Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


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Dimanche 21 août : Vingt-et-unième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 28 août : Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 4 septembre : Vingt-troisième dmanche du temps ordinaire
Dimanche 11 septembre : Vingt-quatrième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 18 septembre : Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 25 septembre : Vingt-sixième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 2 octobre : Vingt-septième dmanche du temps ordinaire
Dimanche 9 octobre : Vingt-huitième dimanche du temps ordinairee
Dimanche 16 octobre : Vingt-neuvième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 23 octobre : Trentième dimanche du temps ordinaire





 

DIMANCHE 21 AOUT 2016
VINGT-ET-UNIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du livre du prophète Isaïe : 66.18 à 21 : Je viens rassembler les hommes de toutes les nations et de toute langue.”
Psaume 116 : “ Fêtez-le tous les pays."
Lecture de la lettre de saint Paul aux Hébreux. 12. 5 à 13 : “Quel est le fils auquel le père ne donne pas de leçons ?”
Evangile selon saint Luc : 13. 22 à 30 : “On viendra de l’orient et de l’occident."

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Les lectures que l’Eglise nous propose ce dimanche, suivent celles des dimanches précédents. Leur juxtaposition aujourd’hui semble créer une apparente contradiction. “Je viens rassembler” nous dit Isaïe (Is. 66. 18) et le Seigneur ne dit rien d’autre :”On viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi.”

Dans le même temps, il prévient ses disciples : “Beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas.” (Luc 13. 24) La traduction devrait être, si nous serrons de près le texte grec : “Beaucoup chercheront à entrer, mais n’en seront pas capables.”

Ce n’est pas un refus ni une sélection. C’est l’attitude même de chacun qui va déterminer ou non l’entrée dans le Royaume. “Luttez pour entrer par la porte étroite !” (Luc 13. 24)

COMBIEN ?

La question du salut préoccupe les disciples du Christ. Cette question du nombre des sauvés revient à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament. Après une parole sur l’obstacle de la richesse, “les disciples étaient très impressionnés et disaient - qui donc peut être sauvés ?” Jésus leur répond :”Aux hommes, c’est impossible. Mais à Dieu, tout est possible.” (Matthieu 19. 25 et 26)

Chaque fois qu’on le questionne sur le salut, Jésus refuse de répondre en termes statistiques, ce qui supposerait déjà achevée l’histoire de chacun. Or elle ne l’est qu’au jour de notre rencontre définitive avec Dieu.

En attendant cette heure, la dernière de la vie terrestre, il répond par les conditions du salut auquel il appelle à entrer, dès maintenant. C’est possible, même si, à vues humaines, la porte est étroite.

La parabole de la porte fermée et du maître de maison évoque aussi une autre parabole, celle concernant la prière de demande qui suit l’enseignement du “Notre Père”: “A qui frappe, on ouvrira.” “On”, pudiquement, cela veut dire Dieu. Il y a donc un temps favorable, qui nous est accordé, celui de la conversion, et un temps au-delà, quand nous serons fixés dans notre détermination.

Alors pourquoi faire des statistiques quand la liberté de chacun est encore en jeu.

TOUS INVITES

Jean le Baptiste, sur cette même question, apportait une réponse claire :”N’allez pas dire en vous-mêmes : nous avons pour père Abraham...Des pierres que voici Dieu peut susciter des enfants à Abraham.” (Luc 3. 8) L’assurance du Royaume ne découle pas de l’appartenance au Peuple choisi, au Peuple élu.

Le Royaume est ouvert à tous, à condition que chacun réponde, par sa vie, à la gloire à laquelle il est appelé. Pour Isaïe, les messagers sont les rescapés de l’exil et leur mission ne s’arrête pas au seul peuple d’Israël. Ils annoncent la gloire de Dieu parmi toutes les nations.

C’est le thème des ouvriers envoyés à la vigne (Matthieu 20. 16) Et les derniers appelés, les païens, peuvent devenir les premiers dans le Royaume. Le festin était préparé pour le peuple d’Israël. Certains ont refusé. (Matthieu 22) D’autres convives viendront. Saint Matthieu note cette même parole de Jésus sur l’universalité du salut quand il montre son admiration devant la foi du centurion :”Beaucoup viendront du Levant et du Couchant prendre la place avec Abraham, Isaac et Jacob.” (Matthieu 8. 11)

Jésus veut sauver tous les hommes en “versant son sang pour la multitude”. Dans son immense amour il essaie de réveiller ceux qui s’endorment dans l’insouciance. Il faut “se battre pour entrer au Royaume.” Et là les mots choisis par Luc, en grec, ont une force qu’aucune de nos traductions ne peut rendre :”Se battre, lutter pour entrer par la porte qui est étroite (en grec : agonitesté).” C’est le verbe de l’entrée en agonie, le combat final de la vie dans le langage français.

LIBRES ET RESPONSABLES.

La vérité que Jésus développe serait écrasante si elle ne situait pas dans une révélation de l’Amour. Du côté de Dieu, la proposition du salut est universelle. Mais l’amour ne serait plus de l’amour si nous n’étions devant lui que des marionnettes ou des robots manipulés de l’extérieur.

Rien n’est plus déshonorant que d’être déclaré “irresponsable”. Dieu a pris le risque de nous donner la liberté de la responsabilité : un amour sans limite de sa part mais livré à une réponse d’amour ou à un refus d’amour. On ne force pas quelqu’un à aimer.

Ce n’est jamais Dieu qui ferme la porte de sa Maison. Bien au contraire. L’Evangile nous crie la tendresse de Dieu pour tous. Il court chercher la brebis égarée, il attend l’enfant prodigue, il réhabilite la femme adultère, il répond à l’attente de Zachée en venant chez lui, il accueille la conversion de Marie-Madeleine, il pardonne le reniement de Pierre et accueille, le premier accueilli au paradis, un larron. Il nous appelle et ne fait pas nulle distinction entre les hommes.

Si la porte est étroite par ses exigences, elle reste ouverte à tous :”Il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers.” (Luc 13. 20) La porte reste ouverte jusqu’au moment où l’absence est caractérisée. Les “vierges folles” de la parabole le savent. Par insouciance, elles n’avaient pas su prévoir le temps de l’attente.

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“Dieu qui peux mettre au coeur de tes fidèles un unique désir, donne à ton peuple d’aimer ce que tu commandes et d’attendre ce que tu promets, pour qu’au milieu des changements de ce monde, nos coeurs s’établissent là où se trouvent les vraies joies.” L’oraison d’ouverture de la liturgie de ce 21ème dimanche traduit ce que doit être notre attitude spirituelle.


 

DIMANCHE 28 AOUT 2016
VINGT-DEUXIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage. 3. 17 à 29 : "Accomplis toute chose dans l’humilité."
Psaume 67 : " Béni soit le Seigneur ! Il élève les humbles."
Lecture de la lettre de saint Paul aux Hébreux. 12. 18 à 24 : "Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur de l’Alliance nouvelle."
Evangile selon saint Luc : 14. 1 à 14 : " Tu seras heureux car ils n’ont rien à te rendre."

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Deux thèmes marquent les lectures de ce dimanche. D’abord celui de la Lettre aux Hébreux, dont nous terminons la lecture liturgique commencée il y a quatre semaines. Tout converge vers le Christ. Puis celui de l’Evangile qui est l’illustration du thème de Ben Sirac le Sage. Le réalisme de la foi, c’est l’humilité. Ces deux lectures sont-elles si loin l’une de l’autre ?

MORALE, ETHIQUE OU SAVOIR-VIVRE ?

Qui peut se vanter d’avoir une foi parfaite ? Personne. Il ne s’agit pas seulement des doutes qui en marquent les étapes, mais d’abord des imperfections et des restrictions qui en caractérisent le vécu.

C’est vrai que nous avons parfois tendance à nous classer, sinon parmi les purs, du moins par ceux qui vivent leur foi le mieux possible. Nous n’osons pas nous situer au niveau de suffisance du pharisien de la parabole qui se considère le meilleur en ses actions et en ses réalisations. Mais, nous ne nous reconnaissons pas toujours dans la prière de ce publicain qui dépasse le raisonnable dans l’aveu de sa faiblesse.

Dans la parabole d’aujourd’hui, donnée comme une remarque à l’occasion d’un épisode vécu, il ne s’agit pas d’un simple conseil de morale courante ou d’une leçon de savoir-vivre élémentaire. L’affirmation qui la sous-tend, a une portée théologique et un sens caché.

Cette parole de Jésus : "Qui s’abaisse sera élevé", revient en effet plusieurs fois dans les évangiles (Matthieu 23. 12 et Luc 16.14) Elle resta gravée dans la mémoire des apôtres qui avaient compris qu’elle était la réalité fondamentale de la vie du Christ, lui qui s’est abaissé jusqu’à mourir comme un esclave, sur une croix. Ce vécu par le Christ devient un principe essentiel de la vie de tout croyant.

La parabole de l’invitation aux noces n’est pas un banal propos de table, c’est une prédication du Royaume de Dieu et la révélation du chemin obligé pour y entrer. Le chemin que le Christ lui-même a suivi. "Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n’entrerez pas au Royaume de Dieu." (Matthieu 18.3)

AU COEUR DE LA FOI.

Ben Sirac nous prévient :"Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser." Et il ajoute :"La condition de l’orgueilleux est sans remède." Rien ne s’oppose tant à Dieu que l’orgueil pratique ou intellectuel. Ceux qui savent et pensent que les autres ne savent pas aussi bien qu’eux-mêmes, s’éloignent tout autant de la vérité que de la charité :"Ne te mets pas à la première place." (Luc 14. 8) S’il nous faut reconnaître les dons de Dieu en nous, il nous faut aussi les reconnaître dans notre prochain.

Il en est ainsi dans le domaine de la foi. "JE ne crois que ce que JE vois" - "JE n’accepte que ce que JE comprends." - JE ne fais que ce qui me plaît, et c’est cela l’épanouissement de MA liberté." Ce sont des paroles que nous entendons, que nous prononçons même parfois. C’est nous faire médiateur entre notre pensée et notre activité.

Jésus est le seul médiateur entre notre activité et la pensée de Dieu.

Jésus va plus loin que Ben Sirac, parce que c’est de lui-même dont il parle. "Qui s’abaisse sera élevé." C’est le mystère de son Incarnation qu’il évoque :"Lui qui, étant de condition divine, ne retint pas le rang qui l’égalait à Dieu, mais s’est abaissé Lui-même, prenant la condition de serviteur, devenu obéissant jusqu’à la mort et la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au dessus de tout." (Philippiens 2. 5 à 11)

LA PLENITUDE EN CHRIST.

C’est pour cette raison que l’auteur de la Lettre aux Hébreux nous renvoie à Jésus-Christ pour nous inviter à saisir comment nous devons vivre notre foi afin qu’elle soit plénitude de vie.

Il montre à des chrétiens, sans doute d’origine juive, qu’ils ont fait un pas en avant par la foi au Christ et qu’ils ne doivent à aucun prix revenir en arrière, même si, après quelques années, la fraîcheur de la découverte s’est fanée. La foi des chrétiens est accomplie parce que la révélation de Dieu est plénière en Jésus-Christ.

Dans les chapitres précédents, il avait comparé le Fils et les anges (Ch. 2), le Christ et Moïse (Ch. 3), le Christ et les grands-prêtres (Ch. 5), l’ancienne et la nouvelle alliance (Ch. 9). Il avait rappelé à cette foule de témoins (Ch. 12. 1) Si grande fut la foi d’Abraham, de Moïse et des prophètes, tout ce qui précède le Christ n’est que figure et copie (Héb. 8. 5).

La réalité spirituelle à laquelle les chrétiens ont part, et vers laquelle "ils sont venus" (Héb. 12. 18), cette seule réalité qui fait aboutir l’histoire qui les ont précédés, c’est le Christ.

Le Sinaï, le feu des sacrifices, la voix qui se fait entendre dans la nuée, l’assemblée d’Israël dans le désert, la montagne de Sion, tout converge vers la cité du Dieu vivant, vers la fête des anges et vers l’assemblée des disciples de Jésus, vers Jésus, le médiateur d’une Alliance nouvelle (Héb. 12. 24), lui qui nous fait entrer au festin du Royaume.

C’est donc sagesse que de vivre les exigences de la foi en se détachant de tout ce qu’elle n’est pas. Ainsi nous nous situons à notre vraie place et non pas à celle que nous estimons être la nôtre. C’est Dieu qui nous place puisque nous sommes invités au festin du Royaume.

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La prière d’ouverture de la messe de ce 22ème dimanche l’exprime avec sa manière simple et dépouillée, en reconnaissant que tout vient de lui :"Dieu tout puissant de qui vient tout don parfait, enracine en nos coeurs l’amour de ton nom. Resserre nos liens avec toi pour développer ce qui est bon en nous. Veille sur nous avec sollicitude, pour protéger ce que tu as fait grandir."

Tout se vit dans le Christ, "par Lui, avec Lui et en Lui, dans l’unité du Saint-Esprit." C’est ainsi que sont rendus à Dieu tout honneur et toute gloire".

"Il s’est abaissé Lui-même et Dieu l’a élevé au-dessus de tout." (Philippiens 2. 11) "Ce que j’ai fait, moi, votre Maître et Seigneur, faites-le vous aussi." (Jean 13. 15)

 

DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2016
VINGT-TROISIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du livre de la Sagesse. 9. 13 à 18 :"Qui aurait connu ta volonté si tu ne lui avais envoyé d’en-haut ton Esprit-Saint ?."
Psaume 89 : " Consolide pour nous l’ouvrage de tes mains."
Lecture de la lettre de saint Paul à Philémon : "Pour que tu accomplisses librement ce qui est bien."
Evangile selon saint Luc : 14. 25 à 53 : "Voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout."

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Comme c’est fréquemment le cas, le psaume de ce dimanche (psaume 89/90) prolonge et permet de méditer la première lecture. Celle-ci est constituée par un passage du Livre de la Sagesse, un des derniers écrits de l’Ancien Testament, rédigé directement en grec et marqué par cette culture : le corps est périssable et il appesantit l’âme.

A cet homme fragile et borné, Dieu donne joie et force de vivre la Sagesse et l’Esprit-Saint. Ce rapprochement est à noter, car, pour le chrétien, Jésus est la Sagesse Incarnée qui nous envoie l’Esprit-Saint. C’est autour du psaume que nous pouvons développer notre méditation du Livre de la Sagesse et de l’Evangile. C’est pourquoi nous vous en donnons l’intégralité.

PSAUME 89.

D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.
Avant que naissent les montagnes et que tu enfantes la terre et le monde,
De toujours à toujours, toi, tu es Dieu.

Tu as fait retourner l’homme à la poussière.
Tu as dit :" Retournez, fils d’Adam."
Mille ans sont à tes yeux comme le jour d’hier qui passe,
comme une veille dans la nuit.

Tu les as balayés. Ce n’est qu’un songe.
Dès le matin, ce n’est qu’une herbe changeante.
Le matin, elle fleurit, elle pousse
et se flétrit et se dessèche le soir.

Nous sommes anéantis par ta colère,
épouvantés par ta fureur.
Tu mets nos torts devant toi,
nos secrets à la lumière de ta face.

Sous tes fureurs tous nos jours s’enfuient
et nos années s’évanouissent comme un souffle.
Le nombre de nos années ? soixante-dix,
quatre-vingts pour les plus vigoureux.

Et leur grand nombre n’est que peine et misère.
Elles passent vite et nous nous envolons.
Qui peut connaître la force de ta colère ?
Qui peut t’adorer dans tes fureurs ?

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours
et que nos coeurs pénètrent la sagesse.
Ravise-toi, Seigneur, pourquoi tarder ?
Prends en pitié tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour dès le matin
et nous serons dans la joie et les chants tout le jour.
Rends-nous en joies tes jours de châtiment
et les années où nous avons connu le malheur.

Fais connaître ton oeuvre à tes serviteurs
et ta splendeur à leurs fils.
Que la douceur du Seigneur Dieu soit sur nous !

Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains !
Oui, consolide l’ouvrage de nos mains.

SOLIDITE ET PRECARITE

Les psaumes sont une prière et un appel d’espérance. Ils commencent donc par un regard vers Dieu, ne serait-ce que par une invocation comme c’est le cas dans le psaume le plus douloureux :"Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?" (Psaume 21/22)

Ici, Dieu est reconnu dans son éternité qui se laisse entre-apercevoir, par delà sa «colère» dans l’oeuvre de création et dans sa fidélité dont témoigne l’histoire du peuple d’Israël :" D’âge en âge, de toujours à toujours."
C’est ainsi que nous pouvons pénétrer sa Sagesse (verset.12), son amour (verset 14), sa joie (verset 15). Mais l’homme est fragile et précaire (verset 3). Ce n’est pas une plainte qu’il exprime, c’est presqu’un désarroi comme nous les connaissons.

Même si sa manière d’agir (ou ce que l’on croit être sa manière d’agir) est déconcertante à ce point pour l’homme, Dieu est vivant, Dieu est présent. Ce qui pourrait conduire à la révolte devient motif pour demander la grâce. Nous sommes affectés par le péché et, pour cette raison, nous ne pouvons que susciter la colère de Dieu. Et pourtant, même si nos oeuvres sont mauvaises, Dieu peut nous manifester son amour et sa douceur. (versets 14 à 17)

L’APPEL A LA SAGESSE

La Sagesse nous apprendra la mesure de nos jours et de ce que nous sommes.

C’est pourquoi cette demande de la Sagesse est constante dans l’Ecriture. Moïse la demande pour gouverner le peuple à la nuque raide. Salomon la demande solennellement (I Rois 3) ce qui lui fera attribuer la paternité littéraire des écrits bibliques de sagesse.

Mais le don de Dieu qui est demandé ne se limite pas à faire comprendre à l’homme son sort pour qu’il l’accepte sagement. Avec humilité, le psalmiste invite Dieu à revenir vers celui qui le prie. En fait, c’est le retour de Dieu, ressenti près de nous qui est l’essentiel de ce psaume.

Par le don de la Sagesse, quelque chose de la solidité de Dieu va venir en l’homme et même en ses oeuvres. Là où il n’y avait place que pour la colère, viendra l’amour et la joie. Là où il n’y avait place que pour la fureur viendra la douceur. Dieu se ravise. (verset 13)

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Nous avons à bâtir notre vie, telle que nous l’avons reçue. "Quel est celui qui veut bâtir une tour et qui ne commence pas par s’asseoir ?" (Luc 14. 28) A nous de demander à Dieu ce temps de clairvoyance et de sagesse : "Qui aurait connu ta volonté si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en-haut ton Esprit-Saint ?" Bâtissons notre vie avec Dieu, comme une tour. "Consolide pour nous, Seigneur, l’ouvrage de nos mains !"

 

DIMANCHE 11 SEPTEMBRE 2016
VINGT-QUATRIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du livre de l’Exode : " 32. 11-14 : "Souviens-toi de tes serviteurs Abraham, Isaac et Jacob à qui tu as juré par toi-même."
Psaume 50 : Renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit."
Lecture de la première lettre à Timothée :" Le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs."
Evangile selon saint Luc : 15. 1 à 32 :" Il est revenu à la vie."

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Lectures et psaume de ce vingt-quatrième dimanche chantent la réconciliation de Dieu et de l’homme. La première lecture met en valeur la médiation de Moïse; le psaume, la contrition; la confession de saint Paul, la gratuité du pardon divin. Dans l’Evangile, la première parabole de la brebis perdue et retrouvée, insiste sur la joie du pasteur.

ISRAËL ET LES PAÏENS

La parabole de l’enfant prodigue nous explique les étapes de l’éloignement et du retour aussi bien chez le plus jeune fils que chez son frère aîné.
 
Elle va plus loin que la parabole de la brebis perdue ou de la drachme égarée, puisqu’elle nous montre comment le pécheur lui-même participe à son pardon. Ce sont en effet des personnes qui sont en jeu, avec leur propre liberté et leurs réactions qui évoluent au fil du temps : le père et les deux frères

Elle a une deuxième signification. Le frère plus âgé, désigne Israël comme ce fut le cas de la parabole des ouvriers embauchés à la vigne. Il s’agit de l’accès des païens à l’Evangile et de la fermeture d’Israël qui avait tout reçu, l’Alliance et la bonté de Dieu (première lecture du livre de l’Exode). Ce thème est fréquent chez saint Luc et souvent repris par saint Paul.

Ce n’est pas ce thème que nous nous proposons de développer ici, mais plutôt la situation dans laquelle s’est placé le fils prodigue et dans laquelle nous nous mettons aussi quand nous nous laissons aller au péché.

DU FOND DE MA MISERE.

Le fils est parti en emportant sa part d’héritage :"Ce qui est à toi est à moi." a-t-il fait comprendre à son père. Au moment du retour, le père dira ces mêmes mots à son frère, non pas dans une attitude de possession mais dans une attitude de partage et de donation.

En quittant la maison paternelle, le prodigue se voulait être maître de lui-même et de ses biens. Avec le temps et le gaspillage, il a vu que ce qu’il pensait être sa propriété, la vie l’en « désappropriait». Il ne lui reste bientôt plus rien, pas même sa propre identité de fils. C’est ce que d’ailleurs, un jour ou l’autre, tout homme découvre en son péché.

Du fond de ma misère, du fond de ma faiblesse qui tourne son regard vers moi ? Qui me donne un peu d’estime, un peu d’amour ? Je touche le fond de moi-même, je m’enlise, vers qui puis-je tendre la main, entouré de tant d’indifférence ? La solitude m’environne de silence et ce vide m’angoisse. Je ne connais plus l’amour. D’ailleurs l’ai-je vraiment jamais connu ? Mais, du fond de la peine, la mémoire du cœur murmure un espoir d’amour :" Chez mon père !…" (Luc 15. 17) Il ne me reste que mon père.

AU COEUR DE SON AMOUR

L’enfant prodigue s’est enfin décidé à revenir mais il est craintif du comment de la rencontre. Pourra-t-il redevenir de qu’il était avant le départ. Il le voudrait bien et il prend un « biais ». C’est déjà beaucoup d’être « à la maison paternelle ».
 
Il prépare un « scénario » de retour, en répétant ce qu’il pense pouvoir être dit dans la situation qui est la sienne. Il n’osait envisager un retour vécu dans l’amour qu’il croyait avoir brisé. Son espoir n’était que de retrouver de quoi manger et de quoi vivre : une place parmi les ouvriers... il n’est plus digne d’être admis comme un fils. Nous sommes bien ainsi dans des circonstances analogues, devant Dieu.

C’est d’une autre nourriture que son père lui offre de vivre à lui qui est resté son fils, même si le fils ne pouvait imaginer que son père était rester pleinement son père. C’est une autre place qu’il lui redonne, celle qui, malgré l’absence, est restée la sienne au coeur de sa famille. C’est la part d’héritage qui ne disparaît pas comme les choses matérielles : l’amour.
 
Son père ne lui dit rien. Les bras, dans lesquels il le serre, sont plus qu’une réponse. Ils empêchent que le fils d’achever sa demande. Le père l’a interrompu dès qu’il entendit le mot de fils. Il lui découvre l’immense richesse ce que son fils avait ignoré au jour de son départ.

La joie peut éclater :"Mon fils est revenu à la vie." Tout n’avait disparu pas dans ce pays lointain : la richesse, les illusions, la dignité de soi-même :"Les gousses que mangeaient les porcs."

Car l’amour lui ne disparaît jamais (1 Cor. 13. 8)

QUI SOMMES-NOUS ?

Cette parabole nous concerne. Sommes-nous l’enfant prodigue ? sommes-nous le frère aîné ? car notre vie, ma vie, est proche de la leur, soit l’une, soit l’autre.

En fait, l’aîné s’est tout autant éloigné de son père. Il est resté sur place, c‘est tout. Il se juge comme un serviteur et non point partenaire intime d’une famille. D’ailleurs le reproche qu’il fait à son père en dit long en ce domaine :"Ton fils que voilà !"
 
Mais le père l’invite lui aussi à retrouver et à rejoindre l’amour qui est au coeur de la famille :"Toi, mon enfant ... ton frère ... tout ce qui est à moi est à toi." Celui que j’avais perdu est ton frère et mon fils. Il doit être tout autant au coeur de ton amour, de ta joie, de ton accueil. Ouvre-lui les bras, toi aussi. Je suis votre père à tous deux.

Dieu est fidèle qui recrée sans cesse ceux qu’il aime. Nous qui sommes en quête de l’absolu de la vie, nous nous égarons dans des impasses. Et comme il est difficile de revenir en arrière sur le chemin pour y retrouver la vie que nous avons perdue ! Parce qu’il est le refus de vivre une attitude de fidélité aimante, le péché ferme trop souvent le coeur de l’homme.
 
Dieu, lui, garde son coeur ouvert à l’amour. "Le Christ m’a pardonné. Ce que je faisais, c’était par ignorance. Je n’avais pas la foi. Mais la grâce de Notre-Seigneur a été plus forte, avec la foi et l’amour dans le Christ Jésus." (saint Paul à Timothée 1. 14)

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A la lumière de cette parabole, nous pouvons relire les paroles de Jésus au soir du Jeudi-Saint, comme il le dit à ses disciples :"Je vous ai dit tout cela en paraboles." (Jean 16. 25)

Elles sont proches de ce que dit et vit le père à ses deux fils :" Tout ce qui est à moi est à toi comme tout ce qui est à toi est à moi." (Jean 17. 10) dit Jésus à son Père dans la prière qui précède son départ à Gethsémani, au moment même où il unit notre humanité à sa divinité par le don de sa vie. Jésus, le Fils de Dieu fait homme est venu nous le dire et le réaliser en partageant notre vie afin que nous communions à la sienne.

"Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée pour qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux comme toi en moi pour qu’ils parviennent à l’unité parfaite... tu les as aimés comme tu m’as aimé." (Jean 17. 23)

"Dieu créateur et maître de toutes choses, regarde-nous, et pour que nous ressentions l’effet de ton amour, accorde-nous de te servir avec un coeur sans partage." (Prière d’ouverture de la messe)

 

DIMANCHE 18 SEPTEMBRE 2016
VINGT-CINQIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du livre du prophète Amos : 8. 4 à 7 : "Ecoutez ceci vous qui écrasez le pauvre."
Psaume 112 :" Qui est semblable au Seigneur notre Dieu ?"
Lecture de la première lettre à Timothée : 2. 1 à 8 :" Il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité."
Evangile selon saint Luc : 16. 1 à 13 : Vous ne pouvez pas servir deux maîtres à la fois, Dieu et l’argent."

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La lecture des deux lettres de saint Paul à Timothée vont s’étendre sur plusieurs dimanches de suite. Nous ne pouvons pas en méditer ces extraits sans les relier chaque fois au texte complet.

VINGT ANS D’APOSTOLAT ENSEMBLE.

Timothée était originaire de la Turquie actuelle. Son père était païen et sa mère, de famille juive. Elle avait déjà reçu la foi chrétienne par sa propre mère.

Avec ce disciple de saint Paul, nous sommes déjà loin dans le cercle originaire du christianisme comme l’étaient les disciples galiléens et même Paul, né à Tarse, mais vivant à Jérusalem. Nous sommes déjà dans une famille chrétienne à la deuxième génération.

La famille de Timothée est témoin de la rapidité avec laquelle le Christianisme a poussé certaines pointes hors de son fief natal : sa rencontre avec Paul date des années 49-52. Désormais, il sera le compagnon ou l’envoyé le plus fidèle de saint Paul, qui en parle souvent dans ses lettres.

Il signera même six épîtres en collaboration avec lui : 2è aux Corinthiens (1. 1) - aux Philippiens (1. 1) - aux Colossiens (1. 1) - 1ère aux Thessaloniciens (1. 1) - 2ème aux Thessaloniciens (1. 1) - à Philémon (1.) Il recevra lui-même deux lettres de saint Paul, sans doute peu de temps avant le martyre de l’Apôtre en 67.

TOUS LES HOMMES

Cette expression revient à trois reprises dans ce chapitre 2 :" Prier pour tous les hommes." - Dieu veut que tous les hommes soient sauvés". – « Le Christ-Jésus s’est donné en rançon pour tous les hommes." Cette répétition est en elle-même révélatrice. Elle signifie que le salut ne peut se replier sur un petit nombre. Cette deuxième génération chrétienne révèle à ces disciples une nouvelle révélation indépendante de celle du judaisme. Tout passe par le Christ et non pas par la loi. Jésus rend la complète.(Matthieu 5 . 14 à 17)

L’autre expression :"Il s’est donné lui-même en rançon." est tout autant significative. Cette phrase est une des plus claires du Nouveau Testament sur la valeur rédemptrice de la mort de Jésus. Elle rejoint ses propres paroles sur le Fils de l’Homme venu "pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude" (Matthieu 20. 28) et au soir de la Cène :"Le sang répandu pour la multitude, en rémission des péchés." (Matthieu 26. 28).

Ces deux paroles du Christ sont reprises lors de chaque Eucharistie. Les théologiens, au cours des siècles et surtout de nos jours, s’interrogeront à maintes reprises sur la question du « mystère du salut des nations », mystère qui découle de cette affirmation : Comment la mort du Christ Jésus donnée en rançon a valeur de salut pour tous les hommes.
 
La réponse est dans la présence de Timothée près de Paul. Elle réside dans le fait que le Christ Jésus a assumé en lui, non pas une seule humanité, mais toute l’Humanité, comme il assumait toute la Divinité. Les Pères grecs du 4ème au 6ème siècles en ont fait la base de leur développement de la christologie.

Les paroles de l’offertoire le disent :"Puissions-nous être unis à la Divinité de celui qui a pris notre Humanité." Non pas celle de tel ou tel, mais de tous les hommes, c’est-à-dire tout l’Homme. Elles préludent donc bien aux paroles consécratoires qui sont celles-là même du Christ lors de la première Eucharistie.

L’ANNONCE DU SALUT.

L’annonce de ce salut, voilà l’urgence. Elle n’a pas diminué depuis que le Christ envoyait ses disciples annoncer la venue du Royaume sans se laisser arrêter par rien, pas même la mort. "Le message", "l’enseignement" se relient immédiatement au témoignage que le Christ Jésus a rendu. "Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie." (Jean 20. 21)

"Il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité." (1 Tim. 2. 4) Le texte qui suit n’est pas un "credo" auquel il faut adhérer, c’est la révélation claire des "biens que nous avons reçus" (oraison des offrandes de ce dimanche) et que nous devons transmettre à notre tour, comme saint Paul en fut le messager.

"Il n’y a qu’un seul Dieu. Il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes. Un homme, Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes. Au temps fixé, il a rendu ce témoignage pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’Apôtre". (1 Tim. 2. 5 à 7) Toute autre médiation, y compris celle de la Mère de Dieu, la toujours Vierge Marie, n’est que médiation d’intercession. Seule la médiation du Christ est "réalisation" du salut.

LA PRIERE ET LA PAIX

La prière qui doit être la nôtre, pour que la vérité soit révélée au cœur des hommes, ne peut être qu’une prière de demande. Elle doit se traduire dans notre propre vécu quotidien. Le Christ a confessé Dieu par son témoignage comme le dit ailleurs saint Paul à Timothée (chapitre 6)
Intercession, témoignage et action de grâce doivent s’entrecroiser pour former la prière chrétienne. Prenons par exemple ce qu’en dit saint Paul dans sa lettre aux Philippiens (1. 3 à 11) et qu’évoque l’oraison sur les offrandes de ce dimanche :"Je rends grâce à mon Dieu, chaque fois que je vous mentionne dans ma prière, pour vous tous... que celui qui a commencé en vous une oeuvre excellente en poursuive l’achèvement jusqu’au jour du Christ Jésus."

Les prophètes le disaient déjà, et c’est ce à quoi fait allusion le prophète Amos dans la première lecture. La droiture du coeur et la réalité des actes doivent nécessairement correspondre à la prière, sous peine de nullité spirituelle.

Notre prière doit s’étendre à tous les hommes, parce que le Christ est mort en rançon pour eux tous, sans exclusive, même nos ennemis, même si ce chef de l’Etat s’appelle Néron, le persécuteur contemporain de saint Paul qui en sera le martyr. "Saintement, sans colère ni mauvaises intentions." (1 Tim. 2. 8)
***
 
"Seigneur tu as voulu que toute la loi consiste à t’aimer et à aimer son prochain. Donne-nous de garder tes commandements et de parvenir ainsi à la vie éternelle." (oraison de la messe) dans la droiture du cœur et la réalité de nos actes.




DIMANCHE 25 SEPTEMBRE 2016
VINGT-SIXIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture du livre du prophète Amos : 6. 1 à 7 : “ Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem.”
Psaume 145 : “ Heureux qui s’appuie sur le Seigneur son Dieu.”
Lecture de la première lettre à Timothée : 6. 11 à 16 :” En présence de Dieu qui donne vie à toutes choses et en présence du Christ Jésus."
Evangile selon saint Luc : 16. 19 à 31 : “Rappelle-toi, tu as reçu le bonheur pendant ta vie."

***

Dès le début de sa première lettre à Timothée, saint Paul avait averti son disciple du piège que constituent les vaines discussions :”Légendes et généalogies sans fin... bavardages creux ... ils ne savent ni ce qu’ils disent, ni ce qu’ils affirment fortement.” (1 Tim. 1. 4 à 7) Tout à l’opposé, saint Paul recommande à Timothée, pour lui-même comme pour les communautés où il exerce son ministère apostolique, de s’en tenir à la foi qui lui a été transmise.

LA CONFESSION DE FOI AU CHRIST.

A plusieurs reprises dans ses lettres, il introduit ou conclut en rappelant ce qu’est le mystère central de la foi en le qualifiant de “parole sûre”, très exactement : une parole en laquelle il est possible de croire.

Des années auparavant, Paul avait déjà mis les Galates en garde contre ceux qui voulaient les faire passer par “un évangile différent” (Gal. 1. 6) ou plus plaisant. Aux dérives humaines, saint Paul oppose l’affirmation de la “confession” de la foi. Le terme est, apparemment, assez technique et se retrouve à de nombreuses reprises dans le Nouveau Testament, en particulier dans les épîtres de Paul et de Jean.

La “confession de foi” porte sur le Christ. Elle affirme le réalisme de son incarnation et l’efficacité de son triomphe pascal qui fait de lui, le “Seigneur.” (Romains 10. 9 et 10 - Jean 4. 2 et 3. 15) Le mot français “confesser” est devenu équivoque. Il fait plutôt penser à la reconnaissance, souvent pénible, du péché dans le sacrement de la pénitence et de la réconciliation. Cette apparente ambiguïté existe dès l’origine.

Mais s’agit-il vraiment d’une ambiguïté ? Ne peut-on pas dire aussi que le plus grand adversaire de la foi, c’est le péché ? (1 Jean 1. 8 et 9) Car le péché est la mise en œuvre d’un refus de « confesser notre foi » de traduire notre foi dans les actes de notre propre vie.

LA CONFESSION DE FOI DU CHRIST

Que le nouveau chrétien, et tout autant que le chrétien de longue date, ait à confesser sa foi au Christ, et cela publiquement, est normal. Mais ce qui peut nous surprendre dans le texte lu aujourd’hui, c’est qu’il parle de foi “confessée par le Christ Jésus, devant Ponce Pilate.”

Le Christ apparaît ainsi, non seulement comme celui en qui nous croyons à l’égal du Père et de l’Esprit, mais celui par qui nous croyons. La foi est un combat pour rejoindre Dieu malgré le péché et les ténèbres, par delà le doute et la mort. Mais c’est un “beau” combat : comme est “belle” la confession de foi.

C’est aussi un combat qu’il nous faut mener jusqu’au bout. Le texte grec caractérise ce combat par le terme : “agonie”. Nous sommes ainsi renvoyés à la Passion du Christ. Lui-même a confessé la foi dans la forme suprême du témoignage, terme que saint Paul utilise également en l’appelant : «martyre. »

Cela rejoint le texte de dimanche dernier. Dans ce combat, nous serions nécessairement vaincus dans ce combat si le Christ ne nous donnait pas son Esprit. Sans l’Esprit, c’est le reniement de saint Pierre qui est inévitable. Comme le dira d’un seul mot l’épître aux Hébreux, le Christ est le “grand-prêtre” de notre profession de foi. Par l’offrande de sa vie et son exaltation glorieuse, il déchire le voile et ouvre à l’homme exilé le sanctuaire céleste (pour rester dans la symbolique de la lettre aux Hébreux.)

DANS L’ATTENTE D'UNE EPIPHANIE

Ecrivant à Timothée, saint Paul lui donne donc mille conseils et lui prodigue mille encouragements en ce sens. Mais il ne s’agit pas de s’installer dans le temps présent. La perspective, c’est la vie éternelle. Timothée y a été appelé, mais il l’obtiendra, pleine et entière, quand se manifestera dans la gloire celui qui est appelé “Notre-Seigneur Jésus-Christ”, titre plénier que Jésus reçoit en particulier dans la prière liturgique de l’Eglise.

Cet achèvement de l’histoire est désigné dans le Nouveau Testament, tantôt par le mot “parousie” (présence) tantôt par le mot “épiphanie” (manifestation, comme ici, tantôt par les deux termes combinés (2 Thessaloniciens 2. 8). Elle se produira “au temps fixé”, comme le Christ a rendu témoignage “au temps fixé” selon le texte lu dimanche dernier.

De même que cet événement s’est produit “ un jour sous Ponce Pilate” de même l’achèvement viendra, mais la date appartient à Dieu qui demeure pour nous le Transcendant comme le chante liturgiquement la fin du passage de ce dimanche (1 Tim. 6. 15 et 16) Le délai n’est donc pas calculable aujourd’hui, mais l’espérance de l’ultime “épiphanie” est inébranlable, même si aujourd’hui elle n’est qu’en espérance.

***

“Dieu qui donnes la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et prends pitié, sans te lasser accorde-nous ta grâce. » Car, entre temps, il y a ces moments où nous vivons trop tranquilles (Amos 6), éloignés de la pensée de Dieu (Psaume 145), éloignés de sa présence qui donne vie (1 Tim. 6).

«En nous hâtant vers les biens que tu promets, nous parviendrons au bonheur du ciel.” (Oraison d’ouverture de la messe) Sans te lasser, accorde-nous ta grâce, car le chemin nous paraît long et le terme lointain. Seigneur, nous sommes si souvent lassés ..

.Et saint Paul nous répond : ” Vis dans la foi et l’amour, la persévérance et la douceur, irréprochable et droit, jusqu’au moment où se manifestera notre Seigneur Jésus-Christ.”


DIMANCHE 2 OCTOBRE 2016
VINGT-SEPTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Références bibliques :

Lecture du livre du prophète Habacuc : 1. 2 et 3 et 2. 2 et 4 : “Le juste vivra par sa fidélité.”
Psaume 94 : “ Ne fermez pas votre coeur comme au désert."
Lecture de la seconde lettre à Timothée : 1. 6 à 14 : “Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donnés, mais un esprit de force, de raison et d’amour."
Evangile selon saint Luc : 17. 5 à 10 :” Nous ne sommes pas des serviteurs indispensables."

***

C’est autour d’un même thème fondamental que nous lirons aujourd’hui l’ensemble des textes de la Parole de Dieu que la liturgie de ce dimanche nous propose : la foi.

HABACUC

Habacuc est l’un de ceux que l’on appelle “les douze petits prophètes” dont nous recevons les oracles comme parole inspirée. Leur ministère s’étend du 8ème siècle (Amos, Osée) jusqu’au 5ème siècle (Malachie, Abdias, Joël). C’est dire que toute leur activité s’est déployée dans une succession de crises graves, qui s’appellent :

- La chûte du Royaume du Nord et de sa capitale, Samarie. (721 av. J.C.)
- Les assauts répétés des Assyriens puis des Babyloniens contre le Royaume du Sud (Juda) et finalement la chûte de Jérusalem. (Juin 587 av. J.C.)
- Les déportations et l’exil. (587-538 av. J.C.)
- Les difficiles retours en Terre Promise.
tôt ou tard

Dans ces situations, les prophètes sont envoyés par Dieu au Peuple pour lui révéler la juste interprétation des événements, pour le provoquer à la conversion et, malgré tout, l’inviter à garder l’espérance.

Mais le prophète, s’il transmet la Parole de Dieu à l’homme, émet aussi vers Dieu la plainte de l’homme, sa question, son angoisse, son indignation. Le prophète est médiateur. Moïse l’était déjà. Jésus le sera en plénitude.

Nous avons a être convaincus que la question est tout autant la nôtre aujourd’hui : comment se fait-il que Dieu soit si lointain, apparemment insensible au sort de son peuple, inactif devant l’injustice ? Cela est si contraire à ce que Dieu nous a fait connaître de lui ! ou que nous croyons devoir être sa démarche envers nous.

La réponse de Dieu est en termes de promesse. Dieu veut que la foi porte sur Celui qui promet et non sur un délai que nous voudrions cerner et calculer humainement. En ce sens, Nostradamus n’est pas un prophète.

Jésus dira :”Quant au jour ou à l’heure, nul ne les connaît, ni les anges, ni le Fils. Personne sinon le Père.” (Marc 13. 32)

C’est pourquoi le prophète oppose finalement l’insolent au juste. L’insolent, c’est le conquérant. Le Chaldéen aujourd’hui, un autre demain. Parce qu’il réussit, il semble avoir la bénédiction de Dieu. En fait, il court tôt ou tard à sa ruine.

Le juste, lui vit et vivra par sa fidélité, une foi vécue quoi qu’il en coûte. Les déconvenues du moment ne le mettent pas à bas. Il croit et il espère en la fidélité de Dieu qui fonde la sienne. La dernière phrase de ce passage aura une grande fortune dans le christianisme naissant, particulièrement chez saint Paul, en ces temps où les persécutions ébranlent l’Eglise, et cela pour de longs siècles.

LE PSAUME 94/95

Nous avons à le lire dans son intégralité. Il met en valeur plusieurs autres aspects de la foi, cette foi qui n’est pas sans contenu.
 
- Elle est écoute de la Parole de Dieu.

- Elle est grâce de Dieu et c’est à nous d’en prendre la décision. Dieu ne décide pas de notre foi, c’est à nous, entendant son appel, d’ouvrir ou de fermer ce que la Bible appelle le coeur. Traduisons en vocabulaire d’aujourd’hui : rien ne se fera sans notre libre décision, une décision motivée par l’amour.

- Elle est adoration. Le premier acte du croyant est d’adorer Dieu, son Créateur. La Bible s’exprime avec des mots plus concrets : s’incliner, se prosterner, fléchir les genoux. Mais l’adoration n’est pas froideur. Ce n’est pas un devoir à accomplir.

- C’est une réponse à un Dieu qui est le pasteur de son Peuple. Il suscite joie, acclamation, action de grâces. “Par nos hymnes de fête, acclamons-le !”

LA LETTRE A TIMOTHEE

" Reste fidèle au service de l'Évangile...."Cette lettre se situe dans les dernières années du ministère de saint Paul. Il le sait et ce n’est pas pour autant qu’il est lassé, découragé. Il a fondé des communautés. Il en a transmis la responsabilité à des disciples.

Il ne s’agit pas d’une propriété qui lui soit personnelle et qu’il pourrait léguer par testament. Ceux qu’il a désignés ont reçu l’imposition des mains. Disons qu’ils ont été ordonnés à ce ministère, non par un don de Paul, mais par un don de Dieu.

Entre la génération fondatrice et celle qui suit, comment sera assurée la cohérence de la foi ? C’est le souci de la Tradition vivante et fidèle qui habite Paul, comme il habite l’Eglise de notre temps.

C’est en particulier le sens du ministère de Pierre qui préside à cette unité dans la foi et l’amour.

L’EVANGILE

La force de la foi est une constante du Nouveau Testament, mais dans son ordre propre qui est le salut de l’homme. Saint Paul insiste en ce sens. Nous la trouvons liée aux miracles de Jésus qu’elle s’exprime chez ceux qui demandent l’intervention du Christ ou chez ceux qui en sont les bénéficiaires.

Elle donne même le pouvoir de faire ce que fait le Christ :”Celui qui croit en moi fera aussi les oeuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je vais au Père.” (Jean 14. 12) Et cela, même si nous n'en percevons le sens immédiatement.

La foi est donc ce qui est le plus nécessaire aux apôtres. Ils ne sont pas des serviteurs quelconques, ni des serviteurs inutiles. Le terme grec est précis. Ils sont utiles, mais non indispensables.

Dieu pourrait agir autrement et avec d’autres. Mais puisqu’il nous est demandé d’agir, nous avons à répondre à ce qui nous est demandé, pleinement conscients de notre devoir et de nos limites. Nous vivons dans la foi à accomplir.

Autant Jésus s’extasie souvent sur la foi qu’il découvre chez les malades et même chez les pécheurs, y compris hors d’Israël comme ce fut le cas pour le centurion, autant il est sévère pour le peu de foi des disciples. Eux pourtant l’ont suivi. Mais quand la barque est agitée, leur foi semble avoir disparue. (Luc 8)

La foi n’est pas dans l’élan enthousiaste et passager. Du moins n’est-elle pas seulement dans l’élan du départ. Elle est dans le combat quotidien, et sans cesse recommencé, contre les puissances de mort, mené avec la force même du Ressuscité.

“La victoire qui a vaincu le monde, c’est notre foi.”

C’est à nouveau saint Jean qui trouve les mots les plus denses, à condition de se rappeler que, dans son vocabulaire, le “monde” ne représente pas la création telle qu’elle sort, toute belle, des mains de Dieu qui la remet à l’homme, mais ce que concrètement l’homme pécheur a fait de cette création.

***

“Sûrs de ton amour et forts de notre foi, Seigneur, nous Te prions” . En chaque Eucharistie, nous trouvons, par cette présence réelle et agissante du Seigneur, la force de l’Esprit du Ressuscité. “Accorde-nous, Seigneur, de trouver dans cette communion, notre force et notre joie afin que nous puissions devenir ce que nous avons reçu : le Corps du Christ.” (Oraison de Communion)


DIMANCHE 9 OCTOBRE 2016
VINGT-HUITIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture du second livre des Rois : 5. 14 à 17 : “Il n’y a pas d’autre Dieu sur toute la terre, que celui d’Israël.”
Psaume 97 : “Acclamez le Seigneur, Terre entière !"
Lecture de la seconde lettre à Timothée : 2. 8 à 13 :”Afin qu’ils obtiennent eux aussi le salut par Jésus-Christ, avec la gloire éternelle."
Evangile selon saint Luc : 17. 11 à 19 : “Pour revenir rendre gloire à Dieu, il n’y a que cet étranger."

***

Les lectures de ce jour conviennent tout particulièrement à la semaine missionnaire mondiale qui s’ouvre aujourd’hui pour durer jusqu’au dimanche 16 octobre. Celle-ci pourrait-elle avoir de plus beau titre que le mot de saint Paul dans la 2ème lecture :”On n’enchaîne pas la Parole de Dieu” ?

Ancien Testament et Evangile nous montrent un Samaritain d’une part et un Syrien de l’autre, atteints par le salut qui vient d’Israël. C’était le programme missionnaire que Jésus avait donné à ses apôtres : Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux confins de la terre.” L'

Au travers de ces différents témoins, nous voyons que est le cheminement de la Parole de Dieu au travers des événements qui sont les leurs.

PREMIERE LECTURE

Le prophète Elisée nous est peu familier. Pourtant de nombreuses pages de l’Ancien Testament lui sont consacrées.

Il apparaît au premier Livre des Rois (chapitre 19) et meurt au deuxième Livre des Rois (chapitre 13). De plus, en dehors de l’épisode rapporté aujourd’hui, certains miracles d’Elisée préparent ceux de Jésus : - 2 Rois 4. 8 : La résurrection du fils de la Sunamite. La localité de Sunam n’était pas très éloignée de Naïm où Jésus rendra aussi à une veuve son fils ressuscité. - 2 Rois 4. 42 : Elisée fait distribuer, à une petite foule, du pain qui se multiplie au point qu’il en reste. Dans ces deux cas, il est d’ailleurs intéressant de noter les différences autant que les ressemblances entre Elisée et Jésus.

LE GENERAL NAAMAN

La guérison du général syrien Naaman suit immédiatement la scène des pains qui se multiplient. Le récit commence bien avant le passage entendu dans la liturgie. Nous y apprenons que l’invitation à venir, en Israël, pour trouver le prophète Elisée a été transmise à Naaman par une petite servante israélite qui avait été razziée par les Syriens.

Le général lépreux est envoyé par son souverain au roi d’Israël. Celui-ci prend la demande de guérison comme une provocation. Elisée relève le défi et reçoit Naaman. Il veut l’envoyer au Jourdain. Naaman proteste car - le prophète n’a pas accompli de rites. Donc ce n’est pas un homme religieux. - Le Jourdain comparé aux fleuves de Damas n’est qu’un ruisseau.

Il faut l’insistance des serviteurs de Naaman pour que ce dernier exécute l’ordre du prophète. Alors commence le récit de ce dimanche. La notation sur Israël est forte. La servante est israélite. Le prophète est israélite. Le fleuve est celui qu’Israël a traversé pour entrer en Terre Promise.

Naaman, après sa guérison, en sera si fortement marqué qu’il veut en emporter un peu de terre. Il est persuadé que ce peuple et ce pays sont une particularité. Dieu a donné un pays à son peuple pour y vivre sa loi et célébrer son culte.

Naaman se constituera au moins un petit sanctuaire fait de cette “terre sainte.” La relecture chrétienne de cette page n’est pas immédiate, car, dans le Nouveau Testament, il n’y a pas d’autre nom donné aux hommes pour être sauvés que celui de Jésus de Nazareth. (Actes 4. 12).

L’évangile de ce jour en est la confirmation. La terre de la promesse, « la Terre Sainte » sur laquelle le culte peut et doit être célébré en Esprit et en Vérité, n’est désormais autre que le Ressuscité.

C’est ainsi que nous pouvons lire aussi la lettre à Timothée. « Le salut est dans le Christ avec la gloire éternelle. » (2 Tim. 2.10)

LES LÉPREUX DE L 'EVANGILE

La façon dont s’effectue le miracle des lépreux peut nous surprendre. Ordinairement, Jésus se contente de commander directement au malade, au pécheur ou au mort et celui-ci est guéri, pardonné ou ressuscité.

Or ici, contrairement à son habitude, Jésus renvoie à l’autorité religieuse traditionnelle. La lèpre, cette maladie qui détruit l’être même, apparaît comme le symbole par excellence du péché.

Ainsi en avait-il été pour Myryam dans le livre des Nombres 12. 10. La guérison est entourée de tout un rituel de réintroduction dans le peuple saint, réintroduction confiée aux prêtres (Lévitique 13. 14). Mais, dans le même temps, il souligne que tout ce rituel est inutile et dépassé : Jésus agit par son propre pouvoir.

C’est “en cours de route” que les dix sont guéris et non par la rencontre des prêtres de l’Ancienne Alliance.

LE SAMARITAIN

Le Samaritain, seul, revient à Jésus. Qu’a-t-il à faire à Jérusalem d’ailleurs ? Ce n'est pas sa Cité. C’est dans le retournement que consiste la conversion. Retournement et retour du prodigue, retournement et retour du Samaritain, retournement et retour des disciples d’Emmaüs.

Jésus connaît le fossé profond qui sépare Juifs et Samaritains. Ce fossé date de la chute de Samarie, de la colonisation païenne et du retour d’exil. Toutes circonstances propres à jeter le doute sur la fidélité des Samaritains, à l’égard de la pureté ethnique et religieuse comparée à celle que les Juifs fidèles ont conservée ou pensent avoir conservée. Le Samaritain est un “étranger”.

Jésus le sait bien, lui qui avait été repoussé lors de ses montées précédentes vers Jérusalem (Luc 9) Un Samaritain, en un sens, est pire qu’un « païen » : c’est un hérétique, un déviant. Il ne risque pas de croire que c’est l’institution sacerdotale d’Israël qui lui a procuré le salut puisque c’est justement le sacerdoce de Jérusalem qui a suspecté et tenu en lisière ses ancêtres.

Par le Christ et dans le Christ, le samaritain reconnaît la vraie source du salut.


***

L’Evangile, aujourd’hui parfois, n’est-il pas perçu dans la netteté de son contour sur les terres où il n’avait pas pénétré antérieurement, plus que dans nos pays de vieille chrétienté qui, à force de l’avoir assimilé, l’ont dilué et peut-être ainsi éliminé.

A nous de renouveler, en nous, la richesse que cet Evangile nous apporte toujours nouvelle :”Chantez au Seigneur un chant nouveau”, nous fait acclamer le psaume de ce dimanche.

9-10



DIMANCHE 16 OCTOBRE 2016
VINGT-NEUVIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Journée de la Mission universelle de l’Eglise

Références bibliques :

Lecture du Livre de l’Exode : 17. 8 à 13 :”Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort.”
Psaume 120 : “Le Seigneur ton gardien, ton ombrage, se tient près de toi.”"
Lecture de la seconde lettre à Timothée : 3. 14 à 4. 2 : “Les textes sacrés ont le pouvoir de te communiquer la sagesse."
Evangile selon saint Luc : 18. 1 à 8 :”Ceux qui crient vers lui jour et nuit, est-ce qu’il les fait attendre ?”

***

Rappelons-nous tout d’abord que ce dimanche est celui des Missions, « afin que de tous les peuples de la terre naisse et grandisse un peuple nouveau que ta Parole assemble et que tes sacrements soutiennent. » (oraison de la messe des missions).

Deux thèmes sont à suivre dans les textes de ce dimanche : la prière et l’Ecriture. Celle-ci nous conduit au Christ, Parole vivante. A chacun de nous de choisir celui qui correspond le mieux à sa situation spirituelle.

Quant à nous, nous insisterons davantage sur ce deuxième thème.

LA PRIERE

Les bras de Moïse, sans cesse levés grâce à Aaron et Hour, marquent la volonté de permanence de cette prière qui soutient Josué, car, selon que le chante le psaume 120 :"Il ne dort pas, ne sommeille pas, le gardien d’Israël.

Ce que Jésus confirme après la parabole de cette femme insistante et persévérante. Il faut prier sans cesse et sans se décourager.

Les silences de Dieu ne peuvent être interpréter comme la non-existence de son attention et de son amour à notre égard. En cela, il nous faut reprendre le texte grec, une fois de plus. Jésus dit que Dieu patiente avec eux et non pas "attend".

Il prend son temps. Au moment où il prévoit et annonce le reniement de Pierre, Jésus dit :"Simon, j’ai prié pour toi afin que ta foi ne sombre pas." Cela ne l’a pas préservé du triple reniement, mais sa foi réelle et profonde n’a pas défailli, comme le prouve, quelques jours, plus tard le triple aveu d’amour au bord du lac (Jean 21. 15).

Sur la croix, "Jésus a prié et supplié Celui qui pouvait le sauver de la mort" (Hébreux 5.7) lorsqu’il a crié "Pourquoi m’as-tu abandonné ?" (Matthieu 27. 46) Il a prié tout le psaume 21 dont nous entendons les premiers versets, et il nous dit alors aussi le salut de la Résurrection. "Mon âme vivra pour lui ! "

PERSEVERANCE ET CERTITUDE

Les prêtres, les religieux, les religieuses et de nombreux laïcs méditeront ce mystère du sens de la prière au travers des textes de saint Augustin que citent leur bréviaire ou «la prière du temps présent», en particulier le lundi et le mardi de cette 29ème semaine. La prière n’est pas un simple bavardage :"Il veut que notre désir s’excite par la prière."

Elle devient alors une préparation à l’accueil :"Nous serons d’autant plus capables de le recevoir que nous le désirons avec plus d’ardeur." Cette prière insistante exprime notre foi, ranime notre espérance, vivifie notre charité. Elle doit être "l’activité insistante et religieuse du coeur" (Saint Augustin-lundi).

"Que le coeur de l’homme de l’homme en prière les forme (les prières) pour voir clair en lui." (Saint Augustin-mardi)

FIDELE A LA PAROLE DE DIEU

Parmi toutes les recommandations adressées par saint Paul à Timothée, nous avons déjà découvert les dimanches précédents des phrases qui doivent être conservées dans notre mémoire et notre coeur en lisant le texte d’aujourd’hui.
- "Réveille en toi le don de Dieu que tu as reçu quand je t’ai imposé les mains" – « Tu es le dépositaire de l’Evangile. Garde-le dans toute sa pureté grâce à l’Esprit-Saint qui habite en nous." « On n’enchaîne pas la Parole de Dieu."

Comment rester fidèle à l’enseignement de la foi ? Comment conserver le dépôt ? Comment ne pas substituer notre sagesse humaine à la révélation divine ?

Paul répond qu’il est indispensable de se référer sans cesse à l’Ecriture et de la proclamer, même si cela ne semble pas le moment favorable, en grec "eukairos (opportun, favorable)" et "akairos (même si ce n’est pas le moment favorable).

La traduction française "à contre-temps" est trop brutale, d’autant que ces reproches, selon le conseil de saint Paul, doivent s’accompagner d’encouragements, avec une grande patience et avec le souci d’instruire et non pas de détruire l’interlocuteur. (2 Timothée 4. 1 et 2)

AU SEUIL DU SECOND TESTAMENT

Lorsque saint Paul parle de l’Ecriture (2 Tim. 3. 16), il ne faut oublier également que nous sommes au tout début de l’Eglise. Il parle donc de l’Ancien Testament même si les premiers éléments du Nouveau Testament sont en train de se former.

Dans sa première lettre à Timothée, 5. 18, saint Paul cite comme parole d’Ecriture une phrase du Christ :" L’ouvrier mérite son salaire." et plus tard saint Pierre comparera les lettres de saint Paul aux "autres Ecritures." (2 Pierre 3. 16)

L’Ecriture est aussi ancienne que le Peuple de Dieu lui-même. L’écriture alphabétique, antérieure au temps de Moïse, fut une des conditions providentielles de la Révélation. Au Sinaï, Dieu donne la Loi et, de son propre doigt, écrit le Décalogue sur les tablettes de pierre qu’il remet à Moïse (Exode 31. 18).

Car les Ecritures ne sont pas seulement oeuvres humaines, elles sont inspirées par Dieu (2 Tim. 3. 16). Ce qui n’empêche pas les auteurs humains tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, de se présenter eux-mêmes dans leur tâche d’écrivains, qu’il s’agisse de Baruch, secrétaire de Jérémie (Jérémie 36. 4) ou de saint Luc élaborant son Evangile à partir des témoins oculaires (Luc 1. 2).

LE RAPPORT AU CHRIST

Marquée par l’Esprit de Dieu, il est normal que l’Ecriture puisse donner la sagesse. Esprit et Sagesse ont partie liée dès le premier Testament avant de se révéler, dans le Nouveau Testament, comme personnes dans l’Unité Divine.

Paul ne fait pas de tri à l’intérieur de l’Ecriture. Il n’y a pas, d’un côté, les quelques pages de l’Ancien Testament qui concerneraient explicitement le Christ et, de l’autre, le reste qui serait à rejeter ou, du moins, à reléguer dans une zone de deuxième choix. C’est le tout qui vient de Dieu et qui conduit au salut "par la foi que nous avons en Jésus-Christ" (2 Tim. 3. 15.

C’est donc à la lumière et au crible de la pensée du Christ qu’il nous faut lire et relire l’Ecriture dans son ensemble.

La recommandation de saint Paul n’aboutit pas à un "tout-scripturaire" pour s’y enfermer dans une lecture et une interprétation fondamentalistes.

La Parole, parce qu’elle est le Verbe de Dieu, est avant le Livre (Jean 1.1) . C’est elle qui s’est manifestée. Elle est quelqu’un dont il n’est pas nécessaire, pour le chrétien de préciser davantage le nom. « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » (Jean 1. 14) C’est Lui qui donne le sens de tout le premier Testament (Mat. 5. 17) dans son accompissement.

AVANT LE LIVRE ET L'ÉCRITURE,
LA PAROLE DIVINE D'UNE PERSONNE


Avec solennité, saint Paul fait intervenir le Jugement et le Royaume quand il demande à Timothée de proclamer cette Parole. Parole créatrice, Parole prophétique, Parole personnelle et incarnée : Jésus, Verbe fait chair.

La proclamation est un acte très précis dans le Nouveau Testament. C’est une première annonce de l’Evangile comme événement du salut. La proclamation doit provoquer la rencontre entre l’auditeur et le message. "Le Royaume de Dieu s’est approché", vous pouvez y entrer moyennant la conversion.

Pour cette proclamation, les apôtres et Timothée lui-même ont reçu l’Esprit-Saint par l’imposition des mains. L’Ecriture apparaît plutôt dans un deuxième temps : elle donne ce qui est nécessaire pour grandir dans la foi ecclésiale (2 Tim. 3. 17).

L’Ecriture n’est pas un savoir dont, une fois pour toute, il serait possible de s’emparer. Elle est la référence constanteà cette personne divine pour des réponses qui sont sans cesse nouvelles, et renouvelées, « en temps opportun comme en d’autres moments », car la vie est sans cesse déroutante et provocante.

Si l’Ecriture doit ainsi être notre pain quotidien, ce n’est pas la multiplication des exemplaires de l’Ecriture qui évangélisera le monde. C’est la Parole vivante, Jésus-Christ, qui est le don de Dieu : "Nous avons tous reçu de sa plénitude. Si la Loi nous fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité nous sont venues par Jésus-Christ." (Jean 1. 16 et 17)

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« Regarde, Seigneur, le visage de ton Christ, et souviens-toi qu’il s’est livré pour le salut de tous. En lui qui t’a glorifié jusqu'à ‘offrir sa vie, fais-toi reconnaître comme le Dieu d’amour, d’une extrémité du monde à l’autre. Que tous les peuples de la terre fassent monter vers Toi l’action de grâce de Jésus, ton Fils, notre Sauveur. » (Prière des offrandes)

16-10


DIMANCHE 23 OCTOBRE 2016
TRENTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Livre de Ben Sirac le Sage. 35. 12 à 18 : Le Seigneur est un juge qui ne fait pas de différence entre les hommes.”
Psaume 33 : “Le Seigneur entend ceux qui l’appellent."
De la seconde lettre à Timothée : 4. 6 à 18 : “Il m’a rempli de force pour que je puisse jusqu’au bout annoncer l’Evangile."
Evangile selon saint Luc : 18. 9 à 14 : Mon Dieu, prend pitié du pécheur que je suis.”

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DEUX ATTITUDES

Deux attitudes nous sont possibles en parcourant les textes de ce dimanche.

- Nous préoccuper de nous-mêmes, avec humilité, en observant ce que nous sommes et ce que nous faisons, et en rendant grâce à Dieu non de nos réalisations, mais de son attention à notre égard. En étant attentif au risque de ne plus contempler le Christ en plénitude, mais nous -mêmes.
- Ou bien tourner nos regards vers le Christ, ce qui est plus encourageant que de se contempler avec notre péché d’une manière moralisante.

La réponse se trouve dans les lectures de ce jour :
- Ben Sirac : « Il écoute la prière de l’opprimé. »
- Le psaume 33 : “Le pauvre a crié, Dieu l’écoute et le sauve.”
- Saint Paul qui a une confiance totale en la justice de Celui qu’il a servi et dont il a témoigné devant le tribunal de Rome.
-La parabole du publicain qui, saisi par la sainteté de Dieu, en appelle à sa miséricorde et au salut.

SANS SE DECOURAGER

Ces quatre personnes, en qui nous pouvons nous identifier, sont mis devant nos yeux :
- Avec Ben Sirac, qui ne se sent écouté par personne.
- Le psalmiste qui a le cœur brisé et l’esprit abattu.
- Saint Paul, abandonné même par les siens,
- Le publicain, indigne de regarder vers le ciel.

Mais tous les quatre prient sans se décourager.
- Le pauvre inconsolable persévère dans sa supplication.
- Saint Paul garde une confiance sereine et paisible.
- Le publicain implore pitié.

Et tous quatre sont entendus de Dieu qui trouve chacun disposé “à le servir de tout son coeur” (Ben Sirac), « à le bénir » (psaume) “désirant avec amour la manifestation de sa gloire”. (Saint Paul) Car selon la parole de l’Ecriture que chante l’Alleluia :”L’homme regarde à l’apparence, mais Dieu regarde au coeur.” (1 Samuel 16. 7)

Nous sommes souvent déconcertés par le temps qui reste sans réponse en apparence. Nos frères aussi s’impatientent qui s’attendent à une prière exaucée sans délai. Il est alors difficile de leur en parler avec des mots humains comme il est tout autant difficile, pour nous, de nous laisser conduire par le Christ jusqu’à ce détachement que représente l’abandon total à la bonté de Dieu.
 
Non pas seulement l’abandon à sa volonté, mais l’abandon à son amour..

L’ESSENTIEL ET LA JUSTICE

Maintenant, si nous relisons et méditons la parabole du pharisien et du publicain à la lumière de Ben Sirac, nous percevrons quelle doit être la réalité de notre conversion. Ses exigences ne peuvent s’estimer quantitativement au terme d’une addition.

La justice, au sens biblique du terme, signifie en effet l’ajustement de nous-mêmes, de notre volonté et de notre comportement, à Dieu lui-même. Et cela ne peut se réaliser que dans le Christ-Jésus, qui unit notre humanité à sa divinité. C’est en cela qu’il pleinement le Juste.
 
Etre juste ne provient pas seulement du fait que soyons attentifs et « intègres » sur tous les commandements de Dieu, ni même du fait d’accumuler des pratiques morales et charitables.

Le pharisien s’en prévalait. Il croyait prier. En fait il ne célébrait que lui-même. Il ne célébrait pas les dons de Dieu. Trop satisfait de ses propres réussites. Ce subtil orgueil détruisait en lui toute justice alors qu’il s’estimait en relation avec la volonté de Dieu. Mais était-il vrament en relation avec la bonté, avec l’amour de Dieu à son égard et à l’égard de ses frères ?

Le publicain, saisi par la sainteté de Dieu, aurait voulu disparaître comme saint Pierre après la pêche miraculeuse : « Eloigne-toi de moi, Seigneur, je ne suis qu’un pécheur. » (Luc. 5. 8) Il mesurait la distance entre lui et le Seigneur Trois-Fois-Saint. Il se croyait très éloigné de la justice de Dieu, et en restait à distance.

En fait, c’est lui qui était le plus proche, car il implorait l’essentiel de Dieu, c’est-à-dire sa miséricorde et son amour infini.

”Le Seigneur me remettra sa récompense, disait saint Paul, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire.” Le pharisien ne manifestait que sa gloriole personnelle, bien fragile et bien minime en regard de l’immensité de l’amour de Dieu..

DANS LES TEXTES DE CE JOUR

Nous pouvons reprendre alors, dans notre méditation, quelques textes de ce jour :

“Toi qui es vraiment saint, Toi qui es la source de toute sainteté”, disons-nous dans la prière eucharistique 2.

“Augmente en nous la foi, l’espérance et la charité. Et pour que nous puissions obtenir ce que tu promets, fais-nous aimer ce que tu commandes.” nous fait dire la prière d’ouverture de cette messe d’aujourd’hui. Elle est pleine de signification pour chacun de nous, car elle ne dit pas :”Fais nous obéir à ce que tu commandes”, mais “fais-nous aimer !”

La prière sur les offrandes va dans le même sens. “Permets que notre célébration contribue d’abord à ta gloire.” Alors que nous avons souvent tendance à nous demander à quoi nous sert d’aller à la messe ....
 
La liturgie nous demande une véritable conversion, si nous voulons que ces sacrements “produisent en nous ce qu’ils signifient, afin que nous entrions un jour en pleine possession du mystère que nous célébrons dans ces rites.” (Prière après la communion)

Le pharisien ne pouvait entrer en possession du mystère puisqu’il se mettait au centre de sa prière. Le publicain s’est élevé jusqu’au mystère du salut parce qu’il ne pensait d’abord qu’à la gloire de Dieu.

23-10

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