures des coeurs partagés. Que cette parole nous réveille, et nous relève : "Nul ne peut servir deux maîtres !"

Donne la main à Dieu, et laisse-lui prendre ta volonté entière. Ne nous plaignons pas de nos faiblesses, de la route difficile, des obstacles, des chutes probables... pourvu que notre coeur ne soit point partagé !

Donnons notre main à Dieu. S'il nous arrive de nous écarter de la ligne droite, si nous tombons, cherchons la main de Dieu, "le Royaume et sa justice". Si nous pouvons pas faire deux pas sans tomber, cette main nous relèvera :"Ne vous faîtes pas tant de souci pour demain, demain se souciera de lui-même, à chaque jour suffit sa peine," dit Jésus et il en sait bien le motif de cette certitude.

La main de Dieu n'est pas celle d'un avare. Elle est celle de l'amour. "Attendez la venue du Seigneur, il est lumière." (1 Corinthiens. 4. 1à 5)

***

" C'est toi qui nous donnes, Seigneur, ce que nous t'offrons. Pourtant tu voisdans notre offrande un geste d'amour. Aussi nous te prions avec confiance. "(Oraison sur les offrandes de ce dimanche),


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