Méditations dominicales

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En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon son "charisme",
une ou plusieurs méditations .

Chaque auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


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Dimanche 25 juin : Douzième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 2juillet : Treizième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 9 juillet :Quatorzième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 16 juillet :Quinzième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 23 juillet : Seizième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 30 juillet : Dix-septième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 6 août : La Transfiguration du Seigneur
Dimanche 13 août : Seizième dimanche du temps ordinaire
Mardi 15 août : L'Assomption de la Vierge Marie








DIMANCHE 25 JUIN 2017
DOUZIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Du prophète Jérémie : 20. 10 à 13 : “ C’est à toi que j’ai confié ma cause.”
Psaume 68 : “Vie et joie à vous qui cherchez Dieu.”
Lettre de saint Paul aux Romains : 5. 12 à 15 : “ Le don gratuit de Dieu et la faute n’ont pas la même mesure.”
Evangile selon saint Matthieu : 10. 26 à 38 :” Vous valez bien plus que tous les moineaux du monde.”

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Le passage de l’Evangile de ce dimanche rassemble l’essentiel de l’enseignement de Jésus sur la mission qu’il va confier aux Douze et à ses disciples et donc qu’il nous confie à notre tour.

MISSION DE TEMOIGNAGE

Nous savons bien qu’à travers ses apôtres, c’est à l'Eglise et donc à nous que ces paroles s’adressent aujourd’hui. Selon les paroles même de la liturgie baptismale, notre baptême nous constitue prophètes, c’est-à-dire “témoins” de Jésus-Christ.

Le disciple n’est pas un porte-parole étranger au message qu’il annonce. Il appartient à ce message et il doit supporter les risques d’un témoignage dont il partage la responsabilité. ‘Enfant de Dieu et de l’Église » selon la doctrine baptismale.

Si la Parole vient effectivement d’un Autre, cette Parole nous traverse et vient nous habiter avant que nous ne La transmettions à notre tour à d’autres. Le témoin de l’Evangile ne peut être que le reflet de la relation qu’il entretient lui-même avec Dieu par le Christ-Jésus. Notre témoignage doit être l’expression de l’Esprit-Saint qui a investi tout notre être et qui le fait vivre.

Nous avons à vivre de Jésus-Christ et c’est notre vie qui, alors, sera le premier discours que nous adressons à nos frères. C’est une mission exigeante qui implique l’engagement total. Celui qui reniera sera renié à son tour devant le Père qui est aux cieux. (Matthieu 10.33)

OPPOSITION ET PERSECUTION

Comme les apôtres, les chrétiens font l’expérience de l’opposition et de la persécution, même si celles-ci prennent des formes plus subtiles.

« Un chrétien souffre pour la justice quand, en échange de sa fidélité au Christ, il fait l'expérience des humiliations et des outrages, de la dérision dans son propre milieu de vie, incompris parfois même par les personnes qui lui sont les plus chères. Quand on s'expose à être contredit, quand on risque l'impopularité. Il y a le martyre du corps et celui de l'esprit, le martyre de notre vocation et celui de notre mission.” (Jean Paul II)

Lorsque nous acceptons d’annoncer le Christ et d’en témoigner par notre vie, nous acceptons aussi le risque des incompréhensions et des oppositions.

TEMOINS DANS LA CONFIANCE.

Aussi, il n’est pas rare que certains de nous perdent coeur et renoncent à leur vocation prophétique, non par volonté délibérée mais par découragement.

C’est que nous n’avons pas encore entendu et accueilli pleinement pour notre propre compte le risque de cette Parole, qui nous dérange nous-mêmes comme elle dérange ceux qui la reçoivent de nous.

Jésus nous invite à la confiance “Ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire. Ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment.” (Matthieu 10. 19) Si nous vivons de lui, notre foi nous fait savoir que sa présence en notre vie est la force et la source de cette confiance, et sa présence se traduit également par celle de l’Esprit-Saint comme il enseigné à ses apôtres quelques heures avant sa mort, au soir du Jeudi-Saint.

Deux épisodes de la vie de saint Pierre nous éclairent. Au soir de l’arrestation de Jésus, il renie son maître parce qu’il en reste à ses propres forces. Après la venue de l’Esprit-Saint, avec saint Jean, il ose déclarer au Sanhédrin :”Nous ne pouvons pas taire ce que nous avons vu et entendu.” (Actes 4. 30)

C’est bien cela ce que nous avons vécu parce que nous l’avons accueilli. Cette Parole peut rendre notre coeur brûlant, et comme pour les disciples d’Emmaüs, elle nous donnera de reconnaître le Christ vivant en nous et nous fera de vrais témoins.

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“Accepte, Seigneur, le sacrifice de louange et de pardon, afin que nos coeurs purifiés par sa puissance, t’offrent un amour qui réponde à ton amour.” (Prière sur les offrandes.)




DIMANCHE 2 JUILLET 2017
TREIZIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Du second livre des Rois. 4. 8 à 16 :” Quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer.”
Psaume 88 : “ L’amour du Seigneur, sans fin, je le chante : c’est un amour bâti pour toujours.”
Lettre de saint Paul aux Romains. 6. 3 à 11 :” Pensez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus-Christ.”
Evangile selon saint Matthieu. 10. 37 à 42 : “ Qui vous accueille, m’accueille.”

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Il est fréquent que la liturgie de la Parole de la messe du dimanche propose une correspondance entre la première lecture et l’évangile. C’est très net aujourd’hui : à l’hospitalité, offerte à Élisée par la Sunamite, correspond l’enseignement de Jésus sur l’accueil, enseignement qui achève le discours apostolique du chapitre 10 de saint Matthieu.

UNE DIMENSION DIVINE

Jésus y insiste pour montrer la relation qui s’établit avec lui-même et avec son Père lorsqu’on accueille un frère en tant que “disciple, prophète, juste”. Accueillir l’autre, c’est accueillir Dieu. Ce qui signifie que toute relation humaine a une dimension divine. (Matthieu 10.40)

Accueillir Dieu, c’est le recevoir en reconnaissant l’initiative de son amour pour nous. Ce n’est pas théorique. C’est un vécu, se reconnaissant pauvre et humble au point de ne pouvoir vivre que par Lui. C’est Lui offrir notre faiblesse qui conduit à la mort, pour qu’il manifeste en nous sa puissance de résurrection.

LA MÉDIATION DES RELATIONS HUMAINES

Dans le même temps, la relation à Dieu passe par la médiation de nos relations humaines. Nul ne peut prétendre aimer Dieu si l’on n’aime pas ses frères, son frère, même ennemi. L’amour de Dieu et l’amour des autres ne sont qu’un seul et même amour.

La réflexion sur cette démarche spirituelle de l’accueil de Dieu peut singulièrement nous aider à convertir nos pratiques de l’accueil des autres.

Le plus bel exemple nous est donné avec l’épisode de l’accueil de Jésus par Marthe et Marie (Luc 10. 38-42) Marthe n’échappe pas à la dérive de la signification de l’accueil qui en reste à des attitudes humaines, si grandes soient-elles. Marie nous rappelle que ce qui est premier n’est pas ce que l’on désire offrir, mais ce que l’on s’apprête à recevoir, bien plus, qui l’on s’apprête à recevoir. L’attitude première de celui qui accueille doit être la pauvreté de soi-même. On ne peut accueillir en vérité que si l’on se sent d’abord débiteur vis-à-vis de l’accueilli.

UNE MÊME DÉMARCHE

La langue française est intéressante quand elle parle de l’hôte. Le mot “hôte” désigne à la fois celui qui accueille et celui qui est accueilli. C’est dire que l’hospitalité crée nécessairement une relation d’échange entre deux personnes. Recevoir quelqu’un chez soi, c’est s’enrichir de sa présence. Etre reçu, c’est quitter sa condition d’étranger et entrer en partage avec une famille ou la communauté d’accueil.

Le sens profond de la signification de l’hospitalité, en tant que relation d’échange mutuel, s’exprime à travers les rites sociaux. Qui osera venir chez un ami, invité par lui, sans lui apporter un cadeau, si minime soit-il ? Les échanges de cadeaux expriment cette dimension de manière symbolique. Mais on constate parfois, avec une certaine tristesse, que les sociétés dites “développées” ont normalisé ces rites, au point qu’ils en ont perdu toute signification, au point même d’en être dénaturés.

L’accueil de Dieu et l’accueil des autres se vivent d’une même manière. L'accueil de Dieu et l'accueil des autres se vivent dans une même démarche. L'une engendre l'autre. La démarche spirituelle ne peut se détacher de la démarche humaine. La démarche humaine conduit à la démarche spirituelle. L'amour engendre l'amour. Il faut perdre en donnant pour recevoir. C'est la chance unique d'échapper à l'hypocrisie qui consisterait à aimer Dieu sans aimer les siens, c'est-à-dire, sans aimer nos frères.

La démarche spirituelle rejoint le démarche humaine. Il faut perdre en donnant pour recevoir. C’est la chance unique d’échapper à l’hypocrisie qui consisterait à aimer Dieu sans aimer les siens, c’est-à-dire, sans aimer nos frères.

Il n’en reste pas moins que cette conviction acquise nous avons à la mettre en oeuvre au jour le jour, dans la complexité de notre vie personnelle et collective. C’est pourtant le seul chemin de la vie pour Dieu en Jésus-Christ.

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“ Reliés à toi par une charité qui ne passera jamais, nous porterons des fruits qui demeurent.” (Prière après la communion)

“ Regarde, Seigneur, le sacrifice de ton Eglise et daigne y reconnaître le sacrifice de ton Fils qui nous as rétablis dans ton Alliance. Quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit-Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ.” (Prière eucharistique - N° 3)




DIMANCHE 9 JUILLET 2017
QUATORZIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Du livre de Zacharie : 9. 9 à 10 : “Il est juste et victorieux.”
Psaume 144 : “ Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour.”
Lettre de saint Paul aux Romains : 8. 9 à 13 : “ L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en vous.”
Evangile selon saint Matthieu : 11. 25 à 30 : “Devenez mes disciples car je suis doux et humble de coeur.”

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C’est l’évangile qui sera le centre de notre réflexion, en replaçant ce passage dans le contexte où ont été prononcées les paroles de Jésus.

AUCUN DECOURAGEMENT

Après les premiers succès qui marquent la nouveauté du début de sa prédication, Jésus se heurte au refus de la foi en lui par la majorité de ses auditeurs. Il est confronté à l’échec. “Les villes où il avait fait des miracles ne s’étaient pas converties.” (Matthieu 11. 20) Au lieu d’être découragé, il fait monter vers son Père une prière de louange pour la petite minorité qui continue à le suivre.

N’est-ce pas quelquefois notre attitude devant le petit nombre que nous sommes et l’incompréhension que nous rencontrons bien souvent ?

A ces disciples fidèles, il avait présente dans un premier temps le message des Béatitudes. Aujourd’hui, il leur redit ce qsu’il a décrit lors de leur envoi en mission : »Celui qui ne prend pas sa croix, n’est pas digne de moi. » (Matthieu. 10)

Aujourd’hui, il les invite à la confiance, « malgré tout… »“Vous tous qui peinez sous le poids du fardeau.” Il est là pour les soulager, pour partager la souffrance des pauvres, des accablés, de ceux qui perdent courage. Il ne se contente pas de leur dire “Heureux êtes-vous !” Il vit avec nous selon la parole de Marie “Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles, il comble de biens les affamés.”

UNE AUTRE ECHELLE DE VALEURS

Les croyants que nous sommes ne sont pas épargnés de la souffrance physique, morale et spirituelle de façon magique et artificielle. La souffrance est pour eux comme pour tout homme. Mais en l’unissant à la croix du Christ, nous la transfigurons, nous la rendons plus significative d’un chemin d’amour et de gloire qui nous unit à la résurrection du Christ selon les paroles même de saint Paul dans le lettre aux Romains. (Rom. 8. 11)

Nous vivons sur une autre échelle de valeurs : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants… »

L'Evangile comme dans notre monde contemporain, fourmille de gens privilégiés, mais pour le Christ il est une autre échelle de valeur qui nous donne le privilège d’être enfants de Dieu, participant d la vie divine trinitaire.

Les pauvres héritent du Royaume et non les riches qui se retrouvent les mains vides. Ce ne sont pas les « justes » mais les pécheurs qui sont appelés. Les enfants et ceux qui leur ressemblent peuvent entrer dans le Royaume par la porte étroite qui ne permet pas aux puissants de passer. Les gens incultes reçoivent la révélation du mystère de Dieu et les sages ignorent cette connaissance qui leur paraît une folie.

Ni la richesse, ni la puissance, ni le pouvoir, ni l'estime, ni la culture, ni même la perfection morale font de nous des privilégiés de Dieu. Même si j'avais la foi à transporter les montagnes, même si je donne ma vie, "si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien" (Saint Paul dans son hymne à la charité)

Dieu nous révèle ainsi qu'il n'aime pas par convoitise. Il nous aime gratuitement. C'est là son mystère de vie qu'il veut nous transmettre en Jésus-Christ. Quiconque entre dans la compréhension de ce mystère y trouve joie et soulagement.

LE MYSTERE DE L’IDENTITE DU CHRIST

Et c’est par cette relation avec Dieu son Père que l’homme Jésus de Nazareth, faible et souffrant comme nous, s’affirme en même temps, dans l’amour, en communion avec le mystère de Dieu. “Tout m’a été confié par mon Père... Personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.”

Cette confidence nous fait découvrir la conscience que Jésus avait de lui-même.

Humainement parlant, c’est une prétention insoutenable. Il affirme, tout simplement, qu’il est le seul à connaître Dieu et à être capable de dire quelque chose de valable sur Dieu. C’est par ce qu’il partage de l’amour trinitaire qu’il peut émettre cette affirmation. L’identité de Jésus échappe à toute investigation de l’intelligence humaine. Nous n’avons accès à sa personne que par la Foi qui reconnaît que le Fils est égal au Père.

Il le dira à Pierre :”Ce que tu dis, c’est mon Père qui te l’a révélé.” (Matthieu 16. 16)

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Restons tout-petits et pauvres devant Dieu. C’est la meilleure manière d’accéder à l’infinie richesse de la vie divine. Celui qui n’a pas fait le vide de sa propre suffisance, peut-il accueillir l’amour infini de Dieu ?

“Doux et humble de coeur.” selon la parole du Christ, c’est devenir capable d’entrer dans la Paix et la Gloire de Dieu. Les sages et les savants, trop pleins d’eux-mêmes parfois, peuvent-ils laisser place à la sagesse et à la connaissance de Dieu ?

L’abaissement du Christ n’a pas été une destruction. Il fut l’aube de sa résurrection. Voilà ce que le Fils nous a révélé par sa vie. Partageons-la puisque “Tu as relevé le monde par les abaissements de ton Fils.” (Prière de la messe de ce jour)




DIMANCHE 16 JUILLET 2017
QUINZIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE



Références bibliques :

Lecture du prophète Isaïe. 55. 10 et 11 :"Ma Parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat."
Psaume 64 : "Tu visites la terre et tu l’abreuves, tu la combles de richesses."
Lettre de saint Paul aux Romains. 8. 18 à 23 : "La gloire que Dieu va bientôt révéler en nous."
Evangile selon saint Matthieu. 13. 1 à 23 :"L’homme qui entend la Parole et la comprend, il porte du fruit à raison de cent, de soixante ou de trente pour un."

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Il est plusieurs possibilités de lire et de méditer cette parabole du Semeur. N’en restons pas à une leçon moralisante, en insistant seulement sur les mauvais terrains, c’est-à-dire nous, en qui la Parole de Dieu ne donne pas tout son fruit par notre faute.

UN OPTIMISME REALISTE

Contemplons avant tout le semeur, lui le Verbe de Dieu, la Parole même de Dieu qui parle de lui autant que de nous, qui parle du semeur autant que de la terre ensemencée.

C’est l’histoire d’une générosité sans limite, même à l’égard de ceux qui ne sont pas disposés à l’accueillir. L’Esprit sème où il veut. Il sait qu’il y a les pierres du chemin et les ronces étouffantes de la vie et de nos passions. Il sème.

Car il y a une terre à ensemencer, un pécheur à sauver, un frère à aimer. Il sait, lui le semeur, qu’au milieu de l’ivraie peut aussi pousser le bon grain et qu’il faut du temps et de la patience pour voir venir la moisson dans cette terre qui est bonne, mais où tout se mêle. (Matthieu 13. 36)

Il sait qu’un jour elle donnera son fruit, comme il le dit par la bouche du prophète Isaïe. "Ma Parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat ». Jésus, quand il nous donne ces paraboles, n’est pas un rêveur. Il est sans illusion. Il n’a qu’à regarder l’immédiat de son propre ministère apostolique pour constater que beaucoup de ses auditeurs "entendent la Parole du Royaume sans la comprendre". Même après le miracle de la multiplication des pains pour 4.000 hommes, le résultat de ces "semailles divines" sera, selon les apparences humaines, sans résultat :"Beaucoup de ses disciples se retirèrent et cessèrent de le suivre" (Jean 6. 6) Les ronces et les pierres de leurs doutes empêchent le grain semé d’arriver à maturité.

UN OPTIMISME DE CERTITUDE

Et pourtant, infatigable, le semeur continue à semer la Parole de Dieu "espérant contre toute espérance". (Romains 4. 18) Il ira jusqu’au rejet total de sa Parole, sur la Croix. Sa mort ne fructifiera que dans sa résurrection :"Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes" Jean 12.32).

La conclusion de la parabole est la réussite exceptionnelle de la moisson finale. "Ils ont donné du fruit à raison de cent, de soixante, de trente pour un." Relisons ainsi le psaume cité par la liturgie de ce jour :"Tu visites la terre et tu l’abreuves, tu la combles de richesses... tu prépares les moissons ... sur ton passage ruisselle l’abondance ... les plaines se couvrent de blé Tout exulte et chante."

L’espérance invincible de Jésus repose sur la même certitude qui remplit toute la Bible quand elle parle de Dieu et que le prophète Isaïe affirme en ce dimanche. Jésus sait que le coeur de l’homme est fondamentalement "une bonne terre", destinée à la joie même de Dieu, c’est-à-dire à vivre un jour son bonheur infini en partageant déjà la vie du Royaume qui s’épanouira en vie éternelle. Le divin a été ensemencé dans l’homme. Et c’est une semence puissante.

Comment pourrions-nous oublier ce regard de Jésus, dans la nuit de la Passion, quand Pierre l’a renié ? Après la Résurrection, l’ivraie s’en est allée avec la Parole :"M’aimes-tu ?... Tu sais bien que je t’aimes, Seigneur !" Le semeur ne s’arrête jamais car il ne désespère jamais ni de la semence ni de le terre.

UN OPTIMISME DE JOIE

"Heureux vos yeux, parce qu’ils voient et vos oreilles parce qu’elles entendent". dit Jésus à ses plus proches disciples, au moment où il va leur donner les paraboles du semeur, de l’ivraie, du grain de moutarde, du levain. Il ne faut pas les séparer l’une de l’autre. Elles sont toutes ensemble en saint Matthieu et abordent , d’une manière ou d’une autre, la même certitude.

Saint Jean en a retenu la signification quand, bien plus tard, il reprend en écho, à l’intention des premiers chrétiens, ce qu’il a entendu au début de ces paraboles. :"Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons entendu de nos oreilles, ce que nous avons touché de nos mains, c’est le Verbe, la Parole de la Vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifesté à nous" (1 Jean 1. 1 et 2).

Saint Paul ajoute que cette même expérience nous est promise : « Nous voyons actuellement une image obscure, comme dans un mauvais miroir. Ce jour-là nous verrons face à face". (1 Corinthiens 13. 12) "La gloire que Dieu va bientôt révéler en nous" (Romains 8. 12)

La réussite intégrale du projet de Dieu ne nous sera révélée qu’après notre mort. Pourtant, dans la foi, ce devrait être, dès maintenant déjà, une joie inépuisable de savoir que nous verrons de nos yeux le Ressuscité, ce Ressuscité qui se donne à nous en chaque Eucharistie dominicale ou quotidienne.


DIMANCHE 23 JUILLET 2017
SEIZIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Références bibliques :

Livre de la Sagesse : 12. 13 à 19 : "Tu as pénétré tes fils d’une belle espérance. A ceux qui ont péché, tu accordes le pardon."
Psaume 85 : " Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent."
Lettre de saint Paul aux Romains : 8. 26 et 27 : "L’Esprit-Saint vient au secours de notre faiblesse."
Evangile selon saint Matthieu. 13. 24 à 43 :"De peur qu’en arrachant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé en même temps."

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La patience de Dieu est celle-là même qui vient de l’Amour.

MALGRE LE MAL.

Le problème du mal est sans doute la plus grande objection que l’homme élève contre Dieu. Nous le savons au travers du Livre de Job. Chacun de nous, un jour ou l’autre, souffre dans sa chair par la maladie, dans son coeur par des blessures d’amour, dans sa conscience par la morsure du péché, dans sa famille, son travail et dans le monde entier par la difficulté des relations humaines.

Enfin la mort, pour tous, est le moment le plus douloureux quand un être aimé disparaît de notre vie. Cette fracture inéluctable et universelle est vécue comme une souffrance pour ceux qui restent, même si, dans la foi, nous savons que toute vie n’est que la préface que nous écrivons avant d’écrire le Grand livre de la vie éternelle.

Pourquoi y a-t-il tant de mal dans le monde ? Pourquoi l’arrivée du Royaume de Dieu n’a-t-elle pas balayé d’un seul coup toute souffrance et tout péché hors de ce monde ? Alors beaucoup vont jusqu’à dire :"S"il y avait un Dieu bon, tout cela n’existerait pas."

Une réponse nous est donnée dans les paraboles de ce dimanche : l’ivraie, la graine de moutarde, le levain. Comme elle nous sera donné au dimanche de la Transfiguration

Le monde est le théatre de deux semailles opposées : le Christ y sème le bon grain en vue de la moisson future. Un ennemi, qui peut prendre des visages différents selon les temps, y sème l’ivraie en vue de compromettre la moisson. Mais la moisson aura lieu, dit le maître avec un bel optimisme, certain des réjouissances furures des moissonneurs. L’Amour de Dieu sera vainqueur de tout mal "au jour final de la moisson, quand le Fils de l’Homme enlèvera de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et qui commettent le mal."

DEUX REPONSES DE JESUS.

La première réponse que Jésus offre à notre foi, porte sur l’origine du mal. Le mal ne vient pas de Dieu, qui n’a semé que du bon grain dans le jardin d’Eden, mot hébreu qui signifie :"lieu de délices" ou "paradis" (Genèse 2.8). Personne ne serait assez fou pour semer du chiendent ou des chardons dans son jardin. Comment Dieu, suprêmement intelligent et bon, aurait-il pu semer du mal et de la souffrance dans son chef d’oeuvre, l’homme et la femme ?

Tout est bon dans la Création chante comme un refrain le livre de la Genèse "Et Dieu vit que cela était bon ... très bon."

La deuxième réponse est dans la dignité même de l’homme et de la femme. Si le mal ne vient pas de Dieu, il ne vient pas non plus du coeur de l’homme, ni même de sa nature humaine profonde. Il vient de celui que Jésus appelle "l’Ennemi". Il y a deux semeurs : l’un sème en plein jour et en toute clarté ce qui est bon, l’autre survient "de nuit pendant que les gens dorment" pour semer le mal. C’est une expérience que nous connaissons bien, même en nous, où le péché s’infiltre sournoisement en profitant de nos moments d’inconscience. Souvent nous ne le reconnaissons qu’après coup.

Paradoxalement, la doctrine du "péché originel" (Genèse 3) réhabilite notre dignité. Le pécheur est d’abord "victime". Le péché, le mal, la souffrance viennent de plus loin, du "Mauvais" par cette hérédité qui a marqué le comportement de notre nature humaine.

LA PEDAGOGIE DIVINE

"Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ", car la moisson se fera. Personne n’est tout bon ni tout mauvais. Même chez ceux dont la vie nous paraît n’être qu’un champ d’ivraie, Dieu nous demande de découvrir le blé qui peut y pousser et qu’il veut engranger dans son grenier.

Reste aussi à calmer notre impatience et à laisser le semeur lui-même opérer le tri que nous prétendons faire, avant l’heure et à sa place, selon nos propres jugements et nos propres décisions. "Ne jugez pas", nous a souvent répété Jésus.

Cette consigne de "laisser pousser ensemble le blé et l’ivraie" peut nous sembler choquante. C’est pourtant la troisième et merveilleuse réponse de Jésus sur le problème du mal.

Dans nos propres vies et dans le monde, il y a un mélange de bon et de mauvais, de douceur et de violence, d’amour et de non-amour, de solidarités admirables et d’individualisme détestable. Péché et grâce sont inextricablement mêlés en nos coeurs. "Je ne fais pas le bien que je voudrais faire, avoue saint Paul, je commets le mal que je ne voudrais pas faire. (Romains 7. 19)

Au jour de la moisson finale, le mal aura été détruit et il n’y aura plus que l’amour, celui de Dieu qui accepte l’imperfection de notre amour. Pour Jésus, la victoire de Dieu sur le mal ne fait pas de doute. A la fin, l’ivraie n’arrivera pas à étouffer le bon grain.

Il nous faut donc croire à la miséricordieuse patience de Dieu, comme le dit la première lecture de ce dimanche :"Tu as donné, Seigneur, à tes enfants, la douce espérance qu’après notre péché, tu nous laisses le temps de la conversion." (Sagesse 12. 19) L’histoire est remplie de grands pécheurs qui sont devenus des saints.

Jésus va donc jusqu’à nous conseiller de ne pas prendre le risque d’arracher ce qui est bon, en extirpant trop tôt et avec violence, ce qui est mauvais. Dieu accepte de nous supporter imparfaits, acceptons-le de nous-mêmes et de tous ceux qui vivent avec nous, acceptons-les autrement que nous le souhaiterions. Les accepter jusqu’à l’ivraie dans la patience, difficile certes mais qui doit imiter la grande patience de Dieu envers nous.

PEU DE CHOSES, BEAUCOUP D’AMOUR

Il y a une disproportion immense entre ce qui se vit en tout homme, et la grâce de Dieu qu’il reçoit. Le sénevé est la plus petite de toutes les graines et devient un arbre où les oiseaux peuvent y faire leurs nids. La minuscule pincée de levure dans les quarante kilos de farine fait lever toute la pâte.

C’est ainsi en nous-mêmes. C’est ainsi dans notre travail d’évangélisation. Le Royaume de Dieu semble dépourvu de tous les moyens qui assurent le succès du "marketing" des entreprises humaines. Jésus ne se faisait pas d’illusion sur la diffusion immédiate de son message. "Mon Royame n’est pas de ce monde." (Jean 18. 37) Mais il voyait plus loin, jusqu’à la fin des temps, quand Dieu sera tout en tous.

L’action de Dieu part de petits commencements pour réaliser de grandes choses. Malgré le mal qui prolifère mêlé au bien, malgré la petitesse de nos résultats aujourd’hui, nous croyons à l’Amour de Dieu. "Que ton règne vienne !" Il est en train de grandir. C’est la vraie réponse au problème du mal.

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"Dieu très bon, reste auprès de ton peuple, car sans toi notre vie tombe en ruine. Fais passer à une vie nouvelle ceux que tu as initiés aux sacrements de ton Royaume." (prère après la communion)

DIMANCHE 30 JUILLET 2017
DIX-SEPTIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 

Références bibliques

Premier livre des Rois : 3. 5 à 12 : “ Donne à ton serviteur un coeur attentif.”
Psaume 118 : “J’aime tes volontés plus que tout l’or le plus précieux.”
Lettre de saint Paul aux Romains : 8. 28 à 30 : “Destinés à être l’image de son Fils.”
Evangile selon saint Matthieu : 13. 44 à 52 : “Ayant trouvé une perle d’un grand prix, il va vendre tout ce qu’il possède.”

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Jésus sans cesse, par ses paroles et par ses actes, insite sur une priorité qui est la sienne, la réalisation du “ Royaume des cieux.” Il est venu pour cela et pour que se réalise ce Royaume avec les hommes et en Dieu, il donne sa vie.

DIEU EST-IL LA PRIORITE ?

Dieu fut la priorité de sa vie terrestre parmi les hommes. Et nous-mêmes, “nous sommes destinés à être l’image de son Fils.” (saint Paul aux Romains). Ce terme “royaume des cieux” est une équivalence, en langage biblique. Il fallait en effet éviter de prononcer le nom ineffable de Dieu.

A travers les images concrètes des paraboles de ce dimanche, c’est bien du Dieu transcendant dont il parle. En fait le “Règne de Dieu” dans nos vies et dans le monde. C’est pourquoi il l’a inscrit dans la prière de ceux qui se reconnaissent comme ses disciples :” Père que ton Règne vienne, que ta volonté soit faire.”

Jésus annonce l’arrivée imminente du règne de Dieu. Que faire ? attendre, par prudence, pour voir ce qu’il en sera ? l’imaginer selon nos vues humaines et nos conceptions de la vie ? ou bien engager totalement notre vie sur cette annonce ? Le journalier et le marchand mobilisent toutes leurs forces et tout leur avoir pour acquérir un trésor sans prix à leurs yeux. Ils ne gardent aucun petit pourcentage de sécurité, un “fonds de sécurité”, une épargne.

Le Règne de Dieu ne réclame pas moins de détermination et le don total de soi-même. C’est une décision radicale, sans esprit d’un retour éventuel. “Il va vendre tout ce qu’il possède...” Il l’a réclamé à ses disciples. Il leur faut tout quitter, même ce qui est le plus légitime humainement parlant : son père, sa mère, sa famille. “Qui est mon Père, qui est ma mère? ... Celui qui fait la volonté de mon Père.”

UN TRESOR CACHE.

Nous sommes immergés dans une société où Dieu a peu de place. A chacun de nous, Jésus répète aujourd’hui encore :”Quel est ton trésor ? Quelle place Dieu tient-il dans ta vie ? Quelle est la priorité des priorités au cours de tes semaines ? Qu’est-ce qui a le plus de prix à tes yeux ? Quel temps consacres-tu à l’essentiel ?”

Les réponses à ces questions remplissent tout l’évangile. “N’accumulez pas de trésors sur la terre, là où les mites et la rouille les rongent. “ ...“Où est ton trésor, là sera ton coeur.”(Matthieu 6. 19 à 21)

Il est clair qu’ainsi Jésus souhaite nous faire bien comprendre que nous ne pouvons pas, nous ne devons pas, nous contenter de notre existence terrestre. Elle est fragile, menacée, éphémère quand elle se réduit à vivre cet humain sans Dieu. Elle devient toute autre si cet humain se greffe sur une éternité divine. Elle est la préface, l’introduction du Livre de Vie. Encore faut-il le découvrir par la foi et le vivre.

Avec humour, Jésus utilise des images tirées de ce qu’il a vécu dans sa maison, dans son atelier ou son village de Nazareth. Il a entendu le petit ver minuscule qui grignote les meubles. Il a constaté les trous que les mites sont en train de creuser dans nos lainages si bien rangés pour des jours à venir. Ces bestioles ne sont pas bien visibles. Mais elles sont destructrices. Le trésor caché qu’il nous propose est constructif de toute une vie.

UNE GRANDE VALEUR

A terme, cela revient à dire : recherche ce qui a une vraie valeur et donne-lui toute ta vie. “Celui qui a trouvé une perle de grand prix, de grande valeur, va vendre tout ce qu’il possède.”

Tout ! pour l’acquérir.

Le Christ répète ces formules radicales de multiples fois dans son évangile. Il invite le jeune homme très riche à vendre tout “pour le suivre, lui Jésus”. Il n’en deviendra pas pauvre, puisqu’il trouve une autre richesse. Il donne en modèle la très pauvre veuve qui donne si peu, mais, en fait, donne “tout ce qu’elle avait pour vivre”.

Dans ces paraboles, aujourd’hui, il répète par deux fois “Vendre tout ce que l’on possède pour acquérir le Royaume.” Le prix de cette fidélité à Dieu ne parait insupportable qu’à ceux qui ne connaissent pas la valeur infinie de ce que Dieu donne, en compensation, à ceux qui le choisissent. “Cherchez d’abord le Règne de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît”. (Matthieur 6. 33)

Tout ! tout vous sera donné.

IL CONNAIT CE DONT IL PARLE

Quand saint Pierre fait remarquer à Jésus qu’il avait renoncé à tout pour le suivre, Jésus lui répond que ce renoncement est lourd de conséquences puisqu’il ira jusqu’à la persécution. C’est ce que sera sans doute le temps présent immédiat. Mais il lui fait savoir porter son regard plus loin, vivre dans une prospective, dans une perspective :”Dans le temps à venir, tu auras la Vie éternelle.” (Marc 10. 30)

Ce qui est vécu dans une société de consommation et de marketing, Jésus nous le demande de le réaliser dans notre vie spirituelle. Et il sait ce qu’il dit. Il a fait lui-même ce choix radical par son Incarnation, et il le renouvelera jusqu’au Jardin des Oliviers. “Lui qui était de condition divine, ne retint pas le rang qui l’égalait à Dieu. Il s’est réduit à rien, s’abaissant jusqu’à mourir et mourir sur une croix.” (Phlippiens 2. 5) Avant de nous le proposer, il a tout donné le premier, pour le Royaume de son Père et par amour pour nous.

Nous le rappelons en chaque Eucharistie, au moment d’offrir le sacrifice du Christ :”Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Eglise, pour la Gloire de Dieu et le salut du monde.”

Saint Paul, dans sa lettre aux Philippiens, ne fait que répercuter ces grands engagements à la suite du Christ. Chaque chrétien y est invité :”Nos épreuves du temps présent sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu’elles nous préparent. Notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas. Ce qui se voit est provisoire. Ce qui ne se voit pas est éternel.” (2ème Corinthiens 4. 17 et 18) Ce n’est pas s’attacher à de l’irréel, ce n’est pas miser sur du virtuel. C’est voir plus loin que la réalité immédiate. Il existe une autre réalité. Elle existe, même si elle est difficile à saisir, à comprendre, à cerner.

AVEZ VOUS COMPRIS TOUT CELA ?

Cette interrogation de Jésus est un des mots-clés répété cinq fois dans les paraboles que nous venons d’entendre durant trois dimanches : Matthieu 13.13. 14. 15. 19. 23. Bien comprendre quoi ? Jésus respecte notre liberté tout d’abord. On ne soumet pas sa vie à Dieu contraint et forcé, à contre-coeur. Pour adhérer à ce qu’il attend de nous, il nous faut comprendre la valeur du trésor et de la perle.

Quand les acteurs de ces paraboles décident librement de vendre tout, ils sont ravis de joie. Nos renoncements pour le Royaume de Dieu ne devraient pas nous rendre moroses. Jésus redira à ses disciples le même message positif et optimiste, dans les dernières confidences du Jeudi-Saint, avant de mourir :”Je vous ai dit tout cela pour que Ma joie soit en vous et que VOTRE joie soit parfaite.” (Jean 15.11)

La radicalité du choix que nous faisons pour Dieu n’aboutit pas à une soustraction, mais à un “plus”. La présence divine ne chasse pas l’humain. Elle le dynamise, le transfigure de l’intérieur. Le surnaturel n’exclut pas le naturel, il l’amplifie.

***

“Que tes mystères très saints, où ta grâce opère avec puissance, sanctifient notre vie de tous les jours et nous conduisent aux joies éternelles” (prière sur les offrandes)

Quel dommage que nous ne prenions pas le temps de méditer et peser la richesse d’une phrase si brève et si dense.

DIMANCHE 7 AOUT 2017
LA TRANSFIGURATION DU SEIGNEUR

CE QUE NOUS SOMMES

Il faut nous plonger dans le mystère de la transfiguration et non pas seulement comme un bref fait-divers de l'intimité de Jésus avec ses apôtres.

Ces quelques minutes nous donne à découvrir l'extraordinaire de la présence humano-divine en Jésus qui nous donne à contempler ce que nous sommes dans l'humilité de l'homme-Jésus en qui nous sommes unis. Car en lui toute la gloire de Dieu est présente alors qu'elle est ordinaireent cachée, même dans le sacrement de l'Eucharistie en nos divines liturgies.

Jésus, en cet épisode extraordinaire, dépasse la signification de ce que Dieu a révélé à Moïse comme à Elie. L'humilité de l'homme Jésus est au coeur de la gloire éternelle de Dieu.

" Quand sur la montagne de Galilée le voile se déchire, il devient manifeste non seulement que c'est bien Dieu lui-même qui a pris temporellement en Jésus la forme du serviteur, mais aussi que cette forme de serviteur est la forme éternelle de Dieu.

" D'une part l'homme Jésus est vraiment Dieu. Mais d'autre part Dieu, comme l'homme Jésus, est, pauvre, dépendant., humble, sensible et vulnérable. " (François Varillon)

LA LUMIERE DE LA NUEE

Ce n'est pas un bref épisode, un éclair de lumière dans la vie des trois apôtres.

Tous les détails du récit évoquent les manifestations de Dieu dans l'Ancien Testament. La montagne est haute comme étaient hauts le Sinaï et l'Horeb. L'homme du Sinaï est là, c'est Moïse. L'homme de l'Horeb aussi est là, c'est Elie. Les vêtements de Jésus sont éblouissants de blancheur ; son visage resplendit comme le soleil ; une voix parle du sein de la nuée.

Cette nuée est celle de l'Exode qui guidait les Hébreux dans le désert. Tout nous dit, c'est Dieu. C'est donc Dieu qui va souffrir et mourir. Personne ne pourra se tromper sur ce qu'est sa Gloire.

Dans un autre contexte, la Transfiguration serait une manifestation de puissance et d'éclat. Dans le contexte de la Passion, c'est tout autre chose : les témoins de la Faiblesse au Jardin des Oliviers. Celui dont le visage est resplendissant comme le soleil sera un pauvre homme qui sue le sang.

LES PARADOXES DE LA FOI

Entre cette Gloire et cette Faiblesse, il n'y a pas opposition, mais une indéchirable et divine unité.

L'instant de la vision splendide fut sans doute extrêmement bref, mais tellement merveilleux que Pierre avait proposé de le prolonger et même de l'éterniser. Et Pierre avait rêvé tout haut que le bonheur serait de s'installer dans cet instant devenu éternel, afin de posséder Dieu sur l'heure, face à face et pour toujours.

L'Évangile est là-dessus à la fois paradoxal et éclairant. Sur les bords du Jourdain, au Thabor comme au Jardin des Oliviers.

A tous ceux qui viennent à Lui, Jésus demande la foi. On sent bien qu'il y tient plus qu'à tout, comme si avec la foi tout était possible, et sans elle rien. Or notre foi se vit dans la plaine et non pas toujours sur le Thabor.

Fais-nous ressembler davantage à Celui dont tu as révélé la splendeur dans le mystère de la transfiguration " (Oraison de la liturgie)



DIMANCHE 13 AOUT 2017
DIX-NEUVIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Références bibliques :

Du Livre des Rois : 1 Rois 19. 9 à 13 : "Le Seigneur n’était pas dans le feu. Après ce feu, le murmure d’une brise légère."
Psaume 84 : "Amour et Vérité se rencontrent."
Lettre de saint Paul aux Romains : 9. 1 à 5 : "Lui qui est au-dessus de tout."
Evangile selon saint Matthieu : 14. 22 à 33 :"Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur." ... le vent tomba."

***

Plusieurs lectures de ces textes du dimanche sont possibles.

"La brise légère" lorsque passe le Seigneur, c’est le calme qui suit la tempête quand Jésus donne sa main à Pierre qui est angoissé. Le Seigneur nous apporte la paix lorsque notre foi s’accroche à Lui.

"Tiens-toi devant le Seigneur..." est-il dit dans le livre des Rois. Dans l’Evangile, c’est le Seigneur qui nous accompagne en montant dans notre barque. C’est lui qui se présente devant nous alors qu’on le croyait absent, resté sur la rive du lac.

PASSER D’UNE FOI IMPARFAITE A UNE FOI PLUS PARFAITE

Reprenons la suite des épisodes, en les replaçant dans leur contexte grâce à la juxtaposition des quatre évangélistes qui, chacun, ont choisi de ne citer que telle ou telle situation.

1 - Jésus vient de faire un miracle sensationnel pour nourrir une foule enthousiaste qui veut le faire roi (Jean 6. 14)

2 - Jésus sait que la majorité de ces admirateurs n’ont pas la Foi et ne comprennent pas le sens de son geste (Jean 6. 27). C’est alors qu’il renvoie lui-même la foule, sans les disciples qui pourraient compromettre le message, par une attitude, elle aussi, enthousiaste. Il oblige ses disciples à monter dans une barque, à quitter ce lieu et son ambiance pour passer sur l’autre rive. Savoir changer de rive pour garder l’essentiel du message ...

3 - Selon son habitude, Jésusl se retire à l’écart dans la montagne pour prier, c'est-à-dire, que sa nature divine se réalise en la nature humaine, selon l'expression des Pères de l'Eglise.

4 - Pendant que Jésus prie avec son Père, ses disciples sont seuls, laissés à leurs propres forces humaines, affrontés à une grande tempête sur le lac. Nous aussi, nous avons parfois l’impression d’être laissés seuls avec nous-mêmes.

5 - Il les rejoint, dans la nuit où ils se trouvent, sans repère. Il devient leur repère en les invitant à la Foi :"Rassurez-vous, c’est moi. Je suis là ! n’ayez pas peur."

6 - Pierre s’élance à sa rencontre. Il fait d’abord confiance à la parole de Jésus, ne regarde que lui et, comme lui, il marche sur l’eau au milieu des vagues. Puis il regarde les flots, ne pense plus qu’à lui-même et à ses propres forces. Il coule. Si nous ne comptons que sur nous-mêmes, cela peut devenir un naufrage.

7 - Jésus le rejoint et le prend par la main, le prend en charge, lui faisant partager sa marche sur les eaux du lac : "Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?" Une manière de lui dire : «  Me regarder, suivre ma parole ne te suffisaient pas. Il te faut ma main. Il te faut ce contact direct. » Il nous offre toujours sa main, la main de la grâce divine.

8 - Alors la tempête s’apaise. Les apôtres s’apaisent aussi. "Ils se prosternent devant lui en adoration : « Vraiment tu es le Fils de Dieu." Jésus recevra bientôt une autre profession de foi, celle de Pierre... pour bâtir sur le roc.(Matthieu 16. 16)

Les disciples passent progressivement d’une foi imparfaite à une foi solide comme le roc, même si leur conduite ultérieure ne sera par toujours à la hauteur de cette foi.

Dans le même temps, les foules renoncent à suivre Jésus, puisqu’il refusait le rôle de Messie temporel et politique. Désormais, le Christ va employer tout son temps à la formation des Douze pour une communauté spirituelle.

L’EPREUVE, UN CHEMIN POUR PROGRESSER

La barque dans la tempête n’est pas qu’un simple épisode. C’est une image symbolique et permanente de notre vie comme de la vie de l’Eglise.

Par son Ascension, Jésus s’en est allé, Lui seul, vers le Père, comme dans sa prière solitaire au soir de la multiplication des pains. Apparemment il laisse ses disciples lutter dans la tempête du monde.

Chacun de nous voit parfois son horizon s’assombrir : échecs, maladies, deuils, difficultés de toutes sortes ..." dans la nuit, battus par les vagues, dans le vent contraire" L’Eglise paraît chanceler, se contredire, lutter en vain face à l’athéisme et au matérialisme ambiant, abandonnée même par ses membres et ses fidèles.

Nous-mêmes sommes portés à penser que Jésus est absent quand viennent les épreuves. L’Esprit-Saint nous paraît lointain, alors même qu’il reste près de nous. Savoir les grâces qui manifestent sa présence, au-delà de tout sensible humain, n’est pas si évident.

Et pourtant, rappelons-nous : "Je serai avec vous, jusqu’à la fin des temps."

A LA FIN DE LA NUIT

Il rejoignit ses amis "à la fin de la nuit", quand l’horizon déjà s’éclaire d’une timide aurore. Ce n’est pas un détail anecdotique dont l’évangéliste s’en souvient. Tout est encore sombre, mais déjà l’horizon redevient perceptible.

C’est comme le murmure de la brise légère qui nous fait reconnaître la présence discrète de Dieu dans nos vies, et ce murmure n’est audible que dans la prière et la contemplation qui est silence pour entendre et entrer dans le mystère.

Dieu n’est pas inexistant, il n’est pas absent. La tentation de l’incroyance parfois nous guette alors que nous nous croyons pleinement dans la foi. Mais, pour vivre dans la foi, pour vivre de la foi, il nous faut vivre dans la prière, vivre de la prière.

***

Pierre est bien l’un de nous. Et, comme à lui, Jésus répète, redit sans cesse "Confiance, c’est moi !" Encore faut-il que notre prière cesse de ne parler que de nous pour n’entendre tout ce qui vient de Lui :"N’aie pas peur ! Je suis là ! Confiance !"

« Fais grandir en nous l’esprit filial afin que nous soyons capables d’entrer un jour dans l’héritage qui nous est promis. » (Prière d’ouverture de la messe)

MARDI 15 AOUT 2017
ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE


Les chrétiens, au cours des siècles, ont chanté la Mère de Dieu en rendant grâce de ce qu’elle a réalisé dans la foi, à l’écoute de la Parole que Dieu lui adressait. L’Eglise dans la liturgie de ce jour nous donne à lire, à méditer et à transposer dans notre vie, la première démarche de Jésus en direction des hommes ses frères, l'Incarnation.

LA DIVINE RENCONTRE

Cette première démarche divine est celle de l'Annonciation et elle insère en notre humanité la nature humano-divine de Jésus. Puis Marie la traduit au jour de la Visitation, grâce à sa spontanéité et à sa délicatesse..

De même que le premier miracle à Cana sera déterminé par la délicatesse et l’attention de Marie pour des jeunes époux.

Le première béatitude que nous trouvons dans l’Evangile est celle qu’une vieille femme lui a adressée :” Heureuse es-tu toi qui as cru !” au moment inouï où ces deux femmes, Elisabeth et Marie, se rencontrent dans l’amour et la foi.

Elisabeth porte en elle le dernier des prophètes, Jean le Baptiste, celui qui résume toute la tradition millénaire de l’Ancien Testament et qui prépare les voies du Seigneur, comme l’avaient fait, avant lui, Isaïe, Jérémie, David et tant d’autres. Marie porte en elle celui qui rend complète la Révélation de l’amour de Dieu, non par des phrases et des discours, mais parce que Dieu se fait l’un de nous, se fait homme en lui et par lui, Jésus de Nazareth.

Moment inouï et moment d’allégresse. Ces deux femmes le ressentent en elles-mêmes, parce qu’elles portent en elles ceux qui, depuis des jours et des mois et à cette heure, partagent et vivent de leur sang, de leur respiration, de leur vitalité . Leurs enfants tressaillent avant même de se retrouver sur les bords du Jourdain, le jour où l’un et l’autre clameront aussi de joie. “Il n’y a pas plus grand que Jean-Baptiste !” “Voici l’Agneau de Dieu dont je ne suis pas digne de dénouer le lacet de sa chaussure.”

UNE HUMANITE PARTAGEE

“Et Marie garde toutes ces choses en son coeur”. Silencieuse et peu bavarde dans l’Evangile, elle contemple, elle rend grâces, elle reste fidèle à la primauté de son Fils. Elle ne dit qu’une fois : “Mon enfant” et ne se veut jamais “maternante”. Elle ne le garde pas pour elle, elle a ouvert son coeur, elle a ouvert ses bras pour que Jésus puisse se donner aux hommes.

Marie est une créature unique, aussi rapprochée de Dieu qu’il est possible de l’être pour un être créé. Elle n’est pas autre que nous, mais elle a vécu en elle ce que nul ne peut dire : “Mère de Dieu”, car la chair de Jésus fut entièrement, et seulement, la chair de Marie, et d’aucune autre créature.

Joseph ne l’a pas partagée. Il n’est que le père qui a adopté cette situation et le fils de Marie.

A notre niveau, d’une autre manière, nous pouvons nous identifier au Christ, et nous le répétons en chaque Eucharistie :” Puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité.” Pour Marie, ce fut une totale réalité, dans le partage de la vie trinitaire.

L’Esprit est venu sur elle, le Père l’a associée à son amour infini, le Fils est devenu son fils, sans qu’il cesse pour autant de partager la vie trinitaire qui est la sienne :”Ne saviez-vous pas que je suis aux affaires de mon Père ?” lui rappelle-t-il d’ailleurs lorsqu’il a douze ans.

DANS LA PLENITUDE DE LA VIE DIVINE

Le Fils a reçu de Marie son corps et toute sa vie d’homme. Au jour de sa Dormition, elle reçoit de Lui la Vie. Elle reçoit du Père, du Fils et de l’Esprit un “corps de gloire”. Son corps sans souillure, qui a connu le privilège de la conception immaculée, pouvait-il connaître cette souillure de la corruption du tombeau qui est la conséquence du péché ?

La liturgie byzantine exprime cela en reprenant en la fête du 15 août, une antienne qui est aussi chantée au temps pascal pour Jésus ressuscité :”La source de la vie est mise au sépulcre et son tombeau devient l’échelle du ciel.” Dans la foi de l’Eglise qu’elle soit Eglise orthodoxe ou Eglise romaine, il ne s’agit pas seulement de la réception de l’âme de Marie dans le ciel. C’est tout elle-même, corps et âme, qui est élevée auprès de son Fils ressuscité, lui aussi, corps et âme.

Même s’il n’y a aucune vérification “historique”, même s’il n’y a aucune preuve documentaire, la conscience de la foi considère que la négation active de la “Dormition” et de ”l’Assomption” est plus qu’une témérité, c’est un blasphème.

LA GRACE QUI EST AUSSI LA NOTRE

L’Assomption est la fête non seulement de Marie, mais de toute la nature humaine en qui s'unit la nature divine par l'Incarnation. Car, en Marie, la nature humaine a atteint sa fin et son épanouissement. La vie de Marie manifeste le destin et le développement d’une nature humaine parce qu'elle est entièrement fidèle à Dieu. Avec Marie, c’est le genre humain qui est emporté et et peut être "reçu" au ciel.

Certes Marie a reçu la première un privilège qui ne doit être aussi le nôtre. Ce parfait épanouissement de la grâce en Marie, que nous admirons en la fête du 15 août, nous suggère quelle sera la ligne du développement d’une âme qui s’appliquet à faire fructifier en elle les dons reçus, quand Dieu se fait homme en elle, " et le Verbe se fit chair"

***

“ Fais que nous demeurions attentifs aux choses d’en-haut pour obtenir de partager sa gloire”. (Prière d’ouverture de la messe)

“ Par toi, le Fils unique de Dieu a fait resplendir sa lumière. .. ô Mère de Dieu par qui la terre entière tressaille d’allégresse ! (St Cyrille d’Alexandrie)

“Que ceux qui célèbrent votre mémoire expérimentent votre aide ! (St Fulbert de Chartres)

“En toi fut et demeure toute plénitude de grâce et Celui qui est tout bien.” (St François d’Assise)

“Voyez, ma Mère, que vous êtes contrainte d’acquiescer à toutes mes demandes.” (St François de Sales)

“Ma bonne mère, donnez-moi un coeur tout brûlant pour Jésus !” (Ste Bernadette Soubirous)

 

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