Méditations dominicales

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En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon son "charisme",
une ou plusieurs méditations .

Chaque auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


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Dmanche 19 mars :Troisième dimanche de Carême
Dimanche 26 mars : Quatrième dimanche de Carême
Dimanche 2 avril : Cinquième dimanche de Carême
Dimanche 9 avril : Les Rameaux et l'entrée à Jérusalem
DIMANCHE 16 AVRIL: LA RESURRECTION DU SEIGNEUR
Dimanche 23 avril : Deuxième dimanche de Pâques
Dimanche 30 avril : Troisième dimanche de Pâques
Dimanche 7 mai : Quatrième dimanche de Pâques
Dimanche 14 mai: Cinquième dimanche de Pâques




DIMANCHE 19 MARS 2017
TROISIEME DIMANCHE DE CAREME

Référence biblique

Livre de l’Exode : 17. 1 à 7 :"Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous ?"
Psaume 94 : "Ne fermez pas votre coeur comme au désert."
Lettre de saint Paul aux Romains : 5. 1 à 8 : "L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné."
Evangile selon saint Jean : 4. 5 à 42 :"L’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissant en vie éternelle."

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Comme dimanche dernier, le texte évangélique est d’une telle densité que sont possibles bien des manières de le lire, de le méditer, de le faire nôtre.
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Nous vous proposons d’éclairer ces commentaires par la prière d’ouverture de ce dimanche, en reprenant chaque membre de phrase. Ce texte à lui sul vaut toute une homélie : "Tu es la source de toute bonté. Toute miséricorde vient de toi. Ecoute l’aveu de notre faiblesse. Nous avons conscience de nos fautes. Patiemment, relève-nous avec amour."

AU DESERT

En les faisant passer au milieu des eaux, Dieu avait libéré les Hébreux de l’esclavage de l’Egypte. Mais cette liberté leur devient pesante et ils accusent Moïse d’être responsable de cette soif qui les tenaille.

Dieu, c’est le Rocher qui nous sauve, chante le psaume 94. Un rocher en soi peut être solide, on peut s’y appuyer. Mais il n’est rien d’autre qu’une pierre, dure et sans vie. Tout au contraire, Dieu est vie puisqu’il est miséricorde. "Tu as frappé le Nil" et le Nil a été l’artisan de ces miracles qui ont bouleversé les Egyptiens. "Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau". Et l’eau a jailli, transparente, sautant sur les pierres, éclaboussant de joie ce peuple à la tête dure comme une pierre. Le Seigneur a fait jaillir les eaux du Rocher. La prière initiale de ce dimanche nous le rappelle : Dieu est source de toute bonté. Dieu est d’abord Amour.

LA SAMARITAINE A LA RECHERCHE DE L’AMOUR

L’amour, la Samaritaine l’a cherché sans jamais y trouver la paix. Elle n’en connaissait pas encore la véritable dimension. Elle était empêtrée dans sa faiblesse quand Dieu vient la rejoindre en Jésus-Christ. Comme pour nous, il était pour elle d’une grande importance de rencontrer un homme de coeur, un homme qui comprend, qui ne la rabroue pas. Car pour trouver la vraie dimension de la vie, il faut épanouir en nous la vraie dimension de l’amour.

L’être humain n’existe que par la puissance de son attente. Elle existait au travers de ses « rencontres » et cinq n’ont pas suffi à la combler, et le sixième n’était qu’un compagnon. Comme Marie-Madeleine, elle ouvrait son coeur insatisfait à l’amour même imparfait. Il lui fallait aimer. Et voilà que ce voyageur, qui passe et est assis sur la margelle du puits, lui révèle un autre avenir. Dieu est Amour.

Certes, elle portait en elle une certaine connaissance de Dieu et une certaine espérance en raison même de la tradition religieuse de sa province. Mais cela n’était pas vital pour elle. Ses préoccupations étaient ailleurs. Dieu ne lui est pas étranger, mais il n’est pas celui qui la fait vivre. Beaucoup de nos contemporains sont ainsi.

LA SAMARITAINE A LA RECHERCHE DE SA PERSONNALITÉ

Nous pouvons méditer sur un autre aspect de sa personnalité qu’exprime son attitude extérieure en même qu’elle exprime son attente.

Avec Jésus, elle commence à se faire hautaine :"Toi un juif !" trop heureuse sans doute de souligner que ces Juifs qui méprisaient les Samaritains étaient bien obligés de passer par eux quand ils avaient soif. Elle lui montre son incapacité à tirer de l’eau :"Tu n’as rien pour puiser." Bientôt elle demandera humblement :"Donne-moi de cette eau." Mais ce n’est encore que désir humain. Comme l’était sa recherche de tant de maris.

Puis elle demande davantage :"Explique-moi." Elle a voulu prendre "la tangente" pour ne pas répondre à sa situation conjugale. Jésus l’a entraînée jusqu’aux richesses de ses connaissances religieuses :"C’est lui qui nous fera connaître toutes choses," doit-elle reconnaître.

JESUS

Il s’est arrêté, fatigué. Saint Jean aime à noter souvent la nature humaine de Jésus. Mais il remarque qu’il est assis sur la margelle de la source, et non à même le sol, appuyé sur le puits, non pas dans une position de repos. Il s’est assis là où l’eau une fois puisée, le seau est posé. Il est assis en position de service.

Et quand arrive cette femme, il lui demande d’abord un service :"Donne-moi à boire". Un service qui est aussi un geste de bonté, car, dans le coeur de la Samaritaine, il y a une grande bonté même si elle ne veut pas paraître ce qu’elle est vraiment.

Il ne discute pas avec elle sur les mérites réciproques des Samaritains et des Juifs de Judée. Il ne fait nulle théologie et refuse la controverse qui aurait fait dévier la réalité profonde de son message. Il va au coeur de la question fondamentale :"Si tu savais le don de Dieu..." Si tu savais par qui peut venir ce don de Dieu. La controverse est en effet inutile : le privilège de Jérusalem a cessé et cette montagne de Samarie n’a plus de signification. Le don de Dieu est "esprit et vérité", et c’est ce qu’il attend de ceux qui l’adorent. L’universalité est en Dieu qui ne dépend ni des lieux, ni des langues, ni des nations.

Tout cela, elle le sait puisqu’elle enchaîne en parlant du Messie "qui fera connaître toutes choses." Mais l’affirmation de Jésus "Je le suis", ne peut pas encore la convaincre. C’est trop tôt dans sa démarche personnelle et spirituelle. Elle l’a seulement interrogée :"Ne serait-il pas le Messie ?" C’est qu’elle est encore enfermée dans ses problèmes personnels :"Il m’a dit ce que j’ai fait !"

Nous-mêmes, nous sommes bien comme la Samaritaine quand Jésus nous parle, quand il nous ouvre un avenir insoupçonné.... Il est difficile à prendre le tournant décisif qu’il nous demande d’opérer pour nous situer dans la vérité. Il en est ainsi pour nos frères quand nous voulons les « évangéliser ». Laisson à chacun le temps de la maturation intérieure à la lumière de la grâce. Ne bousculons pas non plus lagrâce de Dieu. Craignons que notre parole, ou plutôt nos paroles, ne court-circuitent ce cheminement intérieur.

LES APOTRES

Ils étaient partis à la bourgade chercher quelques nourritures terrestres. Comme un groupe qui a besoin d’un peu de liberté. Ils l’ont laissé là, tout seul. Quand ils reviennent, ils sont surpris : Jésus parle en tête-à-tête avec une femme ! Mais ils brident leur curiosité par discrétion et par respect. Pourquoi n’a-t-il pas attendu leur retour pour demander quelque chose. "Que dis-tu avec elle ?" selon la version grecque du texte. "Que cherche-t-elle ?" dit la version syriaque. Ils n’ont pas de réponse immédiate. Ils l’auront sans doute, par la Samaritaine bavarde, durant les deux jours qu’ils resteront au village.

Ils ont coupé la conversation. En fait, l’essentiel était dit. Elle en profite pour partir dire sa joie. C’est le temps de l’allégement. Elle n’a pas été jugée par Jésus. Elle peut dire qui elle est devant tout le monde. Elle a laissé symboliquement sa cruche vide. Elle n’a plus besoin de l’eau du puits. Elle est heureuse. Ce n’est plus la dérive. Elle peut se présenter devant les habitants du village et les inviter à la même rencontre, car avec le Christ elle est devenue une créature nouvelle, selon l’expression de la liturgie baptismale..

Pendant ce temps, les disciples nous paraissent bien terre à terre :"Viens manger." Ils ne comprennent pas sa réponse :"J’ai de quoi manger." Il avait répondu au démon :"L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui vient de Dieu." Il leur en dit davantage : sa vie, c’est d’accomplie l’oeuvre de Dieu.

Qu’ils s’en réjouissent, tout en sachant qu’ils ne sont pas les seuls : ils vont moissonner ce que les autres ont semé avec peine, ce que, lui, Jésus, a semé par sa vie, sa mort et sa résurrection qui sont l’accomplissement de l’oeuvre que son Père lui a demandée de réaliser. Il ne leur révèle pas encore l’ampleur de cette mission. Ce sont les habitants du village qui le diront au bout de deux jours :"Nous savons que celui-ci est le sauveur du monde." Et saint Jean emploie le mot "cosmos" pour signifier l’immensité de ce salut.

LES HABITANTS

L’Evangile ne nous dit pas les premiers moments du retour de la Samaritaine au village. Excitée par ce qu’elle venait de vivre, sa joyeuse exubérance les entraîne au puits de Jacob. Eux aussi, comme les Juifs, attendaient un messie. Cet homme ne serait-il pas le Messie ? Ils lui ont offert une hospitalité à laquelle Jésus ne se dérobe pas. Ils sont de bonne volonté. Ils ont écouté, entendu le sens de ce qu’il disait et reconnu que sa parole était Parole de vie.

Il ne se dérobe jamais à ceux qui l’accueillent. Cf Matthieu 25. 40 et ss.
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Nous sommes loin peut-être de la grâce divine évoquée par la source jaillissant en vie éternelle. En fait pas si loin d’elle. La Samaritaine a accueilli la parole de Jésus comme une eau qui l’a vivifiée et, devant ses connaissances, elle en a fait jaillir le témoignage de cette vie nouvelle qui est la sienne. Ils ont reçu sa parole qui jaillit en un acte de foi :"Il est le sauveur du monde".

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Les cheminements des disciples, celui de la Samaritaine et des habitants sont bien aussi les nôtres. Selon des modalités diverses, c’est le passage d’une connaissance théorique à une rencontre personnelle et vitale où chacun doit reconnaître le don de Dieu comme source de vie. "Si tu savais le don de Dieu..." Les catéchumènes devaient le reconnaître à quelques semaines de leur entrée dans la vie divine.

Les chrétiens de longue date, nous en sommes peut-être, savent aussi que cette "reconnaissance", cette "exploration", ce "scrutin" ne sont jamais ni parfaits ni définitifs. Il faut du temps afin que la Parole de Dieu devienne parole de vie pour jaillir en nous, éternelle ; du temps pour reconnaître « le monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ... puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné. » (Romains 5. 5)

"Nous avons reçu de toi un avant-goût du ciel", nous fait dire la prière qui suit la Communion de ce dimanche. Comme l’a fait la Samaritaine, "fais-nous manifester par toute notre vie ce que le sacrement vient d’accomplir en nous.”


SAMEDI 25 MARS 2017
ANNONCIATION A LA VIERGE MARIE

LE CHRETIEN EST L'HOMME DE L'ANNONCIATION

Extrait d'une homélie de Jean Paul II - le 7 octobre 1986, sur le thème : Il faut que nous prenions conscience que " le chrétien est l'homme de l'Annonciation. "

L'Annonciation marque en profondeur le chrétien. Marie de Nazareth, la première, a reçu de Dieu un message de salut ; la première, elle lui a répondu par la foi. Comme elle, tout chrétien est l'homme de ce message de salut et l'homme de cette foi.

L'événement qui s'est produit à Nazareth ouvre la voie nouvelle dans laquelle Dieu conduit toute l'humanité. Ce que signifie l'Annonciation, c'est, en un sens, la synthèse de tous les mystères que Dieu a voulus à la plénitude des temps, lorsqu'il entre dans l'histoire de l'homme selon le dessein éternel de son amour.

La Vierge de Nazareth, nous la voyons au seuil du Temps nouveau, qui est le Temps définitif, en un sens, le dernier Temps. En elle, par elle, le Dieu de l'Alliance désire aller plus loin que ce qui avait été jusqu'alors "l'alliance", la "foi", la "religion".

Cette perspective peut émerveiller, mais elle peut aussi provoquer la crainte. C'est pourquoi les premières paroles de l'Annonciation disent: "Sois sans crainte, Marie".

Les paroles qui suivent sont présentes à notre mémoire. La Vierge Marie deviendra la Mère du Fils qu'elle appellera Jésus. Il sera Fils du Très-Haut, Fils de Dieu. En lui s'accompliront toutes les promesses messianiques de l'Ancienne Alliance,
DIMANCHE 26 MARS 2017
QUATRIEME DIMANCHE DE CAREME


Références bibliques :

Lecture du premier livre de Samuel : 16. 1 à 6 et 17. 10 à 13 : Dieu ne regarde pas comme les hommes car les hommes regardent l’apparence mais le Seigneur regarde le coeur."
Psaume 22 :"Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre."
Lettre de saint Paul aux Ephésiens : 5. 8 à 14 : "Vous êtes devenus lumière, vivez comme des fils de la lumière."
Evangile selon saint Jean. 9. 1 à 41 :"Tu le vois, c’est lui qui te parle."

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Comme pour les trois dimanches du "scrutin" des catéchumènes, ces textes les mettent devant les diverses attitudes des interlocuteurs du Christ, après la guérison de la piscine de Siloé, pour assumer la confession de leur foi après le baptême dans la piscine pascale.

LES DISCIPLES

Habituellement, les disciples ne s’immiscent jamais dans les controverses du Maître. Aujourd’hui, dans cette rue de Jérusalem, ils ont un moment de calme. Il n’y a pas de foule autour d’eux lorsqu’ils croisent l’aveugle au bord du chemin. Ils le connaissent et savent qu’il est aveugle de naissance. qui en est la cause ? sont-ce ses parents ?

Nous aussi, devant l’infirmité ou la maladie nous posons également des pourquoi. Et parfois même nous mettons Dieu en cause …*

Jésus leur répond directement. La souffrance ne doit pas être envisagée comme la conséquence de causes toutes pré-établies ou qui ne sont pas toujours le prolongement d’une responsabilité personnelle.

La guérison de l’aveugle ne sera donc pas le signe d’un pardon. Elle est la révélation de la bonté de Dieu, la manifestation du plan de Dieu :"afin que les oeuvres de Dieu soient manifestées" (Jean 9. 3) au travers des événements et des situations de nos vies humaines, limitées, fragiles et souffrantes. Elle figure aussi notre illumination spirituelle. Christ est lumière au coeur des hommes. Christ est lumière au coeur du monde. (Jean 9. 5)

Nous sommes insérés dans une création qui nous dépasse. Les lois de son évolution nous échappent alors même que nous en faisons partie et qu’elles sont les mêmes pour toute la nature. Mais, dans le même temps, l’homme et la femme sont autres car, par la grâce de Jésus, nous sommes insérés dans l’éternité du créateur et de son amour qui donne fait partager l’essentiel de la divinité.

L’AVEUGLE-NE

Après avoir reçu cette boue opaque de Jésus, c’est à la piscine que l’aveugle est devenu voyant. Nous aussi, quand Dieu nous laisse dans nos ténèbres humaines ou dans nos « nuits spirituelles » il nous demande d’aller vers sa grâce qui est « source jaillissante en vie éternelle » comme le dira Saint Jean de la Croix.

L’aveugle-né est un brave homme qui est pris dans le tourbillon de ce que nous appellerons aujourd’hui des interview. Il ne se trouble pas, mais, dans le même temps, il ne cherche pas tout de suite à retrouver son bienfaiteur.

Il ne manque pas d’humour dans ses réparties. Il a le bon sens d’une foi faite tout d’une pièce. "Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire."

Dans sa nuit, il a pris le temps d’entendre c qui se disait ou se faisait et ce qu’aucune image ne venait altérer. Dans son isolement, il a appris ce qu’était le mépris envers lui, il était "l’aveugle, né dans le péché". Il avait souvent crié en vain, même s’il a connu des gens généreux, une famille, des amis. Mais il était d’un autre monde.

Quand, après son expulsion, Jésus vient le trouver, au terme de toutes ces allées et venues d’interrogatoire, l'aveugle est prêt à lui donner sa foi, car lorsqu’il se prosterne à ses pieds de Jésus, il a parcouru tout un itinéraire spirituel depuis la piscine de Siloé.

C’est durant ce tourbillon de questions de pharisiens qu’il a reconnu progressivement et confessé que cet homme qui a mis de la boue sur ses yeux, est un prophète, puis un homme de Dieu, puis un homme qui honore Dieu et fait sa volonté, enfin un homme qui vient de Dieu, ce qui le conduit à confesser sa foi en Celui qui est la lumière du monde.

Et c’est l’ultime étape :"Je crois, Seigneur !" quand il se trouve face à Jésus. A ce moment, le Seigneur enchaîne devant ceux qui sont là et surtout devant les apôtres : « Je suis venu pour une remise en question », une décision, précise l’un des sens grecs du terme "crima".(Jean 9. 39)

L’aveugle s’est remis en question; nous aussi nous avons, tous et toujours, à remettre en question notre manière de penser et d’agir si nous voulons voir clair et rester dans la lumière, si voulons vivre l’instant ou les moments de nos vies qui nous mettent pleinement face au Seigneur, pour nous remettre en question.

LES PARENTS.

Ce sont sans doute des gens méritants qui ont bien élevé cet enfant handicapé. Ils aiment bien ce fils qui est encore à leur charge parce qu’il ne peut vivre seul. Une charge pesante à certaines heures, à laquelle ils refusent aujourd’hui d’ajouter celle d’une rupture qui les fera exclure de la synagogue.

Ils sont dans leur droit, leur fils est majeur et doit assumer ses propres responsabilités. Après tout, ils n’ont pas tort. Ils ont répondu aux deux premières questions, ils ne veulent pas ajouter autre chose, mais ils disent à mots couverts qu’ils savent comme cela est advenu :" et qui lui a ouvert les yeux." (Jean 9. 21) Leur fils ne s’en était pas caché devant les voisins.

Ils ont peur de s’engager plus avant. Ce n’est pas une esquive; ils ont seulement peur d’aller plus loin au point de risquer des conséquences qu’ils connaissent. L’exclusion de la communauté les attend.

Nous sommes bien parfois comme eux quand le Christ nous demande d’aller au-delà des simples formalités d’une vie chrétienne pour nous entraîner dans une vie spirituelle qui nous entraîne à le suivre jusqu’à la croix.

LES PHARISIENS

Dans les premiers moments, ces pharisiens sont divisés, entre eux et en eux-mêmes. Ils sont troublés et l’aveugle leur redira ce qu’ils ont pensé dès le début :"Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ?"

Et lui leur donne la réponse à leur questionnement intérieur :"Dieu n’exauce pas les pécheurs."

Les pharisiens sont pris entre la réalité du geste du Christ qu'ils constatent et la Loi qu’ils observent scrupuleusement, "la lettre et l’esprit". Mais la Loi du sabbat est plus forte à leurs yeux. Certains n’en restent pas moins désappointés. Alors ils n’osent pas trancher :"Que votre oui, soit un oui. Que votre non soit un non." a dit le Christ.

Ils doutent d’eux-mêmes quand, après avoir interrogé, à deux reprises, l’aveugle, qui vient d’affirmer sa foi, ils se retrouvent à leur tour devant Jésus et devant eux-mêmes : "Serions-nous des aveugles ?" Ils ne sont pas malveillants à son égard ; ils sont des non-voyants dit le texte grec. Seraient-ils à leur tour des aveugles Ils n’osent pas faire la première étape de la remise en question dont le Christ vient de leur parler.

Devant sa Vérité, devaient-ils renier la leur ? Leur attitude est ausi parfois la nôtre. Avons-nous à le leur reprocher ?

En donnant priorité à la lettre de la Loi, ils se sont éloignés de la personne du Christ. Mais ils sont restés fidèles ace qui pour eux la vérité de la révélation.

En fait ils sont décontenancés et p lutôt que de prendre un moment de recul et de réflexion, ils se sont emportés, de la colère de ceux qui n’ont plus d’autre argument que de forcer la voix. Quelques-uns ont bien senti cet échec, après s’être débattus avec les parents et l’aveugle, qui lui a fait le chemin de la foi, depuis "cet homme qu’on appelle Jésus" (Jean 9. 11) jusqu'à celui qu’il appelle : "le Seigneur." (Jean 9. 38)

Nombreux sont les hommes et les femmes parmi nos contemporains qui en restent à « leur » vérité. Pouvons-nous leur reprocher ?D’ailleurs, nos aussi ne sommes-nous pas ainsi parfois.

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L’itinéraire de l’aveugle-né est l’itinéraire proposé aux catéchumènes dans ces semaines préparatoires à l’illumination pascale. Ce doit être aussi le nôtre, un itinéraire toujours actuel, car il nous faut du temps pour accueillir pleinement cette lumière qui nous est donnée.

"Dieu qui éclaire tout homme venant dans ce monde, illumine nos coeurs par la clarté de ta grâce, afin que toutes nos pensées soient dignes de toi et notre amour, de plus en plus sincère". (Prière de la communion de ce dimanche)


DIMANCHE 2 AVRIL 2017
CINQUIEME DIMANCHE DE CAREME

Références bibliques :

Lecture du prophète Ezéchiel : 37. 12 à 14 : "Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez."
Psaume 129 : "Près du Seigneur est l’amour. Près de lui abonde le rachat."
Lettre de saint Paul aux Romains : "8. 8 à 11 : "Jésus ressuscité d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous."
Evangile selon saint Jean : 11. 1 à 45 : "Je suis la résurrection et la vie."


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Dimanche dernier, nous voyions l’attitude des interlocuteurs de Jésus. Aujourd’hui nous rejoignons le cercle plus intime de ses amis.

Lazare ressuscité nous est présenté, au seuil de Pâques, comme le précurseur de Jésus-Christ vainqueur de la mort, résurrection et vie, de même que Jean-Baptiste était au seuil du ministère du Christ le précurseur du Messie qui allait être révélé, dans l’eau et l’Esprit.

Nous sommes invités à sortir de nos enfermements et de nos a-priori. Nous avons à nous ouvrir à la vie qui doit toujours être un temps de résurrection, si nous savons entendre et recevoir le message divin qui nous est donné au tombeau de Béthanie


LES DISCIPLES

Nous les voyons intervenir au début des trois épisodes relatés en ces dimanches de Carême. Au puits de Jacob, (Jean. 4. 5 à 42) ils sont là sans comprendre ce qui vient d’être vécu. A Jérusalem, ( Jean 9. 1 à 41) ils questionnent et reçoivent en réponse la manifestation de l’action de Dieu en Jésus-Christ qui guérit cet aveugle.

A Béthanie, ils veulent éloigner Jésus de l’acceptation de la volonté de Dieu. " Pourquoi revenir en Judée ? " Il leur montre que, par delà cette mort qu’ils récusent, il est Vie et résurrection.

Il leur faudra du temps pour saisir la signification de cette parole qu’il leur a dite à la Transfiguration et leur dira sur le chemin d’Emmaüs :" Il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans la gloire."

Aujourd’hui, ils sont heureux d’apprendre que Lazare dort. Ils peuvent esquiver ce retour en Judée. Thomas est tout d’une pièce, lui. Il est tellement attaché à Jésus qu’il ne peut envisager de laisser partir seul son Maître et de l’abandonner ainsi. Plein de bonnes intentions, il n’est pourtant pas encore prêt à mourir avec lui. Jésus leur parle alors ouvertement.

« A cause de vous, pour que vous croyiez." Ils sont impliqués dans la démarche de Jésus. Ils doivent en découvrir la raison. Ils doivent adhérer à sa volonté dans la foi. Ils doivent croire. Ce mot est répété jusqu’à sept fois dans le texte. Pour les acteurs de cet événement comme pour chacun d’entre nous, le cheminement de la foi est différent, mais il doit être parcouru, par chacun de nous, selon cette différence qu'est une grâce personnelle que nous accorde Dieu. Reprenons ainsi le texte de l’Evangile.


MARIE

Lorsqu’elle apprend l’arrivée du Christ, elle reste à la maison, à l’inverse de Marthe qui part à sa rencontre. Elle ne se décidera que sur l’appel discret de Marthe. "Le Maître est là. Il t’appelle, il te demande." C’est Jésus qui l’invite et qui l’attend. C’est bien lui le maître.

Si nous voulons rencontrer Jésus et partager sa vie, il ne faut pas le chercher au travers de nos seules attentes personnelles et selon nos points de vue, mais le rejoindre pour lui-même, en entendant et en décryptant les signes qu’il nous donne comme un appel.

Dès qu’elle entendit cette attente, Marie se lève en hâte et va vers lui. De nombreux juifs étaient venus entourer. Marthe ne peut être entourée, elle va et elle vient. Elle n’a pas besoin d’être consolée, elle parle et s’agite. Quand elle a rejoint Jésus, Marie lui a exprimé sa foi en lui disant qu’elle était son espérance et sa souffrance de cette absence et elle reprend la même réaction que Marthe : "Si tu avais été là..."

Elle accompagne le Maître au tombeau. Elle pleure. Jésus, bouleversé par cette émotion, qu'il partage à son tour. Avec Marthe, il est obligé de "discuter". En Marie, il rejoint l’essentiel de l’événement. A toutes deux il peut alors demander : "Où l’avez-vous déposé ?"


MARTHE

La foi de Marthe n’entend pas le sens des paroles et de l’attente du Seigneur, qui lui dit : "Je suis la Résurrection". Elle n’entend pas. La résurrection, elle ne la conçoit que par rapport à une loi générale, dans le futur, même pour son frère, "au dernier jour".

Jésus rectifie cette conception : "Ne t'ai-je pas dit ?" : La vie est liée à la présence personnelle de Jésus. Il ne parle pas de la vie biologique, mais de cette vie qui est :"une chose mystérieuse, annoncera saint Paul aux Corinthiens. Ce qui est mortel revêt l’immortalité, ce qui est semé en terre est un corps humain. Ce qui ressuscite est un corps spirituel" (1 Corinthiens 15. 44 et suivants).

Marthe progresse dans son adhésion au Christ. Elle a confiance en lui :"Je sais que Dieu t’accordera ce que tu lui demanderas, tout ce que tu lui demanderas." Jésus lui répond :"Crois-tu que je suis la résurrection et la vie ?" Si elle ne réalise pas tout ce que cela signifie, cependant elle le reconnaît déjà comme Messie, comme Fils de Dieu venant dans le monde.

Mais elle est encore à moitié convaincue. Jésus devra le lui rappeler :"Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu." Nous sommes bien comme elle. Nous avons nos doutes et nos limites, et Jésus les dépasse. Par le moyen des événements et des rencontres « signifiantes », par tout notre vécu, Jésus fait enlever la pierre qui nous enferme dans notre propre nuit, dans notre solitude intérieure. "Ils enlevèrent la pierre" ( Jean 11. 41).

Sa démarche n'est pas similaire à celle que nous demande le psychologue dans ses consultations avec nous. Pour Jésus, c’est une démarche vers lui « Crois-tu que je suis … »


LES JUIFS

La résurrection de Lazare est entourée d’une grande tendresse et d’une grande amitié. "Celui que tu aimes", est-il dit à Jésus. " De nombreux juifs qui étaient venus entourer Marie..." "Les juifs venus avec elle pleuraient aussi." "Voyez comme ils l’aimaient !"

Ces Pharisiens sont bien différents de ceux qui accablent Jésus, même si quelques-uns peuvent s’étonner qu’il n’ait pas empêché Lazare de mourir. Ils le pensent comme le disent Marthe et Marie. En cela, il n’y a aucune hostilité. Ils croient en Jésus. (Jean 11. 45)

A la veille des jours de la Passion, où tant de haine va se manifester, ce moment de Béthanie est une halte paisible, parce qu’elle est vécue en une humanité où peut se réaliser la gloire de Dieu : "Pour cette foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé" (Jean 11. 42).


JESUS

En effet, la résurrection de Lazare est une merveilleuse illustration d'une foi dejà christologique. Elle nous montre comment, dans la personne de Jésus la nature humaine et la nature divine s’unissent sans se confondre. D’une certaine façon, l’Incarnation devient tangible et prend tout son sens.

Il est l’ami, l’homme qui pleure, en même temps qu’il est la Résurrection et la vie, parce que Dieu est amour ! Pour nous aussi, la résurrection est un fait présent parce qu’en nous il est la Vie, "par son Esprit qui vit en nous" (Romains 8. 11). "Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez" (Ezéchiel 37. 14).

Cette rencontre de Béthanie, nous conduit au cœur du mystère de la résurrection du Christ, triomphalement célébrée au matin de Pâques. Nous ne pouvons approcher l’un des aspects du mystère du Christ sans y inclure les autres. Le Vendredi-Saint et le dimanche de Pâques forment un même et unique mystère pascal.


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La foi qui nous est demandée, comme elle l'est à Marthe, comme aux juifs, comme aux disciples, c’est d’accepter de se déposséder de soi, de ses points de vue, de ses propres désirs pour suivre, Jésus comme il est et comme il veut que nous soyons. Il n’efface pas la mort, il la traverse et nous la fait traverser avec lui pour nous faire revivre.

Nous devons l’accompagner sur le chemin du tombeau parce que c’est le seul chemin pour découvrir la résurrection.

Cette présence de son Esprit est la force de vie qui nous libère des liens du péché et de la mort. Les baptisés de la nuit pascale découvrent cette liberté qui fut celle de la Samaritaine hors de cette recherche où elle s’était enfermée sur elle-même, la liberté de l’aveugle qui voit clair et n’est plus à la merci des décisions des autres, la liberté de Lazare qui reçoit du Christ le don de la vie.

A notre tour et tout au long de sa vie, le chrétien est appelé à sortir de son enfermement, "à délier ses mains et ses pieds attachés". (Jean 11. 44) C’est ainsi que nous rendrons grâce à Dieu par le Christ, "cet homme plein d’humanité qui dans sa tendresse pour tous les hommes, nous conduit, par les mystères de sa Pâque, jusqu’à la vie nouvelle." (Préface de la messe de ce jour).
DIMANCHE 9 AVRIL 2017
DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION
ET LA SEMAINE SAINTE

La Bénédiction des Rameaux :

Evangile selon saint Luc : 19. 28 à 40 : "Ils se mirent à louer Dieu à pleine voix."
Liturgie de la Parole : Livre d’Isaïe : 50. 4 à 7 : "Je sais que je ne serai pas confondu."
Psaume 21: "Tu m’as répondu. Je proclame ton nom devant mes frères."
Lettre de saint Paul aux Philippiens : 2. 6 à 11 : "Jésus-Christ est le Seigneur pour la gloire de Dieu le Père."



Passion selon saint Matthieu : 26. 14 à 27. 66 : " Que ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne."

L’entrée à Jérusalem marque l’entrée dans le mystère pascal que, durant toute cette semaine, nous vivrons sous l’un ou l’autre de ses aspects. Ce serait un erreur que de vouloir nous approcher de l’un sans y inclure les autres.

La Résurrection est intimement liée à l’offrande et la mort du Christ Jésus, notre Sauveur.


LA PAQUE DU SEIGNEUR.

Dans le langage traditionnel de l’Eglise, le mot « Pâques » ne désigne pas seulement le dimanche de la Résurrection, mais aussi le mystère eucharistique. Il nous le dit lui-même : "J’ai désiré manger cette Pâque avec vous." (Luc 22. 15). C’est le mystère de la croix et celui du tombeau vide. Tout cet ensemble est la transposition chrétienne de ce que les Juifs appelaient "la Pâque", c’est-à-dire, le passage.

Ce passage débute au repas de l’agneau immolé, se continue par la traversée de la Mer jusqu’à l’arrivée sur l’autre rive, celle de la liberté et de l’espérance. Durant une semaine, ce mystère va marquer la liturgie quotidienne jusqu’au jour de joie de la Résurrection.

L’ENTREE DANS JERUSALEM

Jésus la veut toute simple, sur un animal symbole d’humilité et de douceur. C’est également l’accomplissement de la prophétie de Zacharie (Zac. 9.9) : « Voici que ton roi s’avance vers toi, il est juste et victorieux. » Cette victoire devra traverser l’épreuve de l’humiliation et du sacrifice.

Par contre, la foule qui vient de Galilée et de plus loin sans doute, pour la fête de la Pâque, se réjouit avec exubérance. Mais elle ne semble pas réaliser, pas plus que les Pharisiens d’ailleurs, qu’elle est en train de vivre l’entrée messianique, annoncée par les Prophètes.

Les pharisiens, quelques-uns précise saint Luc, peuvent critiquer l’enthousiasme de la foule. Jésus l’accepte puisqu’il vient du coeur, même s’il est éphémère.

Nous aussi, nous devons "recevoir" Jésus-Christ et assumer sa volonté, parce qu’elle est celle de celui qui vient au nom du Seigneur. Il vient. Il reviendra dans sa gloire. Aujourd’hui il ne demande aucun royaume visible, il ne veut régner que sur nous-mêmes.


IL N’A PAS REVENDIQUE

Le texte que l’Eglise a tiré de saint Paul aux Philippiens est une des plus belles pages de la christologie :"Il était en égalité avec Dieu." (Philippiens 2. 6) et il n’a pas gardé cela comme la possession d’une proie. C’est même l’inverse. Il s’est abaissé, jusqu’à devenir la proie des hommes, parce qu’il a vécu en tous points semblable à eux, en égalité avec eux. (Philippiens 2. 7)

Puisqu’il était devenu semblable aux homme et reconnu comme tel dans son comportement, Jésus en assume et accepte toute la réalité.

Jusqu'à celle de subir la souffrance inhérente à la condition humaine qui est une créature limitée dans ses potentialités, limitée dans le temps, limitée dans son bonheur.

Assumant toute l’humanité, "obéissant jusqu’à la mort", sauf le péché, il en assume aussi toute la gloire de l’homme qui est de rejoindre Dieu. Comme il est de la condition même de Dieu, il partage toute la gloire de l’homme et toute la gloire de Dieu, et nous la fait partager.


AU DEPART DU CHEMIN DE CROIX

Après le prélude joyeux de l’entrée à Jérusalem, l’Eglise nous fait entrer dans ces heures de douloureuses humiliations que doit subir le Verbe de Dieu, devenu homme.

Il est à noter que, pour cette lecture de la Passion, l’Eglise fait débuter le récit au repas de la célébration pascale, et non pas au jardin des Oliviers. Car c’est le repas de l’Alliance qui conduit au repas du Royaume. Il le précise à ses disciples : "jusqu’à ce que vienne le règne de Dieu, le royaume de Dieu." Et, pour le condamné sur la croix proche du Christ, ce sera :"Aujourd’hui même..." "Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang" dit le Seigneur à ses apôtres.

L’Eucharistie réalise le sacrifice du Seigneur et nous en offre immédiatement les fruits. Nous le disons en chaque célébration : "Regarde le sacrifice de ton Eglise et daigne y reconnaître le sacrifice de ton Fils qui nous as rétablis dans ton Alliance". (Prière eucharistique III)


GETHSEMANI

"Je suis venu pour faire Ta volonté", lui fait dire la lettre aux Hébreux (Héb. 10. 9 et 10) reprenant les paroles des psaumes. Elle nous inclut dans cette offrande du Christ :"C’est dans cette volonté, cette offrande du corps de Jésus, que nous sommes sauvés définitivement." Quand il rejoint ses apôtres, dans la nuit silencieuse où seule s’est élevée sa voix, il ne peut que constater sa propre solitude :"Pourquoi dormez-vous ?..

." Mais elle ne l’enferme pas sur lui-même. Elle le conduit à une offrande universelle. "Afin que toute langue proclame", écrit saint Paul aux Philippiens.

Pourquoi nous enfermer sur nous-mêmes quand il nous appelle à dépasser nos propres solitudes ? Comme lui, nous connaissons ces temps où Dieu nous paraît absent, mais comme lui, nous ne retrouverons notre Père, qu’au moment d’assumer sa volonté sur nous-mêmes.


LE RENIEMENT

Au jardin, Pierre s’était cru fort avec son épée, comme il croyait réaliser ainsi total le don de lui-même au Christ à qui il avait dit : « A qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle. ».

Mais, ce soir, dans la cour du grand-prêtre, avec son épée refusée par Jésus, il est seul avec lui-même et sa peur, au point qu'il il ne reconnaît plus celui à qui il avait voulu consacrer sa vie.: « Je ne le connais pas, je ne vois pas ce que tu veux dire »
Or il le sait très bien. Le maître n’était plus là pour lui tendre la main comme au jour où il s’enfonçait dans la tempête en marchant sur le lac. Ce soir, c’est un coq, petite bestiole qui ignore le rôle qu’elle tient à ce moment, qui retourne Pierre vers Jésus.

Savoir entendre et saisir les signes de Dieu ....Et c’est alors que son regard croise celui de Jésus.


C’EST TOI QUI LE DIS

Les chefs juifs interrogent Jésus qui les renvoie à leur propre responsabilité et à leur propre décision : "Si je vous le dis, vous ne me croiriez pas. Si j’interroge, vous ne me répondrez pas." Il oblige Caïphe à poser lui-même l’affirmation sans qu’il puisse se dérober : "Tu es donc le Fils de Dieu ?" - Jésus n’a qu’à lui répondre : " C’est toi qui le dis".

Saint Jean souligne la valeur de la réponse de Caïphe. C’est en tant que grand prêtre de l’année qu’il prononce cette affirmation. Selon la loi, une déclaration solennelle du grand-prêtre en exercice donnait valeur décisive à une affirmation religieuse.

Avec Pilate, nous quittons le registre religieux, pour nous situer dans celui de la politique :" Es-tu le roi des Juifs ?" Jésus reprend la même attitude :" C’est toi qui le dis." Les deux gouvernants de la région vont s’entendre : Pilate le gouverneur romain de la Judée et Hérode le roi de Galilée.


IL N’A PAS REVENDIQUE

Désormais, Jésus assume son identité avec tant et tant d’hommes rejetés et méprisés : il est livré au bon plaisir de ses ennemis, mis en marchandage avec un assassin, et chargé de la croix douloureuse et infamante de l’esclave.

Il ne revendique rien pour lui, ni devant la brutalité des gardes, ni devant les pleureuses aux larmes inutiles, ni même devant Simon de Cyrène contraint de partager ce portement de croix, sans en connaître le sens, ni envers ceux qui ricanent, ni en réponse aux soldats qui lui tendent l’éponge vinaigrée.

D’ailleurs pourraient-ils comprendre en cet instant ce que trois années de prédications, de miracles et de proximité avec les malades et les pauvres ne leur ont pas fait découvrir. Comme à Gethsémani, il reste seul avec son Père. Comme dans la solitude des prières nocturnes qui impressionnait tant les disciples. " Apprend-nous à prier."

Marie, Jean et les femmes au pied de la croix sont une présence humaine de l’amour fidèle, l’expression silencieuse que tous les hommes ne l’ont pas abandonné. Ce n’est pas à elles qu’il s’adresse tout d’abord, c’est à son Père. Il ne se lamente pas , il ne se replie pas sur lui-même.

Il ne revendique qu’une chose : que soit accordé le pardon à tous ceux qui l’entourent parce qu’il vient l’apporter ce pardon à tous les hommes, à chacun de nous :"Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font."


UN DIALOGUE INATTENDU

A côté de lui, ils sont deux, crucifiés dans la même honte, dans la même souffrance, dans la même torture. Il entend leur dialogue où l’un d’eux reconnaît sa faute "Nous avons ce que nous méritons", comme nous le disons au seuil de chaque Eucharistie :" Je reconnais devant mes frères que j’ai péché." - "Souviens-toi de moi... " dit le bon larron; et nous, nous demandons à nos frères "de prier pour moi, le Seigneur notre Dieu."

La réponse de Jésus est immédiate :"Tu seras avec moi dans le Paradis." Dans toute vie, il y a des moments où il nous est difficile de faire confiance à Dieu. Le bon larron avait proclamé à sa manière que Jésus était le Seigneur. A nous aussi il nous est demandé de proclamer " que Jésus-Christ est le Seigneur" (Philippiens. 2. 11)

OBSCURITE ET DECHIRURE

" L’obscurité se fit jusqu’à trois heures... Le voile du Temple se déchira". Le Christ a remis son esprit, sa vie humaine, entre les mains de son Père. Chacun de ceux qui étaient au Calvaire, sans se douter qu’il est acteur dans l’attente de la Résurrection, accomplit ce qu’il est en mesure de donner en réponse à tant d’amour.

Au pied de la croix, les Pharisiens s’enferment sur eux-mêmes. Le centurion rend gloire à Dieu. La foule sent le besoin de se faire pardonner et se frappe la poitrine en rentrant célébrer la Pâque. Marie reçoit Jean et l’Eglise. Joseph d’Arimathie décide d’aller trouver Pilate pour ensevelir le corps de celui dont il est le disciple. Les saintes femmes s’en retournent chez elles préparer les aromates. Quand les lumières de ce sabbat de Pâque commencent à briller, pour eux tous, ils sont dans l’obscurité de la foi.

C’est au matin de la Résurrection que sera la lumière et que se découvrira progressivement la gloire de Dieu. Quand la pierre du tombeau s’écarte comme s’est déchiré le voile du Temple, quand les yeux des disciples d’Emmaüs, dans le soir qui tombe, s’ouvrent à sa lumière.

***

La croix marque le chemin qui va de l’entrée à Jérusalem au retour d'Emmaüs, jusqu’à l’entrée dans la gloire, car "il fallait que le Christ souffrit pour entrer dans la gloire." (Luc 24. 26)

"Tu nous as fortifiés, Seigneur, dans cette communion à tes saints mystères. Et nous Te supplions encore. Toi qui nous as donné, dans la mort de ton Fils, l’espérance des biens auxquels nous croyons, donne-nous dans sa résurrection glorieuse, de parvenir au Royaume que nous attendons." (Prière après la communion)
DIMANCHE 16 AVRIL 2017
LA RESURRECTION DE NOTRE SAUVEUR ET SEIGNEUR JESUS-CHRIST


Voici près de deux mille ans, la lumière de la Vie Nouvelle a jailli d’un tombeau. Désormais,et pour toujourst dans cet aujourd’hui qui est le nôtre, toutes choses sont remplies de cette lumière, le Ciel, la Terre et les Enfers.
Mais la voyons-nous ?

NOUS VIVONS D’UNE VIE NOUVELLE

Cette vie nous est donnée au jour de notre baptême, ce jour "où nous avons été ensevelis avec le Christ dans sa mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle." (Romains 6. 4)

A Pâques, nous célébrons la Résurrection du Christ comme quelque chose qui est arrivé et qui nous arrive encore. Car chacun d’entre nous a reçu le don de cette vie nouvelle, la faculté de l’accueillir, la grâce d’en vivre. C’est un don qui change radicalement notre attitude envers toutes choses, y compris la mort.

Certes un jour, elle viendra nous prendre dans notre vie terrestre pour nous entraîner dans la vie divine. Mais là réside aussi toute notre foi. Par sa propre mort, le Christ a changé la nature même de la mort. Il en a fait un passage, une pâque, dans le Royaume de Dieu. Il a transformé en une victoire suprême, ce qui est une tragédie, la mort.

DANS NOTRE VIE ENTENEBREE

Nous vivons souvent comme si cet événement unique n’avait que peu de signification pour nous. C’est notre faiblesse, alors que nous sommes appelés à vivre de foi, d’espérance et éternellement, de charité, d'amour. Immergés dans nos préoccupations journalières, nous succombons à cause de cet oubli. Et notre vie en devient mesquine, enténébrée, dépourvue de sens, nous conduisant vers un but sans signification.

Ce n’est pas en oubliant la mort que nous rendrons notre vie agréable. Car, dans ce cas, elle devient absurde dans son inévitable, si nous vivons comme si le Christ n’était jamais venu nous entraîner dans sa vie par delà cette mort. Or le sens de la vie est bien par-delà cette mort.

PRENDRE CONSCIENCE DE CETTE REALITE

Mais si nous prenons conscience de cette réalité pascale dans l’immédiat de nos journées, nous ouvrons une porte sur la splendeur du Royaume, sur l’avant-goût de la joie éternelle qui nous attend dans la plénitude de la vie.

Toute la liturgie de l’Eglise est "ordonnée" autour de Pâques. Et non pas en une accumulation de dévotions. Les temps liturgiques nous conduisent dans un voyage, un pèlerinage qui est progressivement la fin de ce qui est vieux et périmé, en étant un passage constant de ce monde à notre Père.

"Que ton Esprit fasse de nous des hommes nouveaux pour que nous ressuscitions avec le Christ dans la lumière de la vie."
(prière pascale après la communion)

"Voici le jour que fit le Seigneur, jour de fête et jour de joie ! Voici le jour où le Christ, notre Dieu, nous conduit de la mort à la vie." (Acclamations des matines)

En ce jour de Pâques, la foi, permet à la réalité divine d’illuminer notre vie. Il est une action à entreprendre : porter partout témoignage de la bouleversante découverte d’un monde nouveau., comme le chante la liturgie byzantine :

Voici le jour de la Résurrection.
Voici la lumière de notre joie !
Voici la Pâque du Seigneur !
Le Christ nous a fait passer
de la mort à la vie
et de la terre aux cieux !
Chantons son triomphe !

Purifions nos vies.
Nous le verrons,
le Seigneur étincelant de Lumière.
Le Christ ressuscité !
et nous l’entendrons nous dire
"Paix sur vous".

Chantons son triomphe
Joie, Joie sans fin !
Le Christ est ressuscité !
Alléluià !

DIMANCHE 23 AVRIL 2017
DEUXIEME DIMANCHE DE PAQUES


Dimanche de la Divine Miséricorde.

Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres : 2. 42 à 47 : "Fidèles à écouter l’enseignement des apôtres et à vivre en communion fraternelle."
Psame 117 : "Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et jour de joie !"
Première lettre de saint Pierre. 1. 3 à 9 : "Il nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus-Christ pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement."
Evangile selon saint Jean. 20. 19 à 31 : "Jésus vient alors que les portes étaient verrouillées."

***

Les Eglises orientales, catholiques et orthodoxes appellent ce dimanche, le dimanche de Thomas. Elles veulent ainsi souligner que l’attitude de l’apôtre incrédule mais profondément croyant doit être aussi la nôtre.

REUNIS AU CENACLE.

La journée de Pâques que les apôtres viennent de vivre, a été faite de bouleversements depuis le matin. Des femmes sont venues leur dire que le tombeau est vide. Pierre l’a constaté et Jean croit déjà à la résurrection. Une discussion est née dans le groupe qui met à jour les divergences d’interprétation qui les divisent.

Le départ des deux disciples vers Emmaüs le prouve. Ceux-là n’ont pu accepter les dires de ces femmes. Ils ne croiront les dires de Pierre et de Jean que s’ils en font la preuve. Leur espérance est déçue, car aucune preuve n’est venue durant toute la journée.

Les autres s’enferment pour éviter les importuns, dont ils ont peur sans doute. Mais saint Jean souligne ce détail afin de montrer aussi que le Christ, qui les rejoint au soir du premier jour de la semaine, use désormais de son pouvoir d’une façon surnaturelle.

Durant les trois années de sa vie publique, il n’en a jamais usé ainsi avec eux, sauf au sommet du Thabor, pour quelques-uns et pour quelques instants.

Ce soir, ils sont ensemble parce qu’ils ne peuvent se séparer après trois années partagées avec Jésus de Nazareth, trois années intenses. Ils viennent aussi de vivre trois journées bouleversantes et ils ont besoin de reprendre les paroles de Jean, de Pierre et de Marie Madeleine pour les accorder avec les enseignements reçus sur les routes de Palestine : « Je suis la Résurrection et la Vie. » et tant d’autres paroles entendues qui ne sont pas seulement des rumeurs d’illusions.

IL EST LA AU MILIEU D’EUX

Jésus se trouve soudain au milieu d’eux. Nous pouvons certes donner une signification mystique à cette venue, toutes portes closes. Ils ne l’attendaient pas.

Ainsi pénètre-t-il dans nos vies, même si elles se ferment parfois à sa grâce.

" Lorsque vous serez réunis, deux ou trois en mon nom, je serai au milieu de vous" (Matthieu 18. 20) Ce soir, il n’est pas une présence mystique, mais une réalité humaine et divine tout à la fois. Il a conservé sur son corps ressuscité la trace des blessures et, sans mettre en avant le mérite de ses souffrances, il donne aux apôtres le témoignage de qu' il est en plénitude.

Il ne leur rappelle pas des souvenirs. La petite communauté apostolique l’a peut-être fait durant cette journée où elle est repliée sur elle-même au risque de ne plus vivre que d’espoirs déçus et même de se disperser, comme cela vient de commencer avec Cléophas et son compagnon qui marchent vers Emmaüs.

Il leur démontre l’identité de l’homme qu’ils connaissent depuis trois ans avec l’homme ressuscité qu’il est devant eux.

S’il est là au milieu d’eux, c’est pour l’avenir de l’Évangile, c’est pour les entraîner à sa suite. Ils seront les témoins et les envoyés. Par cette deuxième transmission de sa paix, il leur confirme immédiatement qu’ils doivent aussi la transmettre aux autres. Remettre les péchés, c’est donner la vie spirituelle à qui l’a perdue ou à qui l’a amoindrie.

RECEVEZ L’ESPRIT SAINT

Il leur en avait parlé, au soir du Jeudi-Saint. Trois jours après, en ce soir de Pâques, il insiste sur son action en eux et parmi les hommes. L’Esprit Saint est latent en eux et la Pentecôte rendra manifeste cette présence par sa venue. De même pour nous. L’Esprit peut reposer en nous sans que nous ayons conscience de sa force en nous. Il nous faudra toujours renouveler cette grâce de la Pentecôte.
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En rappelant qu’il est le Christ souffrant, qu’il est le Christ uni à son Père qui l’a envoyé, le Christ dont l’action sera poursuivie et amplifiée par l’Esprit, Jésus relie, dans la pensée et la foi de ses apôtres, tout ce qu’il leur avait dit et ce dont il a témoigné avec eux.

Ils ne reconnaissent pas ainsi seulement l’ami avec qui ils ont tant partagé, ils reconnaissent le Fils de Dieu, le Seigneur.

Et c’est ainsi d’ailleurs qu’ils en témoigneront auprès de Thomas :"Nous avons vu le Seigneur." Avec toute la force qu’une telle appellation peut avoir dans la foi religieuse des vrais Juifs croyants.

THOMAS A BESOIN DE PREUVES

Mais Thomas a besoin de preuves qui s’appuient sur une expérience concrète. Ce n’est pas qu’il soit un homme récalcitrant. Il est un homme de bonne volonté et tout d’une pièce. C’est lui qui, lors de l’annonce de la montée à Jérusalem, avait bousculé les apôtres inquiets des événements qu’ils pressentaient. C’est lui qui les avait entraînés dans sa générosité (Jean 11. 16) :"Allons nous aussi et mourons avec lui."

Mais il juge les choses à sa façon. Il a toujours eu du mal à entrer dans la pensée de son Maître (Jean 14. 5) et aujourd’hui, encore, il veut des preuves concrètes, même s’il n’est pas question pour lui de quitter pour autant le groupe des apôtres.

Jésus revient huit jours après, il salue ses amis et immédiatement s’adresse à Thomas. Il ne le blâme pas.

D’ailleurs les autres disciples seraient aussi à blâmer, car, eux aussi, ils n’ont cru à la résurrection qu’après avoir vu le Ressuscité. Jésus admet qu’un acte de foi soit précédé par l’adhésion de l’esprit humain à certains éléments qui entraînent la crédibilité. La foi, même si elle dépasse la raison, n’est pas irraisonnable.

En ouvrant ses deux mains ("Vois mes mains."), il l’invite même à le toucher en une épreuve à laquelle Thomas avait dit attacher une grande importance. Rien ne dit qu’il exécute le geste que Jésus lui propose de faire. Mais son mouvement va plus loin. Il reconnaît la divinité de Jésus. Non seulement il est Seigneur. Mais il est Dieu !

***

En nous faisant souvenir de la première communauté de Jérusalem, l’Eglise nous rappelle que nous pouvons servir tous ceux qui sont dans le besoin, la misère, la souffrance, la solitude. C’est désormais en eux que nous est donné la possibilité de rejoindre le Christ souffrant de la croix, solitaire du jardin de Gethsémani, abandonné, méprisé. C’est ainsi qu’il nous ouvre ses mains :’Avance ton doigt ici."

"Augmente en nous ta grâce pour que nous comprenions toujours mieux quel baptême nous a purifiés, quel Esprit nous a fait renaître et quel sang nous a rachetés." (Prière d’ouverture de la liturgie de ce dimanche)

DIMANCHE 30 AVRIL 2017
TROISIEME DIMANCHE DE PAQUES


Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres : 2. 14 à 33 : “Cet homme, livré selon le plan et la volonté de Dieu...Dieu l’a ressuscité.”
Psaume 15 : “Tu m’apprends le chemin de la vie.”
Première lettre de saint Pierre: 1. 17 à 21 : “Dieu l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné la gloire. Ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.”
Evangile selon saint Luc : 24. 13 à 35 : “ Comme votre coeur est lent à croire !”

***

La liturgie de ce dimanche nous invite à réfléchir sur notre attitude devant le mystère qui est le nôtre et que nous vivons aujourd’hui. Le Christ ressuscité est au milieu de nous. Il est avec nous, il est en nous par la grâce qui nous est donnée. Nous ne transposerons jamais assez dans notre vie, la plénitude cette réalité qu’est la vie divine que nous avons reçue.

En cela nous sommes bien les frères de ces disciples d’Emmaüs avec les mêmes interrogations, avec les mêmes doutes. Soyons-le aussi avec le même enthousiasme quand notre coeur se réchauffe en recevant la Parole de Dieu et quand nous en témoignons.

NOUS NOUS SERIONS TROMPES DE CHEMIN

Il y a trois ans, lorsqu’il les avait appelés, ils avaient pris la route avec lui. Ils l’avaient suivi avec enthousiasme et espérance. Le vendredi de sa mort, à 3 heures de l’après-midi, quand les ténèbres envahirent leurs horizons, ils pouvaient espérer encore :”Il avait dit que le troisième jour...” Alors, en ce matin du premier jour de la semaine, c’est peut-être ce jour annoncé par le Seigneur. Mais leur foi est bien fragile.

Marie, haletante, revient au Cénacle. Elle a vu un ange, qui lui a dit qu'il est vivant. Cléophas hausse les épaules. Mirage de femme admiratrice ! Pierre se sent le devoir d'aller constater le fait et Jean, entraîné par son amitié, l'accompagne. Tout est en ordre dans un tombeau vide dont la pierre est roulée.

C'est donc vrai. Il n'a pas été enlevé, car les bandelettes n'auraient été pliées ainsi. Il est donc vivant !

A leur retour, les deux apôtres disent ce qu'ils ont vu et les conclusions qu'ils en tirent :"Il est vivant !" Cléophas hausse encore les épaules. Ils ont vu un tombeau vide. « Mais lui, ils ne l'ont point vu. » 

La discussion a dû être vive tout au long de cette journée. Thomas est d'accord avec Cléophas. Il faut le voir et constater. Sinon ce peut n'être qu'une illusion. Thomas reste avec ceux qu’il a rejoint, il y a trois ans, en Galilée. Il ne quittera pas Pierre et Jean. Par contre Cléophas et l’un de ses amis s'en vont et quittent Jérusalem. Le chemin de ce prophète n’était pas le bon chemin à prendre....

UN TOUR D’HORIZON DESABUSE

Les voilà donc tous deux sur la route, en cet après-midi. Ils discutent entre eux. Ils ressassent leurs souvenirs, et recherchent les quelques paroles auxquelles ils pourraient s’accrocher. Mais peu à peu ils s’éloignent de Jérusalem et de ce qu’ils y ont vécu. Jésus de Nazareth était un prophète. Et quelle puissance dans ses paroles et ses actions ! et ces foules qui le suivaient ! et puis la situation s’est retournée. Crucifié, mort, peut-il être encore le libérateur d’Israël, car c’est bien d’indépendance que nous rêvions.

Les événements de ce matin paraissent étranges, mais peut-on faire confiance à cette enthousiasme de femmes au dévouement inconditionnel ? Elles disent mais c’est peut-être bien subjectif, car elles n’ont rien vu. Pas plus que Pierre d’ailleurs.

Les kilomètres se succèdent avec cette relecture des événements passés, une relecture qui les attriste, les enferme et les empêch ede s’ouvrir au témoignage des autres disciples qui annoncent déjà la résurrection.

IL LES REJOINT EN LEUR DESESPERANCE

Pour mettre d’accord Pierre, Thomas, Madeleine, Cléophas et les autres, le Christ aurait pu, dès les premiers moments de la matinée, venir l’interrompre cette discussion, les rendre à l’évidence et confirmer par son apparition l’enthousiasme des uns et réduire à néant le doute des autres. Il aurait peut-être emporter leur adhésion. A moins qu’ils n’aient continué à tergiverser pour sous-peser le pour et le contre avec lui.

Mystère du silence de Dieu. Jésus laisse au contraire le temps calmer les choses. Il donne à chacun la liberté de se placer devant sa propre réalité, devant ses propres conclusions et sa propre décision. La redécouverte n’en sera que plus profonde et plus assurée.

Aux disciples du Cénacle, il apparaîtra quand les apôtres n’auront plus rien à dire ni à se dire. Ils sont dans l’attente, une attente de ce qu’ils ne peuvent imaginer. Ayant épuisé leurs arguments, ils peuvent le recevoir tel qu’il est désormais et non pas uniquement comme l’homme qu’ils ont quitté il y a trois jours après le repas pascal dans cette même chambre haute.

Ce qu’il avait dit à Madeleine s’applique aussi à eux :”Ne me touche pas, je monte vers mon Père. Va l’annoncer à tes frères.” (Jean 20. 17)

Sur le chemin d’Emmaüs, là-bas, les deux amis n’ont plus rien de nouveau à se dire, plus rien à envisager qu’un retour en arrière au point où ils sont rendus de leur désespérance et de leur obscurité. Et c’est alors qu’il les rejoint et c’est lui qui prend l’initiative, qui va « dire » et révéler.

Peu à peu en effet, Jésus va leur dévoiler le sens des événements et les inviter à la lumière de l’Ecriture, à relire leur histoire et l’histoire du salut dans laquelle ils avaient inscrit leur foi, mais selon un contresens du message : “libérateur d’Israël.”

C’est le début du retournement. Ils abandonnent peu à peu leur interprétation, acceptant de recevoir celle de cet inconnu qui brise leur enfermement. Etrange sensation qui est alors la leur, mais dont ils ne peuvent encore savoir d’où elle provient.

ILS NE VOIENT PAS, ILS RECONNAISSENT.

Au terme de cette étape de doute, leur geste d’accueil amical à la porte de l’auberge, les conduit à retrouver le Seigneur. Le repas marque l’étape décisive de l’acte de foi. Ils n’ont pas vu le Christ qu’ils accueillaient. Ils l’ont reconnu dans un geste familier, celui du partage au soir du Jeudi-Saint ou de la multiplication des pains.

Désormais la résurrection est à la fois l’événement dont ils ont la certitude et l’événement qui les fait ressusciter eux-mêmes. Paradoxalement, c’est au moment où le Christ disparaît de leurs yeux que précisément “leurs yeux s’ouvrent.”

Ils reprennent alors la route en sens inverse. C’est maintenant le chemin joyeux de la vie. Ils retournent vers la communauté des Apôtres qui est l’Eglise. Ils la réintègrent et y découvrent qu’il n’ont pas vécu une illusion. Elle va devenir le lieu de la foi partagée. Pierre et les autres leur disent cette évidence :”Il est ressuscité !” Cet acte de foi croise et rejoint le leur.

NOTRE EXPERIENCE

L’Ecriture sur la route, l’Eucharistie à Emmaüs, l’Eglise au Cénacle. Il est clair que ce récit pose les fondements de la vie chrétienne. La route de disciples d’Emmaüs est bien l’image de celle de tous les croyants.

Qui n’a fait cette expérience d’une désillusion de la foi lorsque l’espérance placée en un Dieu qui paraît terriblement absent s’étiole et disparaît au moment où l’épreuve traverse sa vie ? Qui n’a été tenté alors de fuir la communauté qui ne comprend pas et continue de proclamer un message sans en donner les preuves de vérité ? L’on en vient à s’éloigner de l’Eglise, et même à la quitter.

Mais qui n’a fait aussi l’expérience de la présence du Christ attentif aux cris de ses enfants et réveillant leur mémoire de croyants par la révélation de sa Parole vivante ? Qui n’a jamais vécu, dans une célébration eucharistique, la rencontre qui “restaure » et le corps et le coeur ? Qui n’a jamais découvert que la communauté chrétienne à laquelle il appartient est le lieu indispensable où l’on trouve à la fois le réconfort dans le partage fraternel en Jésus-Christ et la force nécessaire pour la mission ?

***

Route d’espérance et de foi retrouvées, la route d’Emmaüs est aussi pour nous, route de la Vie, une route de joie paisible et chaleureuse, génératrice d’un dynamisme renouvelé.

“Garde à ton peuple sa joie, Seigneur, toi qui refais ses forces et sa jeunesse. Tu nous as rendu la dignité de fils de Dieu. Affermis-nous dans l’espérance de la résurrection.” (Prière d’ouverture de la messe de ce dimanche)

DIMANCHE 7 MAI 2017
QUATRIEME DIMANCHE DE PAQUES


Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres : 2. 14 à 41 : “C’est pour vous que Dieu a fait cette promesse.”
Psaume 22 : “Je ne crains aucun mal car tu es avec moi.”
Première lettre de saint Pierre : 1 Pierre 2. 20 à 25 : “ Il vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces.”
Evangile selon saint Jean : 10. 1 à 10 : “Il marche à leur tête et elles le suivent car elles connaissent sa voix.”

***

De l’Evangile du Bon Pasteur, nous pouvons faire plusieurs lectures selon que nous l’éclairons par le psaume, par la lettre de saint Pierre, par les Actes des Apôtres ou par d’autres paroles du Christ. Chacune de ces lectures est en elle-même un message qui conduit à la réalité essentielle : "Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient surabondamment." (en grec :"périsson", qui dépasse toute mesure.) (Jean 10. 10).

- Il est la porte et "nul ne peut aller au Père si ce n’est en passant par moi." (Jean 14. 6)
- Il est le berger dont les brebis reconnaissent la voix quand il les appelle chacune par leur nom et elles suivent ses traces (Saint Pierre).
- Il connaît les pâturages "Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre." (Psaume)

IL EST LE CHEMIN

Si le Bon Pasteur peut conduire ses brebis hors de la bergerie, c’est-à-dire vers les pâturages, c’est que lui-même y est entré et sort avec elles. Le Christ peut nous conduire vers la Vie éternelle parce qu’il est « entré » lui-même en notre humanité et la divinise, lui-même, par sa Pâque et sa Résurrection ou, selon le beau texte de l’offertoire de la messe : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. »

Pâques, son passage "de ce monde à son Père" (Jean 13. 1) Et il n’est pas d’autre chemin que Lui pour nous joindre à son Père. Il est le Chemin, la Vérité, la Vie.

Toutes les autres portes, toutes les autres possibilités sont des chemins d’égarement. Lui seul peut donner la Vie, sa Vie divine, en abondance, en surabondance infinie. Les religions à la mode, qui sont sans un Dieu personnel et sans le Christ, New Age, bouddhisme ou autres, ne mènent qu’à une impasse après nous avoir égarés puisqu’elles ne nous conduisent pas à Lui. Il en est de même pour les idéaux humanitaires sans-Dieu, si nobles en soient les motivations affectives. "La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ" (Jean 17. 3).

Il n’est pas un prophète, fut-il le plus grand, un prophète qui nous parle de Dieu. Il est lui-même « Parole de Dieu », le Verbe » car il est Dieu fait homme en Jésus-Christ par amour pour nous conduire au Père.

"Nul ne peut aller au Père si ce n’est en passant par moi."

Cette intransigeance n’est pas une intolérance, même si elle choque les mentalités modernes prêtes à accepter toutes les ambiguïtés, toutes les confusion, tous les compromis. Nous ne pouvons pas dire : "A chacun sa vérité", ou "Toutes les religions se valent".

Le Christ est le seul épanouissement possible de notre vie car il est le seul à nous donner la plénitude de la Vie Divine. En le recevant, nous recevons la Vie trinitaire du Père, par le Christ dans l’Esprit.

IL EST LA VERITE

C’est Lui qui donne accès à la liberté. Il n’est pas une porte qui isole, se referme et enferme. Avec lui et à sa suite, chacun « pourra aller et venir. Il trouvera un pâturage... Il les appelle chacune par son nom et il les fait sortir."

Il connaît chacun de nous personnellement, puisqu’il nous appelle "par son nom ». Nous sommes, chacun, unique à ses yeux et dans le cœur.

Grâce à quoi nous pouvons le reconnaître. Comme Marie de Magdala quand elle s’entendit nommer par le ressuscité dans le jardin devant le tombeau vide. Comme Zachée quand il fut appelé du haut de son arbre. Comme Simon-Pierre bouleversé par le :"Simon, m’aimes-tu" ? avant d’être appelé à sa charge pastorale :"Sois le pasteur de mes brebis."

Nous sommes appelés par « un nom nouveau que nul ne connaît sinon celui qui le reçoit. » (Apocalypse 2. 17), un nom qui vient de l’amour, de Dieu qui est Amour. La Vérité ne jaillit pas d’une discussion dans une masse anonyme. Elle vient du don de deux êtres qui se rejoignent en personnalisant pleinement le don d’elles-mêmes. Elles reconnaissent la voix qui les unit dans un unique appel "vécu dans la justice." (Saint Pierre 2. 24)

IL EST LA VIE

Cette surabondance que donne la vie en Christ est l’un des thèmes souvent repris par saint Jean. Le vin des noces de Cana remplit six cuves jusqu’au bord (Jean 2. 6). L’eau vive offerte à la Samaritaine jaillit éternellement pour étancher toute soif (Jean 4. 14). Le pain multiplié, qui est le Christ Pain de Vie, laisse douze corbeilles (Jean 6. 12). La pêche miraculeuse fait déborder la barque de Pierre (Jean 21. 6). Les paroles du Christ sont plénitude de paix et de joie (Jean 17. 13).

Cette surabondance de vie, lui seul peut la donner :"Selon le pouvoir sur toute chair que tu lui as donné, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés" (Jean 17. 2).

Mais cette vie ne peut être vécue individuellement, comme des brebis qui quittent leur errance. Le don de l’Esprit et la promesse qui s’accomplit par le baptême (1 Pierre 2. 25), nous agrège au troupeau du Seigneur pour « se retrouver persévérants dans l’enseignement des apôtres, la communion, la fraction du pain et la prière. »

DANS L’EGLISE

Si le Christ est celui par qui advient le salut, s’il est le lieu de passage vers le Père, il a confié cette même mission à ses apôtres. "Comme tu m’as envoyé, je les envoie dans le monde" (Jean 17. 18). Aujourd’hui l’Eglise est le lieu de passage qui donne accès au salut en Jésus-Christ. Le baptême en est l’entrée, la porte ouverte qui donne accès à la liberté du Royaume (1 Pierre 2. 24-25).

L’Eglise ne peut être une bergerie close vers laquelle il faudrait entrer pour nous mettre à l’abri du monde. Elle est la porte ouverte qui nous permet d’y entendre la voix du Christ et de le suivre quand le berger nous conduit hors de l’enclos afin de nous situer dans le monde comme fils de Dieu. Chacun de nous « pourra aller et venir et il trouvera un pâturage ... pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient surabondamment." (Jean 10. 10)

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"Que les mystères de Pâques continuent en nous ton oeuvre de rédemption. Qu’ils soient une source intarissable de joie." (Prière sur les offrandes)

"Père tout-puissant et pasteur plein de bonté, veille sur tes enfants avec tendresse. Tu nous as sauvés par le sang de ton Fils. Ouvre-nous une demeure dans le Royaume des cieux". (Prière de communion de ce dimanche)

DIMANCHE 14 MAI 2017
CINQUIEME DIMANCHE DE PAQUES


Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres : 6. 1 à 7 : " Estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de Sagesse."
Psaume 32 : " Criez de joie pour le Seigneur ! Hommes droits, à vous la louange !"
Première lettre de saint Pierre : 1 Pierre 2. 4 à 9 : " Il est la pierre vivante ... Soyez les pierres vivantes."
Evangile selon saint Jean. 14. 1 à 12 : " Là où je suis, vous serez vous aussi. »

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Avec les chapitres 14 à 16 de l’Evangile selon saint Jean, nous entrons dans la révélation du mystère de la personne de Jésus, ce mystère qui nous donne accès à la vie divine.

A LA LUMIERE DE LA RESURRECTION

Ces chapitres sont une longue méditation où s’entremêlent les paroles du Christ et la relecture qu’en fait l’apôtre Jean à la lumière de Pâques. Car les Evangiles ne sont pas seulement des récits anecdotiques. Ils sont porteurs du message du Christ que les disciples ont découvert et qu’ils ont voulu transmettre à ceux qui les écoutaient.

Ils ne sont pas descriptifs d’un épisode. Ils sont essentiellement un éclairage qui veut nous conduire à la lumière dont Dieu nous illumine par son Fils venu parmi nous. " Celui qui m’a vu a vu le Père." Ces signes ont été rapportés « pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayiez la vie en son nom. » (Jean 20.31)

La vision qu’ils nous apportent du Christ est inséparable de l’ensemble de sa vie. La parole de l’enfant de douze ans qui répond à ses parents "Je me dois aux affaires de mon Père" résonne non pas comme un reproche, mais comme volonté fondamentale de Jésus :" Je vis uni à mon Père... je suis en mon Père." (Jean 14. 20)

Ce n’est qu'après la résurrection de Jésus que leur apparaît clairement la personne du Fils de Dieu, du Verbe de Dieu fait chair, en communion avec le Père. Chacune de ses paroles comme chacun de ses actes prennent alors tout leur sens dans cette réalité unique où l’humanité et la divinité sont un tout indissociable en Jésus-Christ.

CROYEZ EN MOI

Jésus propose à chacun d’entre nous et à tous les hommes d’entrer eux-mêmes dans cette communion de Vie divine. Il n’est pas là pour nous indiquer seulement le chemin comme le souhaite et l’attend de saint Thomas (Jean 14.5). Il n’est pas une simple signalisation. C’est lui qui nous introduit, qui nous fait entrer avec lui, par lui et en lui. Il est le chemin. Pour rejoindre le Père, il nous faut rejoindre le Fils, le Christ., notre Seigneur.

Comprendre avec notre intelligence déductive ne suffit plus. Pas plus d’ailleurs que de voir seulement :"Montre-nous le Père, cela nous suffit." lui dit Philippe. Il n’est pas question de voir pour voir. La foi n’est pas une constatation ou une évidence au terme d’un raisonnement.

C’est une connaissance plus intime que seule la foi réalise. "Vous me connaissez." (Jean 14. 9) Une foi qui saisit toute la personne à laquelle on adhère et qui détermine non seulement des convictions mais détermine le sens de notre vie, nous saisissant à notre tour en nous donnant la plénitude spirituelle et le dynamisme de notre action. C’est une communion parce qu’elle est rencontre personnelle.

JE REVIENDRAI VOUS PRENDRE AVEC MOI

Dans sa lettre, saint Pierre exprime d’une autre manière cette communion en Dieu et avec nos frères. Le Christ est la pierre vivante. Nous le sommes également. Le Christ s’est présenté en offrande à son Père. Nous aussi présentons des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter, non pas en raison de nos mérites, mais à cause du Christ-Jésus. (1 Pierre 2. 5)

Jésus l’ avait dit à Pierre :" Celui qui croit en moi, accomplira les mêmes oeuvres que moi." (Jean 14. 12) "Vous êtes chargés d’annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière." (1 Pierre 2. 9)

"Les merveilles "... Au travers de ces mots nous sentons l’enthousiasme contenu, la joie profonde de Pierre qui a connu ces moments de rencontre, « d’admirable lumière » qui répondaient à sa quête de la vie : Je vous ai dit cela pour que la joie qui est la mienne soit en vous, en plénitude » (Jean 15. 11, Jean 17. 13).

Nous aussi, nous aspirons au bonheur, nous sommes en quête d’un mieux vivre, nous voulons déployer notre désir dans des dimensions qui dépassent en espérance la réalité que nous vivons au quotidien. Nous le répétons en chaque Eucharistie : "Rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ, notre sauveur." (Prière après le Notre Père)

Oui, nous ne pouvons plus désormais séparer la plénitude de notre bonheur de cet avènement du Christ en nous et en nos frères. " Là où je suis, vous serez vous aussi." (Jean 14. 2), à la Croix, à la Résurrection, dans la Gloire. (Jean 17. 22 et 23)

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En les éclairant les uns par les autres, ces textes nous apportent une richesse immense. Ils ne sont pas à commenter. Ils sont à pénétrer.

Par exemple, la juxtaposition du chapitre 14 avec le chapitre 1er de ce même Evangile.. "A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu... De sa plénitude, nous, nous avons reçu grâce sur grâce." (Jean 1. 12 à 17)

Alleluia ! alleluia ! "Tu nous fais participer à ta propre nature divine." (Prière sur les offrandes de ce dimanche)

 

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