Méditations dominicales


En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" pour permettre, selon le "charisme" de chacun,
une ou plusieurs méditations .
Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


Dimanche 12 février : Sixième dimanche du temps ordinaire.
Dimanche 19 février : Septième dimanche du temps ordinaire.
Dimanche 26 février : Premier dimanche de Carême.
Dimanche 4 mars : Deuxième dimanche de Carême.
Dimanche 11 mars : Troisième dimanche de Carême.
Dimanche 18 mars : Quatrième dimanche de Carême.
Dimanche 25 mars : Cinquième dimanche de Carême.



 

DIMANCHE 12 FÉVRIER 2012
SIXIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE (B)

 


Références bibliques :

Di livre des lévites. 13 1 à 46 : Sa demeure sera hors du camp ».
Psaume 101 : »Ne me cache pas ton visage le jour où je suis en détresse. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 Cor. 10. 31 à 11.1 : »Je tâche de m’adapter à tout le monde. Mon modèle, c’est le Christ. »
Evangile selon saint Marc. 1. 40 à 45 : »Si tu le veux, tu peux me purifier. »

***

JESUS A PITIE DE LUI

A l’époque de Jésus, la lèpre était une source de répulsion et même de terreur. Pour les juifs, le lépreux était un pécheur et le verset 43 le rappelle. Or, ci, cet homme a bravé l’interdit qui l’excluait de la communauté et ne lui permettait aucun contact avec qui que ce soit. Il est entré dans la maison où se trouve Jésus. Il est au milieu des auditeurs.

Ce qui l’a décidé à enfreindre cette loi très stricte, c’est qu’il est malheureux et n’a qu’une espérance : la bonté de celui dont il a entendu déjà tant de merveilles. Il compte sur sa puissance : »Si tu le veux, tu peux me guérir. »

Jésus se trouve devant cet homme, et, dans le même temps, à out ce qui l’exclut de la société. Dans les scènes antérieures, rapportées par saint Marc, il y est fait mention soit de la privation de la liberté physique, comme la maladie qui empêche la belle-mère de Pierre de rendre service, soit de la liberté spirituelle comme la possession d’un esprit mauvais. Dans les deux cas, cette maladie ou cette possession sont nettement distinguées du mal qui habite le cœur de l’homme.

Par contre, pour la lèpre, il en était autrement, puisqu’elle est la conséquence du péché, selon la loi juive. A l’occasion de la guérison du paralytique, saint Marc nous dira clairement que Jésus a tout pouvoir contre le péché. Ce sera la lecture de dimanche prochain. Aujourd’hui il le démontre en affrontant cette double exclusion physique et spirituelle et en réintégrant le lépreux dans le peuple de Dieu.

Il a pitié de cet homme, comme il a pitié de tout homme qui vit hors de la communauté des enfants de Dieu.

C’est là son œuvre de salut. « Il est venu pour que la multitude des hommes soient sauvée. » (1 Cor. 10. 33) L’amour peut tout, chantera saint Paul dans son hymne à la charité. Saint Marc note ce sentiment intime de Jésus que seul un témoin a pu remarquer, parce que celui qui lui a rapporté l’épisode était présent dans la maison, saint Pierre dont Marc est l’évangéliste.

L’AUTORITE DE JESUS

Jésus étend la main et touche le lépreux qui est guéri au moment même de ce geste. Jésus ne craint ni l’impureté ni la contagion. Il sait qu’il est la guérison. Son pouvoir vient d’ailleurs, même s’il n’est pas d’une autre humanité que la nôtre et dont il fait les gestes simples : toucher, et sans autre parole que « Je le veux, sois purifié. » Et non pas de longues incantations comme le font tant et tant de charlatans.

Il sait qu’il ne peut être souillé par cette lèpre comme il n’est pas souillé par le éché. Il est la Vie qui ne peut craindre la corruption. D’une certaine manière, il anticipe sa résurrection par cette guérison qui rend pleine vie à celui qui est venu lui demander de vivre comme tous les autres et au milieu d’eux. Ici saint Marc ne mentionne aucun questionnement de la part de ceux qui sont présents, alors qu’en d’autres circonstances, ils murmurent ou pensent : »Qui est-il ? »

En faisant cette guérison, Jésus ne veut pas se mettre ni hors de la loi ni au-dessus d’elle. Il demande d’un ton sans réplique, et non pas sévère, que le lépreux en accomplisse les exigences en allant se montrer aux prêtres. Il est nécessaire que soit constatée la pureté reconquise et qu’ainsi cette attestation devienne un témoignage sans contestation ultérieure.

Il nous faut reprendre le sens des termes grecs que Marc emploie. « La lèpre s’est éloignée », (Marc 1. 42) comme une réalité extérieure à cet homme. Il ne devient pas autre, il redevient lui-même. Il est purifié. Il en est de même pour nous tous. Quand nous nous retirons du péché, nous redevenons pleinement ce que nous sommes.

Puis Jésus lui demande de partir. S’il a retrouvé son intégrité personnelle, le lépreux ne doit pas rester là à se réjouir de lui-même, à passer des heures de commentaires enthousiastes (Marc 1. 45) Jésus lui demande de s’éloigner, car il doit d’abord et sans attendre, réintégrer la communauté.

POUR LA GLOIRE DE DIEU

De son côté, Jésus s’éloigne pour se retirer dans des lieux « déserts » afin d’éviter aussi les enthousiasmes déplacés de la foule. Ceux qui veulent le rencontrer doivent entreprendre une démarche personnelle qui les engage parce qu’ils sont dégagés d’une ambiance qui les entraîne à ne voir que la guérison, sans aller à l’essentiel, qui est le message de la Bonne Nouvelle.

« Je ne cherche pas mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pourqu’ils soient sauvés », écrit saint Paul aux Corinthiens. L’Apôtre a pris le Christ pour modèle. (1 Cor. 11. 1)

Nous devons agir et réagie ainsi. « Tout faire pour la gloire de Dieu » et non pour être admiré personnellement. Sinon cet intérêt personnel devient un obstacle (1 Cor. 10. 33) L’homme de Dieu ne se met ni sur le devant de la scène, ni dans le meilleur champ des caméras. Il est là pour conduire à Dieu dont il n’est que le serviteur.

Dès ces premiers moments de sa vie publique, le Seigneur prend bien soin d’éviter que chacun ne s’arrête à lui seul ou ne s’égare que dans des considérations trop humaines. Il le dira clairement, après la multiplication des pains, faisant remarquer à la foule qui le cherche : »Vous me cherchez parce que vous avez mangé des pains et que vous en avez été rassasiés. Travaillez pour la nourriture qui demeure en vie éternelle. » (Jean 6. 26)

Dans le désert où bien souvent les hommes s’égarent, s’enlisent et s’affaissent épuisés, il est le chemin qui conduit à son Père, en qui demeure la Vie éternelle.

***

« Accorde-nous, Dieu tout puissant, de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes dans une inlassable recherche des biens spirituels. » (prière d’ouverture)

Quittons donc les lieux de nos habitudes, de nos égocentrismes satisfaits, de nos prétentions et de nos velléités, pour vivre « l’inlassable recherche des biens spirituels. »

 

DIMANCHE 19 FÉVRIER 2012
SEPTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE (B)

 


- Références bibliques :

Du prophète Isaïe. 43 18 à 25 : »Je vais faire passer une route dans le désert. »
Psaume 40 : »Heureux qui pense au pauvre et au faible. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 2 Cor. 1. 18 à 22 : »Il n’a jamais été que ‘oui « . »
Evangile selon saint Marc. 2. 1 à 12 : »Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi. »

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A partir de cette guérison du paralysé, qui inaugure une série de discussions avec les scribes et les pharisiens, saint Marc va nous montrer la diversité des accueils de ceux qui reçoivent la parole de Dieu et nous conduire ainsi jusqu’aux paraboles du chapitre 4.

COMMENT LE REJOINDRE

En raison des foules, Jésus avait pris la décision de ne pas entrer publiquement dans les villes (Mc. 1. 45) Il le fait donc discrètement, mais cela ne peut rester ignoré. Aujourd’hui, nous le trouvons, sans autre précision « à la maison », une maison où il a l’habitude de venir, comme étant un peu la sienne, en tout cas celle du groupe des disciples.

La foule se bouscule à l’extérieur au point que l’entrée en est obstruée. Nul ne veut lasser sa place à un autre et l’arrivée de ces quatre hommes, porteurs d’un brancard, n’est pas acceptée. Ce qui laisse perplexes ces braves gens qui ont voulu répondre charitablement à l’attente et au souhait de leur ami paralysé : rencontrer Jésus pour être guéri.

Leur charité ne peut s’arrêter là. Leur imagination rejoint l’audace de leur foi. Sans doute par l’escalier extérieur, fréquent dans ces régions pour atteindre la terrasse, ils y montent afin de rejoindre Jésus directement. Défaire la toiture est peu de choses, si l’on accepte qu’elle soit faite en clayonnage ou couverte en tuiles (ce que dit saint Luc), deux modes de construction usuels à cette époque.

Ils obtiennent ainsi un espace suffisant pour y faire glisser le paralysé, non sans quelque poussière sans doute, mais qui va leur assurer, en bas, la place d’y poser le brancard. Il ne suffisait pas d’écouter, émerveillés. Il fallait agir pour que le paralysé soit guéri.

Pour rejoindre Jésus, toutes les audaces sont permises, surtout quand elles ont pour origine la charité. Rien ne peut se faire tout seul. Chacun de nous a besoin des autres pour être conduit aux pieds de Jésus et en recevoir la grâce. Les autres ont autant besoin de nous que nous avons besoin d’eux.

VOYANT LEUR FOI

Devant ces cinq amis, Jésus réagit avec son cœur, comme il l’avait fait pour le lépreux de dimanche dernier. « Voyant leur foi », non pas seulement celle du paralysé dont il a compris le pourquoi de la démarche, mais aussi celle des porteurs qui, dans ce service à rendre, ne se sont pas découragés devant les obstacles. Ils sont unis dans une même certitude : grâce à leur intervention, Jésus peut guérir leur ami. L’infirme de Bethzatha, à Jérusalem, n’avait pas eu cette chance (Jean 5. 2).

Il n’y a pas de demande explicite. Les gestes accomplis parlent d’eux-mêmes. « Mon fils, tes péchés sont remis. » Ce terme grec « tecnos » exprime toujours une affection particulière. C’est en même temps « mon enfant » à qui je suis lié par des liens familiaux et donc cordiaux.

Le paralysé, selon la pensée de son temps, devait considérer son infirmité comme un châtiment du péché. Jésus les lui pardonne dans un premier temps ou, plutôt, le réintègre dans son état d’homme juste, il n’est plus dans l’état du péché. Tout devient donc possible dans sa relation avec celui qui est sans péché.

A l’acte de foi du paralysé et des porteurs, Jésus a répondu par le don de son amour et non pardans le sens de la loi : »Le malade ne sortira pas de sa maladie jusqu’à ce que Dieu lui ait pardonné ses péchés » est-il dit dans l’un des traités de la « Misna ».. Et c’est là que vont naître les réserves des scribes présents.

Jésus parle au présent : »Tes péchés sont remis ». Ils le sont au moment même où Jésus parle. Il ne dit pas que c’est lui qui les remet. Ce présent marque qu’il y a unité et concomitance entre son geste, ce pardon, la foi des porteurs et celle du paralysé et la guérison.

Les scribes de Galilée réfléchissent. Ils ne sont pas encore mobilisés contre Jésus, comme le seront quelque temps plus tard, ceux de Judée et de Jérusalem. Ils ne discutent pas entre eux, ils réfléchissent dans leur cœur, terme qui, dans la tradition biblique, signifie également dans leur pensée, mais avec la nuance d’adhésion cordiale ou de refus.

Ils sont dans la logique de ce qu’ils ont appris et de ce qu’ils enseignent. Dieu seul peut pardonner les péchés. Le pouvoir de les remettre ne peut appartenir qu’à celui qu’ils offensent, c’est-à-dire, à Dieu. Or Jésus ne pardonne pas au nom de Dieu, mais par sa propre autorité.

Il n’a pas besoin de dire qu’il en a reçu le pouvoir. Il ne le dit pas d’ailleurs mais il exprime qu’il a l’autorité suffisante pour cela. Il revendique clairement cette prérogative divine (Mc. 2. 10).

L’ETONNEMENT, L’OPPOSITION ET L’ADHESION

En affirmant qu’il a le pouvoir de remettre les péchés et de les remettre, dès aujourd’hui, là à Capharnaüm, il fait comprendre clairement aux scribes qui il est.

Puis il se tourne vers l’infirme : »A toi, je dis, lève-toi. » Ces guérisons ne sont pas destinées à affirmer sa messianité et sa divinité. Elles sont faites d’abord par amour et pour le salut des hommes, parce qu’il en a le droit et le pouvoir.

Le paralysé ne se le fait pas répéter deux fois. Il se lève. Ou plutôt, note saint Marc, il se dresse d’un bond, comme sans réfléchir, et traverse la foule qui, tout à l’heure, l’avait empêcher de rentrer. Il emporte avec lui la preuve du miracle en emportant son brancard. Tous en sont stupéfaits.

Mais tous n’en tirent pas les mêmes conclusions. Les uns commencent leur long cheminement d’opposition à la mission de Jésus. Les autre rendent gloire à Dieu.

Devant les faits et gestes de Dieu dans notre monde et dans notre vie, nous répondons avec des réactions semblables, positives ou négatives. Il nous faut dépasser les coutumes et les habitudes pour rejoindre le cœur de Dieu et admettre la réalité aimante des décisions de Dieu même quand elles nous bousculent.

En renouvelant notre regard sur la vie et en les éclairant de la clarté de la parole de Dieu, nous pourrons ainsi nous laisser entraîner dans la vie divine, par sa grâce qui est issue de son amour pour nous.

C’est ce qu’exprime d’une autre manière Isaïe 43. 19 : dans le désert de nos cœurs, Dieu fait passer une route pour nous conduire à lui. Dans la sécheresse de nos cœurs, il fait jaillir des fleuves de grâce.

Ce qu’il attend de nous en réponse, ce n’est pas seulement un silence admiratif, une simple pensée de reconnaissance, une simple satisfaction personnelle. Il attend que notre réponse soit une recherche pour le rejoindre dans une inlassable recherche du chemin apte à le rejoindre, avec nos frères dont nous portons le grabat et le brancard, au travers l’obstacle de la foule et de la toiture.

Il attend nos audaces pour accomplir des actes positifs à la louange de sa gloire, puisque, malgré nos infirmités spirituelles, il nous donne cette possibilité de nous lever, de nous dresser et de marcher.

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« Accorde-nous de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes dans une inlassable recherche des biens spirituels. » (prière d’ouverture)

Au travers de ce fait de l’Evangile, il éclaire notre imagination, notre charité et notre foi sur le cheminement qui doit être le nôtre si nous voulons le suivre et le rejoindre.

 

DIMANCHE 26 FÉVRIER 2012
PREMIER DIMANCHE DE CARÊME

 


- Références bibliques.

Du livre de la Genèse. 9. 8 à 15 : Je me souviendrai de l’alliance qu’il y a entre vous et moi et entre tous les êtres. »
Psaume 24. « Il enseigne aux humbles son chemin. »
Lettre de saint Pierre. 1 Pierre 3 18 à 22 : »Demander à Dieu une conscience purifiée… il nous sauve grâce à la résurrection de Jésus-Christ. »
Evangile selon saint Marc. 1. 12 à 15 : »Dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. »

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UNE ALLIANCE ENTRE TOUS LES ÊTRES.

Il ne serait pas inintéressant de reprendre cette parole du livre de la Genèse : »L’alliance entre vous, moi et tous les êtres. » Cette parole : »tous les êtres » n’est pas à négliger. L’homme ne peut se considérer comme étant hors de la création, même s’il est « à l’image et à la ressemblance de Dieu ».

Créature par son humaine nature, il participe à l’évolution même de cette création matérielle et animale. Il en bénéficie d'ailleurs. Il doit aussi la respecter dans une alliance que nous appelons actuellement « sauvegarde de la création ». Il doit l’améliorer. Il doit épanouir toutes les possibilités de la nature, sans en abuser, sans la détériorer, sans la détruire.

Il en connaît les limites, mais par l’intelligence qu’il a reçue, il peut les repousser, et ce qui lui est demandé, c’est de ne jamais les dévier. L’Incarnation du Fils de Dieu parmi les hommes nous dit bien cette richesse de la création, ses failles, ses possibilités. Par delà tout événement, c’est par cette Incarnation que la Rédemption est Résurrection.

D’ailleurs, la tentation au désert en est une illustration. Le pain n’est pas une fin en soi, il est nourriture. Le Pain de la Parole de Dieu est vie éternelle. « L’homme ne vit pas seulement de pain. » Seulement, mais aussi. Plus tard les noces de Cana seront dans le même registre. « Ils n’ont plus de vin. » Jésus ne répond pas que ce qu’ils ont bu est largement suffisant. C’est Lui qui donne en surabondance des centaines de litres de vin, comme première expression du « vin du Royaume éternel » au soir du Jeudi-Saint.

Au
seuil de notre Carême et par delà cette nouriture matérielle, la liturgie de l’Eglise insiste sur l’Alliance que Jésus ne veut pas briser entre nous et lui, entre l’Homme-Dieu et son Père, au moment où Satan tente de rompre cette Alliance.

LE TEMPS DE L’ALLIANCE NOUVELLE

Dans l’évangile de ce premier dimanche de Carême, saint Marc, à la différence des autres évangélistes, reste très sobre dans son évocation du séjour de Jésus au désert. Pourtant, il nous donne l’essentiel du mystère qu’est le Christ.

Le baptême de Jésus venait de se vivre au cœur même de la réalité trinitaire. L’Esprit repose sur Lui, comme la colombe sortie de l’arche, au temps de Noé. Au Jourdain, elle témoigne de l’alliance renouvelée. Il a entendu son Père lui dire : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé".

Quand il se rend au désert,Jésus est « poussé par l’Esprit » et la parole de son Père résonne encore à ses oreilles, à sa mémoire et à son cœur. Il la méditera durant les quarante jours qu’il consacre au silence."Le silence précède la parole..." Il ne peut délaisser cette Parole venue du ciel à l’intention de ses futurs disciples. Il l’assume, il la fait sienne, il est le Verbe, en restant le Fils bien-aimé. Son attitude à l'encontre de Satan en est la réponse.

Le mystère de la tentation du Christ se situe dans ce mystère trinitaire. Il repousse les avances du mal qui détruirait sa totale communion avec son Père. S'il garde ainsi « un cœur pur », il en dira la raison quelques jours plus tard, au sermon sur la montagne : »Bienheureux les cœurs purs, ils verront Dieu.»

C'est ce qui doit être l'attitude des disciples. Garder le coeur pur pour garder la clarté de leur vision de Dieu, la perception même de Dieu en eux.

C’est poussé par cet unique amour vécu dans l’Esprit que le Fils de l’Homme dira : »Tu ne serviras que Dieu seul. » Une réponse qui doit être aussi la nôtre et à laquelle il nous invite à notre tour, par delà toute tentation. Nous sommes marqués par la vie trinitaire de notre baptême et des sacrements dont nous vivons. Pouvons-nous la partager avec le mal et le péché.

« Un cœur purifié reflète Dieu », disait saint Grégoire de Nysse. A nous de demander au Seigneur, ce cœur purifié, selon la parole de saint Pierre aux premiers chrétiens. « Dans sa chair, il a été mis à mort. Dans l’esprit, il a été rendu à la vie…Etre baptisé, c’est s’engager envers Dieu avec une conscience droite et participer ainsi à la résurrection de Jésus-Christ. » (1 Pierre 3. 21)

LA MISÈRE DE L’HOMME

Jésus n’avait pas besoin de recevoir le baptême de pénitence. Jean-Baptiste le lui avait dit. Toutefois, Jésus a voulu assumer toute notre humanité avec sa misère, et non pas seulement par un simple geste significatif en descendant dans le Jourdain.

Il a voulu l’assumer dans sa totalité, hormis le péché, tout en partageant les conséquences de ce péché. Et c’est là que se situe sa tentation au désert, qui n’a connu aucun témoin. Car c’est lui seul qui nous en a parlé, nous disant ainsi jusqu’où allait son identification à l’homme, lui qui nous appelle à l’identification divine dans le mystère trinitaire.

Dans son état originel, selon les premiers chapitres du livre de la Genèse, la nature humaine n’était pas divisée entre le bien et le mal. Tant qu’ils restèrent en alliance avec Dieu, la nature humaine resta « entière ». C’est parce que nos premiers parents ont accepté la première tentation au Jardin d’Eden, que l’unité humaine a été fragmentée par le péché.

L’homme reste à l’image et à la ressemblance de Dieu. Mais il la ternit, la fragmente. Il ne « récapitule » plus en lui toute la nature, il n’en récapitule que quelques éclats. Le péché a été cause de la destruction de cette unité. Bien plus, l’homme en s'isolant de Dieu, l'homme s’isole de ses frères, les uns tendus contre les autres, et c’est le premier meurtre, celui d’Abel par son frère Caïn.

A l’inverse, Jésus « récapitule » toute l’humanité, comme elle était en sa réalité première. Le Père peut mettre toute sa joie en son Fils puisque toute sa vie d’homme aura pour sens de redonner vie nouvelle à l’unité fragmentée.


Par ses avances, Satan tente de renouveler ce qu’il a réussi au Jardin d’Eden, où Adam et Ève étaient seuls. Cette fois, c’est au désert. Il veut dissocier celui qui vient de s’y retirer, en l’entraînant à n’être qu’un « éclat » de gloire éphémère au pinacle du Temple, aux horizons des royaumes.

Les tentations, dont ne parle pas saint Marc, mais qui sont évoquées par Matthieu et Luc, sont dans la ligne même de la première tentation au seuil de l’humanité. Puisque Jésus d’une certaine façon vient « reprendre tout au stade initial » par le salut qu’il porte en lui, puisqu’il « récapitule » en lui-même toute l’humanité dans sa réalité première, sans le péché, Satan, comme aux premiers jours, va tenter de le dissocier de Dieu et de lui-même par les épreuves auxquelles il le soumet.

Il lui propose les richesses, les biens matériels, le pouvoir. Il sait qu’en tout homme, il y a avidité de domination, qui s’exerce d’une manière ou d’une autre. Il sait qu’en chacun de nous, il y a soif de vivre, une soif que rien d’humain ne suffit à épancher, une soif qui appelle une eau jaillissant en vie éternelle (Jean 4. 10 à 16).

Jésus n’est pas indifférent à la présence de Satan qui lui développe sa pensée durant cette tentation. Il lui tient tête en restant en totale communion avec son Père. Il répond avec les paroles mêmes qui expriment la pensée de Dieu.

Trois ans plus tard, il y aura le soir d’une autre tentation, celle du Jardin des Oliviers. Là encore le Christ a dû choisir, seul. Sa soif de vivre s’est épanchée dans le calice qu’il accepta de boire pour que reste totale sa communion à la volonté de son Père.

Au désert, lorsqu’il eût éloigné Satan les anges vinrent le servir (Marc 1. 13) Au jardin de l’agonie, ils vinrent le réconforter au moment de sa décision (Luc 22. 43). L’Alliance n’était pas rompue.

INVITÉS A SUIVRE JÉSUS.

Au désert, comme au jardin des Oliviers, Jésus était seul. La présence de son Père pouvait lui sembler bien lointaine. Nous aussi nous connaissons ce désert, cette nuit, cette solitude au moment de toute décision, face à notre conscience, face à nous-même, parfois avec l’impression d’un grand silence de la part de Dieu, parce que nous n'avons pas mémoire de la Parole qu'il nous a adresséepar Jésus-Christ.

Même aidés par des amis et par la Parole de Dieu, nous avons l'impression de rester seul, car personne ne peut nous remplacer à ce moment ultime qui engage notre personne et tout notre être. Ce « oui » qui m’engage en réponse à l'attente de Dieu sur moi ne peut être vécu qu'avec sa grâce.

Au désert, Jésus a accepté d’être soumis aux tentatives déstabilisantes de Satan, aux tentations, aux épreuves que connaît tout homme un jour où l’autre, il n’a pas succombé.

Lorsque nous sommes, comme lui, « soumis à l’épreuve de la tentation », à donner nous aussi la preuve de notre fidélité à Dieu seul, il nous invite à le suivre. Durant ce Carême, c’est ce que sa miséricorde nous propose. Il nous invite à ne pas briser la communion qui est la nôtre avec le Père, comme il l’a demandé au soir du Jeudi-Saint quand il s’adresse à son Père, qui est notre Père : « Je prie aussi pour ceux qui croiront en moi à cause de leur parole » (Jean 17. 20).

***

« Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce carême, de progresser dans la connaissance de Jésus et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle. » (prière d’ouverture de la messe)

 

DIMANCHE 4 MARS 2012
DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÊME

 


- Références bibliques :

Livre de la Genèse : 22. 1 à 18 : "Puisque tu m’as obéi… »
Psaume 115 : « Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur ?."
Lettre de saint Paul aux Romains. 8. 31 à 34 : "Il n’a pas refusé son propre Fils…."
Evangile selon saint Marc : 9. 2 à 10 : "Ils ne virent plus que lui, Jésus, seul, avec eux."

***

En ce deuxième dimanche de Carême, si grande est la force spirituelle qui ressort du message de la Transfiguration du Seigneur, que nous sommes tentés de ne lire qu’avec moins d’attention, la réponse d’Abraham et l’assurance de saint Paul.

PRENDS TON FILS, CELUI QUE TU AIMES

Le projet de Dieu, pour chacun de nous, est de nous conduire à lui, et le chemin qu’il nous demande de suivre est celui-là même du Christ, pour que puissions
rejoindre l’infini de Dieu.

Le désir de l’amour, c’est de vivre sa durée. Le désir de l’être, c’est l'infini. C'est Dieu, mais nous ne le connaissons pas dans l’infini de sa réalité.

Quand Abraham quitte Ur en Chaldée, il ignore de quoi seront faits les lendemains. De quelles joies ? de quelles épreuves ? de quels détachements ? Il ne connaît rien du projet de Dieu sur lui, mais, pour Abraham, ce Dieu qui lui parle et l'invite à partir, c'est plus que son pays, que sa patrie, que la famille, la maison de son père.

Il en est ainsi de notre vie. Il
nous est demandé de dépasser notre humaine compréhension. Ce fils, Isaac, est l'unique espoir d'une descendance et c’est cet espoir qui doit être sacrifié. La foi d’Abraham assume ce paradoxe. Ce fils, « cet unique, celui que tu aimes », devient l’avenir même du Peuple de Dieu, parce qu’Abraham a préféré Dieu à tout autre amour.

Saint Paul prend appui sur l’assurance même de l’amour que Dieu nous porte. « Qui sera contre nous ? Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous. »

Certes saint Paul n'a pas vécu la lumière que Pierre, Jacques et Jean ont vécu sur la montagne au jour de la Transfiguration. C'est sur le chemin de Damas qu'il a vécu cette indicible lumière. Il peut alors déclarer à son disciple Timothée : « Il nous a donné une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce... Maintenant elle est devenue visible à nos yeux « (2 Tim. 1. 9)


REJOINDRE LA PÂQUE DU SEIGNEUR.

En conduisant Pierre, Jacques et Jean, à l’écart, sur la montagne, il les entraine dans l'intimité de lui-même. Et c’est là que la lumière jaillit de tout l’être humain de Jésus.

Si la liturgie de l’Eglise nous fait lire cet épisode chaque deuxième dimanche du Carême, c’est que la Transfiguration donne tout son sens à notre démarche vers Pâques, qui est celle de notre "intégration" dans l'intimité de la vie divine par le Christ ressuscité. Ce que les traditions orientales et byzantines appellent la divinisation.

Le Christ est plénitude de Dieu, "lumière née de la lumière". Il l’unit à sa nature humaine, à son corps même, dans le mystère de son union à la splendeur divine. C’est ce à quoi il nous propose de participer, à notre tour, puisque la grâce de notre baptême et des sacrements réalise en nous cette divinisation.

Pendant ces quarante jours, comme le Christ, nous sommes "guidés par l’Esprit" (1er dimanche de Carême) et tentés dans le désert qui est le nôtre. Aujourd’hui, en ce deuxième dimanche, nous avons à gravir, avec lui, la montagne qui est celle du Thabor, qui, demain, sera celle du Calvaire. Aujourd’hui, il nous demande de nous laisser englober dans la nuée lumineuse, comme elle qui couvrit les trois apôtres de son ombre.

La lumière, c’est le Christ. Mais aujourd’hui nous sommes avec lui dans l’obscurité de son humanité avant qu'il soit révélé dans la lumière du matin de Pâques. "Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts" (Matthieu 17. 9).

En revenant parmi les hommes au bas du Thabor, saint Marc souligne bien cette présence du Christ à nos côtés : »seul avec eux… » Moïse et Elie, la Loi et les Prophètes ne sont plus là. Le Christ nous suffit, même si, aujourd’hui, nous nous demandons comme les trois disciples, " ce que voulait dire : ressusciter d’entre les morts."

Ils n’osent pas questionner ce Jésus avec qui ils ont vécu un moment d’un extraordinaire mystère. Saint Paul nous donne la réponse qu'il a reçue sur le chemin de Damas : »Il est ressuscité, il est à la droite de Dieu. »

LA LOI ET LES PROPHÈTES

Ce n’est qu'à partir de la Résurrection et peu à peu, tout au long de leur ministère et des engagements au service de Dieu, que les apôtres comprendront pleinement le sens d’un événement qui les avait bouleversés autrefois, sur la Montagne, sans qu’ils puissent alors en saisir toute la portée.

Revenons un instant sur cette présence qui entoure le Christ, le Messie annoncé par la Loi et les Prophètes. En effet au sein de cette vision glorieuse, apparurent aux côtés du Seigneur, Moïse et Elie, ces deux sommets de l’Ancien Testament, représentant la Loi et les Prophètes.

Moïse, l’homme de l’Exode vers la terre promise, dont on ne sait où se trouve précisément son lieu de sépulture sur le mont Nébo (Deutéronome 34). Elie, c'est le prophèt quifut enlevé au ciel (2 Rois 2. 1 à 15).

Le visage de Moïse avait resplendi d’une gloire qui venait, non pas de lui-même, mais en descendant du Sinaï, après la révélation qu'il y avait vécue (Exode 43. 29), il en portait le reflet sur son visage.

Au Thabor, le visage du Christ leur apparaît comme une source de lumière, source de la vie divine rendue accessible à l’homme et qui se répand aussi sur ses "vêtements", c’est-à-dire sur le monde extérieur et sur les produits de l’activité et de la civilisation humaines.

Ils s’entretiennent avec lui, (saint Luc nous le précise), "de l’exode qu’il allait accomplir à Jérusalem" c’est-à-dire de sa Passion, car c’est par la Passion et la Croix que cette gloire devait être donnée aux hommes, entrant dans la Terre Promise, au jour de la Résurrection.

MON FILS BIEN AIMÉ

Partis prier avec lui, ils entrevoient sa gloire. Ils l’avaient découvert comme le nouveau Moïse et le nouvel Elie auxquels ces prophètes du passé rendaient témoignage. Mais surtout ils perçoivent Dieu lui-même, si l’on ose parler ainsi, reconnaissant en Jésus son Fils. Jésus le villageois de Nazareth, le guérisseur, le prédicateur qui révèle aux foules de Galilée le sens de la Parole de Dieu.

Car
« le Fils bien-aimé », c’était l’humble charpentier qui, sur les rives du Jourdain, se présentait à Jean-Baptiste. Au Thabor, Jésus est ce charpentier en même temps qu’il est le Tout-Autre, le Messie de Gloire, Parole de Dieu incarnée. Au Thabor, il manifeste la splendeur de la gloire divine qu’il possède en lui-même et qu’il a conservée dans son Incarnation, même si elle était cachée sous le voile de la chair.

Sa divinité s’est unie sans confusion avec la nature de la chair. Et la gloire divine est devenue gloire du corps assumé. Il n’est pas le Fils bien aimé, par adoption, privilège ou mission temporaire. Il l’est par nature, et cela de toute éternité. La théologie dira, c’est son essence même, c’est sa substance.

Ce que le Christ manifestait ainsi à ses disciples au sommet de la montagne, ce que Dieu ratifiait, n’était pas un simple spectacle nouveau, mais la manifestation éclatante de la divinisation en Lui de la nature humaine, y compris le corps, et de son union avec la splendeur divine. "La divinité de celui qui a prit notre humanité" (prière de l’offertoire de la messe).

NOTRE DIVINISATION

"Lumière née de la lumière, " (Confession de la foi), lumière immatérielle, incréée et intemporelle, elle est celle du Royaume de Dieu venu en Jésus-Christ dans la puissance de l’Esprit-Saint. "Je suis la lumière du monde."

Mais il l’a promis à ses disciples quand il nous a dit : "Vous êtes la lumière du monde." Nous sommes ainsi un autre lui-même, c’est "notre vocation sainte, non pas à cause de nos actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. "

Quand la vision a disparu, les apôtres retrouvent le paysage de la Galilée. Ils ne peuvent vivre aujourd’hui dans l’éternité de la vision divine. Jésus est au milieu d’eux et redevient l’ami quotidien, fascinant, mystérieux, attachant. Ils viennent de vivre dans un instant qui est plus qu’une lumière d’espérance puisqu’ils ont découvert une autre réalité dont ils mesureront la richesse au travers du temps et de la mesure de leur pauvreté et de leur faiblesse.

Au coeur des mystère dans lesquels nous vivons, au milieu de toutes les questions qui se posent sur le sens de nos vies, sur le sens de nos souffrances, sur le sens du monde qui nous paraît souvent obscur et confus, il est bon de nous rappeler la grande lumière qui est celle du Christ, donnée visiblement, en un instant, aux apôtres à la Transfiguration.

Et qui nous est donnée et que, parfois, nous ressentons nous aussi en un instant de grâce. "L’exemple du Seigneur invite la foi des croyants à comprendre que, sans avoir à douter des promesses de bonheur, nous devons pourtant, parmi les épreuves de cette vie, demander la patience avant la gloire" (le pape saint Léon).

***

« Tu nous as dit, Seigneur, d’écouter ton Fils bien-aimé. Fais-nous trouver dans ta Parole les vivres dont notre foi a besoin. Et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire. » (Prière d’ouverture de la messe).

 

DIMANCHE 11 MARS 2012
TROISIÈME DIMANCHE DE CARÊME


 


Références bibliques :

Livre de l’Exode. 20. 1-17 : »Tu ne prosterneras pas devant ces images pour leur rendre un culte. »
Psaume 18 : »Le commandement du Seigneur est limpide : il clarifie le regard. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens : 1 Cor. 1. 22 à 25 : »La folie de Dieu est plus sage que l’homme. »
Evangile selon saint Jean. 2. 13 à 25 : »Il les trouva installés dans le Temple. »

***

Il n’est pas difficile de remettre dans notre contexte contemporain les textes bibliques de ce dimanche et l’épisode du Temple. Nous connaissons nos idoles et la crise nous rappele que ce ne sont que des idoles : la réussite industrielle, le pétrole. Nous connaissons la sagesse des hommes, qui devient une immense folie. Nous connaissons notre propre personnalité, ce temple qui est envahi par de multiples contraintes matérielles.

DEVANT DES IMAGES

Le Seigneur se situe devant son Peuple comme celui qui est vivant, qui est attentif à leur situation et qui les accompagne dans la liberté. Il a fait sortir son Peuple de l’Egypte. Il n’est pas cette statue immobile et sans vie devant laquelle on se prosterne. Elle peut être aux yeux de ses fidèles une expression de la force, de la puissance. Elle ne représente pas un être qui aime et dont l’amour est la réalité même.

Ce ne sont que des images.

Lui, le Seigneur, il est un Dieu qui veille sur ses fidèles et les bénit. Il est un Dieu créateur qui, depuis le premier jour, ne peut être assimilé au mal : »Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal. » C’est lui qui a créé ce monde et qui peut dire de son œuvre : »Et Dieu vit que cela était bon. »

Son œuvre ne peut exprimer que cette réalité et ce respect de son œuvre dans toutes les relations et toutes les situations où nous nous trouvons. C’est là tout le sens des dix commandements qu’il nous rappelle. « La loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie. » (psaume 18)

Si aujourd’hui nous plaçons devant nos yeux des images de Jésus, de la Vierge Marie, des saints, ce n’est pas pour les adorer. Ces images ne sont pas des idoles. Ces images matérielles concrétisent le mystère de l’Incarnation qui a rendu possible l’accès au mystère divin dans une personne vivante, avec un corps au travers duquel Dieu fait homme a pu nous exprimer son amour, jusqu’à la mort et la mort de la croix.

C’est là le sens profond du culte des « icônes ». Ces images, ces statues ne sont pas des idoles. Elles ne doivent pas nous détourner du mystère vivant du Christ Jésus, elles nous y conduisent, malgré certains excès d’un culte populaire. Et là il nous faudrait raviver notre prière par la théologie orientale et orthodoxe des icônes.

LA FOLIE DE DIEU

Ce Jésus que nous avons contemplé dimanche dernier au jour de sa Transfiguration est un éblouissement devant lequel les trois disciples sont bouleversés, dans le même temps qu’ils veulent en prolonger la contemplation, pour leur satisfaction personnelle : »Il est heureux que nous soyons ici. »

Mais le Christ leur rappelle alors que cette gloire ne peut en rester là . Ses disciples doivent découvrir au jour le jour qu’elle est la véritable folie de Dieu. C’est une folie d’amour qui va identifier le Christ à toutes les situations que connaissent les hommes. Si nous voulons être identifiés au Christ, il nous faut passer aussi par cette folie d’amour qu’est la passion, la mort et la résurrection.

C’est ce qu’il leur a rappelé en descendant du Thabor. Le crucifix n’est pas une idole. C’est Dieu qui se présente à nous dans la réalité même du salut qu’il accomplit ainsi. Une croix vide du Christ, n’est plus que deux montants de bois, même s’ils sont symboliques. Une croix où le Christ est offert à son Père par la haine et l’incompréhension des hommes, insère la passion de Jésus dans la passion douloureuse des hommes d’aujourd’hui, en Afrique, en Asie, en Amérique Latine.

DE FONDATION EN FONDATION

Qui ne rêve pas de bâtir l’avenir ? Qui ne rêve pas de créer des institutions d'avenir par des »prospectives» audacieuses ou coûteuses ? Qui ne rêve pas de reconstituer un monde meilleur parfois même au prix du sang des innocents ?

Or l
’avenir, Dieu l’a bâti en des rêves, en des gestes de folies et non sur des mécènes généreux ou orgueilleux. Bâtir sur le Christ, c’est détruire le temple de nos matérialismes , qu’ils s’appellent « sociétés multinationales » aux mécanismes complexes, « associations » aux statuts bien réfléchis, « fondations de ceci ou de cela. » Il n’y a qu’une fondation qui tienne, celle qui est bâti sur le roc du Christ, c’est-à-dire sur l’amour humble, pauvre, incompris, dépouillé.

Le Christ nous rappelle que le temple de Dieu doit être débarrassé de tout ce qui n’est pas à son service et pour sa gloire. « Nous sommes les temples du Saint-Esprit », nous répète saint Paul. Etonnons-nous que parfois la grâce de Dieu y fasse un nettoyage vigoureux pour nous débarrasser de tout ce qui y est déplacé : l’orgueil, l’égoïsme, la possession …

« La faiblesse de Dieu est alors plus forte que l’homme. » (1ère Cor. 1. 25) Les fondations humaines sont emportées par les ouragans. « La maison bâtie sur le sable… »

CHASSÉS DU TEMPLE

Il est bon de remarquer que le Christ s’il est vigoureux, n’est pas un homme qui s’emporte dans une colère aveugle. Les bœufs et les brebis sont chassés avec un fouet. Les pièces de monnaie sont jetés au sol, c’est tout ce à quoi elles peuvent prétendre, puisque ce ne sont que des objets matériels.

Il y a une nuance que saint Jean a remarqué, lui le coléreux qui voulait que la foudre tombe sur un village qui n’accueillait pas Jésus. Il note son attitude : »Il dit aux marchands de colombes : »Enlevez cela d’ici. » Il y a une délicatesse dans la violence de tout ce remue-ménage.

Quand Dieu nous bouscule, il n’est pas aveugle. Il sait nuancer son intervention. A nous de la découvrir comme un signe de Dieu ou comme un appel de la foi, afin d' y être sensible.

QUEL SIGNE PEUX-TU DONNER

Car nous avons besoin de signes, de preuves constatées.
C’est une de nos réactions spontanées quand le malheur, la souffrance, la mort nous frappent. Mais pourquoi ? ce qu’il fait de nous est incompréhensible venant de la part de Dieu. En tous cas, il devrait s’y prendre autrement envers nous puisqu’on dit qu’il est amour, avons-nous tendance à penser.

Dieu a donné à chacun de nous la liberté d’agir, de suivre ou non ses commandements, selon les orientations de notre propre amour. Bien souvent cette liberté devient occasion de haines entre les hommes et non pas mains ouvertes envers nos frères.

Nous connaissons nos limites humains, parce que nous sommes des créatures immergées dans une création périssable. C’est dur à entendre et plus dur encore à vivre. Nous ne pouvons nous égaler à l’infini de la perfection du Dieu Trinité.

A nous d’assumer aujourd’hui ce que nous sommes, sans oublier cette perspective qui est la nôtre : rejoindre cet infini de la vie trinitaire à laquelle nous sommes déjà appelés.

Et dans le même temps, durant ce cheminement terrestre, nous devons savoir que cette perspective ne peut se vivre sans nos frères, qui eux aussi connaissent leurs limites et attendent de connaître les signes de Dieu.

***

« Tu nous as dit comment guérir du péché par le jeûne, la prière et le partage. Ecoute l’aveu de notre faiblesse. Nous avons conscience de nos fautes. Patiemment relève-nous avec amour. » (Prière d’ouverture de la messe)

 

DIMANCHE 18 MARS 2012
QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME

 


Références bibliques :

Livre des Chroniques. 2 Ch. 36. 14 à 23 : »Sans attendre et sans se lasser, il leur envoyait des messagers. »
Psaume 136 : « Si je perds ton souvenir. »
Lettre de saint Paul Aux Ephésiens : 2. 4 à 10 : »Dieu est riche en miséricorde. »
Evangile selon saint Jean. 3. 14 à 21 : »Dieu a tant aimé le monde. »

***

Le Seigneur, malgré ce qui en apparaît à nos yeux, est miséricorde et pardon.

EXILÉS ET NON PAS ABANDONNÉS

Le monde païen qui entourait le peuple juif se présentait à ses yeux comme un monde de puissance et de facilité. Pourquoi donc vivre avec une grande rigueur morale, cette alliance qui n’apporte aucune grandeur à ceux qui sont le « Peuple choisi. »

Les infidélités à la parole de l’Alliance se multiplient. "Ils méprisaient ses paroles et se moquaient de ses prophètes."Le temple lui-même devient un lieu où les coutumes païennes contaminaient tout le rituel qui devait être l’expression de la relation intime et grandiose entre Israël et le Tout-Puissant.

« Le Dieu de leurs pères, sans attendre et sans se lasser, leur envoyait des messagers car il avait pitié de sa demeure et de son Peuple. »

Dieu n’a pas changé. Dieu agit envers nous aujourd’hui avec la même insistance, « sans se lasser ». Alors que parfois, c’est nous qui sommes lassés de répondre. Il nous paraît si lointain, si silencieux, si exigeant.

Dieu est riche en miséricorde. Il trouvera bien, un jour ou l’autre, le moyen de nous reprendre dans l’amour de ses mains pour nous faire revenir à lui. Ce sera peut-être douloureux, crucifiant, déroutant. Mais si nous avions la foi, nous pourrions y voir, malgré tout, les signes qu’il nous envoie pour nous bousculer dans notre enfermement sur soi-même, pour rebâtir, avec nous, une vie nouvelle : »Qu’ils montent à Jérusalem ! »

CE GRAND AMOUR

Dieu ne se lasse pas. La lettre aux Hébreux s’ouvre par ce rappel qui devrait nous émerveiller : "il nous a parlé à maints reprises". En ce quatrième dimanche, Saint Paul dit la même chose aux Ephésiens : »Il nous a fait revivre avec le Christ, à cause du grand amour dont il nous a aimés. » Et quelle est notre réponse ?

La grâce de Dieu nous vient par la foi dans laquelle nous vivons avec le Christ ressuscité. C’est un don de Dieu dont il nous faut déceler la richesse, la richesse infinie de sa grâce.

Ce passage des Éphésiens ne demande pas véritablement de commentaires. Il n’est pas de meilleure homélie que le silence d’une méditation sur ce texte où lEsprit Saint nous entraîne en chaque membre de phrases.

Sans précipitation, sans recherches théologiques savantes, reprenons chacun de ces quelques versets :

" A cause du grand amour … par sa bonté pour nous … c’est bien par grâce que vous êtes sauvés…

" Il nous a fait revivre avec le Christ …" et non pas sans le Christ." Par sa bonté pour nous dans le Christ …" Il nous a créés en Jésus-Christ."

C’est la conclusion même de la prière eucharistique : « Par Lui, avec Lui, et en Lui, tout honneur et toute gloire ! »

Nous devons en tirer la seule et véritable conséquence : » conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous, » Nous aimerions tellement que ce soit nous qui soyons les maîtres de nos décisions.

« La voie que nous devons suivre. » Il n’y a pas d’autres chemins que le Christ pour rejoindre la Vie et la Vérité de ce que nous sommes.

« Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière. » (Jean 3. 21)

DIEU A TANT AIMÉ LE MONDE

Dieu vit une telle intensité, un tel infini d’amour que son être ne peut être replié sur lui-même. C’est là ce que nous exprime le mystère trinitaire. Dieu est pleinement Père, celui qui engendre la vie, qui lui donne son épanouissement. "Il obtiendra la vie éternelle".

Et cette vie n'est pas à mesurer comme un temps qui n'a pas de fin. C'est la vie divine, un
épanouissement tel qu’il ne peut s’épuiser que dans cette paternité.

Et c'est pour cela qu'il nous a envoyé celui qui est pleinement fils, engendré, non pas créé, tellement expression de l’amour qui est en Dieu qu’il en est le « logos », la Parole même.

Une Parole unique, parce que Dieu ne peut être divisé en lui-même : il n’y a qu’un seul Dieu. Mais, dans le même temps, cette Parole est amour et vie. Il est Parole parce qu'il ne peut s’enfermer dans le silence mais qui doit engendrer un monde nouveau parmi les hommes, "la richesse de sa grâce..."

Dieu est tellement amour qu’il est Fils et Esprit. Dieu est tellement amour qu’il le donne au monde. Il le donne par celui-là même qui est l’identique de sa paternité divine.

Dans cet évangile, comme pour la lettre de saint Pau
, il faut nous laisser entraîner dans une méditation, qui, même avec les faux-pas de notre vie, conduira notre recherche à être plus proche du mystère trinitaire.

« La lumière est venue dans le monde", nous dit l'évangile. Laissons-nous aveugler, simplement, en toute vérité. C’est ainsi que nous viendrons à la lumière. Ce ne sont ni les raisonnements, ni les grandes phrases qui peuvent expliquer ce mystère. « Cela ne vient pas de nos actes », nous disait tout à l’heure saint Paul (Ephésiens 2. 9). C'est par notre foi, c'est par sa grâce.

Elle nous permettra, dans une vision intérieure, de « voir » Dieu : »Celui qui voit le Fils, voit le Père », disait Jésus à ses apôtres, quelques heures avant sa passion, quelques jours avant sa résurrection.

***

La prière après la Communion, au moment même où nous rendons grâce de cette divine présence en nous résume, ces réflexions difficiles à exprimer par les mots humains qui nous sont habituels et qui sont usés par leur usage.

« Dieu qui éclaires tout homme venant dans ce monde, illumine nos cœurs par la clarté de ta grâce, afin que toutes nos pensées soient dignes de toi et notre amour de plus en plus sincère. » (prière après la communion)

 

DIMANCHE 25 MARS 2012
CINQUIÈME DIMANCHE DE CARÊME

 


- Références bibliques :

Lecture du prophète Jérémie. 31. 31 à 34 : »Je l’inscrirai dans leur cœur. »
Psaume 50 : »Renouvelle et affermis en moi mon esprit. »
Lettre aux Hébreux : 5. 7 à 9 : » Il a appris l’obéissance par les souffrances de sa passion. »
Evangile selon saint Jean : 12. 20 à 33 : »Là où je suis, là aussi sera mon serviteur. »

***

LE GRAIN TOMBÉ EN TERRE

Nous sommes tous et chacun, d’une manière ou d’une autre, en « quête de sens » pour la réalisation de notre existence et de notre personnalité. Mais nous ne pouvons pas la mettre en œuvre seul. Ce ne serait bientôt qu’un repli sur soi-même et donc une solitude.

Il nous faut accepter et assumer le fait que nous vivons dans un monde auquel nous sommes intimement liés, qu’il s’agisse de la nature, de notre corps, des hommes nos frères.

Le grain tombé en terre a besoin, pour germer, d'une terre et non d'une pierre, il a besoin de la lumière du soleil et de l'eau pour sa sève enrichie la fertilité du sol.
Il n’y a de vie et de vitalité qu’en harmonie avec eux tous.

Seul un échange permanent, lucide et généreux est créateur de vie et cet échange nécessite bien des sacrifices pour unir nos points de vue et nos orientations, pour communier en une même réalisation. « Qui garde sa vie pour lui, la perdra. »

En s’incarnant, le Verbe de Dieu, a assumé notre nature, avec toutes ses composantes, y compris sa déchéance et ses limites, hormis le péché et tout ce qui y incline. Nous l’avons vu lors des tentations au désert.

Il assume cette condition d’homme, y compris la souffrance et la mort, pour lui communiquer la Vie éternelle dans la participation active par la grâce de sa divinité. La divinité du Christ devient nôtre avec son humanité parce que cette humanité, parfaitement libre est intimement lié à l'agir divin incréé. Il avait traduit cela, à 12 ans, dans sa réponse à la Vierge Marie. : »Je dois être aux affaires de mon Père". "Ton gamin, Marie, c'est Dieu", comme le traduisit un jour un prédicateur à ses paroissiens du village.

QU’IL ME SUIVE

« Là où je suis sera mon serviteur », Notre vie sera en Christ dès que nous sommes ses serviteurs. Ce n’est pas à entendre au sens de « demain, plus tard, un jour, au-delà de notre mort. » Selon le contexte, c’est aujourd’hui, là où je suis aujourd'hui. C’est donc placer notre vie là où vit et comme il vit.

En conséquence, il nous faut actualiser sa pensée pour la faire nôtre, partager les décisions de sa volonté pour les transposer dans notre comportement, entendre sa parole pour la communiquer à nous-mêmes et à nos frères, accomplir ses gestes d’amour pour que les nôtres soient porteurs de grâce comme le furent les siens.

La divinisation du chrétien comme celle de l’humanité du Christ se réalise par l'actualisation de l’amour qui est union des volontés divine et humaine.

Et c’est alors que nous sommes confrontés à la croix, parce qu’elle est l’acte plénier qui assume l’humanité. Selon le mot à mot du texte grec de saint Jean : « Il a appris, de ce qu’il a souffert, l’obéissance, et, parvenu à son accomplissement, il devint pour tous qui lui obéissent cause du salut éternel. » Le terme grec « obéissance » s’entend au sens actif, ce n’est pas une soumission aveugle, c’est un consentement. De même « Accomplissement » ne signifie pas réaliser, mais conduire à son terme, à sa fin, à son but. (teleiôtheis dit saint Jean)

MAINTENANT JE SUIS BOULEVERSÉ

« Là où je suis. « En évoquant devant ses disciples la situation où il se trouve à cette heure, ce qui l’attend et le conduira aux souffrances de la Passion, le Christ est troublé, bouleversé.

« Là où je suis.» …. »Que puis-je dire ? » …"Dirai-je ? ..." Mais non"...C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure … » Il nous faut méditer ce questionnement sur sa propre conduite, la méditation d'une prière silencieuse et contemplative de la volonté de Jésus en ce moment où s’interfèrent en Lui les volontés humaine et divine afin que la Gloire de Dieu soit accomplie.

Dieu se sert des événements de notre humanité pour agir. Nous disons même parfois "à sa guise." Mais en fait l’amour en est la raison d’être. Le Christ, en tant qu'homme, est bouleversé, il est comme hésitant sur la décision à prendre. Le Christ, Verbe de Dieu, partage cet amour trinitaire.

Dans nos propres hésitations, l’espérance devrait être au cœur de nos épreuves, mais elle est difficile à vivre, même si nous savons que l'humain en nous s’unit au spirituel.

Pour Jésus qui s'est décidé, une voix se fait entendre qui est alors non seulement une confirmation de la mission salvatrice, mais aussi le témoignage de la communion du Père et du Fils dans une même volonté. A Gethsémani, il se heuretra au silence de Dieu et de ses disciples.

Le Père avait ratifié au Jourdain la volonté de Jésus de s’identifier pleinement aux hommes pécheurs. Au Thabor, à la Transfiguration, il avait confirmé aux trois apôtres et à son Eglise, la nature humano-divine de celui à qui ils s’étaient donné.

Aujourd’hui, devant la foule, au seuil de la Passion, le Père donne, à ceux qui en sont et seront les témoins, le sens de la vie de Jésus, menée sur les routes de Palestine, puis jusqu’au Calvaire.: »Je l’ai glorifié. Je le glorifierai encore. »
Un jour, pour nous aussi, nous entendrons cette voix.

EN QUÊTE DE SENS

L’acceptation, par le Christ, de la souffrance et de la mort a été un acte humain mais par son humano-divinité, il fut capable de changer radicalement leur sens. Il n’a pas assumé une nature humaine idéale. Il a assumé notre nature « en état de mort ». « Il fallait ramener de la mort à la vie notre nature entière », dit saint Grégoire de Nysse (5ème siècle)

Il nous faut donc mettre la croix de Jésus au centre de notre vie. La croix de Jésus n’est pas seulement un instrument de souffrance, mais aussi et surtout un instrument de victoire, celle du don total d’une volonté par delà les conditions humaines.

"Quand j'aurai été élevé de terre ..." Ce sont ses dernières paroles, à ce moment-là, sur la croix, il pourra dire ces dernières paroles :" Tout est accompli. » (Jean 19. 24), et par la conversion du "bon larron, il confirmera :" J'attirerai à moi tous les hommes."

"Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive?"
Il nous faut mettre la croix au centre de notre vie, car elle fait du sacrifice de Jésus le centre de notre vie, de notre volonté, de nos sentiments.

Regarder les hommes et les choses du point de vue de la croix, se persuader que rien n’est plus important au monde que le sacrifice du Christ éternellement présent et offert en sacrifice dans la liturgie eucharistique, c’est une vision qui exige de notre part un changement radical de notre vie.

Le jour où l’homme comprend la « centralité » de la croix, sanglante et rayonnante au jour de la Résurrection, il comprend pourquoi Jésus a répété « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire ? » (Luc 24. 26) La mise au tombeau est le dernier acte de son humanité dans le même temps qu’elle les prémices de la Résurrection.

C’est en cela que s’accomplira notre « quête de sens. »

« Morts au péché, vivants pour Dieu dans le Christ Jésus … de même que le Christ a été ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchons en nouveauté de vie. « (Romains 6. 4) « Là où je suis, sera aussi mon serviteur." Et l'évangile de ce dimanche débouche sur le temps de la Passion et de la Semaine Sainte."

***

« Que ta grâce nous obtienne, Seigneur, d’imiter avec joie la charité du Christ qui a donné sa vie par amour pour le monde. » (prière d’ouverture de la messe)

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