Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


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Dimanche 1 mai : Sixième dimanche de Pâques
Jeudi 5 mai : L'Ascension du Seigneur
Dimanche 8 mai : Septième dimanche de Pâques
Dimanche 15 mai : La PENTECÔTE
Dimanche 22 mai : La Trinité
Dimanche 29 mai : Le Saint-Sacrement
Dimanche 5 juin : Dixième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 12 juin : Onzième dimanche du temps ordinaire





 

DIMANCHE 1 MAI 2016
SIXIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

 


Références bibliques :

Lecture du Livre des Actes des Apôtres. 15. 1 à 2 29 :” L’Esprit-Saint et nous-mêmes avons décidé...”
Psaume 66 : “Que les nations chantent leur joie !”
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean. 21. 10 à 22. 23 : La gloire de Dieu l’illumine et sa source de lumière, c’est l’Agneau.”
Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 14. 23 à 29 : “Le Défenseur, l’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout.”

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LA VIE DE L’EGLISE

La première réunion des apôtres devant l'évoluton nécessaire que doit assumer la jeune Église est appelée "le concile des Jérusalem; Il constitue celle une date capitale, dans la lecture des textes de la première alliance selon ce qu'a déclaré Jésus dans le sermon sur la montagne : "Je ne suis pas abolir, mais donner la plénitude de la vérité." (Mt 5/17)

Antioche est au carrefour de la culture romaine, de la culture grecque et de la culture orientale de la Perse. Les populations de cette ville importante et influente en tellement consciente qu'elle détache les fidèles de la nouvelle "religion", du judaïsme et les attachent à Jésus. C'est là que pour la première fois ils sont appelés "chrétiens" prenant en compte leur ouverture au monde

L’Eglise d’Antioche a toute une histoire qui lui est propre (Actes 11.) Elle a été fondée par des juifs de langue grecque, devenus chrétiens et dispersés par la persécution qui suit le martyre de saint Etienne. Ils annoncent l’Evangile à Antioche de Syrie, aujourd’hui Antakya en Turquie. Bon nombre de païens se convertissent.

Convertis à la Parole de Jésus, ils ne sont pas que les continuateurs de la Torah et des Prophètes, mais du Christ. Ils ne sont pas les disciples d’un prophète ou d’un meneur d’hommes. Mais du Messie, attendu par les Juifs, attente à laquelle les païens participent également, mais sans en avoir conscience. Ils ne veulent pas se détacher de l'Église-mère, même si des structures et une certaine hiérarchie apparaissent.

Alors nous voyons l’Eglise d’Antioche financer le voyage de ses émissaires, pour rester unie à l’Eglise de Jérusalem dont bien des fidèles ont été associés à à la vie et à la personne de Jésus.

Si une difficulté survient, l’Eglise d’Antioche ne fait pas cavalier seul, et ne se juge pas “auto-suffisante”, elle se tourne vers celle de Jérusalem pour en débattre. Le ministère de Barnabé auprès des païens le conduit à aller chercher Paul de Tarse.

L'ÉGLISE ET L'ESPRIT-SAINT

A Jérusalem, ce sont les Anciens, comme dans les communautés juives, qui ont une place particulière. Mais les Apôtres sont nommés avant eux dans la liste des ministères. L’importance de Jérusalem semble ainsi plus liée à la présence des apôtres qu’au fait d’avoir été la première communauté chrétienne, datant du jour même de la Pentecôte, le jour de l'Espeir-Saint..

Chaque Eglise est bien l’Eglise si elle vit sa propre grâce en référence au ministère apostolique, dont elle détient le mandat que lui confère la présence de l'Esprit de Dieu: ". (Actes 15. 24)

A cette condition, l’Eglise peut dire avec une confondante humilité :”L’Esprit-Saint et nous-mêmes avons décidé.”

Mais dans le même temps, il faut cette condition. Chacun ne peut se dire l’interprète de l’Esprit-Saint s’il n’a pas la garantie apostolique.

L’AVENIR DE L’EGLISE

L'avenir doit assumer l'Alliance, et non pas des rites. Au concile de Jérusalem, c'est bien de la pensée de Dieu dont il faut tenir compte.

Les questions en jeu sont importantes puisqu’il s’agit de l’observance de toute la Loi, de la valeur même de toute la Loi, dont la remise en cause est provoquée par la remise en cause d’une seule prescription, dans ce cas, la circoncision. Il s’agit d’admettre que les païens participent à la même promesse qu’Israël sans passer par ce rite.

Les chapitres 10 et 11 des Actes nous montrent comment ce problème s’est fait jour par le ministère même de Pierre, celui qui "confirme" et donc la transmission de la vérité.

S'ils héritent des mêmes biens qu’Israël, et assumer toute l’histoire d’Israël , les rites ne peuvent limiter l’agrégation au Corps Mystique du Christ à un seul peuple, fut-il le Peuple choisi. L’Alliance concerne tous les hommes.

La décision de Jérusalem rappelle en effet que cette prescription n’est pas propre au judaïsme, et reporte l’Eglise à l’Alliance conclue au temps de Noé. (Actes 15. 17) C’est donc une question décisive sur le salut des nations, sur le mode de relation avec Israël qui se trouve posée dans ce récit comme elle l’est de nos jours encore.

Pierre qui a été le premier à baptiser un païen, argumente ainsi : les Juifs n’ont pas toujours à porter ni à supporter le joug de la Loi. Les prophètes le rappellent, d'ailleurs. Inutile donc de la leur imposer dans son intégralité quand elle n’est pas essentielle.

Paul et Barnabé racontent les signes et les prodiges accomplis chez les païens, ce qui manifeste l’action efficace de la foi et de la grâce. Jacques, le parent de Jésus, se réfère aux prophètes. L’accès des païens est la réalisation des prophéties (Amos 9. 11).

Il ne faut donc point accumuler des obstacles qui ne sont pas propres au judaïsme. Par contre, il faut en revenir à l’Alliance conclue au temps de Noé : éviter tout compromis avec l’idolâtrie, ne pas boire de sang qui est la vie et la vie n’appartient qu’à Dieu, et fuir tout ce qui ressemble à l’adultère.

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La décision apostolique de Jérusalem relève d’une vision de l’Eglise qui doit être la nôtre dans les temps que nous vivons. Elle ne peut pas être celle d’un prolongement, en une vision judéo-chrétienn. Elle se réfère au Christ. Il n’y a plus ni juif, ni païen, ni esclave, ni homme libre. Tout est en référence au Christ (Galates 3. 28) La Cité Sainte n’est plus Jérusalem comme le suggère d’ailleurs l’Apocalypse.

C’est une cité ouverte, à la foule immense des appelés. (Apocalypse 7. 9) Tout est en référence au Christ ressuscité. L’Esprit-Saint le redira aux disciples de Jésus. (Jean 14. 26)

" C'est ma paix que je vous donne ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donn... Je vous ai dit ces choses maintenant avant qu'elles n'arrivent. Ainsi, lorsqu'elles arriveront, vous croirez. “Dans la résurrection du Christ, tu nous recrées pour la vie éternelle.” (Oraison de la communion)

 

JEUDI 5 MAI 2016
L'ASCENSION DE SEIGNEUR

 


L'ascension de Jésus nous révèle que nous avons accès à l'intimité de Dieu puisque nous avons connaissance et accès à l'intimité de Jésus. "Il va vers le Père..... qui est votre Père" (Jean 20-17)

LES RÉCITS DE L'ASCENSION

Luc nous donne deux récits de l'Ascension de Jésus. D'autres textes bibliques dans l'Évangile de Marc (16,19) et dans celui de Luc (24, 51-53) relatent le même événement.

Le premier texte de Luc, à la fin de son évangile, est christologique : Venu de Dieu, Jésus repart vers lui. Il est le Fils. L'accent du texte porte donc sur l'identité de Jésus: "Il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Et il advint, comme il les bénissait, qu'il se sépara d'eux et fut emporté au ciel."

Pour eux, s'étant prosternés devant lui, ils retournèrent à Jérusalem en grande joie, et ils étaient constamment dans le Temple à louer Dieu" (Luc 24, 50-53).

Le second récit ouvre les Actes des Apôtres. Il raconte encore l'Ascension de Jésus, mais porte un accent différent. La pointe du récit est alors ecclésiologique.

Il parle de la naissance de l’Église, constituée de disciples fragiles, que l'Esprit de Dieu emporte dans son souffle pour les envoyer jusqu'au bout du monde (Actes 1, 8). C'est la mission que Jésus leur donne au moment de son départ.

Désormais ils sont pleinement apôtres, c'est-à-dire envoyés: "Vous allez recevoir, dit Jésus, une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre" (Actes 1, 8). Le relais leur est passé, c'est désormais le temps de l’Église.

LA NUÉE DE LA PRÉSENCE

Saint Luc parle le langage biblique et théologique.

" Après ces paroles, poursuit le récit des Actes, ils le virent s'élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s'en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient: "Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel" (Actes 1, 9-11).

Ainsi Jésus s'élève et disparaît dans une nuée. L'image de la nuée est présente tout au long de la Bible pour évoquer la présence mystérieuse et permanente de Dieu auprès de son peuple.

C'est dans une nuée que le Seigneur accompagne son peuple à la sortie d’Égypte, dans le passage libérateur de la mer et la marche au désert. Et sous la forme d'une colonne de feu, la nuit !

Une nuée entoure Jésus et ses disciples à la Transfiguration. C'est un signe temporaire de la présence et d'une révélation de Dieu. Et c'est bien sûr aussi vers le ciel que Jésus est emporté, puisque le ciel est ce lieu d'en haut, le lieu de Dieu.

Cette dernière étape, qui est l'Ascension, demeure étroitement unie à la première, c’est-à-dire à la descente du ciel réalisée dans l’Incarnation. Seul celui qui est " sorti du Père " peut " retourner au Père " : le Christ (cf. Jn 16,28). " Personne n’est jamais monté aux cieux sinon le Fils de l’Homme qui est descendu des cieux " (Jn 3,13 ; cf. Ep 4,8-10).

Laissée à ses forces naturelles, l’humanité n’a pas accès à la " Maison du Père " (Jn 14,2), à la vie et à la félicité de Dieu. Le Christ seul a pu ouvrir cet accès à l’homme, " afin que nous, ses membres, nous ayons l’espérance de le rejoindre un jour," là où Lui, notre Tête et notre Principe, nous a précédés. (Préface de l’Ascension)


LA RÉVÉLATION DU MYSTÈRE

Dans le Nouveau Testament, la réalité de l'ascension est inséparable de celle de la résurrection. L'ascension apparaît comme l'étape ultime de la résurrection. En ressuscitant d'entre les morts, Jésus est déjà glorifié ; la mort n'a plus de prise sur lui, et les limites imposées par sa condition d'homme n'existent plus. Mais en «montant auprès du Père», sa gloire se manifeste avec plus d'éclat, car Il entre dans la présence de Dieu pour régner avec lui sur le monde.

Jusque-là, sa vie était la vie normale d'un homme qui connait et supporte jusqu'aux imperfections et aux limites de toute créature, sauf le péché.

La transfiguration l'insérait dans l'alliance, celle de Moïse et des prophètes. Il leur en donnera le sens sur la route d'Emmaüs. Tout est nouveau et incomparable: Gethsémani, la croix, la résurrection. Sa croix est le portique par lequel tout membre de la famille humaine entre dans la vie de Dieu. Par sa résurrection, il acquiert le droit de donner à chaque homme la vie éternelle. Par son ascension, notre Seigneur étant entré dans le Ciel, en tient pour nous tous la porte grande ouverte.

Cette fois-ci, le Seigneur retourne bien à Sa gloire éternelle: mais il n'y retourne plus seulement comme Fils de Dieu, il y retourne comme Fils de l'homme. La route est grande ouverte maintenant qui peut mener tout homme jusqu'au trône de Dieu.

Fils de l'homme sur la terre, Jésus avait renoncé à son omnipuissance, à son omniprésence, à sa toute-science. Fils de l'homme dans le ciel, il les a retrouvées. Depuis l'ascension, Jésus est appelé le Seigneur, Titre donné à Dieu le Père dans l'Ancien Testament. Jésus est le «Seigneur Jésus».


LA RESPONSABILITÉ QUI EN DÉCOULE

« Comme ils étaient là, les yeux fixées au ciel pendant que le Christ s’en allait, voici que deux hommes vêtus de blanc se trouvèrent à leurs côtés ; ils leur dirent : Hommes et femmes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ?»

C’est à nous maintenant de continuer l’œuvre de Jésus qui nous accompagne de façon mystérieuse : « Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ». Dieu nous fait confiance et fait de nous des partenaires qui ont à construire le monde rêvé par lui.

Si nous la mettons en oeuvre, la foi chrétienne est une force irrésistible qui donne un sens à notre vie et nous aide à faire de notre monde une communauté plus humaine où règnent la paix, la joie, le pardon et le partage. À la suite du Christ, nous sommes invités à construire la cité humaine sur les bases solides des valeurs du Royaume de Dieu.

L'Église sera son "corps mystique" pour qu'au long des temps, dans sa faiblesse, sa fragilité et aussi dans la constance d'une conversion toujours recommencée, elle annonce en en vivant, ce qu'elle a vu, entendu, touché du Verbe de Vie (1 Jean 1, 1). Pour qu'elle pose les signes sacramentels de sa présence jusque dans les bas-fonds de l'existence humaine, jusqu'aux limites de notre monde.


 

DIMANCHE 8 MAI 2016
SEPTIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

 


Avec ce dimanche situé entre l’Ascension de la Pentecôte, s’achèvent les lectures suivies du temps pascal : Actes des Apôtres, Apocalypse, Evangile selon saint Jean.

Les trois extraits de ce dimanche peuvent être lus à la lumière de ce double mystère que la liturgie nous fait célébrer :
A l’Ascension, l’exaltation de Jésus dans la gloire du Père. A la Pentecôte, l’envoi de l’Esprit-Saint qui anime l’Eglise des témoins.

L’UNITE, REALITE ET ESPERANCE

L’Evangile peut être le point de départ d’une méditation dans le sens de l’unité des chrétiens qui n’est pas encore réalisée dans l’Eglise, l’unique Corps mystique du Christ. Mais les membres sont des hommes et leur recherche de la vérité connaît des tâtonnements, des faiblesses, des contradictions parce que nous sommes limités dans cette réalisation du mystère unique du Christ.

Ce mystère est infini puisqu’il est, si l’on peut parler ainsi, à la mesure même du mystère trinitaire. « Que tous, ils soient un comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi. » (Jean 17. 21)

Nous souffrons du « piétinement » actuel de notre démarche sur la route de l’Unité. Nous avons même l’impression de ne plus avancer. Chacun, comme chaque Eglise, ne voudrait pas que soient abandonnées les richesses découvertes par lui comme par elle. Et pour convaincre mon frère du bien-fondé de ma conviction, j’en souligne trop les différences, sans en souligner les convergences profondes.

Le Christ a donné à chacun de nous la gloire qu’il a reçue de son Père. Mais pourquoi prétendre que nous en avons pleinement conscience dans la réalité de son mystère. Humblement restons fidèles à ce que sa grâce nous a donné. Fraternellement, acceptons aussi de reconnaître la fidélité du frère qui ne pense pas comme nous, parce que, lui aussi, veut rester fidèle à la grâce qu’il a reçue.

Elle passe, chaque fois, dans et au travers d’une humanité, la nôtre comme celle de mon frère. « Ils ont reconnu que tu m’as envoyé. » (Jean 17. 25) C’est déjà beaucoup. « Je le ferai connaître encore… » ajoute le Christ dans la prière qu’il adresse à son Père.

Pour que l’unité des chrétiens soit une réalité, il nous faut accepter d’apprendre et de reconnaître que nous ne savons pas tout immédiatement. Chacun apprend comme les deux disciples sur le chemin d’Emmaüs. Chacun doit vivre en communion avec son frère, comme au matin de l’Eglise : « Persévérant unanimement dans le Temple, rompant le pain à la maison, avec allégresse et simplicité de cœur, louant Dieu.» (Actes 1. 46 et 47)

UN HOMME REMPLI DE L’ESPRIT

Etienne fait partie de ces Sept qui ont été choisis pour assister les apôtres dans la charge concrète de la communauté. Tous devaient être « remplis d’Esprit-Saint et de sagesse »(Actes 6. 3), ce qui est répété à propos d’Etienne cité en tête de liste. C’était un homme « plein de foi et d’Esprit-Saint. » (6. 5)

Dans une querelle que lui cherchent certains groupes juifs de Jérusalem, ceux-ci ne peuvent « s’opposer à la sagesse et à l’Esprit qui marquaient ses paroles. » (6. 10) Comparaissant devant le Sanhédrin, Étienne doit rendre témoignage à celui qu’il appelle « le Juste » : ce qu’il fait en rappelant toutes les préparations bibliques, depuis Abraham.

L'Église s'inscrit dans la mobilité du temps, sans que soit remis en cause la pensée que Jésus nous a traduit en vérité : il est le Chemin, le Vérité, la Vie. C'est ce qu'a raduit Etienne jusqu'au martyre.

LA VISION DE LA GLOIRE

Vient un moment où ses juges ne veulent plus l’entendre : ne les accuse-t-il pas de « toujours résister à l’Esprit-Saint. » (Actes 7. 51) Alors le processus de la mort s’accélère. Mais l’Esprit qui remplit Etienne, après l’avoir fait parler, lui donne maintenant de contempler la gloire du Juste auquel il a rendu témoignage.

Il voit le Fils de l’Homme exalté à la droite de Dieu, comme l’annonçait la vision du prophète Daniel (Livre de Daniel. Ch. 7) Voici donc que se vérifie la parole de Jésus : »Désormais, vous verrez le Fils de l’Homme siégeant à la droite du Tout-Puissant. » (Matthieu 26. 64)

« Siégeant », parce que c’est la posture normale du roi. Le symbole de la royauté n’est-il pas le trône ? Quant à lui, Etienne voit le Seigneur « debout » ce qui est le signe de la résurrection. Le visionnaire de l’Apocalypse le représentait ainsi : »Un agneau debout, comme immolé. » (Apocalypse 5. 6) Ce qui montre bien que les auteurs bibliques ne sont pas dupes de la matérialité de leurs symboles.

Etienne réalise déjà partiellement la prière de Jésus, citée dans l’Evangile de ce dimanche : « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi et qu’ils contemplent ma gloire. » Déjà Etienne voit la gloire de Dieu et Jésus en elle.

ENTRE LE CIEL ET LA TERRE

L’action désormais va se dérouler entre les deux pôles qui sont d’ailleurs ceux de notre propre vie personnelle : le ciel et la terre. Le mysère de Jésus ressuscité, exalté, reconnu dans sa gloire divine. Il mérite d’être appelé « Seigneur » et d’être prié comme le Père avait été prié par le Fils crucifié : « Reçois mon esprit. » Ce que nous reprenons à notre compte en chaque eucharistie : « Que l’Esprit-Saint fasse de nous une éternelle offrande à la louange de ta gloire. »(Prière eucharistique N° 3)

Mais sur terre, le disciple n’est pas au-dessus du maître. Il connaît le sort de son maître et doit le partager, dans sa totalité. L’identification est particulièrement poussée dans le cas d’Etienne : faux témoignages, accusation de violer la Loi et le Temple, comparution devant le Sanhédrin, similitude dans la prière.

Les martyrs accomplissent aussi cette identification. Mais chacun et chacune de nous doit aussi l’accomplir, d’une toute autre manière, au jour le jour, dans des circonstances parfois difficiles à vivre, à supporter, à sublimer. « Rassure-nous devant les épreuves de cette vie… » (prière après le Notre Père)

L’EGLISE-SACREMENT

L’enseignement est clair : c’est désormais dans ses frères que le Seigneur continue de rendre son témoignage à la vérité et de vivre sa passion pour leur donner de partager sa résurrection. Saul qui, disent les Actes, « approuve le meurtre » d’Etienne, devra reconnaître la rencontre du ciel et de la terre dans cette Eglise qu’il persécute. Sur le chemin de Damas, la voix lui dit : « Je suis Jésus que tu persécutes. »

Cette parole est à ce point fondamentale pour lui que nous la retrouvons dans les trois récits qu’il fait de sa conversion. (Actes 9.5, 22.8 et 26.15)

Par l’Esprit qui a été donné et dont Etienne est particulièrement rempli, le Seigneur Jésus ne cesse d’être présent à la communauté des disciples et, par elle, il veut que le Nom du Père soit reconnu et sanctifié. Il le dit dans l’Evangile de ce jour, il nous le fait dire et répéter en chaque « Notre Père ».

C’est bien ce que la liturgie veut dire « Nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit-Saint en un seul corps. » Celui du Christ qui est l’Eglise. (Prière eucharistique N° 2)

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L’Eglise elle-même, conjointement avec l’Esprit n’a qu’une prière : »Viens, Seigneur Jésus. » (deuxième lecture de ce dimanche). D’Eucharistie en Eucharistie, ce sera sa prière jusqu’à la consommation des siècles.

« Que cette liturgie célébrée avec amour, nous fasse passer à la gloire du ciel. » (Prière sur les offrandes)

« Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus !
Nous célébrons ta résurrection !
Nous attendons ta venue dans la gloire ! »


 

DIMANCHE 15 MAI 2016
CÉLÉBRATION DE LA PENTECÔTE

 


Références bibliques :

Lecture du Livre des Actes des Apôtres. 2. 1 à 11 : “Chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.””
Psaume 103: “Tu envoies ton souffle, ils sont créés.. Tu renouvelles la face de la terre.”
Lettre de saint Paul aux Romains. 8. 8 à 17 : “C’est l’Esprit-Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.”
Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 14. 15 à 26 : “Il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.”


L'ESPRIT-SAINT REMPLIT L'UNIVERS

(Sagesse 1. 7) La célébration de la descente de l’Esprit de Dieu sur ces hommes rassemblés au Cénacle de Jérusalem nous conduit au coeur même du mystère de la transcendance divine qui pénêtre notre être de l’essentiel vital de la Trinité, l’Amour.

La lettre de saint Paul aux Romains le dit d’une manière toute simple :”L’Esprit est votre vie.” Mais nous ne vivons pas cette réalité individuellement. Nous la vivons dans une communauté, une communion qui est l’Eglise de même que la vie de l’Esprit de Dieu est communion trinitaire qui réalise l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit.

CHAIR, CORPS ET ESPRIT

C'est une réalité qui donc est personnelle parce qu’elle est dans le même temps communion. Là encore le texte d’origine est significatif. Saint Paul ne dit pas “enfant” au sens de parenté : “Enfant de Dieu”. Il n’utilise pas le terme grec “païs” “enfant”, mais le terme “tekna” qui a pour sens de “créé par”, “rejeton produit par”.

C’est une adoption, parce que nous ne sommes pas Dieu lui-même, une adoption qui devient dans le même temps une filiation qui fait de nous des “fils” participant de l’intégralité de la vie de Dieu dans ce mystère inexplicable de notre divinisation.

"Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l'Alliance, puissions-nous être uni à la divinité de Celui qui a pris notre humanité". Un court texte dont la richesse est inépuisable ... l'Alliance ...l'Incarnation ... la divinisation ...

“C’est un Esprit qui fait de vous des fils.” Et saint Paul nous établit au rang même du Christ, le Fils de Dieu fait homme. Les fils des hommes qui peuvent dire à Dieu, nous sommes plus qu’un fils adoptif, nous sommes “tekna” de Dieu.

Dans ce texte d’ailleurs il nous faut peser tous les mots. L’Apôtre parle du “corps” qui est mortel, de la chair qui signifie l’unité corps-esprit qui est la nôtre et qui peut devenir vie, à condition d’être sous l’emprise de l’Esprit de Dieu.

COMMUNION ET COMMUNAUTE

Le récit des Actes nous ouvre d’autres aspects. Nous retenons surtout la liste des langues parlées par les auditeurs et comprises par eux. Il en est d’autres.

Depuis longtemps les juifs ne célébraient plus seulement les moissons, mais le don de la Loi. Comme la Pâque rappelait la sortie d’Egypte, la Pentecôte rappelait les événements du Sinaï : Dieu donnant sa Loi à son peuple pour qu’il la garde au bénéfice de toutes les nations. Nous savons que le Christ n’a pas aboli la Loi, mais, par le don de l’Esprit-Saint, il l’a rendue complète en plénitude.

Il ne l’a pas complétée. Il l’a poussée à sa perfection en faisant disparaître ce qui était imperfections temporaires dues à des circonstances ou à des situations. Il l’a rappelé pour l’exigence du sabbat, par exemple.

La Pentecôte, c'est la fête de l’Eglise parce qu’ils étaient tous dans un même lieu (Actes 2. 1). Les apôtres, les disciples, Marie, la famille de Jésus. Environ cent-vingt (Actes 1. 15) C’est en Eglise que l’Esprit-Saint est reçu. Le récit alterne entre la mention de “tous” et la mention de chacun.

Le premier signe est celui d’un coup de vent qui remplit “toute la maison”. Mais les langues du même feu inséparable se posent sur chacun d’eux. Tous sont remplis de l’Esprit-Saint, mais chacun s’exprime dans la langue qui lui est inspirée (Actes 2. 4)

TEL EST LE MYSTÈRE DE L'ÉGLISE

Tous sont habités par l’Esprit-Saint mais chacun reçoit sa grâce et sa mission. La Pentecôte en effet est ouverture à la vie. “Répands les dons du Saint-Esprit sur l’immensité du monde” (Prière d’ouverture de la messe)

Elle est, dans un premier temps, mouvement vers l’intérieur. Ce dont ils avaient été spectateurs devient pour eux, le centre et le sens de leur propre vie. Dans un deuxième temps, intimement lié au premier, ils deviennent témoins jusqu’à suivre Jésus dans sa mort, certains d’entrer ainsi dans la vie. “Héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, à condition de souffrir avec lui pour être avec lui dans la gloire.” (Actes 8. 17) “Pour partager sur nos chemins nos cris de joie, nos chants de peine, Pour découvrir chaque matin. L’Esprit qui fait germer la graine”


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" Dieu nous appelle aujourd’hui à nous lever de nos tombeaux ! Dieu nous réveille aujourd’hui, pour nous donner un coeur nouveau !" (Michel Scouarnec)

Dans la longue marche avec ceux qui chantent Jésus-Christ le Ressuscité, nous savons qu’en nous peut renaître l’Esprit de Dieu ! Nous avons appris à connaître la joie de Dieu !” (Michel Scouarnec)

“Alleluia ! Viens, Esprit-Saint ! Pénètre le coeur de tes fidèles ! Qu’ils soient brûlés au feu de ton amour !” (Liturgie de la Pentecôte) “Protège la grâce que tu viens de lui donner. Que le souffle de la Pentecôte agisse avec toujours plus de force. (Prière après la communion)



 

DIMANCHE 22 MAI 2016
CÉLÉBRATION DE LA TRINIÉ

 


Références bibliques :

Lecture du Livre des Proverbes 8. 22 à 31 : “J’étais à ses côtés comme maître d’oeuvre.”
Psaume 8 : “Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ?”
Lettre de saint Paul aux Romains. 5. 1 à 5 : “L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs.”
Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 16. 12 à 15 :”Tout ce qui appartient au Père est à moi. Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.”

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Il ne peut être de fête de la Trinité, car ce mystère ne peut être fêté comme l’un ou l’autre des événements de la vie du Christ. Elle ne peut être qu’adoration de Dieu lui-même, puisque nous sommes là au coeur même du mystère de la vie divine. Dieu est Père, Fils et Esprit, c’est l’affirmation de ce que nous vivons en chaque moment de notre vie spirituelle que toute liturgie traduit à l’occasion des fêtes durant l’année.

Mais l’Eglise, au terme des grandes commémorations de la vie du Christ et de la descente de l’Esprit, veut nous donner ce dimanche comme une synthèse de notre foi vécue en Dieu.

AUPRES DE DIEU, LA SAGESSE.

Il ne faut pas chercher dans l’Ancien Testament d’affirmation claire du mystère trinitaire. L’affirmation viendra en même temps que la capacité donnée de communier à la vie du Père et du Fils et l’Esprit Saint, c’est-à-dire en même temps que le baptême.

Certes l’Ecriture, dans l’Ancien Testament, parle d’Esprit, de Parole et de Sagesse de Dieu. Dieu, l’Unique, est simultanément perçu comme communication dans la proximité d’un être vivant, générateur de vie et plein d’amour. Il en est ainsi dans le texte du livre des Proverbes lorsqu’il parle du rapport entre la Sagesse et Dieu lui-même.

Ce ne sont pas les rapports entre Dieu et l’homme comme au moment de la révélation du Sinaï. C’est un autre temps de cette relation. Les mots qui l’expriment sont multiples et, pour nous, inégalement appropriés : “Le Seigneur m’a fait - avant les siècles, j’ai été fondée - avant les collines, je fus enfantée - j’étais à ses côtés comme un maître d’oeuvre.” Ce texte sera fortement controversé au moment de la crise arienne, dans les premiers temps de l’Eglise. alors que les chrétiens se posent cette question :qui est vraiment le Christ ?

Elle sera tranchée en 325 par le concile de Nicée et déterminera une formulation dogmatique recueillie dans le Symbole de foi que nous disons à la Messe : “Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : il est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Engendré non pas créé, de même nature que le Père et par Lui tout a été fait.”

Entre le texte des Proverbes et la “définition” de Nicée, le Prologue de saint Jean est un maillon essentiel. Pour lui, il est clair que le Verbe, la Parole qui l’expression de Dieu, n’est pas une créature de Dieu, puisque par Lui tout a été fait. Il mérite lui-même le nom de Dieu et est impliqué dans l’oeuvre de la création. Il est généré, engendré, en Dieu lui-même.

LA SAGESSE INCARNEE

Mais le point de contact le plus remarquable entre le livre des Proverbes et le Prologue de saint Jean (chapitre 1 à 18) est la venue de la Sagesse parmi les hommes. A notre surprise, nous voyons l’auteur inspiré du livre des Proverbes se servir des mêmes termes pour décrire le rapport entre la Sagesse et Dieu d’une part, entre la Sagesse et les hommes d’autre part : “A ses côtés, je trouvais mes délices jour après jour, jouant devant Lui.” - “Jouant sur toute la terre, trouvant mes délices avec les fils des hommes.”

Un des traits les plus curieux que nous donne la liturgie de cette fête de la Trinité, c’est que l’exaltation de Dieu est en même temps l’éloge le plus inattendu de l’homme : la Sagesse de Dieu trouve en l’homme sa compagnie “délicieuse”. Parce que le Christ est le « résumé » même de tout homme.

Dieu lui-même, dont le Nom est si grand, couronne l’homme de gloire et d’honneur. Ce que nous dit le psaume de ce dimanche “Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ?” Tout cela est sous-jacent au Prologue de saint Jean quand il dit :” Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. Le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous. Nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme fils unique, plein de grâce et de vérité.” (Jean 1. 11 à 14)

ECRITURE ET THEOLOGIE

Ce que nous venons de faire pour le prologue de saint Jean à propos de la relation essentielle du Père et du Fils, nous devons le faire pour le discours après la Cène, lorsque Jésus, reprenant tout ce qu’il est par rapport au Père, parle clairement de l’Esprit Saint. Il nous faudrait reprendre les expressions employées et les mettre côte à côte. Puis les méditer comme on peut méditer un mystère : en laissant sourdre en nous les résonances inusitées dans une vie d’homme. Le Christ nous entraîne, si l’on peut parler ainsi, dans le jardin de Dieu.

“Après être allé vous préparer une place, je reviendrai et je vous prendrai auprès de moi pour que vous soyez, vous aussi, là où je suis.” (Jean 14. 3) “Je vis dans le Père et le Père vit en moi. (14. 11) “Je demanderai au Père de vous donner quelqu’un d’autre pour vous venir en aide, c’est l’Esprit de Vérité.” (14. 17) “L’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit.” (14. 26)

“Quand viendra l’Esprit de Vérité, il vous conduira dans toute la vérité.” (16. 13) “Tout ce que le Père possède est mien, c’est pourquoi je vous ai dit qu’il prendra de ce qui est mien.” (16. 15)

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Chaque eucharistie, nous rappelle l’immédiateté de Dieu quand le prêtre étend les mains sur le pain et le vin au moment de la prière consécratoire : “Toi qui es la source de toute sainteté, sanctifie ces offrandes en répandant sur elle ton Esprit; qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur.”

Mais elle invite aussi à vivre cette vie trinitaire : “Dieu notre Père, Tu as envoyé dans le monde ta Parole de Vérité et ton Esprit de Sainteté pour révéler aux hommes ton admirable mystère ; donne-nous de professer la vraie foi en reconnaissant la gloire de l’éternelle Trinité et en adorant son Unité toute-puissante.” (prière d’ouverture)



 

DIMANCHE 29 MAI 2016
FÊTE DU SAINT-SACREMENT

 


Références bibliques :

Lecture du Livre de la Genèse : 14. 18 à 20 :”Béni soit Abraham par le Dieu Très-Haut.”
Psaume 109 :”Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisedech.”
Lecture de la première lettre aux Corinthiens. (I Cor. 11. 23 à 26) ”Chaque fois... vous proclamez la mort du Seigneur.”
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc. 11. 23 à 26 :”Pour qu’ils les distribuent à tout le monde.”

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Bien qu’elle soit mystérieuse, cette figure biblique de Melchisedech ne peut nous laisser indifférent, aujourd’hui encore. Ce roi de Salem apparaît et disparaît sans aucun autre commentaire. Or si brève soit-elle, cette mention contient de nombreux traits significatifs. Il est roi et prêtre en même temps. Il adore le Dieu Très-Haut sans connaître le Nom révélé. Il offre le pain et le vin et prononce une double bénédiction, celle d’Abraham par Dieu et de Dieu pour Abraham. Enfin il professe que Dieu qui est à l’origine de la terre et du ciel porte une attention toute particulière sur Abraham.

L’Eglise y a toujours vu plus que ne le chante le psaume. « Tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech. » Par delà cette figure prophétique, elle y voit la préfiguration de l’Eucharistie du Seigneur.

DIEU SUR NOS CHEMINS.

Abraham était sur le chemin du retour, revenant d’une expédition, quand il rencontre Melchisédech. Il est venu nous rencontrer sur nos chemins, ce Christ dont nous fêtons aujourd’hui la présence réelle par delà des réalités bien fragiles et périssables, celles du pain et du vin. Il est venu façonner une terre de tendresse pour nous apporter la Bonne Nouvelle de l’amour que Dieu nous porte.

Il est venu nous ouvrir à un autre horizon que celui de notre quotidien, nous éclairer de cette lumière qui donne la vie à toute créature quand sa chaleur fait s’éclore la fleur qui jaillit du bourgeon. Mais les hommes ne l’ont point reconnu, ne l’ont point entendu, ne l’ont point compris.... Ils n’ont pas de panneaux solaires pour en recevoir et y emmagasiner l’énergie. En chaque Eucharistie, il nous envoie son Esprit qui nous transforme et transforme la matière issue “de la terre et du travail des hommes.” L’Esprit de Dieu reposait sur les eaux, selon la parole du premier chapitre du livre de la Genèse.

« Toi qui donnes la vie, toi qui sanctifie par ton Fils, Jésus-Christ notre Seigneur, avec la puissance de l’Esprit-Saint. »(Prière eucharisique N°3)

L’Eglise invoque l’Esprit Saint de Dieu pour qu’il repose sur le pain et le vin afin qu’ils soient, aujourd’hui, consacrés au Corps et au Sang de Jésus, le Christ, Notre-Seigneur, car le sacrifice plénier du Christ n’est pas un fait du passé.

Il est offrande permanente. “Regarde, Seigneur, le sacrifice de ton Eglise et daigne y reconnaître le sacrifice de ton Fils”. (Prière eucharistique N° 3) Il n’est plus possible de dissocier le Fils de sa mort et de sa résurrection.

DIEU DANS NOS MAINS

En l’offertoire de chaque messe, nous lui apportons notre bonheur d’exister et nos douleurs et nos angoisses, nos lourdeurs terrestres et nos cri d’espérance en la vie. Par delà l’écorce, il transfigure notre réalité. Il nous ouvre à l’immensité ultime de notre humanité charnelle et nous fait percevoir l’aspect réel des êtres et des choses “Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité.

La liturgie n’est pas une cérémonie rituelle, elle est geste du Dieu qui existe éternellement et qui nous fait parvenir progressivement à la dimension qui est la sienne et qu’il fait devenir nôtre. “Faisant ici mémoire de la mort et de la résurrection de ton Fils, nous t’offrons, Seigneur, le pain de la vie et la coupe du salut.” Nous ne sommes plus seuls, isolés, ou réunis seulement entre nos frères autour de la table eucharistique.

Rassemblés dans le Christ, “ en Lui, par Lui et avec Lui,” nous osons lui demander la grandeur ultime qui est la nôtre :”Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps.” La prière eucharistique N° 3 va même plus loin que la prière eucharistique N°2 :” Que l’Esprit-Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire.” Nous les hommes mortels, devenir une éternelle offrande à ta gloire ? hommes et femmes si faibles et souillés, si prudents et feu de paille, hommes d’espérance en attente d’épanouissement..

Il n’y qu’une unique et totale offrande à la gloire de Dieu, c’est l’offrande de son Fils sur notre terre, sur les chemins de Palestine, sur la Croix, dans la gloire de la Résurrection. Et nous osons dire : “Fais de nous une éternelle offrande à ta gloire !” parce que nous osons dire : « Notre Père. » après avoir dit « En Lui, par Lui, tout honneur et toute gloire ! » Le Corps vient en nos mains ouvertes. Ce pain est peu de choses pour un regard humain. Que la foi nous donne chaque fois d’en être émerveillés car la splendeur de Dieu vient en nos mains..

DIEU EN NOS VIES

Un jour, Dieu a regardé une femme. Il l’a trouvée belle et s’est liée à elle parce qu’en elle, il a aimé la vie. Il en a fait jaillir le salut et la paix, le trésor d’éternité parmi les hommes. Par elle le Fils de Dieu est devenu nôtre :”engendré non pas créé... né de la Vierge Marie.” Mère de Dieu. Chaque jour, Dieu nous regarde et se lie à nous, parce qu’en nous, il aime la vie. Il vient en nous par son Fils, Dieu fait homme, Jésus-Christ, “pour que les hommes deviennent Dieu.” (saint Léon)

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En assumant, en chaque instant de nos vies, chaque instant de l’Incarnation :”nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus ! Nous célébrons ta résurrection ! nous attendons ta venue dans la gloire !” “Fais que nous possédions, Seigneur Jésus, la jouissance éternelle de ta divinité, car nous en avons ici-bas l’avant-goût lorsque nous recevons ton corps et ton sang.” (Prière de la communion)



 

DIMANCHE 5 JUIN 2016
DIXIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 


LA RENCONTRE

A Naïm, notre rencontre avec Dieu devientt un message d'espérance. Notre foi nous dit qu'il est un Dieu de vie et non de mort. Jésus se déplace, marchant à pied, suivi de gens, hommes et femmes, avides de sa parole et de ses miracles. Il entre dans la ville. Aux portes de la ville, il rencontre ce cortège attristé qui accompagne et partage le désarroi de cette femme qui a subi coup sur coup deux morts : son mari et son fils. Ils constituaient sa protection sociale et l'assurance de ses ressources.

L'évangéliste saint Luc nous rappelle ce moment de la compassion et de la tendresse de Jésus. "Il fut ému jusqu'aux entrailles pour elle." Il fait arrêter ce cortège en touchant le cercueil. Il n'a reçu aucune demande, aucune prière.. L'amour de son divin coeur partage la tristesse qu'll croise et il la comprend comme il nous comprend au cours des heures et des situations inattendues que nos vivons.

RECONSTRUIRE LA VIE

C'est presque comme malgré lui, que sa tendresse devient la force de vie qu'il est et qui se communique à cette mère éprouvée et son fils mort pour les faire entrer tous deux dans un mystère de renaissance...Il ne les connaît pas et ceci à la différence de la résurrection et de la vie qu'il fait partager devant le tombeau de Lazare auprès duquel l'amitié des deux soeurs l'a appelé.

A Naïm, c'est lui qui décide. «Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi», c'est sans réplique dans son extraordinaire sobriété. De même que la phrase laconique «il le remit à sa mère». La puissance de la Parole de Jésus apparaît ici dans toute sa majesté. C’est une parole créatrice, une parole de vie.

Toute la personne et toute la vie de Jésus de Nazareth nous révèlent ce paradoxe fantastique : Dieu s'y caractérise. C'est lui qui décide de par sa puissance infinie et sa tendresse illimitée.

LA RÉVÉLATION

Force et puissance de vie jaillissent de l'amour. Enlever au Dieu vivant l'une ou l'autre de ces deux caractéristiques, c'est se condamner à l'ignorer l'infini et l'attention permanente qui ont siennes à notre endroit.

Un partage d'amour humain que Jésus transforme en une demande implicite, exprimée dans la marche d'une foule accompagnant une veuve dans la souffrance. Chemin faisant, Jésus rencontre une fois de plus la misère d'un peuple, de la veuve et de ses proches.

Nous nous trouvons ici devant un message essentiel de notre foi : c'est le Seigneur lui-même qui prend l'initiative de notre résurrection : «Je suis la résurrection et la vie».

Les premiers chrétiens voyaient dans cet événement un message d’espérance : dans notre monde, il existe une force, qui redonne vie à chacun de nous, la force de Dieu. Le véritable incroyant est celui qui nie l’infinie puissance de la grâce. Une seule parole du Christ suffit pour faire revivre celui qui était mort. Le message d’espérance de notre foi est que nous sommes fils d'un Dieu de vie et non de mort. (Lc 20, 38)

La plupart des grandes religions se sont construites sur l'idée d'un Dieu impassible, grandiose, lointain! Notre Dieu n’est pas le «dieu grec de l'Olympe» . Ce Dieu qui se révèle de façon définitive en Jésus, est dans le même temps un Dieu vulnérable, humain, capable de s'émouvoir devant nos détresses : «En la voyant la mère du jeune homme, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle.»

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« Les larmes de la veuve ne coulent-elles pas sur les joues de Dieu ?», disait déjà Ben Sirac le Sage (Si 35, 18), dans le Premier Testament.

" Dieu est amour. Celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui ", nous rappelle saint Jean dans sa première lettre. (1 Jean 4-16) que la liturgie nous fait chanter au moment de la communion qui "unit à notre humanité à sa divinité."


 

DIMANCHE 12 JUIN 2016
ONZIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 



LE PHARISIEN ET JÉSUS

L’évangile d’aujourd’hui raconte qu’un Pharisien, dont le nom était Simon, a invité Jésus à dîner chez lui. Le mot « Pharisien « veut dire « le séparé », celui qui est à part, différent des autres! Au temps de Jésus, il y en avait environ 6000 dans toute la Palestine. Ils enseignaient dans les synagogues, se considéraient des modèles de comportement religieux et prétendaient être les gardiens de la Loi et des coutumes juives. Ils considéraient que la tradition avait le même poids et la même autorité que les Écritures (cf Marc 7, 8-13).

Dans cette invitation, Jésus garde toute sa liberté. Le Pharisien est le maître de maison. Il est entouré de ses amis, des "professionnels" de la religion et des chefs religieux du pays.

Bien qu’invité spécial, Jésus n’est pas traité de façon plus respectueuse par son hôte qui démontre beaucoup plus de sollicitude envers ses amis qu’envers le prédicateur itinérant. Il fait laver les pieds de ses invités, les reçoit avec le baiser de paix et leur verse de huile parfumée sur la tête. Pour Jésus, ces trois marques d’hospitalité sont absentes.

JÉSUS ET " CETTE " FEMME

Nous apprenons alors que la femme qui s’introduit dans la salle à dîner, le fait sans y être invitée. Elle offre à Jésus ces mêmes trois marques d’hospitalité négligée par Simon.. Elle ne se préoccupe pas du Maître de la maison. Le maître, c'est Jésus. Elle lui lave ses pieds avec ses larmes, les couvre de baisers et y verse un parfum d’une grande valeur. Simon est scandalisé par Jésus qui laisse la pécheresse lui prodiguer ces marques autant de respect que d’amour en public.

Aujourd’hui, à travers Simon le Pharisien, le Christ nous demande de nous regarder nous-mêmes avant de juger les autres, d’éviter d’accrocher des étiquettes aux personnes que nous n’aimons pas, de penser que nous sommes bien meilleurs que ceux et celles qui n’appartiennent pas à «notre classe sociale».

Il est clair que le pharisien méprise la femme. Pour ce qui est de Jésus, Simon juge qu’il ne peut être un homme de Dieu : imaginez un prophète qui se laisse essuyer les pieds par une femme qui a dénoué ses cheveux! ....Geste déplacé en public encore aujourd’hui.

Simon est alors pris en flagrant délit de «mauvaises pensées». Quelqu’un a dit : « dis-moi ce que tu penses et je te dirai qui tu es! ». Et Dostoevskij écrivait « si nos pensées avaient une odeur, elles empesteraient le monde entier ».

Le Pharisien laisse faire et Jésus l'interpelle : «Simon, j’ai quelque chose à te dire… » Et il lui donne une leçon bien méritée sur les «bonnes manières» : « Tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds… Tu ne m’as pas embrassé… Tu ne m’as pas versé de parfum sur la tête… elle par contre…».

LE PHARISIEN ET " CETTE " FEMME

Simon se voit comparé à cette pécheresse, probablement une prostituée, et découvre qu’aux yeux de Jésus, elle se trouve en meilleurs position que lui, le Pharisien. La femme qui est le centre de toute cette histoire d’évangile ne prononce pas une seule parole. Mais le Christ la protège et lui dit : «Femme, ta foi t’a sauvée. Tes péchés sont pardonnés.»

Simon ne voyait que « la prostituée », Jésus a vu tout ce qu’il y avait de bon dans cette pauvre femme. C’est pourquoi le Seigneur interpelle son hôte en lui disant : « Simon, vois-tu cette femme? Regarde-la avec un peu plus d’amour et tu découvriras son histoire individuelle, ses qualités personnelles et sa grande dignité»

Simon le Pharisien avait oublié que lui aussi était un pécheur, peut-être moins grand pécheur que la femme aux pieds de Jésus, mais un pécheur tout de même. Il avait montré très peu d’amour comparé à elle. Il est du genre qui voit facilement la paille dans l’oeil de l’autre mais qui ignore la poutre dans le sien.
Il faut relire d'autres évangiles pour voir comment Jésus traite Marie Madeleine, la Samaritaine, la pauvre veuve qui offre ses deux piécettes au trésor du Temple, la femme adultère, la femme souffrant d’hémorragie, etc.

D’ailleurs, le texte de ce matin se termine en disant que Jésus passait à travers villes et villages, accompagné non seulement des Douze mais de plusieurs femmes qu’il avait guéries. Luc mentionne même le nom de trois d’entre elles. C’était chose impensable au temps de Jésus. On interdisait aux femmes d’assister aux leçons des rabbins!

Aujourd’hui, à travers Simon le Pharisien, le Christ nous demande de nous regarder nous-mêmes avant de juger les autres, d’éviter d’accrocher des étiquettes aux personnes que nous n’aimons pas, de penser que nous sommes bien meilleurs que ceux et celles qui n’appartiennent pas à «notre classe sociale».

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En suivant le regard de Jésus, nous comprendrons que Dieu n'est pas "celui qui juge", mais "celui qui remet les dettes", qui pardonne aux pécheurs.

Et il nous demande d’avoir la même attitude envers les autres : "Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés."


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