Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


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Dimanche 10 janvier : Le Baptême de Jésus
Dimanche 17 janvier : Deuxième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 24 janvier : Troisième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 31 janvier : Quatrième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 7 février : Cinquième dimanche du temps odinaire
Dimanche 14 février : Premier dimanche de carême
Dimanche 21 février : Deuxième dimanche de carême
Dimanche 28 février : Troisième dimanche de carême
Dimanche 6 mars : Quatrième dimanche de carême
Dimanche 13 mars : Cinquième dimanche de carême




DIMANCHE 10 JANVIER 2016
LE BAPTÊME DE JÉSUS


Le ciel s’ouvrit et l’Esprit-Saint descendit sur Jésus

APRÈS LE DÉSERT, LA VIE DES HOMMES

Avec la célébration du baptême de Jésus le cycle de Noël se termine et commence le cycle de «l’année ordinaire». Luc nous présente Jésus «en prière» qui se prépare à recevoir l’Esprit Saint et fait de l’événement une catéchèse pour les chrétiens de tous les temps.

Des quatre évangélistes, Luc est toujours celui qui souligne le plus les prières de Jésus qui le mettent en relation avec son Père. Dans l’épisode du baptême, il est le seul à mentionner que c’est au moment où il priait que le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint est descendu sur lui et le Père l’a reconnu comme «son fils bien-aimé».

Jésus arrive seul devant Jean-Baptiste, s'étant fait accompagner par l'Esprit de Dieu qu'il priait. Il est donc encore un inconnu dans la foule, mais non pas auprès de Dieu. Comme au jour de la Visitation, au sein de sa mère, li est reconnu par celui qui lui ouvre le chemin. Et Jean-Baptiste entend la voix de l'Esprit de Dieu qui couvre de son ombre l'envoyé de Dieu et lui révèle que Jésus sera à son tour le chemin.

Le fils de Marie et le cousin, fils d'Elisabeth, est bien celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.

Celui qui entre dans l'eau du Jourdain n'est pas un homme ordinaire. Il est l'Incarnation et la plénitude de l'amour et de tout ce qui est joie et "plaisir" de Dieu.

Il nous faut alors relire côte à côte Marc 1-9, Mt 3-13, Luc 3-21 et Jean 1-24.


UNE NOUVELLE PÉRIODE DE L'HUMANITÉ

Après la révélation de notre Dieu dans l’histoire des mages de l’Orient, que nous a donné de vivre l'Épiphanie, vient celle du baptême de Jésus sur l’identité du Christ et de sa mission.

Jésus est celui qui rétablit le contact entre Dieu et nous. Le ciel s’ouvre de nouveau et le Père fait entendre sa voix. C’est le début d’une nouvelle période dans l’histoire de l’humanité. Comme ce fut le cas dans le texte de la création (Genèse 1, 2) l’Esprit Saint descend et inaugure un temps nouveau, une création nouvelle.

À plusieurs reprises dans l’Ancien Testament, à cause des péchés du peuple de Dieu, les prophètes avaient affirmé que le ciel était fermé, que la relation avec Dieu était interrompue. Au baptême de Jésus, qui demande le pardon au nom de toute l'humanité, l'alliance du premier matin de la Création est rétablie sur nos autels et le ciel s’ouvre de nouveau.

" Puissions-nous être unis à l'humanité de celui qui a prit notre humanité."

Comme sur les bords du Jourdain, non seulement Jésus rétablit le contact avec Dieu, mais il pose un geste de solidarité profonde avec chacune et chacun d’entre nous. Il prend place dans la file des pécheurs et pécheresses qui veulent se convertir. Ainsi il est notre frère qui partage notre condition humaine, avec toutes ses joies et toutes ses souffrances.

Cette révélation d’un Dieu solidaire fait suite à celle de la naissance de Jésus à Bethléem, où l’évangéliste nous présente le petit enfant comme l’Emmanuel, le Dieu-avec-nous.
Nous reconnaissons ici la grande tendresse de Dieu. Le Seigneur prendra place à la table des pécheurs, il partagera nos joies et nos misères.

Dans le texte du baptême de Jésus, saint Luc nous invite à réfléchir sur notre propre baptême. Nous avons été baptisés au moment où notre famille était en prière. Le ciel s’est ouvert et l’Esprit Saint est descendu sur chacun et chacune d’entre nous.

L’eau de notre baptême est beaucoup plus une source de fécondité qu’un rituel de purification ou que l'eau du Jourdain. Elle nous donne une nouvelle vie, une vie en abondance : «Je vous aspergerez d’une eau pure..., je vous donnerai un coeur nouveau et mettrai en vous un esprit nouveau», disait le prophète Ézéchiel. (Ez 36, 25-26)

Au cours de notre existence, il y a souvent des nouveaux départs : la fin des études, la première carrière, le jour du mariage, la naissance d’un enfant. Il nous faut assumer chaque nouvelle étape de notre vie, comme le réalisera le Fils de Dieu incarné parmi nous. Il faut assumer notre baptême, comme le dit saint Paul, afin «d’éviter de laisser éteindre l’Esprit», (1Thessaloniciens 5,19).

Le Seigneur devient notre Emmanuel, le Dieu-avec-nous. Il prend place dans la longue lignée des pécheurs que nous sommes. Il est solidaire, malgré nos faiblesses et nos péchés. «Jésus vit l’Esprit de Dieu descendre sur lui comme une colombe». Dans le poème de la création (Genèse 1, 2), l’Esprit de Dieu plane sur les eaux.

Mais la colombe est revenue quand cessa le déluge et, que la vie jaillisait à nouveau. Sous l'apparence d'une colombe, l'Esprit de Dieu couvre les eaux du Jourdain. Il s’agit d’une nouvelle création partagée avec Dieu, par Jésus. «Celui-ci est mon fils bien-aimé : en lui j’ai mis tout mon amour».

Pouvons-nous le rejoindre dès les bords du Jourdain comme André, Philippe Pierre et Jean.





DIMANCHE 17 JANVIER 2016
DEUXIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE




Références bibliques :

Lecture du livre d’Isaïe : 62. 1 à 5 : “Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu.”
Psaume 95 : “ Rendez au Seigneur, famille des peuples, rendez au Seigneur la gloire de son nom.”
Saint Paul. 1ère lettre aux Corinthiens : “ Les fonctions dans l’Eglise sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur.”
Evangile selon saint Jean : “ Les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l’eau.”

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MIRACLE, SIGNE ET SYMBOLE

Les circonstances qui entourent les noces de Cana tout autant que le miracle qui les accompagne sont typiques du symbolisme habituel de saint Jean. Pour lui, toute réalité humaine peut être évocatrice du Royaume, ou plus exactement de la vie éternelle. Car saint Jean n’emploie jamais le terme de Royaume, il préfère parler de “vie” ou de “vie éternelle”.
 
Cet événement n’est pas isolé. Saint Jean le place dans un ensemble qui le suit et dans lequel Cana prend son sens.

Puis delà de Nicodème (Jean 3.3), c’est à la Samaritaine du puits de Jacob qu’est annoncée l’eau qui jaillit en source de vie éternelle (Jean 4. 14). Comme ce sera, dans le prolongement du miracle du pain multiplié, l’annonce du pain de vie « pour la vie du monde. » (Jean 6)

Cana n’est donc pas seulement une anecdote illustrant la délicatesse d’un Jésus doté de pouvoirs bien utiles pour des amis imprévoyants. C’est un repas de noces qui se veut évocateur de ces noces éternelles entre Dieu et son Peuple, entre Dieu et l’humanité “Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu sera la joie de ton Dieu.” (Isaïe 62. 5)
 
Au travers des événements que nous vivons ou qui se déroulent autour de nous, par delà les situations devant lesquelles la vie nous place, nous avons à déchiffrer, quand cela nous est possible, les signes que Dieu nous donne.

Souvent difficiles à décrypter dans l’immédiat, ils deviennent proches si nous les avons replacés dans la perspective globale, de la définitive de la vie, de notre vie. Comme c'est tout au terme du repas et après une attente (sans doute impatiente des convives) que les convives découvrent la qualité de ce vin nouveau que Jésus leur donne par ce miracle.

LE BANQUET DE NOCES.

La liturgie de ce dimanche nous donne une des clefs pour l’interprétation des noces de Cana en nous faisant lire ce passage d’Isaïe, qui nous parle de l’insertion de la divinité en notre humanité, pour un partage réciproque, selon les paroles de l’offertoire qui est intégré dans un autre repas, le repas eucharistique.

Dans les dernières lignes de ce texte, IsaIe présente ieu comme l’époux heureux de Jérusalem et, au delà de Jérusalem, de tout le pays. Il est à noter que ce Dieu n’est pas un Dieu lointain et froid, c’est un Dieu qui vit la joie de la proximité des hommes. Et cela nous devons nous le rappeler souvent.

L’Eglise, en choisissant ce texte du prophète Isaie, nous dit que, par delà le banquet de Cana, le vrai banquet auquel Jésus participe, ce sont les épousailles de Dieu et de l’humanité, la Nouvelle Alliance. A celle-ci, l’eau de la purification ne suffit plus. Les cuves de pierre sont bien utiles, mais elles prennent une autre destination.

Pour le banquet des temps nouveaux, il faut du vin. Certes il peut devenir cause de dépravation, mais par nature il est plutôt signe de prospérité et de joie. “Le vin réjouit le coeur de l’homme”, (Livre de l’Ecclésiastique” 32.6) C’est un vin nouveau qui fait craquer les vieilles outres et est meilleur que ce qui a été donné de boire auparavant comme le constate le responsable du repas de Cana.

Saint Jean nous en fournit la raison :”La Loi fut donnée par l’intermédiaire de Moïse. La grâce et la vérité nous sont venues par Jésus-Christ.” (Jean 1. 17) La grâce nous est donnée à chacun de nous. A chacun de nous de découvrir la vérité réelle et telle que nous l'apporte le Christ.

L’HEURE OÙ LE FILS EST GLORIFIE.

Si Jésus accomplit un pareil signe, c’est que l’heure approche. Le texte de Cana est au début de l'évangile de Jean, et il est ainsi l’inauguration des signes qui manifestent cette proximité de “l’Heure”... “mon Heure” et l'universalité de cette heure. Jean place en effet immédiatement l'un après l'autre : Cana (Marie) - Nicodème (les juifs éclairés) et la Samaritaine (païenne et pècheresse)

Au Cénacle, pour les noces de l’Alliance éternelle, la purification et la profusion de la délicatesse divine ne viennent pas des cuves de pierre. La purification, c’est le geste du lavement des pieds. Et le rapport entre ce dernier signe et l’Heure de la Passion est affirmé avec insistance par saint Jean au début du chapitre 13 :” Avant la fête de la Pâque, Jésus sachant que son Heure était venue de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin.

Au cours d’un repas ...”
Et nous reconnaissons la formule « instituante » de l’Eucharistie.

La vie donnée et le sang versé sont la source de la joie et de la gloire. C’est en termes de glorification et d’exaltation que la Passion est exprimée dans saint Jean. Il faut relire tout le “Discours après la Cène” avec ces deux “mots-clés”. Joie et gloire. “Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie.” (Jean 15. 20) “Votre joie, personne ne peut vous l’enlever.” (Jean 16. 22) “Afin que votre joie soit complète.” (Jean 16. 24) “Manifeste la gloire de ton Fils.” (Jean 17. 1) “Qu’ils aient en eux ma joie, une joie complète.” (Jean 17. 13)

S’il est ainsi considéré dans toute sa portée, le signe de Cana n’est pas un artifice trouvé par Jésus pour forcer l’admiration initiale des disciples. La gratuité et l’ampleur du geste de Jésus sont significatifs de la promesse à venir.
 
A nous de découvrir, dans le temps qui est le nôtre et au travers des événements, les signes de cette promesse à venir. s’ils sont vécus dans la foi. iIs sont porteurs d’espérance et d’éternité.
“Les apôtres crurent en lui”. Mais cela ne veut pas dire qu’ils soient désormais à l’abri d’erreurs d’interprétations. On l'entend sur la route d'Emmaüs. Et nous, nous sommes biens aussi comme eux.

MARIE ET LA FOI.

Un point pourraît paraître obscur dans le récit de Cana. C’est le rapport entre Jésus et Marie. Pour en parler, il faut nous rappeler que l’Evangile de Jean a été écrit et les événements qui y sont rapportés ont été choisis par “le disciple bien aimé”, qui a reçu Marie au pied de la Croix et qui, par la suite l’a accompagnée quotidiennement par fidélité à la demande expresse que lui fit Jésus. Même les simples détails ne sont inutiles. Ils sont porteurs d’une plus grande réalité.

La réponse de Jésus à l’intervention de Marie peut être traduite et ressentie de diverses manières. Une chose est sûre : l’intercession de Marie. C'est « Ils n’ont plus de vin. » Elle ne demande pas, n’implore pas. Elle « informe » son fils en lui laissant sa liberté, car elle connaît son amour pour les hommes.

Dans sa réponse, Jésus l’appelle : “femme”, comme elle le sera à la Croix quand Jésus la donnera pour mère au disciple bien-aimé représentant le peuple de la Nouvelle Alliance. En choisissant ce terme, il nous est signifié que, par delà la relation de Jésus, fils de Marie et sa mère, c'est l’humanité, prise dans sa globalité, qui est en relation avec la divinité plénière du fils.

Il est également difficile de savoir si la remarque de Marie joue sur la décision de Jésus. Eprouve-t-il ou éclaire-t-il la foi de sa Mère ? Prend-il ses distances comme il l’avait fait à l’âge de douze ans ? N’e faisons que des commentaires qui sont suggérés par l’Evangile.

Mais il est manifeste que la foi de Marie influe sur les serviteurs. Celle qui a accepté que s’accomplisse en elle la Parole de Dieu et qui, en cet accomplissement, a trouvé la plénitude de sa joie, est fondée de dire aux serviteurs de faire tout ce qu’il leur dira. C'est une manière de vivre pour elle.

Elle n’est pas médiatrice. Elle est notre intermédiaire. Le médiateur entre l’humanité et Dieu, c’est Jésus qui l’est par sa parole vivifiante. Le Verbe s’est fait chair en elle et il a habité parmi nous.

Les serviteurs obéiront. Ce qui leur donnera un avantage sur le maître du repas qui ignore d’où vient ce vin. Eux, il savent. Ils ne ne sont donc plus tout-à-fait de simples serviteurs, car celui-ci ignore ce que fait son maître (Jean 15. 15). Il serait prématuré de les appeler “amis”. Mais peut-être tracent-ils déjà aux disciples le chemin qui leur permettra à leur tour de le devenir.

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Nous n’avons pas évoqué le texte de saint Paul. Même si le dimanche de prière pou l’Unité des chrétiens se situe dans huit jours, saint Paul est d’actualité en ce dimanche où s’ouvre la “Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens”.
 
Nous pourrions aujourd’hui le lire dans le contexte de Cana.
A Cana chacun participe, à sa manière, à la même fête. Comment serons-nous à notre tour la joie de Dieu pour que l’unique Eglise de Jésus-Christ soit dans la fête d’une vraie communion ?
 
« Pénètre-nous, Seigneur, de ton esprit de charité, afin que soient unis par ton amour ceux que tu as nourris d’un même pain. » (Prière après la communion)

 




DIMANCHE 24 JANVIER 2016
TROISIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Références bibliques :

Lecture du livre de Néhémie : 8. 1 à 10 : “Ce jour est consacré à notre Dieu ! la joie du Seigneur est votre rempart.”
Psaume 18 : “ Accueille les paroles de ma bouche, le murmure de mon coeur.”
Saint Paul. 1ère lettre aux Corinthiens : 12. 12 à 30 : “ Tous nous avons été désaltérés par l’Unique Esprit.”
Evangile selon saint Luc : 1. 1 à 4 : “ Les témoins oculaires qui sont devenus les serviteurs de la Parole.”

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Le choix des lectures de ce dimanche semble ne pas relever pas d’une logique rationnelle. Pourtant ce choix n’est pas arbitraire. Nous pouvons relier entre elles les lectures par la vision de l’Eglise, qui se dégage des trois textes, en particulier celui de saint Paul, en ce dimanche au cœur de la « Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens ».

- Edification de la communauté juive au retour de l’exil, axée sur les paroles de la Loi.
- Unité de l’Esprit dans les différences non seulement entre chaque baptisé, mais aussi entre chaque Eglise qui donnent forme et vie « l’oikuménè » de Dieu :” Ceux que Dieu a placés dans l’Eglise”.
- Enfin les témoins de la Parole dont le Christ est “le prototype” à la synagogue de Nazareth car “l’Esprit repose sur Lui.”

Ce dimanche nous invite à fêter la Parole vivante issue du Livre dont la communauté accueille l’expression une et diverse selon le charisme et la vocation de chacun des fidèles.

LA LITURGIE DE LA PAROLE.

Le contexte historique.

Le livre de Néhémie nous place dans un des moments “fondateurs” du judaïsme. Néhémie est un laïc juif, échanson à la cour du roi de Perse au temps de l’exil. Il obtient une première mission officielle pour se rendre à Jérusalem. Nommé gouverneur de la région de Juda, il relève les murs de la ville, veille à la justice sociale entre les habitants et organise son repeuplement par le retour des exilés.

Dix ans plus tard, si l’on accepte une certaine chronologie, il revient et procède avec autorité au rétablissement du sabbat, au respect des lévites, à la réglementation cultuelle. Et c’est là que se situe l’épisode que la liturgie de ce dimanche relate. Au terme d’un travail dont Esdras est la cheville ouvrière, les traditions orales sont recueillies et transmises par écrit pour qu’elles ne se perdent pas comme ce fut le risque au cours de l’exil.

Esdras est “un scribe versé dans la Loi de Moïse” (Esdras 7. 1 à 5), “interprète des commandements de Yahvé et de ses lois concernant Israël” (Esdras 7. 10 et 11). Il était d’ailleurs secrétaire pour les affaires juives à la cour du roi de Perse. La lecture solennelle de la Loi qu’il introduit dans la communauté, prend le relais des “ Tables de la Loi” qui ont été détruites. Pendant l’exil, les Juifs dispersés se sont regroupés non plus au Temple, centre de leur ancien petit royaume, mais dans des synagogues pour rester fidèles à la Parole de Dieu reçue au Sinaï et transmise par Moïse et ses successeurs.

Le sens de cette liturgie.

Le fait de lire selon un certain rituel confère au Livre de la Parole de Dieu une valeur symbolique. Le Livre de l’Exode et le Livre des Nombres rattachaient toute la constitution du Peuple d’Israël à la révélation sur le Sinaï. Esdras constitue le Peuple Juif également autour de la Parole de Dieu, non pas nouvelle, mais permanente.

Comme Moïse a présenté les tables du Décalogue, nous retrouvons ici une présentation du Livre, une mise en valeur du lecteur, un accueil préalable par la prière qui est bénédiction du Seigneur et enfin une attitude spirituelle et corporelle (“amen”, debout, prosterné) du peuple qui écoute et ratifie.

LA LITURGIE DE NAZARETH.

Le début de l’évangile selon saint Luc explique ses motivations. L’épisode de Nazareth situe les paroles de Jésus dans ce cadre, avec une insistance particulière sur la puissance de l’Esprit qui est en oeuvre.
 
Le livre ancien que le Christ reçoit pour faire la lecture du prophète Isaïe a été écrit pour être lu à l’office synagogal. Il a été écrit jadis. Et Jésus le referme. Le livre neuf que saint Luc vient d’écrire est destiné lui aussi à être “lu” dans l’Eglise, par ceux qui sont devenus les serviteurs de la Parole. Luc ne veut ni réaliser une oeuvre littéraire, ni rédiger une histoire chronologique, même si les premiers chapitres comportent des repères qui attestent cet aspect de l’oeuvre. Sa visée est d’affermir la foi.

Saint Jean dira de même au terme de son évangile. Il a écrit “pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom.” (Jean 20. 31)

Les premiers versets de saint Luc nous donnent les signes distinctifs des apôtres et de ceux qu’ils associent à leur tâche. Quand il faudra remplacer Judas, Pierre cherchera parmi ceux qui les “ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a marché à leur tête” (Actes 1. 21), parce que la tâche de l’apôtre est d’être le témoin de la Résurrection et le messager de la Parole. Les premiers chapitres des Actes nous montrent d’ailleurs les apôtres prêchant, enseignant, expliquant, appelant à la conversion. (Actes 4. 29 à 31)

C’est à sa manière ce que saint Paul rappelle aux Corinthiens, chacun, selon sa vocation spécifique, annonce l’Evangile. Pour lui, comme pour les rédacteurs des quatre évangiles, les écrits ne sont pas des “outils” de propagande, mais plutôt des éveilleurs de la foi, des soutiens de la catéchèse.

AGIR DANS IMPRÉGNÉS PAR LA FOI

C’est le terme de catéchèse qui est utilisé ici : “catéchètès”, non pas avec la précision technique qu’il a maintenant, mais au sens “tu as reçu”. (Luc. 1. 4), la transmission présente d’un enseignement. Dans le prologue des Actes, saint Luc dira : “ce que Jésus a commencé à faire et à enseigner”, “poïev kai didaskeiv”. (Actes 1. 1)

L’Evangile n’est pas d’abord dans l’écriture, mais dans “l’agir” de Dieu qui ressuscite Jésus comme Christ et Seigneur et, par Lui, nous donne l’Esprit-Saint. Certes cet agir de Dieu s’est inscrit dans l’histoire. Mais il n’appartient pas qu’au seul passé. Cet agir est présentement. Quand la Parole est annoncée et que les sacrements sont célébrés, l’Esprit nous communique aujourd’hui la vie du Christ, la vie du Fils, la vie de fils.
 
Quand l’Ecriture est lue, plus encore quand elle est proclamée en Eglise, les événements de la vie de Jésus prennent pour nous leur pleine actualité. Ils sont actuels. Ils s’accomplissent pour nous qui sommes son corps. (Saint Paul aux Corinthiens)

Jésus le dit à Nazareth. Après avoir replié le rouleau du prophète de l’Ancien Testament, nous pouvons entendre en vérité la Parole du Christ dans le Nouveau Testament. “Cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit.” (Luc 1. 21)

LA PORTEE DE L’EVANGILE DE LUC.

L’introduction que saint Luc a jugé utile d’inscrire dès les premières lignes de son évangile, peut être aussi l’objet d’une réflexion sur la place de l’Ecriture dans l’Eglise actuelle, tout particulièrement en cette semaine de l’Unité.

Saint Luc ne mentionne pas son propre nom, mais, depuis toujours la tradition des premiers écrivains chrétiens lui attribue le troisième évangile et les Actes des Apôtres. Il est nommé trois fois parmi les collaborateurs de saint Paul, l’apôtre des païens. (Colossiens 4. 14 - 2ème à Timothée 4. 11 - Lettre à Philémon 25). Il est grec et la langue grecque est sa langue maternelle. Il est dans la situation de tout païen du monde hellénique, qui n’avaient pas la possibilité de rencontrer des témoins directs du ministère de Jésus.
 
Les chrétiens d’origine juive qui habitaient en Palestine pouvaient le faire auprès des auditeurs de Jésus en Judée ou Galilée. Il s’adresse à Théophile, “un ami de Dieu” et lui précise qu’il n’est pas un apôtre, qu’il n’est même pas un témoin immédiat. Pourtant son oeuvre est “apostolique” par la source principale qu’il cite : ceux qui, dès le début, furent témoins oculaires et sont devenus serviteurs de la Parole. Il le fait avec rigueur, avec soin (Luc 1. 3)

Nous voyons qu’entre ces témoins privilégiés et lui-même, une activité, que nous appellerions “littéraire”, avait commencé de se déployer. Les mots employés ne permettent pas de préjuger de la nature orale ou écrite de chacun de ces documents. Fait-il référence aux autres évangiles que nous connaissons, dans leur état actuel ou dans leur état antérieur ? Fait-il référence à d’autres textes que nous ignorons aujourd’hui parce qu’ils n’ont pas été retenus par l’Eglise comme inspirés ?

Il est impossible de le dire. En tout cas, il a rencontré les témoins. Il suggère même un témoin privilégié :”Marie retenait avec toutes ces choses en son coeur.” (Luc 2. 19)

Saint Luc témoigne ainsi de cet entredeux qui trouble souvent le chrétien aujourd’hui : que s’est-il passé entre les événements et la rédaction des évangiles tels que nous les possédons ? Thème que les medias contemporains aiment à remettre à l’ordre du jour.

Luc ne prétend pas avoir reçu la révélation directe de ce qu’il devait mettre par écrit et de la manière dont il devait composer son oeuvre. Il a mené une enquête d’une rigoureuse authenticité. Il a choisi les faits et gestes du Christ significatifs de la révélation divine et non pas pour le pittoresque anecdotique. ”Pour que tu te rendes bien compte de la solidité des paroles que tu as reçues.” (Luc 1. 4) Il prend ses responsabilités par rapport au choix qu’il fait en nous donne le sens de sa liberté. Il insiste sur le sérieux de son travail.
 
La Bible a Dieu pour auteur, ce qui n’empêche pas chaque auteur sacré d’agir aussi en véritable auteur.

***

C’est à l’homme d’entendre ce que Dieu lui inspire dans la Parole qui est lue ou entendue. “Accueille les paroles de ma bouche, le murmure de mon coeur.” (Psaume 18) C’est aussi à cet homme de parler et de révéler ce qui le fait vivre. Jésus nous le dit à Nazareth; saint Luc nous le suggère dans son introduction.

 


 

DIMANCHE 31 JANVIER 2016
QUATRIÈME DIMANCHE DE TEMPS ORDINAIRE

 

Références bibliques :

Lecture du livre de Jérémie : 1. 4 à 19 : “Je fais de toi une ville fortifiée.”
Psaume 70 : Ma bouche annonce tout le jour tes actes de justice et de salut.”
Saint Paul. 1ère lettre aux Corinthiens : 12. 31 à 13. 13 : “ Ils sont trois aujourd’hui : la foi, l’espérance et la charité. Le plus grand des trois, c’est la charité.”
Evangile selon saint Luc : 4. 21 à 30 : “ Cette Parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit.”

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Pour présenter le ministère de Jésus, chaque évangéliste suit un plan qui lui est propre et, pour chacun, il le commence par l’un ou l’autres de événements qui seront significatifs de la Bonne Nouvelle qu’annonce Jésus.

Saint Matthieu commence par la proclamation du Royaume, en paroles et en actes : les Béatitudes et le sermon sur la montagne, à l’instar de la proclamation de la Loi au Sinaï. Saint Marc montre, en une journée passée à Capharnaüm, les différents aspects du ministère de Jésus. Le récit de saint Jean s’ouvre par une semaine inaugurale qui s’achève le jour de Cana où les disciples voient la gloire de Jésus.

Saint Luc, par le récit des faits qui se sont déroulés à la synagogue de Nazareth, laisse présager le refus du Peuple à l’égard de Jésus et le transfert hors d’Israël, ou plutôt l’élargissement hors dIsraël, , du salut que le Christ apporte aux hommes.

LA PERSPECTIVE DE LUC.

Il est à noter que la venue de Jésus à la synagogue de Nazareth n’est séparée de la Tentation que par deux versets laconiques :” Alors Jésus, avec la puissance de l’Esprit, revint en Galilée et sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans leurs synagogues et tous disaient sa gloire” (Luc 2. 15).

Dimanche dernier, nous avons lu la première partie de ce récit. Dans le cadre de la prière, le jour du Sabbat, il reçoit le livre d’Isaïe pour faire la lecture et y trouve le passage où il est écrit :” L’Esprit du Seigneur est sur moi.” Jésus proclame - et c’est là que commence la lecture de ce quatrième dimanche - :” Cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit.”

Cette proclamation provoque des réactions qui vont progressivement se modifier. “ Tous lui rendaient témoignage.” (verset 22) Le premier mouvement est favorable. Ils reconnaissent qu’il prononce des paroles de grâce. Saint Luc l’avait noté. N’est-il pas le fils de Marie “pleine de grâce” ? Son enfance n’a-t-elle pas été une croissance sans obstacle de la grâce en Lui. (Luc 2. 52)

Puis, quelques doutes s’inscrivent dans leurs réactions :” Ils s’étonnaient des paroles de la grâce qui sortaient de sa bouche.” (v. 22) En quelques phrases, nous passons de l’approbation unanime au rejet, allant jusqu’au désir de meurtre. Après un élan initial, les habitants de Nazareth perdent leur enthousiasme admiratif au nom d’un certain réalisme. Comment le fils de Joseph peut-il se dire marqué par l’onction de l’Esprit-Saint ?

Cette question traversera tout l’Evangile. Elle est venue jusqu’à nous. Pour beaucoup de nos contemporains, les vérités essentielles de la Foi et de la Bonne Nouvelle sont déconcertantes, voire provocantes. « L’Eglise, pour qui se prend-elle ? »…Elle devrait mieux adapter sa doctrine et sa pensée, pour être en phase avec la religiosité de notre époque.

Ce constat commande le plan de toute l’oeuvre de saint Luc, Actes des Apôtres y compris. Il commence avec l’annonce à Zacharie dans le Temple de Jérusalem. Il en est ainsi dans l’Evangile de l’enfance. Les pauvres (les bergers) et les païens (les mages) reconnaissent, les puissants refusent (Hérode et sa cour).

Et cela s’achève avec l’arrivée de Paul à Rome, au centre de l’empire païen. (Actes 28. 14) Là aussi Isaïe est cité, là aussi, il y a contradiction. “Les uns furent convaincus et d’autres refusaient de croire.” (Actes 28. 24)
 
Il nous faut, nous aussi, assumer le fait que la pensée de Dieu ne fera jamais l’unanimité. Mais ce n’est pas une raison pour nous replier dans une « forteresse de certitudes ». La plus grande connaissance de Dieu passe d’abord et toujours par la charité. (1ère Corinthiens 4. 13)

LA “MANIERE DE FAIRE ” DE DIEU

Saint Luc rejoint ainsi les paroles de saint Paul aux Corinthiens dont il a partagé le ministère. Par delà l’espérance et la foi, toute l’action de Dieu doit se lire à la lumière du regard que Dieu nous porte qui n’est pas un regard humain, si admiratif soit-il des dons que nous avons reçus. “ Nous voyons actuellement à travers un miroir et de manière diffuse” selon le traduction mot à mot du texte grec. (1ère aux Corinthiens 13. 12)

A Nazareth, ils ne voient pas celui dont parlait Isaïe, mais seulement le fils de Joseph, leur compatriote. Ils voient « au travers un miroir et de manière diffuse. » Ils oublient la manière de faire qui est propre à Dieu ? Nos contemporains aussi.

Quand Dieu vient, il vient dans l’humilité de la pensée et de l’agir. Le fils du charpentier ne peut être un envoyé de Dieu. Ce n’est pas digne de Dieu, pensent-ils.

Le deuxième malentendu entre Jésus et ses auditeurs déconcertés est la mise en demeure d’opérer pour les siens les mêmes miracles qu’il a réalisés pour d’autres vingt kilomètres plus loin. Cette sommation de faire des miracles rappelle la tentation mentionnée par le diable : “Si tu es le fils de Dieu, ordonne ...” (Luc 4. 3)

Elle annonce les défis lancés au Christ :” Si tu es le roi des Juifs, sauve toi-même.” (Luc 23. 37) A Nazareth, Jésus “débusque” cette pensée :” Vous allez me dire, fais donc de même ici dans ton pays.” Les gens de Nazareth estiment qu’ils possèdent une priorité sur Jésus. C’est l’inverse d’une attitude de foi.

L’UNIVERSELLE LIBERTE DE DIEU

Celui qui pense posséder des droits sur Dieu, ne trouvera jamais Dieu. Jésus apprécie l’audace de toutes les demandes, celle de la Cananéenne pour la guérison de sa fille, ou celle de Thomas « Montre-nous le Père. » Mais il sait discerner entre l’insistance qui naît de l’humilité et l’assurance qui naît de l’orgueil.
 
Pour cela, il va donner aux habitants de Nazareth deux exemples d’action divine en faveur des païens alors que le Peuple d’Israël semble en être exclus, comme eux à Nazareth. Ces exemples se rattachent à deux prophètes très liés l’un à l’autre : Elie et Elisée. Ils avaient parlé et agi non loin de la Galilée, dans le Royaume du Nord. Les auditeurs de Jésus ne pouvaient pas être frappés plus directement par le rappel de leurs miracles, d’autant qu’ils ne peuvent mettre en doute leur titre de Prophète puisqu’Elie était marqué comme devant être présent aux jours du Messie.

Il ne faudrait donc pas imaginer Elie et Elisée comme traîtres ou indifférents au sort d’Israël. Elie promet à la femme de Sarepta une nourriture inépuisable “au nom du Seigneur Dieu d’Israël”. (1er livre des Rois 17. 14). Quand Naaman a été guéri de la lèpre en obéissant à l’ordre d’Elisée, il professe sa foi :” Maintenant, je sais qu’il n’y a pas de Dieu sur toute la terre si ce n’est en Israël.” (2 Rois 5. 15). Il emporte même un peu de terre d’Israël pour que les sacrifices qu’il offrira désormais à Dieu soient légitimes.

Si les deux autres Synoptiques, saint Matthieu et saint Marc, mentionnent seulement le manque de foi des habitants de Nazareth, saint Luc fait suivre immédiatement le rejet de Jésus par la violence, une tentative de meurtre. La logique spirituelle de l’Evangile est bien mise en lumière par lui. Le refus de la foi enferme dans les ténèbres et ne peut que faire désirer l’élimination de celui qui vous scandalise.

Saint Luc l’a expérimenté plusieurs fois avec saint Paul durant leurs voyages missionnaires. Il est très proche de saint Jean qui souligne cette volonté progressive d’élimination de Jésus par les chefs juifs, en particulier dans les semaines qui précèdent l’arrestation.

Sa mort est un mystère dont le dernier mot est en Dieu. “Il est passé en faisant le bien.” (Actes 10. 38)

DEUX AUTRES NOTATIONS.

Nous avons surtout développé la signification de l’épisode de la synagogue. Mais nous pourrions tout autant partir de deux autres notations : l’aujourd’hui de Dieu et l’hymne à l’amour.

L’aujourd’hui de Dieu .

“Aujourd’hui” est un mot que saint Luc aime bien et qu’il emploie aux grands moments de l’existence de Jésus. “Aujourd’hui vous est né un Sauveur. “ chante l’ange aux bergers de Bethléem. “Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis”, affirme Jésus crucifié au bandit repentant en toute dernière minute. (Luc 23. 43). “Aujourd’hui, cette parole s’accomplit.” proclame-t-il à Nazareth (Luc 4. 21).

Le Christ est l’aujourd’hui de Dieu. Et nous, pour le rejoindre nous n’avons qu’aujourd’hui entre nos mains. Le passé n’est plus entre nos mains et l’avenir est entre les mains de Dieu. La nostalgie d’hier ou le souci du lendemain, la distraction de la mémoire ou l’agitation des projets sont autant “d’absence” qui nous empêche de vivre le moment que Dieu nous offre.

Pour nous comme pour Jésus à Nazareth, chaque journée, chaque instant, condense le devenir de ce que nous sommes. “Donne-nous aujourd’hui le pain de ce jour,” nous a-t-il demandé de répéter dans la prière que nous adressons à “Notre Père”.

L’hymne à l’amour.

Les auditeurs de Nazareth pensaient, sans doute, avoir la science du mystère du Messie et la connaissance de Dieu, grâce à l’écoute de l’Ecriture, grâce aux commentaires rabbiniques, grâce aux faits et gestes de leur contemporain Jésus dont ils ont paratgé la vie à Nazareth. Il leur manque de voir tout avec le regard même de l’amour de Dieu.

L’hymne à l’amour corespond aux profondeurs de la vie spirituelle de l’Apôtre: “J’aurais beau...” Si je n'ai pas l'amour. C’est une grande leçon de réalisme. Il est facile de reconnaître les dons de la grâce. Mais c’est insuffisant car ils sont à évaluer au critère de leur charge d’amour et non de leur seule mise en œuvre pragmatique.

Notre devenir est de rejoindre Dieu qui est l’Amour et la Vie. Il sera un temps où cesseront les “charismes” dans l’inachèvement de nos entreprises. Lorsque tout s’épuise et disparaît, il reste l’amour qui est la rencontre, le “face à face” de Dieu et de l’homme pour notre divinisation.

L’amour ne passera jamais parce qu’il est l’être même de Dieu. Il est la plénitude de toute réalité. Il doit devenir la nôtre. Tout le reste ne nous est donné que pour un temps et pour une mission précise, en attendant la rencontre totale et défintive : “Qui peut nous séparer de l’amour que Dieu nous porte en Jésus Christ !” (Romains 8. 35)

“Accorde-nous, Seigneur, de pouvoir t’adorer sans partage et d’avoir pour tout homme une vraie charité.” (Prière d’ouverture de ce dimanche)


 

DIMANCHE 7 FÉVRIER 2016
CINQUIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 


Références bibliques :

Lecture du livre d’Isaïe : 6. 1 à 4 : “Moi, je serai ton messager.”
Psaume 137: “Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité.”
Saint Paul. 1ère lettre aux Corinthiens : 15. 1 à 11. “Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu.”
Evangile selon saint Luc : 5. 1 à 11: “ Sois sans crainte, désormais tu prendras des hommes vivants..”

***

L’APPEL

La lecture de saint Luc en ce dimanche offre un récit complexe, réunissant plusieurs éléments :

- Jésus prêchant )à la foule la parole de Dieu.
- La pêche miraculeuse.
- La vocation de Simon à une pêche d’hommes et non plus de poissons, son métier.
- La décision de Simon, Jacques et Jean : ils se mettent à suivre Jésus.

La séquence adoptée par saint Luc est sans doute destinée à montrer comment un familier devient un disciple et un apôtres.

Jésus fait accomplir à Pierre ce parcours en lui adressant trois appels :

- L’appel à mettre sa barque à sa disposition et à s’éloigner “un peu” du rivage.
- L’appel à jeter les filets, “au large”, malgré l’échec de la nuit précédente.
- L’appel à une tâche évoquée en mots énigmatiques : prendre des hommes au filet. Pourquoi ? Comment ? Rien n’est précisé.

Mais Pierre, ainsi que les deux autres, comprennent qu’à partir de cette heure, ils n’ont rien d’autre à faire que de suivre Jésus.

LE MINISTERE DE PIERRE

Il est intéressant de noter la place singulière de Simon dans ce récit :

- Deux barques sont disponibles. Jésus monte dans celle de Simon.
- C’est à Simon que Jésus donne l’ordre de pêcher.
- C’est Simon-Pierre qui reconnaît le miracle et confesse son péché. Comme plus tard il confessera sa foi au Christ (Luc 9. 20).
- C’est à Simon que Jésus annonce la mission future.

Pourtant, les deux autres, Jacques et Jean, sont présents, participent à la pêche et suivent Jésus, tout comme Pierre.

Non seulement Pierre est le premier nommé (voir aussi Luc 6. 14) mais il semble personnifier le groupe des Douze. Le témoignage de saint Paul, dans la deuxième lecture, est convergent : Le Christ est apparu à Pierre, puis aux Douze.

La divergence entre les confessions chrétiennes ne porte pas sur ce constat de la place singulière de Pierre dans le Nouveau Testament, mais sur la transmission de cette singularité aux successeurs de Pierre.

IMPOSSIBILITE OU OBSTACLE ?

En travers de cet élan de l’appel et de la foi survient un obstacle. Celui du péché, ou plus exactement, celui de la conscience de notre péché. Notre indignité, parfois, nous paraît telle que nous doutons même de la miséricorde infinie de Dieu, au point d’avoir peur de face à face que nous vivons déjà avec Lui et que nous vivrons éternellement.

La liturgie nous propose un parallèle entre la réaction de saint Pierre et celle du prophète Isaïe. Isaïe :”Malheur à moi ! je suis perdu car je suis un homme aux lèvres impures.” (Isaïe 6.5) Saint Pierre, devant le miracle, change de “situation”...”Seigneur, éloigne-toi de moi, je suis un homme pécheur.” L’heure d’avant, quand il acquiesçait à l’ordre de Jésus, il l’appelait “Maître”.

Il est une question qui traverse tout l’Ancien Testament : comment voir Dieu sans mourir si grande est la distance qui nous sépare de lui.

MALGRE TOUT, PROCHE DE NOUS

Le plus souvent l’Ecriture affirme que l’homme ne peut voir Dieu. Quand Moïse lui demande :”Fais-moi voir ta gloire”, le Seigneur répond :”Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne saurait me voir et vivre.” (Exode 33. 18 à 20) Pourtant Dieu ne veut pas être étranger à son serviteur. Il se fera voir de Moïse, mais de dos.

La vision de Dieu suppose une familiarité que le péché a rompue. L’homme est ainsi en proie à une contradiction : le désir de voir Dieu demeure en lui, mais il échouerait ou rejoindrait inexorablement la mort.

Toutefois les traditions prophétiques de l’Ancien Testament attestent une possible rencontre. “Moïse monta, ainsi qu’Aaron, Madav et Avihou, et soixante-dix des Anciens d’Israël. Ils virent le Dieu d’Israël... Ils contemplèrent Dieu, mangèrent et burent” (Exode 24. 9 à 11) Et c’est bien ainsi que les disciples et les apôtres vécurent avec Jésus de Nazareth, trois années durant.

Dieu lui-même s’est manifesté au sein de notre monde pécheur par son Fils incarné :”Et le Verbe s’est fait chair et nous avons vu sa gloire.” (Jean 1. 14) L’initiative du salut vient de Dieu. Notre foi n’est ni une imagination ni l’épiphénomène de nos désirs. Les Corinthiens se l’entendent dire par saint Paul. “Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu.”

Les apôtres eux-mêmes ont vécu avec le Seigneur :” Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons.” (1ère lettre de Jean 1. 1 et 2)

Grande est leur familiarité avec leur Seigneur et maître. Saint Pierre le secouera par les épaules pour le réveiller lors de la tempête sur le lac. Saint Pierre, encore lui, lui reproche de monter à Jérusalem pour se faire arrêter et condamner.

“Ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie.” ... Il est si proche.
 
Il nous est également possible de vivre cette familiarité. Ce n’est pas en dressant des barrières rituelles que nous vivrons la Vérité qu’il nous apporte. Le père de l’enfant prodigue n’a pu admettre de le recevoir à genoux, il l’a pris dans ses bras. Ces barrières rituelles sont parfois même ridicules, comme refuser de recevoir le Corps du Christ dans nos mains… « Ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie.
 
C’est avec de telles barrières qu’on en arrive à vivre un christianisme moralisateur jusqu’à être vidé du sens de notre intimité en Dieu par Jésus-Christ. C’est le Christ qui est l’essentiel, car s’il est devenu l’un des nôtres, c’est pour être proche de nous et, nous, proches de lui. « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. »
 
****

A nous de vivre cette réalité étonnante. A nous d’en transmettre la découverte à nos frères. A nous de la chanter devant les hommes :”Tous les rois te rendent grâce quand ils entendent les paroles de ta bouche.” (psaume 137) Dans cet esprit, relisons le passage de la lettre aux Corinthiens en ce dimanche où saint Paul décline pour nous ce qu’est la Bonne Nouvelle. “La grâce de Dieu est avec moi.” (I Cor. 15. 10)
 
« Tu as voulu, Seigneur, que nous partagions un même pain et que nous buvions à la même coupe. Accorde-nous de vivre tellement dans le Christ que nous portions du fruit pour le salut du monde. » (Oraison de la communion de ce dimanche)

 

DIMANCHE 14 FÉVRIER 2016
PREMIER DIMANCHE DE CARÊME


 


Références bibliques

Livre du Deutéronome : 26. 4 à 10 : "Mon père était un araméen errant ..."
Psaume 90 :" Mon rempart, c'est mon Dieu dont je suis sûr."
Lettre de saint Paul aux Romains. 10. 8 à 13 :"Aucun de ceux qui croient n'auront à le regretter."
Evangile selon saint Luc.4. 1 à 13 :"Il fut mis à l'épreuve."

***

Chaque année, la liturgie du Carême trace un itinéraire en des étapes pédagogiques qui sont , ou devraient être, les étapes de notre progression spirituelle dans la lumière pascale.

UN ITINERAIRE QUI EST LE NOTRE

La lecture de l'Ancien Testament nous propose les étapes de nos pères dans la foi, qu'ils s'appellent Abraham ou Moïse, ou les anonymes quittant l'Egypte pour recevoir la révélation du Sinaï et pour entrer en Terre Promise, ou les inconnus brisés sur le chemin de l'exil et confiants dans la promesse d'un retour.

Les Evangiles des deux premiers dimanches sont consacrés, l'un à la Tentation, l'autre à la Transfiguration. L'humanitéde Jésus, soumise comme la nôtre à la tentation et sur le Thabor, latransparence fugitive de sa véritable personnalité humano-divine.

La tentation, ce chemin que nous devons suivre et assumer. La Transfiguration, le terme de notre cheminement et notre divinisation.

Par cette juxtaposition, l'Eglise nous incite à vivre ce temps dans la vie du Christ pour recevoir de lui, par sa croix et sa résurrection, la plénitude de notre être qui a été définitivement réalisée par la grâce et la lumière de notre baptême.

DANS LA LUMIERE PASCALE

Ce qui nous conduit, dès le premier jour, à vivre le carême dans la lumière pascale.

Les trois autres dimanches ont des insistances différentes selon les années du cycle liturgique. Les épîtres et les psaumes se rapprochent selon les dimanches, soit de la lecture de l'Ancien Testament, soit de la lecture de l'Evangile.

Par ces choix, l'Eglise veut initier les fidèles aux sacrements du salut. Le Carême est, pour les catéchumènes le temps de l'ultime préparation de la Nuit pascale où ils seront régénérés en Christ, et, pour les baptisés, celui de retrouver toutes neuves la force et la fraîcheur de leur baptême.

"Ne nous soumets pas à la tentation..." nous fait dire Jésus dans la prière à son Père. C'est le sens même de sa démarche dans le désert lorsque "rempli de l'Esprit-Saint, il quitta les bords du Jourdain et fut conduit par l'Esprit à travers le désert, où pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon." (Luc 4. 1) Il nous faut relire le "Notre Père" au travers de ce temps d'épreuve où notre Seigneur vécut pleinement chacun des paroles de la prière dominicale. A notre tour, l'épreuve nous permet de donner la preuve de la fiabilité de notre foi.

ENTRER DANS L'HISTOIRE DU SALUT

L'élection du peuple d'Israël comme celle du peuple de la Nouvelle Alliance ne doit pas se vivre aujourd'hui comme la représentation et la reproduction des modalités du passé. Ce qui risquerait de nous enfermer dans une impasse nostalgique. "Mon père était un araméen vagabond...(c'est bon de l'évoquer, mais ce n'est plus) ... aujourd'hui je t'apporte les prémices des produits du sol." (Deutéronome).

Dieu nous prépare nous aussi à vivre un monde nouveau. Tout est mémoire de la mort et de la résurrection du Seigneur Jésus et non pas seulement évocation, car qui dit "mémoire" dit aussi présentement et aujourd'hui. Cette mort et cette résurrection sont elles-mêmes mémoire de toute l'histoire humaine dont Dieu, dans l'histoire d'Israël, nous montre qu'il veut en faire une histoire sainte. Nous avons, aujourd'hui et présentement à faire que l'histoire humaine des hommes d'aujourd’hui soit aussi une histoire sainte.

La liturgie latine nous le fait dire à l'offertoire. Les prémices : "ce pain fruit de la terre et du travail des hommes, nous Te le présentons, il deviendra le pain de la vie." La liturgie eucharistique nous en souligne les trois étapes dans l'anamnèse :"Nous proclamons ta mort, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire." Oui, il est grand le mystère de la foi !"

Le Carême est indissociable de la Passion, de la mort et de la Résurrection. Comme pour la transfiguration du Thabor, passion et mort ne sont qu'un moment dans l'histoire. La grâce de cette Incarnation rédemptrice est la Résurrection, c'est-à-dire l'accès à la divinisation éternelle de l'homme sauvé par Jésus, le Christ, notre-Seigneur.

DEJA LA VIGILE PASCALE.

"Si tu crois dans ton coeur que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, alors tu seras sauvé !" C'est la profession de foi en Jésus ressuscité qui apporte la justice et le salut, car elle est un acte d'adhésion, d'insertion de notre pensée et de notre coeur, c'est-à-dire de tout notre être, dans l'être même de Jésus, le ressuscité. Le Credo nous fait dire :"Je crois en Jésus-Christ" et non pas "Je crois à Jésus-Christ".

La foi ne professe pas des idéaux théoriques, mais des faits auxquels elle nous demande d'adhérer et d'en tirer les conséquences dans notre propre vie. Ces faits sont des actes de Dieu qui crée, qui sauve et qui sanctifie. Le catéchumène doit professer et confesser cette foi durant la nuit pascale et c'est ainsi qu'il peut s'approcher pour recevoir le baptême. Le baptisé renouvelle cette profession de foi en chaque nuit pascale.

L'ensemble des lettres de saint Paul ne se comprennent que dans le mystère pascal, qui est le passage d'une servitude à une libération. "Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie." (Jean 14. 6) Viens, suis-moi sur ce chemin : "Demeurez dans ma parole, vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera" (Jean 8. 31 et 32) "Cette Parole, c'est le message de la foi que nous proclamons." (Romains 10. 8)

SE SOUMETTRE POUR SE LIBERER.

"La vérité vous rendra libre..." L'Evangile de la tentation ne dit pas autre chose. "Demeurez dans ma parole." "Ne nous soumets pas à la tentation..." nous fait dire Jésus dans la prière à son Père. C'est la suite même de sa démarche dans le désert lorsque "rempli de l'Esprit-Saint, il quitta les bords du Jourdain et fut conduit par l'Esprit à travers le désert, où pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon." (Luc 4. 1) Nous avons à relire, ce dimanche, le "Notre Père" au travers de ce temps d'épreuve où notre Seigneur lui-mêmevécut pleinement chacune des paroles de la prière dominicale.

Non pas soumission servile, mais preuve à donner, dans une épreuve comme l'on soumet des appareils de navigation ou des médicaments à des épreuves pour en connaître la fiabilité. "Je t'ai conduit au désert, pour que tu y entendes la voix de ton coeur et du mien." Cet anonyme mystique du Moyen Age résume ce que fut la tentation du Christ qui n'entend qu'une voix, celle de la Parole de Dieu.

"Là où est ton trésor, là est ton coeur", disait Jésus à des disciples. Or dans la tradition biblique, le coeur n'est pas la seule affectivité, c'est l'orientation fondamentale de toute la vie humaine. Le Christ n'a qu'une vision de la vie, celle de Dieu. "C'est lui seul que tu adoreras".... "aimer Dieu de tout son coeur, de toute sa vie et de toutes ses forces." Placer notre existence sous ce signe de la foi, c'est établir une authentique et indéfectible relation avec le Père.

Le démon "s'éloignera jusqu'au moment fixé." (Luc 4. 13) La tentation frappera Jésus au temps de la Passion, mais la décision restera la même :" Mon Père, éloigne de moi cette coupe de douleur, si c'est possible. Mais non ! pas ma volonté propre, mais ce qui est ta volonté !" (Matthieu 26. 42 -
Luc 22. 42)

***

Il n'est pas possible d'épuiser en quelques mots la richesse des textes de ce dimanche, si nous les mettons en relief les uns par les autres. Impuissants et limités que nous sommes à rejoindre le mystère dans lequel nous sommes entraînés par la foi, nous lançons un appel à Dieu dans la prière d'ouverture de ce premier dimanche de carême : "Accorde-nous, Dieu tout-Puissant, tout au long de ce carême, de progresser dans la connaissancede Jésus-Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle."

Car c'est en vivant de Jésus-Christ que nous pourrons " naître avec lui" (con-naître), dans sa vie. “Dieu qui veux habiter les coeurs droits et sincères, donne-nous de vivre selon ta grâce, alors tu pourras venir en nous pour y faire ta demeure.” (oraison d’ouverture de la messe) “Donne à tous ceux qui font ta volonté le bonheur que tu leur as promis.” (prière sur les offrandes).


 

DIMANCHE 21 FÉVRIER 2016
DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÊME


 


Références bibliques :
Lecture du livre de la Genèse : 5. 12 à 18 : "Le Seigneur parlait à Abraham dans une vision."
Psaume 26 : "C'est ta face, Seigneur que je cherche."
Lettre de saint Paul aux Philippiens : 3. 17 à 4. 1 : "Nous sommes citoyens des cieux... nous
attendons comme sauveur le Seigneur Jésus-Christ."
Evangile selon saint Luc : 9. 28 à 36 : "Son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d'une blancheur éclatante."
 
***
 
L'ITINERAIRE DE LA FOI D'ABRAHAM.
 
Nous avons déjà vu, dimanche dernier, le départ de l'araméen errant que Dieu lance sur les pistes du pays de Canaan. C'est une autre étape de la vie de notre Père dans la foi dont nous recevons le message aujourd'hui : Dieu lui ouvre une promesse, la bénédiction pour lui-même et pour ses descendants, ou plus exactement tous ceux qui seraient en communion avec lui, une descendance si ample qu'elle constituera un peuple.
 
Délai, impatience et foi.
 
Dieu, auteur de la promesse et de l'alliance, met Abraham en possession de la Terre promise après l'avoir arraché à son errance en Chaldée. Ce n'est plus la foi du premier élan, c'est la foi affrontée à l'épreuve du délai. Cela nous le percevons mieux si nous lisons les chapitres 12 à 14. Ce à quoi nous sommes invités. La foi d'Abraham est victorieuse, mais il y a aussi l'impatience humaine :"Comment vais-je savoir ?" Nous nous sentons proche d'Abraham quand nous n'avons plus la foi du premier élan et que surgit en nous l'impatience.
 
Il nomadise, lui et son clan, dans le pays de Canaan. Certes il a déjà des alliés dans ce pays. Quand Lot est fait prisonnier lors d'une campagne menée par quelques rois locaux, Abraham est capable de lever un groupe de partisans, 318 dira même la Genèse. Il peut libérer son neveu et récupérer ses biens. (Genèse 14. 13 à 16) Mais il est sur la terre des autres. La réalisation tarde mais "Abraham eut foi dans le Seigneur. " Il accepte pour garantie le seul engagement de Dieu. Il veut seulement savoir s'il en a possession.
 
Ceux qui voulaient sceller solennellement un accord, selon les traditions que nous connaissons de ce temps, tuaient un animal, le séparaient en deux et passaient au milieu. Si l'un ou l'autre des contractants venait à rompre le serment ainsi juré, il acceptait d'avance de subir le sort de lavictime. L'étrange dans cepassage biblique, c'est que seuls les symboles de la présence divine passent ainsi entre les quartiers d'animaux. Et non pas Abraham ; rien ne lui est demandé sinon de croire.
 
S'éveiller à la lumière.
 
Abraham fut plongé dans un sommeil mystérieux. C'est une torpeur analogue à celle d'Adam au jour où Dieu lui donna la femme comme "aide qui lui soit assortie". (Genèse 2. 21) Devant une grande oeuvre de Dieu, les facultés de l'homme terrestre "psychique" comme dirait saint Paul, sont comme suspendues.
 
Il en est ainsi des trois disciples sur la montagne. Ils sont atteints par le sommeil quand une gloire,la gloire de Dieu trop forte pour eux, se manifeste en Jésus transfiguré. Ils ne verront la gloire duFils que quand eux-mêmes se seront éveillés, c'est-à-dire quand ils commenceront d'avoir part à larésurrection de leur Seigneur. Lire ainsi Philippiens 3. 20 et 21. "Il transformera nos pauvres corps à l'image de son corps glorieux."
 
LA TRANSFIGURATION
 
Une semaine avant la Transfiguration, selon saint Luc, Pierre avait confessé sa foi en la divinité de Jésus :"Tu es le Messie de Dieu." (Luc 9. 20) Jésus leur parla, à ce même moment, de sa passion, de sa mort et de sa résurrection.

Il invite Jacques, Pierre et Jean à prier, c'est-à-dire, à partager avec lui ces moments d'intense intimité avec son Père, ce dialogue qu'ils n'auront pas le courage de partager au Jardin des Oliviers au moment de l'agonie. Jacques sera le premier à mourir pour le Christ. Pierre vient de confesser sa foi en la divinité et Jean sera le témoin de la gloire divine et de la lumière de Dieu :"Nous avons vu le Verbe venu dans la chair, la Parole, le Logos de Dieu." Le premier chapitre de l'évangile de saint
Jean est à relire dans ce contexte de la Transfiguration.
 
Jésus, lumière de Dieu.

Le visage du Christ leur manifeste la splendeur naturelle de la gloire divine, qu'il possède en lui-même et qu'il garde en son incarnation, même si cette gloire divine est cachée sous le voile de la chair. En Lui, la divinité s'est unie sans confusion avec la nature humaine. Il leur manifeste ainsi, au sommet de la montagne, non pas un spectacle nouveau le concernant, mais la manifestation, éclatante en Lui à ce moment, de la divinisation de la nature humaine, (y compris le corps, "le visage") et de son union avec la splendeur divine.
 
Totalement homme, pleinement Dieu.
 
Quand resplendit une gloire sur le visage de Moïse au Sinaï, elle venait de l'extérieur (Livre de l'Exode 34. 29) Au Thabor, c'est le visage du Christ qui est source de lumière, source de la vie divine rendue accessible à l'homme et qui se répand aussi sur ses vêtements, c'est-à-dire sur le monde extérieur à lui-même et sur les produits de l'activité et de la civilisation humaines.
 
Saint Jean l'exprime dans les premiers versets de son évangile :" La Parole de Dieu était la lumière véritable qui illumine tout homme venant dans le monde... nous avons contemplé sa gloire comme étant celle du fils unique d'auprès du Père, pleine de grâce et de vérité." (Jean 1. 9 et 14)
 
"Dans ta lumière, nous verrons la lumière", chante le psaume 35 au verset 10. Quand le brasier fumant et la torche enflammée passèrent entre les quartiers d'animaux qu'Abraham avait disposés (Genèse 15. 18), il y avait des ténèbres épaisses. "Dieu, personne ne l'a jamais vu. Le fils unique, Dieu dans le sein du Père, l'a fait connaître." (Jean 1. 18)

Vers la Terre Promise.
 
Aux côtés du Seigneur se trouvent Moïse et Elie, la Loi et le Prophètes, les deux sommets de l'Ancien Testament. Il nous faut lire le texte de saint Luc dans le grec lui-même, il est d'une toute autre signification. Ils sont dans la lumière. "Etant apparus en gloire, ils s'entretiennent avec lui de son exode ("exodos" chez saint Luc) qui allait s'accomplir à Jérusalem." (Luc 9. 31) c'est-à-dire sa Passion, sa mort et sa résurrection, comme il s'en était entretenue, une semaine auparavant avec
ses disciples, en même temps qu'il leur avait parlé de sa gloire (Luc 9. 26).
 
Au Thabor, saint Pierre, ravi de la contemplation de ce qui est la lumière divine, voudrait se contenter de la jouissance terrestre de la lumière. Jésus le détourne de ce désir trop humain. Saint Luc dira de Pierre :"Il ne savait pas ce qu'il disait." Il est "à côté de la plaque" pour utiliser une expression courante. Nous dirons en mieux, il est à côté de la réalité essentielle qu'ils vivent en cet instant.
 
***
 
Ce dimanche est par excellence un jour de fête, celle de la divinisation de notre nature humaine et de la participation de notre corps corruptible aux biens éternels, qui sont au-dessus de notre nature. Tout en rappelant ce qu'est notre Chemin, notre exode, au travers les événements de sa passion et de sa mort, le Sauveur nous montre que le but de sa venue dans le monde était précisément de conduire tout homme à sa Résurrection, à sa Vie. La contemplation de la gloire divine n'est pas qu'un spectacle extérieur à nous-mêmes. Elle est participation de toute notre vie à la divinisation. "Puissions-nous être unis à la Divinité de Celui qui a pris notre humanité." (Offertoire de la messe)
 
"Tu nous as dit, Seigneur, d'écouter ton Fils bien-aimé. Fais-nous trouver dans ta Parole les vivres dont notre foi a besoin et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire." (Prière d'ouverture de la messe)
 
"Pour avoir communié, Seigneur, aux mystères de la gloire, nous voulons Te remercier, Toi qui nous donnes déjà, en cette vie, d'avoir part aux biens de ton Royaume." (Prière après la communion)
 
C'est cela la quête de la lumière.



 

DIMANCHE 28 FÉVRIER 2016
TROISIÈME DIMANCHE DE CARÊME


 


Références bibliques :
Lecture du livre de l’Exode : 3. 1 à 15 : “J’ai vu la misère de mon peuple.”
Psaume 102 : « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 10. 1 à 12 : “Destinés à nous servir d’exemple pour nous empêcher de désirer le mal.”
Evangile selon saint Luc : 13. 1 à 9 : Peut-être donnera-t-il du fruit dans l’avenir ?”

***

“Tu es la source de toute bonté, Seigneur, et toute miséricorde vient de toi. Tu nous as dit comment guérir du péché par le jeûne, la prière et le partage; écoute l’aveu de notre faiblesse. Nous avons conscience de nos fautes. Patiemment relève-nous avec amour.”

La prière d’ouverture de la messe de ce dimanche peut nous servir de points d’appui dans la lecture des divers textes de l’Ecriture que l’Eglise nous nous donne à méditer en cette eucharistie.

ECOUTE L’AVEU DE NOS FAIBLESSES.

A la parole de Dieu au buisson qui brûle sans tomber en cendres (signe de la permanence de Dieu, comme de son incorruptibilité, de son éternité), Moïse répondit :”Qui suis-je, Seigneur, pour aller rencontrer le Pharaon ?” Le Seigneur nous donne sa réponse qui est celle de la foi qui nous est demandée :” Je serai avec toi.” (Genèse 3. 11 et 12)

Saint Paul met en garde les Corinthiens :” Celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber.” (1 Cor. 12) Si notre confiance ne repose que sur nos seules forces, nous avons toute chance qu’elles n’arrivent pas à nous apporter les solutions. Ce n’est pas nous qui pouvons décider des événements à venir qui interviendront par delà nos souhaits et nos désirs. Nous sommes souvent incapables de tenir seuls devant eux.

Et Jésus rappelle à ses auditeurs qu’ils ne sont pas meilleurs que les autres :”Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens. ?” Luc 13. 2)

Ce que le Christ nous demande, c’est d’avoir l’humble et réaliste conscience que nous sommes pécheurs. C’est de reconnaître cette vérité et le dire : « nous commettons le péché. 

TU NOUS AS DIT COMMENT GUERIR DU PECHE

Pour cela il est nécessaire de relire l’histoire de nos pères dans la foi afin de tirer de leur expérience comment ils ont vécu avec Dieu et en Dieu, c’est-à-dire sa tendresse et son exigence.

Sa tendresse

”J’ai entendu ses cris... je connais ses souffrances... je suis descendu pour le délivrer.” (Genèse 3. 7 et 8) Mais Dieu n’agit jamais sans la libre collaboration de l’homme. Il lui faut l’action de Moïse, jointe à la sienne : “Je t’envoie chez Pharaon; tu feras sortir d’Egypte mon peuple.” (Genèse 3. 10)

Si nous lisons ainsi le passé pour en tirer un profit présent, nous ne serons pas pris au dépourvu :”Ces événements étaient destinés à nous servir d’exemple.” (Corinthiens 10. 11) Le grec de saint Luc est plus précis : ces événements sont “typiques” pour nous. “Typicos”, caractéristiques de ce qui nous arrive à nous aussi.

Et le Christ exprime la tendresse de Dieu par la conclusion de la parabole du figuier stérile : “Laisse-le encore cette année... peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir ? (Luc 13. 9) Dieu est patient.

Son exigence.

Patient mais exigeant. Jésus le rappelle à ses auditeurs à l’occasion de deux événements d’actualité, comme il leur rappelle ce que Dieu attend d’eux. Ces événements les concernent par ce qu’il signifient pour eux. Ils n’ont pas à les interpréter pour les autres.

Il leur dit en effet, à vos yeux, ils sont pécheurs à vos yeux. En fait, Pas plus que vous. Ne jugez pas. Vous avez à faire pénitence, ou plus exactement, à retourner votre conduite dans un tout autre sens. Là encore saint Luc est précis. Il emploie le verbe “metanoieiv”, que nous traduisons par “convertissez-vous.” Entendons-le même si c’est d’une manière imagée, au sens des skieurs. “Faire une conversion”, c’est déplacer le sens de ses skis, en faire un retournement, pour prendre une direction tout à fait différente.

“JE SUIS”

Moïse, seul dans le désert, observe un curieux phénomène. Il s’avance et vient voir de plus près ce buisson étonnant qui est en flamme, sans tomber en cendres. A ce moment qu’il entend cet impératif qui l’arrête:” N’approche pas.” S’il ne peut pas voir, il peut, par contre, entendre, parler et répondre.

Nous assistons alors à un dialogue serré entre lui et Dieu, un dialogue de confiance , celle de la foi qui a déjà accepté la mission, mais demande comment il pourra l’expliquer et l’accomplir. Il n’hésite pas à demander : “Dis-moi comment t’appeler.” Ce qui est la clef de toute communication et de toute connaissance

Et Dieu répond à cette demande : “Je suis celui qui est.” En fait, il faudrait traduire d’un autre manière ce terme hébreu de la Bible, même si ce n’est pas une expression française courante :”Je suis : Le “étant.”, un participe présent. Faisons un peu de grammaire. La caractéristique du verbe au participe présent, c’est qu’il est présent aussi bien au passé, qu’au futur, qu’au conditionnel. « Etant là, j’ai fait. Etant là, je peux faire. Etant là, je ferai. » Etant là, je pourrais faire. Nous participons présentement, quel que soit le moment que l’on évoque.

Dieu n’est pas l’être vivant d’un moment ou d’un instant. Il est l’Eternel Présent et agissant : Le Dieu de nos pères est avec nous et pour toujours. Il est celui qui est, qui était et qui vient.

Devant le questionnement de Moïse, Dieu ne s’est pas fâché, il lui a expliqué. Le psaume de ce dimanche nous le redit :”Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint.” (Psaume 102)

Saint Paul nous rappelle que ”ces événements étaient destinés à nous servir d’exemple.” Nous avons donc à relire ainsi cette rencontre au buisson ardent, ce moment extraordinaire de l’histoire de la relation de Dieu avec les hommes, qui se réalisera plus encore et en plénitude, en la personne de Jésus, totalement et pleinement homme, totalement et pleinement Dieu.

En la personne de Jésus qui, dans l’Evangile de saint Luc, nous redit la tendresse d’un Dieu patient devant nos faiblesses et nos fautes :”Laisse-le encore une année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir.” (Luc 13. 9)
 
« Ecoute l’aveu de notre faiblesse. Nous avons conscience de nos fautes. Patiemment, relève-nous avec amour. » (Oraison d’ouverture de la messe)



 

DIMANCHE 6 MARS 2016
QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME


 


Références bibliques :

Livre de Josué : 5. 10 à 12 : “Ils mangèrent les produits de la terre.”
Psaume 33 : “Un pauvre crie, le Seigneur entend.”
2ème lettre de saint Paul aux Corinthiens : 5. 17 à 21 : “Il nous a donné de travailler à cette réconciliation.”
Evangile selon saint Luc : 15. 1 à 32 :”Quand ton fils que voilà est arrivé... ton frère qui étais mort ...”

***

Les lectures de ce dimanche nous sont données dans une perspective pascale et nous devons les lire en ce sens.

DIEU EST FIDELE.

La pérégrination dans le désert est terminée. A cause de son manque de fidélité et de foi, Moïse est mort, ainsi que toute la génération de ceux qui étaient sortis d’Egypte,

Le Jourdain vient d’être franchi et cet événement a été vécu comme un second franchissement, le premier étant celui de la Mer Rouge. L’on ne quitte plus l’esclavage de l’Egypte, on entre dans la Terre Promise. Comme au moment de la traversée de la Mer, le peuple passe en traversant l’eau du Jourdain qui s’arrête. Mais il est des différences. Maintenant la présence de Dieu n’est plus comme une nuée, mais elle réside en l’arche de l’Alliance scellée au Sinaï.

Le chapitre précédant du livre de Josué donne tout son sens à la péricope d’aujourd’hui. “Le Seigneur votre Dieu a asséché devant vous les eaux du Jourdain, leur dit Josué, comme le Seigneur votre Dieu l’avait fait pour la mer des Joncs.” (Josué 4. 23)

Moïse n’est plus là, c’est vrai, mais Dieu, lui, est là tout aussi puissant et miséricordieux aujourd’hui qu’hier. Il n’est donc pas question d’entretenir la moindre nostalgie des temps anciens. Par contre le peuple doit avoir conscience de son attitude : il n’a pas été fidèle à Dieu; il a passé son temps à “murmurer, » dans le désert. Dieu, lui, est fidèle. Il l’a été, il le sera.

LA FETE DE LA PAQUE.

Une fois le Jourdain traversé, Josué fit dresser un mémorial (Josué 4. 20). Ce mémorial était constitué de douze pierres levées, une par tribu. La fonction de tout mémorial est celle d’un témoignage et non celle d’un souvenir du passé. Le passé continue d’être vrai, mais il n’est pas périmé puisqu’il se réalise dans le présent. La fidélité de Dieu n’est pas qu’un souvenir, c’est une réalité actuelle. La fidélité des hommes se doit d’y répondre présentement.

Mais pour nous, il ne s’agit pas seulement de rappeler cette fidélité par des pierres commémoratives. Il nous faut aussi la fêter. Car la fête souligne davantage le mémorial. C’est pourquoi l’action rédemptrice, libératrice de Dieu qui libère son peuple de l’Egypte sera célébrée par la fête de la Pâque, chaque année selon un rituel qui en marque l’actualité.

Ces rites évocateurs de l’acte fondateur du peuple libéré, sont portés aujourd’hui par l’espérance et la foi. Nous le disons en chaque eucharistie : « En cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ notre sauveur. »

Saint Paul le dit aux Corinthiens en parlant de la vraie Pâque qui est celle-là même du Christ :”Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né.” (2 Cor. 5. 17)

A L’ORIGINE DES SACREMENTS

Désormais l’acte rédempteur de Dieu dans le Christ culmine au temps de Pâques, aux jours de la Passion et de la Résurrection, au temps où “Dieu l’a pour nous, identifié au péché des hommes.” (2 Cor. 5. 21)

La tradition chrétienne verra dans le baptême le véritable passage de la Mer Rouge et du Jourdain. C’est l’entrée en Terre Promise, dans la famille divine. Mais, de même que le peuple hébreu renouvelle chaque année le repas pascal d’Egypte :”Ils mangèrent des pains sans levain et des épis grillés.” de même l’Eucharistie suit immédiatement la réception du baptême quand il s’agit de catéchumènes adultes dans le rite de l’Eglise catholique latine, même chez le petit enfant dans le rite de l’Eglise catholique orientale que les Eglises orthodoxes ont conservé. Et cette eucharistie n’est pas que d’un jour. Elle est quotidienne en chaque messe.

“Tu es béni, Seigneur, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes”, nous fait dire la liturgie de l’offertoire. A l’arrivée sur la Terre Promise, la manne donnée directement par Dieu cesse de tomber. “Ils mangèrent les produits de la terre. “ (Josué 5. 12) Ce n’est plus une nourriture de détresse que Dieu donne miraculeusement dans le désert pour que le Peuple ne meure pas. C’est une vie nouvelle qui commence. “Le monde ancien s’en est allé. Un monde nouveau est déjà né.” (2 Cor. 5. 17) C’est le pain de la Vie, le vin du Royaume éternel.

LE RETOUR DU FILS

La liturgie nous parle du retour de l’enfant prodigue dans la famille et sur la terre où son père l’attend. Comme le peuple hébreu revient sur la terre que Dieu lui avait donné. Comme nous avons à entrer dans la Terre promise qu’est le Royaume de Dieu. Nous pouvons lire cette parabole selon des entendements différents, qui ressortent chacun des paroles et des descriptions que le Christ nous propose dans cet événement dont il a choisi lui-même chaque détail et dont saint Luc se fait le porte-parole.

On peut prendre la signification de l’accès des païens aux réalités vécues depuis longtemps par les Juifs fidèles. Les Pharisiens l’entendent ainsi. Ils ont l’attitude du fils resté toujours à la maison et qui ne comprend pas l’enthousiasme du père pour celui qui revient après s’en être éloigné.

Il y a le thème de l’infinie miséricorde divine, chère à saint Luc originaire du monde païen. Cette miséricorde est chantée par les psaumes comme étant une caractéristique divine. “Il est tendresse et pitié”. Alors que ceux qui sont pauvres comme l’était le garçon assis près des porcs mieux nourris que lui, que les pauvres se réjouissent :”Que les pauvres m’entendent et soient en fête... un pauvre crie, le Seigneur l’entend.” (Psaume 33) “Mon fils qui était mort est revenu à la vie.” s’exclame le père, comme grande est la joie de notre Père du ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence.

On peut reprendre toute la parabole sous l’angle de la relation de liberté du père vis-à-vis de chacun de ses deux fils. Il y a celui pour qui la liberté est plus attirante. Il y a celui pour qui la fidélité dessèche tout amour. Le père organise un festin. Or dans tout l’Evangile le festin est lié à une intimité, à une communion. Et nous ne pouvons pas oublier que cette communion actuellement se réalise en plénitude au cours du repas eucharistique. La réconciliation n’est pas l’effacement d’un contentieux entre Dieu et l’homme, c’est un rapport de communion qui se restaure.

Et Jésus par la bouche du père nous le rappelle. Tout en restant à la maison, le fils aîné s’est détaché de son père. Il lui dit :”Ton fils...” et le père lui rappelle que cette relation intime est indélébile :”Ton frère...”

L’amour de Dieu est tout entier là. L’accueil du père arrête les paroles de celui qui n’a jamais cessé d’être son fils. En le prenant dans ses bras et sur son coeur, il l’empêche d’exprimer l’humiliation dans laquelle il s’est engagé lui-même. Il l’arrête sur cette parole :” Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » - « Je ne vous appelle plus serviteurs, dira Jésus au soir du Jeudi-Saint. Mais amis, ceux que j’aime. »

Le père de l’enfant prodigue prenant au vol ce mot de fils, il lui rend son identité :” Mon fils est de retour. Seul, avec ses ressources limitées et qui se dégradent, l’enfant prodigue est acculé à la solitude et à la misère. Auprès de son père, il retrouve sa dignité d’homme et de fils en une fête partagée, où tout est abondance et joie. Comme nous aussi, nous retrouvons la plénitude de notre vie avec Dieu en nous réconciliant avec notre Père et avec nos frères.

***

Ce temps du carême est bien le temps de la marche vers le père. “Je vais lui dire...” Laissons derrière nous le péché. ”Le monde ancien s’en est allé. Un monde nouveau est né. Tout cela vient de Dieu.” (2 Cor. 5. 17)

Ainsi en est-il encore aujourd’hui


 

DIMANCHE 13 MARS 2016
CINQUIÈME DIMANCHE DE CARÊME


 


Références bibliques :

Livre d’Isaïe : 43. 16 à 21 : “Ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau.”
Psaume 125 :”Il s’en vient, il s’en vient dans la joie, il rapporte les gerbes.”
Lettre de saint Paul aux Philippiens : 3. 8 à 14 :Je cours en oubliant ce qui est en arrière et lancé vers le but je cours en avant.”
Evangile selon saint Jean : 8. 1 à 11 :”Va et désormais ne pèche plus.”

***
La première lecture comme la deuxième convergent, en ce dimanche, sur une recommandation inhabituelle dans l’Ecriture, mais dont il nous faut comprendre le sens véritable à la lumière du texte de saint Paul aux Philippiens et de l’épisode évangélique de la femme adultère. « Ne vous souvenez plus d’autrefois…Oubliant ce qui est en arrière. »

Pour saint Paul, nous devons jamais oublier cette “justice qui vient de Dieu et qui est fondée sur la foi.” (Philippiens. 3.9) et, pour le Christ, ce “désormais” rappelle à cette femme dont on ignore le repentir intérieur, que son passé ne peut ni ne doit se vivre à nouveau.
 
Dans les deux cas, oublier le passé contient plusieurs exigences. D’abord ne pas oublier les bienfaits de Dieu. Ensuite ne pas nous alourdir par un retour nostalgique ou anxieux de nos culpabilités. C’est enfin nous tourner vers l’avenir dans la foi et l’espérance née de cette foi.

LE CULTE DE LA MEMOIRE

L’Ancien Testament invite le Peuple de Dieu à se rappeler les hauts faits de Dieu au cours de son Histoire, comment il l’a tiré d’Egypte à main forte et à bras étendu et comment il a noué une alliance, de sa part sans réserve, avec ce peuple “à la nuque raide.”

Les prophètes viennent rappeler la grandeur et les exigences de cette alliance à tous ceux qui auraient tendance à l’oublier dans leur vie quotidienne, et particulièrement au roi qui devrait en être le garant.

De même saint Paul rappelle au chrétien à quelle impiété et à quelle idolâtrie le Seigneur l’a arraché :”Souvenez-vous qu’autrefois vous étiez sans Christ... maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur.” (Ephésiens 2. 12 et ss.) Mais le souvenir n’est pas nécessairement associé à la noirceur du passé. Il ravive aussi l’élan du néophyte de jadis dont il nous faut sans cesse retrouver l’enthousiasme et l’empressement :”J’ai contre toi ta ferveur première que tu as abandonnée. Repens-toi et accomplis les oeuvres d’autrefois.” (Apocalypse 2. 4 et 5)

C’est ce à quoi Jésus invite la femme adultère qu’on a jetée à ses pieds et qu’il relève pour un nouveau comportement.

La mémoire porte sur le salut opéré par Dieu, sur l’espérance vécue par la communauté, dans la joie de la libération.

QUAND LE SOUVENIR S’ENFERME.

Ces lectures nous disent en même temps que Dieu ne peut être cantonné dans le passé. La vie spirituelle se conjugue au présent, tournée vers l’avenir.

Elle n’est pas un retour en arrière. “Voici que je fais un monde nouveau. Il germe déjà. Ne le voyez vous pas ?” (Isaïe 43. 19) Car cet autrefois n’est pas seulement un passé récent ou douloureux d’où le Peuple est sorti, c’est aussi le passé de tout ce que Dieu a fait depuis le temps de sa création.
 
Dieu ne nous enferme pas dans un souvenir nostalgique. Il est créateur. L’expression biblique “son bras puissant” est une expression souvent employée par les prophètes et les psaumes. Il fait et fera du neuf, à l’égard de quoi les actions passées paraîtront mineures. A nous d’être créatifs.

Chez saint Paul, il en est de même. Nous n’avons pas à nous arrêter sur la seule expression “Oubliant ce qui est en arrière.” Nous avons à tenir compte de ce que le passé nous a apporté et comment il nous a façonnés. Dans cette lettre aux Philippiens comme dans bien d’autres, il rappelle sa situation antérieure, parce qu’elle est une fondation qu’on ne peut négliger :”Hébreu, fils d’hébreu. Pour la Loi, pharisien. Pour la justice qu’on trouve dans la Loi, irréprochable.” (Philippiens 3. 6)

Il leur rappelle en même temps le moment décisif de son histoire, le chemin de Damas où tout a basculé dans le Christ Jésus. Puisque le Christ est ainsi venu le chercher si loin, comment toute sa vie ne serait-elle pas une tentative de réponse. Tenter de saisir puisqu’il a été saisi, pour aller sur la route d’aujourd’hui, après la route de Damas, jusqu’à la réalisation de ce qu’il a entendu, parce qu’au delà de son aveuglement il pourra un jour voir un Dieu face à face. C’est dans ce sens qu’il nous faudrait relire aussi les chapitres 11 et 12 de la deuxième lettre aux Corinthiens.

C’est un des traits caractéristiques de tous les saints qui surprend les médiocres que nous sommes. Nous pensons que nous avons beaucoup fait, presque trop parfois. Les saints pensent le contraire. Saint Thomas d’Aquin au terme de sa vie, après avoir écrit des milliers de pages de théologie, s’écria après avoir entrevu, dans une vision intérieure, l’autre réalité :”Je ne puis continuer d’écrire car tout ce que j’ai écrit me semble de la paille.” Cette paille s’appelle la Somme contre les Gentils et la Somme théologique.

TENSION AUJOURD’HUI
ET SENS DE L’AVENIR.

Connaître le Christ est une expérience dynamique qui appelle au dépouillement et qui met en route. Vivre avec lui, c’est vivre dans une intimité particulière car c’est déjà faire l’expérience de la résurrection :”Va et désormais ...”

Cette puissance se manifeste d’abord au travers des difficultés, de la souffrance et de la mort. Le chemin de la résurrection est d’abord un chemin de la vraie connaissance qui reconnaît d’abord ses limites et qui les porte douloureusement. Tous les saints ont connu “la nuit de la foi”, mais leur foi leur disait en même temps que l’avènement de la croix dans leur vie était aussi les premiers indices de la résurrection. Un persécuté de Russie disait :”C’est au pied de la Croix que je crois au Ressuscité.”

Il ne reste plus alors qu’à vivre ce “désormais” en conformité avec la délivrance reçue, dans cet avenir que Dieu a ouvert au Peuple juif. La délivrance le baptême du Christ accorde aux chrétiens de Philippe et que la parole de Jésus demande à l’adultère de vivre, il nous l’accorde aujourd’hui pour que nous en vivions.

***

Le psaume nous dit bien ce que sera déjà notre expérience de conversion :”Il s’en va, il s’en va en pleurant : il jette la semence. Il s’en vient, il s’en vient dans la joie : il rapporte les gerbes.”

L’amour, la charité du Christ pour nous l’a conduit de la Croix à la Résurrection :”Que ta grâce nous obtienne, Seigneur, d’imiter avec joie, la charité du Christ qui a donné sa vie pour le monde.” (Prière d’ouverture de la messe)

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