Méditations dominicales

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En proposant diverses lignes de réflexion,
ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon son "charisme",
une ou plusieurs méditations .

Chaque auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu.
Ces textes peuvent également servir
à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir,
chaque paragraphe formant un tout en soi .


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Dimanche 13 août : Dix-neuvième dimanche du temps ordinaire
Mardi 15 août : L'Assomption de la Vierge Marie
Dimanche 20 août : Vingtième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 27 août : Vingt-et-unième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 3 septembre : Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 10 septembre : Vingt-troisième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 17 septembre : Vingt-quatrième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 24 septembre : Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 1 octobre : Vingt-sixième dimanche du temps ordinaire
Dimanche 8 octobre : Vingt-septième dimanche du temps ordinaire





DIMANCHE 13 AOUT 2017
DIX-NEUVIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Références bibliques :

Du Livre des Rois : 1 Rois 19. 9 à 13 : "Le Seigneur n’était pas dans le feu. Après ce feu, le murmure d’une brise légère."
Psaume 84 : "Amour et Vérité se rencontrent."qua
Lettre de saint Paul aux Romains : 9. 1 à 5 : "Lui qui est au-dessus de tout."
Evangile selon saint Matthieu : 14. 22 à 33 :"Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur." ... le vent tomba."

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Plusieurs lectures de ces textes du dimanche sont possibles.

"La brise légère" lorsque passe le Seigneur, c’est le calme qui suit la tempête quand Jésus donne sa main à Pierre qui est angoissé. Le Seigneur nous apporte la paix lorsque notre foi s’accroche à Lui.

"Tiens-toi devant le Seigneur..." est-il dit dans le livre des Rois. Dans l’Evangile, c’est le Seigneur qui nous accompagne en montant dans notre barque. C’est lui qui se présente devant nous alors qu’on le croyait absent, resté sur la rive du lac.

PASSER D’UNE FOI IMPARFAITE A UNE FOI PLUS PARFAITE

Reprenons la suite des épisodes, en les replaçant dans leur contexte grâce à la juxtaposition des quatre évangélistes qui, chacun, ont choisi de ne citer que telle ou telle situation.

1 - Jésus vient de faire un miracle sensationnel pour nourrir une foule enthousiaste qui veut le faire roi (Jean 6. 14)

2 - Jésus sait que la majorité de ces admirateurs n’ont pas la Foi et ne comprennent pas le sens de son geste (Jean 6. 27). C’est alors qu’il renvoie lui-même la foule, sans les disciples qui pourraient compromettre le message, par une attitude, elle aussi, enthousiaste. Il oblige ses disciples à monter dans une barque, à quitter ce lieu et son ambiance pour passer sur l’autre rive. Savoir changer de rive pour garder l’essentiel du message ...

3 - Selon son habitude, Jésusl se retire à l’écart dans la montagne pour prier, c'est-à-dire, que sa nature divine se réalise en la nature humaine, selon l'expression des Pères de l'Eglise.

4 - Pendant que Jésus prie avec son Père, ses disciples sont seuls, laissés à leurs propres forces humaines, affrontés à une grande tempête sur le lac. Nous aussi, nous avons parfois l’impression d’être laissés seuls avec nous-mêmes.

5 - Il les rejoint, dans la nuit où ils se trouvent, sans repère. Il devient leur repère en les invitant à la Foi :"Rassurez-vous, c’est moi. Je suis là ! n’ayez pas peur."

6 - Pierre s’élance à sa rencontre. Il fait d’abord confiance à la parole de Jésus, ne regarde que lui et, comme lui, il marche sur l’eau au milieu des vagues. Puis il regarde les flots, ne pense plus qu’à lui-même et à ses propres forces. Il coule. Si nous ne comptons que sur nous-mêmes, cela peut devenir un naufrage.

7 - Jésus le rejoint et le prend par la main, le prend en charge, lui faisant partager sa marche sur les eaux du lac : "Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?" Une manière de lui dire : «  Me regarder, suivre ma parole ne te suffisaient pas. Il te faut ma main. Il te faut ce contact direct. » Il nous offre toujours sa main, la main de la grâce divine.

8 - Alors la tempête s’apaise. Les apôtres s’apaisent aussi. "Ils se prosternent devant lui en adoration : « Vraiment tu es le Fils de Dieu." Jésus recevra bientôt une autre profession de foi, celle de Pierre... pour bâtir sur le roc.(Matthieu 16. 16)

Les disciples passent progressivement d’une foi imparfaite à une foi solide comme le roc, même si leur conduite ultérieure ne sera par toujours à la hauteur de cette foi.

Dans le même temps, les foules renoncent à suivre Jésus, puisqu’il refusait le rôle de Messie temporel et politique. Désormais, le Christ va employer tout son temps à la formation des Douze pour une communauté spirituelle.

L’EPREUVE, UN CHEMIN POUR PROGRESSER

La barque dans la tempête n’est pas qu’un simple épisode. C’est une image symbolique et permanente de notre vie comme de la vie de l’Eglise.

Par son Ascension, Jésus s’en est allé, Lui seul, vers le Père, comme dans sa prière solitaire au soir de la multiplication des pains. Apparemment il laisse ses disciples lutter dans la tempête du monde.

Chacun de nous voit parfois son horizon s’assombrir : échecs, maladies, deuils, difficultés de toutes sortes ..." dans la nuit, battus par les vagues, dans le vent contraire" L’Eglise paraît chanceler, se contredire, lutter en vain face à l’athéisme et au matérialisme ambiant, abandonnée même par ses membres et ses fidèles.

Nous-mêmes sommes portés à penser que Jésus est absent quand viennent les épreuves. L’Esprit-Saint nous paraît lointain, alors même qu’il reste près de nous. Savoir les grâces qui manifestent sa présence, au-delà de tout sensible humain, n’est pas si évident.

Et pourtant, rappelons-nous : "Je serai avec vous, jusqu’à la fin des temps."

A LA FIN DE LA NUIT

Il rejoignit ses amis "à la fin de la nuit", quand l’horizon déjà s’éclaire d’une timide aurore. Ce n’est pas un détail anecdotique dont l’évangéliste s’en souvient. Tout est encore sombre, mais déjà l’horizon redevient perceptible.

C’est comme le murmure de la brise légère qui nous fait reconnaître la présence discrète de Dieu dans nos vies, et ce murmure n’est audible que dans la prière et la contemplation qui est silence pour entendre et entrer dans le mystère.

Dieu n’est pas inexistant, il n’est pas absent. La tentation de l’incroyance parfois nous guette alors que nous nous croyons pleinement dans la foi. Mais, pour vivre dans la foi, pour vivre de la foi, il nous faut vivre dans la prière, vivre de la prière.

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Pierre est bien l’un de nous. Et, comme à lui, Jésus répète, redit sans cesse "Confiance, c’est moi !" Encore faut-il que notre prière cesse de ne parler que de nous pour n’entendre tout ce qui vient de Lui :"N’aie pas peur ! Je suis là ! Confiance !"

« Fais grandir en nous l’esprit filial afin que nous soyons capables d’entrer un jour dans l’héritage qui nous est promis. » (Prière d’ouverture de la messe)

MARDI 15 AOUT 2017
ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE


Les chrétiens, au cours des siècles, ont chanté la Mère de Dieu en rendant grâce de ce qu’elle a réalisé dans la foi, à l’écoute de la Parole que Dieu lui adressait. L’Eglise dans la liturgie de ce jour nous donne à lire, à méditer et à transposer dans notre vie, la première démarche de Jésus en direction des hommes ses frères, l'Incarnation.

LA DIVINE RENCONTRE

Cette première démarche divine est celle de l'Annonciation et elle insère en notre humanité la nature humano-divine de Jésus. Puis Marie la traduit au jour de la Visitation, grâce à sa spontanéité et à sa délicatesse..

De même que le premier miracle à Cana sera déterminé par la délicatesse et l’attention de Marie pour des jeunes époux.

Le première béatitude que nous trouvons dans l’Evangile est celle qu’une vieille femme lui a adressée :” Heureuse es-tu toi qui as cru !” au moment inouï où ces deux femmes, Elisabeth et Marie, se rencontrent dans l’amour et la foi.

Elisabeth porte en elle le dernier des prophètes, Jean le Baptiste, celui qui résume toute la tradition millénaire de l’Ancien Testament et qui prépare les voies du Seigneur, comme l’avaient fait, avant lui, Isaïe, Jérémie, David et tant d’autres. Marie porte en elle celui qui rend complète la Révélation de l’amour de Dieu, non par des phrases et des discours, mais parce que Dieu se fait l’un de nous, se fait homme en lui et par lui, Jésus de Nazareth.

Moment inouï et moment d’allégresse. Ces deux femmes le ressentent en elles-mêmes, parce qu’elles portent en elles ceux qui, depuis des jours et des mois et à cette heure, partagent et vivent de leur sang, de leur respiration, de leur vitalité . Leurs enfants tressaillent avant même de se retrouver sur les bords du Jourdain, le jour où l’un et l’autre clameront aussi de joie. “Il n’y a pas plus grand que Jean-Baptiste !” “Voici l’Agneau de Dieu dont je ne suis pas digne de dénouer le lacet de sa chaussure.”

UNE HUMANITE PARTAGEE

“Et Marie garde toutes ces choses en son coeur”. Silencieuse et peu bavarde dans l’Evangile, elle contemple, elle rend grâces, elle reste fidèle à la primauté de son Fils. Elle ne dit qu’une fois : “Mon enfant” et ne se veut jamais “maternante”. Elle ne le garde pas pour elle, elle a ouvert son coeur, elle a ouvert ses bras pour que Jésus puisse se donner aux hommes.

Marie est une créature unique, aussi rapprochée de Dieu qu’il est possible de l’être pour un être créé. Elle n’est pas autre que nous, mais elle a vécu en elle ce que nul ne peut dire : “Mère de Dieu”, car la chair de Jésus fut entièrement, et seulement, la chair de Marie, et d’aucune autre créature.

Joseph ne l’a pas partagée. Il n’est que le père qui a adopté cette situation et le fils de Marie.

A notre niveau, d’une autre manière, nous pouvons nous identifier au Christ, et nous le répétons en chaque Eucharistie :” Puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité.” Pour Marie, ce fut une totale réalité, dans le partage de la vie trinitaire.

L’Esprit est venu sur elle, le Père l’a associée à son amour infini, le Fils est devenu son fils, sans qu’il cesse pour autant de partager la vie trinitaire qui est la sienne :”Ne saviez-vous pas que je suis aux affaires de mon Père ?” lui rappelle-t-il d’ailleurs lorsqu’il a douze ans.

DANS LA PLENITUDE DE LA VIE DIVINE

Le Fils a reçu de Marie son corps et toute sa vie d’homme. Au jour de sa Dormition, elle reçoit de Lui la Vie. Elle reçoit du Père, du Fils et de l’Esprit un “corps de gloire”. Son corps sans souillure, qui a connu le privilège de la conception immaculée, pouvait-il connaître cette souillure de la corruption du tombeau qui est la conséquence du péché ?

La liturgie byzantine exprime cela en reprenant en la fête du 15 août, une antienne qui est aussi chantée au temps pascal pour Jésus ressuscité :”La source de la vie est mise au sépulcre et son tombeau devient l’échelle du ciel.” Dans la foi de l’Eglise qu’elle soit Eglise orthodoxe ou Eglise romaine, il ne s’agit pas seulement de la réception de l’âme de Marie dans le ciel. C’est tout elle-même, corps et âme, qui est élevée auprès de son Fils ressuscité, lui aussi, corps et âme.

Même s’il n’y a aucune vérification “historique”, même s’il n’y a aucune preuve documentaire, la conscience de la foi considère que la négation active de la “Dormition” et de ”l’Assomption” est plus qu’une témérité, c’est un blasphème.

CETTE GRACE QUI EST AUSSI LA NOTR

L’Assomption est la fête non seulement de Marie, mais de toute la nature humaine en qui s'unit la nature divine par l'Incarnation. Car, en Marie, la nature humaine a atteint sa fin et son épanouissement. La vie de Marie manifeste le destin et le développement d’une nature humaine parce qu'elle est entièrement fidèle à Dieu. Avec Marie, c’est le genre humain qui est emporté et et peut être "reçu" au ciel.

Certes Marie a reçu la première un privilège qui ne doit être aussi le nôtre. Ce parfait épanouissement de la grâce en Marie, que nous admirons en la fête du 15 août, nous suggère quelle sera la ligne du développement d’une âme qui s’appliquet à faire fructifier en elle les dons reçus, quand Dieu se fait homme en elle, " et le Verbe se fit chair"

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“ Fais que nous demeurions attentifs aux choses d’en-haut pour obtenir de partager sa gloire”. (Prière d’ouverture de la messe)

“ Par toi, le Fils unique de Dieu a fait resplendir sa lumière. .. ô Mère de Dieu par qui la terre entière tressaille d’allégresse ! (St Cyrille d’Alexandrie)

“Que ceux qui célèbrent votre mémoire expérimentent votre aide ! (St Fulbert de Chartres)

“En toi fut et demeure toute plénitude de grâce et Celui qui est tout bien.” (St François d’Assise)

“Voyez, ma Mère, que vous êtes contrainte d’acquiescer à toutes mes demandes.” (St François de Sales)

“Ma bonne mère, donnez-moi un coeur tout brûlant pour Jésus !” (Ste Bernadette Soubirous)



DIMANCHE 20 AOUT 2017
VINGTIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Références bibliques :

Lecture du prophète Isaïe : 56. 1 à 7 : « Ma maison s’appellera : maison de prière pour tous les peuples. »
Psaume 66 : « Que les nations chantent ta joie. »
Lettre de saint Paul aux Romains : 11. 13 à 32 : «  Les dons de Dieu et son appel sont irrévocables. »
Evangile selon saint Matthieu : « Ta foi est grande, que tout se fasse comme tu le veux. »

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Nous pouvons lire cet épisode selon divers registres : celui des juifs qui attendent leur « réintégration », celui qui est le nôtre parce que nous aussi nous sommes appelés à être « intégrés » au Royaume, celui de l’Eglise et du Peuple d’Israël qui sont liés dans une même alliance.

SUR UNE TERRE PAÏENNE

La rencontre avec la Syrophénicienne se fait, sans aucun doute, en terre païenne. Il nous faut alors la replacer dans le cheminement des thèmes de saint Matthieu et de saint Marc qui en parlent tous deux.

Marc 7. 24, parle surtout des guérisons. Il s’adresse surtout à une communauté chrétienne qui est déjà majoritairement d’origine païenne. Saint Matthieu se situe au sein d’une communauté judéo-chrétienne qui a besoin de sentir à la fois l’attachement de Jésus à la Première Alliance et qui doit accepter l’ouverture à toutes les Nations que réalise l’Alliance définitive qu’il établit dans son sang et que les prophètes avaient annoncée, comme devant être réalisée par le Peuple choisi.

Pour Jésus, c’est en lui que se réalise cette Alliance nouvelle et éternelle.

Jésus s’est rendu deux fois en terre païenne. La seconde fois, c’est à Césarée de Philippe, la capitale administrative de l’occupant romain, toute consacrée au culte et au pouvoir de l’empereur. (Matthieu 16. 13) C’est là que le Christ établira son Royaume, l’Eglise, autour du collège apostolique lui-même confirmé par la foi de Pierre.

LES SILENCES DE DIEU

Pour les chrétiens convertis du judaïsme, une question se posait, cruciale comme nous le voyons dans les premiers récits des Actes des Apôtres. A qui la Bonne Nouvelle est-elle destinée ? Et si cette Bonne Nouvelle et cette Alliance deviennent universelles, comment peut-on comprendre ce rejet de la Première Alliance ? Est-ce un rejet, est-ce un silence définitif ?

A la femme qui le considère comme le Messie, « Seigneur, fils de David » dit-elle, comme le Messie uniquement intégré au Peuple de la Promesse, Jésus ne répond rien. Est-ce mépris ? Non sans doute. Il nous faut aller au fond des réalités que veulent expliciter la pensée et le message de Jésus.

Les disciples ne s’inscrivent pas dans sa logique. Ils réagissent comme le relate la parabole de l’importun (Luc 18. 5), qui réveille son voisin et n’obtient satisfaction qu’en raison de son sans-gêne, et non pas en raison de l’amitié ou de proximité. « Elle nous poursuit de ses cris ! »

La réponse de Jésus est ambiguë si l’on en reste « à la surface. » Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël. » Non pas aux seuls vrais et authentiques fidèles de la Torah. Ces « brebis perdues », ne seraient-ce pas aussi tous les païens dont parlent si souvent les prophètes et les psaumes. Ils ne sont pas des étrangers pour Dieu, ils sont à lui. « … pour nous …pour les nations. » comme l’évoque le psaume.

Les silences de Dieu, les païens les connaissaient, mais Jésus vient leur parler. Les juifs les connaissent aussi, peut-être plus durement, parce qu’ils ont été poursuivis par sa Parole, alors que les païens poursuivent Dieu de leurs appels. (Matthieu 15. 23)

Si nous aussi nous poursuivons Dieu, dans ce que nous appelons ses silences, n’est-ce pas parce que nous n’avons répondu à ses appels que par nos silences …

L’ALLIANCE ET LA FOI

Au terme de ce dialogue entre le Christ et la syrophénicienne, se trouve une réponse. C’est la foi qui détermine l’Alliance avec Dieu et non pas seulement l’appartenance à un peuple ou la mise en œuvre de la Torah.

La foi n’est pas seulement une élévation de notre âme vers Dieu. La foi se définit alors comme une espérance irréfutable, malgré tout, malgré les aléas, les échecs et les silences. Elle porte la certitude que notre histoire personnelle peut s’insérer dans l’histoire de Dieu, une histoire qui devient commune. C’est vers Lui que nous avons à nous déplacer.

La réponse du Christ prend alors une autre dimension. Non, femme, tu n’est pas perdue, tu n’es pas hors du véritable Israël. Ta foi t’intègre dans le Royaume définitif que Dieu a voulu réaliser en son Fils. Les étrangers sont tout autant attachés au service du Seigneur que les Juifs. « Ma maison sera maison de prière pour tous les peuples. » (Isaïe 56. 7)

En fait les païens ne sont pas plus désobéissants à la volonté de Dieu que les Juifs. Tout l’enseignement du Christ, repris par saint Paul, le répète avec insistance. « Vous avez désobéis… vous avez obtenu miséricorde. » C’est la foi, plus que l’obéissance à des principes ou à des rituels, qui constitue l’appartenance au Peuple de Dieu.

QUAND ILS SERONT REINTEGRES

Il y a là une leçon pour notre temps. Nous sommes inséparables de la Première Alliance. Jésus est venu la rendre « complète » comme il le dit dans le sermon sur la Montagne.

Pour les juifs, le don est irrévocable, même si pour l’instant ils sont mis à l’écart et non pas remplacés, pour reprendre l’expression de saint Paul dans la lettre aux Romains. Il est le Dieu de tous. Les étrangers comme ceux qui observent le sabbat, il les conduit à sa montagne sainte, celle où il a proclamé son Alliance au désert, celle où le Christ s’est offert en réconciliation pour le salut du monde. « Il n’y a plus ni juif ni païens, vous êtes au Christ. » (Galates 3. 28)

Les païens ont désobéi, dit saint Paul aux Romains, ils ont été réconciliés. Les juifs aussi. Tous ont été enfermés, et chacun d’une manière différence, dans « la désobéissance », ils sont désormais tous réintégrés par la miséricorde.

Qu’arrivera-t-il alors ? Saint Paul s’exclame : « La Vie ! » pour tous ceux qui étaient morts, juifs et païens et qui sont les héritiers d’un même héritage.

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« Répands en nos cœurs la ferveur de ta charité afin que t’aimant en toute chose et par dessus tout nous obtenions l’héritage promis qui surpasse tout désir » (oraison au début de la messe)


DIMANCHE 27 AOUT 2017
VINGT-ET-UNIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lectures bibliques :

Isaïe 22. 19 à 23 : "Il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda."
Psaume 138 : " Seigneur éternel est ton amour, n’arrête pas l’oeuvre de tes mains."
Lette de saint Paul aux Romains. 11. 36 : "Tout est de Lui et par Lui et pour Lui."
Evangile selon saint Matthieu 16 13 à 20 : " Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux."

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Notre foi n’est pas indifférente à Dieu, car elle est une réponse à sa Parole et la mise en oeuvre par chacun de nous de la Grâce reçue.

LES ETAPES DE LA FOI DE PIERRE

Pour Pierre, la foi fut un acte d’adulte. Comme tous les jeunes juifs, il avait entendu parler du Messie, il avait prié les psaumes de David, il avait écouté le rabbin de Capharnaüm chanter l’espérance d’Israël. La semence était tombée en bonne terre.

Aujourd’hui, ces racines vont s’épanouir grâce à la Parole de Jésus. Plusieurs fois durant les années passées avec lui, il devra progressivement approfondir cette adhésion totale, avec toutes les alternances dues à sa faiblesse et que nous connaissons nous-mêmes. Mais chaque fois, il se reprendra et jamais ne s’arrêtera.

1 - La première rencontre se fit par un intermédiaire, son frère André, disciple comme lui de Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain. " Nous avons trouvé le Messie" (Jean 1. 41). Pierre n’est pas le premier appelé, c’est André. Ce qui ne l’empêchera pas de devenir celui qui a son tour recevra la charge de confirmer la foi de ses frères.

2 - Puis, à Cana, au cours d’un repas de noces, Pierre fut témoin du premier miracle de Jésus et "ses disciples crurent en Lui" (Jean 2. 12).. C’est une foi d’admiration, une foi d’étonnement qui confirme ce que lui a dit André et ce qu’il a déjà ressenti auprès du Christ.

3 - A la fin d’une nuit de pêche bredouille transformée en pêche miraculeuse, Pierre et son frère André sont appelés :"Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes" (Luc 5. 10). Ce jour-là, ils quittent tout, famille et métier, pour suivre Jésus. Sa foi se traduit désormais par le don de lui-même " Celui qui veut être mon disciple..."

4 - Après quelques mois, les Douze sont envoyés en mission pour prêcher. Ils reviennent tout heureux des miracles qui accompagnent leur prédication (Mathieu 10. 1 à 10). Ils ont expérimenté la foi qui transporte les montagnes.

5 - Bien plus, Pierre est nommé en tête des trois intimes qui seront témoin direct de la résurrection d’une petite fille. (Marc 5. 37) Un événement qui doit marquer un homme !

LA PROFESSION DE FOI

Jusque là Pierre a fait, si l’on peut parler ainsi, l’inventaire de la foi qu’il découvre, des exigences qu’elle inscrit dans sa vie pour qu’il soit au Christ. Désormais il est entraîné dans son sillage.

Sauvé de la noyade, en pleine tempête où il avait marché sur les eaux, Pierre fait sa première profession de foi :"Vraiment tu es le Fils de Dieu." (Matthieu 14. 33) A quelque temps de là, Jésus leur demande de se prononcer clairement et c’est Pierre qui répond, au nom des autres, de la foi qui est la leur et qui est la sienne. "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant." Il ratifie, il confirme l’exclamation première d’André :"Nous avons trouvé le Messie !" C’est à ce moment qu’il recevra cette charge de la confirmer dans l’Eglise.

Ce qui ne l’empêchera pas de refuser la montée à Jérusalem avec l’annonce de la mort (Matthieu 16. 22). Puisqu’il est Fils de Dieu, la croix et la mort de Jésus sont une trop rude épreuve pour la foi de Pierre que l’on pouvait croire si forte dans son enthousiasme. On est loin de la profession de foi précédente. Il s’entend dire :"Tes pensées ne sont pas celles de Dieu" (Matthieu 16. 23). La foi demande qu’on adhère à la pensée et à la volonté de Dieu, quoi qu’il arrive, quoi qu’il nous arrive.

La Transfiguration devant Pierre Jacques et Jean sera le sceau de garantie :"Celui est mon Fils bien-aimé..." A cet instant, une fois encore le Christ leur confirme sa Passion et sa Résurrection.

PLUS PROFOND QUE DES OPINIONS.

Revenons sur l’évangile de ce dimanche.

Aujourd’hui encore Jésus nous pose cette question de confiance :"Que disent de moi les foules ? ... Et vous que dites-vous ? Pour vous qui suis-je. » Ce n’est pas un sondage d’opinion pour connaître sa cote de popularité. Jésus demande à ses disciples une prise de position personnelle. Depuis le début de sa vie publique, devant les miracles et les paroles pleines d’autorité du charpentier de Nazareth, une interrogation venait à l’esprit :" Quel est donc cet homme ?" Et les avis sont d’abord partagés. Puis, après le discours sur le Pain de Vie, c’est l’abandon par la foule.

Le Christ ne nous demande pas de refléter les idées des autres, ni même de dire seulement notre idée personnelle. Il nous faut prendre parti. Il nous accule à ne pas nous satisfaire de l’opinion courante. C’est notre réponse existentielle, la nôtre, qu’il attend. « Pour vous, qui suis-je ? » Et Pierre lui répond sans reprendre l’énumération de la foule : Elie, Jean-Baptiste ou un prophète. Il va droit à l’essentiel.

Cette profession de foi va plus loin que les précédentes parce qu’elle est solennellement authentifiée :"Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux." Nous aussi, avec Dieu, nous ne pouvons aller qu’à l’essentiel. L’acte de foi ne vient pas d’une réflexion humaine de type rationnel ou philosophique, si légitime soit cette recherche. Il faut la Grâce d’une "révélation divine" pour adorer en l’homme Jésus sa divinité, au-delà des apparences. Il le leur avait déjà dit :"Personne ne connaît le Fils sinon le Père et personne ne connaît le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler." (Matthieu 11. 27) La foi qui est la nôtre se situe au même niveau de Grâce.

UNE FOI QUI S'ENGAGE DANS LA MISSION DE L’EGLISE

En réponse à la profession de Foi, Pierre reçoit une mission, une primauté qui n’est pas celle d’un pouvoir dans une hiérarchie organisée. Il reçoit une responsabilité plus grande pour confirmer ses frères dans leur foi et les aléas qu’elle connaît dans toute vie. Pierre les connaît tout autant que les autres. Il les connaîtra d’une manière dramatique dans la cour de Caïphe :"Je ne connais pas cet homme !" Et pourtant c’est lui qui sera confirmé dans cette responsabilité, sur les bords du lac après la Résurrection.

Le successeur de Pierre ne sera ni plus fort, ni plus impeccable, ni plus intelligent que lui. Mais Jésus lui a promis un charisme spécial :"J’ai prié pour toi afin que ta Foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères." (Luc 22. 32. Et c’est dans une image que Jésus définit ce rôle :"Tu es Pierre et sur ce Roc, cette pierre, je bâtirai mon Eglise." C’est une grâce particulière et une grande responsabilité.

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Et nous avons cette possibilité merveilleuse de pouvoir vous appuyer et bâtir sur ce roc.
Car nous n’avons pas à vivre notre foi, seul et isolé. Nous avons à la vivre dans l’Eglise et avec l’Eglise. A nous de prier pour qu’elle soit assumée ainsi par chacun, le Pape, les évêques, les fidèles :"Accorde-nous dans ton Eglise la grâce de l’unité et de la paix." (prière sur les offrandes).



DIMANCHE 3 SEPTEMBRE 2017
VINGT-DEUXIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lectures bibliques

Du prophète Jérémie : 20. 7 à 9 : " Tu as voulu me séduire et je me suis laissé séduire."
Psaume 62 : "Tu seras la louange de mes lèvres."
Lettre de saint Paul aux Romains : 12. 1 et 2 : "Transformez-vous en renouvelant votre façon de penser."
Evangile selon saint Matthieu : 16. 21 à 27 : "Tu es un obstacle sur ma route. Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes."

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Dimanche dernier, saint Pierre affirmait : "Tu es le Messie, tu es le Fils du Dieu vivant." Devenu Pierre pour affermir la foi de ses frères, il est aujourd’hui « un obstacle sur la route du Christ. »

LE REFUS DE LA CROIX

Les guérisons miraculeuses de Jésus avaient attiré des foules de plus en plus enthousiastes jusqu’au jour de ce miracle de la multiplication des pains et de l’annonce de ce qu’était véritablement le Pain de Vie.

Le succès leur avait donné l’idée de le reconnaître comme Messie et de le proclamer roi, Quand Jésus voulut les faire accéder à un niveau de foi supérieur en leur proposant "un pain de Vie éternelle, venu du ciel.", cette réussite tourne à la catastrophe : les foules cessèrent de le suivre.

Les apôtres eux-mêmes sont ébranlés. Même s’ils attendaient eux aussi le Royaume dès maintenant, le Christ pouvait espérer être suivi jusqu’au bout par son petit groupe des Douze, au moins par Pierre qui venait de lui faire, au nom des autres, une si belle profession de foi.

Or quand il leur annonce qu’il est décidé de monter à Jérusalem pour y subir sa Passion, y souffrir, y être tué et ressusciter, il rencontre une telle incompréhension qu’ils ne sont plus des disciples inconditionnels.

SUIVRE LA PENSEE DE DIEU

Car il est dur de suivre Dieu dans ses pensées quand elles nous entraînent au-delà de ce que sommes disposés d’accepter. "Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches." Il a la discrétion de ne pas appeler à la rescousse les autres. Il peut bien lui parler à cœur ouvert puisqu’il a reçu la confiance de Jésus :"Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. !" Sous-entendu, "Tu es le Fils du Dieu vivant."

C’est avec tout son bon coeur généreux que Pierre essaie d’encourager Jésus à éviter la Croix et la mort. Qu’il reste en Galilée, province écartée, loin de Jérusalem.

Par cette proposition, Pierre, d’une certaine façon, rejoignait celle du Tentateur qui, au début de la vie publique, avait suggéré à Jésus un messianisme plus facile et sans souffrances :" Les anges te protégeront de peur que ton pied ne heurte une pierre. (Matthieu 4.16) Et voilà que Pierre heurte le Seigneur dans sa marche vers Jérusalem.

Jésus avait choisi un autre messianisme, celui du "Serviteur souffrant" dont parlait Isaïe : "C’étaient nos souffrances qu’il portait. C’est par nos péchés qu’il était broyé... Il intercédait pour les pécheurs." (Isaïe 53. 3 et 12)

D’une certaine manière, le messianisme proposé par Pierre résonne comme l’écho de celui qu’avait proposé Satan lors de la tentation au désert. Jésus explose en un cri d’horreur :" Arrière, Satan ! tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes !" Personne ne pourra empêcher Jésus de sauver le monde au prix du sang versé et de sa croix rédemptrice car "il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime."

Plus tard, dans la nuit de Gethsémani, Jésus fera rengainer son épée au même pauvre Pierre, en lui disant :" Comment pourrais-je refuser la coupe que le Père m’a donné à boire ?" (Jean 18. 11)

QU’IL ME SUIVE

"Passe derrière moi !" dit-il à Pierre. C’est-à-dire, marche à ma suite, prend ta croix et cesse ainsi d’être un obstacle devant moi. Le Christ lui offre son chemin de croix qui est un chemin d’amour. Il nous l’offre à nous aussi, car, comme Pierre, il nous faut entendre la totalité du message, la Passion et la Résurrection.

Que nous le voulions ou non, même avec la plus grande vigilance, la mentalité actuelle qui nous entoure, imprègne nos propres réactions. Ecoutons notre manière de parler, elle est significative. Quand l’Eglise parle de Vérité, nous parlons de sincérité. Quand elle parle d’engagement, nous répondons : épanouissement. Quand elle nous rappelle nos devoirs, nous répondons par nos droits. Nous ne voulons vivre le futur que dans l’immédiat. La charité elle-même est souvent réduite à n’être qu’une solidarité. Et l’on pourrait continuer ainsi.

Même si nous sommes attentifs à ne pas succomber dans la faute, nous jugeons bien souvent que le bonheur humain doit être vécu comme un épanouissement, dans l’immédiat puisqu’il est un don de Dieu. C’est vrai qu’il est don de Dieu. Mais dans quel sens devons-nous l’entendre ? Lors de chaque Eucharistie, en amplifiant la demande "Délivre-nous du mal, » nous disons : "Rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ Notre-Seigneur." Méditons ces paroles de la liturgie.

Quand il nous propose de le suivre, le Christ nous propose une logique autre que celle des hommes. C’est la logique de l’amour. Et il n’y a pas d’amour vrai, durable, profond, sans renoncement à soi-même pour le bonheur de l’autre. Jésus ne nous demande pas d’aimer la souffrance et le renoncement pour eux-mêmes. Il nous demande avant tout d’aimer jusqu’au bout pour le suivre, gagner, réussir notre vie. Ce but est infiniment positif puisqu’il est l’avènement de Jésus-Christ, selon la prière eucharistique.

Et Jésus s’en va à Jérusalem ...

Pierre n’a retenu que l’annonce de la Passion douloureuse, pour la refuser. Il n’a pas entendu la Résurrection que Jésus annonçait, c’est-à-dire l’avènement dans la Gloire, la réussite du salut éternel. Mais Jésus veillera sur lui avec sollicitude, au milieu des embûches de la Passion. "J’ai prié pour toi", lui a-t-il dit, afin que ta foi ne disparaisse pas. Quand tu seras revenu, affermis tes frères." (Luc 22. 32)

Quand nous suivons Jésus en portant nos croix avec Lui, songeons à cet avènement, à cette joie qui approche. Jésus voit bien plus loin que Pierre, bien plus loin que nous. " Transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître ce qui est la volonté de Dieu" (Romains 12. 2)

***

"Resserre nos liens avec toi, pour développer en nous ce qui est bon en nous. Veille sur nous avec sollicitude pour protéger ce que tu as fait grandir" (Prière d’ouverture de la messe)

DIMANCHE 10 SEPTEMBRE 2017
VINGT-TROISIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lectures bibliques :

Lecture du prophète Ezéchiel : 33. 7 à 9 :"Je fais de toi un guetteur pour la Maison d’Israël."
Psaume 94 : "Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ?"
Lettre de saint Paul aux Romains : 13. 8 à 10 :" Ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel."
Evangile selon saint Matthieu : 18. 15 à 20 :"Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux."

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Il est nécessaire d’avoir quelques points de repère pour éviter une interprétation erronée d’un passage qu’il ne faut entendre ni d’une manière restrictive ni d’une manière humaine.

DANS L’EGLISE DU CHRIST

Saint Matthieu développe les paroles de Jésus sur les relations fraternelles et sur le pardon dans le cadre d’une communauté où chacun veut et doit vivre avec son frère, "réunis au nom de Jésus." Il ne s’agit donc pas d’une simple relation sociale dans le cadre de la vie de tous les jours.

Cette correction fraternelle a ses origines dans la loi qui régissait le Peuple de Dieu. On en trouve déjà un écho dans le livre du Lévitique (Lévitique 19. 17) : « Tu n’auras pas de haine, tu ne te vengeras pas, tu aimeras ton prochain. ». Et tous les exégètes ont remarqué le parallèle entre ce texte de l’Evangile et la Règle de la communauté de Qumram où l’on retrouve ces trois niveaux de l’admonestation patiente, faite de respect et d’amour mutuel. (Romains 1. 8).

Les "redresseurs de torts", qui n’ont de cesse de débusquer les "brebis gâleuses" n’ont pas à trouver là un argument pour exclure les coupables impénitents. La patience doit dépasser "soixante-dix fois sept fois". A l’inverse, d’autres n’ont pas à être scandalisés de ce qu’une communauté doive se séparer d’un de ses membres qui la fragilise, voire la délite, parce qu’il refuse d’en partager les exigences, et ce, après de multiples et patientes tentatives pour maintenir l’unité de vie.

Saint Matthieu reprend les paroles du Christ afin de les poser comme une sorte de règle pour la communauté ecclésiale, s’appuyant sur la tradition biblique éclairée par le message de Jésus qui se vit au coeur de cette communauté : "Quand deux ou trois sont réunis en son nom, je serai au milieu d’eux " ... et non pas pour s’entendre « dire seulement : Seigneur, Seigneur, mais pour réaliser la volonté de mon Père qui est aux cieux."

Il faut tenir compte de cette dimension christologique en abordant ce texte.

UN SEUL CORPS

Cette compréhension est d’ailleurs grandement facilitée par le contexte paulinien que nous propose la liturgie de ce jour :"L’amour ne fait rien de mal au prochain." L’hymne à la charité (1 Corinthiens 13.) est la suite logique, « la voie infiniment supérieure » de l’unité que doivent vivre entre eux les membres de l’Eglise.

Constituée comme le Corps du Christ, elle a reçu mission de déployer ce Corps selon la volonté de Dieu lui-même. Ce n’est pas parce qu’on est différent les uns des autres par sa spiritualité ou dans son approche du mystère charismatique ou du mystère de l’Incarnation qu’un membre doit être méprisé et, à plus forte raison, rejeté.

Il n’y a pas qu’une seule référence dans l’Eglise. Ce n’est ni à un groupe ni à une communauté d’en juger et d’en décider. Elle-même, lui-même ne sont qu’une "parcelle" de l’Eglise. "Quand l’un déclare, moi j’appartiens à Paul et l’autre : moi à Apollos, n’agissez-vous pas de manière toute humaine ?" (1 Corinthiens 3. 5) "Il y a diversité de dons de la grâce, mais c’est le même Dieu qui, en tous, met tout en oeuvre." (1 Corinthiens 12. 4 et suivants)

Nous sommes les membres d’un même Corps, même si nous sommes différents, profondément différents. Chacun et tous ensemble, comme dans une symphonie, nous concourrons à la vie de l’Eglise, au salut du monde et à la gloire de Dieu selon la réponse que nous donnons ensemble au célébrant lors de notre commune offrande eucharistique, quelle que soit l’offrande qui est la nôtre.

Dans l’Evangile de ce dimanche, ce n’est pas de la différence de nos qualités, dont il est question, mais du péché.

Celui qui commet le péché est à l’origine d’un manque d’amour à l’égard de son prochain puisque, par là, il se retire, partiellement ou totalement, de la communion où le Christ voudrait qu’il vive. En maintenant cette attitude de pécheur, il maintient cette absence d’amour que la communauté.

On n’exclut pas un frère en raison de son péché personnel, mais en tant qu’il refuse de s’amender pour devenir digne de sa qualité de membre de la communauté et vivre solidaire du témoignage qu’il doit porter avec elle.

AMOUR ET PATIENCE

Le Christ pose bien des conditions préalables et et des démarches patientes avant que soit entérinée une décision : d’abord en tête à tête, ensuite à plusieurs et enfin dans le cadre de la communauté ecclésiale.

Saint Paul la justifie parce que nous sommes "entre frères". Il ne s’agit pas d’une situation "juridique", il s’agit de la dette d’amour réciproque que chacun doit à l’autre, amour de son frère pour celui qui pose les remarques, amour attendu de la part du frère qui fait mal aux autres, à la communauté à laquelle il prétend appartenir, sans en assumer les responsabilités dans sa vie.

C’est donc une question d’unité et d’identité ecclésiale.

L’Eglise l’a connue tout au long de son histoire. Elle se pose aujourd’hui où l’individualisme qui caractérise notre temps, fait souvent confondre l’intérêt personnel et l’intérêt général. L’appartenance à un groupe est bien souvent vécu plus comme un confort ou un bénéfice personnel que comme un engagement pour une oeuvre commune. On attend que les autres nous apportent... et nous oublions d’apporter aux autres.

Plus que pour toute société humaine, le dommage peut être grand dans une communauté d’Eglise où ne se vit pas l’unité. La mission qu’elle a reçue du Christ ne peut se vivre dans un tel contexte et nul ne peut s’en approprier tout le bénéfice de quelque manière que ce soit.

Dans le même temps ce service de la communion dans l’Eglise implique la vigilance sur la fidélité des membres. Une vigilance qui ne peut s’exercer par l’arbitraire d’une seule personne ni même d’un seul groupe. Elle est confiée de proche en proche à la vigilance de la communauté toute entière, l’Eglise, parce qu’elle est le Corps du Christ.

A LA GRACE DE DIEU

Mettre à l’écart de la communauté le membre impénitent, n’est pas pour autant le condamner. Même si toi, tes frères, l’Eglise elle-même, ne peuvent décider ce frère à vivre en accord avec les exigences du Seigneur, notre amour doit l’accompagner sans cesse, au-delà même de la conclusion qu’il en tire lui-même : "Ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel." (Romains 13. 8)

"Considère-le comme un publicain..." Ce n’est pas une injure dans la pensée du Christ, c’est un appel à vivre un « retournement de sa conduite », une « metanoia » comme le Christ vivait sa relation avec les publicains. Saint Matthieu sait ce que cela veut dire, lui que la grâce de Dieu a appelé dans sa fonction de "publicain" à la table des impôts. La grâce de Dieu est entrée dans sa maison quand le Christ y est venu partager son repas avec d’autres publicains.

Lorsque tous les moyens humains dont nous disposions se sont avérés inefficaces et en reconnaissant nos limites humaines, nous le confions à la grâce d’un Dieu qui est amour pour ce frère. "L’amour ne fait rien de mal au prochain... l’accomplissement parfait de la loi, c’est l’amour." (Romains 13. 10) Là encore, nous avons à vivre en écho tout l’hymne à la charité de la première lettre aux Corinthiens, hymne qui est comme l’écho du Christ dans toute manière d’agir et de vivre.

Il nous faut, en effet, penser à toutes les paroles de Jésus sur la miséricorde, en particulier sur la brebis perdue qui s’est exclue. Le Seigneur ne cesse pour autant de la rechercher et de l’appeler à la conversion. Nous aussi, nous avons à la poursuivre de notre prière.

***

Le secret du coeur de l’homme reste toujours le secret de Dieu, qui ne cesse jamais d’être un Père.

Pour ceux qui s’éloignent, faisons nôtre souvent la prière d’ouverture de cette messe :"Dieu qui as envoyé ton Fils pour nous sauver et faire de nous tes enfants d’adoption, regarde avec bonté ceux que tu aimes comme un père. Puisque nous croyons au Christ, accorde-nous la vraie liberté et la vie éternelle."


DIMANCHE 24 SEPTEMBRE 2017
VINGT-CINQUIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Lectures bibliques :

Du Livre de Ben Sirac le Sage27.30 à 28.7 : "Pense à l’alliance du Très-Haut et oublie l’erreur de ton prochain."
Psaume 102 :"Il te couronne d’amour et de tendresse."
Lettre de saint Paul aux Romains : 14. 7 à 9 :"Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même... nous appartenons au Seigneur."
Evangile selon saint Matthieu : 18. 21 à 35 :"Comme moi-même j’ai eu pitié de toi."

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Les lectures que l’Eglise nous propose pour accompagner la parabole des deux débiteurs nous entraînent, une fois de plus, au coeur du mystère de notre relation spirituelle et quotidienne avec Dieu Amour.

JUSQU’OU PEUT ALLER LE PARDON ?

A première vue, la règle fondamentale du pardon paraît simple : il faut toujours pardonner, il faut tout pardonner, il n’y a pas de limite au pardon. C’est la réponse de Jésus à la question de Pierre. Mais au travers d’un "fait divers", il va en expliquer le pourquoi et nous conduire à ce qui est son attitude fondamentale de Sauveur à l’égard de chacun d’entre nous.

Comme nous, Pierre désire savoir jusqu’où l’on peut aller raisonnablement dans le pardon pour être digne d’un vrai comportement de disciple de Jésus. Comme nous, Pierre demande le montant de la créance qu’il peut accorder au débiteur qui a accumulé une dette en l’offensant.

Jésus va inverser les rôles. Avant de se considérer comme créancier, le disciple doit d’abord se considérer comme le débiteur redevable d’une dette inimaginable, vis-à-vis de Dieu. Dieu ne cesse jamais d’être pardon parce qu’il n’est que tendresse et amour,. "Il nous couronne d’amour et de tendresse", chantons-nous dans le psaume de ce dimanche.

Ainsi pardonné, le débiteur retrouve la liberté et la vie.

AU NIVEAU DE NOTRE RELATION AVEC DIEU

La parabole se poursuit. Comment, après une telle remise de dette, oser se montrer soi-même créancier impitoyable envers le modeste débiteur qu’est le frère qui nous offense ? La clé de la compréhension n’est pas seulement de l’ordre de la réflexion intellectuelle ou du simple bon sens. Elle est de l’ordre de la foi. La parabole n’est qu’une image. La réalité se situe au niveau même de la relation avec Dieu.

Si le pardon est si difficile entre frères, c’est que nous ne mesurons pas l’ampleur du pardon de Dieu à notre égard.

Au fond, nous ne prêtons guère attention au fait que Dieu nous pardonne. Sinon, aurions-nous autant de difficulté à discerner le péché dans notre vie ? Trop peu nombreux sont les chrétiens, qui ont conscience d’être des pécheurs pardonnés. Trop nombreux sont les chrétiens qui confondent sens du péché et culpabilité et qui ainsi vivent mal leur relation à Dieu.

On est coupable devant un juge dont on attend une condamnation. On est pécheur devant Dieu dont on sait que l’on obtiendra toujours le pardon, parce qu’il est tendresse, et que la tendresse ne condamne pas.

Si l’on considère Dieu comme un juge qui nous condamne lorsque nous l’offensons, il est vraisemblable que nous serons nous-mêmes des juges qui condamnent les coupables qui nous ont offensés. Au contraire, si nous considérons Dieu comme tendresse, amour et pardon des pécheurs que nous sommes, comment ne pas être nous-mêmes les acteurs d’un amour qui relève, pardonne, rend à la vie et libère ?

NOUS SOMMES TROIS PARTENAIRES.

Etre capable de pardonner aux autres, c’est reconnaître le pardon que nous avons déjà reçu de Dieu. Jean-Paul II l’a dit souvent en parlant de la repentance qui doit être vécue par chacun d’entre nous. Etre capable de pardonner, c’est permettre au pardon de Dieu de prendre toute sa dimension en nous et vis-à-vis de nos frères. Quand nous prions le "Notre Père", nous ne demandons pas à Dieu de nous pardonner en récompense du pardon que nous accordons aux autres. Nous lui disons notre désir de partager son pardon avec tous nos frères.

Tout être humain n’est ni à désirer pour lui-même, ni à détester en raison de ses fautes. Il est à aimer comme moi-même j’attends de Dieu cet amour. Nous pensons trop cette parole "aimer son prochain comme soi-même", dans le sens égocentriste..."comme moi-même je m’aime."
Il nous faut l’entendre tout autrement et dans un sens d’humilité. Aimer mon prochain comme il est, de la même façon dont je suis moi-même aimé de Dieu.

Je ne puis jouer les apparences. Le "paraître" trahit la vérité. Se reconnaître soi-même débiteur devant lui comme il l’est devant moi. Jésus parle bien de deux débiteurs.

Ce que j’attends de l’autre pour moi, l’autre l’attend de moi pour lui. Ce que je découvre en lui de pauvreté, de faiblesse, mais aussi de richesse, je dois le découvrir en moi et l’assumer qui suis tout aussi faible et doit tout de la richesse de Dieu.

Je ne suis jamais seul avec mon frère. Dieu est notre Père commun. Mon frère est avec Dieu. C’est pourquoi le Christ souligne que les deux premiers commandements ne font qu’un. Nous sommes toujours trois partenaires dans l’amour et le pardon : Dieu, mon frère et moi. Nul ne peut vivre en autarcie personnelle. Je dois prendre une conscience active de cela, liés que nous sommes par Dieu et en Dieu. "Aucun de nous ne vit pour soi-même, nous dit saint Paul. Nous appartenons au Christ" et je ne puis m’arroger son pouvoir sur mon frère.

Puisque nous partageons ensemble cet amour que Dieu nous porte, je ne puis que le traduire dans mon attitude l’un envers l’autre. On pourrait appeler cela le réalisme de la vie spirituelle.

UNE ALLIANCE, UNE APPARTENANCE

En relisant le texte de Ben Sirac, la démarche du sage de la Bible éclaire notre réflexion et notre méditation.

Pense au peu que tu es :"Pense à ton sort final... pense à ton déclin." En regard de cela, considère la fidélité de Dieu qui, dans son alliance, jamais ne se dément. Toi-même "demeure fidèle aux commandements. Pense aux commandements et ne garde pas rancune envers ton prochain." Bien plus, "pense à l’alliance du Très-Haut", c’est-à-dire à ce qui s’est réalisé entre lui et toi au jour de l’alliance.

"N’oublie aucun de ses bienfaits", ajoute le psaume. « Il n’agit pas envers nous selon nos fautes. »

Saint Paul le rappelle aux Romains et souligne une réalité que nous ne percevons pas toujours :"Dans notre vie, comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur." C’est pourquoi aucun d’entre nous ne peut vivre pour soi-même, tourné vers soi seulement. "Nous vivons pour le Seigneur, nous mourons pour le Seigneur... le Christ est le Seigneur des vivants et des morts."

***

Cette intime communion que est la nôtre dans le Christ, par la grâce que nous avons reçue, et qui est en nous, ne peut rester sans nous influencer dans notre manière d’être et de vivre. La prière après la communion, qui clôt la liturgie eucharistique de ce dimanche, mérite d’être prononcée lentement afin que chaque terme, chaque "perle" de cet écrin prenne toute sa valeur et tout son éclat.

Aucun des mots n’est inutile. Chacun d’eux exprime et signifie la réalité de notre être, qui est esprit et corps, la réalité de la bonté de Dieu , la réalité du comment vivre en sachant ne pas être une girouette de sentiments, mais un accueil de la grâce qui nous saisit en chaque instant.

"Que la grâce de cette communion, Seigneur, saisisse nos esprits et nos corps, afin que son influence et non pas notre sentiment, domine toujours en nous."



DIMANCHE 24 SEPTEMBRE 2017
VINGT-CINQUIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lectures bibliques :

Du livre du prophète Isaïe : . 6 à 9 :" Mes pensées ne sont pas vos pensées."
Psaume 144 : "La bonté du Seigneur est pour tous."
Lettre de saint Paul aux Philippiens : 1. 20 à 27 :"Pour moi, vivre, c’est le Christ."
Evangile selon saint Matthieu : 20. 1 à 16 :"Vas-tu regarder avec un oeil mauvais parce que je suis bon."

***

Nous ouvrons aujourd’hui le cycle des trois paraboles de Jésus sur la vigne. En ce dimanche 22 septembre, les ouvriers qui vont travailler à la vigne. Le dimanche 29 septembre, les deux fils qui ont une réponse différente, et , le dimanche 6 octobre, les ouvriers qui veulent la posséder en tuant le fils.

ALLEZ A MA VIGNE

La vigne a une signification profonde dans toute la Bible. Elle est le symbole de l’Alliance entre Dieu et son peuple. (Isaïe 5. 1 à 7 - Jérémie 2. 21, Ezéchiel 15.4) "Allez à ma vigne" que Jésus répète en ces trois paraboles, ne signifie venez travailler pour le Royaume, cela veut dire :"Entrez dans l’Alliance", Venez partager l’Alliance avec moi, selon le sens de cette tradition biblique constante.

En l’évoquant d’ailleurs, le Cantique des Cantiques parle de cette vigne avec des mots inouïs de tendresse :"Lève-toi, ma belle, ma bien-aimée, l’hiver est passé, la vigne en fleur exhale son parfum." (Cantique 2. 10)

Jésus s’est défini lui-même en disant :"Je suis la vigne". (Jean 15. 1 à 5) Etre invité à la vigne du Seigneur, à s’y rendre, à y partager l’oeuvre de Dieu, c’est exprimer ainsi que nous sommes destinés à profiter, tôt ou tard, de l’intimité de Dieu, pour vivre avec lui : "Allez à ma vigne", signifie la même chose que "Entre dans la joie de ton maître." (Matthieu 25. 21)

LE SALAIRE DE L’AMOUR

Pour découvrir et apprécier "la pointe" d’une parabole, il faut prendre les paroles de Jésus dans le sens qu’il veut nous faire entendre. Ici, les premiers mots sont clairs : "Le Royaume des cieux est comparable à un maître..." C’est donc à partir de ce maître qui, d’heure en heure appelle des ouvriers à y travailler, que nous pouvons saisir la logique, sa pensée et sa volonté qu’il nous fait entendre à chacun des moments cette journée.

Jésus ne nous donne pas une leçon de morale sociale, mais le parcours de l’inlassable amour de Dieu pour tout homme, pour tous les hommes.

Il y a même un insistance significative :"dès le point du jour.. vers neuf heures, ... vers midi,...vers trois heures ... jusqu’à cinq heures du soir." Dieu appelle sans cesse, à toute heure, à tout âge. Il n’est jamais trop tard pour entrer dans le Royaume des cieux.

Tous ceux qui n’ont pas encore découvert l’Amour de Dieu, demeurent ses invités, en permanence. Quoi qu’ils en pensent et quelle que soit leur situation présente.

Nous ne pouvons donc jamais désespérer de notre Salut éternel et de celui de ceux dont nous portons la responsabilité. Dieu les appelle comme il nous appelle. C’est la Grâce de Dieu qui est à l’œuvre et nous l’oublions facilement en pensant que nous sommes les uniques évangélisateurs.

Jésus ne se contente pas de nous raconter cette parabole comme une espérance. Il l’a vécue réellement, en invitant à entrer, à la dernière minute avant sa mort, le criminel crucifié à côté de lui, sur la croix. Il est vraiment l’invité de la dernière heure et il en fut le premier à entrer dans ce Royaume :"Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le paradis."

Ce qu’il a dit au terme de cette parabole "Les derniers seront les premiers." se réalise chaque jour désormais comme au jour du salut sur la croix.

Il n’y aura jamais un exclu dans le coeur de Dieu.

MES PENSEES NE SONT PAS VOS PENSEES

"Je veux donner à ce dernier appelé sur la place publique autant qu’à toi ... parce que je suis bon." Le seul don que Dieu veut nous faire, c’est de se donner lui-même. Il nous a créé non pour un salaire écrit sur une fiche de paie. Il nous a créés pour nous donner sa Vie éternelle et nous combler de sa bonté et son Bonheur qui ne se partagent pas au pourcentage de nos mérites mais à l’infini des mérites du Christ.

Le don de Dieu ne s’inscrit pas sur une feuille comptable, en heures de travail selon le contrat ou en heures supplémentaires. Si l’homme contemporain a tendance à demander des comptes à Dieu et même à oser lui conseiller ce qu’il devrait faire s’il était juste, s’il était bon, Jésus, lui, nous propose de faire confiance à ce Dieu "dont les pensées dépassent nos pensées"

C’est un don infini qui dépasse tout calcul et toute imagination, puisque c’est lui qu’il nous donne. Les textes évangéliques se bousculent alors dans notre pensée : »Il a tant aimé le monde (Saint Jean)... cette amour qui est au-dessus de tout don (Saint Paul) ...

L’Amour de Dieu est infini et inconditionnel. Sa patience est infatigable et prend le temps de nous inviter sans cesse, jusqu’à la dernière seconde de notre vie, jusqu’au moment où le choix est encore possible.

Il souhaite également que nous ayons le même regard et la même pensée que lui. « Pourquoi être autrement ? » Travaillons avec lui à inviter tous les hommes à son Royaume éternel. Les tard-venus sont tout autant les bienvenus dans la maison du Père. Tant qu’ils n’ont pas pris place à la Table de famille, leur place leur est toujours réservée, aussi large pour ces derniers que pour les premiers appelés. Peut-on proportionner l’infini de Dieu aux limites humaines qui sont les nôtres ?

***

"Tu as voulu que toute la loi consiste à t’aimer et à aimer son prochain...que ton aide accompagne toujours ceux que tu as nourris de tes sacrements, afin qu’ils puissent dans ces mystères et par toute leur vie, recueillir les fruits de la rédemption" ... même si je suis le criminel qui t’appelle à la dernière heure. (prières de la messe de ce dimanche.)



DIMANCHE 1 OCTOBRE 2017
VINGT-SIXIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Lectures bibliques :

Du livre du prophète Ezéchiel : 18. 25 à 28 :” Parce qu’il a ouvert le yeux et s’est détourné de sa faute, il vivra.”
Psaume 24 :”Oublie les révoltes, le péché de ma jeunesse. Dans ton amour, ne m’oublie pas.”
Lettre de saint Paul aux Philippiens : 2. 1 à 11 :”Ayez entre vous les mêmes dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus.”
Evangile selon saint Matthieu : 21 28 à 32 :”Lequel des deux a fait la volonté du père ?”

***

Le Christ a choisi, volontairement et par amour de son Père du ciel et de ses frères les hommes, un chemin d’humilité, d’humiliation jusqu’à la croix, et c’est ainsi qu’il est le Seigneur. A chacun d’entre nous, sur le même chemin d’humanité, il nous est demandé d’avoir et de vivre les mêmes dispositions dans le Christ Jésus. (Saint Paul aux Philippiens).

IL EST TOUJOURS TEMPS DE SE CONVERTIR.

Plus préoccupés de nous-mêmes, peu préoccupés souvent de nos frères, et parfois même de Dieu, il nous est demandé de refuser ce comportement. Car ce ne sont pas ceux qui disent “Seigneur, Seigneur !” qui sont agréables à Dieu, mais ceux qui font la volonté du Père. Ces paroles que le Christ a proclamées (Matthieu 7. 21), il les redit d’une autre manière dans la parabole des deux fils.

Par elle, Jésus voulait ouvrir les yeux des juifs pour leur faire comprendre que leur enfermement dans leur fausse justice et dans leurs certitudes, est un refus du Royaume de Dieu. Ils croient dire “oui” à Dieu. En fait, ils le refusent. N’en est-il pas ainsi de nous-mêmes parfois, ... souvent.

Mais il est toujours temps de se convertir. Par contre si les Juifs demeurent figés dans leur obstination, ils s’excluront du Royaume :”Le Royaume de Dieu vous sera retiré pour être confié à un peuple qui lui fera produire ses fruits.” (Matthieu 21. 43)

Et comme exemple de conversion, Jésus propose les situations extrêmes : les publicains et les prostituées. Dans un premier temps, ils ont dit “non” au Royaume et à l’Alliance par leur incapacité ou leur manque de goût d’en suivre les exigences, mais ils restent suffisamment disponibles pour accueillir les signes de Dieu. Alors ils se mettent en route vers le Royaume. Peu à peu, ils apprennent à dire “oui”.

Et nous, apprenons-nous aussi à dire “oui” ... « Je ne veux pas … Pris de remords, il y alla. » (Matthieu 21. 29)

ILLUSION ET FAUSSE MODESTIE

Il est clair que le “oui” dit à Dieu ne se réalise pas du jour au lendemain. Il est l’objet d’un apprentissage, d’un cheminement, d’une conversion, d’une ascèse. En avertissant ses auditeurs du danger d’illusion sur leur propre justice et de l’hypocrisie à se comparer à ceux dont le comportement serait moins honorable, Jésus nous met, nous aussi, en garde contre les risques d’illusion et d’hypocrisie.

Il nous convient mieux de nous ranger plutôt dans la catégorie des pécheurs. Il ne s’agit pas pour autant de se considérer comme les plus misérables des pécheurs ou les plus indignes du Royaume de Dieu, par goût morbide de la culpabilité ou de la fausse modestie.

Se culpabiliser, c’est se replier sur soi. Se reconnaître pécheur, c’est se situer humblement devant Dieu.

C’est une attitude positive parce que c’est se confier en sa miséricorde, en attendre le pardon et rendre possible l’ouverture d’un chemin de salut dans une relation où Dieu, par son Amour, par sa tendresse comme dit le psaume, restaure sa dignité de fils à son enfant égaré (Voir aussi la parabole de l’enfant prodigue au moment où son père le reçoit.)

JAMAIS ACQUIS

A partir de cette attitude vécue dans la foi, tout change et s’éclaire. Le pécheur pardonné mesure ses limites et sa faiblesse, mais il sait qu’il n’est pas seul sur la route. Il sait que si la purification de son désir d’exister comme un être libre est une oeuvre de longue haleine, faite de reprises incessantes. Il sait aussi qu’il trouvera toujours les signes de la patience et de la fidélité d’un Dieu qui l’accompagne.

C’est ainsi toujours dans les rencontres de Jésus avec les pécheurs. Nombreuses sont les pages lumineuses de l’Evangile : la rencontre de Zachée (Luc 9. 1 à 10), celle de la Samaritaine (Jean 4. 1 à 42), de la femme adultère (Jean 8. 1 à 11) de l’onction de Béthanie (Jean 12. 1 à 11)... et les paraboles de la brebis perdue (Luc 15. 2 à 7) et du fils prodigue (Luc 15. 11 à 32)

Autant de rencontres où l’on vérifie que la rencontre avec le Christ, dans la vérité, inaugure un chemin nouveau, un “oui” initial qui aura, certes, à se confirmer dans la durée d’une histoire, mais qui est le “oui” de la reconnaissance d’une espérance et d’un avenir.

Penser que l’on a dit “oui” au Royaume une fois pour toute est un aveuglement. Une prétention orgueilleuse de nos propres forces humaines. Il nous faut le temps de toute notre vie pour apprendre à dire “oui”. Le « oui » de Dieu, lui, est fidèle et ne se dément jamais. L’important est de le rencontrer dans l’aujourd’hui de notre histoire.

***

“Que cette Eucharistie, Seigneur, renouvelle nos esprits et nos corps....” cette prière nous avons à la vivre en effet au quotidien. (prière après la communion)



DIMANCHE 8 OCTOBRE 2017
VINGT-SEPTIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


Lectures bibliques :

Du livre du prophète Isaïe : 5. 1 à 7 :”Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ?”
Psaume 79 :” Que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés.”
Lettre de saint Paul aux Philippiens : 4. 6 à 9 : “La paix de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer.”
Evangile selon saint Matthieu 21. 33 à 43 :” Ils respecteront mon fils.”

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La parabole des métayers qui se révoltent est à comprendre dans le sens de l’histoire du salut que le Christ nous avait déjà rappelée dans les deux précédentes paraboles de la vigne. Chacun y est appelé par l’amour du Père (les ouvriers de la dernière heure). Notre liberté reste entière et il n’est jamais de refus qui doive rester définitif (Les deux fils).

A tout moment, nous pouvons restaurer notre conduite.

L’INITIATIVE DE DIEU

En arrière-plan du récit de ce dimanche, nous trouvons l’initiative de Dieu, sur deux plans : l’appel et le soin de la vigne. Il se choisit un peuple. Il lui fait confiance et lui offre de vivre dans son Royaume, la vigne. C’est bien un appelà travailler en relation avec lui.

La culture de la vigne implique des soins particuliers pour qu’elle puisse produire son fruit, c’est-à-dire le raisin et, par la suite, le vin qui est signe de joie et de prospérité, toujours selon la tradition biblique. Dieu prend soin de son peuple avec amour afin qu’il produise son fruit, c’est-à-dire, la vie en plénitude dans la justice et l’amour.

La vigne produit son fruit, car à l’amour prévenant de Dieu à l’égard de son peuple, doit correspondre la réponse de l’homme qui l’exprime par sa fidélité à la Loi. Cette réponse doit “s’ajuster” à l’amour de Dieu qui a eu cette initiative de nous aimer.

ENTRER DANS LE PROJET DE DIEU

Le drame du Peuple choisi fut son refus d’entrer dans ce projet, malgré tous les appels à la conversion. A ces appels sans cesse renouvelés par les prophètes, ce peuple hésite tergiverse et parfois même choisit l’inverse.

« J’aime ta loi, Seigneur. » (psaume 119) – « L’amour de Dieu, à jamais je le chante. » (psaume 89.2) Et, dans le même temps : »Ils avaient oublié ses hauts faits, ses merveilles qu’il leur donne de voir. » (psaume 77.11) Alors, quand vient l’heure du repentir, ce peuple en appelle à la miséricorde de Dieu. « Dieu tu sais ma folie. Mes offenses sont à nu devant toi. » (psaume 68.6)

Ce peuple le sait : Dieu ne désespère jamais des hommes, car l’amour ne désespère jamais. (1 Corinthiens 13. 4 et ss) Son amour est plus fort que le péché des hommes. Il envoie son propre Fils qui sera livré à la violence des hommes, qui assumera même l’extrême de l’opposition à l’amour pour en faire une offrande à son Père pour le salut du monde, offert et donné. Lui, le seul Juste pour reprendre les termes des prophètes, sera mis à mort, serviteur souffrant. (Isaïe ch. 50 et suivants)

L’histoire humaine aurait pu s’achever dans l’absurdité de cette mort sur la Croix. Elle est l’aube d’une résurrection.

Car rien n’arrête Dieu. Par sa mort, Jésus détruit la force du mal. Par sa résurrection, il révèle à l’homme que la puissance de l’amour, et elle seule, détruit la violence. “La pierre rejetée des bâtisseurs devient la pierre d’angle” qui va permettre de restaurer le temple de Dieu. La vigne devient le Royaume de la Nouvelle Alliance, car le Royaume n’est pas détruit, il est désormais donné à d’autres vignerons “qui en remettront le produit en temps voulu.”

REALISER CE PROJET DE DIEU

En recueillant cette parabole, aujourd’hui, nous n’avons pas à relire l’histoire du Peuple élu pour le condamner dans son refus à l’égard de Jésus, le Christ envoyé du Père. Nous aussi nous devons prendre conscience de la misère de notre condition lorsque nous rejetons la “pierre d’angle”, lorsque nous prétendons construire le monde selon nos règles, selon nos normes, en nous considérant propriétaires de la vigne du Seigneur.

Ce sentiment de propriété ne peut qu’engendrer la violence sous toutes ses formes, en nous-mêmes, dans notre vie personnelle, dans la vie sociale avec nos frères, dans la vie internationale avec tous les hommes et tous les peuples. Nous en faisons l’expérience chaque jour.

Cette expérience nous révèle que la violence est la suite de nos consentements à nos désirs, expérience dans les consentements auxquels nous participons collectivement, même quand notre responsabilité immédiate n’est pas directement engagée. Nous nous sentons alors comme rejetés du Royaume et nous risquons de sombrer dans la désespérance en raison des échecs qui s’en suivent.

VIVRE LA RESURRECTION

Si le disciple de Jésus se sait traversé par le péché, le sien et celui qu’il partage avec les autres, il sait tout autant qu’en Jésus-Christ se trouve et se vit la Résurrection. Nous avons la certitude de sa victoire sur le mal et sur la mort. Encore faut-il que nous le traduisions dans tous nos comportements.

Le disciple de Jésus sait qu’avec l’Esprit-Saint, il reçoit la force de lutter contre le mal et de devenir à son tour témoin de l’amour de Dieu. Il est envoyé pour cela, jusqu’à la mort s’il le faut. La croix qui marque sa vie doit être portée avec le Christ. Elle ne signifie pas alors l’absurdité du monde, elle inaugure le monde nouveau, “l’oeuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux !”

Le disciple de Jésus sait enfin que le Royaume ne se réalise ni immédiatement ni complètement en ce monde. Il sait qu’il s’épanouira à la fin des temps. Dans l’immédiat, il peut et doit en être l’acteur en coopérant à l’oeuvre du Père, comme le vigneron dans la vigne du Royaume.

C’est à ces disciples-là que Dieu confie la tâche de travailler à sa Vigne. Avec le Christ, dans l’Esprit, ils en découvrent l’espérance: “Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu, mettez-le en pratique et le Dieu de la paix sera avec vous.” (Philippiens 4. 9) non pas seulement la paix de Dieu, mais le Dieu de la paix sera avec nous. Ce passage de la lettre de saint Paul, que la liturgie nous propose aujourd’hui, nous devons le lire, le relire, le méditer, nous en imprégner afin de le réaliser.

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“Tu combles ceux qui t’implorent bien au-delà de leurs mérites et de leurs désirs... délivre notre conscience de ce qui l’inquiète... car tu nous donnes plus que nous n’osons demander.” (Oraison d’ouverture de la messe)

 
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