Méditations dominicales

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En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon son "charisme",
une ou plusieurs méditations .

Chaque auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


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Dimanche 21 mai : Sixième dimanche de Pâques
Dimanche 28 mai : Septième dimanche de Pâques
Dimanche 4 juin : La Pentecôte
Dimanche 11 juin :La Trinité
Dimanche 18 juin : Le Saint Sacrement
Dimanche 25 juin : Douzième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 2juillet : Treizième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 9 juillet :Quatorzième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 16 juillet :Quinzième dimanche du temps ordinaire






DIMANCHE 14 MAI 2017
CINQUIEME DIMANCHE DE PAQUES


Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres : 6. 1 à 7 : " Estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de Sagesse."
Psaume 32 : " Criez de joie pour le Seigneur ! Hommes droits, à vous la louange !"
Première lettre de saint Pierre : 1 Pierre 2. 4 à 9 : " Il est la pierre vivante ... Soyez les pierres vivantes."
Evangile selon saint Jean. 14. 1 à 12 : " Là où je suis, vous serez vous aussi. »

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Avec les chapitres 14 à 16 de l’Evangile selon saint Jean, nous entrons dans la révélation du mystère de la personne de Jésus, ce mystère qui nous donne accès à la vie divine.

A LA LUMIERE DE LA RESURRECTION

Ces chapitres sont une longue méditation où s’entremêlent les paroles du Christ et la relecture qu’en fait l’apôtre Jean à la lumière de Pâques. Car les Evangiles ne sont pas seulement des récits anecdotiques. Ils sont porteurs du message du Christ que les disciples ont découvert et qu’ils ont voulu transmettre à ceux qui les écoutaient.

Ils ne sont pas descriptifs d’un épisode. Ils sont essentiellement un éclairage qui veut nous conduire à la lumière dont Dieu nous illumine par son Fils venu parmi nous. " Celui qui m’a vu a vu le Père." Ces signes ont été rapportés « pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayiez la vie en son nom. » (Jean 20.31)

La vision qu’ils nous apportent du Christ est inséparable de l’ensemble de sa vie. La parole de l’enfant de douze ans qui répond à ses parents "Je me dois aux affaires de mon Père" résonne non pas comme un reproche, mais comme volonté fondamentale de Jésus :" Je vis uni à mon Père... je suis en mon Père." (Jean 14. 20)

Ce n’est qu'après la résurrection de Jésus que leur apparaît clairement la personne du Fils de Dieu, du Verbe de Dieu fait chair, en communion avec le Père. Chacune de ses paroles comme chacun de ses actes prennent alors tout leur sens dans cette réalité unique où l’humanité et la divinité sont un tout indissociable en Jésus-Christ.

CROYEZ EN MOI

Jésus propose à chacun d’entre nous et à tous les hommes d’entrer eux-mêmes dans cette communion de Vie divine. Il n’est pas là pour nous indiquer seulement le chemin comme le souhaite et l’attend de saint Thomas (Jean 14.5). Il n’est pas une simple signalisation. C’est lui qui nous introduit, qui nous fait entrer avec lui, par lui et en lui. Il est le chemin. Pour rejoindre le Père, il nous faut rejoindre le Fils, le Christ., notre Seigneur.

Comprendre avec notre intelligence déductive ne suffit plus. Pas plus d’ailleurs que de voir seulement :"Montre-nous le Père, cela nous suffit." lui dit Philippe. Il n’est pas question de voir pour voir. La foi n’est pas une constatation ou une évidence au terme d’un raisonnement.

C’est une connaissance plus intime que seule la foi réalise. "Vous me connaissez." (Jean 14. 9) Une foi qui saisit toute la personne à laquelle on adhère et qui détermine non seulement des convictions mais détermine le sens de notre vie, nous saisissant à notre tour en nous donnant la plénitude spirituelle et le dynamisme de notre action. C’est une communion parce qu’elle est rencontre personnelle.

JE REVIENDRAI VOUS PRENDRE AVEC MOI

Dans sa lettre, saint Pierre exprime d’une autre manière cette communion en Dieu et avec nos frères. Le Christ est la pierre vivante. Nous le sommes également. Le Christ s’est présenté en offrande à son Père. Nous aussi présentons des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter, non pas en raison de nos mérites, mais à cause du Christ-Jésus. (1 Pierre 2. 5)

Jésus l’ avait dit à Pierre :" Celui qui croit en moi, accomplira les mêmes oeuvres que moi." (Jean 14. 12) "Vous êtes chargés d’annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière." (1 Pierre 2. 9)

"Les merveilles "... Au travers de ces mots nous sentons l’enthousiasme contenu, la joie profonde de Pierre qui a connu ces moments de rencontre, « d’admirable lumière » qui répondaient à sa quête de la vie : Je vous ai dit cela pour que la joie qui est la mienne soit en vous, en plénitude » (Jean 15. 11, Jean 17. 13).

Nous aussi, nous aspirons au bonheur, nous sommes en quête d’un mieux vivre, nous voulons déployer notre désir dans des dimensions qui dépassent en espérance la réalité que nous vivons au quotidien. Nous le répétons en chaque Eucharistie : "Rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ, notre sauveur." (Prière après le Notre Père)

Oui, nous ne pouvons plus désormais séparer la plénitude de notre bonheur de cet avènement du Christ en nous et en nos frères. " Là où je suis, vous serez vous aussi." (Jean 14. 2), à la Croix, à la Résurrection, dans la Gloire. (Jean 17. 22 et 23)

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En les éclairant les uns par les autres, ces textes nous apportent une richesse immense. Ils ne sont pas à commenter. Ils sont à pénétrer.

Par exemple, la juxtaposition du chapitre 14 avec le chapitre 1er de ce même Evangile.. "A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu... De sa plénitude, nous, nous avons reçu grâce sur grâce." (Jean 1. 12 à 17)

Alleluia ! alleluia ! "Tu nous fais participer à ta propre nature divine." (Prière sur les offrandes de ce dimanche)



DIMANCHE 21 MAI 2017
SIXIEME DIMANCHE DE PAQUES

Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres : 8. 5 à 17 : “Ils leur imposèrent les mains et ils recevaient l’Esprit-Saint.”
Psaume 65 : “Acclamez Dieu toute la terre !”
Première lettre de saint Pierre : 3. 15 à 18 :”Dans l’Esprit, il a été rendu à la vie.”
Evangile selon saint Jean : 14. 15 à 21 :”Il vous donnnera un autre Défenseur.”

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VOUS RESTEREZ FIDELES

Nous ne pouvons lire, méditer et recevoir dans nos vies ces paroles du Christ, sans avoir conscience que les apôtres les ont entendues dans l’intensité des dernières heures terrestres du Verbe Incarné, qu’ils les ont méditées dès le moment de la Passion et de la Résurrection avec leurs compréhensions différentes, selon le moment qu’ils vivaient, le moment immédiat de l’échec qu’est la crucifixion, puis celui de l’enthousiasme de la Résurrection, et enfin la lente progression de leur foi, tout au long des années de leur prédication.

Le questionnement de leurs auditeurs engendrait aussi en eux-mêmes d’autres questionnements dont la réponse passait par leur connaissance du Christ, le Fils de Dieu qui avait partagé sa vie d’homme avec la leur.

Cette expérience vécue et transmise n’était pas sans provoquer en eux un approfondissement qu’ils ne traduisaient pas en longues dissertations théologiques ou mystiques, mais en reprenant fidèlement les paroles du Christ.

Elles pouvaient leur apparaître incompréhensibles au début, mais elles s’éclairaient avec le temps et la grâce de l’Esprit. Saint Pierre nous donne ce que pouvait être leur psychologie évangélique, si l’on ose parler ainsi, quand il dit :” Rendez compte de l’espérance qui est en vous.”

Voilà ce qui est la raison d’être de toute leur vie. Et quand il ajoute :“Faîtes-le avec douceur et respect”, Voilà ce qui est la pédagogie dont ils ont reçu le sens par le Christ qui leur avait dit :”Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur.”

A quoi saint Pierre ajoute :”Ayez un conscience droite”, non pas pour écraser vos adversaires ou pour les bousculer. C’est seulement “au moment où ils calomnient la vie droite que vous menez dans le Christ,” qu’il faut leur faire honte, les gêner dans leurs convictions fausses, sans violenter leurs consciences.

LA FIDELITE A L’ESPRIT SAINT

Saint Pierre, comme saint Jean, nous disent ce qu’est la fidélité “aux commandements de Jésus (Jean 14. 20) “Car il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal.” ...”C’est ainsi que le Christ est mort...Dans sa chair il a été mis à mort. Dans l’Esprit, il a été rendu à la vie.” Nous avons donc à vivre dans l’Esprit du Christ, l’Esprit de Vérité, qui est en nous.

La relation à Dieu est telle que l’homme ne peut vivre sa filiation divine sans que Dieu ne la lui confère par le Christ, dans le Christ, par l’Esprit, dans l’Esprit.

Les paroles de Jésus, au soir du Jeudi-Saint, nous révèlent tout le mystère de la Trinité si nous les mettons ensemble, en une réalité unique, parce que la réalité trinitaire est celle de l’unité la plus totale. “Je prierai le Père et il vous donnera l’Esprit...L’Esprit demeure auprès de vous et il est en vous... Je suis dans le Père, vous êtes en moi et moi en vous.

Ce mystère est celui-là même de l’Incarnation qui se réalisa par l’acceptation virginale de Marie :”L’Esprit-Saint viendra sur toi. La puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. C’est pourquoi celui qui va naître sera Saint et sera appelé Fils de Dieu.” (Luc 2. 35) “Dans l’Esprit, il a été rendu à la vie.” (saint Pierre 3. 18)

UN “AUTRE” DEFENSEUR

Et qui donc est le premier ? Sinon le Christ lui-même, médiateur, intercesseur, avocat des pêcheurs que nous sommes, pour obtenir notre réconciliation.

Il est en effet caractéristique que tous ces moments où Jésus parle de l’unité entre lui et son Père, de lui-même avec nous, s’accompagnent comme une conséquence inéluctable de ces paroles :”Aimez-vous les uns les les autres comme je vous ai aimés.”

L’unité des disciples entre eux est inséparable de l’unité de Dieu en lui-même. L’amour est unique comme Dieu que nous aimons, parce qu’il nous aime.

La fidélité aux commandements n’est pas une fidélité à des lois contraignantes. C’est vivre la fidélité à la vérité dans la liberté de l’amour. D’ailleurs, le sens que l’on donne habituellement au terme de défenseur, en français, en limite en fait la réalité. Le mot grec, “paraclet”, est intraduisible parce qu’il est multiple par ses significations. S’il veut dire avocat, il veut dire, en même temps, qu’en restituant la vérité, il redonne à celui qui est considéré comme responsable ou coupable, toute sa dignité et toute sa richesse d’homme.

S’il peut être défendu, il peut être réhabilité car il vaut plus c’est qu’il est plus que l’acte immédiat qu’il a posé. Il peut tôt ou tard reprendre sa vie dans sa dimension réelle :”Vous êtes en moi et je suis en vous.”

Il se peut qu’à un moment donné, par faiblesse ou par aveuglement, nous nous soyons éloignés de cet amour de Dieu. Mais, lui, ne nous abandonnera pas. “Je ne vous laisserai pas orphelins” à condition de reconnaître de quel amour nous sommes aimés, et de quelle espérance nous vivons. « Qui nous séparera de l’amour que Dieu nous porte… rien » s’écriait saint Paul.

COHERENCE ET PROXIMITE

Les Actes des Apôtres qui sont lus pendant ce temps pascal nous apportent un enseignement fondamental sur l’expérience de l’Esprit-Saint dans l’Eglise après la Résurrection.

L’événement rapporté en ce dimanche pour les Samaritains convertis et baptisés par le diacre Philippe, est significatif. Ils n’ont pas reçu l’Esprit-Saint. Ce sont les apôtres qui, par l’imposition des mains, leur donnent cet Esprit-Saint qu’ils ont reçu du Seigneur pour le transmettre.

Cet acte devient le signe efficace, non seulement de leur adhésion à Dieu, mais de leur intégration dans l’Eglise.

Nous recevons, comme l’ont reçu les Samaritains, cette Vie divine, dans sa réalité trinitaire. L’Esprit-Saint est présence de Dieu qui nous permet de devenir et de vivre comme des fils, comme le Fils du Père. Il nous permet, Esprit de Vérité, d’être vivant avec celui qui est la Vérité.

Esprit qui donne la Vie, il nous permet d’être associé à celui qui est la Vie. Lorsque saint Paul donne de nombreux conseils d’ordre moral, ce n’est pas pour reconstruire une Loi dépassée, c’est pour faire vivre la cohérence de nous-mêmes avec ce don gratuit, dans l’accueil de l’Esprit, sans que rien ne puisse devenir un obstacle.

Le sacrement de confirmation n’est pas non plus le sacrement de la militance chrétienne. Il est le sacrement de la proximité de Dieu qui accueille ses enfants dans sa famille en leur donnant son Esprit.

La tradition des Eglises d’Orient, catholiques et orthodoxes, n’a jamais dissocié cette réalité, puisqu’elle réunit les sacrements qui “initient” la vie chrétienne en un même moment : le baptême, la confirmation et l’Eucharistie, quel que soit le degré de conscience de l’enfant qui en est marqué.

Qui peut en effet avoir conscience de l’infini du mystère reçu ? qui peut minimiser la richesse de ce don ? Nous ne pouvons seulement, (malheureusement hélas !) qu’en limiter ou qu’en contrecarrer l’apport en notre vie d’homme. Mais dès le moment où nous avons conscience de l’espérance qui est en nous, comme dit le P. Dimitri Doudko, nous avons à en témoigner.

Nous sommes fait pour répondre à la mission qui nous est donnée par la confiance que Dieu nous porte en nous faisons partager sa Vie par le Christ et dans l’Esprit

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Que le mystère de Pâques reste présent dans notre vie et la transforme. (Prière d’ouverture de ce dimanche.) C’est le Seigneur, le Christ que vous devez reconnaître dans vos coeurs comme le seul saint ... dans l’Esprit, il a été rendu à la vie. (Saint Pierre)



DIMANCHE 28 MAI 2017
SEPTIEME DIMANCHE DE PAQUES

Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres : 1. 12 à 14 : "D’un seul coeur, ils participaient à la prière."
Psaume 26 : "La seule chose que je cherche, c’est d’habiter la maison du Seigneur."
Lettre de saint Pierre : 1 Pierre 4. 13 à 16 :" afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera."
Evangile selon saint Jean : 17. 1 à 11 : "La vie éternelle, c’est de te connaître."

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REVE OU UTOPIE ?

Cette petite communauté qui attend la venue de l’Esprit de Dieu nous paraît bien loin de celles dans lesquelles nous vivons. Les conditions ne sont pas les mêmes. Ils sont encore proches de Jésus, apôtres ou disciples qui sont là autour de la Mère de Jésus, Marie, et même les frères de Jésus qui ne l’avaient pas compris à Nazareth ou à Capharnaüm ( cf. Matthieu 12. 48)

Mais, après la Résurrection, ils rejoignent les disciples qu’ils ont connus durant la vie publique de Jésus. La description que donne saint Luc de la réalité vécue par la communauté de Jérusalem n’est peut-être pas celle qui est vécue dans nos communautés paroissiales ou ecclésiales

." Assidus à la prière"…..Nos rassemblements du dimanche connaissent des arrivées tardives, des participations irrégulières, des fidèles parfois les uns éloignés des autres, malgré le rite du "baiser de paix".

Les concentrations urbaines ne favorisent pas cet esprit communautaire, mis à part un petit groupe "dévoué ».

Jean Paul II l’a souvent évoqué d’ailleurs dans ces Lettres Apostoliques aux Eglises des divers continents, où l’Eglise connaît l’anonymat des mégapoles deshumanisantes.

Ce n’est peut-être pas le lieu d’en parler ici, mais ces textes de Jean Paul II sur la vie des communautés chrétiennes dans les mégapoles européennes ou américaines méritent qu’on les connaisse, s’y arrête, qu’on les médite, si l’on veut redonner un même cœur, vivre une même prière dans ces « immeubles de solitude » où les hommes attendent, sans la connaître, la Vie de Dieu.

TE CONNAITRE

L’Evangile de ce dimanche nous confie ce que la Tradition appelle, « la prière sacerdotale de Jésus. »

Au moment d’entrer dans le grand silence de sa Passion, le Christ, à haute voix, parle à son Père et ces paroles ont une grande signification. "La vie éternelle, c’est qu’il Te connaissent, Toi et Celui que tu as envoyé." Cette vie éternelle n’est pas la survie après la mort, puisqu’elle est, dès notre propre existence, une naissance, une « con-naissance » de Dieu.

Nul ne peut vivre de solitude pour s’épanouir. Il doit naître de l’autre, naître par l’autre dans le même temps qu’il donne à l’autre une véritable naissance quotidienne.

L’échange, le don et le partage créent la vie, comme elle est engendrée dans l’échange unique du Père, du Fils et de l’Esprit.

Saint Jean a retenu et médité cette parole de Jésus à son Père :" Je T’ai glorifié sur la terre...Je leur ai donné la Gloire que Tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux comme toi en moi, pour qu’ils parviennent à l’unité parfaite" (Jean 17. 23).

En la reprenant, saint Irénée écrivait vers 180, cette formule célèbre :"La Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu".

Cette gloire, maintes fois évoquée dans ces dernières paroles du Christ, signifie que c’est la plénitude de la vie qui se réalise en Dieu. C’est cela la Gloire. Et elle peut aussi se réaliser dans les disciples. La vie trinitaire est une vie d’unité. Quand nous vivons cette unité dans le Christ, nous sommes unis à dans la vie trinitaire. Et c’est une unité qui n’a rien à voir avec une simple sociabilité de bon aloi.

Il est difficile, même impossible d’exprimer ce mystère en quelques phrases. Et plus on en parlera sans le vivre dans le Christ, plus on risque de le « diluer ». Nous avons à le faire pressentir en une méditation priante et c’est à chacun de s’y introduire par la contemplation de la réalité vivante du Christ.

Pour reprendre les termes de saint Irénée, nous sommes des hommes vivants avec le seul Dieu, avec le vrai Dieu. « Ce que Tu m’as donné, je veux qu’ils soient eux aussi avec moi et qu’ils contemplent la Gloire qui est mienne et que tu m’as donnée." (Jean 17. 24) .... "La Vie éternelle, c’est qu’ils Te connaissent, Toi le seul Dieu, le vrai Dieu."

UNE DOUBLE DEMARCHE

"J’ai fait connaître Ton nom aux hommes... Ils ont gardé fidèlement Ta parole.... maintenant, ils savent... ils ont cru..." (Jean 17. 8)

Cette Vie éternelle résulte d’une double démarche : celle de Jésus qui la donne et celle de l’homme qui accepte de la recevoir et en vit au quotidien par la Foi. Plusieurs verbes actifs sont ici additionnés : connaître, garder, savoir, recevoir, croire.

La connaissance de Dieu est à prendre au sens vital : « Celui qui connaît Dieu par le Fils a déjà la vie éternelle », nous dit saint Jean.

Elle n’est pas à prendre et à comprendre au sens intellectuel du terme, elle ne s’impose pas de l’extérieur. Elle s’accueille librement. Si elle naît par la grâce de Dieu dans le mystère de la foi, elle s’épanouit dans la lumière d’une vie quotidienne toute disponible à cet accueil de la grâce. "La lumière est venue dans le monde et les ténèbres ne l’ont pas accueillie." (Jean 1. 5 à 11)

En chacun d’entre nous, il y a une part de ténèbres, celles du monde au sens johannique du terme. Une part de ténèbres qui, parfois, n’accueille pas le Christ selon son attente. C’est pourquoi il ne peut pas prier pour que ce monde reste comme il est, un monde de ténèbres.

Il ne peut que demander à son Père que la lumière existe afin qu’elle vienne en chaque homme : "Pour qu’ils aient ma joie en plénitude... Je prie pour ceux que Tu m’as donnés parce qu’ils sont à Toi. Garde-les dans Ton nom." (Jean 17. 13) « Pour qu’ils aient la Vie en abondance » avait-il dit à ses disciples (Jean 10. 10).

Judas s’est enfoncé dans la nuit. (Jean 13. 30) Au moment où les ténèbres couvrent le Calvaire, le bon larron, lui, entre dans la plénitude de la Gloire, parce qu’il a refusé de s’enfoncer dans la nuit de sa faute :"Garde-le dans Ton nom."

J’AI ACCOMPLI L’OEUVRE QUE TU M’AS DONNE A FAIRE

Au soir du Vendredi-Saint, Jésus pouvait terminer ainsi sa dernière prière sur la croix :" Tout est accompli" (Jean 19. 30). C’est le mot même qu’il avait prononcé, le soir du Jeudi-Saint, dans sa prière au Cénacle :"Je t’ai glorifié sur la terre, car j’ai accompli l’oeuvre que Tu m’avais donnée à faire." A nous maintenant d’accomplir cette oeuvre parmi et pour les hommes, nos frères :" Comme Tu m’as envoyé dans le monde, je les envoie dans le monde...je prie pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi." (Jean 18 à 20)

Il confie sa mission de Sauveur aux croyants que nous sommes.

"Nous Te rendons grâce car Tu nous as choisis de servir en Ta présence." (prière eucharistique 2) " Remplis de l’Esprit-Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ. (prière eucharistique 3) "

*** "L’Esprit de Gloire, l’Esprit de Dieu repose sur vous", repose sur nous, nous dit saint Pierre en ce dimanche qui précède l’effusion de l’Esprit. (1 Pierre 4. 14) « Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à Ta Gloire." (prière eucharistique 3) Quelle richesse pour notre vie spirituelle si nous méditions, à la lumière de la prière du Christ en sa dernière heure, ces prières eucharistiques que l’Eglise nous propose !....


DIMANCHE 4 JUIN 2017
LA DESCENTE DE L'ESPRIT-SAINT

Célébration de la Pentecôte
Références bibliques :
1

Lecture des Actes des Apôtres. 2. 1 à 11 : "Nous entendons dans nos langues proclamer les merveilles de Dieu."
Psaume 103 : "Tu envoies ton souffle. Ils sont créés; tu renouvelles la face de la terre."
Première lettre de saint Paul aux Corinthiens : 12. 3 à 13 : "Les dons de la grâce sont variés, mais c’est toujours le même Esprit."
Evangile selon saint Jean : 20. 19 à 23 : " Il répandit sur eux son souffle et il leur dit : recevez l’Esprit-Saint."

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UN ACHEVEMENT ET UN DEBUT

Il n’y a aucune discontinuité entre le Christ-Seigneur de la Transfiguration et l’Esprit de feu qui vient sur les apôtres au matin de la Pentecôte.

La différence est que ce jour-là, l’Esprit descendit "avec puissance". Les Actes nous disent que depuis plusieurs jours, ils étaient réunis en prière. Nul doute qu’ensemble ils aient évoqué avec la Vierge Marie, les événements, les paroles et les gestes du Christ Jésus durant les trois années qu’ils ont passées avec lui.

Ensemble, ils échangent, approfondissent, renouvellent le message vécu au quotidien et dont, sur le moment, ils n’avaient pas saisi toute la portée.

A la lumière de la Résurrection, ils relisent tout cela. Avec leurs caractères, avec leur expérience de la vie qui était la leur avant le Christ insère sa vie divine dans la leur, de leur enfance, à l'adolescence,de la virilité.

"Le jour de la Pentecôte étant arrivé..." c’est à la fois un achèvement et un début. Une voie nouvelle s’ouvre devant eux et ils s’y étaient préparés.

Nous aussi nous ne pouvons entrer dans la Pentecôte à l’improviste. Il nous faut comme eux durant cinquante jours avoir assimilé toute la substance spirituelle de cette période pascale. Il nous faut avoir eu l’expérience du Christ ressuscité.

UNIS A LA FOI DE TOUTE L’EGLISE

‘Ils se trouvaient tous ensemble... unis dans la prière". C’était l’Eglise naissante. Ils priaient tous ensemble et ils trouvent les conditions nécessaires à la réception du Saint-Esprit.... Il y a 50 ans que tout s'est changé par cette résurection du Seigneur.

Il nous faut, à certains moments, nous retirer et nous enclore dans la chambre haute de notre âme. Mais nous ne pouvons les vivre séparés du Corps qu’est l’Eglise.

"Les fonctions... les activités ... les dons sont variés. C’est toujours le même Dieu qui agit en tous. Nous avons été baptisés dans l’unique Esprit pour former un seul corps" (Saint Paul aux Corinthiens. 12. 13) Qui veut ignorer l’autorité des apôtres ou se passer de la présence maternelle de Marie ne peut recevoir l’Esprit-Saint dans la vérité.

CHACUN D’EUX LES ENTENDAIT DANS SA LANGUE.

La Pentecôte rétablit l’unité du langage et de la compréhension. L’orgueil des hommes les avait divisé aux jours de la tour de Babel. L’humble disponibilté nous met à l’écoute de Dieu et chacun peut entendre cette unique Parole.

Le langage de l’Esprit - du moins dans son sens intérieur - est aujourd’hui encore accessible à tous les hommes, à toutes les races, à toutes les nations. Le même Esprit transmet un message universel que chaque âme reconnaît cependant comme le sien propre.

Différent selon les révélations et les Sagesses que nos limites humaines ont découvert.

Mais l’Esprit de Dieu est à l’œuvre « en tout homme qui le cherche avec droiture » selon la prière eucharistique. Mais ce langage n’est pas le nôtre. Il est " selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer..."

Il nous faut là souligner l’importance de cette parole donnée par l’Esprit. Un danger serait de la recevoir comme si c’était notre bien propre, et la transmettre comme si elle émanait de nous. La Parole est donnée à l’Eglise pour tous les temps.

Nous n’avons donc pas à nous approprier nos charismes, ni à interpréter cette Parole hors de l’Eglise. C’est elle qui est l’assurance de la fidélité à la pensée de Dieu, lui seul est charismatique, lui seul est la Vérité. C’est à cette condition que la Parole « donnée » gardera sa valeur d’universel.

ASSOCIES AUX LITURGIES QUOTIDIENNES

Nous sommes associés à cet Esprit par les Pentecôtes déjà nombreuses auxquelles, chaque année, nous nous sommes liturgiquement associés.

Mais à nous de ne jamais cesser de vivre et de transmettre dans l’Esprit, l’exigence missionnaire du Seigneur :"Vous serez mes témoins..."

C’est dans cette perspective que nous devons entendre les textes des prières eucharistiques quotidiennes, les entendre et leur donner toute leur résonance spirituelle :

- Prière eucharistique 2 :"Que nous soyons rassemblés par l’Esprit-Saint en un seul corps." pas seulement nous les fidèles, mais l’Eglise qui est corps du Christ.
- Prière eucharistique 3 : "C’est toi qui donnes la vie, c’est toi qui sanctifie toutes choses par ton Fils Jésus-Christ notre Seigneur ... avec la puissance de l’Esprit-Saint." - "Remplis de l’Esprit-Saint, accordes-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ."
- Prière eucharistique 4 : "Il a envoyé d’auprès de toi, comme premier don fait aux croyants, l’Esprit qui poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification." -

"Rassemblés par l’Esprit-Saint en un seul corps pour qu’il soient eux-mêmes dans le Christ une vivante offrande à la louage de ta Gloire." La liturgie rénovée par Vatican II redonne à l’Esprit-Saint son œuvre de consécration. Ce n’est pas le souffle des mots prononcés par le prêtre célébrant qui donne présence au Corps et au Sang du Christ.

C’est l’Esprit-Saint lui-même à qui le prêtre demande d’être le consécrateur, le Sanctificateur.

***
Puissions-nous, par-delà la répétition de ces prières, ne jamais les entendre d’une manière indifférente. Elles devraient au contraire nous laisser dans un long silence de contemplation, d’admiration, d’adoration, selon la salutation qui ouvre chaque liturgie :"La grâce de Jésus notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit-Saint soient toujours avec vous."


DIMANCHE 11 JUIN 2017
LA SAINTE TRINITE




On peut fêter la mémoire d’un saint au jour où il est définitivement né à la vie trinitaire dans l’éternité de Dieu, après les cheminements chaotiques de toute vie humaine.

On peut fêter l’annonce faite à Marie, la naissance de l’enfant de Bethléem et tous les mystères de l’Incarnation et de la vie du Fils de Dieu fait homme. Par ses actes et ses paroles, par cette totale participation divine à la vie humaine, il nous entraîne jusqu’à la divinisation, participation plénière à l’héritage de Dieu « avec le Christ… pour être avec Lui dans la gloire. » (Romains 8. 17)

AU CŒUR DU MYSTERE DE DIEU.

Mais la Trinité ne se fête pas comme l'un des mystères de cette alliance humano-divine qui se concrétise en un événement temporel.

Le mystère de la Trinité est le mystère de Dieu lui-même dans l’infini de tout son être, le tout de toute vie, de toute la vie.

C’est pourquoi la liturgie, et surtout orientale, n’est qu’un hymne ininterrompu à la louange de la Sainte Trinité, tous les jours et à toute heure de la liturgie du «temps présent ».

Par le baptême « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », nous sommes définitivement associés aux Trois Personnes Divines, et chaque Eucharistie exprime cette relation. Le mystère de l'aliance dit la liturgie "comme cette eau se mêle au vin".

Nous prions le Père par le Fils à qui nous sommes unis dans l’Esprit-Saint qui nous fait s’écrier :« Abba ! Père ! » (Romains 8. 15) « Par Lui, avec Lui et en Lui, à Toi, Dieu le Père Tout-Puissant, dans l’Unité du Saint-Esprit, tout honneur
et toute gloire. »

L’EVOLUTION LITURGIQUE

Les Divines Liturgies de saint Basile comme de saint Jean Chrysostome, dans les Eglises orientales, catholiques et orthodoxes, ne connaissent pas cette « fête » particulière. Nous la vivons depuis notre baptême.

Il en fut de même pendant des siècles en Occident. L’Eglise romaine latine n’éprouvait pas et ne comprenait pas le besoin de lui consacrer un dimanche particulier, puisque chaque dimanche et chaque liturgie sont trinitaires.

Bien plus, dans l’antique rite romain, le dimanche qui suivait la grande nuit baptismale de la Pentecôte ne connaissait aucune liturgie. L’on disait « Dominica vacat » Un dimanche vacant …

Il fallut 8 siècles pour que l’on commence à voir apparaître, à Rome, et à Rome seulement, dans les calendriers romains, un octave de la Pentecôte, à l’instar du dimanche « in albis » de l’octave baptismal pascal. On fêtait notre divinisation dans le mystère trinitaire.

D’ailleurs, aux origines de cette liturgie propre au seul diocèse de Rome, l’évangile était celui du colloque du Seigneur avec Nicodème en Jean 3. 1 à 16, où il est question de l’efficacité de l’action de l’Esprit-Saint dans la régénération baptismale.

Au 9ème siècle, nous voyons se créer une messe « votive » axée sur les conséquences de notre participation au mystère trinitaire, dans notre vie quotidienne.

La Trinité n'est pas une dévotion. C'est notre foi fondamentale que nous devons confesser et dont nous devons vivre pour la traduire.

UNE CONFESSION, NON PAS UNE DEVOTION

Au 10ème siècle, on sentit le besoin de promouvoir une solennité spéciale en l’honneur de ce mystère à l'instar du mystère de l'Incarnation qui, lui, se réalise dans le Christ. Dans le même temps et peu à peu fut introduit une fête de la Sainte
Trinité comme pour marquer le début du cycle des dimanches ordinaires de l’année «après la Pentecôte » au moment où se clôt le temps pascal.

Les passages tirés de l’évangile de saint Jean et de saint Luc ne s’imposèrent plus et, trois siècles plus tard, devant l’extension de cette liturgie populaire, le Pape instaura, en 1334, une fête nouvelle en l’étendant à tout le rite romain latin.

L'Eglise n'a pas été établie cette fête par simple dévotion. Elle l'a voulucomme la confession annuelle et solennelle, humble et reconnaissante, du plus grand de tous les dogmes, qui est le mystère central de la foi chrétienne.

Elle voulait nous rappeler notre dignité baptismale, cette perfection possible qui est la nôtre. Même vécue imparfaitement dans le quotidien de nos doutes, de nos faiblesses, de notre offrande, de notre foi, chacune de nos vies est habitée par la Vérité divine.

Nous en avons déjà la possession intégrale. Or cela, nous l’oublions trop souvent. Ou bien, nous n’en tenons pas toujours compte.

Aujourd’hui cette liturgie est loin d’être inutile. Au nom d’un dialogue inter-religieux, nous risquons de ne plus affirmer aussi clairement le dialogue de Dieu avec nous en sa Trinité. « Le Seigneur est Dieu là-haut dans le ciel, comme ici-bas sur la terre, et il n’y en a pas d’autre. » (Deutéronome 4. 35)

Il n’y en a pas d’autre que Dieu en sa Trinité. « De toutes les nations, faîtes des disciples, baptisez-les au nom du Père et
du Fils et du Saint-Esprit. Apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. » (Mat. 28. 19)

En affirmant cela, le chrétien n’est pas moins monothéiste qu’un autre croyant en Dieu Unique. Le mystère trinitaire n’est pas une forme déguisée d’un polythéisme de fait. Trois Dieux ? Non ! Le Père ne disparaît pas de notre horizon. L’Esprit-Saint n’est pas le prête-nom d’une absence psychologique intérieure. Le Fils n’est pas le seul à garder le privilège divin, au point d’en oublier Dieu qui est Père et Esprit.

Le Christ nous a affirmé cette unité de Dieu par cette conjonction : «Le Père ET le Fils ET le Saint-Esprit. » Ce n’est pas une curiosité stylistique. Ce qui est désigné et nommé ainsi, c’est un rapport tout particulier entre les personnes divines.

PAR DELA NOS PAROLES HUMAINES.

Les mots humains ne pourront jamais dire ni exprimer l’Etre Unique en Trois Personnes. A travers tout l’Evangile et au travers la prédication de Jésus s apôtres, nous est claiement déouvertcette unité, que les apôtres vons dire au monde.

L’Esprit-Saint ne parle pas de Lui. Il est écoute et perception du Fils. Il est celui qui dit Dieu comme le Christ nous l’a dit. Quant au Fils, il ne parle pas de lui-même. Il parle de son Père et de l’amour qui les unit. Il est l’envoyé du Père pour qu’à notre tour, sauvés par Lui, nous puissions dire avec confiance : « Notre Père qui es aux cieux. » Et c’est ainsi qu’il est accueil et médiateur du Père.

Enfin le Père se livre au Fils de telle sorte que tout ce que possède le Père, il le remet au Fils pour le constituer en son être de Fils. Il est don. « La vie éternelle, c’est qu’ils Te connaissent. Toi le seul véritable Dieu et ton envoyé Jésus-Christ. » (Jean 17. 3)

« L’Esprit de vérité ne parlera pas de lui-même, mais tout ce qu’il entendra, il le dir, nous révèle Jésus. Il me
glorifiera, car c’est de mon bien qu’il prendra pour vous en faire part. Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi je vous dis : C’est de mon bien qu’il prendra. » (Jean 16. 13 à 15).





DIMANCHE 18 JUIN 2017
SOLENNITE DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST



Comme dimanche dernier, la fête du Sacrement du Corps et du Sang du Christ n'est pas une simple fête de dévotion, même si elle s'exprime liturgiquement.  C'est une confession de notre foi fondamentale dont l'énoncé, d'ailleurs, ne se trouve pas dans le "Credo".Les prières et les chants de la liturgie actuelle ont pour auteur saint Thomas d'Aquin. 

Cet office est l’expression d'un amour intime et enthousiaste, un chef d'oeuvre de doctrine théologique, un exemple de goût littéraire sobre et d'une densité toute particulière. C’est également un témoignage. Parson humble attachement à la tradition liturgique, saint Thomas d’Aquin a employé, pour cette création, une partie des antiennes et des répons déjà en usage dans quelques-unes des Eglises particulières. Il voulait ainsi rassembler la diversité de ces richesses dans cette unique liturgie.

QUELQUES ETAPES SIGNIFICATIVES

Dans les premiers siècles, il n’y avait aucune célébration particulière pour l’Eucharistie. Elle était solennisée durant la « Grande Semaine », au jour du Jeudi-Saint qui connaissait trois messes : l’une pour la réconciliation des pénitents, une autre pour la consécration des Saintes Huiles et la troisième « In coena Domini », la Cène du Seigneur.

Avec le temps, les rites de la réconciliation et ceux des Saintes Huiles se compénétrèrent en une seule messe matinale et la commémoration de la Cène se reporta au soir. Puis la messe du Jeudi-Saint, comme l’on disait couramment il y a encore quelques années, fut célébrée le jeudi matin. Vatican II est revenu à l’antique tradition du « Repas du Seigneur » sans pour autant réduire le sens du sacrifice.

Le Moyen Age connut des doctrines qui, sans mettre en cause la « Présence réelle » du Seigneur, en discutaient, parfois d’une manière hérétique, les modalités, en particulier la doctrine théologique de Bérenger (998-1088), archidiacre d’Angers. Devant leur extension, la piété populaire réagit pour souligner la présence réelle et permanente du Seigneur.

Naquirent alors, à partir du 11ème siècle, les processions eucharistiques dites de la « Fête-Dieu », les « saluts du Saint-Sacrement » et les expositions publiques de l’Hostie consacrée qui voulaient souligner la présence réelle et permanente. C’est ainsi que l’Eglise demanda à saint Thomas d’Aquin, le théologien dominicain de l’Université de Paris de rédiger les textes liturgiques de cette fête, instituée par le pape Urbain IV en 1264.

La présence eucharistique n’est pas limitée dans le temps où s’accomplit le rite liturgique. Elle n’est pas une simple souvenance. Le Christ lui-même, L'Eucharistie, c'est le Christ en sa resurrection qui se rend présent en ce mystère, par une transformation « réelle » du pain et du vin dont la réalité d’être du pain et du vin n’est pas détruite.

LES INSISTANCES LITURGIQUES

Dans le cycle liturgique de cette année, les trois lectures et le psaume orientent la méditation du fidèle vers la dimension sacrificielle de l’Eucharistie, sans supprimer les autres dimensions de ce mystère : fraction du pain, repas communautaire, présence réelle, communion. Ces dimensions sont reprises dans les deux autres cycles liturgiques. Les textes de saint Thomas d’Aquin sont les mêmes chaque année et nous font ainsi pénétrer au cœur du mystère.

Ce qui est souligné cette année, c’est que l’Eucharistie est un sacrifice de louange et d’action de grâces comme l’étaient les sacrifices de l’Ancienne Alliance, parce qu’elle est un sacrifice de réconciliation dans le sang de l’Agneau offert et immolé, un sacrifice de l’Alliance entre Dieu et son Peuple.

Par elle-même, la mort n’est pas rédemptrice. C’est notre attitude devant la mort qui peut le devenir.

Dieu veut arracher son Serviteur à la mort. C’est le Serviteur qui, par son offrande, la fait devenir expiation et glorification. (Isaïe 53. 10) C’est ce qu’exprime par ailleurs la première prière eucharistique : « Nous t’offrons, ou ils t’offrent pour tous les leurs, ce sacrifice de louange, pour leur propre rédemption, pour le salut qu’ils espèrent. Et ils te rendent cet hommage, à toi, Dieu éternel, vivant et vrai. »

La Lettre aux Hébreux développe ce thème du sacrifice de réparation de l’Ancien Testament, évoquant la célébration particulièrement solennelle du « Jour de l’Expiation » (Le Yom Kippour) « Le sang du Christ fait bien davantage. » Il est le grand-prêtre de l’Alliance nouvelle. « Le Christ ressuscité ne meurt plus.»

Le Christ nous donne la vie, comme le Père nous donne la vie que Jésus a offerte pour nous et qui est désormais victorieuse de la mort. Le Christ donne l’ordre de célébrer ce mémorial jusqu’au jour du Royaume de Dieu, car cette victoire n’est pas celle que d’un jour.

« De même que le Christ ressuscité est présent, bien que nos yeux ne voient que du pain, de même toute l’Eglise est concernée par l’eucharistie, même si nous ne sommes que quelques-uns. L’Eglise catholique toute entière, celle du temps présent et celle de tous les temps, dans une communion des « saints » qui dépasse toute frontière. » (Jacques Perrier)

Ceux qui participent à l’eucharistie, unis au Christ, dans l'Eglise par le prêtre, offrent à Dieu l’acte sauveur par excellence, la Croix et la Résurrection. Ils s’y associent eux-mêmes, ils y associent la « multitude » pour laquelle le sang de l’Alliance a été versé.

***

C’est ainsi que, depuis le soir du Jeudi-Saint et depuis le Calvaire, chaque célébration eucharistique est significative et signifiante de la présence permanente, réelle et agissante du Christ mort et ressuscité.

Saint Thomas le dit dans les oraisons de ce jour, selon sa concision merveilleuse et plein de richesse, car il était poète, docteur et mystique. Mais il est à noter que, contrairement à la tradition liturgique qui adresse toute prière au Père, par Jésus, ton fils bien-aimé, il s’adresse directement au Christ, au Fils de Dieu venu parmi les hommes pour les ouvrir à la vie éternelle qui est la sienne.

« Donne-nous , Seigneur, de vénérer d’un si grand amour le mystère de ton corps et de ton sang que nous puissions recueillir, sans cesse, le fruit de ta rédemption. »

« Fais que nous possédions, Seigneur Jésus, la jouissance éternelle de ta divinité, car nous en avons dès ici-bas l’avant-goût, puisque nous recevons ton corps et ton sang. »




DIMANCHE 25 JUIN 2017
DOUZIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Du prophète Jérémie : 20. 10 à 13 : “ C’est à toi que j’ai confié ma cause.”
Psaume 68 : “Vie et joie à vous qui cherchez Dieu.”
Lettre de saint Paul aux Romains : 5. 12 à 15 : “ Le don gratuit de Dieu et la faute n’ont pas la même mesure.”
Evangile selon saint Matthieu : 10. 26 à 38 :” Vous valez bien plus que tous les moineaux du monde.”

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Le passage de l’Evangile de ce dimanche rassemble l’essentiel de l’enseignement de Jésus sur la mission qu’il va confier aux Douze et à ses disciples et donc qu’il nous confie à notre tour.

MISSION DE TEMOIGNAGE

Nous savons bien qu’à travers ses apôtres, c’est à l'Eglise et donc à nous que ces paroles s’adressent aujourd’hui. Selon les paroles même de la liturgie baptismale, notre baptême nous constitue prophètes, c’est-à-dire “témoins” de Jésus-Christ.

Le disciple n’est pas un porte-parole étranger au message qu’il annonce. Il appartient à ce message et il doit supporter les risques d’un témoignage dont il partage la responsabilité. ‘Enfant de Dieu et de l’Église » selon la doctrine baptismale.

Si la Parole vient effectivement d’un Autre, cette Parole nous traverse et vient nous habiter avant que nous ne La transmettions à notre tour à d’autres. Le témoin de l’Evangile ne peut être que le reflet de la relation qu’il entretient lui-même avec Dieu par le Christ-Jésus. Notre témoignage doit être l’expression de l’Esprit-Saint qui a investi tout notre être et qui le fait vivre.

Nous avons à vivre de Jésus-Christ et c’est notre vie qui, alors, sera le premier discours que nous adressons à nos frères. C’est une mission exigeante qui implique l’engagement total. Celui qui reniera sera renié à son tour devant le Père qui est aux cieux. (Matthieu 10.33)

OPPOSITION ET PERSECUTION

Comme les apôtres, les chrétiens font l’expérience de l’opposition et de la persécution, même si celles-ci prennent des formes plus subtiles.

« Un chrétien souffre pour la justice quand, en échange de sa fidélité au Christ, il fait l'expérience des humiliations et des outrages, de la dérision dans son propre milieu de vie, incompris parfois même par les personnes qui lui sont les plus chères. Quand on s'expose à être contredit, quand on risque l'impopularité. Il y a le martyre du corps et celui de l'esprit, le martyre de notre vocation et celui de notre mission.” (Jean Paul II)

Lorsque nous acceptons d’annoncer le Christ et d’en témoigner par notre vie, nous acceptons aussi le risque des incompréhensions et des oppositions.

TEMOINS DANS LA CONFIANCE.

Aussi, il n’est pas rare que certains de nous perdent coeur et renoncent à leur vocation prophétique, non par volonté délibérée mais par découragement.

C’est que nous n’avons pas encore entendu et accueilli pleinement pour notre propre compte le risque de cette Parole, qui nous dérange nous-mêmes comme elle dérange ceux qui la reçoivent de nous.

Jésus nous invite à la confiance “Ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire. Ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment.” (Matthieu 10. 19) Si nous vivons de lui, notre foi nous fait savoir que sa présence en notre vie est la force et la source de cette confiance, et sa présence se traduit également par celle de l’Esprit-Saint comme il enseigné à ses apôtres quelques heures avant sa mort, au soir du Jeudi-Saint.

Deux épisodes de la vie de saint Pierre nous éclairent. Au soir de l’arrestation de Jésus, il renie son maître parce qu’il en reste à ses propres forces. Après la venue de l’Esprit-Saint, avec saint Jean, il ose déclarer au Sanhédrin :”Nous ne pouvons pas taire ce que nous avons vu et entendu.” (Actes 4. 30)

C’est bien cela ce que nous avons vécu parce que nous l’avons accueilli. Cette Parole peut rendre notre coeur brûlant, et comme pour les disciples d’Emmaüs, elle nous donnera de reconnaître le Christ vivant en nous et nous fera de vrais témoins.

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“Accepte, Seigneur, le sacrifice de louange et de pardon, afin que nos coeurs purifiés par sa puissance, t’offrent un amour qui réponde à ton amour.” (Prière sur les offrandes.)




DIMANCHE 2 JUILLET 2017
TREIZIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Du second livre des Rois. 4. 8 à 16 :” Quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer.”
Psaume 88 : “ L’amour du Seigneur, sans fin, je le chante : c’est un amour bâti pour toujours.”
Lettre de saint Paul aux Romains. 6. 3 à 11 :” Pensez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus-Christ.”
Evangile selon saint Matthieu. 10. 37 à 42 : “ Qui vous accueille, m’accueille.”

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Il est fréquent que la liturgie de la Parole de la messe du dimanche propose une correspondance entre la première lecture et l’évangile. C’est très net aujourd’hui : à l’hospitalité, offerte à Élisée par la Sunamite, correspond l’enseignement de Jésus sur l’accueil, enseignement qui achève le discours apostolique du chapitre 10 de saint Matthieu.

UNE DIMENSION DIVINE

Jésus y insiste pour montrer la relation qui s’établit avec lui-même et avec son Père lorsqu’on accueille un frère en tant que “disciple, prophète, juste”. Accueillir l’autre, c’est accueillir Dieu. Ce qui signifie que toute relation humaine a une dimension divine. (Matthieu 10.40)

Accueillir Dieu, c’est le recevoir en reconnaissant l’initiative de son amour pour nous. Ce n’est pas théorique. C’est un vécu, se reconnaissant pauvre et humble au point de ne pouvoir vivre que par Lui. C’est Lui offrir notre faiblesse qui conduit à la mort, pour qu’il manifeste en nous sa puissance de résurrection.

LA MÉDIATION DES RELATIONS HUMAINES

Dans le même temps, la relation à Dieu passe par la médiation de nos relations humaines. Nul ne peut prétendre aimer Dieu si l’on n’aime pas ses frères, son frère, même ennemi. L’amour de Dieu et l’amour des autres ne sont qu’un seul et même amour.

La réflexion sur cette démarche spirituelle de l’accueil de Dieu peut singulièrement nous aider à convertir nos pratiques de l’accueil des autres.

Le plus bel exemple nous est donné avec l’épisode de l’accueil de Jésus par Marthe et Marie (Luc 10. 38-42) Marthe n’échappe pas à la dérive de la signification de l’accueil qui en reste à des attitudes humaines, si grandes soient-elles. Marie nous rappelle que ce qui est premier n’est pas ce que l’on désire offrir, mais ce que l’on s’apprête à recevoir, bien plus, qui l’on s’apprête à recevoir. L’attitude première de celui qui accueille doit être la pauvreté de soi-même. On ne peut accueillir en vérité que si l’on se sent d’abord débiteur vis-à-vis de l’accueilli.

UNE MÊME DÉMARCHE

La langue française est intéressante quand elle parle de l’hôte. Le mot “hôte” désigne à la fois celui qui accueille et celui qui est accueilli. C’est dire que l’hospitalité crée nécessairement une relation d’échange entre deux personnes. Recevoir quelqu’un chez soi, c’est s’enrichir de sa présence. Etre reçu, c’est quitter sa condition d’étranger et entrer en partage avec une famille ou la communauté d’accueil.

Le sens profond de la signification de l’hospitalité, en tant que relation d’échange mutuel, s’exprime à travers les rites sociaux. Qui osera venir chez un ami, invité par lui, sans lui apporter un cadeau, si minime soit-il ? Les échanges de cadeaux expriment cette dimension de manière symbolique. Mais on constate parfois, avec une certaine tristesse, que les sociétés dites “développées” ont normalisé ces rites, au point qu’ils en ont perdu toute signification, au point même d’en être dénaturés.

L’accueil de Dieu et l’accueil des autres se vivent d’une même manière. L'accueil de Dieu et l'accueil des autres se vivent dans une même démarche. L'une engendre l'autre. La démarche spirituelle ne peut se détacher de la démarche humaine. La démarche humaine conduit à la démarche spirituelle. L'amour engendre l'amour. Il faut perdre en donnant pour recevoir. C'est la chance unique d'échapper à l'hypocrisie qui consisterait à aimer Dieu sans aimer les siens, c'est-à-dire, sans aimer nos frères.

La démarche spirituelle rejoint le démarche humaine. Il faut perdre en donnant pour recevoir. C’est la chance unique d’échapper à l’hypocrisie qui consisterait à aimer Dieu sans aimer les siens, c’est-à-dire, sans aimer nos frères.

Il n’en reste pas moins que cette conviction acquise nous avons à la mettre en oeuvre au jour le jour, dans la complexité de notre vie personnelle et collective. C’est pourtant le seul chemin de la vie pour Dieu en Jésus-Christ.

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“ Reliés à toi par une charité qui ne passera jamais, nous porterons des fruits qui demeurent.” (Prière après la communion)

“ Regarde, Seigneur, le sacrifice de ton Eglise et daigne y reconnaître le sacrifice de ton Fils qui nous as rétablis dans ton Alliance. Quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit-Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ.” (Prière eucharistique - N° 3)




DIMANCHE 9 JUILLET 2017
QUATORZIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Du livre de Zacharie : 9. 9 à 10 : “Il est juste et victorieux.”
Psaume 144 : “ Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour.”
Lettre de saint Paul aux Romains : 8. 9 à 13 : “ L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en vous.”
Evangile selon saint Matthieu : 11. 25 à 30 : “Devenez mes disciples car je suis doux et humble de coeur.”

***

C’est l’évangile qui sera le centre de notre réflexion, en replaçant ce passage dans le contexte où ont été prononcées les paroles de Jésus.

AUCUN DECOURAGEMENT

Après les premiers succès qui marquent la nouveauté du début de sa prédication, Jésus se heurte au refus de la foi en lui par la majorité de ses auditeurs. Il est confronté à l’échec. “Les villes où il avait fait des miracles ne s’étaient pas converties.” (Matthieu 11. 20) Au lieu d’être découragé, il fait monter vers son Père une prière de louange pour la petite minorité qui continue à le suivre.

N’est-ce pas quelquefois notre attitude devant le petit nombre que nous sommes et l’incompréhension que nous rencontrons bien souvent ?

A ces disciples fidèles, il avait présente dans un premier temps le message des Béatitudes. Aujourd’hui, il leur redit ce qsu’il a décrit lors de leur envoi en mission : »Celui qui ne prend pas sa croix, n’est pas digne de moi. » (Matthieu. 10)

Aujourd’hui, il les invite à la confiance, « malgré tout… »“Vous tous qui peinez sous le poids du fardeau.” Il est là pour les soulager, pour partager la souffrance des pauvres, des accablés, de ceux qui perdent courage. Il ne se contente pas de leur dire “Heureux êtes-vous !” Il vit avec nous selon la parole de Marie “Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles, il comble de biens les affamés.”

UNE AUTRE ECHELLE DE VALEURS

Les croyants que nous sommes ne sont pas épargnés de la souffrance physique, morale et spirituelle de façon magique et artificielle. La souffrance est pour eux comme pour tout homme. Mais en l’unissant à la croix du Christ, nous la transfigurons, nous la rendons plus significative d’un chemin d’amour et de gloire qui nous unit à la résurrection du Christ selon les paroles même de saint Paul dans le lettre aux Romains. (Rom. 8. 11)

Nous vivons sur une autre échelle de valeurs : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants… »

L'Evangile comme dans notre monde contemporain, fourmille de gens privilégiés, mais pour le Christ il est une autre échelle de valeur qui nous donne le privilège d’être enfants de Dieu, participant d la vie divine trinitaire.

Les pauvres héritent du Royaume et non les riches qui se retrouvent les mains vides. Ce ne sont pas les « justes » mais les pécheurs qui sont appelés. Les enfants et ceux qui leur ressemblent peuvent entrer dans le Royaume par la porte étroite qui ne permet pas aux puissants de passer. Les gens incultes reçoivent la révélation du mystère de Dieu et les sages ignorent cette connaissance qui leur paraît une folie.

Ni la richesse, ni la puissance, ni le pouvoir, ni l'estime, ni la culture, ni même la perfection morale font de nous des privilégiés de Dieu. Même si j'avais la foi à transporter les montagnes, même si je donne ma vie, "si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien" (Saint Paul dans son hymne à la charité)

Dieu nous révèle ainsi qu'il n'aime pas par convoitise. Il nous aime gratuitement. C'est là son mystère de vie qu'il veut nous transmettre en Jésus-Christ. Quiconque entre dans la compréhension de ce mystère y trouve joie et soulagement.

LE MYSTERE DE L’IDENTITE DU CHRIST

Et c’est par cette relation avec Dieu son Père que l’homme Jésus de Nazareth, faible et souffrant comme nous, s’affirme en même temps, dans l’amour, en communion avec le mystère de Dieu. “Tout m’a été confié par mon Père... Personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.”

Cette confidence nous fait découvrir la conscience que Jésus avait de lui-même.

Humainement parlant, c’est une prétention insoutenable. Il affirme, tout simplement, qu’il est le seul à connaître Dieu et à être capable de dire quelque chose de valable sur Dieu. C’est par ce qu’il partage de l’amour trinitaire qu’il peut émettre cette affirmation. L’identité de Jésus échappe à toute investigation de l’intelligence humaine. Nous n’avons accès à sa personne que par la Foi qui reconnaît que le Fils est égal au Père.

Il le dira à Pierre :”Ce que tu dis, c’est mon Père qui te l’a révélé.” (Matthieu 16. 16)

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Restons tout-petits et pauvres devant Dieu. C’est la meilleure manière d’accéder à l’infinie richesse de la vie divine. Celui qui n’a pas fait le vide de sa propre suffisance, peut-il accueillir l’amour infini de Dieu ?

“Doux et humble de coeur.” selon la parole du Christ, c’est devenir capable d’entrer dans la Paix et la Gloire de Dieu. Les sages et les savants, trop pleins d’eux-mêmes parfois, peuvent-ils laisser place à la sagesse et à la connaissance de Dieu ?

L’abaissement du Christ n’a pas été une destruction. Il fut l’aube de sa résurrection. Voilà ce que le Fils nous a révélé par sa vie. Partageons-la puisque “Tu as relevé le monde par les abaissements de ton Fils.” (Prière de la messe de ce jour)




DIMANCHE 16 JUILLET 2017
QUINZIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture du prophète Isaïe. 55. 10 et 11 :"Ma Parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat."
Psaume 64 : "Tu visites la terre et tu l’abreuves, tu la combles de richesses."
Lettre de saint Paul aux Romains. 8. 18 à 23 : "La gloire que Dieu va bientôt révéler en nous."
Evangile selon saint Matthieu. 13. 1 à 23 :"L’homme qui entend la Parole et la comprend, il porte du fruit à raison de cent, de soixante ou de trente pour un."

***

Il est plusieurs possibilités de lire et de méditer cette parabole du Semeur. N’en restons pas à une leçon moralisante, en insistant seulement sur les mauvais terrains, c’est-à-dire nous, en qui la Parole de Dieu ne donne pas tout son fruit par notre faute.

UN OPTIMISME REALISTE

Contemplons avant tout le semeur, lui le Verbe de Dieu, la Parole même de Dieu qui parle de lui autant que de nous, qui parle du semeur autant que de la terre ensemencée.

C’est l’histoire d’une générosité sans limite, même à l’égard de ceux qui ne sont pas disposés à l’accueillir. L’Esprit sème où il veut. Il sait qu’il y a les pierres du chemin et les ronces étouffantes de la vie et de nos passions. Il sème.

Car il y a une terre à ensemencer, un pécheur à sauver, un frère à aimer. Il sait, lui le semeur, qu’au milieu de l’ivraie peut aussi pousser le bon grain et qu’il faut du temps et de la patience pour voir venir la moisson dans cette terre qui est bonne, mais où tout se mêle. (Matthieu 13. 36)

Il sait qu’un jour elle donnera son fruit, comme il le dit par la bouche du prophète Isaïe. "Ma Parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat ». Jésus, quand il nous donne ces paraboles, n’est pas un rêveur. Il est sans illusion. Il n’a qu’à regarder l’immédiat de son propre ministère apostolique pour constater que beaucoup de ses auditeurs "entendent la Parole du Royaume sans la comprendre". Même après le miracle de la multiplication des pains pour 4.000 hommes, le résultat de ces "semailles divines" sera, selon les apparences humaines, sans résultat :"Beaucoup de ses disciples se retirèrent et cessèrent de le suivre" (Jean 6. 6) Les ronces et les pierres de leurs doutes empêchent le grain semé d’arriver à maturité.

UN OPTIMISME DE CERTITUDE

Et pourtant, infatigable, le semeur continue à semer la Parole de Dieu "espérant contre toute espérance". (Romains 4. 18) Il ira jusqu’au rejet total de sa Parole, sur la Croix. Sa mort ne fructifiera que dans sa résurrection :"Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes" Jean 12.32).

La conclusion de la parabole est la réussite exceptionnelle de la moisson finale. "Ils ont donné du fruit à raison de cent, de soixante, de trente pour un." Relisons ainsi le psaume cité par la liturgie de ce jour :"Tu visites la terre et tu l’abreuves, tu la combles de richesses... tu prépares les moissons ... sur ton passage ruisselle l’abondance ... les plaines se couvrent de blé Tout exulte et chante."

L’espérance invincible de Jésus repose sur la même certitude qui remplit toute la Bible quand elle parle de Dieu et que le prophète Isaïe affirme en ce dimanche. Jésus sait que le coeur de l’homme est fondamentalement "une bonne terre", destinée à la joie même de Dieu, c’est-à-dire à vivre un jour son bonheur infini en partageant déjà la vie du Royaume qui s’épanouira en vie éternelle. Le divin a été ensemencé dans l’homme. Et c’est une semence puissante.

Comment pourrions-nous oublier ce regard de Jésus, dans la nuit de la Passion, quand Pierre l’a renié ? Après la Résurrection, l’ivraie s’en est allée avec la Parole :"M’aimes-tu ?... Tu sais bien que je t’aimes, Seigneur !" Le semeur ne s’arrête jamais car il ne désespère jamais ni de la semence ni de le terre.

UN OPTIMISME DE JOIE

"Heureux vos yeux, parce qu’ils voient et vos oreilles parce qu’elles entendent". dit Jésus à ses plus proches disciples, au moment où il va leur donner les paraboles du semeur, de l’ivraie, du grain de moutarde, du levain. Il ne faut pas les séparer l’une de l’autre. Elles sont toutes ensemble en saint Matthieu et abordent , d’une manière ou d’une autre, la même certitude.

Saint Jean en a retenu la signification quand, bien plus tard, il reprend en écho, à l’intention des premiers chrétiens, ce qu’il a entendu au début de ces paraboles. :"Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons entendu de nos oreilles, ce que nous avons touché de nos mains, c’est le Verbe, la Parole de la Vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifesté à nous" (1 Jean 1. 1 et 2).

Saint Paul ajoute que cette même expérience nous est promise : « Nous voyons actuellement une image obscure, comme dans un mauvais miroir. Ce jour-là nous verrons face à face". (1 Corinthiens 13. 12) "La gloire que Dieu va bientôt révéler en nous" (Romains 8. 12)

La réussite intégrale du projet de Dieu ne nous sera révélée qu’après notre mort. Pourtant, dans la foi, ce devrait être, dès maintenant déjà, une joie inépuisable de savoir que nous verrons de nos yeux le Ressuscité, ce Ressuscité qui se donne à nous en chaque Eucharistie dominicale ou quotidienne.

 

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