Méditations dominicales

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En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme",
une ou plusieurs méditations .

Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


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Dimanche 25 septembre : Vingt-sixième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 2 octobre : Vingt-septième dmanche du temps ordinaire
Dimanche 9 octobre : Vingt-huitième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 16 octobre : Vingt-neuvième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 23 octobre : Trentième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 30 octobre : Trente-et-unième dimanche du temps ordinaire

Mardi 1 novembre : La Toussaint
Dimanche 6 novembre : Trente-deuxième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 13 novembre : Trente-troisième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 20 novembre : Le Christ-Roi de l'univers






DIMANCHE 2 OCTOBRE 2016
VINGT-SEPTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture du livre du prophète Habacuc : 1. 2 et 3 et 2. 2 et 4 : “Le juste vivra par sa fidélité.”
Psaume 94 : “ Ne fermez pas votre coeur comme au désert."
Lecture de la seconde lettre à Timothée : 1. 6 à 14 : “Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donnés, mais un esprit de force, de raison et d’amour."
Evangile selon saint Luc : 17. 5 à 10 :” Nous ne sommes pas des serviteurs indispensables."

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C’est autour d’un même thème fondamental que nous lirons aujourd’hui l’ensemble des textes de la Parole de Dieu que la liturgie de ce dimanche nous propose : la foi.

HABACUC

Habacuc est l’un de ceux que l’on appelle “les douze petits prophètes” dont nous recevons les oracles comme parole inspirée. Leur ministère s’étend du 8ème siècle (Amos, Osée) jusqu’au 5ème siècle (Malachie, Abdias, Joël). C’est dire que toute leur activité s’est déployée dans une succession de crises graves, qui s’appellent :

- La chûte du Royaume du Nord et de sa capitale, Samarie. (721 av. J.C.)
- Les assauts répétés des Assyriens puis des Babyloniens contre le Royaume du Sud (Juda) et finalement la chûte de Jérusalem. (Juin 587 av. J.C.)
- Les déportations et l’exil. (587-538 av. J.C.)
- Les difficiles retours en Terre Promise.
tôt ou tard

Dans ces situations, les prophètes sont envoyés par Dieu au Peuple pour lui révéler la juste interprétation des événements, pour le provoquer à la conversion et, malgré tout, l’inviter à garder l’espérance.

Mais le prophète, s’il transmet la Parole de Dieu à l’homme, émet aussi vers Dieu la plainte de l’homme, sa question, son angoisse, son indignation. Le prophète est médiateur. Moïse l’était déjà. Jésus le sera en plénitude.

Nous avons a être convaincus que la question est tout autant la nôtre aujourd’hui : comment se fait-il que Dieu soit si lointain, apparemment insensible au sort de son peuple, inactif devant l’injustice ? Cela est si contraire à ce que Dieu nous a fait connaître de lui ! ou que nous croyons devoir être sa démarche envers nous.

La réponse de Dieu est en termes de promesse. Dieu veut que la foi porte sur Celui qui promet et non sur un délai que nous voudrions cerner et calculer humainement. En ce sens, Nostradamus n’est pas un prophète.

Jésus dira :”Quant au jour ou à l’heure, nul ne les connaît, ni les anges, ni le Fils. Personne, sinon le Père.” (Marc 13. 32)

C’est pourquoi le prophète oppose finalement l’insolent au juste. L’insolent, c’est le conquérant. Le Chaldéen aujourd’hui, un autre demain. Parce qu’il réussit, il semble avoir la bénédiction de Dieu. En fait, il court tôt ou tard à sa ruine.

Le juste, lui vit et vivra par sa fidélité, par une foi vécue quoi qu’il en coûte. Les déconvenues du moment ne le mettent pas à bas. Il croit et il espère en la fidélité de Dieu qui fonde la sienne. La dernière phrase de ce passage aura une grande fortune dans le christianisme naissant, particulièrement chez saint Paul, en ces temps où les persécutions ébranlent l’Eglise, et cela pour de longs siècles.

LE PSAUME 94/95

Nous avons à le lire dans son intégralité. Il met en valeur plusieurs autres aspects de la foi, cette foi qui n’est pas sans contenu.
 
- Elle est écoute de la Parole de Dieu.

- Elle est grâce de Dieu et c’est à nous d’en prendre la décision. Dieu ne décide pas de notre foi, c’est à nous, entendant son appel, d’ouvrir ou de fermer ce que la Bible appelle le coeur. Traduisons en vocabulaire d’aujourd’hui : rien ne se fera sans notre libre décision, une décision motivée par l’amour.

- Elle est adoration. Le premier acte du croyant est d’adorer Dieu, son Créateur. La Bible s’exprime avec des mots plus concrets : s’incliner, se prosterner, fléchir les genoux. Mais l’adoration n’est pas froideur. Ce n’est pas un devoir à accomplir.

- C’est une réponse à un Dieu qui est le pasteur de son Peuple. Il suscite joie, acclamation, action de grâces. “Par nos hymnes de fête, acclamons-le !”

LA LETTRE A TIMOTHEE

" Reste fidèle au service de l'Évangile...."Cette lettre se situe dans les dernières années du ministère de saint Paul. Il le sait et ce n’est pas pour autant qu’il est lassé, découragé. Il a fondé des communautés. Il en a transmis la responsabilité à des disciples.

Il ne s’agit pas d’une propriété qui lui soit personnelle et qu’il pourrait léguer par testament. Ceux qu’il a désignés ont reçu l’imposition des mains. Disons qu’ils ont été ordonnés à ce ministère, non par un don de Paul, mais par un don de Dieu.

Entre la génération fondatrice et celle qui suit, comment sera assurée la cohérence de la foi ? C’est le souci de la Tradition vivante et fidèle qui habite Paul, comme il habite l’Eglise de notre temps.

C’est en particulier le sens du ministère de Pierre qui préside à cette unité dans la foi et l’amour.

L’EVANGILE

La force de la foi est une constante du Nouveau Testament, mais dans son ordre propre qui est le salut de l’homme. Saint Paul insiste en ce sens. Nous la trouvons liée aux miracles de Jésus qu’elle s’exprime chez ceux qui demandent l’intervention du Christ ou chez ceux qui en sont les bénéficiaires.

Elle donne même le pouvoir de faire ce que fait le Christ :”Celui qui croit en moi fera aussi les oeuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je vais au Père.” (Jean 14. 12) Et cela, même si nous n'en percevons le sens immédiatement.

La foi est donc ce qui est le plus nécessaire aux apôtres. Ils ne sont pas des serviteurs quelconques, ni des serviteurs inutiles. Le terme grec est précis. Ils sont utiles, mais non indispensables.

Dieu pourrait agir autrement et avec d’autres. Mais puisqu’il nous est demandé d’agir, nous avons à répondre à ce qui nous est demandé, pleinement conscients de notre devoir et de nos limites. Nous vivons dans la foi à accomplir.

Autant Jésus s’extasie souvent sur la foi qu’il découvre chez les malades et même chez les pécheurs, y compris hors d’Israël comme ce fut le cas pour le centurion, autant il est sévère pour le peu de foi des disciples. Eux pourtant l’ont suivi. Mais quand la barque est agitée, leur foi semble avoir disparue. (Luc 8)

La foi n’est pas dans l’élan enthousiaste et passager. Du moins n’est-elle pas seulement dans l’élan du départ. Elle est dans le combat quotidien, et sans cesse recommencé, contre les puissances de mort, mené avec la force même du Ressuscité.

“La victoire qui a vaincu le monde, c’est notre foi.”

C’est à nouveau saint Jean qui trouve les mots les plus denses, à condition de se rappeler que, dans son vocabulaire, le “monde” ne représente pas la création telle qu’elle sort, toute belle, des mains de Dieu qui la remet à l’homme, mais ce que concrètement l’homme pécheur a fait de cette création.

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“Sûrs de ton amour et forts de notre foi, Seigneur, nous Te prions” . En chaque Eucharistie, nous trouvons, par cette présence réelle et agissante du Seigneur, la force de l’Esprit du Ressuscité. “Accorde-nous, Seigneur, de trouver dans cette communion, notre force et notre joie afin que nous puissions devenir ce que nous avons reçu : le Corps du Christ.” (Oraison de Communion)


DIMANCHE 9 OCTOBRE 2016
VINGT-HUITIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture du second livre des Rois : 5. 14 à 17 : “Il n’y a pas d’autre Dieu sur toute la terre, que celui d’Israël.”
Psaume 97 : “Acclamez le Seigneur, Terre entière !"
Lecture de la seconde lettre à Timothée : 2. 8 à 13 :”Afin qu’ils obtiennent eux aussi le salut par Jésus-Christ, avec la gloire éternelle."
Evangile selon saint Luc : 17. 11 à 19 : “Pour revenir rendre gloire à Dieu, il n’y a que cet étranger."

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Les lectures de ce jour conviennent tout particulièrement à la semaine missionnaire mondiale qui s’ouvre aujourd’hui pour durer jusqu’au dimanche 16 octobre. Celle-ci pourrait-elle avoir de plus beau titre que le mot de saint Paul dans la 2ème lecture :”On n’enchaîne pas la Parole de Dieu” ?

Ancien Testament et Evangile nous montrent un Samaritain d’une part et un Syrien de l’autre, atteints par le salut qui vient d’Israël. C’était le programme missionnaire que Jésus avait donné à ses apôtres : Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux confins de la terre.” L'

Au travers de ces différents témoins, nous voyons que est le cheminement de la Parole de Dieu au travers des événements qui sont les leurs.

PREMIERE LECTURE

Le prophète Elisée nous est peu familier. Pourtant de nombreuses pages de l’Ancien Testament lui sont consacrées.

Il apparaît au premier Livre des Rois (chapitre 19) et meurt au deuxième Livre des Rois (chapitre 13). De plus, en dehors de l’épisode rapporté aujourd’hui, certains miracles d’Elisée préparent ceux de Jésus : - 2 Rois 4. 8 : La résurrection du fils de la Sunamite. La localité de Sunam n’était pas très éloignée de Naïm où Jésus rendra aussi à une veuve son fils ressuscité. - 2 Rois 4. 42 : Elisée fait distribuer, à une petite foule, du pain qui se multiplie au point qu’il en reste. Dans ces deux cas, il est d’ailleurs intéressant de noter les différences autant que les ressemblances entre Elisée et Jésus.

LE GENERAL NAAMAN

La guérison du général syrien Naaman suit immédiatement la scène des pains qui se multiplient. Le récit commence bien avant le passage entendu dans la liturgie. Nous y apprenons que l’invitation à venir, en Israël, pour trouver le prophète Elisée a été transmise à Naaman par une petite servante israélite qui avait été razziée par les Syriens.

Le général lépreux est envoyé par son souverain au roi d’Israël. Celui-ci prend la demande de guérison comme une provocation. Elisée relève le défi et reçoit Naaman. Il veut l’envoyer au Jourdain. Naaman proteste car - le prophète n’a pas accompli de rites. Donc ce n’est pas un homme religieux. - Le Jourdain comparé aux fleuves de Damas n’est qu’un ruisseau.

Il faut l’insistance des serviteurs de Naaman pour que ce dernier exécute l’ordre du prophète. Alors commence le récit de ce dimanche. La notation sur Israël est forte. La servante est israélite. Le prophète est israélite. Le fleuve est celui qu’Israël a traversé pour entrer en Terre Promise.

Naaman, après sa guérison, en sera si fortement marqué qu’il veut en emporter un peu de terre. Il est persuadé que ce peuple et ce pays sont une particularité. Dieu a donné un pays à son peuple pour y vivre sa loi et célébrer son culte.

Naaman se constituera au moins un petit sanctuaire fait de cette “terre sainte.” La relecture chrétienne de cette page n’est pas immédiate, car, dans le Nouveau Testament, il n’y a pas d’autre nom donné aux hommes pour être sauvés que celui de Jésus de Nazareth. (Actes 4. 12).

L’évangile de ce jour en est la confirmation. La terre de la promesse, « la Terre Sainte » sur laquelle le culte peut et doit être célébré en Esprit et en Vérité, n’est désormais autre que le Ressuscité.

C’est ainsi que nous pouvons lire aussi la lettre à Timothée. « Le salut est dans le Christ avec la gloire éternelle. » (2 Tim. 2.10)

LES LÉPREUX DE L 'EVANGILE

La façon dont s’effectue le miracle des lépreux peut nous surprendre. Ordinairement, Jésus se contente de commander directement au malade, au pécheur ou au mort et celui-ci est guéri, pardonné ou ressuscité.

Or ici, contrairement à son habitude, Jésus renvoie à l’autorité religieuse traditionnelle. La lèpre, cette maladie qui détruit l’être même, apparaît comme le symbole par excellence du péché.

Ainsi en avait-il été pour Myryam dans le livre des Nombres 12. 10. La guérison est entourée de tout un rituel de réintroduction dans le peuple saint, réintroduction confiée aux prêtres (Lévitique 13. 14). Mais, dans le même temps, il souligne que tout ce rituel est inutile et dépassé : Jésus agit par son propre pouvoir.

C’est “en cours de route” que les dix sont guéris et non par la rencontre des prêtres de l’Ancienne Alliance.

LE SAMARITAIN

Le Samaritain, seul, revient à Jésus. Qu’a-t-il à faire à Jérusalem d’ailleurs ? Ce n'est pas sa Cité. C’est dans le retournement que consiste la conversion. Retournement et retour du prodigue, retournement et retour du Samaritain, retournement et retour des disciples d’Emmaüs.

Jésus connaît le fossé profond qui sépare Juifs et Samaritains. Ce fossé date de la chute de Samarie, de la colonisation païenne et du retour d’exil. Toutes circonstances propres à jeter le doute sur la fidélité des Samaritains, à l’égard de la pureté ethnique et religieuse comparée à celle que les Juifs fidèles ont conservée ou pensent avoir conservée. Le Samaritain est un “étranger”.

Jésus le sait bien, lui qui avait été repoussé lors de ses montées précédentes vers Jérusalem (Luc 9) Un Samaritain, en un sens, est pire qu’un « païen » : c’est un hérétique, un déviant. Il ne risque pas de croire que c’est l’institution sacerdotale d’Israël qui lui a procuré le salut puisque c’est justement le sacerdoce de Jérusalem qui a suspecté et tenu en lisière ses ancêtres.

Par le Christ et dans le Christ, le samaritain reconnaît la vraie source du salut.


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L’Evangile, aujourd’hui parfois, n’est-il pas perçu dans la netteté de son contour sur les terres où il n’avait pas pénétré antérieurement, plus que dans nos pays de vieille chrétienté qui, à force de l’avoir assimilé, l’ont dilué et peut-être ainsi éliminé.

A nous de renouveler, en nous, la richesse que cet Evangile nous apporte toujours nouvelle :”Chantez au Seigneur un chant nouveau”, nous fait acclamer le psaume de ce dimanche.

9-10



DIMANCHE 16 OCTOBRE 2016
VINGT-NEUVIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Journée de la Mission universelle de l’Eglise

Références bibliques :

Lecture du Livre de l’Exode : 17. 8 à 13 :”Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort.”
Psaume 120 : “Le Seigneur ton gardien, ton ombrage, se tient près de toi.”"
Lecture de la seconde lettre à Timothée : 3. 14 à 4. 2 : “Les textes sacrés ont le pouvoir de te communiquer la sagesse."
Evangile selon saint Luc : 18. 1 à 8 :”Ceux qui crient vers lui jour et nuit, est-ce qu’il les fait attendre ?”

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Rappelons-nous tout d’abord que ce dimanche est celui des Missions, « afin que de tous les peuples de la terre naisse et grandisse un peuple nouveau que ta Parole assemble et que tes sacrements soutiennent. » (oraison de la messe des missions).

Deux thèmes sont à suivre dans les textes de ce dimanche : la prière et l’Ecriture. Celle-ci nous conduit au Christ, Parole vivante. A chacun de nous de choisir celui qui correspond le mieux à sa situation spirituelle.

Quant à nous, nous insisterons davantage sur ce deuxième thème.

LA PRIERE

Les bras de Moïse, sans cesse levés grâce à Aaron et Hour, marquent la volonté de permanence de cette prière qui soutient Josué, car, selon que le chante le psaume 120 :"Il ne dort pas, ne sommeille pas, le gardien d’Israël.

Ce que Jésus confirme après la parabole de cette femme insistante et persévérante. Il faut prier sans cesse et sans se décourager.

Les silences de Dieu ne peuvent être interpréter comme la non-existence de son attention et de son amour à notre égard. En cela, il nous faut reprendre le texte grec, une fois de plus. Jésus dit que Dieu patiente avec eux et non pas "attend".

Il prend son temps. Au moment où il prévoit et annonce le reniement de Pierre, Jésus dit :"Simon, j’ai prié pour toi afin que ta foi ne sombre pas." Cela ne l’a pas préservé du triple reniement, mais sa foi réelle et profonde n’a pas défailli, comme le prouve, quelques jours, plus tard le triple aveu d’amour au bord du lac (Jean 21. 15).

Sur la croix, "Jésus a prié et supplié Celui qui pouvait le sauver de la mort" (Hébreux 5.7) lorsqu’il a crié "Pourquoi m’as-tu abandonné ?" (Matthieu 27. 46) Il a prié tout le psaume 21 dont nous entendons les premiers versets, et il nous dit alors aussi le salut de la Résurrection. "Mon âme vivra pour lui ! "

PERSEVERANCE ET CERTITUDE

Les prêtres, les religieux, les religieuses et de nombreux laïcs méditeront ce mystère du sens de la prière au travers des textes de saint Augustin que citent leur bréviaire ou «la prière du temps présent», en particulier le lundi et le mardi de cette 29ème semaine. La prière n’est pas un simple bavardage :"Il veut que notre désir s’excite par la prière."

Elle devient alors une préparation à l’accueil :"Nous serons d’autant plus capables de le recevoir que nous le désirons avec plus d’ardeur." Cette prière insistante exprime notre foi, ranime notre espérance, vivifie notre charité. Elle doit être "l’activité insistante et religieuse du coeur" (Saint Augustin-lundi).

"Que le coeur de l’homme de l’homme en prière les forme (les prières) pour voir clair en lui." (Saint Augustin-mardi)

FIDELE A LA PAROLE DE DIEU

Parmi toutes les recommandations adressées par saint Paul à Timothée, nous avons déjà découvert les dimanches précédents des phrases qui doivent être conservées dans notre mémoire et notre coeur en lisant le texte d’aujourd’hui.
- "Réveille en toi le don de Dieu que tu as reçu quand je t’ai imposé les mains" – « Tu es le dépositaire de l’Evangile. Garde-le dans toute sa pureté grâce à l’Esprit-Saint qui habite en nous." « On n’enchaîne pas la Parole de Dieu."

Comment rester fidèle à l’enseignement de la foi ? Comment conserver le dépôt ? Comment ne pas substituer notre sagesse humaine à la révélation divine ?

Paul répond qu’il est indispensable de se référer sans cesse à l’Ecriture et de la proclamer, même si cela ne semble pas le moment favorable, en grec "eukairos (opportun, favorable)" et "akairos (même si ce n’est pas le moment favorable).

La traduction française "à contre-temps" est trop brutale, d’autant que ces reproches, selon le conseil de saint Paul, doivent s’accompagner d’encouragements, avec une grande patience et avec le souci d’instruire et non pas de détruire l’interlocuteur. (2 Timothée 4. 1 et 2)

AU SEUIL DU SECOND TESTAMENT

Lorsque saint Paul parle de l’Ecriture (2 Tim. 3. 16), il ne faut oublier également que nous sommes au tout début de l’Eglise. Il parle donc de l’Ancien Testament même si les premiers éléments du Nouveau Testament sont en train de se former.

Dans sa première lettre à Timothée, 5. 18, saint Paul cite comme parole d’Ecriture une phrase du Christ :" L’ouvrier mérite son salaire." et plus tard saint Pierre comparera les lettres de saint Paul aux "autres Ecritures." (2 Pierre 3. 16)

L’Ecriture est aussi ancienne que le Peuple de Dieu lui-même. L’écriture alphabétique, antérieure au temps de Moïse, fut une des conditions providentielles de la Révélation. Au Sinaï, Dieu donne la Loi et, de son propre doigt, écrit le Décalogue sur les tablettes de pierre qu’il remet à Moïse (Exode 31. 18).

Car les Ecritures ne sont pas seulement oeuvres humaines, elles sont inspirées par Dieu (2 Tim. 3. 16). Ce qui n’empêche pas les auteurs humains tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, de se présenter eux-mêmes dans leur tâche d’écrivains, qu’il s’agisse de Baruch, secrétaire de Jérémie (Jérémie 36. 4) ou de saint Luc élaborant son Evangile à partir des témoins oculaires (Luc 1. 2).

LE RAPPORT AU CHRIST

Marquée par l’Esprit de Dieu, il est normal que l’Ecriture puisse donner la sagesse. Esprit et Sagesse ont partie liée dès le premier Testament avant de se révéler, dans le Nouveau Testament, comme personnes dans l’Unité Divine.

Paul ne fait pas de tri à l’intérieur de l’Ecriture. Il n’y a pas, d’un côté, les quelques pages de l’Ancien Testament qui concerneraient explicitement le Christ et, de l’autre, le reste qui serait à rejeter ou, du moins, à reléguer dans une zone de deuxième choix. C’est le tout qui vient de Dieu et qui conduit au salut "par la foi que nous avons en Jésus-Christ" (2 Tim. 3. 15.

C’est donc à la lumière et au crible de la pensée du Christ qu’il nous faut lire et relire l’Ecriture dans son ensemble.

La recommandation de saint Paul n’aboutit pas à un "tout-scripturaire" pour s’y enfermer dans une lecture et une interprétation fondamentalistes.

La Parole, parce qu’elle est le Verbe de Dieu, est avant le Livre (Jean 1.1) . C’est elle qui s’est manifestée. Elle est quelqu’un dont il n’est pas nécessaire, pour le chrétien de préciser davantage le nom. « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » (Jean 1. 14) C’est Lui qui donne le sens de tout le premier Testament (Mat. 5. 17) dans son accompissement.

AVANT LE LIVRE ET L'ÉCRITURE,
LA PAROLE DIVINE D'UNE PERSONNE


Avec solennité, saint Paul fait intervenir le Jugement et le Royaume quand il demande à Timothée de proclamer cette Parole. Parole créatrice, Parole prophétique, Parole personnelle et incarnée : Jésus, Verbe fait chair.

La proclamation est un acte très précis dans le Nouveau Testament. C’est une première annonce de l’Evangile comme événement du salut. La proclamation doit provoquer la rencontre entre l’auditeur et le message. "Le Royaume de Dieu s’est approché", vous pouvez y entrer moyennant la conversion.

Pour cette proclamation, les apôtres et Timothée lui-même ont reçu l’Esprit-Saint par l’imposition des mains. L’Ecriture apparaît plutôt dans un deuxième temps : elle donne ce qui est nécessaire pour grandir dans la foi ecclésiale (2 Tim. 3. 17).

L’Ecriture n’est pas un savoir dont, une fois pour toute, il serait possible de s’emparer. Elle est la référence constanteà cette personne divine pour des réponses qui sont sans cesse nouvelles, et renouvelées, « en temps opportun comme en d’autres moments », car la vie est sans cesse déroutante et provocante.

Si l’Ecriture doit ainsi être notre pain quotidien, ce n’est pas la multiplication des exemplaires de l’Ecriture qui évangélisera le monde. C’est la Parole vivante, Jésus-Christ, qui est le don de Dieu : "Nous avons tous reçu de sa plénitude. Si la Loi nous fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité nous sont venues par Jésus-Christ." (Jean 1. 16 et 17)

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« Regarde, Seigneur, le visage de ton Christ, et souviens-toi qu’il s’est livré pour le salut de tous. En lui qui t’a glorifié jusqu'à ‘offrir sa vie, fais-toi reconnaître comme le Dieu d’amour, d’une extrémité du monde à l’autre. Que tous les peuples de la terre fassent monter vers Toi l’action de grâce de Jésus, ton Fils, notre Sauveur. » (Prière des offrandes)

16-10


DIMANCHE 23 OCTOBRE 2016
TRENTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Livre de Ben Sirac le Sage. 35. 12 à 18 : Le Seigneur est un juge qui ne fait pas de différence entre les hommes.”
Psaume 33 : “Le Seigneur entend ceux qui l’appellent."
De la seconde lettre à Timothée : 4. 6 à 18 : “Il m’a rempli de force pour que je puisse jusqu’au bout annoncer l’Evangile."
Evangile selon saint Luc : 18. 9 à 14 : Mon Dieu, prend pitié du pécheur que je suis.”

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DEUX ATTITUDES

Deux attitudes nous sont possibles en parcourant les textes de ce dimanche.

- Nous préoccuper de nous-mêmes, avec humilité, en observant ce que nous sommes et ce que nous faisons, et en rendant grâce à Dieu non de nos réalisations, mais de son attention à notre égard. En étant attentif au risque de ne plus contempler le Christ en plénitude, mais nous -mêmes.
- Ou bien tourner nos regards vers le Christ, ce qui est plus encourageant que de se contempler avec notre péché d’une manière moralisante.

La réponse se trouve dans les lectures de ce jour :
- Ben Sirac : « Il écoute la prière de l’opprimé. »
- Le psaume 33 : “Le pauvre a crié, Dieu l’écoute et le sauve.”
- Saint Paul qui a une confiance totale en la justice de Celui qu’il a servi et dont il a témoigné devant le tribunal de Rome.
-La parabole du publicain qui, saisi par la sainteté de Dieu, en appelle à sa miséricorde et au salut.

SANS SE DECOURAGER

Ces quatre personnes, en qui nous pouvons nous identifier, sont mis devant nos yeux :
- Avec Ben Sirac, qui ne se sent écouté par personne.
- Le psalmiste qui a le cœur brisé et l’esprit abattu.
- Saint Paul, abandonné même par les siens,
- Le publicain, indigne de regarder vers le ciel.

Mais tous les quatre prient sans se décourager.
- Le pauvre inconsolable persévère dans sa supplication.
- Saint Paul garde une confiance sereine et paisible.
- Le publicain implore pitié.

Et tous quatre sont entendus de Dieu qui trouve chacun disposé “à le servir de tout son coeur” (Ben Sirac), « à le bénir » (psaume) “désirant avec amour la manifestation de sa gloire”. (Saint Paul) Car selon la parole de l’Ecriture que chante l’Alleluia :”L’homme regarde à l’apparence, mais Dieu regarde au coeur.” (1 Samuel 16. 7)

Nous sommes souvent déconcertés par le temps qui reste sans réponse en apparence. Nos frères aussi s’impatientent qui s’attendent à une prière exaucée sans délai. Il est alors difficile de leur en parler avec des mots humains comme il est tout autant difficile, pour nous, de nous laisser conduire par le Christ jusqu’à ce détachement que représente l’abandon total à la bonté de Dieu.
 
Non pas seulement l’abandon à sa volonté, mais l’abandon à son amour..

L’ESSENTIEL ET LA JUSTICE

Maintenant, si nous relisons et méditons la parabole du pharisien et du publicain à la lumière de Ben Sirac, nous percevrons quelle doit être la réalité de notre conversion. Ses exigences ne peuvent s’estimer quantitativement au terme d’une addition.

La justice, au sens biblique du terme, signifie en effet l’ajustement de nous-mêmes, de notre volonté et de notre comportement, à Dieu lui-même. Et cela ne peut se réaliser que dans le Christ-Jésus, qui unit notre humanité à sa divinité. C’est en cela qu’il pleinement le Juste.
 
Etre juste ne provient pas seulement du fait que soyons attentifs et « intègres » sur tous les commandements de Dieu, ni même du fait d’accumuler des pratiques morales et charitables.

Le pharisien s’en prévalait. Il croyait prier. En fait il ne célébrait que lui-même. Il ne célébrait pas les dons de Dieu. Trop satisfait de ses propres réussites. Ce subtil orgueil détruisait en lui toute justice alors qu’il s’estimait en relation avec la volonté de Dieu. Mais était-il vrament en relation avec la bonté, avec l’amour de Dieu à son égard et à l’égard de ses frères ?

Le publicain, saisi par la sainteté de Dieu, aurait voulu disparaître comme saint Pierre après la pêche miraculeuse : « Eloigne-toi de moi, Seigneur, je ne suis qu’un pécheur. » (Luc. 5. 8) Il mesurait la distance entre lui et le Seigneur Trois-Fois-Saint. Il se croyait très éloigné de la justice de Dieu, et en restait à distance.

En fait, c’est lui qui était le plus proche, car il implorait l’essentiel de Dieu, c’est-à-dire sa miséricorde et son amour infini.

”Le Seigneur me remettra sa récompense, disait saint Paul, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire.” Le pharisien ne manifestait que sa gloriole personnelle, bien fragile et bien minime en regard de l’immensité de l’amour de Dieu..

DANS LES TEXTES DE CE JOUR

Nous pouvons reprendre alors, dans notre méditation, quelques textes de ce jour :

“Toi qui es vraiment saint, Toi qui es la source de toute sainteté”, disons-nous dans la prière eucharistique 2.

“Augmente en nous la foi, l’espérance et la charité. Et pour que nous puissions obtenir ce que tu promets, fais-nous aimer ce que tu commandes.” nous fait dire la prière d’ouverture de cette messe d’aujourd’hui. Elle est pleine de signification pour chacun de nous, car elle ne dit pas :”Fais nous obéir à ce que tu commandes”, mais “fais-nous aimer !”

La prière sur les offrandes va dans le même sens. “Permets que notre célébration contribue d’abord à ta gloire.” Alors que nous avons souvent tendance à nous demander à quoi nous sert d’aller à la messe ....
 
La liturgie nous demande une véritable conversion, si nous voulons que ces sacrements “produisent en nous ce qu’ils signifient, afin que nous entrions un jour en pleine possession du mystère que nous célébrons dans ces rites.” (Prière après la communion)

Le pharisien ne pouvait entrer en possession du mystère puisqu’il se mettait au centre de sa prière. Le publicain s’est élevé jusqu’au mystère du salut parce qu’il ne pensait d’abord qu’à la gloire de Dieu.



DIMANCHE 30 OCTOBRE 2016
TRENTE-ET-UNIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


 

Références bibliques :
Lecture du livre de la Sagesse : 11.23 à 12.2 : « Ils sont à toi, Maître qui aimes la vie. »
Psaume 144 : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. »
Lecture de la lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1.11 à 2.2 : « Qu’il rende active votre foi, ainsi le Seigneur aura sa gloire en vous. »
Evangile selon saint Luc : 19. 1 à 10 : « Aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi. »

***

TU AIMES LA VIE

A première vue, pour beaucoup de nos contemporains, vivre en Jésus-Christ, c’est vivre dans un univers de restrictions, de limites imposées à notre humanité. Les commandements sont à leurs yeux, des défenses, des interdits : »Tu ne feras pas…. » au point qu’ils en oublient les premières paroles : « Tu aimeras, le Seigneur ton Dieu, tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Bien des chrétiens ne sont pas loin de le penser, s’ils n’en restent à ne considérer que les fautes possibles, les péchés qu’entraînent nos faiblesses. Or vivre dans le Christ n’est aucunement une rupture de toute vie.

Si la croix est une réalité que tous nous vivons, d’une manière ou d’une autre, au travers des événements quotidiens, il nous faut porter notre regard plus loin. Dieu est le vivant et ne pouvait laisser son Fils mort, même si c’était pour notre salut. Notre salut est en la totalité du mystère rédempteur qui est celui de la mort et de la résurrection du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

Dans la joie et la souffrance, dans la séparation et la mort, s’ouvre la Vie dans sa plénitude. L’avenir des vivants que nous sommes ne réside pas en notre mort.

« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique. Tout homme qui croit en lui possède la vie éternelle ». L’alleluià nous fait chanter aujourd’hui cette parole de l’évangile selon saint Jean. (Jean 3. 16)

LA GLOIRE DE DIEU, C’EST L’HOMME VIVANT

Cet avenir se joue dès maintenant et tout autant dans le présent de notre existence. Sa fragilité crie que la réalité n’est pas close un jour où l’autre et que le vouloir divin nous conduit jusque dans l’éternité, dans l’immédiat de cette fragilité.

Lorsque que la femme désespérée de ses inconduites s’adresse au Christ, il ne la condamne pas, il lui ouvre un autre horizon : « Va et ne pèches plus ! » Il est d’ailleurs significatif que parmi celles qui le suivaient et s’étaient mises au service du petit groupe des apôtres, il y avait non seulement Marie de Magdala, mais aussi l’une d’entre elles dont il avait chassé le « démon », le mal. Il les entraîne à partager sa vie sur les chemins de Palestine.

Cette ouverture divine qui redonne sens et vie à notre désir, à notre attente, ne peut se lire que dans la foi. Il est le Dieu de la nouvelle naissance, jusqu’à soixante-dix fois sept fois, par delà toute rupture. Dieu ne se lasse jamais de nous parce qu’il est la vie en plénitude. Il est Père et Fils et Esprit, Amour et Sagesse éternelle, Trinité inséparable de l’Unité qu’il nous a révélée en Jésus-Christ.

LA GRACE DE NOTRE DIEU

La venue de Jésus dans la maison de Zachée peut être commentée selon divers points de vue :

- le curieux qui veut savoir qui est celui qui attire les foules et qui est lui aussi attiré par cet appel direct de Jésus, un appel différent de celui qu’ont entendu les apôtres : « Venez et voyez… » A l’inverse : « Il faut que j’aille demeurer chez toi. »

- le publicain qui aime l’argent au point que, comme la plupart d’entre eux, il s’est enrichi sans doute en faisant le tort aux administrés qui devaient payer l’impôt par son intermédiaire. Et ce publicain se sent réintroduit dans un autre monde. Il est respecté, aimé par celui qui l’appelle, alors que tous le juge comme un pécheur. L’évangéliste souligne en effet que ce n’étaient pas seulement les pharisiens qui méprisaient Zachée, il insiste au verset 7 sur « tous récriminaient. »

Jésus réactive sa joie de vivre en lui proposant simplement de l’accueillir et Zachée n’est pas dupe. Il a peut-être entendu que le Christ avait appelé « bienheureux », les pauvres de cœur. C’est désormais aux pauvres qu’il consacrera sa fortune.

Mais il y a aussi, dans le texte de saint Luc, comme une atmosphère de joie amicale : « Descends vite … il reçut Jésus avec joie. » Et cette joie détermine une grande générosité de la part de celui qui amassait se fortune. Bien sûr, il veut réparer les torts. En plus il donnera aux pauvres la moitié de ses biens. « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir », a dit le Christ.

IL RELEVE CEUX QUI TOMBENT

« Le Seigneur soutient ceux qui tombent, il redresse tous les accablés. » Le Christ au moment d’entrer dans la maison du publicain, ne lui demande pas de changer de situation. Il ne lui demande pas de quitter la charge qui est la sienne. Il réintègre Zachée dans sa dignité de fils d’Abraham, de membre du Peuple de Dieu. Il ne modifie pas la personne, il redresse son comportement.

Dans le même temps, il précise la portée personnelle de cette réintégration Il n’appuie pas cette démarche sur le fait qu’il est venu sauver tous les hommes. Il dit clairement qu’il est « venu sauver ce qui était perdu. » (Luc 19. 10)

Et saint Paul connaissant la faiblesse et les égarements des Thessaloniciens entend les soutenir par sa prière continuelle : « Nous prions continuellement pour vous afin que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé. » (2 Thess.1. 11)

***

La prière du début de l’Eucharistie de ce dimanche résume tout cela dans la riche brièveté d’une oraison romaine. Nous avons besoin de la grâce puissante du Seigneur, nous avons tout autant besoin de sa miséricorde, car nous risquons bien souvent d’être arrêtés sur le chemin qui nous conduit à la Vérité et à la Vie qui sont le Christ lui-même.

« Dieu de puissance et de miséricorde, c’est ta grâce qui donne à tes fidèles de pouvoir dignement te servir. Accorde-nous de progresser, sans que rien ne nous arrête… »



MARDI 1 NOVEMBRE 2016
FÊTE DE TOUS LES SAINTS



" Toi seul es saint " !


car c'est en Lui que se trouve réalisée la plénitude de la sanctification de l'homme par Lui, avec Lui et en Lui, toute Gloire de Dieu.

"Toi qui es la source de toute sainteté" disons-nous en la prière eucharistique 2.

La multitude des baptisés de toutes races, de toutes langues, de toutes nations, qui sont fils adoptifs par la grâce divine et participant de la vie trinitaire, cette multitude est anonyme aux yeux des hommes ; Dieu seul la connaît lui qui les a appelés.

Elle déborde les calendriers de toutes Eglises.

Dès le 4ème siècle. l'Eglise syrienne consacrait un jour à fêter tous les martyrs dont le nombre était devenu si grand qu'il rendait impossible toute commémoration individuelle.

Trois siècles plus tard, dans son effort pour christianiser les traditions païennes, le pape Boniface IV transformait un temple romain dédié à tous les dieux, le Panthéon, en une église consacrée à tous les saints.

Cette coutume se répandit en Occident, mais chaque Eglise locale les fêtait à des dates différentes, jusqu'en 835, où elle fut fixée au 1er novembre.

Dans l'Eglise byzantine, c'est le dimanche après la Pentecôte qui est consacré à la fête de tous les saints.

« Toi seul es saint » car c’est en Lui que se trouve réalisée la plénitude de la sanctification de l’homme par Lui, avec Lui et en Lui, toute Gloire de Dieu. “Toi qui es la source de toute sainteté”.

« Il est de notre intérêt, non de l’intérêt des saints, que nous honorions leur mémoire. Penser à eux, c’est en quelque sorte les voir. De la sorte, nous sommes transportés par notre fine pointe spirituelle vers la Terre des Vivants. » (Saint Bernard – Sermons)

Leur humanité partageait la nôtre. Et chacun a partagé en son humanité la sainteté, la divinité du Seigneur. Puissions-nous à notre tour, être unis à sa divinité, comme nous le répétons en l'offertoire du sacrement de l'alliance qui est vécu en chaque Eucharistie."



DIMANCHE 6 NOVEMBRE 2016
TRENTE-DEUXIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture du second livre des Martyrs d’Israël : 7. 1 à 14 : "... quand on attend la résurrection promise par Dieu."
Psaume 16 : "Par ta justice, je verrai ta face. Au réveil, je me rassasierai de ton visage."
Lecture de la seconde lettre de saint Paul aux Thessaloniciens: 2. 16 à 3. 5 : "Que le Seigneur vous conduise à l’amour de Dieu et à la persévérance pour attendre le Christ."
Evangile selon saint Luc : 20. 27 à 38 : Ils sont fils de Dieu en étant héritiers de la résurrection."

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Malgré la persécution religieuse qui s’abat sur le peuple juif, et dont parle le livre des « martyrs d’Israël », nous voyons une espérance autre que celle qui, depuis des siècles, était celle de tout fidèle attentif à suivre et à vivre la Loi de Dieu, transmise par Moïse. La récompense était alors une famille nombreuse, heureuse et saine en même temps qu’une prospérité matérielle abondante.

Dans les premier temps d’Israël, la "survie" était bien souvent entrevue comme une existence terne, pâle reflet de la vie terrestre. Le shéol ressemblait à la conception du séjour des morts païens. Mais l’affinement de la foi et de la réflexion théologique, si l’on peut parler ainsi, vont conduire le Peuple de Dieu à une toute autre espérance.
Celle de la résurrection pour le vie éternelle.

Désormais elle sera celle d’une « survie » personnelle avec Dieu, « au sein de Dieu ».

"AU REVEIL, JE ME RASSASIERAI DE TA FACE

." Le psaume est plus ancien que le texte du livre des martyrs d’Israël sur lequel nous allons revenir. Il se termine par une phrase que nous pouvons entendre pleinement dans le sens de la résurrection :"Au réveil, je me rassasierai de ton visage."

Sans qu’elle ait vu vraisemblablement la portée que nous lui donnons aujourd’hui, à la suite de déploiement de la Révélation au travers des siècles, cette parole du psalmiste contient toute la réalité que le Christ révélera clairement dans l’évangile de ce jour et que saint Paul exprime tout au cours de ses lettres aux premières communautés chrétiennes.

Dieu est un être personnel, un être vivant proche de la vie de l’homme :"Il écoute, il entend, il accueille, il répond." Il est attentif à la prière de chacun.

Il n’est pas seulement le Dieu de son Peuple, il est le Dieu de toute personne, et personnellement son Dieu. Comme dans tous les psaumes, il y a ce jeu du dialogue qui interfère le "Je" avec le "Tu". "Je t’appelle, toi, le Dieu qui répond." A partir delà, cette fin de l’existence terrestre qu’est la mort, n’est pas l’entrée dans un lieu de repos. Elle devient une rencontre personnelle, mystérieuse :"Par ta justice, je verrai ta face."

Il faudra du temps pour que la découverte ce mystère du sens de la vie devienne aussi celle du mystère de l’ultime et éternelle rencontre avec Dieu. Nous le voyons dans l’Evangile avec les Sadducéens, qui sont encore en recherche.

QUAND ON ATTEND LA RESURRECTION PROMISE PAR DIEU.

La vie humaine n’a de sens et ne peut avoir de sens que si on l’envisage à travers quelque chose qui a plus de valeur qu’elle.

C’est une des questions qui nous inquiète lorsqu’elle ne trouve pas de réponse, ou du moins une réponse négative, relative et sans valeur. L’athée peut être un grand humaniste ; son humanisme n’aboutit qu’à une impasse où la mort le dépersonnalise, même s’il argue que la continuité au travers d’autres êtres, est déjà une valeur essentielle.

La foi et la charité constituent une autre certitude, sereine, parfois difficile à réaliser dans nos lacunes et les aléas de la souffrance, mais une certitude qui surélève la vie. Car la vie immédiate transcende l’immédiat de ce qui est vécu, parce qu’il est vécu pour une continuité.

"C’est du ciel que je tiens ces membres. A cause de sa Loi, je les méprise. C’est (aussi) par lui que j’espère les retrouver." affirme le jeune frère Maccabée. La mort n’est pas comptée pour rien quand elle dans la perspective de cette résurrection.

IL EST LE DIEU DES VIVANTS.

En entendant les paroles de Jésus que saint Luc nous transmet, et que nous avons méditées dimanche dernier (« La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant »-Psaume 144), nous entendons les nombreux passages où saint Paul affirme que nous sommes les héritiers et les cohéritiers du Christ. "Ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection." (Luc 20. 36)

Les sadducéens ne croyaient pas à la résurrection, parce qu’ils constituaient un milieu très conservateur et très traditionaliste en matière religieuse (et sociale d’ailleurs). La résurrection avait émergé trop récemment dans la foi juive pour qu’ils puissent l’admettre.

Ce n’était pas clairement dit dans les Livres de la Loi, les cinq premiers livres de l’Ecriture, sur lesquels ils fondent toute leur conviction. Jésus va répondre à leur objection de deux manières :

1 - en montrant que le monde de la résurrection n’est pas purement et simplement, le prolongement du nôtre. Il est autre tout en le prolongeant.

Saint Paul dira "Semé corps animal, il ressuscite corps spirituel (1 Corinthiens 15. 44) Les impossibilités et les limites de notre monde, marqué par le temps, ne valent plus dans le monde transfiguré de l’éternité. Les arguties des sept mariages n’y valent rien.

2 - en se référant à Moïse, le personnage central de la Loi sur lequel ils s’appuient. Lors de la révélation au buisson ardent dans le désert, au moment même où il révèle sa pérennité ("Je suis"), Dieu s’était présenté comme étant dans l’aujourd’hui (« Je suis ») de cette révélation, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

Dans le processus de la Révélation, les patriarches ne sont donc pas seulement des jalons du passé. Ils sont dans l’aujourd’hui de Dieu, par Dieu et pour Dieu. Ils sont des vivants qui ressusciteront au Dernier Jour. "Tous vivent en effet pour lui" (Luc 20. 38) Et ce "pour" n’est à prendre dans le sens de "à son profit, à son service", mais "à ses yeux, dans sa pensée".

***

C’est dans ce sens, également, qu’il nous faut lire la lettre de saint Paul aux Thessaloniciens. Ils étaient anxieux d’un retour rapide d’un Christ glorieux. Saint Paul leur donne tout un programme de vie, qui doit être aussi le nôtre. "Laissez-vous réconforter." ..."Il nous a aimés et nous a donné toujours réconfort et joyeuse espérance."

... "Il est fidèle." ... "Que le Seigneur vous conduise à l’amour de Dieu et à la persévérance pour attendre le Christ." "J’ai tenu mes pas sur tes traces...au réveil, je me rassasierai de ton visage" (Psaume 16)

"Que l’Esprit-Saint fasse persévérer dans la droiture ceux qui ont reçu la force d’en-haut." (prière après la communion).




DIMANCHE 13 NOVEMBRE 2016
TRENTE-TROISIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Du livre de Malachie : 3. 19 à 20 : “Le Soleil de Justice se lèvera et apportera la guérison dans son rayonnement."
Psaume 97 : “ Acclamez le Seigneur, car il vient."
Lecture de la seconde lettre de saint Paul aux Thessaloniciens: 3. 7 à 12 : “Qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné."
Evangile selon saint Luc : 21. 5 à 19 : “C’est par votre persévérance que vous êtes maîtres de votre vie."

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A partir de ce dimanche et jusqu’au premier dimanche de l’Avent, les passages de l’Evangile, y compris ceux que nous lisons en semaine d’ailleurs, concernent l’achèvement de l’Histoire. Plus que l’attente du Messie, le véritable commencement de l’Histoire est la venue du Seigneur parmi les hommes, et son achèvement de l’Histoire est le retour du Christ à la "fin des jours".


LE JOUR DU SEIGNEUR

La première lecture de la liturgie de la Parole est tirée du livre de Malachie, qui est le dernier dans le classement habituel de l’Ancien Testament, est très court. Plusieurs passages en ont été repris soit par Jean le Baptiste, soit par le Seigneur Jésus lui-même.

Il fut écrit un peu moins de 500 ans avant Jésus-Christ. Le peuple d’Israël est revenu de son exil à Babylone et le temps a été reconstruit. Ce devrait être la joie. En fait, c’est l’échec. La grande masse du peuple ne s’est pas convertie. Beaucoup de prêtres sont indignes de leur charge. Les fidèles s’interrogent alors et ils sont tentés de dire comme les mécréants :"Inutile de servir Dieu." (Mal. 3. 14)

Dieu répond par son prophète en affirmant qu’il prépare le jour où, enfin, l’on verra clair :"Alors, vous verrez à nouveau la différence entre le juste et le méchant, entre celui qui sert Dieu et celui qui ne le sert pas." (3. 18) La clarté et la chaleur de ce jour seront une fournaise ardente pour les arrogants qui brûleront comme de la paille. (Mal. 3. 19 et Luc 3. 17) Ceux qui respectent Dieu seront, au contraire, guéris par son rayonnement. (Mal 3. 20)

Saint Jean le Baptiste emploie cette image de la paille (Luc 3. 17). Elle se retrouve également chez saint Paul quand le feu du jugement prouvera ce que vaut l’oeuvre de chacun (1 Cor. 3. 13).

L’image que Malachie emploie pour le Jour du Seigneur, "une fournaise". "Ce feu ne laissera ni racine ni branche" a été aussi employée par le Précurseur "Tout arbre qui ne produit pas de bon fruits va être coupé et jeté au feu." (Luc 3. 9)

A l’opposé, ce Jour du Seigneur verra se lever le soleil de justice, sa lumière et sa chaleur bienfaisante sur ceux qui craignent le nom de Dieu, qui l’adorent et le servent. Zacharie, dans son action de grâce, salue la visite "de l’astre levant venu d’en haut" (Luc 1. 78).

Au début de son Evangile, l’apôtre saint Jean parle de cette lumière qui est le Verbe de Dieu. Toutes ces images n’évoquent pas la toute proche fin des temps, sur un ton de catastrophe comme certains le répètent encore de nos jours. C’est le contraire. Les temps messianiques sont commencés et il ne faut pas se tromper d’avenir.

Les chrétiens ne sont pas dans une attente intemporelle comme l'étaient et le sont encore les Juifs. Ils ne sont pas en fuite vers une éternité qui s’annonce dans le malheur. Ils

Nous croyons que l’Eternel est déjà venu dans le temps, depuis que le Verbe de Dieu s’est fait chair (Jean 1. 14) et qu’il reviendra un jour dans la Gloire.

UNE ATTENTE VECUE DANS LE CALME QUOTIDIEN

C’est vrai que certaines lectures et certains chants de l’office des défunts, que nous commémorerons le 2 novembre, paraissent terrifiantes. C’est ainsi que l’on comprendra ce "Dies Irae" si on en reste à la surface humaine des termes employés, alors qu’ils expriment toute la profondeur de la miséricorde divine.


"Acclamez Dieu, car il vient" chante le psaume de ce dimanche. Notre attitude ne doit donc pas être faite de peur, devant l’avenir que Dieu nous ouvre, pas plus qu’elle ne doit rester inactive. Saint Paul rappelle à l’ordre les Thessaloniciens qui étaient des frénétiques du retour du Christ sur terre : la proximité du Royaume de Dieu ne doit pas servir de prétexte à l’oisiveté qui est, selon l’adage populaire" mère de tous les vices.

A ceux qui sont "affairés sans rien faire", il donne cette recommandation :"Qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné." (2 Thes. 3. 12)

En reprenant le même thème, saint Paul ajoutera dans sa lettre aux Ephésiens :"Qu’il prenne plutôt la peine de travailler honnêtement de ses mains, afin d’avoir de quoi partager avec celui qui est dans le besoin." (Eph. 4. 28)

NE VOUS LAISSEZ PAS EGARER.

Saint Luc tient à reprendre les différents plans historiques qu'évoque Jésus: la destruction du temple, dont "il ne restera pas pierre sur pierre"; la venue dernière "qui ne sera pas tout de suite" et, entre les deux, un temps intermédiaire "Il faut que cela arrive d’abord."

La persécution, le témoignage et la présence du Christ y sont intimement liés, comme dans le discours après la Cène (Jean 14 à 17) sont intimement associés la haine du monde et l’envoi du Paraclet", de l’Esprit consolateur et protecteur.

La venue dernière, "la fin du monde", n’est pas présentée comme une fin en soi et un anéantissement, mais comme les déchirements qui sont les douleurs d’un enfantement comme le dit Jésus en saint Matthieu 24. 8. C’est donc à nous de voir clair, de ne pas nous laisser égarer, de rester confiants malgré tout, quelles que soient nos épreuves.

Le Christ le répète à ses disciples :"Prenez garde de ne pas vous laisser égarer... ne vous souciez pas de votre défense ...pas un cheveu de votre tête ne sera perdu." Cette nécessaire persévérance a été soulignée par saint Paul aux Thessaloniciens (1 Thes. 3.5).

Saint Luc, son disciple, rappelle que c’est une parole de Jésus qui la fonde :"C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie."

Le texte grec, qui est celui de saint Luc, est plus fort en ce qu’il exprime.
Cette maîtrise constante, cette fidélité, est l’un des aspects de l’espérance elle-même et non pas une insensibilité aux coups reçus. Dans cet effort de "constance", nous savons que nous ne sommes pas seuls : "je vous inspirerai un langage et une sagesse" . A l’inverse, ce seront nos adversaires qui ne pourront "nous opposer ni résistance, ni contradiction". (Luc 21. 15)

***

"Accorde-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité", nous fait dire l’oraison du début de la liturgie eucharistique, même si nous ne sommes pas dans les situations décrites par l’Evangile.

Prions aussi pour nos frères qui, dans bien d’autres pays, doivent encore témoigner de leur foi et de leur attachement au Christ que ce soit au Moyen-Orient ou dans certaines régions de l’Asie. "Etends au monde entier le salut et la paix. Affermis la foi et la charité de ton Eglise au long de son chemin sur la terre." (Prière eucharistique III)



DIMANCHE 20 NOVEMBRE 2016
FÊTE DU CHRIST-ROI



Références bibliques

Lecture du second Livre de Samuel : 5. 1 à 3 : “Tu seras le pasteur d’Israël, mon peuple.”
Psaume 121 : “Quelle joie quand on m’a dit : Nous irons à la maison du Seigneur.”
Lecture de la lettre de saint Paul aux Colossiens : 1. 12 à 20 : “Dieu a voulu que, dans le Christ, toute chose ait son accomplissement total.”
Evangile selon saint Luc : 23. 35 à 43 : “Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis.”

***

Les lectures de cette fête sont apparemment disparates, les unes par rapport aux autres. Il est question de la royauté terrestre de David, ancêtre du Christ. Saint Paul chante, en quelques mots, la plénitude du Fils, icône du Dieu invisible, créateur, subsistance de tout être, tête de l’Eglise, réconciliation. L’Evangile nous relate ce qui entoure le moment unique de notre salut, “la paix par le sang de la croix.”

Il est un fil conducteur que la liturgie nous révèle ainsi : l’oeuvre souveraine du Christ, c’est la réconciliation, comme David réconcilia les tribus du Peuple de Dieu. C’est l’ouverture du Royaume à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, reçoivent la grâce du Christ et y répondent

LE ROI FIT ALLIANCE AVEC EUX.

La royauté est encore toute récente en Israël. Vers 1030 avant J.C., Samuel avait donné l’onction royale à Saül, non sans réticence. Car celui qui gouverne Israël, c’est Dieu lui-même et le remplacer par un guide humain, signifiait, pour le prophète, une véritable absence de foi confiante en Dieu. (1er livre de Samuel. 8. 7 et ss.)

Saül se montra bientôt infidèle vis-à-vis de Dieu et Samuel dût lui signifier sa disgrâce. Dieu envoya alors le prophète dans la tribu de Juda, à Bethléem, dans la famille de Jessé. “Parmi ses fils, j’ai vu le roi qu’il me faut”, lui avait dit la voix de Dieu. “Les hommes voient ce qui leur saute aux yeux, mais le Seigneur voit le coeur.” (1er livre de Samuel. 16. 1 et 7) Pendant des années, David assistera Saül et conduira ses armées, jusqu’au jour où Saül prendra peur devant la popularité grandissante de son chef de guerre, cherchera à l’écarter et même à le tuer.

A la mort de Saül, et, dans un premier temps, David ne sera roi que de la tribu de Juda et de celle de Siméon qui lui est associée. Il aura comme capitale, Hébron. Le descendant de Saül, Ishbaal, règne sur les dix autres tribus. Il sera assassiné, un crime que condamne David. Les dix tribus rejoignent alors David. L’unité du Peuple de Dieu est reconstituée le temps de son règne et de celui de Salomon. C’est le moment de cette réconciliation qui est décrit dans la lecture de ce dimanche. “Le roi David fit alliance avec eux, à Hébron.” (2 Samuel 5. 3)

JERUSALEM OU TOUT ENSEMBLE NE FAIT QU’UN

La ville de Jérusalem n’avait pas été encore conquise, alors que l’entrée en Terre Promise, datait de deux siècles. Mitoyenne entre le Nord et le Sud, David la conquit pour en faire la capitale du royaume unifié, signe de l’unité, indissolublement religieuse, autour d’un sanctuaire unique, temps du Dieu unique. Les autres lieux de culte disparaissent. Le peuple se réconcilie en retrouvant sa tradition mosaïque, autour de Jérusalem où se trouve l’Arche d’Alliance.

A l’époque de Jésus, le temple est bien le signe de l’appartenance au peuple de Dieu (Jean 4. 20). Le pèlerinage à Jérusalem en est l’une des fêtes principales. Durant la route, on chantait les psaumes. Joseph, Marie, Jésus les ont chantés :”Quelle joie quand on m’a dit : Nous irons à la maison du Seigneur !”

Lors de sa rencontre avec la Samaritaine au puits de Jacob, Jésus lui ouvre les horizons de la Nouvelle alliance, qui n’est plus “ni sur cette montagne, ni à Jérusalem.” (Jean 4. 21 à 26)

LE CHRIST EST RECONCILIATION

La lecture de la lettre aux Colossiens explicite le mystère de la réconciliation dans le Christ. Tous les êtres trouvent leur unité dans le Fils, icône du Dieu éternel apparue dans le temps.
 
Ces quelques versets sont l’un des sommets de la révélation où la pensée de Paul converge avec la pensée de saint Jean dans le prologue de son Evangile.

“Le Verbe était la lumière qui éclaire tout homme (saint Jean) - Il vous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière (saint Paul) - Tout fut par lui et sans lui rien ne fut (saint Jean) - Tout est créé par lui et pour lui (saint Paul) - Il était au commencement avec Dieu (saint Jean) - Il est avant tous les êtres (saint Paul) - Nul n’a jamais vu Dieu, lui l’a fait connaître (saint Jean - Il est l’icône du Dieu invisible (saint Paul)”

La réconciliation entre Dieu et les hommes est obtenue au prix d’un arrachement. La paix est acquise par le sang de la croix et c’est ainsi que “dans le Christ toute chose a son accomplissement total”.

Cette réconciliation ne fait pas disparaître le privilège du Peuple élu puisque nous en partageons l’héritage. Mais, dans le même temps ce peuple de Dieu prend une toute autre dimension : une dimension cosmique “sur la terre et dans les cieux”, une dimension à la mesure de l’infini de Dieu “dans le royaume de son Fils bien aimé, Tête du Corps qui est l’Eglise.”

L’avancée dont nous parle saint Paul n’est pas dans le sens de l’abolition de la première alliance, mais de son accomplissement total, dans le Christ. Ce qu’il affirme : “N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi et le Prophètes, je ne suis pas venu abolir, mais accomplir” (Matthieu 5. 17)

AUJOURD’HUI TU SERAS AVEC MOI.

Comme nous voyons les tribus venir autour de David pour être l’artisan d’un unique royaume, saint Luc nous présente ceux qui viennent au pied de la croix et, parmi eux, ceux qui appartiennent au Peuple de Dieu, pharisiens, scribes, docteurs de la Loi.

L’évangéliste de la miséricorde évite de le “charger” :”Il restait là à regarder”. Les chefs religieux ricanent et les soldats païens se moquent, désignant Jésus par des mots qui ont un sens pour eux : “Messie” pour les Juifs, “Roi” pour les Romains.

Et les deux condamnés à mort qui entourent le Christ nous éclairent et sont bien de notre race. Il en est qui rejettent parce qu’ils attendent tout de Dieu. Les soldats disaient “Sauve-toi toi-même”, le malfaiteur reprend “Sauve-toi toi-même” en ajoutant “Et nous avec”.

L’autre confesse sa faute, et se place dans la vérité qui est “la crainte de Dieu”. Il prononce des paroles inattendues “quand tu viendras inaugurer ton règne, ton pouvoir.” Et Jésus, la Sauveur, lui ouvre le Paradis.

La liturgie chaldéenne exprime magnifiquement cela dans l’office du Vendredi-Saint. Devant l’autel, un ange est là qui en barre l’accès comme au jardin du paradis (en grec ce mot signifie jardin de verdure, planté d’arbres merveilleux, à l’ombre desquels se trouve la fraîcheur.).


Du fond de l’église arrive le malfaiteur. L’ange refuse qu’il avance. Quand le bon larron, lui déclare : “C’est le malfaiteur qui était avec moi qui m’a dit d’entrer au paradis”, l’ange refuse d’abord, quevaut la parole d’un malfaiteur à une autre malfaiteur. Puis quand il entend parler de la croix, il abaisse sa lance :”Entre, ô bon larron, la porte est ouverte à ta race”.

Saint Luc rapporte les paroles du Christ, sans doute parce qu’elles ont été entendues par ces femmes qui se trouvaient là, attentives au message, accompagnant et servant le Seigneur depuis le début de sa vie publique.
 
Le fait est affirmé et nulle explication n’est donnée sur le mécanisme de cette rédemption. “Pourquoi le sang du Christ ?” La foi porte sur les faits, car en eux réside le salut.

***

Quant à nous, notre attitude doit être celle que nous dicte la richesse divine que nous avons reçue par le Fils : “Rendez grâce à Dieu le Père !”

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