Méditations dominicales

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En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon son "charisme",
une ou plusieurs méditations .

Chaque auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


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Dimanche 29 octobre : Trentième dimanche du temps ordinaire
Mercredi 1 novembre : Fête de tous les saints
Dimanche 19 novembre : 33ème du temps ordinaire







DIMANCHE 29 OCTOBRE 2017
TRENTIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


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Lectures bibliques :

Du livre de l’Exode : 22.20 à 26 :"Je suis compatissant."
Psaume 17 : "Il m’a libéré car il m’aime."
Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Th. 5 à 10 :"Afin de servir le Dieu vivant et véritable."
Evangile selon saint Matthieu : 22. 34 à 40 :"Tout ce qu’il y a dans l’Ecriture, la Loi et les Prophètes, dépend de ces deux commandements."

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DIEU AVANT TOUT

Ce docteur de la Loi, qui pose une nouvelle question à Jésus, ne l’entraîne pas dans des domaines du comportement politico-religieux de dimanche dernier, entre César ou Dieu. Il semble vouloir vérifier l’orthodoxie fondamentale de ce Jésus qui s’en va et s’en vient avec les femmes de mauvaises vies, qui va déjeuner avec n’importe qui, qui outrepasse la Loi en se disant "Maître du sabbat" (Matthieu 12.8)

Ce questionneur semble représenter la tendance stricte du pharisaïsme. Il n’y a qu’un seul Dieu. Il n’y a qu’un seul grand commandement qui se trouve dans le "Shema Israël" que tout juif pieux doit réciter plusieurs fois par jour. (Deutéronome 6. 4) Dieu est le seul et nul ne peut contester cette priorité absolue. L’interprétation rigoriste de ce texte suppose que l’amour que l’on porte à Dieu se résume à la prière et au culte. Tout le reste est, sinon secondaire, du moins "inessentiel".

Parmi les centaines de prescriptions de la Loi, il n’est pas d’autre loi plus fondamentale sinon celle-là. Demander à Jésus d’envisager une autre "grande" prescription, c’est le contraindre à un choix qui sépare, à une préférence qui exclut.

L’AMOUR NE PEUT EXCLURE

Jésus ne s’esquive pas par une réponse à double sens. Il ne s’enferme pas dans la seule affirmation du Deutéronome, comme veut l’obliger le pharisien. Il prend la Torah dans son ensemble et il appuie sa réponse sur le Livre du Lévitique (Lév. 19) où se répète comme un refrain cette affirmation " Je suis Yahvé, votre Dieu ! ... tu aimeras ton prochain comme toi-même, je suis Yahvé !"

Le pharisien qui a tronqué la Parole de Dieu, en la réduisant à une seule n’est pas dupe en entendant l’affirmation de Jésus s’ouvrir à toute la Torah. L’Ecriture forme un tout :"Tout ce qu’il y a dans l’Ecriture dépend de ces deux commandements." L’amour de Dieu et le culte qui doit lui être rendu, sont inséparables de tous ces préceptes révélés dans le Lévitique. Il ne donne pas priorité de l’un sur l’autre. "Voici le second qui lui est semblable".

Il n’y a qu’un seul et même amour qui signifié dans l’un comme dans l’autre texte. Jésus ne restreint pas, il ouvre la Loi et les Prophètes, ces prophètes qui ont toujours lié l’authenticité du culte au "droit et à la justice", comme l’a dit le livre du Lévitique. Dès le début de sa prédication, Jésus l’avait affirmé ainsi : rien ne peut être supprimeé de la Loi. Elle doit être reçue dans sa plénitude (Matthieu . 18)

VOUS SEREZ SAINTS COMME JE SUIS SAINT

La réponse de Jésus manifeste ainsi l’écart entre l’univers clos des pharisiens et l’ouverture extraordinaire qu’offre la Bonne Nouvelledu Christ. La jonction du premier et du deuxième commandement "qui lui est semblable" donne la clé non seulement de toute la Loi et des prophètes, mais dans le même temps de sa propre vie de Messie et Sauveur puisque, dans sa mort, il va donner à son message la preuve ultime de cette unité de Dieu avec les hommes. "Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique » (Jean 3. 16)... Il nous a donné son Fils unique qui offre sa vie à son Père pour le salut de tous les hommes.

L’amour en Dieu est inséparable de l’amour qu’il porte à ses enfants, à tous ses enfants qui sont nos frères. Comment pourrions-nous manifester à Dieu notre reconnaissance pour l’amour que nous recevons de lui dans ce don gratuit, sinon en le partageant avec nos frères ? Comment prétendre aimer Dieu si nous n’aimons pas comme il aime, ce qu’il aime, et ceux qu’il aime, c’est-à-dire nos frères "image de Dieu" ? « Celui-là est un menteur », nous rappelle saint Jean (1 Jean 4. 20)

COMME SOI MEME

Ce « comme soi-même » n’est pas une invitation à l’égocentrisme. Saint Luc, évoquant cette même question du pharisien, va nous entraîner jusqu’à la parabole du Bon Samaritain dans la réponse à :"Qui est mon prochain ?" (Luc 10. 26) Il nous donne ainsi une lecture et une interprétation.

Le "comme soi-même" est en effet une excellente référence pour juger de l’amour que l’on porte à Dieu et à nos frères. Dans la Bible, il n’y a nulle part de commandement qui demande de s’aimer soi-même. Mais il y a la règle d’or de saint Matthieu 7. 12 : "Tout ce que vous voudriez que les hommes fassent pour vous, pareillement vous aussi, faites-le pour eux. C’est cela la Loi et les Prophètes". La même affirmation que dans la discussion sur les deux commandements.

L’expérience porte conseil. Quand on a été soi-même éprouvé, on sait bien qu’il ne suffit pas d’entendre :"Ah oui, je connais çà moi aussi ..." pour se sentir compris et aimé. Il nous faut partager un amour qui engage tout l’homme et tous les hommes, à commencer par soi-même. Car, déjà, s’aimer soi-même, s’assumer dans la joie, n’est pas si simple.

Le « comme soi-même » n’est ni un repli ni une suffisance autosatisfaite qui conduiraient, l’une comme l’autre, à la solitude désabusée et douloureuse. C’est le don qui est source de lajoie. L’amour donné au prochain nous apprend le sens profond de notre propre bonheur, comme l’amour que Dieu nous porte, nous apprend le sens profond de propre bonheur. Le Christ en parle à ses apôtres au soir du Jeudi-Saint :"Demeurez en mon amour. Comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et demeure en son amour. Je vous dis cela pour que la joie, la mienne, soit en vous et que votre joie trouve sa plénitude." (Jean 15. 10 et 11)

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L’art des fausses questions pratiqué par les pharisiens n’a pas disparu de nos jours, même s’il prend des formes plus subtiles en justifiant n’importe quel comportement sous prétexte qu’il n’y a pas de solution satisfaisante. Les situations de notre temps sont sans doute complexes. On vote même des lois générales pour que les comportements particuliers soient ainsi justifiés. L’amour ne sera jamais remplacé par un simple et précaire pacte de solidarité. L’amour est un don total.

En liant les deux commandements, le message du Christ demeure la clé de la compréhension de ce que nous sommes. "Regarde, Seigneur, le visage de ton Christ et souviens-toi qu’il s’est livré pour le salut de tous. En Lui qui t’a glorifié jusqu’à t’offrir sa vie, fais-toi reconnaître comme le Dieu d’amour, d’une extrémité du monde à l’autre. Que tous les peuples de la terre fassent monter vers toi l’action de grâce de Jésus ton Fils, notre Sauveur." (Oraison de ce dimanche sur les offrandes)





MERCREDI 1 NOVEMBRE 2017
FETE DE TOUS LES SAINTS




Une foule immense, qui, sans les connaître ni les avoir entendues ont vécu les béatitudes et la « chance » qu’elles donnent à ceux qui les mettent en pratique. »

Quelle chance vous avez d’avoir fait cela … Chanceux, comme l’ont dit en Québecois ou dans les villages de France.« 

Mais qui sont-ils ceux qui viennent de tous ces horizons ?

Combien de Marie Madeleine, à qui le Christ peut dire : »Il leur sera beaucoup pardonné parce qu’elles ont beaucoup aimé »…luc 7.47 » « Les prostituées vous précéderont dans le Royaume… » Mt 21.31

Combien de Zachée, de profiteurs et d’escrocs, qui lui ont ouvert leur cœur ?: »Descend vite, je vais chez toi… »Chez un pécheur il est allé loger »Luc 19 .7

Combien de condamnés dans les mines romaines, les camps de concentration ou les goulags, oubliés des hommes ? « Souviens-toi de moi dans ton Royaume… »Aujourd’hui même… »Luc 23.43

Combien de Pharisiens qui un jour ont recueilli le Christ victime de l’amour au pied de sa croix. ? Jean 19.39

Combien d’incroyants qui, sans être saint Pierre à Césarée de Philippe et sans que nous le sachions, lui ont dit : »Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu. »Marc 15.39

Le ciel est peuplé de non conformistes.

Et les autres quand ont-ils découvert cela ? le chaman de Sibérie ou le nomade du Sahara, le shinto du Japon ou l’hindou des bords du Gange, l’Inca de la Cordillère des Andes et l’aborigène de l’Australie, Spartacus et les esclaves crucifiés et tant de milliards d’autres qui n’ont jamais entendu la parole de l’Evangile, mais qui l’ont vécu car la grâce de Dieu ne peut négliger les enfants qu’il a éveillés à la vie.

Toi qui es la source de toute sainteté .. » (PE II) « Toute la création proclame ta louange, car c’est toi qui donnes la vie, c’est Toi qui sanctifies toutes choses. » (PE III)

« Souviens-toi de tous les hommes qui ont quitté ce monde et dont tu connais la droiture, reçois-les dans ton Royaume où nous espérons être comblés de ta gloire ensemble et pour l’éternité » (PE III)

Bienheureux les pauvres de cœur, car ils peuvent accueillir le don de sa vie, car tout vient de Dieu. Ils ont remis leur vie entre les mains du Père, dans l’attitude du pauvre qui a tout à recevoir.

Et les fruits de ce don qu’ils ont accueilli, c’est la paix intérieure et une plus grande liberté.

Ils avaient reçu son souffle de vie et son souffle d’amour . Ils ont accueilli ce grand mystère, sans savoir qu’il était le mystère même de la vie trinitaire.

Heureux ceux qui ont soif et faim de la justice, ils seront rassasiés.

Le secret des saints, de tous les saints, c’est de devenir collectionneurs de positif, de vivre avec enthousiasme, intensément, avec la passion de Dieu.

Ils n’ont pas attendu les conditions idéales. Ils sont partis sur le chemin que Dieu leur a ouvert. Pas à pas, comme si chaque jour était le premier du reste de leur vie. Et puis un jour, ce premier jour fut le premier de la vision totale de ce Dieu vers qui ils marchaient, parfois à tâtons, parfois en tombant. Le Christ est bien tombé sur son chemin de croix.

Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde.

Ils ont pris le risque d’aimer et de porter en eux et autour d’eux la joie d’être enfants de Dieu. Les saints ne sont pas des statues de plâtre, ils sont des vivants. Et puis un jour, ils ont découvert que leurs manquements à la morale ont moins d’importance que les manquements à l’amour. « Il lui est beaucoup pardonné parce qu’elle a beaucoup aimée. (Luc 7.47)

Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu

Par de simples gestes d’amour, ils ont fait jaillir la vie dans les cœurs.

Ils ont ainsi participé au don de la vie que Dieu fait à tout homme. Et pour cela ils l’ont accueillie en eux, en assumant cette merveille que d’être fils et filles de Dieu, avec les richesses qu’Il leur a données, avec les faiblesses que la force de la grâce et de l’Esprit-Saint leur a fait surmonter.

Ils sont devenus semblables à Lui, imparfaitement sans doute. Mais le salut leur est donné par notre Dieu et par l’Agneau. Ils seront éternellement semblables à Lui parce qu’ils le verront tel qu’il est.

Si Dieu ne pardonnait pas, son Paradie resterait vide ....

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DIMANCHE 5 NOVEMBRE 2017
TRENTE ET UNIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE.

Lectures bibliques :

Livre de Malachie : 1.14 à 2.10 : "N’avons-nous pas tous un seul Père ?... Pourquoi nous trahir les uns les autres."
Psaume 130 : "Je ne poursuis ni grands desseins ni merveilles qui me dépassent."
Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Thes.2. 7 à 13 :"Non pas une parole d’homme, mais la parole de Dieu qui est à l’oeuvre en vous."
Evangile selon saint Matthieu : "Le plus grand parmi vous sera votre serviteur."

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SOYEZ LOGIQUES

Ne faisons pas dire aux paroles de Jésus autre chose que ce qu’elles expriment au moment où il les prononce et à l’égard de qui il prend position.

Il ne récuse pas l’autorité des scribes et des pharisiens. Quand elle s’appuie sur l’autorité de Moïse et qu’ils l’enseignent d’une manière authentique, on ne peut mettre en doute la valeur de cet enseignement. "Pratiquez donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire."

Ce qui est en cause, c’est la manière dont ils vivent cette Loi qu’ils enseignent. "Ils disent et ne font pas." ou, plus exactement ils pervertissent l’Alliance dont ils sont les témoins et les messagers. Malachie ne dit pas autre chose aux prêtres de son temps :"Vous avez perverti mon alliance avec vous. Vous n’avez pas suivi mes chemins. Vous avez agi avec partialité en accommodant la Loi."

RESTEZ DONC A VOTRE PLACE.

Par leur manière d’agir, en effet, les Pharisiens du temps de Jésus trahissent le Peuple de Dieu dont ils sont les membres, sans n’être rien de plus que les autres, sinon le fait d’être des serviteurs de la Loi. Or ils agissent comme séparés de ce Peuple, se jugeant dispensés des exigences qui les concernent tout autant.

C’est trahir leur appartenance au même Peuple de Dieu, pour reprendre l’expression de Malachie : "Nous trahir les uns les autres". (Malachie 2.10) Grande est leur responsabilité puisqu’ils doivent en être les serviteurs :"Le plus grand parmi vous sera votre serviteur."

« Nous n’avons qu’un seul Père, qui est dans les cieux », ne prenez pas sa place. Pour cette raison, le reproche du Christ est grave. Non seulement ils ne sont plus les serviteurs de la Loi, mais ils l’utilisent à leur service en se parant de titres qui ne sont dûs qu’à Dieu. Plus encore ils agissent en son lieu et place par des commandements qu’ils ajoutent aux commandements de la Loi donnée par Dieu.

Dieu seul est saint, Dieu seul est grand, Dieu seul est Seigneur, Dieu seul doit avoir la place d’honneur, Dieu seul est celui qui nous donne la connaissance, non par une "parole d’homme, mais par sa parole qui est à l’oeuvre en nous". (1. Thes. 2.13)

LA MANIERE D’AGIR DU CHRIST

Le vrai message de l’évangile de ce dimanche ne se réduit pas à une question de vocabulaire. Il n’est pas de cesser de saluer un prêtre du nom de « Père » ou un religieux du nom de « maître des novices ». C’est pour chacun de vivre au quotidien le reflet de l’amour de Dieu tel que le Christ nous l’a reflété en sa vie.

Pour le Christ, l’autorité n’est pas ni un pouvoir, ni un privilège. Elle doit être humblement assumée pour servir les autres. Ce fut ainsi qu’il agit lui-même au soir du Jeudi-Saint, alors qu’il commençait l’ultime phase rédemptrice de sa Passion. Le geste du lavement des pieds de ses apôtres est «signifiant». «Je vous ai donné un exemple.» (Jean 13.15)

Si nous mettons en synoptique saint Paul aux Philippiens, les attitudes de Jésus durant les heures de sa Passion et les remarques du Christ aux Pharisiens, nous recevons tout un enseignement à transposer pour le vivre à notre tour.

"Avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous-mêmes. Que personne ne recherche son propre intérêt, mais que chacun veille à celui des autres. Comportez-vous entre vous, comme on le fait quand on connaît le Christ Jésus. Lui qui est de condition divine, il n’a pas considéré cela comme une proie pour être en égalité avec Dieu. Il s’est vidé de lui-même (ékénosein, en grec) prenant la condition d’esclave, devenant semblable aux hommes et reconnu comme tel parmi les hommes. Il s’est abaissé lui-même devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix." (Philippiens 2. 5 à 11)

CONTRAINTE ET LIBERTE

Le contraste entre les Pharisiens et Jésus est «signifiant» jusque dans ses conséquences.

Les Pharisiens utilisent leur pouvoir pour enfermer leurs frères dans des contraintes qui les rendent incapables d’accomplir la Loi authentique. Elle devient une entrave à leur liberté, enfermés qu’ils sont dans le savoir de ces spécialistes. Il n’y a pas d’autres «maître à penser» que Dieu. C’est abuser de sa fonction d’enseignant que de s’ériger en maître parce qu’on est chargé de transmettre la Parole, la pensée et la volonté de Dieu.

L’autorité de Jésus est tout autre. Elle est exclusivement au service de la libération des hommes :"La vérité vous rendra libres." (Jean 8. 32) Il pardonne, il guérit, il remet debout, il redonne un avenir, une chance, une capacité d’être responsable. Et s’il propose l’exigence de la Loi, c’est pour donner un guide qui permette de se conduire sur le chemin de la vraie vie. "Je vous dis cela pour que votre joie soit complète". (Jean 15. 11)Il suffit de regarder s’épanouir la Samaritaine, Zachée, Marie-Madeleine, les aveugles, les mendiants.

UN MESSAGE POUR NOTRE TEMPS

Fils d’un même Père, frères au service les uns des autres, cette attitude se doit d’être vécue aujourd’hui. La question de l’autorité n’a rien perdu de son autorité. Les déviances sont dans notre société avec le pouvoir, les "influences" et l’argent. C’est vrai aussi dans le domaine religieux quand les motivations utilisées deviennent dominatrices dans les déviances des sectes.

L’inquiétude, la précarité, la solitude de nos frères sont les signes que nous avons un peu oublié l’Evangile. Notre mission est d’être frères, serviteurs de nos frères. C’est d’être humblement à l’écoute des tâtonnements de chacun, sans lui asséner nos fallacieuses certitudes de "maîtres". C’est d’apporter convivialité, chaleur humaine et paix intérieure à ceux qui cherchent un peu de paix auprès de nous.

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"Comportez-vous entre vous comme on le fait quand on connaît Jésus-Christ." nous dit saint Paul (Philippiens 2. 5).

A quoi peut aboutir le fait d’être au premier rang, de recevoir des grandes salutations, d’être chargé de titres pompeux ?

"De plus en plus, Seigneur exerce en nous ta puissance, afin que, fortifiés par tes sacrements, nous devenions capables, avec ta grâce, d’entrer en possession des biens qu’ils promettent" c’est-à-dire l’essentiel qui est de partager la vie divine, avec notre Père du ciel et nos frères de la terre. (Prière après la communion)

 


DIMANCHE 12 NOVEMBRE 2017
TRENTE-DEUXIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lectures bibliques

Du Livre de la Sagesse : 6. 12 à 16 :"Elle se laisse aisément contempler."
Psaume 62 : "Comme par un festin, je serai rassasié."
Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Thes.4. 13 à 18 :"Dieu, à cause de Jésus, les emmènera avec son Fils."
Evangile selon saint Matthieu : 25. 1 à 13 :"Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui."

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Les lectures dominicales de ce mois de novembre sont toutes orientées vers notre rencontre de Dieu par le Christ Jésus et par la responsabilité qui est la nôtre dans cette démarche en vue de participer à la vie du Royaume, au jour où il viendra nous y appeler à le rejoindre.

UNE ATTENTE

Dans la parabole des dix jeunes filles, Jésus nous propose une réflexion sur la vigilance qui doit être l’attitude spirituelle fondamentale de tout croyant qui se prépare au banquet des noces éternelles. Dieu peut nous sembler lointain, si lointain même parfois, qu’il nous paraît absent.

Si la réalité de cette présence peut nous paraître irréelle en effet, ou du moins irréalisable, elle n’en reste pas moins réelle et réalisable. Tout priant, tous ceux qui oeuvrent pour la justice et pour la paix, tous ceux en qui brûle le feu d’un amour offert aux autres et à Dieu, tous ceux-là irriguent la terre et rejoignent le Christ en sa sainteté. Ils le rejoignent parce qu’unis à l’offrande de sa vie, ils participent ainsi au salut du monde et à la Résurrection du Seigneur.

UNE ATTENTE VIGILANTE

Elle ne peut être une attente angoissée ou fiévreuse. Pour en saisir toute la richesse, il nous faut apprendre à maîtriser nos impressions qui sont faites de crainte vis-à-vis de Dieu. Le message évangélique ne doit pas générer en nous l’idée d’une catastrophe finale au seuil de la vie éternelle qui nous est offerte. Nous savons qu’il est amour, tendresse et miséricorde.

Cette perspective devient source de notre joie, au travers des contradictions nées de nos faiblesses et de nos fautes, car il nous invite à une toute autre attitude. Partant de l’exemple tout simple et de bon sens du devoir de prévoyance dans les affaires matérielles, Jésus nous montre bien que l’angoisse et l’affolement sont le propre des insensées, des imprévoyantes qui sont surprises et désemparées devant l’événement. Celles qui surent prévoir, se sont aussi endormies, non dans l’insouciance, mais dans la paix et la sérénité. L’assurance de n’être pas prises au dépourvu leur donne le calme au moment du réveil.

UNE ATTENTE D’AMOUR

Nous vivons déjà en lui, par lui et avec lui les activités quotidiennes de notre vie humaine et spirituelle. La préparation de la rencontre dernière et définitive est d’un autre ordre que l’acquisition d’assurances, puisqu’elle est dictée par une attente d’amour, de fête et de joie à venir. L’important est d’être prêt. Nous avons donné à notre vie une orientation qui corresponde à l’Evangile. Attendre avec nos lampes allumées, cela veut dire : vivre une authentique relation à Dieu en le servant chaque jour, en l’accueillant dans le service de nos frères.

D’autres que nous, en vivant pleinement leur vocation d’homme, vivent aussi l’Evangile sans le savoir, sans en avoir conscience, sans avoir reçu la grâce de la lumière. « Rappelle-toi, Seigneur qui cherchent avec droiture... ceux dont toi seul connais la foi." Le Fils de l’Homme reconnaîtra comme siens ceux qui l’ont servi à travers leurs frères (Evangile du dimanche 21 novembre).

UNE ATTENTE FIDELE

Ce service quotidien n’implique donc pas la peur puisqu’il est fait d’une fidélité à notre vocation, telle que Dieu nous demande de la réaliser. La vigilance, c’est de prendre en compte ce que nous sommes et d’en assumer les responsabilités. On ne prépare le ciel qu’en étant attentif à ce que nous avons à vivre sur la terre.

Ceux qui sont passés à côté du prochain sur le chemin de Jéricho à Jérusalem, qui est la Cité de Dieu (Luc 10. 33) , sont ainsi passés à côté de Dieu sans le reconnaître et sans l’accueillir malgré toutes ses invitations. Ils n’ont pas partagé, dans leurs attitudes, l’essentiel de l’attitude de Dieu à l’égard de leurs frères.

Si nous l’avons partagée, nous devenons icône du Christ "qui a vécu notre condition d’homme en toute chose, excepté le péché, annonçant aux pauvres la Bonne Nouvelle du salut, aux captifs la délivrance, aux affligés la joie."(prière eucharistique n°4)

Nous y trouverons la paix intérieure et la joie, accueillant le Maître à son retour, sans avoir laissé s’éteindre la flamme de l’amour. Le Père nous introduira en sa demeure, reconnaissant en nous l’icône de son Fils.

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"A nous qui sommes tes enfants, accorde l’héritage de la vie éternelle, où nous pourrons, avec la création toute entière, enfin libérée du péché et de la mort, te glorifier par le Christ notre Seigneur, par qui tu donnes au monde toute grâce et tout bien." (prière eucharistique n°4)

« Dieu qui es bon et tout-puissant, éloigne de nous tout ce qui nous arrête, afin que sans aucune entrave ni d’esprit ni de corps, nous soyons libres pour accomplir ta volonté. » (Prière d’ouverture de ce dimanche)

 

DIMANCHE 19 NOVEMBRE 2017
TRENTE-TROISIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE.

Lectures bibliques

Du livre des Proverbes : 31. 10 à 31: "Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre."
Psaume 127 : " Tu te nourriras du travail de tes mains."
Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : 1 Thes. 5. 1 à 6 :" Vous êtes tous des fils de la lumière. Nous n’appartenons pas à la nuit."
Evangile selon saint Matthieu : 25. 14 à 30 : "Entre dans la joie de ton maître."

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LE TEMPS DE L’ABSENCE

Matthieu et Luc rapportent une parabole semblable. Pour saint Luc, les serviteurs se voient confier des responsabilités plus grandes. (Luc 19. 12 à 27) Saint Matthieu l’envisage comme précédent le Jugement dernier. "Entre dans la joie de ton maître", est-il répété par deux fois.

La leçon est claire, l’absence du maître représente celle de Dieu durant la vie terrestre. Son retour est à la fin des temps. La question posée alors par saint Matthieu est de savoir ce que les serviteurs ont fait de ce qu’ils ont reçu et de ce temps accordé.

Le retour du Seigneur est une certitude de la foi. Le temps de l’absence du Seigneur est, en fait, le temps d’une absence apparente et ne peut devenir un temps mort. Il doit être, au contraire, le temps où nous devons développer les dons, "les talents" reçus et qui ne sont pas les nôtres. La liturgie le dit à maintes reprises :« Nous ne pourrons jamais t’offrir que les biens venus de toi ». (1er dimanche de l’Avent)

UNE REPONSE DURANT L’ATTENTE

Cette grâce de Dieu ne couvre pas seulement de simples dispositions naturelles à cultiver. C’est déjà beaucoup que de ne pas les gaspiller dans l’égoisme, l’enfermement sur soi-même, le narcissisme, le plaisir, le péché. Ces dons de Dieu sont d’une autre dimension et d’un autre enjeu puisqu’ils sont destinées à épanouir toute notre vie, non seulement humaine et spirituelle, mais aussi surnaturelle. non pas seulement pour nous-mêmes, mais pour le monde que Dieu nous a confié.

Les deux premiers serviteurs de la parabole ont mis en valeur les talents en utilisant ce temps de l’absence. Ils les ont augmentés par leurs efforts, leur savoir-faire et leur dévouement à la pensée du maître.

Ils savaient qui il était et ce qu’il attendait d’eux. Ils l’ont réalisé en toute confiance, à la différence du troisième serviteur.

UN MAITRE QUI SAIT AIMER

En recevant cette parabole, nous sommes devant la même question que ces deux serviteurs fidèles :"Qu’attend-il de nous, ce Dieu d’amour et de miséricorde ?" Que faisons-nous de notre vie ?

L’attitude du troisième serviteur nous donne une réponse particulièrement provoquante. Dieu serait-il pour nous un maître qui nous paralyse de peur ou qui, par son absence apparente, devient étranger aux motivations qui conduisent notre vie ? Ou bien encore, n’avons-nous comme but que d’éviter un châtiment futur en sauvegardant le minimum, sans d’autre souci que de conserver le bien confié et de ne pas nous embarrasser de tout effort qui diminuerait ainsi notre bien-être matériel, et même spirituel. Dieu est-il à ce point si absent de notre vie ? Dieu est-il un adversaire dont nous ne voulons pas dépendre ?

Par contre si Dieu est tel que nous le révèle Jésus, il est un Père dont l’amour n’a pour dessein que de nous inviter à partager la joie de son Royaume. Il nous invite à mettre en oeuvre toute notre énergie pour déployer, en toute confiance et dans la pleine liberté, les dons qu’il nous a confiés.

UN DYNAMISME RESPONSABLE

Cette dépendance que nous vivons par rapport à Dieu n’est pas la soumission passive à une autorité arbitraire. Et c’est là le paradoxe de la foi. Fondée sur l’amour, la dépendance qui est la nôtre vid-à-vis de Dieu, est la condition nécessaire d’une relation vivante. Elle est l’affirmation de notre fidélité en réponse à la fidélité du Seigneur. Le temps que Dieu nous donne est l’espace indispensable pour nous construire dans notre humanité responsable et atteindre la dimension divine qui doit être la nôtre en Jésus-Christ.

"Nous sommes des fils de Lumière", nous dit saint Paul dans la lecture de ce dimanche (1 Thes. 5. 5) "En Lui était la Vie et la Vie était lumière des hommes." (Jean 1. 4) A nous qui sommes lumière (Matthieu 5. 14) d’en vivre toute la réalité (Matthieu 6.22) en Jésus-Christ, lumière du monde.

La femme vaillante, dont la première lecture nous trace le portrait, ne se replie ni sur elle-même ni sur sa vie familiale. Si elle donne le bonheur à son mari, si elle "travaille avec entrain", dans le même temps " elle ouvre ses doigts en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux." Sa crainte du Seigneur n’est pas faite de peu. Elle est toute imprégnée d’amour.

Il en est ainsi sur le chemin de la vie que parcourt le croyant. Il prend conscience de son extrême faiblesse d’homme pécheur par rapport à la grandeur infinie de Dieu. Il progresse dans l’accueil de la main que Dieu lui tend par ses frères. Confiant et libéré de sa peur, il trouve "avec entrain" un nouveau dynamisme dans son action. "Accorde-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité..." (prière d’ouverture de ce dimanche)

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Le serviteur qui a enterré son talent, a aussi enterré toute sa joie confiante. Ceux qui ont misé sur la confiance de leur maître, découvrent l’accueil de la joie. "Nous n’appartenons pas à la nuit. Nous sommes des fils de la lumière."

Ils ont remis à leur maître ce qu’il leur avait confié et plus encore. A nous de vivre dans la même attitude : "Que l’offrande placée sous ton regard nous obtienne la grâce de vivre pour toi et nous donne l’éternité bienheureuse." (Prière sur les offrandes de ce dimanche)

 

‘DIMANCHE 26 NOVEMBRE 2017
LE CHRIST, ROI DE L’UNIVERS

Lectures bibliques : Lecture du livre d’Ezékiel. 34. 11 à 17 :"C’est moi qui ferai paître mon troupeau, c’est moi qui le ferai reposer."
Psaume 22 :"Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer."
Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 or. 15. 20 à 28 :"Il se mettra lui-même sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis et ainsi, Dieu sera tout en tous."
Evangile selon saint Matthieu. 25. 31 à 46 :"Comme le berger sépare les brebis des chèvres."

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L’évangile de ce jour est une parabole et doit lue comme telle et non pas comme une prédiction terrifiante.

LE BON BERGER

Jésus l’ouvre par une comparaison qu’il a souvent employée pour nous dire ce qu’il était parmi les hommes et pour les hommes. "Je suis le Bon Pasteur." Ce qu’il sépare dans son troupeau, n’est pas à prendre dans un sens péjoratif. Il détermine la place de chacun selon ce qu’il est et ce qu’il peut réaliser. Il nous l’avait déjà dit dans la parabole des talents, dimanche dernier, :"A chacun selon ses capacités." (Matthieu 25. 15)

En parlant de Dieu, le prophète Ezékiel le présente le vrai pasteur qui reconstitue son troupeau et lui fournit un pacage abondant et sûr. Le psaume nous le redit. Avec lui, il n’y a rien à craindre, même dans les ravins de la mort. Il est avec nous, il nous guide, il nous rassure.

Le Christ Jésus assumera ce message qui parle de Dieu, parce qu’il est, lui Jésus, le Fils de l’Homme (Matthieu 25. 31) et surtout parce qu’il est le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis. Notre Dieu est un Dieu de tendresse et de miséricorde.

LE ROI.

Pour certains, ce titre de « roi » signifie pouvoir et puissance absolue. Celui que s’attribue le Christ, est à comprendre dans son acception biblique. Dieu est le Roi du peuple qu’il s’est choisi. Il faudra des siècles pour que le peuple choisi comprenne à la fois la nature de cette royauté et le sens de ses exigences.

C’est en Jésus que s’achèvera la révélation. Il manifestera ainsi la signification suprême de la royauté selon Dieu en étant sur la croix. Condamné pour des prétentions à une royauté humaine, iJésus inaugure le règne de Dieu dans sa victoire sur la mort. "Souviens-toi de moi quand tu reviendras comme roi", lui dira le bon larron. (Luc 23. 42)

Il nous faudrait relire ici, une à une, les paroles du Christ quand il en parle. Il refuse cette royauté humaine aux jours de la tentation comme au jour de la multiplication des pains :"Sachant qu’on allait l’enlever pour le faire roi." (Jean 6. 5) Il en définit la nature et la mission :"Cherchez le Royaume et sa Justice." (Matthieu 6. 33) et ceux qui peuvent envisager d’en faire partie :"Le Royaume des cieux est à ceux qui sont comme eux." (Matthieu 19. 14) "Heureux les pauvres de coeur, le royaume des cieux est à eux." (Matthieu 5. 3)

Et c’est bien par lui que nous pouvons espérer y parvenir :"Je dispose pour vous du Royaume." (Luc 22. 29)

LA SUPREMATIE DE L’AMOUR

A l’opposé de celle de tous les rois de terre, la suprématie de Dieu, par le Christ Jésus, est celle du don de son amour. Tous les hommes y sont associés, par Lui, avec Lui et en Lui. "Quand tout sera sous le pouvoir du Fils, il se mettra lui-même sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis et, ainsi, Dieu sera tout en tous." (1 Cor. 15. 28)

Ceux qui acceptent de mourir au péché et de vivre avec le Christ font partie de ce Royaume qui est "déjà parmi nous." Il se construit tout au long de l’histoire des hommes, tout au long de la vie de chaque homme, de chacun d’entre nous.

Si nous nous engageons ainsi, consciemment et dans la confiance, à apprendre comme le Christ à dire "oui" à Dieu et à la vie, à partager avec nos frères, nous accomplissons la charte du Royaume (Matthieu 5. 3 et ss)

Mais le Royaume"Le Royaume de Dieu ne consiste pas en paroles mais en action." (1ère lettre aux Corinthiens 4. 20) Il se construit dans le coeur de ceux qui servent le Christ dans le service de leurs frères, même s’ils ne le connaissent pas. Car c’est là aussi l’un des sens de l’évangile de ce dimanche. "Quand donc avons-nous pu te voir ?" La mission des chrétiens est de faire connaître à leurs frères la bonne nouvelle qu’ils réalisent aussi le Royaume.

QUAND SE DECOUVRE LA REALITE.

Cette parabole du jugement dernier est donc celle de l’heure déterminante qui conclut l'histoire terrestre de chacun des hommes, qui conclut notre propre histoire, au jour où le Christ nous accueille. C’est l’heure où se découvre cette double réalité : la nôtre et celle du Royaume. C'est l'heure où se réalise définitivement ce qu'aura été notre vie et la part que nous avons prise dans son développement.

Ce jugement définitif est, en effet, à mettre en parallèle avec les Béatitudes qui ouvraient le discours inaugural de l'annonce de l'Evangile. Elles étaient les impératifs de sa réalisation.

Pour les uns apparaîtra en pleine lumière la vraie dignité de Fils de Dieu qu'ils ont acquise peu à peu dans la conformité de leur vie à la Parole de Dieu. Ils ont su rester pauvres d'eux-mêmes pour ne rechercher que la seule richesse de Dieu. Ils ont construit la paix par la justice, en partageant avec miséricode, fut-ce au prix des larmes et même des persécutions. Ils ont tout donné aux plus pauvres, aux exclus, ax persécutés, aux affamés.

Pour les autres, apparaîtra, également en pleine lumière, leur refus du Royaume tel que Dieuvoulait qu’ils le réalisent. Les ténèbres dans lesquelles ils sont demeurés ne leur ont pas permis de "voir" où était le Christ, pour accueillir et servir les petits, les pauvres, les affamés, les persécutés, et les exclus.

***

Une nouvelle fois, s'achève le parcours du mystère chrétien que l'Eglise nous a invité à suivre au long de l'année liturgique. Avec l'ouverture d’une nouvelle année liturgique, au premier dimanche de l'Avent, elle nous le propose, comme un renouvellement toujours possible malgré les déserrances que nous avons pu connaître. La grâce de Dieu nous est toujours disponible dans le mystère du Fils qui a partagé notre humanité, dans sa faiblesse, sa croix et la joie de sa Résurrection. Dieu est miséricorde et paix pour les pauvres que nous sommes et qu'il accueille ainsi.

 

DIMANCHE 1 DECEMBRE 2002
PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT. (B)

Lectures bibliques :

Lecture du prophète Isaïe. 63. 16 à 64. 7 : « Tu viens à la rencontre de celui qui pratique la justice. »
Psaume 79 :  « Jamais plus nous n’irons loin de toi. »
Lettre de saint Paul aux Corinthiens. 1 Cor. 1. 3 à 9 : « Il vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus-Christ notre Seigneur. »
Lecture de l’évangile selon saint Marc : « Il peut arriver à l’improviste. »

***

LA LITURGIE DE L’EGLISE
nous introduit dans le mystère de Dieu.

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle année liturgique, selon le cycle même dont l’Eglise marque le temps de vivre la grâce reçue dans le mystère de l’Incarnation, dont la Nativité en est la première expression. Puis dans le mystère pascal de la Rédemption, mort et résurrection du Seigneur Jésus.

De cette manière, nous sommes invités à réactualiser la grâce qui est en nous. Cette « réactualisation » se vit en Eglise, et non pas selon notre cheminement solitaire.

Notre société sécularisée et déchristianisée témoigne d’ailleurs du besoin, qui subsiste en tout homme, d’être-avec, d’être-avec-autrui, notamment lorsqu’il est en recherche, lorsqu’il est en difficulté, lorsqu’il connaît l’échec.

L’Eglise est le milieu divino-humain où trouve son achèvement et sa plénitude l’aspiration du cœur humain à la convivialité collective. « Animal social » par nature, l’homme, en tant que personne créée à la réplique du Dieu tri-unique, est fondamentalement un être social et donc, pour tout baptisé, un être ecclésial.

C’est dans ce sens que nous pouvons rejoindre le mystère de l’Incarnation de ce Dieu unique et trinité dont la « convivialité » s’exprime dans le Père, le Fils et l’Esprit, comme le suggère l’icône d’Andrei Roublev où les trois visiteurs divins sont autour d’une table eucharistique.

Cette communion, qui a sa plénitude au jour du mystère pascal, l’Eglise nous la fait vivre dans la liturgie au sens plénier du terme. « Fais fructifier en nous l’eucharistie qui nous a rassemblés. » (prière après la communion)

ALLER AVEC COURAGE
pour assumer ce que nous sommes.

Nous sommes invités à partir, à « redémarrer » sans cesse, nous qui piétinons et même parfois reculons.

En fait, nous ne sommes pas encore arrivés au terme de cette identification dont parle saint Jean et que l’Eglise rappelait dans la liturgie de la Toussaint : « Dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (1 Jean 3. 2) Ce que saint Paul exprime d’une autre manière : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. » (Galates 2. 19-20).

Il nous faut donc sans cesse nous libérer des habitudes, des autosatisfactions qui reviennent entraver notre liberté d’enfants de Dieu. Il nous faut être conscients de ce que nous sommes, à la fois « un vieil homme », et, dans le même temps selon l’expression de saint Paul, ce « nouvel homme » qui vit déjà en nous par la grâce de notre baptême, nouvel homme dont la force vitale dépasse infiniment les limites du « vieil homme ».

Pour se libérer de leurs limites humaines, beaucoup de nos contemporains espèrent trouver dans les sagesses de l’Orient le nirvana de salut. Jésus nous invite, lui, à assumer ces limites. Il a assumé nos faiblesses, nos péchés même, lui qui était dans la condition même de Dieu ! « C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout » (Philippiens 2. 5 à 11)

Pour nous, cela demande du courage, une force et une humilité sans complaisance. Car ce n’est pas chose facile de jeter sur nous-mêmes un regard loyal, sans complaisance, un regard sévère et lucide, un regard qui décape et met à nu toutes les sinuosités compliquées et d’aller jusqu’à se convertir. Le cœur qui se convertit est celui qui décide de ne plus faire écran au regard posé sur lui par le Père des lumières sur chacun de nous qu’il convie à cette « déification. »

SUR LES CHEMINS DE LA JUSTICE
pour être en harmonie.

Dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, la justice s’entend d’une manière différente de celle qui est exercée sur le plan humain. Certes la justice de ce monde est indispensable, mais elle ne suffit pas dans ce cheminement vers Dieu.

Dans les Ecritures, elle est mise en correspondance avec la foi, la charité et la vie. (Romains 1. 16 – 1 Jean 2. 29). Cette justice n’est pas une simple « justification » que Dieu nous donne au vu de nos mérites. Elle est l’harmonisation de ce que nous vivons avec la vie même de Dieu, par la grâce et les sacrements de cette grâce.

Cette justice, nous pouvons d’ailleurs l’exprimer le sens qu’utilise l’ouvrier quand il a ajusté deux pièces avec précision, ou dans le sens qu’utilise le musicien quand il parle d’une note juste lorsqu’il accorde son violon.

Si nous allons avec courage sur ce chemin de la justice, ce n’est pas pour trouver une récompense ni même une règle de vie, c’est pour rejoindre quelqu’un, et nous ajuster à celui qui est au cœur même de notre attente et de notre vie, le Christ .

La démarche de toute éthique aboutit à la justification de celui qui la professe, à la satisfaction de connaître la loi, de savoir les vertus et de les pratiquer. Pour le Christ, la figure même de la démarche vers le chemin de la justice, c’est le publicain, le fils prodigue, le larron, tous ceux qui, dans la vérité de leur insuffisance, n’attendent rien d’eux-mêmes, mais recherchent et s’abandonnent à la relation d’amour que Jésus établit.

LA RENCONTRE DU SEIGNEUR

Cette démarche est une démarche intérieure et personnelle et non pas grégaire et extérieure à soi-même, ce qui est le risque d’une démarche entraînée par un groupe enthousiaste et communicatif. Elle a pour terme une rencontre personnelle qui est une rencontre de communion. « Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils Jésus-Christ notre Seigneur. » (1 Cor 1. 9)

Ou, selon l’expression du théologien orthodoxe, Vladimir Lossky, « Nous embarquer sur l’Océan sans fond de l’immensité divine à la recherche de l’Amour.

Durant ce temps de l’Avent, nous retrouverons souvent saint Jean Baptiste. Il est celui qui a mis ses disciples sur le chemin de la rencontre avec Jésus : « Voici l’agneau de Dieu. »

Ils y répondent par une démarche personnelle et libre, mais c’est lui, Jésus, qui leur donne à voir ce qu’il est, non par des discours ou des sermons. Il les entraîne avec Lui, près de Lui. « Venez et voyez ». Pour saint Jean, c’est un premier pas sur un chemin dont il dira que le terme est au jour où « nous serons semblables à Lui parce que nous le verrons tel qu’il est. » (1 Jean 3. 2)

Cette rencontre l’avait conduit au Christ par une démarche dynamique « à travers la vie de ce monde ». L’existence définitive en Dieu ne sera pas un état statique, mais la continuation, à un plan nouveau, de la route que nous avons suivie durant notre vie et dont le dynamisme sera vécu dans l’infini de la vitalité divine, de la vie trinitaire, de Dieu qui est Amour, « l’amour dont nous t’aimerons éternellement. »

***

A la lumière de ces quelques réflexions, nous pouvons donner tout leur sens aux prières de ce dimanche.

Celle du début de la messe : «  Donne à tes fidèles d’aller avec courage sur les chemins de la justice à le rencontre du Seigneur… »

Celle de la communion : »Fais fructifier en nous l’eucharistie qui nous a rassemblé. C’est pr elle que tu formes dès maintenant, à travers la vie de ce monde, l’amour dont nous t’aimrons éternellement. »

 

DIMANCHE 10 DECEMBRE 2002
DEUXIEME DIMANCHE DE L’AVENT (B)

Lectures bibliques :

Lecture du prophète Isaïe. 40. 1 à 11 : »Elève ta voix avec force, toi qui portes la Bonne Nouvelle. »
Psaume 84 : « J’écoute ce que dira le Seigneur. »
Lettre de saint Pierre, apôtre. 1 P. 3. 8 à 14 :« Le Seigneur n’est pas en retard pour tenir sa promesse. »
Evangile selon saint Marc. 1. 1 à 8 : »Jésus-Christ, le Fils de Dieu. »
***

LA PERSONNALITE DE JESUS

Saint Marc nous dit son projet, dès les premières lignes de son Evangile et par une phrase d’une grande intensité :
- Une relecture du ministère de Jésus à la lumière de sa personnalité : il est le Fils de Dieu fait homme.
- L’enracinement de ce ministère dans les perspectives prophétiques de l’Ancien Testament qui n’est pas renié, mais rendu complet.
- La perspective qui nous conduira jusqu’à la Résurrection.

Nous ne devons lire aucun des moments de la vie de Jésus, sans garder sous-jacente cette triple affirmation, sinon nous amenuisons la force de la Bonne Nouvelle. Il est le Christ, c’est-à-dire le Messie attendu. Marc souligne cette divinité en mentionnant la modification que le Christ a apporté au texte même d’Isaïe, lors de sa prédication à Nazareth.

Dieu dit par son prophète : »Voici que j’envoie mon messager devant ma face. » L’évangile de Marc, comme celui de Luc, transpose cette affirmation : »Voici que j’envoie mon messager devant toi. » Ce qui était dit de Yahvé s’appliquer à Jésus lui-même. C’est la révélation de l’unité entre Dieu et ce Jésus qui vit parmi les hommes de Palestine.

Si l’on a présent à l’esprit la force de l’affirmation monothéiste en Israël, le glissement du texte est inimaginable et caractéristique. Cette certitude sera affirmée au pied de la croix : »Vraiment cet homme était le Fils de Dieu. » (Marc 15.39)

Nous aussi nous attendons un messie. Parfois nos contemporains le définisse au travers d’une vague religiosité. C’est en fait Jésus qui est l’essentiel de notre foi. Le christianisme n’est pas religiosité ou morale. Il est adhésion à une personne, celle-là même du Christ.

ENTRAVER NOTRE MARCHE VERS LUI

« Ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils. » Cette démarche doit être vécue en toute liberté, alors que le péché nous y arrête parce que nous lui consacrons du temps et de la complaisance.

Que d’aspérités en nous. « travers dans les terres arides une route aplanie » … ravins, passages tortueux, escarpements …. Il n’est pas besoin de beaucoup voyager pour se rendre compte de ce qu’il a fallu de terrassements, de déblaiements, de remblaiements pour que les autoroutes soient rapides, pour les TGV puissent se dérouler sans risque d’accidents. « Préparez le chemin, aplanissez sa route. »

Isaïe est bien de notre temps quand il demande que le message ne rencontre aucun obstacle : »Monte sur une haute montagne… » C’est bien là que doivent être les antennes des réémetteurs de radios ou de téléphones portables.

Ce texte d’Isaïe doit se lire à deux niveaux. Préparer le chemin pour le peuple de Dieu, non seulement celui de l’Ancien Testament, mais celui de notre époque, l’Eglise, c’est être véritablement « voix du Seigneur », perceptible et audible pour tous et non pas obstacle par une transmission trop humaine, trop sclérosée, trop ritualiste, trop timide, de la Parole de Dieu qui doit sauter par delà les montagnes de la vie, jusqu’à Sion, jusqu’à Jérusalem, jusqu’à nos contemporains.

Le deuxième niveau, c’est le nôtre, notre manière personnelle de vivre cette Bonne Nouvelle, sans l’entraver par nos faiblesses.

L’INTELLIGENCE DU COEUR
Qui est celle de l’amour.

C’est l’étrange paradoxe de toute connaissance. Elle ne peut être le fruit d’une déduction rationnelle ou d’un désir de possession. Seul l’amour désintéressé nous fait entrer dans le mystère de tout être. A plus forte raison pour la connaissance chrétienne.

Plus Dieu est connu, plus il se révèle inconnu et nous sommes alors appelés à avancer davantage encore vers Lui et en Lui.

Plus le prochain est aimé, moins nous prétendons le saisir et plus nous sommes appelés à nous donner davantage à lui. En Christ, nous sommes un seul corps, membres les uns des autres. Comme Dieu dont nous sommes l’image, chacun de nous est simultanément secret et amour à respecter. En Christ nous sommes un seul être et pourtant chacun reste une personne, un visage incomparable. Et le devient de plus en plus d’autant que l’amour nous conduit.

Connaître ne peut être qu’une simple acquisition, c’est une rencontre d’êtres vivants qui aspirent chacun à une plénitude. « Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent » (psaume 84) Il doit en être ainsi en toute relation avec nos frères. Il doit en être ainsi dans notre relation avec Dieu-Trinité.

« Eveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir », dit encore la prière d’ouverture de cette messe de l’Avent.

L’ACCUEILLIR
C’est-à-dire ce que doit être notre relation avec celui qui vient. Le messager d’Isaïe et de l’Evangile, c’est Jean le Baptiste. Il annonce ce Jésus, il vient essentiellement préparer le cœur du Peuple de Dieu à recevoir la nouveauté de la Bonne Nouvelle, par la conversion qui est de reconnaître son péché et de changer sa manière de vivre. Cela signifie qu’il nous faut accepter de reconsidérer notre relation à Dieu, en Jésus-Christ.

Le messager veut faire vivre en vérité. Son message n’est pas un morale, ni même une théologie, mais une vision. Lorsque nous évoquons les choses de Dieu, il nous faut éviter de les amoindrir par nos langages humains, par notre logique terrestre.

Le Dieu des philosophes n’est pas le Dieu vivant. Celui des théologiens ne l’est qu’à moitié. Dans les deux cas, nous le réduisons au concret ou en une doctrine abstraite. Dieu est vie. Et c’est alors que nous devons l’accueillir dans le silence de l’admiration et de l’adoration.

L’accueillir par l’humanité même du Christ, cette humanité déifiée en Jésus et déifiante pour tout homme qui accomplit cette Alliance, « comme l’eau se mêle au vin » pour devenir le vin du Royaume.

ENTRER DANS SA PROPRE VIE

« Vous qui attendez avec tant d’impatience, la venue du jour de Dieu. Un ciel nouveau, une terre nouvelle. » Ceux qui aiment parfaitement Dieu lui ressemblent peu à peu. Car notre nature humaine a été créée avec la capacité d’accueillir la plénitude de la divinité puisque Dieu nous a donné ce qu’il avait de plus précieux pour affirmer son amour : Jésus.

Si nous voulons trouver Jésus dans la plénitude de son être, de sa personne humano-divine, il nous faut le rejoindre et l’atteindre dans sa Passion et dans sa Résurrection. Il nous faut, nous aussi, et comme lui, assumer l’humanité toute entière, assumer notre humanité.

Il nous faut traverser notre vie jusque dans et à travers la mort « Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus, nous ressuscitera aussi avec Jésus. » (2 Cor. 4. 14) C’est cela notre marche à la rencontre du Christ

Pour que nous puissions entrer dans sa propre vie divine, Dieu est patient. « Comme un berger, il conduit son troupeau. Son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits. » (Isaïe. 40. 11) Saint Pierre qui a reçu la mission d’être le pasteur à la suite de Jésus, se rappelle cette parabole du bon berger quand il dit : »Il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre. Il veut que tous aient le temps de se convertir. » (2 Pierre 3. 9)

***

« Seigneur tout Puisant et miséricordieux, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils, mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie. » (Prière d’ouverture de ce dimanche)

 

DIMANCHE 17 DECEMBRE 2002
TROISIEME DIMANCHE DE L’AVENT (B)

Références bibliques :

Lecture du Livre d’Isaïe. 61. 1 à 11 : »Mon âme exulte en mon Dieu. »
Cantique de Marie : Luc 1. 46 à 54 : »Le Seigneur fit pour moi des merveilles. »
Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens. 1 Thes. 5. 16 à 24 : »Rendez grâces en toutes circonstances. »
Evangile selon saint Jean. 1. 6 à 28 : »Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas. »

***

La liturgie de ce dimanche est un hymne à la joie de la présence de Dieu en nos vies. Les lectures forment un tout qui ne peut être dissocié. C’est leur unité qui les éclaire les unes par les autres et nous conduit à une compréhension plus profonde du message évangélique que nous avons à vivre.

La prière d’ouverture de la messe en trace d’ailleurs les grandes lignes :

« Tu le vois, Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de ton Fils. Dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère, pour que nous fêtions notre salut avec un cœur vraiment nouveau. »

DIRIGE NOTRE JOIE VERS LA JOIE.

La joie n’est ni exubérance, ni satisfaction émotionnelle ou égocentrique. Elle est libératrice parce qu’elle exprime une réalité intérieure faite de paix et de sérénité parce qu’elle jaillit de la réciprocité d’une rencontre de vérité et d’amour.

Vérité de la connaissance que nous venons de vivre avec un être cher, amour partagé au niveau même du cœur de chacun.

C’est alors un mystère de plénitude qui passe par delà toute souffrance. L’être que nous sommes se sent comme « accompli » dans sa propre nature, par cet échange avec la nature dans sa beauté comme avec ses frères dans l’amour, un échange qui devient une communion.

Ce temps nous conduit à entrer dans le mystère de Dieu. Notre joie ne peut avoir d’autre source que la joie même de Dieu en sa Trinité d’échange et de communion, Père, Fils et Esprit.

Créé en vue de sa divinisation, l’homme n’est cependant pas divin par nature. La dignité de l’être humain vient de ce qu’il est apte à être divinisé. L’âme n’est ni de la nature de la divinité ni de la nature des ténèbres. L’homme est une créature magnifique, merveilleuse, image et ressemblance de Dieu (Gen. 1. 26) et quand « nous adhérons étroitement au Seigneur, nous sommes un seul Esprit avec Lui." »(1 Cor. 6. 17)

L’ESPRIT DU SEIGNEUR EST SUR MOI

L’Incarnation ne provoque pas de rupture au sein de la Trinité. L’Esprit de Dieu est à l’œuvre dans le Christ. Jésus redira ce texte d’Isaïe (Isaïe 61. 1) dans la synagogue de Nazareth (Luc 4. 21) « Aujourd’hui s’est accomplie cette parole de l’Ecriture. » Nous ne pouvons ni dissocier cette parole de celle du baptême dans le Jourdain « Il vit les cieux se déchirant et l’Esprit descendant comme une colombe vers lui » (Marc 1. 10) ni la dissocier de celle qui est dite au moment du départ au désert : »Et aussitôt l’Esprit le jette au désert. » (Marc 10. 12)

L’Esprit du Seigneur est sur Marie, la vierge de Nazareth. « Il s’est penché sur son humble servante. » (Luc 1. 48) La découverte de cette merveille sera lacause de ce jaillissement de joie qu’est le « Magnificat ». Par l’Esprit, le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu s’est incarnée afin que tout homme puisse recevoir le souffle vivant qui fait entendre cette Parole en même temps que le silence divin d’où elle sort. »

L’Esprit de Dieu est à l’œuvre en chacun d’entre nous. A nous de le découvrir et de vivre cette réalité. « Il est au milieu de nous quelqu’un que nous ne connaissons pas, » du moins dans l’infini de son amour et de la grâce. Dans la libre communion de l’Esprit-Saint, nous sommes « accomplis » dans la vie du Dieu Trinité. « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers », dit saint Paul aux Thessaloniciens.

DISCERNEZ LA VALEUR DE TOUTE CHOSE.
La valeur essentielle.

Il est à noter que saint Paul n’oppose pas l’âme et le corps, comme certains pourraient le dire. Le Christ a assumé toute la réalité humaine, à commencer par cette réalité physique, psychique et spirituelle qui est aussi la nôtre et que nous devons, nous aussi assumer, en partant à la suite de Jésus.

L’incarnation du Christ ne sera complète que lorsque chaque réalité humaine, chaque parcelle, chaque code génétique de cette réalité auront été purifiés et pénétrés de la présence de Jésus. C’est dans ce sens que saint Paul dit aux Colossiens : »Je complète dans ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps. » (Col. 1.24)

« Qu’il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps. » (1 Thes. 5. 24)

La Bonne Nouvelle du Christ contredit l’échelle des valeurs humaines. Ce n’est ni la réussite ni le pouvoir. Ces valeurs s’appellent les pauvres, les prisonniers, les affamés de pain et de justice. Le Christ explicitera Isaïe 61. 1-2 dans les Béatitudes et ce sont elles que nous devons discerner.

Nous ne connaissons Dieu et les voies de Dieu qu’en suivant humblement celui qui est le chemin, la vérité, la vie. C’est en Lui qu’ont été vécues les richesses qui nous font « réaliser la merveille de notre salut. » (oraison sur les offrandes.)

AVEC UN CŒUR VRAIMENT NOUVEAU

C’est tout le message de Jean la Baptiste. Il ne multiplie pas exhortations moralisantes. Il nous exhorte à éliminer de nos vie tout ce qui pourrait être un obstacle à la venue de Dieu dans nos vies. Et c’est alors qu’il nous sera donné de voir Jésus marchant sur nos chemins aplanis et d’entendre « Voici l’Agneau de Dieu. » (Jean 1. 36)

Le chemin que nous avons aplani, c’est notre humanité assumée. C’est de nous dépouiller, de nous vider de tout ce qui nous retient au delà et en deçà de notre condition, c’est de nous mettre en marche, non pour redire nos pensées, mais ouvrir nos yeux et nos cœurs à la nouveauté sans cesse renouvelée de la personne du Christ quand il nous donne de le contempler.

Pour que nous ayons « un cœur nouveau », selon la prière d’ouverture de cette eucharistie, « un cœur de chair vive » selon un théologien contemporain, il nous faut cesser d’être tortueux, renoncer à utiliser la raison raisonnante qui est experte en l’art d’étouffer en soi, d’occulter et de camoufler l’évidence de la Lumière véritable. (P. Borrely)

Jean était venu rendre témoignage à la Lumière, il n’était pas la Lumière. » (Jean 1. 7)

***

Le cantique de Marie, au milieu de ces textes liturgique est bien une prière d’action de grâces, joyeuse et spontanée et non une méditation. Elle n’a pas besoin de chercher ce qu’elle va dire, les paroles de l’Ecriture, si souvent méditées par elle et surtout depuis l’Annonciation, lui viennent tout naturellement au moment de la Sainte Rencontre avec sa cousine Elisabeth.

Elle s’était préparée à la venue de ce Fils dont elle ne mesure pas encore tout le mystère qu’elle porte en elle. Mais elle éclate de joie…

 

DIMANCHE 24 DECEMBRE 2002
QUATRIEME DIMANCHE DE L’AVENT

Références bibliques :

Livre de Samuel : »2 Sam. 7. 1 à 16 : »C’est moi qui t’ai pris au pâturage »
Psaume 88 : » Sans fin, je lui garderai mon amour. »
Lettre de saint Paul aux Romains : 16 25 à 27 : »Il était resté dans le silence depuis toujours. Aujourd’hui il est manifesté. »
Evangile selon saint Luc : 1. 26 à 38 : »L’Esprit-Saint viendra sur toi et la Puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. »

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An plaçant le mystère de l’Annonciation dans le temps de l’Avent, l’Eglise souligne qu’elle n’est pas une simple fête mariale, mais qu’elle est l’un des moments fondamentaux de l’Incarnation rédemptrice.

LA DEMEURE DE DIEU PARMI LES HOMMES

Dieu assume l’humanité en l’une d’entre nous. Marie, une femme de notre humanité, reçoit comme révélation que la puissance du Très-Haut reposera sur elle. Ce qui l’identifie à la « Demeure », la tente dans laquelle les Israélites abritaient l’Arche d’Alliance de la Parole de Dieu, au long des étapes de leur marche dans le désert. (Livre des Nombres 9. 17 – Deutéronome 31. 15 – Exode 40. 36)

Depuis la prise de Jérusalem en 598 av. J.C., l’arche avait disparu, mais pas ce qu’elle représentait : la proximité de Dieu qui fait vivre son Peuple. En Marie, la proximité se fait Incarnation.

« Rien n’est impossible à Dieu ». Marie et l’ange s’accordent sur cette évidence de la foi. Ainsi parlait déjà le livre de la Genèse à propos de la naissance d’Isaac (Genèse 18. 14). Ainsi parle Jésus quand ses auditeurs auront compris que le salut est impossible à l’homme seul (Luc 18. 27). La naissance du Fils de Dieu parmi les hommes et la nouvelle naissance des fils que nous sommes sont l’œuvre de l’Esprit-Saint.

PAR DELA L’ATTENTE

L’Annonce faite à Marie, située dans le temps, est le mystère qui réalise l’attente séculaire du Peuple de Dieu. C’est tout cela que désormais Marie devra vivre et qui lui demande un acte de foi dont, aujourd’hui, nous avons peine à mesurer la profondeur et l’intensité des exigences quotidienne. Nous connaissons Jésus au travers du déroulement de sa vie. Marie devait faire un « saut « dans un avenir inconnu.

Il lui est demandé un acte de foi qui exige d’elle un abandon total et dont elle ne découvrira l’immensité qu’au fur et à mesure de son union d’amour au cours de la vie humaine qu’elle partage désormais avec son fils, le Fils de Dieu fait homme.

Grâce à sa mémoire biblique, Marie vivra la personnalité et la mission du Messie telles que la tradition davidique les a esquissées, telles que la tradition prophétique les a précisées, telles que les lui commentait la synagogue de Nazareth.

SITUEE DANS SA VIE QUOTIDIENNE

Car, dans le même temps, sa méditation quotidienne et sa prière les enrichiront au contact même de cette présence humano-divine du Christ. Cette contemplation d’amour, nous la découvrons au travers de son questionnement à l’ange-messager de Dieu, au travers de son « Magnificat », au travers de son silence lorsque son fils lui rappelle qu’il doit être « aux affaires » de son Père. « Elle conservait toutes ces choses en son cœur. »

Le texte grec est plus fort que nos traductions destinées à la lecture publique : »Elle gardait avec soi … » Ce n’est pas un archivage égoïste. Le verbe grec est un verbe actif qui ajoute une plus grande expression aux mots qui suivent : »en son cœur », non pas dans sa mémoire, mais dans son amour. Car, selon l’expression courante, c’est du cœur que partent toute action et tout comportement de notre existence, toute connaissance réelle de ce que nous vivons.

Chacun de nous reçoit aussi, chaque jour, l’Annonciation, par la grâce de Dieu. Comment l’accueillons-nous ? Accueillir, c’est se laisser quelqu’un prendre place dans notre propre vie. Et là, c’est laisser Dieu prendre place, dans le silence, la crainte parfois, la joie aussi.

Marie n’est plus seule avec elle-même quand l’ange la quitte. Dieu est désormais en sa virginité, elle est en-ceinte, ceinte par Dieu lui-même. Celle qui avait offert l’abandon de sa fécondité, reçoit, en toute liberté, le don de la vie qui se féconde en elle au rythme des jours : »Que tout se passe pour moi selon ta parole. »

LA PLENITUDE DES TEMPS

« Voilà le mystère qui nous est révélé, ce mystère qui est porté à la connaissance de toutes les nations. » Pour saint Paul (Romains 16. 26) l’Evangile nous place « sur un autre registre » si nous pouvons parler ainsi. Ce n’est pas seulement celui d’Abraham, de David et des prophètes qui avaient annoncé ce mystère dans l’avenir du Peuple de Dieu.

Dieu ne s’enferme plus dans un peuple. En Marie, il se donne à tous les hommes. Le mystère du salut des Nations, dont parle Isaïe, devient une réalité. Nous rejoignons non pas un simple royaume terrestre, mais la plénitude divine.

« Dieu seul est sage ». C’est Dieu qui est Sagesse. Cette sagesse qui nous est destinée passe par Jésus-Christ qui est la Parole qui a rompu le silence de toujours, pour nous révéler maintenant et aujourd’hui ce mystère.

La liturgie, en citant le texte de la lettre de saint Paul aux Romains, le souligne en encadrant ce texte par « Gloire à Dieu », au début et à la fin de la citation. En fait, la gloire de Dieu « qui a le pouvoir de nous rendre forts par l’Evangile que je vous ai prêché…Gloire à Dieu le seul sage, par Jésus-Christ. »

PLUS QU’UNE PROXIMITE

Ce mystère de la Nativité que nous allons fêté dans quelques jours, n’est donc pas seulement « Dieu avec nous. » C’est tout autant « nous avec Dieu et Dieu en nous ». Nous retrouvons là l’immensité du message que Marie a entendu « Le Seigneur est avec toi … pleine de grâce .. La puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. » Comme dans l’Ancienne Alliance, la nuée de Dieu l’absorbe.

La nuée de Dieu nous absorbe en l’Esprit-Saint. L’homme a toujours cherché et cherche encore la proximité de Dieu. Depuis l’Incarnation révélée en Marie, c’est plus qu’une proximité. Il est avec nous et nous sommes avec Lui. Il peut être connu au travers de la dimension qui est la nôtre. L’Infiniment Autre a pris notre mesure en Jésus-Chroist. A nous de prendre désormais la sienne.

Comme Marie, il nous faut adorer ce mystère sans trop en parler avec des mots humains, car il ne peut s’exprimer en plénitude au travers de nos paroles humaines. « Marie gardait tout cela, avec soin, en son cœur ».

L’HOMME DIVINISE

Quand Dieu prend Marie en son sein trinitaire en la couvrant de son ombre, il vient dans le sein de la Vierge Mère. Chaque chrétien, devenu temple de l’Esprit-Saint par le baptême, est désormais aussi demeure de Dieu.

Le mystère de l’Incarnation n’est pas un jour anniversaire, celui que nous fêtons à Noël. Au travers des millénaires, c’est la réalité de Dieu fait homme pour toujours. C’est la réalité de l’homme divinisé. Non pas seulement la possibilité d’atteindre un Dieu qui se fait proche, mais lui resterait extérieur. C’est la possibilité pour l’homme de partager la vie même de Dieu.

Nous avons à accueillir Dieu en nous, l’Emmanuel, au travers des péripéties de notre vie comme au travers de nos évidences humaines qui se transforment en évidences de la Foi.

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